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HARVARD COLLEGE
LIBRARY
FROM THE FUND OF
CHARLES MINOT
CLASS OF Z828
o
COLLECTION
DE
DOCUMENTS INÉDITS
SUR L'HISTOIRE DE FRANCE
^UBLIRS PAR LES SOINS
DU MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
Par arrêté en date du lo mai 1876, MM. Gaslon Paris et Gabriel Monod ont été
chargés de publier, dans la Collection des Documents inédits de THistoire de France,
UEsUÀre de la Guerre Sainte, poème d'Ambroise sur la troisième croisade.
Par le même arrêté, M. Paul Meter a été nommé Commissaire responsable de cette
publication.
SE TROUVE A PARIS,
À LA LIBRAIRIE ERNEST LEROUX,
RUE BONAPARTE, 28.
L'ESTOIRE
DE LA GUERRE SAINTE
HISTOIRE EN VERS DE LA TROISIÈME CROISADE
(1190-1192)
PAR AMBROISE
PUBLIÉE ET TflADDlTE
D'APRÈS LE HAISU8CB1T UNIQUE DU VATICAN
ET ACCOHPAGKÉI!
D'L^E INTRODUCTION. D'UN GLOSSAIRE ET D'UNE TABLE DES NOMS PROPRES
PAR
GASTON PARIS
■ BHBBB t>e L'ACADÉIIII! FRANÇAISE
KT DE L-AntDÉHIE DES INSCHIPTIO^S RT BELLRS- LETTRES
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
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UCr 7 1838
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AVANT-PROPOS.
Cette publication , par suite de diverses circonstances qui sont en partie ,
je le reconnais, imputables à l'éditeur, a subi avant de voir le jour les
retards les plus regrettables et les plus inusités. La copie du poème d'Am-
broise était entre mes mains dès 1872, et j'avais demandé à M. Gabriel
Monod de s'associer à moi pour en donner une édition à laquelle il aurait
joint une introduction et un commentaire historiques. Le projet de faire
entrer cette édition dans le recueil des Documents inédits sur rhistoire de
France fut soumis par une lettre de M. Monod au Comité des travaux
historiques siégeant au Ministère de l'Instruction publique. M. Paul Meyer,
membre du Comité, fut chargé d'examiner la proposition, et, à la suite
de son rapport tout à fait favorable ^^^ elle fut adoptée par le Comité dans
sa séance du 9 juin 1878. L'arrêté ministériel qui permettait d'envoyer
la copie à l'Imprimerie Nationale fut rendu le 10 mai 1876, et l'impres-
sion commença aussitôt. Vingt-deux ans se sont écoulés avant qu'elle fût
terminée, et, dans ce long intervalle, l'un des éditeurs, se reprochant de
ne pas avoir fourni sa part de collaboration et craignant de ne pouvoir
trouver le temps de le faire, s'est retiré, au grand dommage de l'œuvre
commune, qui y a perdu une part notable de la valeur qu'elle aurait pu
avoir. Elle n'en a pas marché plus vite pour cela, tant il est difficile, au
milieu des occupations de tous genres qui, à Paris, se disputent la vie
d'un travailleur chargé de fonctions actives et sollicité de mille côtés dif-
férents, de mener avec suite une tâche de longue haleine. Le texte d'Am-
broise était imprimé il y a plus de dix ans, mais tout ce qui devait néces-
^** Voir la Revue des Sociétés savantes, 5' sër., t. VI (1878), p. 98. Un extrait du rapport de
M. Meyer a été inséré dans la Romania, t. II (1878), p. 881.
AVANT-PROPOS.
sairement l'accompagner restait à faire. Jai trouvé utile, pour la com-
modité des historiens qui voudraient se servir de ce précieux document,
d'y joindre une traduction. Puis le Glossaire et la Table des noms propres,
que j'ai dressés avec autant de soin que j'ai pu, ont réclamé bien des
heures. Enfin il a fallu écrire l'Introduction, d'où j'ai exclu toutes les
recherches proprement historiques, mais où l'étude des questions linguis-
tiques et littéraires soulevées par le poème m'a demandé encore beaucoup
de travail'*'. Enfin j'ai terminé ma tâche, et ma conscience est dégagée
du poids qui la chargeait depuis longtemps. Le Comité des travaux his-
toriques, en ne me mettant pas en demeure de m'acquitter plus tôt de
mon engagement, a fait preuve à mon égard d'une indulgence peut-être
excessive, dont je ne puis m'empêcher de lui être reconnaissant, mais
qui n'atténue pas les reproches que je me fais à moi-même : je serais
désolé qu'une telle longanimité pût être invoquée comme précédent, et
qu'on tolérât habituellement des retards aussi contraires à l'intérêt des
études et aux règles d'une bonne administration.
Cette publication trop longtemps attendue justifiera au moins le bon
accueil que le Comité des travaux historiques a fait il y a vingt-quatre ans
au projet qui lui avait été soumis. Le poème d'Ambroise méritait assuré-
ment de prendre place dans le recueil des Documents inédits sur ïhistoire
de France : par sa date, par son sujet, par sa forme, il est un des plus
importants qui y aient été admis jusqu'à ce jour. Il sera consulté avec profit
par l'historien et par le philologue. Je remercie, et le public savant re-
merciera avec moi le Comité de l'avoir admis dans cette belle collection.
J'ai d'autres remerciements encore à adresser à ceux qui m'ont aidé
dans le cours de ce long travail , tant de fois interrompu et repris : et
d'abord à mon ami Ed. Stengel, auquel je dois la copie du manuscrit de
Rome; à mes confrères de l'École des Chartes E. Berger, E. Langlois et
A. Thomas, qui l'ont collationnée ; puis à M. Paul Meyer, commissaire de
la publication, qui, à la lecture des épreuves, m'a fait plus d'une obser^
^'^ La longueur de celte préparation explique qui y sont relevées Tavaient été déjà dans
la longueur de V Errata joint à ce volume. On d'autres parties du volume, auxquelles V Errata
remarquera d'ailleurs que la plupart des erreurs renvoie constamment.
AVANT-PROPOS.
vation proG table; enfin à mes savants confrères de l'Instilut MM. Cler-
mont-Ganneau et Longnon, qui, pour la Table des noms propres, ont été
mes véritables collaborateurs. Je dois aussi mêler bien des remerciements
à mes regrets à Tendroit de mon ami Gabriel Monod : il a préparé pour
l'impression, en commun avec moi, la copie du texte et Ta munie du
sommaire et des renvois à Yllinerarlum lUcardî qui l'accompagnent sous
forme de manchettes; son nom a droit de rester associé à cette publica-
tion, en tête de laquelle il devait figurer à Torigine et qui aurait tant
gagné à ce qu'il y prit une part plus considérable.
Gaston PARIS.
(Collège de France, ce i5 avril 1897.
INTRODUCTION-
I. — LE MAiNtSCRlT.
Le manuscrit unique qui nous a conservé Je poème que nous publions se
trouve à la bibliothèque du Vatican, où il porte le u^ 1669 du fonds provenant
de la reine de Suède : on ne sait pas avec certitude où celle-ci l'avait acquis,
mais il est probable qu'il vient, comme tant d'autres des livres de Christine,
de la collection du P. Petau. La plus ancienne notice qui en ait été imprimée
est celle qu'a donnée Montfaucon dans sa Bihliotheca bibliothecarum (1739),
t. I, p. 3i, où il le mentionne parmi les livres de la reine de Suède acquis
par la bibliothèque du Vatican :
81 A. Roman des guerres de la Teire-Sainte, desinit anno 1188. In cake adjungitur
Poema quod inscribitur la Paripïee.
Cette notice est fort inexacte. Montfaucon a cru que la date de 1188,
donnée à la fin du poème comme celle de l'année où la croix fut conquise
par les Sarrasins, était la date où finissait le poème, tandis que c'est celle où
il commence. H a emprunté le titre de (c Roman des guerres de la Terre
Saintes, au lieu à' Estoir^de hgueire sainte que porte le manuscrit, à une note
de la fin du xvi* siècle écrite sur la première feuille de garde ^^', ce qui a fait
croire que le manuscrit contenait une histoire des croisades depuis l'origine
jusqu'en 1188. Quant au poème que Montfaucon appelle la Panpke^^\ c'est
le peti plee (corr. le petit plet) de Chardri, qui forme d'ailleurs un manuscrit
distinct et n'a été que par hasard relié à la suite de l'Histoire de la guerre
sainte.
Il est singulier, malgré ces inexactitudes, que la notice de Montfaucon n'ait
pas attiré l'attention du P. Lelong et de ses continuateurs : le manuscrit du
^'^ Voir E. Langlois, au passage ciU^ plus loin. — ^*^ La noie du xvi* siècle est ici encore copiée
el , de plus , nitërëe : elle porte : le PeripUe.
4
ItirBirtBIB «ATIOSALK.
II INTRODUCTION.
Vatican ne figure à aucune place dans la Bibliothèque htstœique de la France^ et,
en dépit du titre erroné qui devait y faire soupçonner une histoire générale
des guerres saintes, il n'est pas cité davantage dans la Bibliothèque des Croisades
de Michaud. Une sorte de fatalité semblait peser sur ce volume et le con-
damner soit à être omis par ceux qqi auraient dû le mentionner, soit à être
méconnu par ceux mêmes auxquels le hasard le mettait entre les mains.
Dans la septième de ses Dissertations sur quelques points curie^ix de V histoire de
France et de Vhistoire littéraire^ publiées en 1889 sous le nom de P. L. Jacob,
bibliophile (p. 26), Paul Lacroix donna de notre manuscrit la notice sui-
vante, parmi celles qui concernent la bibliothèque de la reine Christine :
DCLix^^). In-4% 90 f. vel. à deux colonnes, écritun» du xiii" siècle, timbre de la Biblio-
thèque nationale.
Ésrotàn nu Lk gubrrb sainte.
(Suivent les dix premiers et les onze derniers vers.)
Ce roman de la Guerre sainte, qui s'arrête à Tannée 1 198^^), est sans doute celui que
Ton trouve indiqué dans la Bibliothèque historique de la France, sous le n"^ i6635, avec le
titre de fr Histoire de la première croisade?), par Raoul Tortaise (il fallait dire Tortaire, ep
latin Tortarius. Voir Hist. liU. de la France, t. X, p. 96 ).
Cette notice est tout à fait surprenante. Le manuscrit du Vatican n'a rien à
faire avec celui que le P. Lelong mentionne sous le n** i6635 et qui contient,
parmi d'autres œuvres de Raoul Tortaire (ou mieux le Tourlier), un court
poème latin sur la première croisade. La date môme de 1 198, assignée par
Lacroix au poème du ms. lôBg, devait lui démontrer son erreur.
En i864, dans le livre précieux, malgré des fautes graves, qu'il publia
sous le titre de Romvart, Ad. Keller ne se contenta pas de signaler notre ma-
nuscrit comme tr petit in-folio, 90 fol. à 4 colonnes t^^'', et d'en rapporter le
titre : il en publia (non d'ailleurs sans d'assez nombreuses erreurs de lecture)
les 448 premiers et les 1 1 derniers vers (ceux-ci déjà imprimés par Lacroix).
Il signala aussi le nom de l'auteur, donné au v. 171. Il est assez singulier que
Keller, malgré cette édition qui devait l'éclairer, semble n'avoir pas reconnu
le sujet du poème d'Ambroise et y avoir vu, comme Montfaucon, Lelong et
^'^ Faute pourMDCLix. ^^^ Jjacroîx dit, comme on Ta vu plus haut,
(') Lacroix a compris par ëtourderie mil nnz deux colonnes; tous deux ont raison : le inaim-
e cent uitante et uit comme signifiant 1 198, et a scrit a en effet deux colonnes par page, ce qui
suppose que c ëtait la date où s'arrêtait le récit. fait quatre pnr feuillet.
LE MANUSCRIT. ui
Lacroix, une histoii*e de la première croisade; il ne renvoie du moins, comme
termes de comparaison, qu'à des passages où il s'agit en effet de poèmes 6ur
l'expédition de 1096.
Le long morceau imprimé par Keller montrait suffisamment qu'il s'agissait
d'un poème sur la troisième croisade composé par un témoin oculaire, et pré-
sentant par conséquent un vif intérêt. Aussi, il y a plus de trente ans, me
proposais-je d'aller à Rome pour le copier en entier. Il ne me fut pas donné
de réaliser ce projet, mais en 1871 je priai mon ami Ed. Stengel, qui avait
été mon élève à l'Ecole des hautes Etudes en 1869-1870, et qui est aujour-
d'hui professeur à l'université de Greifswald, d'en prendre pour moi une copie.
C'est cette copie, recopiée et préparée pour l'impression par mon ami G. Monod
et moi, qui a servi de base à ma publication. Elle a été revue à diverses
reprises par des membres de notre Ecole d'archéologie à Rome, auxquels j'ai
adressé mes remerciements dans YAvanl-p^opos. J'ai parlé aussi des longs
retards que subit l'impression, après que \e Comité des travaux historiques,
en 1873, eut, sur le rapport de M. Paul Meyer, agréé l'édition du poème pour
la collection des Documents inédits sur Fkistoire de France.
L'annonce de l'édition du manuscrit de la reine Christine appela naturelle-
ment l'attention sur ce manuscrit. En i885, dans le tome XXVII des Monu-
menta Germaniae historica^ après que M. Pauli eut remarqué (p. i47), en
s'appuyant sur le rapport de M. P. Meyer, que le poème d'Ambroise est la
source de Xltinerarium Ricardi, M. Liebermann en imprima , d'après une copie
.de M. Holder-Egger, les vers 1-86, 259-271, 287-296, ûiS, 2719-27/12,
2889-2860, 2845-2866, 2921-2986, 2967-2980, 8225-8260, 8771-
8778, 8828-8826, 4iii-/ii5o, 4527-/i546, 6698-/1702, 6681-668/1,
6691-6788, 12 28/i-fin. Voici, sur le manuscrit, les remarques que M. Hol-
der-Egger avait communiquées à l'éditeur :
Codex Chri9tiDae reginae nr. tGSg^^^ membr. fol. min., 90 foliis, duabus columnis,
quarum singulae fere 3& versus continent, distinclis constat. Scriba saec. xiii. ex., haud
gemper quantum oportebat attentus, litteras n et u, ui et ni, m et m minus perspicue exa-
ravit, modo vocales, modo consonantes figuris v et u designavit^^^ verba minus accurate
distinxit, saepe singuia verba, interdum versus omisit^^l
^'^ <r Minus recte supra , p. 1 98 , semel nr. 8 1 & ^*^ Ce irait ne semblait pas iiiëriter d'être 8p<^
indicatur. 9) Le n*" 81 A est aussi donne par Mont- cialement relevé,
faucon (voir plus haut). ^^^ D'après la notice prëliminaire , M. Holder-
A.
IV
INTRODUCTION.
J aurai achevé de passer en revue ce qui a été dit du manuscrit en rap-
portant la dernière et la meilleure des notices dont il a été l'objet, celle de
M. E. Langlois dans ses Notices des nianusmts français et provençaux anténeurs
au xvf siècle conservés dans les bibliothèques de Rome (Paris, 1889 ) :
Reg. 1659. Parchemin, o",953 sur o'",i67; composé de 2 manuscrits : le premier
(fol. 1-90), du xin* siècle, de 39 à 87 lignes à la colonne, 9 colonnes à la page; le se-
Ëgger aurait copie dans le poème partes quae im-
perium obtinguni. Il nous est très difficile de trouver
pour beaucoup de ces vers en quoi ils conceriieut
TEmpire, ou de deviner pourquoi on en a découpe
deux , quatre , huit dans un contexte qui semble
homogène; il est surtout singulier que le dernier
extrait commence avec un vers (1 9386) qui est le
dernier d'un discours mis dans la bouche des
gens de Syrie et qui termine une phrase inter-
rogative. Il semble que la direction des Monv-
menta ait surtout tenu à publier des extraits éten-
dus de ce poème (environ i55c) vers en tout) .
ce qui se justifie très bien par le long netaMque
subissait Tëdition française annoncée. — Le texte
a été établi sur la copie de M. Holder-Egger
par M. Ad. Tobler : c est dire qu'il prête peu t'i
la critique. Je vais signaler ici un certain nombre
de divergences soit entre la copie que j*ai suivie
et celle qu'a eue M. Tobler, soit entre sa (afon
de constituer le texte et la mienne. Je laisse de
côté des différences dénuées de toute importance.
Nous avons très souvent, surtout au début oii le
ms. est si altéré, apporté au texte les mêmes cor-
rections. Je ferai remarquer que mon texte était
entièrement imprimé quand a paru cette édition
partielle. V. 8 Keller et ma copie (S) ont mil;
la copie de M. Holder-Egger (H) ayant ualt,
M. Tobler imprime valt, mais n'ait est assuré-
ment la bonne leçon. — a 5 je ne vois pas la né-
cessité de changer QwV/en Del. — 98 (corrigé
par T. en troee) tirée est la bonne leçon, et il
faut traduire comme j'ai fait : tirer ses tempes
est une expression qui nous paraît singulière,
mais qu'on retrouve ailleurs. — 44 T. garde le
saliia du ms. , que je corrige en salve a, — 83
S corporelment , H corperalment. — 84 H a de-
f /
vaut vivent un il qui n'est pas dans S , et qui rend
le vers tix)p long. — 85 T. intercale tuit, et P. la
pour rendre le vers correct. — A propos du fait
que les vers impairs, à pai*tir du v. 958, ont des
numéros pairs, l'éditeur fait une remai*que sin-
. gulière et d'ailleui^s erronée , le v. 1 7 1 n*étant nul-
lement isolé (sans doute le v. 179 avait été passé
dans H). — 968 (je compte d'après mon chif-
frage, celui de H étant erroné), ms. Eth vos,
P. Eth voa iianl, T. Esteine vos, correction très
bonne en soi , mais qui a l'inconvénient que les
formes esteine et estete sont inconnues à notre au-
teoi'. -^ ^70 la leçon de S est excellente, celle
de H donne un sens défectueux , et la correction
ne remédie qu'au rythme. — 999 ^a de S est
meilleur que la de H. — 434 ma correction de
chr en chiei' s*impose. — 435 H Tet, corrigé
par T en Feî. — 455 T. remarque que le vers est
(rpp long ; je corrige pretnerement en prosprement,
— J'ai remis en ordre les vers 46 1- 409, qui
paraissent intervertis. — 465 H lit chili, mais
S chai, — 479 j'ai cm devoir corriger le vers
en deux endroits. — 489 ma correction donne
un sens plus clair que celle de T., mais elle
s'éloigne plus du manuscrit. — 494 ma cor-
rection a l'avantage de conserver le orent du
ms. — 5o3 H veneitiens, T. veiietiens (je si-
gnale ici cette divergence qui a un certain inté-
rêt, mais non beaucoup d'autres analogues). —
5o6 la correction de T. est inutile; il a imprimé
nombre pour nombre, — 5t5 la correction en-
contre pour encoste paraît nécessaire. — 59 9
H tes , S des, qui vaut mieux que la corr. très,
— 596je ne comprends pas pourquoi T. change
espose le exi esjtosee al : feme espose est une formule
bien connue en ancien français. — 535-538 la
LE MANUSCRIT. v
cood (fol. 91-100) est d'une fine écriture anglaise du xiv^ siècle, 70 lignes à la colonne,
9 colonnes à la page; reliure en peau rouge, aux armes de Pie IX^^l
Les deux pages du manuscrit (fol. k^ v**-5o r**) que, grâce à l'obligeance
de M. l'abbé Duchesne, directeur de l'Ecole française d'archéologie à Rome,
j'ai pu joindre à ce volume, permettent de constater que M. Langlois avait
raison de remarquer que le manuscrit a été écrit en Angleterre. La graphie
ponctuation de T. est tout à fait erronée : estoire
a ici le sens de fr flotte ?> et non dV histoire»». —
5^9-550 le ms. porte Ker et non Ke, et^arco-
9uiilie. — 6o3 le ms. porte sûrement vint comme
S et non mut comme H. — 6o5 H et S ont lu
arme; M. Tobler n complété le vers en ajou-
tant se, mais il faut lire arivé (lat. appuisus),
— 609 il vaut mieux changer Quen en Que que
ior en les, — 61 3 je ne comprends pas pourquoi
T. corrige^/ en dist. — 687 je ne sais s'il est
utile de corriger se en «'1. — 654 la correction
de T. est sans doute préférable à la mienne , este
vos étant ailleurs dans le poème. — 664 il est
plus simple de changer Tuent en Ocient que d'a-
jouter or, — 676 la ponctuation adoptée par
T. rend ce vers peu clair. — 688 T. a raison de
corriger noise, mais je préférerais vile à chose. —
698 Ior, que porte H, vaut bien mieux que le
jor de S que j'ai conservé. — 798 le ms. afraus
et non Jrans, ce cpii suggère la correction ^aiViu*.
— 8oo je supplée pris plutôt que mort. — 84 1
Que de ço que il enfaiseit, T. : E (ms.) ^ie ço qu'il
ensi feseit, — 85 q je corrige requesle, repris
du vers précédent, en tempcslc, — 854 j'aime
mieux imprimer henuiuses i\\\henviuses. — 878
au lieu d'ajouter très pour faire le vers, j'ai mis
seignorùige pour seignorage, à tort, car notre
|K)ème ne connaît que seignorage, et seignoriage^
bien qu'admissible , n'est pas attesté ailleurs. —
901 ms. ces, T. as, P. des. — 908 Si, il faut
imprimer S'i. — 918 il vaut mieux corriger
parties en départies ( P. ) que Mais en Maintes (T.).
— 99 1 le ms. porte bien Princement. — 980
Que il pensast tel vilainie est la leçon qui me
parait la meilleure. — Le v. 976, qui répète le
V. 974 , me parait fautif; je l'ai remplacé par des
points. — Le v. 997 est dans le ms. et a été
omis par H. — 1 086 j'ai suppléé mult plutôt que
le. — io4a ms. lanme et non laume. — 1069
chinches et non chuiches, — 1066 de ses pour
des, au lieu d'ajouter tuit. — 1111 De la Setem-
bre[sce]{?.)^ De la [mi\ setembre (T.). — 9798-
9794 je corrige Monferant et Corant en Montferat
et Corat. — 9858 je corrige estenert. — 9995
T. supprime t avant tint, ce qui fait tomber
la remarque sur la double forme Flandres et
Flandre a la Table des noms propres. — 9980
S a des fraiz; T. lit deffreiz et traduit par
ffdecrepitus»» , ce qui est bon et doit faire effacer
ma correction desfaiz. — 8947 je ne vois pas la
nécessité de changer tombouent en trompouent. —
8894 j'aime mieux lire començon (jue començ'on.
— 6677 la correction et la ponctuation de T.
valent mieux que les miennes, et permettent de
restituer le v. 6680 d'une façon plausible. —
J'admets une lacune après le v. 19898, et il
manque certainement un vei*s après 19845.
^*' M. Langlois ajoute qu'on trouve, aux
fol. 89 V* et 90 r", ffune chanson française,
paroles et musique (écriture du xiu' siècle),
int^ralement reproduite par keller^. Il aurait
dû remarquer que cette chanson est non pas
française, mais provençale, bien que le scribe
l'ait fort altérée, et qu'elle est dans un rapport
étroit avec le poème à la suite duquel elle est
copiée de la même main. C'est le célèbre planh
de Gaucelm Faidit sur la mort du i-oi Richard,
qui se retrouve encore dans deux autres mss.
d'origine française. (VoirL. Gauchat, Bomania,
t. XXII, p. 886, 879.)
VI INTRODUCTION.
présente d'ailleurs en grand nombre les caractères bien connus de 1 anglo-
normand, et la négligence constante que met le scribe à donner aux vers
leur nombre régulier de syllabes, ainsi que les fréquentes altérations qu'il
fait subir à la rime, suffisent à montrer qu'il n'était pas Français^^'. C'est vers
la fin du xni^ siècle que la paléographie nous permet de placer la copie de
ÏEstoire de la guerre sainte qui nous est parvenue. On y remarque l'absence
de certains traits anglo-normands (comme aun pour an) qui apparaissent,
il est vrai, dès le commencement du xni*^ siècle, mais qui ne deviennent tout
à fait usuels qu'à la fin. Les deux premières strophes du planh de Gaucelm
Faidit sur la mort de Richard Cœur de lion, copiées à la fin par le même
scribe, présentent un texte fortement francisé et, à ce qu'il semble, «rpoite-
viniséiî, mais n'offrent que très peu de traits anglo-normands (^'. Cette cir-
constance indique que notre manuscrit a été copié sur un manuscrit exécuté
en France, sans doute en Poitou, postérieurement à la mort de Richard
Cœur de lion, et qui faisait déjà suivre le récit des exploits de Richard de la
complainte à laquelle son trépas donna iieu de la part du célèbre troubadour
poitevin.
II. — L'AUTEUR.
L'auteur de YEsiotre de la guerre sainte nous a fait connaître son nom; il
s'appelait Ambroise : Amhroise dit y qui Jist cest livre (171), etcJ^K II ne nous
apprend guère autre chose sur lui. Il se présente à plusieurs reprises comme
ayant assisté aux événements qu'il raconte. Il était présent, le 2 1 janvier 1188,
à la célèbre entrevue d'Henri II et de Philippe II, (rentre Gisors et Trie,
dans la grande et belle prairie tî (v. i5o). Il était à Londres, le 3 septembre
1 189, aux fêtes du couronnement de Richard (v. 192, 197), et à partir de
ce moment nous le voyons suivre partout le roi d'Angleterre, à Lions-la-Forêt,
à Tours, à Vézelai (v. 182), à Lyon, à Marseille, à Messine (v. 617), où il
(^) On peut relever aussi le fait que le manu- Keller, p. 6a5. Le planh de Gaucelm Faidit a
scrit se trouve relie avec un autre manuscrit, ce- été imprime, d'après divers manuscrits, un
lui du poème de Ciiardri, exécuté incontestable- grand nombre de fois,
ment en Angleterre. ^^^ Voir à la Table des noms propres Tindica-
('^ Voir le texte de notre manuscrit dans tion des neuf passages oii il se nomme.
^
i;auteur. VII
prit part au grand festin que donna Richard dans le château de (r Mategrifon ^
le jour de Noël 1190 (v. 1096, 1099). Embarqué avec le roi le 10 avril
1191 (v. 1191), il s'arrêta comme lui en Crète (v. 1^60) et à Rhodes
(v. 1385). II suivit l'expédition de Chypre (v. i5oi ss. 1690, 17^7) et
aborda à Acre le 8 juin. Il vit de ses yeux plusieurs épisodes du siège (v. 6828).
Après la prise de la ville, il partit le âo août avec Richard et fit toute la
longue et inutile campagne qui se tennina par le retour des croisés à Acre
le 20 juillet 1192 (voir notamment v. 6920, 6288, 7078, 7656, 7^79,
7682 ss., 7861, 7899, 8716, 9385, 9519, 9796 ss., 983/1, 10277,
106/12). H ne paraît pas avoir suivi Richard dans l'héroïque <r rescousse d de
Jaffe (le v. 1 1637 ne prouve rien). Après la trêve conclue le 2 septembre, il
fit partie du deuxième convoi des pèlerins qui furent admis à entrer à Jéru-
salem et à visiter les lieux saints, non sans courir de grands dangers et sans
essuyer de dures humiliations (v. 1201/1 ss.). Ambroise termine son récit au ^
rembarquement de Richard, qu'il n'accompagnait certainement pas, et ne nous
fait pas savoir comment il revint lui-même dans sa patrie.
Qu'était Ambroise? En quelle qualité prit-il part à la croisade? H résulte
de son naïf témoignage qu'il n'était pas chevalier. Après avoir dit que les che--^
valiers qui faisaient, comme lui, partie du second convoi des pèlerins admis
à Jérusalem eurent, par la permission de Salahadin, la joie de voir la vraie
croix, il ajoute (v. 12089) : E nos autre qui a pie fumes Ço veïtnes que nos
peûmes^^\ Mais il ne doit même pas avoir été écuyer ou simple (t sergent?). Il
est bien remarquable que, dans cette longue histoire qui se compose surtout
de récits de combats, il ne se met jamais en scène parmi les combattants. Ni
à Messine, ni en Chypre, ni devant Acre, ni dans cette longue marche de
Syrie qui , sans parler de la grande bataille d'Arsur, fut une escarmouche per-
pétuelle, il ne semble avoir porté ou reçu un coup. C'est parmi les non-com- ^
battants qu'il faut le chercher*^^'. On pense d'abord aux clercs. Mais rien n'in-
dique qu'Ambroise ait été clerc. Son instruction, comme nous allons le voir,
^*^ C'est ce que Richard de la Sainte-Trinilë ^*^ Le seul passage d'où Ton pourrait conclure
de Londres, le traducteur latin qui se substitue qu*ii portait les armes est celui des v. i5o3 ss.,
impudemment à Ambroise (voir le S V de celte où il dit rrnousn en parlant des combattants;
Introduction), rendpar ces mots, 011 on retrouve mais cette formule n'est pas décisive. Ambroise
une des rimes de Foriginal : ffos autem pedite» emploie souvent ^e en parlant de lui, jamais à
vidimuê quod potuimw (VI , ixiii). propos d'un fait de guerre.
/
viii INTRODUCTION.
est purement prise à des œuvres françaises. H est pieux, mais comme Tétaient
tous les pèlerins, ou au moins comme les meilleurs d'entre eux. Quand il parle
des prêtres qui faisaient partie de l'expédition, il ne se met jamais parmi eux.
Toute sa façon de juger les hommes et les choses est celle d'un laïque de pe-
tite condilion, d'un membre de cette gent menue dont il exprime avec prédilec-
tion les opinions, les sentiments, les espérances enthousiastes et les amères
déceptions.
En dehors des combattants et des clercs, ou ne voit guère dans Yost des
croisés de place que pour un poète de profession, un jongleur. C'est bien
ce que je crois qu'était Ambroise. Il connaît à fond les chansons de geste
qui étaient en faveur à la fin du xii^ siècle, et le souvenir lui en revient à tout
propos. Quand il arrive à Messine et qu'il voit en face de lui Rise (Reggio),
il se rappelle aussitôt que c'est la ville dont s'empara Agoland, d'après la
chanson à' Asprematit (v. 5 16). Pour louer ses héros, il les compare à Roland,
à Olivier (v. 4665), il va même jusqu'à les mettre au-dessus des glorieux
morts de Roncevaux (v. 11206). Désolé de la discorde qui règne entre les
croisés, il la met en contraste avec l'union des guerriers de Charlemagne, qui
permit à celui-ci de conquérir l'Espagne (v. 8/179-868/i), la Saxe (v. 8685-
8/189) et l'Italie (v. 8690-8693), d'après les chansons de RoncevauXy des
Saisîtes et âiAspremontj ou avec celle des premiers croisés au siège d'Antioche
(v. 8696-8699). C'est d'après la chanson consacrée à ce siège qu'il rappelle
encore ailleurs (v. 10666-10682) les noms de Godefroide Bouillon, deBoé-
mond et de Tancré, Dont Von reconte encor Vestorie. Pour donner l'idée de la per-
fidie de l'empereur de Chypre, il dit(v. i388) qu'il étajit pire que Ganelon. Au
reste, il connaît tout aussi bien d'autres poèmes en langue vulgaire. Il compare
Jacques d'Avesnes à Alexandre (v. â856), à Hector et à Achille (v. ^855),
d'après les romans di Alexandre et de Troie. Dans un curieux passage, il énu-
mère non seulement les vieilles chançons de geste Dont jogleor font si grant feste
(v. 6189-6190), mais d'autres romans en vogue, pour opposer l'absolue au-
thenticité de l'histoire qu'il raconte à la véracité douteuse de leurs récits : c'est
cf le message de Balan n (^Aspretnotit) , les poèmes sur Pépin et sur Charlemagne ,
Agoland (encore Aspremont), Guiteclin (les SaisneSy cités encore ailleurs); mais
c'est aussi la mort d'Alexandre (voir à la Table des noms propres), les amours
de Paris et d'Hélène (Troie), les prouesses d'Arthur de Bretagne et de ses com-
pagnons, les aventures de Tristan. Il semble que nous ayons là comme un cata-
L'AUTEUR.
IX
logue de son répeiloire habituel, dans lequel la chanson à'Aspremont devait
tenir tf ne placé d^hônneur, car il ne la cite plis moins de quatre fois^^^
Si l'instruction d'Ambroise est celle d'un chanteur de geste et diseur de
contes, les sentiments qu'il manifeste en certains endroits semblent bien aussi
appartenir à cette profession. Il aime les fêtes et les décrit avec complaisance,
en insistant sur le fait qu'il y a pris part : il n'a vu en sa vie r cour plus cour-
toisement servies que celle de Richard à son couronnement, où il a remarqué
une vaisselle magnifique, des tables chargées de victuailles, et des présents
distribués avec une largesse incomparable (v. 19a ss.). De même à la fête de
Mategrifon, il admire tout, et les nappes, et la vaisselle, et le service, et les
dons (v. 1091 ss.)W. Ce n'est sans doute pas sans regret, au contraire, qu'il
constate qu'à la fête de Noël tenue à Lions-la-Forêt Richard était si pressé
qu'on n'eut guère le temps de tr chanter de gestes» (v. nBo).
Mais si Ambroise aime naïvement, en vrai jongleur, les fêtes et les dons
princiers, il n'en a pas moins des sentiments honnêtes et même un idéal
assez élevé. Il est sincèrement pieux, et il a entrepris son pèlerinage dans
l'espoir d'adorer les lieux saints, qu'il pensait voir délivrer par ses compa-
gnons; il gémit sans cesse sur la désunion des croisés; il blâme les désordres
et les péchés de l'ost (v. 6676 ss., 7088 ss., 8/i5o ss.), de façon à nous
persuader qu'il ne fut pas de ceux qui y prirent part ^^K Nous verrons plus loin
que, dans son récit, s'il n'est pas toujours impartial, il est toujours sincère
et s'efforce d'être juste.
Aiilbroise écrivit son poème après être revenu en Occident, et il a eu en
l'écrivant plusieurs desseins. Il se proposait de mettre dans tout leur jour la
prouesse et les autres qualités de son souverain, le roi Richard; il voulait
répondre au dédain que montraient à l'égard de cette croisade stérile beaucoup
de ceux qui n'y avaient pas pris part (voir le curieux passage v. 12226-12256).
Mais surtout il voulait profiter de ce qu'il était capable de rimer et d'écrire
^^^ En r^[ard de ces rëminiseeiices constantes,
le nombre des allusions bibliques est extrême-
ment restreint et leor caractère très général; il
n'y avait pas besoin d*étre clerc pour parier
d*Adam et de sa pomme (v. 6679 ) on poor com-
parer Kyrsac à Judas (v. i388).
^*^ n s*intéresse même aux fêtes auxquelles il
n'assiste pas, par exemple aux noces d*Henri
de Champagne avec Isabel de Jérusalem (voir
V. 90 47-9069 ). Voyez encore le souhait qu*il
exprime au V. 9109.
^') Ce n'est [pas quil fôt insensible k Tattrait
de la beauté féminine. Voir les naïves réflexions
qu'il fait en racontant qu'Henri de Champagne
épousa Isabel de Jérusalem malgré l'avis de
Richard (v. 90&9).
ntriiatuB batiowau.
X INTRODUCTION.
pour raconter fidèlement ce qu'il avait vu outre mer. Les croisades ont suscité
chez nous la littérature historique en langue vulgaire, et le récit d'une de
ces lointaines expéditions était sûr d'avoir du succès. Ambroise destinait son
poème à être récité en public, soit par lui-même, soit par d'autres auxquels
il en céderait une copie ^^K et il s'en promettait un légitime profit. Il avait cer-
tainement formé ce projet dès le début de l'expédition , et il dut prendre des
notes pendant tout le temps qu'il fut absent de chez lui, comme on le voit
par l'exactitude des dates, qu'il rapporte presque toujours minutieusement ^^^ ;
c'est à Acre même qu'il recueillit les renseignements qu'il donne sur l'histoire
antérieure de la Terre-Sainte, qu'il connut un journal du siège jusqu'à l'ar-
rivée des rois de France et d'Angleterre f'\ et qu'il lut le catalogue, dressé par
(Tun bon clercs, des croisés de marque morts devant la ville depuis le com-
mencement jusqu'à la fin du siège (v. 558q).
Ambroise était donc certainement, sinon un jongleur précisément, du moins
un écrivain de profession. Ce que nous avons maintenant à nous demander,
c'est le pays dont il était originaire.
Il était, cela ne saurait faire un doute, sujet de Richard et non de Philippe.
Il parle toujours des Français comme d'étrangers, tandis qu'il regarde comme
lui appartenant de plus près les Gascons, Poitevins, Angevins, Manceaux, Nor-
mands et Anglais, c'est-à-dire tous les habitants des provinces soumises directe-
ment à Richard, roi d'Angleterre, duc de Normandie et de Guyenne, comte de
Poitou, d'Anjou et du Maine^*^ C'est dans une de ces provinces qu'il faut cher-
cher la patrie d' Ambroise. Il n'était pas Anglais; il dit expressément ^v^ 66)
que Richard, alors comte de Poitiers, se croisa ie premier des. hauts hommes
Des terres dont nos de ça somes : de ça est ici précisément par opposition à l'An-
gleterre. Il n'était pas non plus Gascon, comme son langage le montre suffi-
(^) Voir les nombreux appels aux auditeurs
(Seignor)^ et notamment les vers 7806 et 1 1 ^70
(«t veir com vos ci estes) ^ le vers a389 {com
orra Qui entor moi tant sojorra) et les vers
83q5, 8/i/i/i, 8817. C'est à cause de ce mode
de publicité que Tautenr se désigne tantAt, avec
son nom, à la 3* personne, tantôt par je. C'est
ainsi que s'expliquent aussi les fcumules comme
çodiiU livres (v. 71 85), sehnc Vestoire quejo di
(v. 11368).
^'^ L'exactitude de ces dates est presque toli-
jonrs confirmée par le témoignage de l'historien
arabe Bohaeddin; voir les références données par
M. Stobbs dans son édition de Vltinerarium Ri-
eardi,
('^ Sur l'utilisation de ce texte par Ambroise
et par Richard de la Sainte-Trinité, voir S vu.
(^) Best remarquable qu'à côté des Normands,
Manceaux, Angevins, Poitevins et Gascons il ne
mentionne jamais les Tourangeaux.
L'AUTEUR. XI
samment , et la même raison s'oppose à ce qu'on le regarde comme Poitevin.
On peut hésiter entre la Normandie , l'Anjou et le Maiije.
C'est pour la Normandie qu'il faut opter. Il est clair qu'Ambroise porte à
cette province un intérêt particulier. Dès le début, il la met en vedette : la prise
de Jérusalem cause une consternation profonde E en Normendie e en France E par
toie crestienté (v. 18); la guerre des rois de France et d'Angleterre est pour
lui une guerre entre France e Normendie (v. 88); en pariant de la haine de
Philippe contre Richard , il dit que de là vint la guerre Dont Normendie fu
gastee (v. 83o); il constate de même que le séjour de Richard en Orient eut
les plus fâcheuses conséquences pour Normendie y Quinfu povrCy guastè e mendie
(v. 9^59). Quand il parle des ^(ormands, il leur donne souvent un éloge par-
ticulier : il les appelle lagent de vcdor (v. 926), la gent seûre (v. 9533). Enfin,
en pariant des Normands qui conquirent la Pouille et la Sicile , il les appelle
«nos ancêtres T) (v. 618). Il est impossible à ces traits de méconnaître un
Normand.
On peut sans doute préciser davantage. Ambroise mentionne, pour leurs
prouesses ou leurs aventures, des guerriers de plusieurs pays : il ne ménage
pas l'éloge aux barons français comme Guillaume des Barres et Auberi Clé-
ment, flamands comme Jacques d'Avesnes, champenois comme André de
Brienne; il rappelle les haute faits des Poitevins comme Jofroi de Lusignan ou
André de Ghauvigni , des Manceaux comme Juquel de Mayenne ou Robert de
Sablé. Mais ce sont tous là de cr hauts hommes?), des personnages que connaît
l'histoire du temps. Pour les Normands, au contraire, il cite les iloms de
simples chevaliers qui sans lui n'auraient pas laissé de traces dans l'histoire ,
et dont plusieurs ne figurent dans ses vers que comme ayant pris part à la
croisade, sans s'y être d'ailleurs particulièrement distingués. Or, — sans
parier de plusieurs noms normands qu'on ne peut identifier avec certitude,
— des cinq départements de l'ancienne province de Normandie, l'Orne ne
fournit aucun nom à la liste d'Ambroise , la Manche n'en fournit que deux (Ma-
thieu de Saussei et Jourdain du Hommet; encore faut-il noter que celui-ci
est un grand seigneur, connétable de Séez et mentionné ailleurs), la Seine-
Inférieure que deux (Huon de Gournai et le chambellan de Tancarville, per-
sonnage illustre), le Calvados que deux (Henri de Graïe et Aucoen du Fai,
qui est douteux); l'Eure au contraire n'en apporte pas moins de dix. On
peut mettre de côté Etienne de Longchamp, suffisamment célèbre d'ailleurs,
B.
XII INTRODUCTION.
Guauquelin de Ferrières, qui était mentionné dans l'ouvrage antérieur à Am-
broise dont il s'est servi pour son récit de la première partie du siège d'Acre,
et Gislebert de Vascœil, qui dut une fâcheuse réputation à son abandon de
Gisors à Philippe. Mais il en reste sept qui certainement sans notre poète ne
seraient pas connus de la postérité'^' : Roger de Hardencourt, <r le bon archer tj, et
Guillaume du Bois-Normand , qui se défendirent si bien contre les et Grifons n
de, Kyrsac; Guillaume et Henri de Mailtoc, qui combattirent vaillamment à
Rames; Bartélemi de Mortemer (ceiui-là est douteux (^^), un des compagnons
de Richard dans l'héroïque délivrance de Jalfe; Raoul de Rouvrai, tué à
Messine (douteux); et enfin les frères de Tournebu, Pluseur bon Jil e tuil
(F un père (v. 6710), qui arrivèrent à Acre en juin 1191 avec l'évêque
d'Evreux^^'. Cela indique bien un proche compatriote de ces braves chevaliers.
D'autres circonstances confirment cette induction. Je n'attachas pas d'impor-
tance au fait qu'Ambroise assistait à l'entrevue de Gisors et à la fête de Lions-
la-Forèt, puisqu'il était aussi à Londres et à Tours; mais il est assurément
significatif qu'ayant à nommer Dreux (v. 760) il ajoute, pour faire connaître
la situation de cette ville française : Qui est a set Hues d^Evreues^'^K 11 est donc
fort probable qu'Ambroise était dje l'Evrecin. L'étude de la langue du poème
est, comme on le verra plus loin, parfaitement d'accord avec cette conclu-
sion.
On croirait pouvoir la confirmer et même la préciser encore davantage grâce
à un tout petit détail. Notre poète appuie une assertion de son récit (v. 9536)
par cette invocation : Issi m'ait sainz Cekrins. Le nom de saint Gélerin n'est
pas fort célèbre , et je ne pense pas que dans toute la littérature française
du moyen âge, où les invocations de saints sont si fréquentes, on le trouve
mentionné en dehors de ce passage. Je sais bien que notre versificateur ne le
nomme, dans ce vers de remplissage, que pour rimer di\ec pèlerins y mais encore
fallait-il qu'il le connût , et c'est une connaissance qui ne devait pas être très
répandue en dehors d'une certaine région. Or, il existe dans l'Eure , allant de
(^^ Les noms de qaelques-uns d'entre eux figu- chard à Tancré (v. 100g), peut encore élre
renl dans des chartes qui nous ont été conservées ; signalée. Toutefois , il faut remarquer que d'au-
mais c*est là une notoriété bien restreinte. très historiens le nomment , comme il est naturel ,
^*^ Voir à Y Errata, p. 678. à cette occasion.
('^ La mention de Tévéque d'Évreux Jean, ^^^ Sur cette évaluation, sensiblement trop
tt qui supporta beaucoup de dépenses et de fa- faible, voir Tarlicle Dreues à la Table des noms
tiguesn, parmi les messagers envoyés par Ri- propres.
LA LANGUE. un
Neubourg à Hectomare , un chemia appelé tr le Chemin de saint Gélerin d , et
d après M. de Blosseville {Dictionnaire topographique de rEure^ p. 1 9 1), ce nom
est <run nom très ancien, dd à saint Gélerin, second patron de la Charité
d'Hectomare y> ; on pourrait donc être tenté de croire que c*est précisément
à Hectomare que notre poète était chez lui. Mais mon savant confrère
M. A. Longnon, auquel je dois tant pour Tidentification des noms de lieux du
poème, ma fait remarquer que suivant toute apparence la Charité d'Hecto-
mare elle-même nest pas antérieure au xvn^ siècle; par conséquent nous
n avons aucune raison de croire que la dévotion envers saint Célerin ait été
anciennement répandue dans cette localité. En fait, la mention de ce saint
prouve simplement que notre poète était originaire de la région occidentale
de la France. li serait trop long et ici hors de propos de chercher à distinguer
entre les saints personnages désignés sous les noms, qui se confondent sans
cesse entre eux, de CelerinuSy CelerictiSy CenericuSy Cerenicusy Serenicus y Sinericw y
Céleriny Céneriy Généré. Il y a eu trois martyrs africains du nom de Celerinus;
mais le saint Célerin vénéré surtout dans la Normandie et le Maine paraît
bien avoir été un cénobite du vu® siècle du nom de Cenericus. C'est sous son
invocation qu'étaient placées les églises de Saint-Céneri près Séez (tf**^ d'Au-
non-sur-Orne, c**" de Séez, arr^ d'Alençon) et de Saint-Céneri-le-Gérei
(c**° d'Alençon), dans l'Orne; de Saint-Céneré (c**" de Montsurs, arr* de
Laval), dans la Mayenne; de Saint-Célerin (c**" de Montfort-le-Rotrou, arr*
du Mans), dans la Sarthe; et, jusque dans la Haute-Vienne, de Saint-Sénery
(c*** et c*^ de Pleuraartin, arH de Ghâtellerault) '^'. Saint Célerin était donc
un saint populaire dans la Normandie et le Maine, et son nom venait natu-
rellement sous la plume d'un Normand occidental pour lui fournir une rime
riche à pèlerin.
III. — LA LANGUE.
La copie unique qui nous a conservé le poème d'Ambroise est notable-
ment postérieure à l'original; elle a été faite en Angleterre par un scribe qui
parlait une langue sensiblement différente de celle de l'auteur, qui ne com-
^*^ Les titres anciens où figure le patron de à M. A. Longnon). Il est probable d'ailleurs que
ces diSërentes ë^ises présentent son nom sous plusieurs autres ^^ises étaient dédiées à notre
les formes variées de Cenencus, Senerieus, Sere- saint dans la Normandie occidentale, où il a jadis
nieiu, Cekrieus et Celerinus (renseignements dus été fort populaire.
XIV
INTRODUCTION.
prenait pas toujours ce qu'il copiait, et qui n'avait surtout aucune notion des
lois qui régissaient pour Ambroise la mesure et la rime des vers. Aussi le
texte qu'il nous a transmis aurait-il besoin d'une revision critique radicale
pour nous représenter le poème tel qu'il est sorti de la main de l'auteur.
Cette revision radicale , j'avais d'abord eu l'intention de l'essayer, et j'avais
commencé à récrire le poème dans la forme que permettent de lui assigner
et l'étude de la mesure et de la rime et la connaissance des œuvres écrites
dans le même temps et la même région. Mais je me suis bientôt aperçu
qu'une telle restitution serait téméraire et en beaucoup de parties arbitraire,
la mesure et les rimes , senls points tout à fait solides sur lesquels elle pour-
rait s'appuyer, laissant incertains un grand nombre de traits importants, et
plusieurs passages étant tellement altérés qu'on ne pourrait les restituer que
par des conjectures trop personnelles. Je me suis donc résolu à imprimer le
manuscrit du Vatican tel qu'il est, sauf à introduire quelques modifications
exigées par la mesure, la rime ou le sens. Encore n'ai-je fait ces corrections
qu'avec beaucoup de réserve; j'ai laissé subsister le texte du manuscrit toutes
les fois que ces trois postulats pouvaient à la rigueur être satisfaits par la
leçon qu'il donnait. J'ai, par exemple, conservé les vers trop longs ou trop
courts quand , à la lecture , l'élision d'une voyelle ou la prononciation en deux
syllabes d'une diphtongue apparente pouvait leur rendre leurs huit (neuf)
syllabes réglementaires ^*^; j'ai laissé telles quelles les rimes qui n'étaient dé-
truites que par la graphie et se retrouvaient sans peine si on leur rendait celle
qu'elles auraient dû avoir^^^; j'ai renoncé à restituer les passages trop défigurés
pour que le contexte général et la comparaison de la version latine permissent
de les reconnaître sous leur travestissement '^^ ; j'ai respecté la graphie incon-
^^) Par exemple, j'ai laisse subsister ço,
qui, elc, même quand leur voyelle doit s'aider.
Eu revanche j*ai partout rëintëgrë les voyelles
omises qui étaient nécessaires à la mesure {feis^
sent four fissent, etc.), ajouté des mots oubliés
dans les méme« conditions, supprimé ou ajouté
Ve mis ou omis au hasard dans or{e) , lor{e)s, etc.
^') Ainsi les rimes de ei avec oi, de e avec ie,
inconnues au poète, ne sont, dans le manuscrit,
que graphiques; on peut toujours restituer par-
tout et et te ou e.
^') Pour bien faire comprendre mon système ,
je demande la permission d'examiner quelques
vers pris au hasard (je ne choisis pas ceux du
début, parce qu'ils présentent des fautes contre
le sens plus nombreuses que d'ordinaire) dans
le manuscrit et dans mon texte. Au v. i355
seignurs est probablement fautif pour seignur,
mais il n'est pas changé; i358 l'f qui commence
le vers dans le manuscrit a dû être supprimé
pour la mesure, et au contraire pour la même
raison e ajouté au v. i36o; desirers iSSg rime
avec encombriers, il n'y a qu'à lire destriers, et je
laisse ce soin au lecteur; mais au v. i36â ek
LA LANGUE.
XV
séquente et souvent barbare du copiste anglo-normand (^) partout où elle
ne détruisait pas le vers ou le sens. Ce système ma paru s'imposer surtout
pour la première édition d'un texte conservé dans un manuscrit unique. Si
le poème d'Ambroise est imprimé une seconde fois , surtout si on en découvre
un second manuscrit, le nouvel éditeur pourra être plus hardi que je ne Tai
été, et le poème, rapproché de sa forme primitive, se lira certainement avec
beaucoup plus de facilité et d'agrément.
Mais, si je n'ai pas cru devoir essayer de lui rendre dans mon édition cette
forme primitive, je dois, au contraire, signaler avec soin tout ce que nous
permet d'en connaître l'étude attentive des rimes et de la mesure , complétée
par ce que nous savons de l'état général du français au temps et dans le pays
de l'auteur. Avant d'employer les deux moyens d'investigation que nous four-
nissent l'homophonie des syllabes accentuées (rimes) et le compte des syllabes
dont se compose le vers (mesure), il est nécessaire d'examiner ces moyens
en eux-mêmes et de voir dans quelles conditions ils s'offrent à nous.
Rime. — Ambroise est un rimeur très exact. Non seulement il exige pour
les voyelles accentuées une parfaite homophonie (^', mais il n'est pas, en gé-
doone ane syllabe de trop , j^impriine el; je laisse
au Y. i363 Grand daelfud pour Grant dueUfu
(de iD. V. iS'j6 Ju grant doel)^ mais je ne puis
laisser tel pour de V, qtii ddtniit le sens ; je ne
garde pas la graphie oueraine pour ovrame , qui
seroUe ajouter une syllabe au vers, mais je garde
ooraiue et Alemaine au lieu àiovraigne et Ak-
maigne, formes du poète; j*ajoute au v. i365 i,
nécessaire pour la mesure et le sens; je garde
dans les vers suivants tustenue pour sostenue (soi-
Umr V. i3S3), dtté pour até, GuiUame pour
Gmllealme, murut pour morul, mais je corrige au
Y. 1375 sureurut en sucurut (pour socorut)\ au
V. 1 377 le copiste a écrit par m^arde mescheeius ,
qui termine le vers suivant, je restitue escheeùes;
au V. 1379 une abréviation mise pour une autre
a changé gregiee en gurgieê, je restitue gregke,
mais au v. i383 je laisse Ço estaU, bien que ces
Ijnois syllabes ne comptent que pour deux; je
laisse aux v. i38â , 1387, atoii, niait pour osout,
alaut , et ainsi de sm'te. On voudra bien excuser
les menues inconséquences qui se sont {j^ssëes
dans ce travail; quelques-unes ont été relevées à
YErrata,
^') Sa nationdité est attesti^, comme on Ta vu
[dus haut (p. Ti), par son écriture , et aussi par
tout le caractère général de sa graphie, notam-
ment par la réduction si fréquente d'te à e el
par la suppression également très fréquente d*une
voyelle atone en hiatus dans Tintérieur des mots.
Si certains traits habituds aux copistes anglais
de son temps ne se rencontrent pas chez lui,
cela n'a rien d'étonnant: on sait que la plus
grande variété r^ait, avec quelques tendances
générales , dans le français parlé et écrit en An-
g^terre.
^'^ La rime conies : eointes que donne le manu-
scrit au v. 7986 est Eeiutive, et a été corrigée
dans rédition; il fiiut dans les deux cas contes
(comités et computos).
XVI INTRODUCTION.
néral, moins scrupuleux pour les consonnes qui les suivent. Il ne se permet
que quatre fois une licence qu'on rencontre, et plus fréquemment, chez des
versificateurs soigneux contemporains ou peu postérieurs, et qu'on qualifie
ordinairement d'assonance, bien que ce nom ne soit pas tout à fait propre.
L'assonance est indifférente à tout ce qui suit la voyelle tonique, sauf qu'elle
sépare rigoureusement les oxytons (masculins) des paroxytons (féminins).
Les rimes licencieuses dont il s'agit ici, et qui sont dans la grande majorité
des cas des rimes féminines, observent fidèlement la règ^e qui veut que le
dernier phonème des vers rimants soit identique : ainsi elles n'admettent pas
un singulier avec un pluriel, ou -efU atone avec -^ ou -es, comme le font les
assonances. Mais entre la voyelle tonique et le dernier phonème, elles tolè-
rent une consonne différente , bien que voisine. C'est le cas chez Âmbroise , dans
les quatre paires de rimes suivantes (^) : setembre semble 7063 , perdirent tindretU
66^3, Vérone prodome 3i3â, rescosse sorse 3675^. C'est, on le voit, fort peu
de chose, sur près de 6,700 paires de rimes <^^ et nous sommes autorisés à
tirer de la rime des conclusions sur la prononciation du poète non seulement
pour les voyelles mais pour les consonnes.
Mesure. — Inutile de dire que la mesure du vers octosyllabique est scru-
puleusement observée par Ambroise : toutes les leçons qui donnent au vers
moins ou plus de huit (neuf) syllabes sont imputables au copiste et ont été
corrigées dans le texte imprimé. Mais il faut tenir compte des règles que suit
le poète pour Télision des voyelles finales devant une voyelle initiale et en
certains cas pour l'élision des voyelles initiales après une voyelle finale.
Dans les polysyllabes , il n'y a naturellement que Ye féminin qui s'élide ; la
question est de savoir si pour cet e Ambroise admet quelquefois la non-élision
produisant hiatus. Je n'en ai relevé que quatre exemples qui paraissent assu-
rés'*) : Car el port HAcre el rochier 89/10, En Vost iAcre ot un Pimn i5oi,
E cil qui Acre assaillirent /1671, Lilanguage ensemble errouent 6187. Il s'agit
toujours, on le voit, d'un e précédé de deux consonnes dont la seconde est
une liquide, position où il a une consistance plus grande que d'ordinaire'^).
^^) Sur le V. 1 i5i6 voir ï Errata. ^*^ L*hiaiu8 apparent forme par Gem>e devanl
^*^ Souvent des rimes impar&ites sont prêtées une voyelle aux v. 3 169 et ii335 doit sans
au poète par le copiste , soit qu'il fisse des cou- doute se supprimer par l'admission de la forme
(usions de graphie (comme entre -aine et -oigne) ^ Genves (voir à la Table des noms propres),
soit qu'il mette des mots fautifs conmie dtimes ^^^ On pourrait être tente, le cas se pr^ntant
pour dunes (: inmes) 7790. Irois fois pour le même mot, Aert, d'introduire
LA LANGUE.
XVII
En résumé, c'est un fait très exceptionnel, et dont on peut ne pas tenir
compte en général.
L'élision interne, qui s'applique à une voyelle atone dans l'intérieur d'un
mot, est, comme on pouvait s'y attendre, complètement inconnue à Ambroise.
Le manuscrit en présente d'innombrables cas, mais ils proviennent tous du
copiste. Pour n'en donuer qu'un ou deux exemples, il écrit crior baneisor aux
vers 9709-9710, au lieu de crieor banisseoTy qu'il a mis correctement aux
vers 98/19-9850. Befimte 9788 doit. être lu beneetiCy et j'aurais mieux fait d'in-
troduire cette forme que de supposer qu'on pouvait lire beneite; de même il
aurait sans doute été préférable d'imprimer partout guaaignier, etc., au lieu
de supposer qu'on pouvait prononcer guaigmer^^^ Le seul mot nets présente,
à côté de la forme pleine, la forme contracte n%$ (voir au Glossaire); mais
cette double forme se rencontre déjà dans des textes beaucoup plus an-
ciens et s'explique par des raisons particulières^^'. D'autres contractions ne
sont qu'apparentes : ditcr n'est pas dileor = dictatorem, mais répond à un
dictorem fait comme factorem; quùé répond directement à une forme
quittitatem, tandis que quitedét quileé est i*efait sur quite avec le suffixe
forraatif -edét^^K
Les monosyllabes qui élident leur voyelle finale se divisent en deux classes:
dans la première, qui comprend (fe, k art. et pron., wc, te^ se^ l'élision est
obligatoire'*'; dans la seconde, qui comprend ne^ ne conj.'^', que conj., que
pron.,yo, çoy II art. masc. sing. nom., li pron. dat., quiy si y elle est faculta-
tive. Je ne relève pas les exemples d'élision ou d'hiatus pour w, se, quCy li
art., où l'usage d' Ambroise n'offre rien de particulier'**'. Les autres mots mé-
ritent un examen plus attentif. Jo élide naturellement très souvent son 0 quand
la forme Acres, comme Gerwes (cf. l'angl. Acres);
mais reUe forme ne se rencontre pas, qaeje
tache, dans les textes français anciens. -
^'- Une ëiision d'un autre genre paraît exister
dans serment au v. 855o , mais il faut la sup-
primer. Le manuscrit porte : Que les serment del
hamage; j'aurais dà corriger serment en sere-
ment, et non del en de son. De même, v. 10219,
lire Qu^en hr serement» Au v. 53a 9 il est facile
de supprimer Ini ou le,
'^^ Voir La vie de saint Gilles, publiée par
G. Paris et A. Bos, Paris, 1881, p. xxn, n. a.
^'^ Voir A. Darmesteter, Reliques scientifiques,
Paris, 1889, t. Il, p. 10A.
^^^ Ijb manuscrit ëcrit souvent Ye dans ce cas,
mais il faut Tëlider à la lecture.
^^) liC copiste de notre manuscrit écrit d'ordi-
naire si pour se,
^*^ Je noterai seulement, en preuve de la
liberté que se donnait le versiOcateur en ce qui
concerne li art. masc. sing. nom., li empertre
1671, 1767, i84fl, et l'emperere 1911, 1715.
Dans li masc. nom. pi., Tt, comme on sait,
n'est jamais élidé.
r
nrtivBait VATiewALr.
xviii INTRODUCTION.
il précède immédiatement le verbe qui! régit : jo^'^W 3291, jo ai 6889,
6893, 8667, yaveie 3079, JO aveie ^91 2, 6766, ^iba^ jo eusse 1.0189,
t3i5o,demême,quand il en est séparé par t ou ^n ; jo 1 10970, ^^ en ioi83;
mais il peut aussi l'élider quand il suit le verbe : Toz jorz eusse jo autretel 9102,
et même quand il est employé d'une façon absolue , où il semblerait devoir avoir
un accent plus marqué qui empêcherait Télision : Ejo a tel deusfoiz sanz retraire
3762. On rencontre d'ailleurs assez souvent la non-élision : jo ai 5226,7*6
en 11028 ^^K — fb se comporte de même; je ne relève pas les très nombreux
exemples de c'est y cert, cerenty cesteitj cesteienty où la voyelle est le plus sou-
vent écrite (presque toujours 0, deux ou trois fois e) et quelquefois omise (de
même ço en est 8972). Dans tous ces cas, po est sujet; il Test aussi dans
çavoit 2867, où la langue moderne admet encore l'élision, et dans ç'ala 928 ,
çaveneit 563 1 , çavintSk^k , où elle ne la connaît plus parce que ce est tombé en
désuétude comme sujet sauf devant les verbes être et avoir (et avec le pronom
relatif). Gomme régime, ço élide son 0 non seulement quand il est régime
direct du verbe qui suit et par là même faiblement accentué, comme dans ço
avdt 8536, ço oïrent 909, mais encore quand il est régime d'une préposition
qui le précède, cas où il semblerait devoir être fortement accentué : ainsi de ço
avreient 5217, deçoot 8991, par çoai^, porço ait 8902, par ço avoient 8808,
por ço ala 8166, par ço atomot 5883; il l'élide même quand il est placé
devant un verbe dont il ne dépend pas : E por ço aUr l'en conveneit 8588, ou
devant un autre moi: por ço al Casel "j^ix^por ço a une part ^i^^. Cet usage
se rattache évidemment è celui que connaissent plusieurs poèmes français,
d'ailleurs postérieurs au nôtre, de considérer 1'^ de ce^ régime de prépositions,
comme atone à la rime, et de faire rimer par exemple sans ce et puissance ^ a ce
et grâce ^^K
Parmi les mots en 1, si n'offre pas d'intérêt; il élide ou n'élide pas son t à
volonté (sur «m, voir ci-dessous). Qui n'élide plus jamais l't en français; chez
Ambroise il l'élide très souvent : qui i 1296, 1989, 8806, 6718, 5692,
12887, quiert i5i, 7091, qui iert 6716, qui ierent 2760, qui 0 lui erent
^^^ Dans tous les exemples cites ici , la voyelle ^*^ Sur la question de savoir quelle dtait la
finale est ëlid^, mais on a reproduit telle quelle voyelle finale dejo et ço, voir ce qui est dit plus
la leçon du manuscrit, qui tantôt la supprime, loin.
en réunissant le monosyllabe au mot suivant '^^ Voir Tobler, £cpcr«yraik?«w, Paris, 1 885,
(jaueie, cest, etc.), et tantôt In conserxe. p. 65, i63.
LA LANGUE. m
2700, 7669 , qui illoe 86/10, qui a 8638 , qumcare 5989 ^^\ Dans ço quen avint
3761, on a sans doute affaire à que neutre plutôt quà qui (voir ci-dessous);
de même dans Delfiierpar quil le requereit 633 , où, comme souvent en ancien
français, on a la forme faible du neutre dans un cas où Ton attendrait la forme
forte. — Li pron. dat. nous présente un cas particulier ; on lit six fois dans
notre texte len pour lien (/i5o6, /i566, U^hfi^ 553 1, 1007/i, 10973); étant
donnés les cas d'enclise d'en dont nous allons parler (sm, quin)^ on pourrait
être tenté de lire lin ou luin^ Télision de \i dans ces conditions (p. ex. /i566
De ço qui ten [» lui en] vient a mémoire) nous paraissant singulière; mais elle
ne Test pas plus que celle de ço et que que nous venons de constater, et elle
est conBrmée par des groupes comme Voilasses ^\n\ allasses 960/i, Fagreoit
9754 » lui agréait; notons d'ailleurs que le manuscrit élide dans tous ces cas
sans exception la voyelle de /t, et que le groupe luin ne se trouve que dans
des textes sensiblement antérieurs à Ambroise.
Enclise. — L'enclise de fe, les art. après a, de (a/, del^ as^ des) est com-
mune à lancien français et au français moderne et ne demande qu'à être si-
gnalée (^); celle àe le^ les après en [el, en les) a disparu par la suite, mais était
jadis aussi constante que la première; elle Test dans Ambroise. L'enclise de
ky les pron. a disparu de meilleure heure; elle est encore très abondante
dans Ambroise, mais elle ne s'exerce qu'après si, qui^jo, n^W, et elle est facul-
tative. Je ne donne pas les exemples où on trouve les formes libres; je crois
devoir, au contraire, relever tous ceux, beaucoup plus nombreux, qui nous
présentent l'enclise, ce phénomène n'étant pas sans ihtérêt pour l'histoire de
la langue. On trouve : sil 639, 36i6, 36s/i, 3768, /i288, 6695, 536/i,
5790, 6985, 7512, 8792, 885i, 8975, io33i; quil 1970, 3667, 3576,
36o6, 3621, 3639, Û808, 5774, 6756, 7Û01, 7751, 8o38, 881 4, 986/1,
10837, 121 13, 12 255, 1 1263; jo/ 9838, 1 1665, et gel 7091; nel 2o52,
2/189, 2619, 2777, 3/i63, 3895, 6656, /i838, 523/i, 6o23, 6562,
6658, 6890, 'jli'2'j, 7830, 8700, 9371, 9580, 11608, 11673, 11676,
^*) Dans an texte plus ancien on pourrait lire ^^^ Dans les textes plus anciens, elle se pro-
qui'neore, mais Télision de Vi est trop frt^uem- duit même après les mots paroxytons, comme
ment attestée pour qu'on hésite à l'admettre ici. altre, et en outre après tu, tei, quei, ja. Voir
D fant ajouter qui en 10919, si on adopte la (mais il faut le compléter) le travail de M. K.
leçon proposée ci-dessns, p. xvii n. 1. Gengnagel : Die Kûrzung der Pronomina hinter
^*^ Sur la forme de ces mots dans Ambroise, vokaliêchetn Ausiaut im Alifranzôstêchen, Halle,
voir plus loin. 1889.
c.
XX INTRODUCTION.
1 1715, auxquels il faut joindre nu 7887, 797^ et iio q5i8, 5/127, 9^*^^
10977; — ^ 2985, 3o88, 3363, 3709, 4355, 4364, 446i, /i66i,
^872, 6592, 7262, 7373, 7602, 7665, 871/1, 9296, io323, iii36,
11Û08, 11611, 12076; quis 3oi, 2182, 2195, 2818, 3ii2, 3632,
38oi, /ioo9, /ioi4, 4858, 6019, 5977, 6719, 76/12, 7883, 8029,
io55i, iii5o, ii23i;yo« "jStib'^nes 222/1, 2900, 3076, 348o, 3856,
/ioo2, 629/i, 6652, 7225, 7228, 7^96, 8i65, 9801, 9652, ioi32,
io25i, io/i6/t, io/i65, 10557, 10767. L'enciise des pronoms personnels
me y te, se est un fait beaucoup plus archaïque que le précédent; obligatoire à
Torigine, cette élision est déjà facultative dans le Pèlerinage de Charlemagne^^^
et le Roland, et on n'en a pas signalé d'exemples plus récents; il s'en trouve
cependant un incontestable dans notre texte pour se : Cunques genz tant nés
descorderent 10211 ^^K
Une enclise d'un genre particulier est celle qui affecte en (in de) : ce mot,
quand il suit les monosyllabes accentués si, qui, peut perdre sa voyelle ini-
tiale, et In s'agglutine au mot précédent; on a ainsi dans notre texte sin /i8o,
586, 1759, /i579, 535o, 5638, 590/i, 6657, 7078, 7139, 8027, 9013,
9252, 93i2, 98/18, 101/17, 11157, écrit une fois si en 56i2, et quin
7070, 863o, 8810, 9/160. C'est la graphie à peu près constante du texte
qui détermine à admettre ici Télision de Ye de en plutôt que celle de Yi de si,
qui y qui serait admissible aussi (voir ci-dessus) : quin, sin sont des formes ar-
chaïques qui n'ont pas dû être introduites par le copiste (^).
Nous pouvons maintenant passer à l'examen des renseignements que la
rime et la mesure nous fournissent sur la langue de notre poète.
Voyelles atones. — La mesure des vers nous prouve simplement que les
voyelles atones placées en hiatus dans l'intérieur des mots n'étaient pas encore
élidées (voir ci-dessus p. xvh), mais elle ne nous renseigne pas sur la qualité
de ces voyelles, et comme on ne peut se 6er à la graphie du scribe, c'est un
point qu'il est impossible d'éclairer pleinement. Cependant, vu la grande pré-
^^^ M. Grengnagel la conteste pour ce texte, trouve dans un assez grand nombre de textes,
mais c'est une erreur : voir Romanîa, XIII, 199 surtout occidentaux, est inconnue au nôtre,
et la troisième édition (1896) donnée de ce ^^^ Au contraire nous avons admis plus haut ,
poème par M. Koschwitz. pour des raisons en partie analogues , /'en et non
(
') L'endise de vos sous la forme os, qui se lin (et aussi j'en 101 83 et non /on).
LA LANGUE. xxi
dominance des formes qui appuient cette conclusion , on est en droit d affirmer
que le traitement des voyelles atones dans Ambroise était sensiblement celui
du français ordinaire du x\f siècle. Il serait peu à propos d'entreprendre ici
l'étude de ce sujet étendu et difficile, en s'appuyant sur un texte qui présente
aussi peu de sûreté. — Les anciens proparoxytons s'étaient réduits à des
paroxytons : mage rime avec bornage /iS^a, bien qu'on trouve ailleui*s la
graphie images.
Voyelles tantqties. — A. Va accentué simple , provenant d'à latin entravé ^^\
n'offre rien à remarquer : palacre, diacre^ sacre (: Acre 1200, 2786, agiS)
sont des mots savants; maçacre (: Acre 3090) est un mot étranger.
L'a entravé précédant une nasale, et nasalisé par elle, ne rime pas avec e
nasalisé (voir à e). — L'ai qui provient d'à libre précédant une nasale rime avec
ei provenant d'e fermé libre dans les mêmes conditions (voir à et). 11 faut noter
quelques mots où l'on a a et non ai devant une voyelle simple : ane (anatem)
s'explique par le fait que le mot a été longtemps proparoxyton [dnede)^'^^; car-
vane est un mot étranger ; ^om^ est un mot savant; les l'^pers. en Himes
remontent à -avmus; dame^ par une exception encore imparfaitement expli-
quée ^'^ provient de domina. Les rimes dame orne [(Urne) 8902, dames âmes
{aimes) 365 1 , blâme famé 9688, semblent prouver que la chute de Yn ou de
Ys (voir ci-dessous) n'avait pas allongé l'a des mots anme^ blasme, et la rime
blâme borne {ba$me) 9906 autorise à en dire autant du groupe h de balsme;
toutefois il peut y avoir dans tous ces cas, où l'a s'est trouvé plus ou moins
anciennement en contact avec Ym^ une nasalisation (a). Avec ces mots rime
encore mesame (: blame 10160), où il faut remarquer que la forme primitive
est mesesme : le verbe esmer, le subst. verb. esme^ et le verbe mesestnef* lui-
même, ont conservé leur^ étymologique dans la graphie du copiste comme
dans la langue du poète [esme : quareme 1112), et il est contraire à son
parler que 1'^ nasalisé rime avec a nasalisé. Il faut admettre ici l'emprunt d'un
mot entendu dans la bouche d'un homme d'une autre province ^^K — Sur an
précédé d'i, voir te.
*** Sur le seiM de« mois rrlibre»» et «rentravét», ^*' Cf. Meyer-Lûbke, 1. 1, S 869.
voir G. Paris, Extraits de la Ouuwm de Rolatid, ^^^ A côté de meiesmer 00 trouve, et même
5' éd., p. XXX?. plus souvent, mesaesmer (d*oti meêaasmer, me-
^'^ Voir W. Meyer-Lûbke, Gramm. des langnes êomer), et Ton pourrait admettre Tinfluence de
y t. I, K 53o , 64&. la sur Ye qui lui est cootigti , mais cela implique-
XXII INTRODUCTION.
Les combinaisons d'à avec j'^^ (notées ai) peuvent être simples, ou se com-
biner de nquveau soit avec n, soit avec /. Nous examinerons successivement
les trois cas.
Le groupe ai provenant de a plus une palatale quelconque est, dans notre
texte, dont la graphie varie beaucoup sur ce point, réduit à è comme en fran-
çais moderne : lerme (lacrima) terme 2682, 8812, peisse presse i5o (voir le
Glossaire), estre nestre 26, destre nestre 1 âo50, prestres meistres 85/i4, après pes
66s , Nazarehtfet 1 a 18s , torqueis (1. tarquais) près 3766. Il ne faudrait pas se
laisser tromper par la graphie ei pour ai, fréquente dans le manuscrit, et croire
que ai peut rimer avec ei : tous les ei qui sont dans ce cas (p. ex. fomeisse:
mesaise 35oâ, malveises : aises btS ^feile : retraite 3968) doivent être changés
étymologiquement en ai ou phonétiquement en è f^'. — Le produit de an plus
la palatale yod est aing lorsqu'il est final, aigne dans les finales féminines, ain
devant une consonne. Aing (pi. ainz) ne se trouve pas à la rime. Aigne[s) s'y
trouve souvent, presque toujours en rime avec lui-même, et écrit tantôt aine^
tantôt aigne (voir à ¥n mouillée); deux fois il rime avec r^ne : règne chevei-
taigne 8608 , Charlemaines règnes 8/180, et une fois avec la 3^ pers. sing. du
subj. pr. d'emprendre (empraine enpraine 6). Nous reparlerons de ces faits à propos
de ei. Ain devant une consonne rime soit avec lui-même (si Ton considère
Tétymologie et non lagraphie):a^^Wr^(attangere)r6}7ui»ni/r^iâ0â,^n^a»n^^
(infrangere) ataindre 1 85/i , empaindre (impangere) ateindre 2 iBs , remeindre
pleindre ^678, pleindre remaindre ^1908, atainte ateinte âi5/i, plainte meinte
3 4 9/1, soit avec ein (voir à ei). — Ai plus / donne ail quand il est final, aille
quand c'est une finale féminine, au devant une consonne (voir à 17 mouillée).
Ail ne figure pas à la rime ^ aille ne s'y trouve qu'une fois (vitalle bataille 79^0);
auz rime avec auz d'autre origine (voir au z). Dans paile contraille 6938 on ne
peut savoir si l'on a les anciennes formes pâlie œntralie^^^ ou paile contraile^
mais en tout cas 1'/ n'est pas mouillée.
Ë. L'ancien français connaît trois e toniques, distincts par leur origine. Le
premier, é^, est l'e ouvert du latin vulgaire (ë du latin classique) entravé; le
second, e^, est l'e fermé (ê, ï du latin classique) entravé; le troisième, c', est
rait une contraction dont, comme on Ta vu plus ^*^ Au v. 3 498 il faut lire par sa manaide
haut, il n'y a pas d'exemple dans Ambroise. (: laide) ^ au lieu de l'inintelligible por sa tneis^
^^^'Lej désigne le yod (it. jeri, ail. Jahr, fr. nade (voir au Glossaire).
pied, yeux, soleil). ^'^ Par dissimilation pour contrarie.
LA LANGUE. xiiii
la transformation normale de Ta tonique libre (sauf devant une nasale ou une
palatale). La prononciation du premier était certainement è; celle du second
et du troisième à l'époque ancienne est plus douteuse. Nous les examineiH>ns
successivement.
Sur è»é entravé en lui-même, rien à remarquer ^^\ On a vu plus haut
que l'ancien ai avait le son de 1'^ et rimait avec lui. — Devant une n suivie
d'une autre consonne, Ye^ se confond avec 1'^^; nous parlerons plus loin des
deux en même temps.
Devant l, Yè s'est élargi anciennement en èa^ et quand 1'/ s'est vocalisée,
èal est devenu èau, puis edu. Ce groupe est noté par notre manuscrit de façon
très variée [ely tel, ial^ tau); ainsi, pour citer trois paires de rimes évidemment
identiques, on lit i68â aignels biaus, 3i202 chastek manganieUf 9/108 e«to[r]-
neh biah; mais c'est edu qu'il faut attribuer au poète. L'assignation à l'a de la
prépondérance tonique semble attestée par les rimes de eau avec au que nous
montrent les deux groupes --eaus et -eaume : leaus (légales) Preals (pratellos)
71 aa, iaa66<^), PreaU reaus (regales) 11000; helmes reaulmes 57/18,
GuiUames palmes 5 80 a. Il faut toutefois remarquer que cette confusion
n'a lieu que pour le mot Preeaus, où il était facile qu'un des deux e contigus
tombât^'), et pour les mots étrangers helme et GuUlelmey qui ont pu avoir des
formes variées, correspondant à des variantes de la langue originaire (hjalm,
Vilhjalm)^*). On ne trouve jamais la confusion réelle des deux groupes eau
et au telle que l'attesteraient, par exemple, des rimes de beauê à mauêf de
apeaut à vaut. — Pour Yi provenant de è +jy voir plus loin.
Ve provenant de ^(ê, ï) ne rime en général qu'avec lui-même : ^eee (-icia
pour -îtia) : proeee vistece i^^U^rickesces ligesees 18/1, deêtreee (districtia)
laseheee &ai/i, seiche (sicca) teche (origine allemande) iii3a, tresehes (du
germ. thriskan) garhmdesches (suif. germ« -isk) 8&60, Saete (Sagitta)
neiie 5o58-^), eweUe (suff. -itta) Mont Olweie (mot savant) io6aa, muscheies
peiit^tes 9530, bocettes muchettes 9660 , saeiles desheUes (L deseeies et voir au
^'^ Lft rime mme fÊtrtmt iits ne proinre ^* El eoeore /Vimhm ne rioftM^I cfti'tvée (mm
rieo, les <leiix groupes diSéremmeiil ëerits âjuDi fUrtmmM,
dans les mêmes eondkioos. Sur r« devant m, ^*' Sur ïymmwUf voir an Glosaaire.
voir ci-deasoiis p. xxxn. ^' La rime Saefe foiryU 86M mdîqae eont-
joinire Praislr rtm» %\\%k^ ment Ambroise proiMNiçait les formes fortes de
doit aaas donii se coiTipr en kmu. jtter.
XXIV
INTRODUCTION.
Glossaire) 1986, gresle (orig. inconnue) mesle (subst. verb. de mesler mis-
culare) ù^^o^ gresle pelle (subst. verb. de pester pistulare?) 10892, /wa-
messe espesse 8262'*^. — La rime senestre celestre 12066 ne fait pas excep-
tion, sinistrum étant devenu senestrum en iat. vulg. sous l'influence de
destrum » dextrum. Il en est de même des rimes arbaleste (arcuballista)
preste U^Uo, arbalestes prestes 1/180, 2172, 221/1^^^ il est vrai que ae est
en général traité comme ë (cf. ceste (caespitat) /es(6 2 7 4 4); mais l'adv.
praesto et Tadj. fait sur lui praestus avaient, au moins en Gaule, en Rétie
et en Espagne (^J, un e fermé en place de Yae. Sur la rime eskec iluec, voir à
ue. — On peut se demander si la distinction de e^ et e^ dans notre texte
n'est pas purement fortuite ; en effet , d'une part il n'y a guère de mots qui ,
ayant après un é^ ou e^ les mêmes consomies, né diffèrent que par cette
voyelle; d'autre part des poètes plus anciens qu'Âmbroise confondent sans
scrupule ces deux voyelles à l'assonance ou à la rime , comme le fait la langue
moderne. Je crois cependant que la distinction est réelle : les cas de rime pos-
sible ne sont pas si rares qu'il le semble au premier abord; par exemple
-ete (-itta) pourrait rimer avec -aite, --este (-ista) avec -este (-esta, dans
teste^ festey geste^ tous mots qui figurent à la rime), v^^ 'àsec pert (perdit),
messe avec presse y etc.(^); quant au fait que la confusion des deux e se produit
antérieurement à Ambroise'^^ elle ne prouve rien pour son parier à lui, et
nous voyons que des poètes qui lui sont postérieurs ne la connaissaient pas
encore W. — L'e^ + ^ vocalisée ne donne pas eau, mais eu, distinction conservée
jusqu'«^ nos jours dans eux, cheveux , et qui existait sûrement pour Ambroise;
le mot feus 2618 paraît bien être le nominatif/c/ + « et rentrer par consé-
quent dans cette catégorie; pour sa rime avec meseûreusy voir à au.
^*) On sait que les mots en - 1 i 1 a avaient changé
leur sufiixe pour -ëlla; les rimes comme aUsele
novele 4 990 sont donc parfaitement correctes (Su-
chier, Gramm. des AUfiranzôsMchen, S i5 6). La
rimeclen cers 55g4 doit étrecorrigëe en ckrsfers,
^'^ Le ms. écrit partout arbioête ou arhelaste,
formes évidemment dues au copiste.
^^^ Voir Meyer-Lûbke, Gramm, des L rrnn,,
S 999. M. Suchier {Gramm,, S i5 r) me parait
trop restreindre Temploi de presl avec e' ( Wace ,
Beneeit, Guillaume le Clerc).
'*^ Noter que engrtsse rime toujours avec jprtsse
(voir au Glossaire), jamais par exemple ayecfe-
lenesêe.
^^^ Au resle, cette antériorité est douteuse;
M. Suchier (S 17 e) ne Fadrnet pas; mais il y
en a au moins des traces incontestables dans les
assonances de plusieurs chansons de geste, qui
laissent passer des mots en e* dans des laisses
en e^ : Jleêque (Oger) ^ prouece {Aie , Floowmi)^
frèê mlès {Am, et Am,),
'*) M. Suchier cite Guillaume le Clerc et Raoul
de Houdan ; on peut y joindre Jean Bodel , et
même, h ce qu'il semUe, Adenet le Roi.
LA LANGUE.
\iv
Devant une nasale suivie de consonne, IV et IV se confondent et de-
viennent ê; mais chez Ambroise cet e n a point passé à à : les deux voyelles
nasales ne riment pas ensemble. On trouve à deux reprises (10796, 11976)
tens rimant avec soudans; mais on sait qu une double prononciation de ce mot,
tëns et tans y se retrouve, sans qu'on puisse l'expliquer, dans des textes qui
d'ailleurs séparent é* de â^^K La rime penitance aliance 8834 ne va pas non plus
à rencontre, le mot savant penilent (et par suite pénitence) ayant été souvent
assimilé aux participes présents (cf. peneant, peneance). La forme Viane (: carvane
995 &) représente sans doute la prononciation du chevalier champenois qui était
seigneur de Vienne-le-Château (voir à la Table des noms). Le mot r^7i« présente
un traitement particulier : nous le trouvons en rime d'une part avec Aveme
(6178, 6638*^^), ce qui indique une prononciation rené (^Avesne par la chute
de Ys étant devenu Avene)^ d'autre part avec cheveUaigne et Charlemaigne :
nous reparlerons de cette prononciation à propos de ei. — Sur la rime de
ueus avec euSy voir à ue.
Le troisième e provient d'à latin libre tonique (non précédé ou suivi de
palatale, non suivi de nasale), et ne rime qu'avec lui-même et avec ¥e de
ert erat (270), erent erant (liai, i5i8, 2100, 5486, 5632)*^), mais aussi
ierent io553. Les formes en é de remaneir, remest (remansit), remestrent
(remanserunt), remés (remansum), ont été confondues avec les formes
correspondantes de remeti^e^ et sont devenues remist (pas d'exemple en rime),
remistrent (voir les rimes au Glossaire), remis (pas d'exemple en rime), remise
(voir les exemples au Glossaire )(*^. Le motgalee, emprunté à l'italien^, est écrit
dans le nis. indifféremment g{u)alie ou g{u)alee; la forme galee est seule attestée
par les rimes (p. ex. 780, 3774). Le mot anglais Salesberes a un e^ et rime
9i\ec pères kb*26^ frères 5622, avères 4448, pères 6780 (mais il a aussi un 1
et rime avec matires 6002). — Le poème né présente aucune rime qui nous
^^^ Voir P. Meyer, Méin, de la Soc. de lùiguU-
tique, 1 1, p. 378; Suchier, Reimprediffi, |k 71.
^*^ Avesne est écrit les deux fois (weme dans le
manuscrit.
^*' La nme de Z)é ( D e u m ) avec e', si fréquente
flans d'autres textes (voir Suchier, S aai), est
inconnue au nôtre (voir èi ieu).
^^^ Cette confusion est surtout fréquente en
ang^normand, mais se trouve aunsi dans des
manuscrits continentaux (Suchier, S 17 d; For-
ster, Makkabiserbuch , p. 1 «j g ) ; à la rime elle n'est
pas rare dans Benoit de Sainte-More (Ckrm,,
V. 87&, 16996, 90863). La même confusion
pour mest, mestrent est beaucoup plus rare (dans
notre manuscrit elle se présente assez souvent,
mais non en rime) ; pour mes je ne lai pas ren-
contrée.
^') L'étymologie est d'ailleurs incertaine.
mrnmtKic lATlOXALC
XXVI INTRODUCTION.
permette de savoir si Ambroise employait la terminaison -a/, comme beaucoup
de poètes normands , à côté ou au lieu de -e/. Sur les rimes de ^ avec te, voir à te.
La diphtongue ie provient de ë tonique , de a précédé médiatement ou im-
médiatement d'une palatale, de a dans le suffixe -arium (auquel la terminaison
des mots integrum, ministerium, monasterium, maceria a été assi-
milée). Notre ms. confond absolument ^ et ii^, les écrivant sans cesse Tun pour
l'autre , à la rime (^' comme à l'intérieur du vers. Le poète faisait-il cette con-
fusion? Un assez grand nombre de rimes semblent l'attester. Plusieurs, il est
vrai, sont certainement fautives et ont en général été corrigées dans l'édition;
d'autres doivent l'être : ainsi il faut sans doute corriger au v. 4438 avères en
entiei^es (comme je Tai proposé au Glossaire), et lire aux v. ûgôô-ô (dHin--
donouent trenchauent au lieu d'abandonerent trenchierent ; au v. 370/1 deloeeSj qui
rime avec/[c]îô««, est pour desleiees (voir au Glossaire); au v. 6686, au lieu
d'ajouter se devant traveillerenty il faut lire travaillié erent. Dans beaucoup
d'autres cas la rime de te avec e n'est qu'apparente : il s'agit de mots qui
doivent avoir réellement e et non t^, comme bacheler [voir au Glossaire) ; enditer
(voir au Glossaire) a presque toujours é; quiter^ aquiter^ déshériter se présentent
dans les textes soit avec e, soit avec te, et ont toujours e dans Ambroise; le mot
merrer^ dans la locution merrer son dueil^ qui est attesté par trois rimes avec
enterrer (voir au Glossaire), est d'origine inconnue et ne peut guère être le
même que mairiery qui figure souvent dans la même locution et semble venir
de majorare; effreiee {: arestee 8788) est régulièrement esfreee. Les rimes
trébuchèrent crièrent Û902, gracier mercier 9928, attestent toutefois que ïe
suivant un i syllabique commençait à se prononcer ie^^^ (on trouve d'ailleurs,
conformément à la prononciation plus ancienne, criée atomee 7622, (fièrent
retomerent 3 "j 6 ^escrierent montèrent 5 008). II reste un mot qui a partout ail-
leurs e et qui se présente deux fois avec ie (voir au Glossaire), c'est empressier :
il faut sans doute supposer un pressiare à côté de pressare*^), de même
espressier 6293. Mais, en somme, on voit que la distinction entre e et ie est,
sauf le cas de crier y mercier^ devenus criiery merdier , rigoureusement observée.
— Une question toute spéciale se pose pour l'ia devant nasale, qui a d'ailleurs
(*) VoirlesvariantesdesversSySf/iSâfâoSy, peissier remonteà espeisse, de spissia (qui ex-
âa3i, iSig, 661 3, 7^99, 7876, io6&â, etc. pUque aussi espeis espais au lieu d^espès); presse
^*^ Voir Suchier, S 1 7 c^. au contraire ne saurait remontera pressia (voir
^^^ On pourrait comparer espeissier, mais es^ les formes des autres langues romanes).
LA LANGUE. xxvii
la même origine que Vie ordinaire. La rime Estienes patènes 10/188 nous
atteste pour cet te la prononciation ordinaire; les rimes maen paen (1. meien
paien) 7210, cristien ancien 9600 , 1 1 85/t , crisliene [cristiaine, cristiane) patène
{paaine) aSiB, SgSo, 61 36, 635/i, 1 1656, crisHene terriene [tertane) 871 s,
3976^ii28&, étant identiques entre elles, ne prouvent rien; mais on trouve
les rimes patane Maine 10/176, cristiane chaane (catena) 3388 et chaane paiane
3936 , qui semblent indiquer une autre prononciation. La première de ces rimes
peut paraître douteuse (voir au Glossaire) , mais les deux autres sont difficiles
à écarter; elles prouvent qu'à côté de la prononciation normale paiene, cresiiieney
Ambroise employait quelquefois la prononciation paiaine, crestiainey qui se
trouve dans d'autres textes'^'; pour chaeine prononcé chaaine, voir à ei.
La diphtongue ein se produit d'abord quand un é (ê, ï) tonique libre se
trouve devant une nasale ; nous joignons à ce cas celui où ein provient d'en +j.
Des rimes assez nombreuses prouvent que pour Ambroise ein et ain étaient con-
fondus'^^ : enfreindre feindre 3 1 o , remaindre destreindre 3/128 , remaindre esteindre
5 860, pleindre faindre 6676, ataindre estaindre 8/iio, remaindre constraindre
S600 ^alaindre taindre 8768, remaindre faindre 10898, estainstrent ateinstrent
Slii^^estainteatemte 8/116, semaine painei 190, 170s, 882/1, demeine (domi*
nium) graine 167&, d.fustaine \%^^^d.chaaine ^ooli^ameine lointaine 1166/i.
Pour eine nous ne trouvons que paine diemaine 1 ^%k^pTem>eraine eslraine 682/1,
10/127, lointaine paine 856o, vilaine plaine io658(^). On trouve en assez grand
nombre des rimes en aigne, mais sans mélange de mots en eigne; ceux-ci ne
figurent à la rime qu'aux v. 5-6, empreigne empreigne (*imprendiat imprae-
gnat, écrits tous deux empraine). Le mot règne rime deux fois en aigne : règne
cheveitaigne 8606 , Charlemaines règnes 8/180 ; nous l'avons vu plus haut prononcé
rené; ces rimes indiquent une prononciation reigne, qui se retrouve ailleurs ^^^ et
qui ferait croire que pour Ambroise eign rimait avec aign^ et que le hasard seul
a écarté de la rime les mots en -eigne. Quant à la confusion de ein avec ain, elle
se présente dans des textes antérieurs à Ambroise, et elle doit sans doute se
comprendre dans ce sens que c'est ein qui est devenu ain, et non l'inverse.
^'^ C'est certainement tout k fait par hasard qui indiquerait une tout autre évolution d'et,
qu'on ne troure pas à la rime cette confusion avoine Eschalotne ; mais il faut corriger avoine en
attestée pour ein-ain, eins-aiMy cmt-aint; toutes anone, comme je Tai fait dans l'édition. Parpaintes
ces rimes sont très rares dans le poème. loSaa (: cointes) doit être corrigé en parpointes.
^^ Au V. 9066 le manuscrit porte une rime ^'^ Voir Suchier, S &5 b-e,
D.
xxviii INTRODUCTION.
En dehors des nasales, ei représente un ^ (é, ï) tonique soit libre, soit en-
travé par une palatale. Cet ei, dans une grande partie de la France, déjà au
temps d'Ambroise, avait passé à oi. La graphie de notre ras. présente un mé-
lange absolument confus des deux notations'^^; mais lexamen des rimes per-
met d'aflirmer que le changement dW en oi est inconnu au poète. Un cas
particulier, le mélange des imparfaits en -eie et en -ow, sera examiné à la
Conjugaison. Sur des rimes comme voil conseil^ cliameilz oilz, voir à ue.
La diphtongue eu y sauf le cas dV+/ vocalisée {Jem =fels 2618) et de l'affai-
blissement d'où (voir plus loin), ne se rencontre pas en français; la triphtongue
ieUj provenant d'ë suivi d'u, n'y est pas très rare, mais elle a été le plus souvent
modifiée. Les rimes D^j^or/Ao/meu (De um Bartholomaeum) h'] ^^ ^ Andreus
estreus 1 lùi 4, paraissent prouver que notre poète la conservait pure (1. Dieu
Bartholmieu y Andrieus e8triem)j d'autant plus qu'il fait ailleurs rimer Andriu
avec liu (6998), Dieus avec lius (12122), c.-à-d. avec lieu, lieus, de lueu,
lueus. Une question particulière se pose pour les mots equa, treuca, leuca;
la discussion nous en entraînerait trop loin ; bornons-nous à remarquer que
ces trois mots riment ensemble : liuue ytiue 9206, liuues iuues 8296, liuues
triuues 7612, 11798, lues triuues 10618^^). Au même groupe appartient le
verbe sequere, dont le représentant français, écrit siure et siuurey rime en
général avec son composé aconsiure (voir à la Conjugaison); toutefois la rime
livre aconsim^e (7 1 36) indique pour ce verbe la forme sivre.
I. L'i continue l'î latin. Il provient en outre d'^ (ê, ï) précédé d'une pala-
tale {cirey merciy cil cilium, plaisir), d'é suivi d'un i atone final (t, t7, cil, cisi,
vint, vin, veïs, -is, marchis, pais) et d'ï dans des mots savants [livre, servise,
envie, etc.) Ces faits sont communs à toute la France du Nord et n'ont pas
besoin d'exemples^^^ non plus que certains cas spéciaux qui reparaissent par-
tout. — Il n'en est pas tout à fait de même de Vi provenant d'ë + J. Les exemples
qu'on en trouve dans notre poème ne sont pas nombreux, mais ils paraissent
suffisamment probants'*' : sire dire 1610, 7886 ,101/12, 121 36, sire ire 1 466 ,
^^^ On y trouve même tepour eie, p. ex. 6986 de Fagetam) rimant avec envaï 10998. Sur Yi
oltverieferie (six vers plus loin oliveroie), de lie, plie, etc., voir à la Conjugaison.
^*- Notez qu'au contraire, dans la langue mo- ^*^ Je ne cite pas tous ceux où deux mots de
deme, ces trois mots donnent trois résultats diffë- cette catégorie riment ensemble, ce qui naturel-
rente : ive (disparu), trêve, lieue. lement ne prouve rien (p. ex. sqfire deêconfire
^*^ Citons seulement Fax (r^iièrement tiré suffecere disconfecere)9i86, sire» remireê
. LA LANGUE. xm
6874, sires dires 568, sire baptistire 4339 ^*\ matire desfire^^^ 2662, eslire^^^
dire 6220, pns (part, de prendre) pris io32, 56/io, 7174» 9^70, ii53o,
12268, Henris pris 383/i, Hausasis m(sex) 10800, église (ecclesia) remise
(de remaneii\ voir ci-dessus p. xxv, n. h) 81 2/1, 85/io, i3o6/i, églises remises
3708, 5236, p^/iï^ c«/i^ ^772^. Les mots qui riment ici en 1 rimeraient dans
certains textes'^^ en ie, ei ou e [defiere, esliere^ pries, sieSy egliese, esliete, etc.).
— Une question particulière se pose pour a précédé de palatale et suivi de j :
ce groupe est généralement traité comme é suivi de j, et notre poème même
nous en offre un exemple : gise desfise 1808'^^^ Mais les noms de lieux en
-iacum présentent à la rime des phénomènes assez compliqués : cinq d'entre
eux y figurenlt^^ un trois fois, un autre deux fois, les trois autres chacun une.
Le ms. leur donne toujours la terminaison ie, qu'on peut interpréter te, ié ei
même t; les rimes de ces noms entre eux (Chavigtiie Sade 10992, Chavignie
Cloignie 11878, Chavignie Graie 7556) ne décident rien ; mais on trouve la
rime Sacie ronde 1 1/128, où le second mot doit certainement être lu rond. Il
semblerait donc indiqué d'attribuer au copiste la terminaison -ie et de rétablir
partout 1; mais, d'autre part, on trouve la rime envie Toenie 10/172, qui ne peut
s'expliquer que par la prononciation -te. Le problème semble insoluble. Peut-
être fautr-il admettre que le poète a prononcé ces noms comme il les entendait
prononcer, et que Robert de Toenie se nommait lui-même ainsi (suivant la
prononciation de son pays'^^) , tandis que les seigneurs de Chauvigni, de Saci et
de Graï prononçaient par 1 la Gnale du nom de leurs châteaux'^'. Ce ne sont pas
9182, pris (pretium) dis (decem) io5o8, segvre. Les rimes d'ermm ermine en t (i55a,
redisme 663o , lit délit /1809 , deseonfite esliie 169a) ne prouvent rien.
80 , etc. ^^^ Le mol sire , à vrai dire , ne prouve rien , ce
^'^ Les mots savants en -ërium, -ërium, mot ayant passe à toute la France, même là où
-ëria ont -ire dans notre poème : dire avoltire phonëtiquement il aurait pris une autre forme
àihû .filatires matires 1 aSi 6. Sur la rime Sales- (il en est de même de dame),
bires matires 5oo3 , voir à IV. ^'^^ Ces deux subjonctifs sont d'ailleurs analo-
^*^ Desjire, ou mieux dejire, n'est pas d e f ï c e r e , giques et refaits sur l'indicatif présent {gisent, dcs^
qui donnerait defeire défaire, mais defëcere ^e;i/); les formes primitives étaient /ece^ iç^<?ce.
rebit sur defec t us; même observation pour sof" ^^ Mailli et Quinci ne se trouvent que dans le
fore, confire; mais on a parfaire malgré parfot corps du vers.
( pe r f e c t u m ). ^'^ Dans le voisinage de Gaillon , où est Tosni ,
^^^ Eilire est naturellement exlegereet non les noms de ce genre sont aujourd*iiui en t; mais
ellgere. on a pu prononcer autrement au moyen âge.
(*^ On peut y joindre livre aconsivre (voir ci- ^*^ La forme actuelle Gr<ûe, dans le Calvados,
dessus), sivre de sequere ayant dû passer par n est sans doute que graphique.
ixx INTRODUCTION.
là , à vrai dire , des mots de la langue , et on sait combien varient encore aujour-
d'hui, dans notre toponymie officielle, les représentants de -iacum disséminés
en si grand nombre sur tous les points du territoire ^^^
0. L'o ouvert n'offre rien de particulier; il provient d*ô entravé et d'au.
On ne peut savoir si dans rampone Rogne Aïs l'o est encore ouvert ou déjà
allongé par la chute de la consonne suivante (formes primitives rampodne Rodne).
L'o de ordre (: amordre 9910) est ouvert, bien que le latin soit ôrdinem, parce
que c'est un mot savant (^); il en est de même de l'o des mots savants glarie
vittorie 17/12. Ces mots se prononcent-ils encore comme ils sont écrits , ou déjà
gloire vitoire? On ne peut le dire. Le mot boire (Bôrea m ) est un emprunt récent
à l'italien boria; il rime trois fois (2806, 8282, 11026) avec estoire (pour
estoile d'un bas-latin stôlia?) : si ces mots étaient entrés plus anciennement
dans la langue, ils auraient été buire, estuire. — La diphtongue ou avec 0
ouvert, de au + u, se trouve dans Anjou Peitou 226; dans caillos (1. caUlous)
cols (1. cous) 766, elle rime avecoi^ provenant d'ô+1 vocalisée.
L'o fermé est écrit dans notre texte 0, u, ou; en français moderne la voyelle
ainsi notée est ou (=u) quand elle répond à 0 fermé (ô, ù) entravé, eu quand
elle répond à 0 fermé libre. Notre poème, comme l'immense majorité des
anciens poèmes français, dans les cas où le mot se termine par une consonne,
confond à la rime 0 fermé entravé et libre : nouz bouz 3852, crieor tur ûgBo,
aillors^^^ turs 9068, preuz tuz ioo5/i, pruz iuz io5o2, huntus vus 1/172. La
graphie eu pour 0 fermé libre apparaît assez rarement dans notre manuscrit
{Umfevreus 1 1 2 2/1) ; mais une rime au moins prouve que le poète prononçait
eu à côté d'où : me$euf\ê\m feus 2618. Il paraît même probable que c'était là sa
vraie prononciation (donc crieeur^ ailleurs y preu)^ et que l'autre, attestée par
les quelques rimes citées plus haut, est due à une tradition littéraire venue
d'une autre région que la sienne. Cet eu se prononçait avec un «^, qui avait
l'accent, comme le montrent les rimes de meseureus di\ecfeus et defevreus avec
leus (voir ci-après). Notons comme ayant un 0 fermé estoble (: troble 3334,
^*) On pourrait encore songer, pour ëcarter ^'^ Le mot aillon, fr. mod. ailieurs, ne peut
la diflScult^, èi lire enui au lieu à' envie au guère venir, comme on le dit, de aliorsum
V. 10&71, Ambroise faisant parfois rimer ut (M. Kôrting marque dans ce mot Vo comme
avec I (voir à tii). bref, mais il était sans doute long); il &ut peut-
(') Le mot plus ancien orne a correctement être supposer une basealiorum, avec addition
un 0 fermé ; il ne Ogure pas dans le poème. de ts adverbiale.
LA LANGUE. xui
699a) destupula pour stipula, entwehe (: masche 566o) dérivé d'entoschier
[inioxicRve) ^penlecosle (: caste 4554, gSôa, ^T^Sy^K — La diphtongue au
avec a fermé provient do fermé plus u : laujau 783; on a vu plus haut que
km pi^ésente déjà concurremment la forme leu.
Devant les nasales, Y a ouvert entravé et To fermé se confondent, comme
partout en firançais; la terminaison -âmes (-ûmus) , qui , pour des raisons d ana-
logie (^^ prend un e final qui ne lui appartient pas régulièrement, rime avec
homes (64, 3â64, 479/1, ^^^^^ 6896, 11926); on ne peut savoir si dans
ce cas Ambroise prononçait lo fermé ordinaire ou lo nasal (de même pour
one dans dane, none, coraney Escalane^ etc.); en tout cas il ne prononçait pas
a ouvert comme le français moderne. La devant nasale dans les terminaisons
masculines était bien probablement nasalisé. Sur ô libre devant nasale <,
voir à ue.
La diphtongue ai avec a ouvert provient de au+j danâjoiie, naue^ Mantaire.
Mantaire rime avec estaire (histôria), qui rime avec mémoire 4365 : ces deux
mots sont des mots savants ; ils auraient donné estuirey memuire. Sur baire^ glaire ,
estoire, voir ci-dessus. — La combinaison de a fermé +j avec une nasale donne
oin ou oin, et lo ouvert dans les mêmes conditions aboutit au même résultat :
hesoigne rime avec Bargoigne (228, 274, 882) ou charaigne (caronea) 3656,
11686; eiessoignêy dont lo paraît bien avoir la même origine que celui de
hesoigne y rime avec tesiimaigne 5260'^). La rime parpaitUes coirUes io52 2 pour-
rait faire croire que ain rime avec m, mais il faut lire pmyaiiUeSy comme
dans la même paire de rimes au vers i586(^).
La diphtongue ue, plus anciennement uo, est Tépanouissement d*ô libre
tonique. Elle est écrite dans notre texte uey oe, souvent 0, et dans certains cas
e simple : Texamen des rimes prouve que toutes ces graphies représentent un
son identique, Wy dans lequel Taccent est sur \e. C'est ce qui résulte d*abord
de la rime /u^n*c (écrit ^wire) guerre 8670, et ensuite des rimes très nom-
^*) On sait (jae ceUe forme, encore mal ex- de dartë, ie gn, remplace le plus souvent dans
pKqnée (Snchîer, S 1 9 i), est habituelle en an- ie ms. par n simple.
cien français; il est remarquable que le français ^^\ Au y. 7986, ie moi coinUê, que donne le
moderne PenUeite représente au contraire un manuscrit, et qni rimerait avec eonie» comités,
aneien PenudêU. a été dans l'édition corrigé enconief computos,
''^ Voir Remania y t. XXI, p. 35 a. comme le demande aussi le selis; voyes ci-dessus
('^ Dans tous ces mots j*ai rétabli ici, pour plus p. xxu, n. 9.
XXXII
INTRODUCTION.
breuses où figurent les mots ilueques et ovueques (écrits iloqueSy ilocques,
illoques y et ouequesy ouecques). Souvent ils riment entre eux, malgré la diffé-
rence de graphie, et cela ne prouve naturellement que leur identité ^*^; il eu
est de même quand illoques rime ayecporoques{S6bo); mais ilueques rime
sept fois (538, lûyô, 1878, 2862, 8170, ti'joU^ ^698) et ovueques deux fois
{i ù6li , 'j^^S) ayecesnequeSy et de mémei7/u«c (i2^) rime avec eskee{±ob[i^):
il faut donc admettre ou que ces mots étaient déjà devenus ilec [ot^J, ileques
avequesy ou plutôt quils étaient encore à la phase antérieure où ils se pronon-
çaient iluec [(wwc], ilueques ovueques avec l'accent sur 1'^^^). — Ce résultat est
confirmé par les deux observations suivantes. L'ô libre devant nasale devenait
ue dans le langage d'Ambroise tout comme devant une autre consonne, et les
mots de ce genre ne riment qu'entre "eux (et non, comme ailleurs, avec on) :
cuens hoens klxU^^ hœn Roëm 1 o36 , Roém hoem 1162 [Roëm est primitivement
Rodoem de Rodômaum Rotômâgum); cuens et buens (écrit bons) riment en
outre avec suens (2/15/1^ 5o6/i), et buens avec Duens (3 1 2 8 ); toutefois le mot
uem, lorsqu'il fait l'ofiice de pronom indéfini , rime neuf fois avec Jaru^ofem (1 706,
5o5o, 6866, 7062, 7612, 777^, 9866, loii/i, 1 19/i/i) et une fois avec
meien (écrit maan) &59/1, ce qui prouve ou qu'il avait perdu son ti, ou qu'au
moins l'accent avait passé à Ye^^K Devant une / mouillée, la diphtongue ue pro-
venant d'ô rime également avec 1'^ provenant d'e (ermé : vueil conseil 8702^*),
et il en est de même quand une consonne suivant le groupe eil en a fait dis-
paraître le mouillement (voir aux Consonnes) ichamelz uelz io58o^^). On peut
donc admettre pour ue la prononciation indiquée plus haut; mais il est pro-
bable qu'elle n'était pas encore tout à fait établie, puisqu'en dehors des trois
cas cités Ambroise ne fait pas rimer ue avec e. Il est difficile de décider quel
était \e de cette diphtongue (la valeur de \e d^esneque, eskec est douteuse),
e^ et e^ se confondant devant les nasales; ce n'était certainement pas ^ : les
(^) J'ai note vingt-huit de ces paires de rimes,
où ie premier mot a toujours 0, le second tou-
jours e.
^*^ La graphie différente des deux mots dans
notre ms. indique «ce que confirment d'autres
témoignages, que Vu est tombe dans ovuee,
atmec (sous l'influence du v précédent) pins tdt
que dans iluec^(ei dans senuee, poruee).
(') Le ms. porte souvent l'am (trois fois en
rime), /'oii (en rime avec moûin); mais cette
graphie doit élre imputée au scribe. Plus tard
on a dit en effet l'an (et, par assimilation, en
Normandie, n'an) pour l'en, tandis que le fran-
çais propre a gardé l'on.
(*) Le ms. a voit, mais la rime exige vueii.
^^^ Le ms. a chameilz oilz, mais à tort ; le mot
chameil (decamêlum, tandis que charnel repré-
sente camellu m) £Biit au pluriel chatnelz»
LA LANGUE,
XUIU
rîmes en -6t^ -^/z, indiqueraient plutôt é^\ mais la rime fiierre guerre ne
permet guère de douter que Ve n'ait la valeur d'e^^^K î^— Sur m provenant de
ue+jy voir ui. • • ' f
U. La voyelle provenant d a latin (^) est toujours écrite dans le manuscrit
(sauf quelques exceptions sans importance) par u, ce qui fait confusion
avec 0 fermé, souvent aussi noté n; mais les rimes distinguent absolument les
deux voyelles W. Sur In dans les formes verbales en -nrent^ etc., voir à la
Conjugaison. . .
La diphtongue ut provient essentiellement de û+j, de û + ï dans cuiy lui^
de û ou ô + palatale dans^uiYe, euide^'^\ Mais dans les mêmes régions où ie +j de- ^
vient I, ue +j devient ui. Notre poète possédant lïen question (voir ci-dessus),
il devait posséder aussi IW correspondant ; les rimes, peu nombreuses, où fi-
gurent uij ne l'attestent pas, car elles nous montrent le second ui rimant avec
lui-même {jpluie *plôvia, vuie Vôcita 6068, pluie mute 11 a 1/1, nuire cuire
77s , duire Mocére nuire 986/1); mais la graphie constante se joint à Tinduc^
tion pour l'attester. U faut noter que, de même que ue peut rimer avec 0, ui
(au moins le premier ui) peut rimer avec i : on trouve dire acanduire^^^ 1016,
conduit dit 8334^^); Tacc^it était donc sur l'i.
GoRsoNNEs. — Les rimes nous offrent moins de renseignements sur les
consonnes que sur ies voyelles ; aussi ne nous astreindrons-nous pas à examiner
chaque consonne l'une après l'autre , et nous bornerons-nous à relever les faits
sur lesquels les rimes peuvent nous éclairer.
La règ^e d'après laquelle toute sonore finale se change en sourde (sauf s
devant voyelle) n'est pas fidèlement observée par le copiste : on trouve par
^*^ Voir Suchier, S 1 8 , où la même conclusion
est appuyée sur d'autres textes offrant le même
phénomène.
^ Ltf de Mpucre (écrit <^ptt/cre) sep ûl cru m
(imucre mûccidum 7689, 8386) est d^origine
savante.
^') Notons les rimes de Bettenuble avec nubk
nabilaetenntiife (7680, 981&), de l^aru/ avec
apana (8686) , et de Sur avec sur ( a638) , asseûr
(7990), intâ-essantes pour la prononciation de
ces noms orangers.
(*) De cdgitatet non côgitat (Kôrting).
^*^ Le ms. porte aeondire, que j'ai laissé dans
le texte, et on pourrait être tenté de comprendre
aeondire, de adcondicere; mais le sens ne con-
viendrait pas à beaucoup près aussi bien , et le
latin porte : pecuniae summa recepta,
^*) La rime toU lui que donne le ms. (9000)
aurait donc pu être conservée; mais U est ici
préférable (voir au Pronom). Le mot bemUe
rime avec suie 6918 (ms. beirue sue ) et avec /nie
10/1 46, ce qui n'exclurait pas la forme berrie.
Fuite quite 1 858 ne prouve rien : on a prononcé
cuite, comme le montre cette graphie fréquente.
mraauuB iati««au.
xmv INTRODUCTION.
exemple souvent Richard au lieu de Richart; mais des rimes comme Richard
'part 868, etc., prouvent que le poète ne s'en écartait pas. Aucune sonore ne
termine un mot en rime. •
Le copiste ne reproduit pas non plus toujours la prononciation en ce qui
concet^ne la chute 'des consonnes terminant les thèmes nominaux ou verbaux
devant Y s de flexion; il écrit par exemple cerfs ^ vifs; mais les rimes avec tra-
vers â tâa , ocis 8 1 3o, montrent que le poète prononçait cerSy m^, et de même
dans tous les cas analogues; cos (nom. de coc) : bos i683 est écrit correcte-
ment. ^ .
Liquides. — R. LV double ne. se . confond ordinairement pas avec IV
simple, bien que le copiste mette souvent une r simple pour une r double; Tun
et l'autre fait sont attestés par les rimes très fréquentes qui réunissent les
mots ternes) y guerre(^)^ quarre^ Engleterre : chacun est écrit indifféremment avec
une ou avec deux r^^\ mais ils ne riment jamais qu'ensemble (ou Siwecfuerre
3670) , et non avec des mois conmieyâû*^^ guaire ^ paire y où cependant la pronon-
ciation de la voyelle devait être identique (voir ci-dessus). De même le verbe
corre (écrit aussi carCy currCy cure) ne rime qu'avec ses composés encofrCy sa-
coirCy acorrCy rescorrCy et non avec des mots £omme oreyOorey bien que la rime
d'o fermé libre avec 0 fermé entravé ne soit pas, comme on fa vu, inconnue
au poète. On pourrait objecter la rime Barres ares /i538; mais si l'on observe
que la forme la plus usitée de ce mot en français et sa forme constante en
provençal est arre^ on pensera que par une raison quelconque ce représen*
tant d'arïdum avait pris deux r. La rime à^ guerre SL\ecfuerre (b. 1. f.ôdrum)
prouve que les deux r doubles étaient identiques , qu'elles provinssent d'une
r double ou de l'assimilation d'une dentale à Yr suivante. — Le mot remires
(: sires) 9126 nous montre le changement de dj en r dans un mot savant (re-
miediey remidie^ remiliey remirie^ remireY^K
L. VI nous présente deux questions, celle de la vocahsation et celle du
mouillement. La vocalisation n'a lieu dans notre texte que dans l'intérieur des
mots devant une consonne, mais elle y est constante : les rimes Emaus maus
98/1/i (ms. Esmals mals)^ caillons cous 766 (ms. caillas cols)^ Gerout out U^i^
^'^ On trouve même une fois gaire pour ^*^ Notons la forme apostre pour le plus an-
guerre 6601; mab c*est une faute, qui a été cien apostk (: nostre 6679). L^insertion d'une r
corrigée dans Tëdition; notez encore la graphie dans celestre est attestée par quatre rimes (voir
queire pour querre. au Glossaire ).
LA LANGUE. xxxv
(ms. Gerod ot), Tattestent suffisamment (voir aussi ce qui a été dit plus haut
sur -aumë, --eaume). Après i, u, 17, au lieu de se vocaliser, tombe : 8epu{t)erê
mucre 7689, 8386 W. — L7 mouillée se produit dans les conditions ordi*-
naires (combinaison avec un j précédant ou suivant); le copiste en néglige
très souvent la marque distinctive, mais les mots qui la présentent à la syllabe
tonique ne riment qu'ensemble (par exemple vitalle bataille 7990, Bruel oel
7538)'^). Le mot qui termine le vers 6a8/i, sesuelle (éd. s'esvelle), ne peut
être s'esveillsy car il rime avec gresle (écrit graisle)^ et ce mot, qui rime avec
mesle 9220 elpesle 10890, n'a jamais eu d7 mouillée. Les mots en -ik pré-
sentent une question spéciale : vile (écrit souvent ville) rime avec mile U^o^
77/i, 8o4, etc., Sezile (écrit Sezille) Biû, 566, etc., concile (écrit concilie)
6196, 6988, nobile 1 i/i3s, et il semble que ces mots, représentant milia,
Sicilia, concilium, devraient avoir une / mouillée ; mais ce sont des mots sa-^
vants; il en est de même deMarsile (écrit Mareille) qui rime avec avik 8/180 (*l
Il faut remarquer que le changement de 17 de ces mots en r, cjui se rencontre
dans certains textes, est inconnu au n^tre (il connaît au contraire remire, voir
ci-dessus). En revanche il change contrarie en contralie (: pâlie, voir ci-dessus
p. %\n) ; mais il connaît aussi contraire {: Candaire 1 93/i , Hilaire 7812). — Dans
les noms et verbes dont le thème se termine par / mouillée, elle se comporte en
français, suivant les régions, de deux manières différentes devant les consonnes
de flexion (*^ : ou 17 disparaît et Yi reste, ou l'i disparaît et 17 reste en se vocali-
sant (dans les deux cas d'ailleurs Ys finale devient z : on a par exemple travaiz,
travail ou travauz, travaut). Notre poète pratique le second de ces procédés,
comme le montrent les rimes Emauz noauz 753/1 (ms. s) , chameuz ueuz 1 o58o
(ms. chameilz oilz). Après un 1, 17 mouillée tombe ijiz costiz 35â.
Nasales. — M. Vm finale après une voyelle ne se distinguait plus de Yn :
si Fem [Fuem) rime le plus souvent avec Jérusalem, on le trouve aussi rimant
avec meien (voir ci-dessus), ce qui indique que la graphie par m n'est que tra-
ditionnelle. Il en est de même pour la terminaison -om des 1"* pers. du plu-
riel : la graphie habiluelle est encore -om [haom Orfamaom 588/i) , mais començon
rime avec Besançon 382/1, muron avec Thoron 1088/1, et la graphie Tfiorom
^'^ Sar mvr pour mtt/^ voir le Glossaire. buant à MarsUie une / mouillée, j'ai rattaché
^*) En revanche on trouve par exemple veilles amh à aviliier, qui existe aussi : avile appartient
eêteillet t^^^o fourveiks esleiks, kavtler.
^') C'est h tort qne dans le Glossaire, atlri- ^^^ Voir Ramania, IX, 697.
xxxn INTRODUCTION.
pour rimer avec avrom 2786 montre bien qu'il fout partout substituer n km
(par conséquent aussi Jerusaleriy Belleeny Cafarnaon); les rimes ne nous per-
mettent pas de savoir si l m et Yn s'étaient déjà perdues toutes deux dans la
nasalité dont elles avaient infecté la voyelle précédente.
N. L'n finale après r a cessé de se prononcer : eschar^n) rime bien avec
char(n) 62 3o, yver(n) a\ec ver(n) 3fàali^^\ mjor{n) avec yor(n) 128, Û210,
9724, mais d'autre part tor{^^ ator(n) riment avec tor 198/1, 1 io58(^J. —
A s'en rapporter à la graphie, qui après % supprime très souvent le g àegtiy
Yn mouillée aurait perdu son mouillement; mais les rimes nous montrent que
les seuls mots où l'n est mouillée riment ensemble, et réciproquement. Ainsi
les mots Bretagne y Alemaigne, Champaigney mahaignSy remaigney TiffaignCy
chevetaigney compaigney montaignôy avra^nCy grifaigney bien que d'ordinaire
écrits Bretainey etc., ne riment pas avec les mots comme semaine y graine y
diemainey lointaine y etc.(^); le msxi plaine y qui rime avec champaine 6110, manr-
taine 766/1, ovraine ii36o, est plania, distinct de j^/am^ plana, et devrait
être partout écrit plaigne y comme il l'est en rime avec montaigne 11918. De
même empraine enpraine 6 doivent être lus empreigne (imprendiat) empreigne
(impraegnat), et retiens 9011 rimant avec vi^fne doit être également écrit
par gn. De même enfin les mots Borgoigney besoigney charoigney testimoigney
essoigney écrits le plus souvent sans g, ne riment qu'entre eux et ont une n
mouillée*
S. Les rimes ne nous fournissent aucune preuve de l'amuissement de Ys
devant une sourde; au contraire, nous la voyons maintenue même devant cA
par la distinction de rimes comme sèche teche 10612, 11182 (ms. sesche)
d'une part et tresches garlandesehes 8/i6o d'autre part W. Mais devant une so-
nore Ys était déjà tombée, comme le montrent les rimes blâme famé (fa ma,
mot savant) 9888, m^smespnme^ 7070, xoo'jS^meismesdeïmes i832, 3o/i8,
mmsmes veimes 1260, meimes veïmes 109/i/i, meïsmes queimes iiliSli^^\ Sur
(*) Ver n'est pas ver, mais ver nu m {tetn- avec cheveitaigne. Maines de magnus, mot sa-
pus), comme iver{n) est hiberna m. vant, n*a pas A'n mouillée.
**^ L'n de oniiitf, du pins ancien an«iic(ani ma, ^*^ La terminaison -eee {proece, etc.) est très
mot savant), a disparu au lieu de se changer en souvent écrite -esce; c'est là une habitude gra-
/ ou r comme dans d'autres textes ; le copiste phique qu'on retrouve ailleurs et qui indique
écriialtne, mais le mot rime avec dame 3659, sans doute un changement dans la prononciation.
390a. ^^^ C'est à tort que l'on dit souvent que les
(') Conune on l'a vu plus haut, règne rime premières pers. pi. en -âmes, -mes, -urnes ont
LA LANGUE. ixxvii
Ra^ne rampopiSy voir ci-dessus, p. \\\. — Vs finale, comme on le verra au z,
est nettement distincte de z.
Z. Le z se prononçait ts; il provient de dentale + «, et en outre de (^ de-
venu final; il remplace Ys de flexion dans les mots où elle s'ajoute à un thème
terminé en / mouillée, n mouillée. Notre poète ne fait pas rimer z avec «, ou
en d'autres termes l'élément dental de z n est pas encore effacé pour lui. C'est
ce que prouve la séparation constante des mots en -a» et Hiizy -aus et -auzy
-eis et -^2;, --ers et -erz, -« et -iz, -os et -oz : d'un côté, après pais 662 , (ar-
quais près 3766, leaus Preals 7120, iââ6/i, Preals leaus 1 1 i3/i, mais Esmals
98/16, Preals reaus 1 1 000 ^ franceis ainceis (souvent oi pour ei) 292, /i/is,
53i8, 58oo, 7972, Geneveis eneveis^^^ 5o6, 1 i/iû8, haubers pers 6989, cers
travers ai3â, marchis aquis k^hvL etc., vifs ods 8i3o, pais estais (stativus)
1 1 78^ , enginus ginus 98 , hunltis vus 1/172, meseûr\e\m feus 26 1 8 ; de l'autre,
Biauvaiz desfaiz 2930, Biauvaiz traiz 6182, Biauvaiz haiz 878/i ^^^ amirauz hauz
3671, enchauz chauz 3io/i, Emauznoauz (écrit Emaus noaus) 763/1, Tiebauz
bauz io^^o y feiz (vicem) dreiz 2/182,^^12; (vicem)/^"z (fides) 8/120, conmz
reiz 6556, descendreiz dreiz 11379, ^^^^^ ^^ 6/i/i4, diz cocatriz (calca-
trices) 5970, enviz viz 1196/i, piz respiz U^'jo, nouz bouz 3852, proz poz
3o52 , proz (oz 1 oa5/i, 1 o5o2. On remarquera que, par une singularité qui se
trouve dans beaucoup d autres textes et qui n'est pas encore expliquée, pa-
cem donne /M118 tandis que Bellovacis, calcatricem, vicem donnent ^«ati-
wiz, cocatnZjfeiz^^K Deux ou trois mots font difficulté : Guis rime en w (: mar-
chis 3/106, ^t«î$ 6 1 5 2 ) , taudis que Wido + 8 aurait dû faire Guiz; de même
on a Jofreis [ijreis /i658) quand on attendrait Jofreiz. Ces formes sont dues
sans doute à l'influence des accusatifs Gui y Jofrei : on a reformé le nominatif
par la simple additipn d'^. Brandiz (: diz 5o8) n'a pas droit à un z (lat. Brun-
disium, it. Brindisi); c'est sa qualité de mot étranger qui en a rendu la pro-
nonciation flottante. La rime de baucenz avec cenz 6762 montre que le sin-
pris une s par analogie avec les deuxièmes en
-attes, 'têtes, -Mêtes : en rëalitë Vs de -asmes,
'ismes, -dumes n'a jamais été qutme «rgraphie
inverse» provenant de la chute très ancienne de
Ys devant une sonore. Voir sur ce point Roma^
iita, XV, 618.
^*) Ce mot a toujours une s et non un z , ce qui
devra être pris eu considëration quand on lui
cherchera une ëtymologie; aucune, que je sache ,
n'a été proposée jusqu ici.
^*^ Ces mots sont écrits le plus souvent par ei
ou e; je rétablis ai pour plus de clarté.
^*' Je n'ai pas trouvé de rimes en -es, -tés;
mais les nombreuses rimes en -ez, -iez sont sans
mélange. Notons pte^ sussiez iiSga. La rime
Hamet Seez ( ^7 1 ^) n'est pas claire.
XXXVIII INTRODUCTION.
gulier de ce mot était baucent, bien que la forme primitive semble avoir été
balcenCy qui au pluriel aurait fait baucens^^K La rime cerz (certus) cfer« BBgû
est doublement choquante, il faut sans doute iirey^« (fïrmos). — Les rimes
ne nous fournissent pas le moyen de décider si après nn^ r», le poète chan-
geait, comme beaucoup d'autres, Vs de flexion en z (anz, jorz); il est extrê-
mement probable qu'il le faisait au moins dans le premier cas.
C. La distinction entre (^^^\ qui se prononçait te, et « dure est observée sans
exception : p. ex. les rimes comme manaces maces 678/i ^^\ proece vistece 1 2 Su,
richeces ligeces 18 4, ne se confondent jamais avec des rimes en -asse, --esse^
-esses. On ne rencontre non plus dans notre texte aucune trace de la rime
entre <^ et ch (p. ex. franche France) qui apparaît dans un assez grand nombre
d'autres poèmes. Le ch est également distinct de cS le (^ ne devient pas ch, et
il n'est pas douteux qu'Ambroise prononçait à la française chevauche , chace
(c'est-à-dire tchevautchcy tchatce)^ et non pas quevauque, catche^'^K Des mots sa-
vants ou récemment empruntés (comme esneque, du néerl. snecca) conser-
vent seuls au c devant a la valeur de cK — La graphie x n'apparait pas dans
le manuscrit.
Les rimes ne fournissent sur les autres consonnes que des indications qu'il
serait oiseux de relever, parce qu'elles concordent simplement avec la pho-
nétique française générale. Je noterai la forme rabes (: abes 10096), oi]ile b
au lieu de v indique une provenance méridionale, très explicable pour cette
racine, qui faisait au moyen âge la nourriture principale des habitants du Li-
mousin et de l'Auvergne. Le verbe aidter se présente généralement sous des
formes où le d est tombé (voir à la Conjugaison); mais on a manaidcy qui
semble s'y rattacher, et non manaie, plus usité ailleurs, si la correction de
meisnade S^gS (: laide) est adoptée. Le copiste écrit voide de vôcita (voir au
Glossaire), mais la rime de vuie (ms. nue) avec pluie atteste la chute du rf.
Déclinaison. — Nom. La déclinaison à deux cas est en général bien observée
par le poète (mais non par le copiste); toutefois la mesure ou la rime nous
attestent, par un assez grand nombre d'exemples, que l'usage moderne qui
(') Voir RoiHonia, XXIV, 588. ^^^ Les rimes prouvent que le poMe disait
^*) C* = c dur, c*=c sifflanL barge el non barche {barges larges 488), mais
^^^ Ajoutez les auti'es limes du mot tnace cWcA« (voir au Glossaire) et non cAat^e, comme
(mattea) indiquées au Glossaire. écrit le copiste.
LA LANGUE. xim
réduit la déclinaison des noms à la distinction des nombres (et des genres en
certains cas) avait déjà commencé à ruiner f usage ancien. Voici les cas que
j'ai remarqués. Les premiers sont attestés par la rime :
Tant sont ores tristes lor mères,
E lor parenz, lor Gz, lor frères.
Lor amis, lor apartenant (^) (399).
Treis jors dura le passement (&97)-
. . . icostume est e usage (5 69).
. . . fust folie ou fust saveir (829).
Ço ne sereit mie saveir (101 68).
ço fud faus acordement (aSiS).
ço fut grant damage (3a6i).
dont damage
Fud (3899) C^).
Ainz devint illoques martir {k8^ù)^^\
Si lui enuiot son estage (5390).
Qu'Eschalone ne refereit
Ne crislien ne Sarazin (7397).
E par tant remist lor conseil (8709).
si fud ontage (9896).
E Ricard d*Orques e Terri
I esteient (9967).
s'en fust mestier (ii3oo)(^L
Ces exemples concernent des substantifs; voici des adjectifs :
Meschief fu ço trop maleeit (9097).
Ki puis refud a force empli (3 900).
En paradis iert porguardë
Son liu (6678).
E si Tenchalz fust mielez seû (7757).
Si i fu Hue de Noefvile,
Un ardi seijant e nobile (ii/i39).
En général, comme il est naturel, le substantif qui est uni à la rime sous
^*) On pourrait corriger parent , Jil , ami, mais que martir, mot savant, n*a pas droit h une s au
noa frères ni t^rtenanz, nominatif.
^*^ Ajoutez encore A 169. ^^^ Mestier devrait être au nominatif, comme
'*) Ajoutez 6681. On peut dire, il est vrai, il Test au v. laSiS lEilen est sigranz mestiers.
XL
INTRODUCTION.
forme d'accusatif au lieu de nominatif entraîne avec lui l'article et l'adjectif
qui s'y rapportent, et il en est de même de l'adjectif pour l'article ^'h on
trouve cependant une exception :
... la Tamena Deus demaine (^^gi);
mais demeine semble avoir été pris comme une espèce d'adverbe (*^.
Les cas suivants sont attestés par la mesure :
Dont le Temple et grant desconfort (a Boa).
E li Franceis dreit acunirent. . •
Le Temple e cil de TOspital (9899).
Ço conte Ambroise en s'escripture (3736).
Ço soit Ambroise en fin sanz faite (6019).
Se volt Tarcevesque entremetre (3839).
Ces exemples, sans être extrêmement nombreux, le sont assez pour montrer
que la déclinaison ancienne était déjà assez gravement ébranlée W. On remar-
quera toutefois qu'ils ne portent que sur la première forme de la déclinaison :
les noms qui présentent entre le nominatif et l'accusatif une différence plus
marquée que la présence ou l'absence de 1'* conservent les deux cas con-
stamment distincts. On trouve cependant, contrairement à ce qui a prévalu
en français moderne, seror employé au nominatif :
Cui {ms. Qui) sa seror avoit norri (1 1739),
et, conformément cette fois à l'usage moderne, la (orme preslre à l'ace, au lieu
de proveire (9699) (*'.
^*^ On pourrait au v. 9097 lire meschiés,
6678 ses biens, mais ce serait certainement
fausser la leçon; au v. iiâ3i nobile n'a pas
amène Hvon comme Un ardi serjant, parce que
les deux propositions sont détachas Fune de
l'autre.
^'^ On pourrait lire Deu, mais c'est inutile et
peu probable.
<^) Il y a plus d'un cas où , à première vue , on
serait tente de voir un exemple à joindre aux
précédents, mais qui s'explique autrement Ainsi
aseûr 368, aagi, 9&8â, 7106 est un adverbe
composé (a seûr) et non un adjectif; lejor 3^69
est un accusatif absolu et non le sujet Sesteit;
un tirant 1 386 , un acoriement 5o4a , grant bar^
nage SiàU dépendent de tVt tnaneit, il vint, hU
vendroit et ne sont pas les sujets de oes verbes;
il en est sans doute de même de conte dans t7
n'en est conte &h ; mençofige A 1 9& est féminin, etc.
^^^ Ici les deux cas étaient trop distincts : on
les prit pour deux mots différents , et on eut d'une
part prestre et de l'autre proveire munis de leurs
deux cas aux deux nombres; prestre seid s'est
maintenu.
LA LANGUE. xu
L'observation qui vient d'être faite appartient en réalité à la syntaxe
plutôt quà la morphologie; mais il a paru plus oommocle de la placer ici.
Il en est de même des remarques qui suivent sur le genre des substantifs.
Je ne relève naturellement que ce qui est hésitant ou contraire à Tusage
moderne.
Le mot navie est féminin Sog, 389, 359, maià masculin ââo [navire masc.
!2o85); ostf généralement fém. (/i3i, 1907, etc.), est aussi masc. (1760,
S^2^);mracle est masc. 8/io/i et Cém. 8091; sur glaive, eslate, voir au Glos-
saire. Sont féminins : serpent 2180, 96&1, martire 2950, essample kU'iOy
veipre3^^'];avraigne(b^io^ SkZ^) est un autre mot qu(wrag^ô(operanea)et
naturellement féminin; onar est fém., comme toujours en anc. français (1 160,
9695, 10393). Vuz (votos) semble être fém. au v. 338, mais voir voe au
Glossaire. Le mot ille est souvent masc. en anc. fr. ; le copiste le fait masc. au
V. i38i, ainsi que ovre au v. 6089; ^^ ^^ semble se rapporter à vermines
(5928-6999), il faut voir là un accord d'idée (avec vers) et non la preuve
que vermine fût masculin. Genitaires est masc. â56â.
Je noterai encore ici ce qui concerne le mot gent. En général il est employé
au fém. singulier, mais, en sa qualité de collectif, il prend le verbe au plu-
riel : tant se penerent haute genl 968, nostre gent. . . frent 2987, ..... mur-
reient 6093, setresirent^^^x^ seguardauenl 562/i, seher-
bergerent 6076, 6923, s'apariUauent 7607, samwient 1 i/io8,
venaient 1 x^k^^ ^ cruel genl. . . l'aveient 6931, la gent. . . rechevdche-
rent 64o2; d'autres fois le mot est au plur. fém.: noz genz sont destorhees
11017, lor gent (1. genz) sent erent parties HUlio^^K Mais Tidée plurielle et
masculine presque toujours contenue dans le mot Tincline vers le pluriel
masculin : on trouve d'abord le pron. plur. il se rapportant à la gent : Mais
Deus voleit la gent apriendre. Qu'il le deivent amer e criendre 66 1 6 , et enfin genz
masc. plur. : gent (1. getiz) nudemefit enthechiez 2662, nuls genz 8638^^1
L'usage d'employer les abstraits au pluriel, fréquent en ancien français ^^^
est assez rare dans notre texte : on peut citer (et encore tous les cas ne sont
^'^ Cf. encore li plus des genz neiees [furent] verbe au singulier (6so), mais souvent au piu-
•39&&, 7996. riel à cause de Tidëe (sga, 5o38, aàkk). Cf.
^*) Je rattache ici une observation du même encore : plain pam. . . s'erent embatu 9797.
genresur/ip/i» (la plupart), qui est sans doute ^*^ \oïrLe\Ântki^DieMclinatiùnderSuhstaH
originairement au sing. masc. nom. et prend le tiva in der OilSpraehe (Posen, 1878), p. as.
r
IVrilMBUK lATIO^liLK.
xLii INTRODUCTION.
pas sûrs) ostages 5449, cheitivisons 2653, péchiez 9671, buntez 1929, 9174,
arphenlez a5o6(?), volentez 6780 (?), pknU\z] 6948.
C'est encore, à vrai dire, une question de syntaxe que l'emploi des adjectifs
ou participes au neutre quand ils se rapportent à un pronom neutre (fo, tôt y
il) ou a une idée indéfinie. Nous le trouvons souvent chez Ambroise : srà 8â3,
1894, Sjoii^gent 967, rendu 1029, bel i2o5, 6860, S^'jli.meschMit 244i,
reprové 3o3i, agraventé 6864, esehêiet jSU^, veû 7975, hé 10624, 12082,
tems 10923. Mais parfois aussi ladjectif sujet est mis au nomin. masc; ainsi
Qu'il lor sereit bien adresdez 908, E bien doit estre racontez 1 1 358. Dans Cest veir
provez 766, 9331, il faut sans doute lire mr«, en considérant ce mot comme
un substantif masculin, signifiant «r vérités. Enfin je mentionnerai ici Temploi
fréquent comme adverbes, mais sans l'adjonction de de, des mots tant (tant
altre gent, 54, tant genz 494, 4625(*), tant péchiez ^^^ \ , tant pereres^^ 3ii3),
moût [mult perieres 3537, muh genz 4368), poi (poi genz 6692), et l'emploi
bien connu de un comme pluriel de l'art, indéfini : uns cols k'jbS^ unes fen*
çons a 363, unes pluies 'j li'j ± , unes muschetes 9529^
Les noms de la seconde et de la troisième déclinaison (latine) qui se ter-
minent en français par e et qui n'ont pas à's au nominatif en latin n'en ont
pas noii plus dans le plus ancien français. Nous trouvons ainsi dans notre
texte les nom. mestre 6889, livre 7 1 35 , Aliœandre 1 o485 , autre 1 1 9o5 , em-
perere 1670 (?), 1767, 3256,^^^ 9934'^', sans parler de «tr^au voc. 1610,
2199,8544,8653,8745, ioi42, 11119, 1 2 133. Mais l'usage analogique
qui ajoute une s à ces nominatifs est plus souvent attesté: livres 2608,
7544 W, pères 95, povres 2658, ^r^e* 8536, sires 567, 9126, detres 11 856,
empereres i45i, 1792 (?), i8i5 (?), i842, 9125, vengieres 36 \ 0 , poigneres
7558, greindres 177W. Les noms propres d'origine germanique prennent
cette s déjà dans les plus anciens monuments de la langue; ici noUs avons 6ruîs
2657, 34o5W, 6i5i, fiw» 6169, 0f6« 9971.
Les noms féminins de la troisième déclinaison terminés par une consonne
(^^ Ms. et ëd. tanz. délivre; mais délivre est un adj. verbal tire de
^*^ On pourrait croire que dans ces mots on a délivrer,
simplement Temploi, signalé plus haut, de Tac- ^^^ Les paires de rimes mendres tendres 180,
cusatif pour le nominatif; mais au moins pour presires mestres 8544 sont douteuses, Vs poti-
etnperere ce n est pas admisSïble. vaut être supprimée aux deut mots.
*^ Livres rime les deux fois avec délivres, '*ï Surle foit qu'on a « et non 2, voir ci-dessus
qu'on pourrait rattacher à un d e 1 i b e r et écrire p. xxxvii.
LA LANGUE. xuu
ue prennent pas dV au nominatif singulier, ou plutôt nont pas de cas» le no-
minatif ayant disparu dès Tépoque du latin vulgaire : ciV^5i i, 11287, 6863 (?),
damer 6/ii, vérité 666, gent 968, tençon 1/186, ^tiko^ plmté âSâo, raison
9&&3, chahr 63b ^, procession 12027, desleial 7/123. Une seule exception est
attestée par la rime : fins 5/io8. Aux v. 25o5-25o6, Dont la sainte cristientez
Fud puis tanz jorz en orphentez^ il est très facile de corriger cristienlé orphenté
(cf. 263a) : dès lors ou est tenté, aux v. 6779-6780, Or chevalche cristientez
Par Surie a ses volentez, de corriger de même cristienté et a ^ volenté^^K
Les adjectifs latins uniformes de la troisième déclinaison ont passé, comme
on sait, en français à la déclinaison à genres. Notre texte montre sur ce point,
comme tous les textes anc. français , hésitation entre lancienne et la nouvelle
forme (^). A côté des exemples nombreux du premier groupe, qu'il est inutile
de relever, on trouve graïufe i5i, 3375, 339/i, 3961, UU'ji, 4536, 7921,
grandes 69/18, qZq^^ forte U'jb, 919/1, (6^/118, 1102, 333 1, 6579, ^^566,
ii6o5, teles /1268, 6889, 7/165, itele /1286, 11100, iteles kiUli^^K
PRONOM. — Pronom personnel. Le nom. sing. du pronom de la première
pers., suivant le verbe, nous présente une fois la forme gié (: cangié 533o).
— Notons fe«, ace. pL de la troisième pers. , employé après le verbe : Qui de
trahir les sepenot 2 5/i2. — La troisième pers. fém. est au sing. nom. ele ou ely
ce dernier plus fréquent, mais, sauf une fois [U^U^), écrit constamment ele
(ou i7) malgré la mesure (ou le sens) : ele 1811, 2006, 3i58, 3657, U^t^j
5119, 656o, 9035, 9680, 988/i, 11616, 11723; el [écrit ele) 5iû, i352,
1809, 1810, 235/1, 35/(3, 36/i2, 365o, /iio9, ^35o, 6899, 5â3o,
583o, 5870, 6016, 6068, 6286, 6/170, 6661, 7082, 8/ii5, 8881, 9/157,
101 17, ioi36, 10802, (écrit i7) 3666, 583o, 9592, 10076; de même au
plur. nom. on a eles 3536, 6766, 6792, 8666, 10968, el els 2966 (écrit
eles) 225o, 6779, 6780, 5266, 8028, 11073, 11876, (écrit il) 9536,
10639. ^ ^'^^c. sing. fém le copiste met souvent lui où il faut U (11 56,
^'^ Cf. Ittn. Rie. IV, xiii : Eccc christianitas 19/i, iii56, doit'ètre écrit vtez (velus inv.),
pro Uhera votwntaU Urram Syrùe penmibulat, et vie[t]lles 339 estvetulas.
^*^ Inutile de signaler dolee, dolente , amw^ , ^^^ Souvent le ms. donne ces formes «naio-
passés h la déclinaison à genres dès l'époque giques sans qu'on ait le droit de les attribuer au
gallo-romaiie. Pro est toujours invariable; prode poète; ainsi forte e cruele 89 {L/ort e cruel);
(3593) ou prude (ôaoS) est en redite pro de, grieve brève S^^S peuvent sans peine se corriger
pru de (\o\r Bomania, XXI, i93). Vielz fém. en gfrief brief.
r.
xLiv INTRODUCTION.
3642, 12068), comme le montre la rime du v. 9000. L'ace, fém. est eles
(4794);fl eh pour a eles (3322) paraît une négligence du poète.
Pronom DjéMONSTRATiF. — Cel a pour ace. fém. emphatique celi 8999; il pos-
sède le neutre (^/(4463, 6853). — Le nom. sing. de c^^est cist (683t); il
faut également lire cist au nom. plur. pour ces 11018.
PaoNOM REL4TIF. — La forme emphatique de lacc.-dat. de qui est eut, quel-
quefois bien écrit dans notre ms, (2016, 4396, 4532, 4534, 5i56, 6o85,
7564, 8382, 9456), mais beaucoup plus souvent écrit à tort qui (102,
1918, 2 468, 2508,3371, 3908, 4228, 4242, 4252, 4264, 4278, 43i4,
4322, 436o, 438o, 44i2, 6720, 10786, io838, 11732, i2233,
12326)'*^ — On trouve souvent pour le fém. sing., quand il est sujet, à côté
de qui et de fci, la forme ^^ (161, 54i9, 7870, 9897, 9994, 111 15), mais
on u est pas autorisé à lattribuer à lauteur. Il en est de même de qtte em-
ployé pour le nom. neutre dans les locutions de quei queseil 45 16, que qui i
faille 5728, d'ailleurs bien attesté, et de que pour quei [que que Ven (/t^ 5258 ,
que quon en die 5376, que qui i faille 5728, que que li rei^fmt 9487), égale-
ment bien connu dans l'ancienne langue.
Pronom possessif. — Pour le nom. sing. masc. de la forme atone, le ms.
donne régulièrement mt8, ^Î8, «»s(6536, 7578, 8653 , — 9768(^1), — 224,
838 («1), ii52, 3649, 7129, 7816, 7547 (si), 834o, 8536, 9035,
9476(^1), 10039(51), io3o2, iii38, 11920), une fois seulement mes
(ioo56). — La forme accentuée de l'ace, sing. masc. du poss. de la i** pers.
est mien 9783, écrit men 1 1420. Celle du poss. de la 2*" et 3® pers. est : sing.
masc. ace. iuen 9646, men 3844, 444o, 4544, 5355, 8072 , 8076, 844i,
100 23, ii322, mais son 10982; nom. suens 2454, 7174, mais sons 10788;
pi. ace. sums 1953, 2280, 7122; plur. nom. suen 4943, 9999* La forme
en 'On n'est nulle part confirmée par la rime; au contraire on a les rimes
mien$ suens 2454 et bons (1. buens) suens 5o64, qui attestent la forme en -uen.
— Au fém. il n'y a pas d'exemple probant pour la i'* ni pour la 2® pers.; la 3®
est écrite ordinairement sue, parfois seue (6180, 6656, 12182, i2i4o);
les rimes avec Evreues 4706, Dreues 6180 , 6656 semblent bien établir pour
le poète la prononciation eu (voir ci-dessus p. xxx). — Les pron. poss. de
la pluralité n'offrent rien de remarquable aux formes atones; au^ formes
(^' Au vers «ISSi il faut peut-élre lire «'galemeDt eut au lieu de qui (ms. quil).
LA LANGUE. xlv
aecentaées nous noterons le plur. masc. nom. noz 6633 (mais la mesure per-
met de lire linostre comme 4986); au pi. ace, masc. ou fém. [lesnoz igBa),
on a toujours noz.
Conjugaison. — Les premières personnes du pluriel (sauf les exceptions
connues) sont écrites très diversement : -wm, -umsy -on, -Hms; les rimes at-
testent -on [Besençon cainençon 38aû , Thoron muron 1 0886 , avrom Thorom [1. To-
ron] 9786, Cafarnaom[\. Cafamaon^^^] 5884) et aussi -oitô [Darderons dirons
1 1960, Teissons leissoms 672 1)^^^. A côté se trouve la forme en -ornes : homes
avanies 53^4, paignomes homes 6396 , savames 1019a (et bien entendu toujours
somes ou sûmes). — La distinction des terminaisons en -etis d'avec celles en
-atis ne se trouve que dans un futur : descendroiz droiz 1 1 370.
CoxJLGAisoN EN -J?JR. — La i"^ pers. du prés, de Tind. ne prend jamais d'é
final en dehoi^s des conditions où Teuphonie Texige : on a régulièrement acunt
iâi38, airoc 4712, cornant 12295, cont 2448, 533o, cmi [cuid, quid) 2373,
6102, 68o3, 8570, 9049, 10170, 12299, demant 844, désir 8995, espeir
570, h 4542, 8701, merveil 6273, nimi 4735, os 3i35, 10276, 12220,
12237, 12243, suspiez 11392. — Ve analogique ne se trouve pas davantage
aux trois pers. sing. du prés, du subj. (il n'y a d'exemples que de la 3*) : ait
149, 9535, ameint 901 3, ament 9728, comenst (ms. eonuisi) 3, deprit 6725,
espustS^^Sy gart (gard) 9946, est 2358, saut (^salt) 462 1, travaut [travailt)
12339^''. Mais à côté de ces subjonctife réguliers, le verbe tomer présente le
subj. analogique torge : retarge turge 6782, targent retorgent 6880, encurgiez
retorgiez 734o W. — Les formes en -issiez de la 2* pers. pi. de l'impf. du subj.
ne sont attestées que par le ms. {aïlissiez 2374 ^^\ getissiez 3985), mais elles
sont, comme on sait, constantes en ancien français. — Les futurs des verbes
dont le thème se termine en n, m perdent habituellement Ye de l'infinitif :
merreient [mereient) 10285, turreit 9716, returreient 7779, sujorreit 971 5
'*^ Siir rëquivalence de m finale à n, voir ci- ^*^ A la pi-eniière rime retorge est 3* pers.,
dessus p. xxwi. turge 1 " pers. ; ces deux mots ne pourraient donc
^*) Ce témoignage est moins décisif, car on rimer ensemble s'ils n*avaient la forme -ge (on
pourrait lii*e Bedredin Dorderon 1 1969, et Roof aurait retort tor); de même à la troisième on ati-
Taiuon ^yaa ; toutefois Vs de Taissatu paraît at- rait encoriez retomez.
testée par ia rime au vers 1 1879. ^^^ Ici toutefois la recherche des rimes léonines
^*^ On pourrait prendre demande 1 5a pour un par le poète invite à lire alUsiez rimant avec veh-
subjonctif; mais c'est un indicatif. nez.
iLvi INTRODUCTION.
(toutefois on trouve retomereil 7788)^^^. Pour loreiejo encore 10206 il vaut sans
doute mieux lire loereie f encore. — Le verbe aler fait au subj. prés. 3* sg,
ait 8. — Doner a à l'ind. pr. 1 doins 9006, au subj. pr. 3 doinst 8088, 1^297.
— Ester a deux parfaits, l'un en -at, l'autre en -ui : d'une part aresta presta
1212, aresterent huèrent 1592, arestei'ent recuvrerent 65/i2 , s'estèrent guarderent
3169; de l'autre e«^ttrani mururent 66^6,JurentesturentS[ibfi^furentrestt4rent
8672, aresturent furent 654o f^\ aresturent conurent 1 1926. — A côté de laii-
sievy régulièrement conjugué, se trouvent, comme dans tant d'autres textes,
des formes qui semblent postuler un infinitif laire^^\ ({\\ on ne trouve pas :
impér. lai 3761, 1 1 979 (lais)\ au fut. on a ^ et non lax- : fut. larai 6807,
lairons 2887, cond. lareit 8690.
L'imparfait ind, de la conjugaison en -er n'est représenté qu'à la 3* pers.
du sing. et du piurieL La 3® pers. du sing. est toujours écrite -o^ et ne rime
ordinairement qu'avec elle-même (ainsi empetrot Jinot 1898, guaitot recetot
1912, ruot tuot 2270, destemprot temptvt ']6lio); mais la forme de cette per-
sonne, Hmt ou H)t, est ordinairement identique à celle de la 3® pers. des parf.
en -01, et celle-ci étant sans doute -ont dans notre texte (voir ci-dessous), il
faut probablement en dire autant de celle-là. — La 3* pers. plur. est le plus
souvent écrite -ouent (rarement -oc»^), ce qui concorde bien avec ce qui vient
d'être dit; mais souvent aussi on trouve -oient, par confusion avec la 3® pers.
pi. des imparfaits en -oie {-eieY'^K Cette confusion semble ne pas avoir été
tout à fait étrangère à l'auteur même, à en juger par les rimes suivantes :
defendùuent jfportouent 3376, vergondoient feroient 8710, regardouent ardouenl
58 1 5 , traiouent jetouetU 69/1 2 , fuioient estancenoient 69/16 , laschouent porveouent
8070. Il est toutefois à remarquer que ces rimes sont rares, qu'au contraire
la séparation des deux imparfaits est observée dans un très grand npnibre de
rimes, et que la confusion ne se rencontre pas pour la 3^ pers. du singulier'*'.
Autres conjugaisons. — Nous noterons l'inf. archaïque taisir 11 56, l'inf.
néologique grondre 1 668, et l'inf. aerdeir (: ardeir 3688), que je n'ai pas ren-
^'^ La forme enterrez pour entrerez 856o n*est pour le futur et inadmissible pour rimpératifl
attestée que par lemanusciit. '^^ A Tinverse on trouve très souvent -otteiU
^*' Notez que la paire de rimes qui suit im- pour 'eient{plaignouefUfaisauentiob6,retraauent
mëdiatement celle-là est une de celles où figure haoueut 196a, aeorouentfenment 987&,.etc.).
aresterent. ^^^ Sauf pour e$tout, de ester, devenu esteit
^^^ AvL Glossaire ces formes ont éié rapportées par une attraction bcile à comprendre et rimant
à un infinitif hier, mais cela est peu probable avec esteit de estre (78a, i45a, 3566).
LA LANGUE. xmi
contré ailleurs. L'inf. de torquëre était tortre et non tordrey comme le
montrent les formes estarte Û76, detortait 3638. — Au subj. on remarque jC^^
{'fiere 9635) au lieu du plus ancien et seul régulier fire^ ehiece 11 91 5 (à
l'intérieur du vers), encurgiez yS/io ^^K Le subj. prés, de venir est écrit vi^ne
90 iD (: retiene «^ retiegne) , forme qui a remplacé le plus ancien vigne et a
elle-même été remplacée par vienne; mais la rime viengiez vengiez 8556 rend
probable une formation parallèle et récente vienge. Le subj. pr. de plaire est
encore place (: place 3o3o), mais les anciens jece etdejece àe gésir et dejire sont
devenus gise et de{s)fise et riment ensemble (1808). — Nous noterons les par-
faits en s : audns (^atainst 6/157), ^^^^^^ [conduist 1970, 2769), escris (^escrist
5590), estors [estorstrent t&oS), remis de remaneir [remistrent 955û)'^\ www«
[morst 6672), teins^tainst 6458), trais^treist ai3, etc., et traistrent 785, etc.,
treslreni i5i5, etc.). Les 3** pers. pi. des parfaits en s sont en -«^- {estor-
strenty remistrent, (raistrent); toutefois, sous l'influence de ^e»(, qui, très an-
ciennement, a remplacé le ^r\nnti( fodrent^ plusieui*s parfaits en -is ont déjà
-irent : on trouve ainsi ^ramtr^^ (écrit (ramistrent) rimant avec virent i3ti; on
peut dès lors se demander si les rimes mistrent distrent S/i^, distrent conquis-
trent 618, mistrent pristrent 638, distrent mesdistrent 682, distrent requistrent
9611, asistrent enpristrent â/io8, remistrent mistrent 255&, 8iâo, ocistrent pris-
trent 3174, 3i8/i, 8278, 885o, ioo36, sistrent distrent 9686, mistrent
sistrent 9986, requistrent distrent ioi5â, odstrent mistrmt 8196, ne doivent
pas être changées en dirent y etc. Toutefois il est plus probable que ces formes
si nombreuses (et très fréquentes aussi dans l'intérieur des vers) étaient les
formes ordinaires du poète, qui commençait seulement à employer à côté les
formes analogiques en -irent^^K Les formes faibles sont constamment écrites
sans s [deïSy demeSy deisty etc.). — Les parfaits en -o» font-ils -ot ou -ou/ à la
3* pers. sing. ? Une seule rime, Gerod ot ^732, nous éclaire sur ce point,
mais elle est assez concluante : Gerod doit en effet être corrigé en Gerout (lat.
Geroldum), et l'u représentant l'/ n'était bien probablement pas tombé :
Gerout appelle donc outy et par suite --ont pour les autres parfaits en -oi; des
^'^ Voir ci-dessus p. \lv, n. 4. pour remestrent (voir ci-dessus p. xit, n. 4),
^*^ Voir ci-dessus p. xxv, n. 6. et mestreiU, remestrent n'étant jamais, que je
^^' Ce qui appuie encore cette opinion, c'est sache, devenus tnerent, remerent, il n*est guère
ia présence |)armi ces parfaits de remistrent ri- vraisemblable que les formes altérées soient de-
mant avec mistrent (miserunt). Remistrent est venues fuirent, remirent.
xLviii INTRODUCTION.
graphies comme soit ^^ soûl i636 appuient cette opinion. Les 3^ pers. pi.
étaient en -ourenl ou plutôt en -eurent (eurent ^e]urent 7800, eurent seuretU 8368).
Les formes faibles et l'impf. du subj. avaient sans doute -etï- [esteust 3o4a,
coneus[s]ent eussent 5798, teû[s]sent peûssent 9 â86 , pleu[s]sent eussent 11^16).
— Les parfaits en -m* comprennent entre autres crui (crurent furent 5oi8),
mui [murent Jurent 1183, 1860, 2797, 60 ^^)y jui [aparurent jurent 6^ iS,'
jurent furent io38/i, 1 1970), plut de ploveir (^plurent furent 6267), nui [plu-'
reiit nurent 5479), perçut (aperçurent furent iio55, 11080), conui (^furent co-
nurent ioqoq); œrui (acururent parsurent 10700), valut (Jurent valw^eni
6798), morui (munirent esmurent 56o2), pa$*ui (aparurent jurent 6918) W.
La 3"^ pers. du sing. conserve son t aussi bien dans les parfaits faibles que
dans les forts, comme le prouve la rime parut Barut 2 liâ, 8686. Les par-
faits monosyllabiques à la première et à la troisième personne du singulier ^'^^
ont seuls un déplacement d'accent aux personnes faibles et à Timpf. du sub-
jonctif; les rimes ne peuvent nous apprendre s'ils faisaient -eus ou -oî» (mous
ou meus y etc.), mais la graphie constante est -eus. Les parfaits de plus d'une
syllabe ne déplacent pas laccent (valut ^ valus, etc.); encoreust 5o59 doit être
lu encorust. — Il n'y a dans notre texte aucune trace de parfaits en -ié; tous
ceux qui pourraient avoir cette forme ont-i comme en français moderne, et
r» est attesté par plusieurs rimes : descendi di 8930, perdîmes primes 7639,
perdirent tindrent 6439, deperdirent firent 1266, rendirent partirent 2606, etir
tendirent défaillirent 10226, atendirent virent 8932, esbaudirent descendirent
2890, descendirent virent 7268, défendirent sailUrent 1 1 5 4 a ; de même dans bâti,
respondi, etc. A cette classe appartiennent aussi les parf. chai (chairent pé-
rirent ^^^ ^7^)' ^^^ (recoilia^ey^ent périrent 3452, issirent recoillirent 2906),
toli (: U 9000). La rime descendi di 8930 montre que la 3® pers. sing. était
dépourvue de t. — Parmi les participes passés nous relèverons surse de
sordre 9442, coilleite 4429, et les deux formes concurrentes tolu (: absolu
1 208) et toleit (tohite adroite 1 2338). — Le verbe estre possède les deux im-
parfaits ère et esteie; pour etH^ erent on trouve souvent écrit iert^ ierent^ mais les
rimes n'autorisent que ^r/(:;?^^ 269) et erent (: alerent ili^U.nafret^ent i5i8);
la 1"^ pers. pi. est erioms i5o4. — Le verbe prendre a toujours dans le ms.,
et avait bien probablement dans la langue de l'auteur, pem- aux formes de ia
^*> Sur la conjagaison de stvre, voir plus loin. — ^*^ I^es parf. eonui, j)erçui rentrent dans cette
dasse, leur désinence répondant à novi, cepi.
LA LANGUE. xux
première série accentuées sur la termiuaisoii (peinanut 3o6bypet'neit 1959,
35911,8969^ 10906, p^mot^ iâo/i5); il possède un^double subjonctif pré-
sent, preigne{: empreigne 6) etprenge (: losenge 7/10/1). — Les formes de Tin-
finitif correspondant à sequere ont été étudiées ci^dessus (p. x&vni); le
parfait et le participe sont doubles : d'un côté on a les rimes/m j)Of*^'i556,
fuirent siwirent b666 ^ et fuïz siviz i853, qui, malgré la graphie, semblent
indiquer des formes m pour le parfait, m pour le participe; de l'autre on a
les rimes aeururent parsurent 10700, aoansurent {ms. coneiurent) 11197, qui
indiquent un parfait m (s ecui) , auquel correspond le part, seù (: retenu 7758).
— Le parf. de voleir est vol {volt i5, écrit à tort velt Sa, a 33, etc.), ou voh
{volsist 106); les rimes ne permettent pas de décider.
SYNTAXE. — J'ai présenté, à propos de la déclinaison , quelques remarques
qui regardent plutôt la syntaxe. Il ne saurait être question d'étudier ici dans
son ensemble la syntaxe de notre texte, qui ne diffère pas de l'usage ordi-
naire de l'ancien français. Je remarquerai seulement que suivant cet usage ^^^
l'accusatif des noms de personnes peut, sans l'intermédiaire de de ou a, faire
fonction de génitif ou de datif (^). 11 ne faudrait pas voir une extension de cet
usage à des noms de choses dans des expressions comme en mm le mur 7/18,
de 9um les murs 335/i, par en sum le col 10078, en toi' la cité 7/19, a viU
fewe 8091 : en «un», en tor, a val sont ici devenus de véritables locutions
prépositionnelles qui régissent l'accusatif ^*J. — Notons encore qu'un nom relié
à un nominatif par cam est également au nominatif et non à l'accusatif comme
dans d'autres textes {com Turcoples 191221 , corn madrés 68/1/1, corne Salekadins
7959), et qu'après eevos on trouve le nominatif (8/io3, 993o) et l'accusatif
(8895).
De cette étude de la langue du poète, dans les limites où peut nous la faire
connaître l'examen des rimes et de la mesure, que résulte-t-il de caracté-
ristique pour le dialecte qu'il a employé ou plutôt pour le pays dont il était?
^'^ Voir entre autres mes Extraits de ta Chan- cets est séparé de joie, dont il dépend, par une
9on de Roland y Obs. gramm., S \oà. incise.
''' S'en citerai seulement un exemple remar- ^^'' Dans en sum de* muré {'jb^) , auconlj-aire,
quable aux vers 3 187-3 189 {De la grant joie sum a conservé sa valeur d'adjectif pris subslan-
ptrdurable , Qui santfn iert e est estable , Cels ) , où ti vemen t.
nri
L INTRODUCTION.
A vrai dire, assez peu de chose. Mais ce peu de chose concorde très .bien
avec ce que nous a appris Tétude externe que nous avons faite du poème. La
séparation d'ém et en y dW et oi nous montre qu'Ambroise était de Touest et non
de l'est de la France, ce qui est d'ailleurs tellement assuré que cette consta*
tation n a pas, à vrai dire, grande valeur. La réduction de iei à % prouve qu'il
n'appartenait pas à la partie occidentale et méridionale de la Normandie, et
l'ensemble des caractères linguistiques convient parfaitement à cette région
des environs d'Evreux où nous a permis de le faire vivre d'abord son évidente
qualité de Normand, ensuite l'intérêt particulier qu'il porte aux chevaliers de
ce pays. La langue qu'on y parlait était très voisine du français de France pro-
prement dit '^^ et le poème d'Ambroise peut être regardé comme un des do-
cuments les plus anciens de ce parler, qui est devenu notre langue littéraire.
IV. — LE POÈME.
VEstoire de la guerre sainte est , en somme , un journal de l'expédition de
Richard Cœur de lion depuis son commencement jusqu'à sa fin. Ambroise,
nous l'avons déjà dit, avait dû prendre des notes au fur et à mesure; il les
rédigea au retour. Les derniers événements occidentaux auxquels il fait allusion
sont les succès de Richard en Normandie (v. iâ33/i ss.), qui se placent dans
les années 1 19/1 et 1 196 (^); il a certainement écrit avant la mort de Richard
(6 avril 1199). ^^ peut, avec toute vraisemblance, placer la composition
définitive de son œuvre en 1 196 ou plutôt en 1 196.
Ambroise n'a pas suivi, pour écrire l'histoire des événements dont il avait
été témoin, les procédés des chansons de geste qu'il connaissait si bien^''. H la
fait œuvre strictement et honnêtement historique. S'il a employé la forme
poétique, c'est, comme on l'a vu plus haut, qu'il destinait son œuvre à la
récitation, et que la récitation en public ne connaissait pas d'autre forme.
^^^ On peut comparer le travail de M. Bur- ^*^ La mort de Saiahadiii( mars 1198 ),b prise
gass : DarsteUunff des Dialecte im xtu, sel, in den de Gisors par Philippe (avril 1 193), râection
Départements rfSeine-lnfèrieure und Eure {Haute^ d'Hubert Gantier à rarchevéclH^ de Ganterbury
Narmnnd{e)y> ouf Gntnd van Urkunden unter (3o mai ii93),sont des ëvënement8unpeuan-
//'iiplcAzMV^f r Vergleichnnff mit dem heuUgen Pa - teneurs.
tois (Hal!e, 1889). ^^^ Voir ci-dessuif p. vui.
LE POÈME.
Ll
L'histoire en prose vulgaire avait été essayée bien peu avant lui en Syrie par
Ër&oul, Técuyer de Balian d'Ibelin^ dans son récit de la prise de Jérusalem '^^
mais elle était inconnue en France. Au contraire, l'histoire en vers, et préci-
sément dans la forme des (t couplets t) de vers octosyllabiques , avait fourni le
sujet d'œuvres considérables que le Normand Ambroise devait connaître : la
Geste des Bretons et la Geste des Normands de Wace, Y Histoire des ducs de Nor-
mandie de Benoit de Sainte-More. On ne voit pas toutefois qu'il ait pris l'un
ou l'autre de ces auteurs pour modèle. Son style, simple et sans prétention,
est bien à lui : il n'a pas la sécheresse ni le ton parfois épigrammatique de
celui de Wace; il ne recherche pas les ornements de celui de Benoit. Sa ver-
sification est celle de Tépoque postérieure à Chrétien de Troies, en ce sens
qu'il ne s'astreint pas à arrêter le sens avec le second vers d'un tr couplet t) <^) ;
mais d'autre part il ne s'attache pas, comme l'ont fait des auteurs plus
(T littéraires 1? , à éviter cet accord de la rime et du sens : il le donne au con-
traire le plus habituellement, et ne suit en cela que la commodité de son
exposition. Il ne s'interdit pas ces trop faciles chevilles qu'on retrouve chez
presque tous ses contemporains, destinées à remplir le vers et à fournir la
rime^'^; mais il n'en fait pas l'abus qu'on trouve par exemple un siècle plus
^'^ Sur le (T livre 19 qu'a consulte Ambroise pour
rhistoire du siège d'Acre, voir plus loin.
^'^ Voir P. Meyer, Romania, t. XXIII, p. i-35.
H est inutile de donner des exemples d'infraction
à l'ancienne règle, abandonnée depuis Chrétien
de Troies, qui imposait l'arrêt du sens h la fin
d'un vers pair; on en trouve à toutes les colonnes.
Je signalerai seulement quelques cas où un para-
graphe finit par un vers impair, le second com-
mençant par mi pair : v. SSSy-SSSS, gSyS-
9.374, 1 1 193-1 lâgà, Ii3i7-ii3i8 (les para-
graphe» de notre manuscrit coïncident presque
toujours avec les chapitres de ï'ItiMrariwn).
Notons encore, pour les enjambements, souvent
assez bruaqaes, d'un rrconpletn à l'auti^, les y.
7af-793, i98a-ia83, 1107&-11075, ii356*
11357, 11906-11907, etc.
^'^ Vcdci une liste des exemples les plus frap-
pants de ces chevilles, que je ne donne pas pour
complète. Les mots de remplissage dans Tinté-
riear des vers sont assez rares; on peut dter :
Mien escient, 980, 4&90, 97^9; Si fu veir,
lOâsG, iaio5; Si Ju verte, 11913. D'ordinaire
ils se trouvent k la rime, soit qu'ils occupent
une partie du vers, soit qu'ils le remplissent
tout entier. Voici des exemples du premier cas ,
rangés en ordre alphabétique : a la tneie entente
83oo» 10686, a mon espeir 669, ai nuen en-
tendre 5a45 , al mien esme 1111, al tnien esmer
ii/ÎQO, c*en est la *ome 897 q, c'est la veire
6a 1 6 , c'est scû de vérité 11380, c'est veirs provez
766, 933 1 , c'est vérité àai 1, ço hesoigne ASo,
ço dit la letre 10950, ço dit l'estoire 3659, ^
dà tesloire e conte 1 1 708 , eo dit U livre 37 1 35 ,
ço dit li livres â6oi, ^Shk^ ço est la some 7168,
çofu la fins 56o8, çofu la some 859, 101 â5,
10978,^0/11 la veire isfj^^ço me sembla 838o,
ço me semble lâi, 65o, iio3, 1181, 6i5o,
7916, 7539, 8i56, 83/16,9313,9997, 9606,
99&7, 11093, 1161^), ço m'est avis 3371, ço
nos conta l'em 9865 , ço os dire 3i 35 , ço sachiez
lohiky ço vit l'em 706/1 , com jo enquis 83 1 3 ,
G.
LU
INTRODUCTION.
tard dans la Branche des royaux i^^fuj^es de Guillaume Guiart. Regrettables
assurément au point de vue littéraire, ces expédients de versification ne foiit
aucun tort au fond du récit. Quand on les supprime, on trouve ce récit remar-
quablement net et clair dans l'expression du détail, avec çà et là un tt*ait
quelque peu pittoresque ou pathétique , et toujours le sentiment de l'impres-
c<nn l'en trueve 35oo, corne mes euerê êospiece
5536, de veir â335, e lifol e li êoge i^^.foi e
sage 7671, 771 i.fust folie çujust saveir Saa ,
j'en sui toi cerz ^kkk^jo vos di seûrement 1 o & a 6 ,
jù vos puis bien afenner la&oo, juefne e (mden
8399 , juefne ne ancien 1 1 SSU , tne membre
•2957, nel tenez, mie a fables 7830, 11676, por
veir 9766, 9s5â, tobS&,porveiresanz dotance
8ââa, por omté 6098, io6i5, laioA, quejo
ne fnente 9061, que jo n'i faille 11&97, que ne
mente 10 683, que que l'em die 5958, que qu'en
en die 5376, qui n'est pas fable 71 39, sanz
dotance i3iii, 1391, 6906, 8930, sanz dote
i3i5, &9o5, 91&1; 9693, 8091, 8987, sanz
faiUance 11 93, 9611, sam faille 1066, 9558,
5797, 6690, 6693, 7190, 8997, 9i5i, 108A9 ,
se jo n'i ai mespris 958, si comj'enquis /t5&6,
6 1 59 , n eom jo sospiez 1 1 393 , «t corn me setnble
1797, si Deus m'ament 9798, si Deus me saut
6694 , si Deus me veie 386, 6935 , 90&6, seloM
la letre 35&6. — La liste suivante, disposée de
' mémo, comprend des vers entiers : Al mien avis
e al mien esme 8967, 8ii97, Ço conte Ambroise
en s'eseriture 3734, Ço conte l'estoire e la letre
9181 , Ço dit l'estoire en vérité 3538, Çofn bien
seû e enquis io5o6, Ço fu seû membreement
9886, Çopœz bien creiresanz dote ^kd^Ço puet
dire quil retendra 80 38, Ço sai, si Voi dire a
mainz 3i 99 , Ço sevent plusor se je ment 6986 ,
Ço sout Vem de verte provee 10690, E bien poez
le fi saveir 8 1 3 , ^ bt*UH c bai e sore blanc 85 1 0 ,
E fu sanz dotance la veive 9789, E l'estoire issi
le remembre 6696, E li menu e li maien â5o3,
E Urne conte por quei fereie 6936, E que direie
d'autre efaire 97 A6, E qu'en fereie autre partance
45 A7, Eque vos direie autre afaire 1 1879 , E que
von direie autre conte 9701, E si pœz saveir e
ereire 1 790» Esur po plus que vos direie i075o«
Haut ne bas , juefne n' ancien 3333, 9 5 00, Iço
saijo très bien sanz dote 1 188 4 , Issi coin l'estoire
raconte 9488, Issi corne tem entendi 8074, La
sage gent e la jolive bSà^ Le sai de veir non ptut
par esme 44o9, ffel puis laisser que jo- nfil 4^
59 34, Ou nos pesast ou nos fust bel 1 ^o5 ,.Que
fereie ici autre conte if^^çi. Que fereie vos dùére
conte 81 ilt\ Que vos direie d'autre afaire 7018,
11744, Que vos en fereie autre conte 909? , Qne
vos en fereie lonc conte 938o, Que vos fereie en
ço lonc conte 901, Que vos fereie jo lonc conte
11196, Qu'ireie jo plus demorant 9060, Sehne
l'estoire quejo di 1 1 968 , &' com Amhroises dk e
esme 39 96, iSi com jo ai Vuevre entendue 59fi6,
Si com testemonie la letre 965 , St comej'ai Tuevre
entendu 8984 , 9434 , Si Deus m'ait e il me paisse
149, Si dit cil qui l'estoire traite 9436, Si dit
l'estoire qui ne eeste ^'jàU^Sifu dit por vérité
pure 'j^'jky Si fu la fine verte pure 8779, Sifii
la vérité provee 1 1976, Si ne lairai que jo ne
die 6307, 5t poons bien par verte dire 1 1070, Si
sai de veir par mouz enseinz 7901, Si vos dirai ço
qu'il me semble ^khk^Sivosos bien dire en pk^
vine 10976, Si vos puis conter e retraire 6989,
Vérité fu e sanz dotance 8665. Parfois m^me la
cheville occupe deux vers : Si est bien droiz qu'on
sache e oie E par dreit le deit en oô* 8768*8769.
Cette liste est bien loin, même en la supposant
complète, d'épuiser tout ce qui dans le poème
d'Ambroise peut être considéré comme pur rem-
plissage amené par les besoins du vers. D'une
part je n'ai pas relevé beaucoup de formules
toutes pareilles aux précédentes dans des cas où
on peut les regarder comme ajoutant quelque
chose au sens; d autre part il faudrait tran-
scrire une bonne jMirtie du poème si on voulait
LE POÈME. LUI
sion directe et présente des faits. Ces qualités, que le traducteur latin a su
conserver en grande partie là oii il n'ajoute pas à la simple étoffe de son mo-
dèle les broderies de sa rhétorique, ont valu depuis longtemps à Y Itinerarium
Rieardi^ comme narration historique , une réputation méritée : elle appartient
plus légitimement encore à YEslaire de la guerre sainte.
Ambroise raconte , fidèlement et clairement, non pas tout ce qu'il a vu, mais
ce qui lui a paru intéressant, et par là son œuvre est une œuvre historique
au vrai sens du mot. Il ne nous entretient pas de ses aventures personnelles
et ne se met jamais en scène que comme témoin. Il choisit dans ses notes et
dans ses souvenirs ce qui répond à son double dessein : faire connaître les
souffrances et les périls des croisés et signaler leurs hauts faits, et mettre la
prouesse de Richard dans tout son jour et le défendre contre les attaques dont
il avait été Tobjet. Il ne faut lui demander ni vues générales, ni observations
profondes. Son point de vue est celui d'un pèlerin convaincu, qui na qu'un
but : délivrer Jérusalem ou tout au moins adorer les saints lieux, et qui ne
comprend pas que des gens qui étaient résolus à mourir s'il le fallait pour
atteindre ce but aient pu en être empêchés. Il représente en cela l'opinion
de la grande majorité des croisés et surtout de la gent menues et on ne peut
s'empêcher d'être touché des déceptions successives et du désespoir final de
ces pauvres pèlerins qui ont tout sacrifié pour délivrer la ville sainte, qui ne
doutent pas que Dieu n'approuve et ne soutienne leur entreprise, et qui la
voient toujoui^ échouer au moment où ils croient qu'elle va réussir. Ambroise
a peint leurs sentiments avec la naïveté de leurs cœurs simples et passionnés. Il
va presque, dans certains endroits, jusqu'à blâmer Richard de ne pas marcher
droit sur Jérusalem, de trop écouter les conseils des tr Poulains t^, des Templiers
et des Hospitaliers, qui seuls connaissaient le pays; il est en. ces occasions,
quoi qu'il en ait, avec les Français contre son roi et son héros. De même, il
s'afflige des négociations courtoises entamées un moment entre Richard et
Salahadin; il tremble que le roi d'Angleterre ne se déshonore en quittant la
dterlesëpithètesjestoarnuresjes invocations, la Table deè noms propres les mots : Dubns,
l.ft imprécalioos , les comparaisons qui ne sont Rossie, Vpee, etc.). Je donnerai seulement en
là que pour allonger un vers ou pour fournir une exemple ces deux formules qui se suivent : Ne
rime. A la même catégorie appartiennent des getissiez pas une prune Fors sor genl fervestie e
dâermioations de distance ou de provenance brune ; Es ks vas en-ant dreii al Doc , Si n'eussiez
•awi oiseuses que vagues (voir par exemple à pas cuit un coc Que, etc. (v. 3986 ss.)
L INT RODUCTION.
Terre -Sainte trop tôt, pour suivre les avis de ceux d'Angleterre qui Ty rap-
pellent impérieusement; il montre que Richard ne s'est décidé à la trêve que
par la plus grande nécessité et atteste qu'il a bien Tintention de revenir
quelque jour en Syrie. Les sentiments d'un croisé pieux, fanatique, borné
et prêt au martyre se manifestent tout le temps dans ses vers.
Si la croisade a échoué, d'après lui, c'est surtout à cause de la discorde
qui règne parmi les chrétiens. Rivalité entre le roi Gui de Jérusalem et le
marquis Conrad de Montferrat, guerre à Messine entre les hommes de Ri-
chard et les gens du pays, jalousie entre Richard et Philippe, dissentiments
toujours renaissants entre les sujets du roi de France et ceux du roi d'An-
gleterre. Gomment Dieu, s'écrie Ambroise, pouvait- il bénir une croisade
ainsi menée ? Et il rappelle avec émotion l'union qu'il suppose avoir régné
entre les vainqueurs de la première croisade, comme entre les guerriers avec
lesquels Gharlemagne soumit le monde.
Dans ces différends, Ambroise est toujours du parti de Richard et de son
client, le roi Gui. Il est avec eux contre Raimond de Triple et contre Conrad
de Montferrat; il en veut surtout au roi de France, qu'il nous montre moins
libéral que Richard, nouant à Messine, contre son frère d'armes, de secrètes
intelligences avec Tancré, dévoré de jalousie envers Richard, excitant Conrad
contre lai, et finalement quittant la Syrie malgré l'honneur et le devoir. Il est
encore plus sévère pour le duc de Rourgogne, auquel il attribue sinon tous
les torts, au moins les premiers torts dans ses querelles avec Richard, et pour
les Français placés sous les ordres du duc, qui se conduisent à Acre comme
des débauchés et non comme des pèlerins, et qui refusent à Richard de l'ac-
compagner dans la glorieuse expédition de Jaffe : il fait à la mort presque
subite du duc de Rourgogne et d'autres seigneurs français une allusion iro-
nique où il semble la regarder comme la juste punition de ce refus.
Mais cette partialité, très naturelle chez un sujet de Richard et justifiée
d'ailleurs en plus d'un cas, ne le rend aveugle ni pour les mérites de ses
adversaires ni pour les côtés faibles de ceux qu'il soutient. On voit clairement
en le lisant que si les querelles naissaient sans cesse entre les deux princi-
paux contingents de l'armée croisée, la violence et l'arrogance du roi d'An-
gleterre les provoquaient aussi souvent que la méfiance de Conrad, la jalousie
de Philippe ou la répugnance des Français à prendre les ordres d'un autre
que de leur roi. Ambroise a supprimé volontairement plus d'un épisode de
LE POÈMEJ Lv
ces querelles, (rll y eut, dit-il à propos de Tincident des bannières à Messine,
bien des paroles injurieuses et folles; mais il ne faut pas écrire et conserver
toutes les folies (y. 355). <» De même quand Richard reçoit, évidemment fort
mal, les envoyés de Philippe qui viennent le relancer en Chypre (v. 1898) ,
et lorsque le duc de Bourgogne lui demande en vain de l'argent (v. 81721) ,
«il se dit, remarque Tauteur, bien des paroles qui ne doivent pas être écrites ^n.
Parfois nous regrettons sa réserve; nous aimerions qu il nous eût communiqué
le texte delà chanson pleine de grant vilenie (v. 1 1658) que le duc de Bour-
gogne avait composée contre le roi d'Angleterre et celui de la riposte de Richard ;
mais nous ne pouvons cependant que lapprouver et appliquer avec lui aux
deux partis qui divisaient Tost le nom de gent desmesuree. Ambroise est trop
sincèrement dévoué à la cause sainte de la croisade, supérieure à toutes ces
misérables querelles, pour ne pas comprendre et reconnaître que l'union
était rendue impossible par des torts réciproques, bien qu il en attribue la
majeure partie aux Français. Ces Français avec lesquels, comme sujet et ad-
mirateur passionné de Richard, il se trouve sans cesse en opposition et dont
il se complaît à relever certaines fautes, il -sait d'ailleurs aussi leur rendre
justice. Il les appelle lagentjiere (v. 5755); il mentionne avec une sincère
admiration les exploits d'André de Brienne, d'Auberi Clément, de Guillaume
de la Chapelle, de plusieurs autres, et surtout de l'incomparable Guillaume
des Barres; il reconnaît que le roi Philippe, en attendant à Acre l'arrivée
de Richard, s'était très bien comporté. Du moment que les gens même en
qui il a peu de confiance méritent bien de la cause qui l'intéresse, il ne leur
marchande pas les éloges.
Cette tendance à la fois équitable et partiale est surtout sensible dans la
façon dont il parle du célèbre Conrad de Montferrat, l'ennemi personnel de
Richard, qui fut soupçonné d'être l'auteur de son assassinat. Ambroise lui est
fort hostile : non seulement, suivant ici un récit antérieur dont nous parlerons
plus loin, il signale en la réprouvant sa conduite avec le roi Gui, l'accuse
de bigamie et même de trigamie, et lui impute les procédés les plus déloyaux
envers les assiégeants d'Acre, mais il montre tout le temps sous le jour le plus
défavorable son amitié avec le roi de France et ses procédés envers Richard,
et lui reproche des intrigues secrètes avec Salahadin. Toutefois il reconnaît
qu'il avait eu bon comencement en Syrie (v. 3 6/1 5 ss.), et, quand Richard,
sur la désignation de l'ost tout entière , a consenti à le proclamer seul roi de
Lvi INTRODUCTION.
Jérusalem, Ambroise approuve cette décision, met dans la bouche du marquis
des paroles exprimant les sentiments les plus élevés, et constate que sa mort
fut l'occasion d'un deuil général : c'est qu'il comprend que Conrad était le
seul homme qui, par son intelligence et ses talents militaires, pouvait sauver
la Terre Sainte, tandis que le brave Gui de Lusignan, avec toutes ses excel-
lentes quaiités, était entaché de simplece (v. 911 5) et manquait d'énergie
(v. 36i8)(0.
La partie du poème d'Âmbroise consacrée aux Sarrasins est naturellement
empreinte des mêmes sentiments. Il les regarde comme les ennemis de Dieu
et les accable des pires injures '•^); il applaudit au massacre, ordonné par
Richard, des â5oo prisonniers d'Acre, et en rejette toute la responsabilité
sur Salahadin; mais en maint endroit il rend justice au courage et à l'endu-
rance des infidèles et déclare que, s'ils étaient chrétiens, il n'y aurait pas de
meilleurs guerriers. Il est en général malveillant pour Salahadin, mais il re-
connaît cependant ses grandes qualités et répète le mot de l'évéque de Salis-
bury (v. laiSg ss.) d'après lequel un prince serait parfait s'il pouvait réunir
les qualités de Richard et celles de Salahadin.
Au reste, les informations d'Ambroise sur les Sarrasins sont assez vagues
et, contrairement au reste de son récit, parfois peu dignes de confiance,
n'ayant pas été recueillies directement par lui-itième. S'il les appelle paienSy
getU paienCy il ne faut sans doute voir là qu'une expression traditionnelle, qui
ne prouve pas qu'il les crût idolâtrés, comme les auteurs des chansons de
geste composées en France; c'est à une source étrangère qu'il a pris le trait,
assurément erroné, d'une image de Mahomet peinte sur un étendard
(v. 3369 ss.). Mais il raconte avec complaisance, à deux reprises (v, 6771 ss.,
1 1653 ss.), de prétendues objurgations de Salahadin à ses hommes, aux-
quelles ceux-ci répondent en proclamant que les croisés et surtout le ma-
lec Richai*d sont invincibles. On trouve de pareils entretiens des Sarrasins
vaincus dans la chanson sur la première croisade , et on pourrait croire qu'ils
ont servi de lointains modèles à Ambroise, ici infidèle à son exactitude ordi-
naire; mais il est plus probable qu'il n'a fait que rapporter des bruits qui
(*) 11 faut noter, dans le même ordre d'idées, la trahison du comte de Triple (v. 95 1 ss.),
les réserves qu*il ne manque pas d'exprimer lors- sur Tententp secrète de Philippe avec Tancré
qu'il rapporte des bruits défavorables à ceux (v. 917 ss.).
auxquels il est d'ordinaire hostile : ainsi sur ^'^ Voir à la Table des noms propres.
LE POÈME. Lvii
couraient dans Tost et dont la formation s'explique sans peine (cf. v. 1 1658).
C'est également à un bruit populaire qu'il a emprunté l'anecdote du feu
sacré du jeudi saint 1192, dont l'apparition et la reproduction miraculeuse
font prédire par Salahadin la perte prochaine de Jérusalem (^).
A part ces quelques circonstances sur lesquelles Ambroise ne pouvait être
renseigné que d'une façon indirecte, à part aussi le grand épisode rétrospectif
consacré aux événements de Syrie antérieurs au 8 juin 1 191, le récit d' Am-
broise est absolument véridique et digne de foi. Il forme, du côté occidental,
la source la plus précieuse pour l'histoire extérieure et détaillée de la troi-
sième croisade. Je dis pour l'histoire extérieure, car l'auteur était trop bas
placé pour comprendre les ressorts internes qui déterminaient les mouvements
des hommes et le jeu des événements. 11 n'a su des traités conclus entre
Richard, Philippe, Conrad, Salahadin, que les clauses les plus générales,
celles qu'on communiquait à la foule. Il raconte les combats qui amenèrent
la prise de Chypre, mais ne nous dit rien de la façon dont Richard organisa
sa conquête. Des négociations si curieuses entre le roi d'Angleterre et Sala-
hadin, qui faillirent aboutir au mariage de Safadin avec la sœur de Richard,
il n'a connu que les fréquentes visites des envoyés sarrasins et les riches
présents qu'ils apportaient et qui jetaient l'inquiétude dans le cœur des simples
pèlerins, indignés à toute idée de conciliation avec l'infidèle. Il n'a approché
d assez près* aucun des personnages de premier rang pour savoir quelque
chose de précis de leur vrai caractère et de leurs mobiles intimes : il n'a vu
que leurs gestes et leurs actions. U a regardé la scène sans pénétrer dans les
coulisses. Mais dans les limites de son information il se montre observateur
non seulement sincère, mais intelligent. Il sait nous dire que les rancunes
des Grecs et des Longuebards^ de Sicile remontent au souvenir de la conquête
de leur pays par Robert Guiscard et ses Normands; il peint en traits fort justes
la façon de combattre des Turcs, pareille à celle des Parthes d'autrefois et
des Tartares d'aujourd'hui; il apprécie dans Richard non seulement ses grands
coups d'épée, mais ses très réels talents de tacticien et de stratégiste, dont il
nous donne des preuves frappantes. Ses longs et nombreux récits d'épisodes
('^ il est probable qae dans la version primi- modifiée en faisant prédire par Salahadin ou la
tive de Tanecdoti* il ne s'agissait que de cela ; la perte de Jérusalem ou sa propre mort dans un
prédiction ne s'étant pas réalisée et Salahadin bref délai,
étant mort Tannci? suivante, Ambroise Taura ^*^ Surce mot, voir la Table des noms propres.
B
UirMlUmil BATIOIALS.
LVIII
INTRODUCTION.
dv. siège on de guerre sont clairs et animés, et le paraiti*aient plus encore sans
la monotonie de la forme rimée et l'ennuyeux emploi des formules toutes
faites. Il sait choisir entre ce qu'il a vu lui-même et ce qu'il a entendu dire et ne
raconte que ce qui vaut la peine d'être raconté. C'est ainsi qu'on remarquera
qu'il ne dit pas un mot de la traversée de Marseille à Messine, qui n'offrit
sans doute aucun incident remarquable, ni de ce qui se passa dans les nom-
•
breuses haltes des croisés. On ne trouve pas dans le récit qui émane directe-
ment de lui de ces anecdotes puériles qu'offre à mainte reprise l'écrit dont il a
fait usage pour raconter la partie du siège d'Acre à laquelle il n'avait pas assisté.
On ne pourrait lui reprocher que d'avoir raconté trop d'exploits sans conséquence
de tel ou tel chevalier secondaire; mais il ne faut pas oublier que ces hauts
faits avaient alors un intérêt tout vivant et que la plupart des guerriers ainsi
mentionnés étaient de proches compatriotes du poète. Ce n'est pas d'ailleurs,
semble-t-il, pour s'assurer la faveur d'aucun d'eux qu'il les loue : rien n'in-
dique même qu'il ait adressé son œuvre à Richard, à qui elle aurait assu-
rément dû plaire. C'est sur le public qu'il comptait pour le succès de son
poème, et pour assurer ce succès il a cherché et il a réussi à être à la fois
intéressant et véridique ^^K
VEstoire de la guerre sainte est donc une œuvre historique de grande valeur,
qui fait honneur au brave et honnête pèlerin qui l'a rimée, sans prétention
littéraire, mais non sans apporter au choix et à la disposition de ses matériaux
une attention diligente. La découverte de ce poème aurait fait sensation dans
le monde des historiens si le contenu n'en avait pas été connu depuis long-
temps par la traduction latine. Même à côté de YlUnerarium Ricardi^ ïEstaire
de la guerre sainte conserve, outre son intérêt philologique, le grand mérite
de donner le récit dans sa forme originale et tel que l'a conçu l'auteur, et de
nous transmettre les discours, les entretiens, les impressions passagères, les
^'' Tout ce qu'on pourrait peut-être lui i*e-
procher, c est 1 omission de certains traits qui
n'auraient pas été favorables à son hëros. Ainsi
il ne dit pas que la venue de Bérengère de Na-
varre à Messine était une offense pour Philippe ,
dont Richard avait promis d'épouser la sœur, et
que la vraie raison de Ricliard pour retarder son
départ fiit le désir de célébrer son mariage avec
cette princesse après reml>arquemonl du roi de
France, ce qui nem|)éc1ia |)as celui-ci de faire,
à Acre, i'nccueil le plus courtois an roi et à la
nouvelle reine d'Angleterre. U ne dit pas un mot
de la violence insultante dont Richard usa, après
la prise d'Acre , envers le duc I/éopold d'Autriche,
et qui fut, indirectement et directement, la prin-
cipale cause de sa captivité. Il est cependant dif-
Gcile de croire que ces faits n'aient pas été connus
d'Ambroise.
LA TRADUCTION LATINE. mx
sentiments profonds des croisés de 1 189, dans toute leur fraîcheur et leur
naïveté. Elle a en outre ce grand prix d'être, — à part la chronique angio-
normande de Jordan Fantosme et la sèche relation en prose d'Ernoul, — le
plus ancien texte d'histoire contemporaine écrit en français qui nous soit par-
venu, Gaimar, Wace et Benoit n'ayant écrit que sur des époques bien anté-
rieures à la leur et presque exclusivement d'après des sources latines. Malgré
le caractère très peu personnel qu'Ambroise a donné à son récit et le rôle
effacé qu'il a joué dans les événements, elle a, par le fait que l'auteur (à
l'exception de l'épisode intercalaire) ne raconte que ce qu'il a vu, un caractère
qui la rapproche des Mémoires; et, consacrée également à l'histoire d'une
croisade par un témoin oculaire, elle doit prendre place désormais en tête
des mémoires plus célèbres, mais postérieurs de quinze et de soixante-dix ans,
que composèrent sur leurs expéditions d'Orient Geoffroi de Villehardouin ,
Robert de Clari et Jean de Joinville.
V. — LA TRADUCTION LATINE.
On est embarrassé de décider, au premier abord, si l'auteur de Vltine-
ranum Ric4irdi^ Richard, chanoine de la Sainte-Trinité à Londres, doit être
considéré comme un honnête traducteur ou comme le plus effronté des
plagiaires. Ce qui semblerait appuyer le premier jugement, c'est qu'un con-
temporain, qui devait être très bien informé, donne expressément Yltine-
rartvm pour une traduction du français, et cela sans avoir nullement l'air de
vouloir faire une révélation désagréable au prétendu auteur. On lit à la fin
du Chronicon Terrae SanctaCy récit de la guerre de 1 187 et de la prise de Jérii-
taleni, fait par un témoin ociilaire^, et continué de 1187 à 1191 à l'aide
d'extraits du livre I de Yltinerannm : (rPost Pascha anno ab Incarnatione
Domini 1191, rex Franciae Philippus applicuit apud Achon , et non multo
post, scilicet circa Pentecosten, venit rex Angloruni Ricardus; qum^um setnem
ilinerts et quœ in itinere gesseruvt seu ex qua occasione rex Philippus repatriavit
$i quis pleniwi scire desiderat, légat libnnn qnenh domina» pnor Sanctœ Trinitatis de
Ijmdaniis ex gallica lingtia in latinam taim eleganti quam veraci stilo transférai
fecit^^K'n M. Stubbs a montré par d'excellents raisonnements: l'^que l'auteur
''' Mariene et Durand, Ampiiêsima CoUectio, l. V, p. 677.
u.
Lx INTRODUCTION.
<le la première partie du Chronican n était sans doute pas Raoul de Goggeshall,
auquel on Ta attribué sans raison; â"" que la seconde partie avait été ajoutée
après coup et n'était pas du même auteur ^^^. (cMais, ajoule-t-il justement, il
importe peu que le renseignement qui concerne YlUnerarium provienne de
l'abbé Raoul , de l'auteur de la première partie , ou d'un autre. Il est clair que
l'écrivain qui l'a noté le croyait exact, et il ny a aucune raison de supposer
que c'est simplement une fiction due à la jalousie littéraire. Dire que l'auteur
prétendu d'un livre l'a simplement traduit ou fait traduire tam eleganti quam
verOfd $tHo serait un exemple de raflQnement satirique au-dessus de la malice
d'un écrivain du xni* siècle. i) Il est très probable, en effet, que l'auteur de
cette note tenait son renseignement du prieur même de la Sainte-Trinité,
lequel n'avait nullement prétendu dissimuler que l'ouvrage qu'il avait fait
exécuter par un de ses chanoines était une simple traduction du français.
Mais le prieur, notons-le bien, n'était pas lui-même l'auteur de Xltinera--
rium. Cet auteur est un chanoine appelé Richard, comme nous l'apprend une
notice du chroniqueur Nicolas Trivet, qui écrivait au commencement du
\iv* siècle, et qui n'a pas d'ailleurs eu l'idée de suspecter l'originalité del'/itî-
netwium. Nicolas Trivet a emprunté à ce livre le récit de la troisième croisade
qu'il a inséré dans ses Annales^ et au moment de tracer le portrait du roi
Richard il s'exprime ainsi : (r cujus mores corporisque formain Ricardus cano-
nicus Sanctœ Trinitatis Londoniensis , qui itinerarium régis prosa et métro W
scripsit secundum ea quœ ut ipse asserit prœsens vidit in castris, per hune
modum describit^*'. tî Les témoignages du Chronicon Terras Sanctae et de Nicolas
Trivet se confirment et se complètent l'un l'autre : le prieur de la Sainte-
Trinité avait chargé un de ses chanoines, appelé Richard, de traduire en latin
le poème d'Ambroise, et celui-ci s'en était acquitté avec autant d'élégance que
de fidélité.
Des trois (*^ manuscrits qui nous ont conservé en entier Y Itinerarium , aucun
ne porte le nom de Richard; deux sont anonymes, le troisième attribup^ l'ou-
vrage à Gaufroi de Vinsauf, erreur qui s'est perpétuée jusqu'à ces derniers
'') Itinerarium régis Ricardi, edited by parler d'un manuscrit de V Itinerarium conserve
VV. Slubbs (l^ondres, 186^, in-S''), p. lv-lviii. chez sir Thomas Phiilipps et quil lui a étë im-
^'^ Voir ci-après p. \c. possible de \oir. Il n'y a aucune trace, à ce que
^^' Trivet, ëdit. Hog, p. 116, veut bien m'assurer M. P. Meyer, de Texistence
"' M. Stiibbs (p. Lxxiv) dit avoir entendu de ce manuscrit à Chettenham.
LA TRADUCTION LATINE. lu
temps, et que M. Stubbs a parfaitement réfutée et expliquée f^^. On voudrait
croire que dans une épitre dédicatoire à son prieur, que les copistes auraient
laissée de côté, Richard présentait son ouvrage comme une traduction; mais,
malheureusement pour lui, il est évident que Nicolas Trivet a eu sous les
yeux un manuscrit où Richard se nommait et où, loin de se donner comme
un simple traducteur, il affirmait avoir été le témoin oculaire des faits qu'il
raconte, c'est-à-dire que ce manuscrit contenait le prologue que donnent les
nôtres, et où nous lisons : «rQuod si Phrygio Dareti de Pergamorum eversione
ideo potius creditur quia quod alii retulere auditum ille praesens conspexit ,
Dobis etiam historiam Jerosolimitanam tractantibus non indigne fides debetur,
qui quod vidimus testamur, et res gestas adhuc calente memoria stilo duximus
designandas. -n A la rigueur on pourrait supposer que c'est l'auteur français ,
nommé dans une épître dédicatoire perdue, que Richard fait ainsi parler;
mais que dire de ce qui suit ? (tAt si cultiorem dicendi formani deliciosus
exposcit auditor, noverit nos in castris fuisse cum scripsimus, et bellicos stre-
pitus traiiquillse meditationis otiuni non admisisse. n Cette apologie faussement
modeste, — car l'auteur s'est efforcé de donner à son style tous les ornements
à la mode de son temps, — ne peut s'appliquer qu'à la forme latine de l'ou-
vrage. Richard prétend donc bien lui-même avoir écrit cet ouvrage en latin
(rdans les camps 19. Ce mensonge évident nous prouve qu'il a eu l'intention
de se donner pour un témoin oculaire et un écrivain original , et qu'il n'est
par conséquent, comme nous hésitions à le dire au début, que le plus impu-
dent des plagiaires.
Mais comment se concilie cette usurpation avec le renseignement, donné
visiblement sans malice, du Chromcon Terrœ Sanctœl Voici ce que nous serions
enclin à supposer. Il existe ou il a existé ^^^ plusieurs manuscrits de Yltinera-
rium ne contenant que le livre I; Giraud de Barri, Roger de Wendover, une
continuation inédite de Guillaume de Tyr, ne font d'extraits que du même
livre; le Chronicon Terras Sanctae s'en tient également là, et ce n'est qu'arrivé à
la première phrase du livre II qu'il renvoie à la traduction d'un ouvrage fran-
^'^ Un maDiucrit du livre I , que possédait ce qui concerne les manuscrits de YlUnerarium
Barth, |M>rtait comme nom d*auteur Guido Ad- et Thistoire littéraire de cet ouvrage, je ne puis
dmanetuU, M. Stubbs a paiement montre Tina- que renvoyer à Tlntroduction du savant éditeur
nité et lorigine possible de cette attribution, anglais,
sur laquelle on a inutilement disserté. Sur tout ^^^ Voir Stubbs, p. lxx.
LXII
INTRODUCTION.
çais faite par ordre du prieur de la Sainte-Trinité. Or le livre I, comme nous
allons le voir, n'est pas emprunté à Ambroise, et il nest même pas certain
que Richard, en l'écrivant, ait eu le poème d'Ambroise sous les yeux (voir
ci-dessous p. lxvui). Il semble qu'il ait composé deux ouvrages distincts, l'un
(livre II- VI) traduit d'Ambroise, que soii prieur lui avait commandé et que
sans doute il lui offrit, Tautre (livre I) racontant la croisade de Frédéric et
les événements de Terre-Sainte antérieurs à l'arrivée du roi d'Angleterre (et
d'Auibroise) à Acre, qu'il avait pris à d'autres sources.
On peut supposer que, le prieur étant mort, Richard réunit ses deux
ouvrages en un , et qu'il eut alors l'idée de s'attribuer non seulement la tra-
duction, mais la composition du tout. Le prieur des chanoines augustins de
la Sainte-Trinité de Londres fut à partir de 1170 un certain Etienne, mort
en 1 198, mais déposé dès 1 197 et remplacé par Pierre de Gornouaille, qui
ne mourut qu'en 1221 ^^K C'est sans doute Etienne qui avait commandé à Ri-
chard r/ffWoinum, dont la partie vraiment traduite d'Ambroise (livre II-VI)
aurait ainsi été composée en 1 1 96 ou 1 197 au plus tard, tandis que l'autre,
ainsi que le prologue, où il n'est pas fait mention du prieur, aurait été ajoutée
ensuite. Nous avons vu que le poème d'Ambroise a dû être terminé en 1 196
ou 1196, en sorte qu'il aurait été traduit aussitôt après ^^'.jOn se demande,
il est vrai, comment le chanoine Richard a osé, en face de ses confrères et
de ceux qui savaient de quelle besogne le défunt prieur l'avait chargé, se
donner comme un auteur original et un témoin oculaire de la croisade (^).
^^ Voir Dugdale, Manastteon Afif^licanum ,
t. VI, p. i5o b.
^*^ Il €8t vrai que nos trois manuscrits de
Vltinerarium, en mentionnant Jean sans Terre
(V, XXII ), le qualiGent de tune comité, ce qui
prouverait que le livre a ëtë écrit après Tavène-
nient de Jean au trône (Stubbs, p. lxx); mais il
ne faut pas oublier que, dans Thypothèse exposée
ci-dessus, ces manuscrits ne présentent que la
seconde rédaction de l'ouvrage, où ces deux mots
ont pu facilement être insérés. L'ouvrage lui-
même, comme le poème d'Ambroise, semble bien
partout parler de Ricbard comme vivant encore.
^^^ On ne saurait en effet supposer que Richard
de la Sainte-Trinité, tout en traduisant le poème
français, aurait néanmoins, comme il raffirme,
assisté aux événements que raconte ce poème.
Nous verrons par la compai^aison des deux ou-
vrages quil n ajoute au récit d'Ambroise ri^i
qui décèle une connaissance personnelle des Ceiits,
qu'il suit son modèle avec une docilité minutieiMe
à laquelle n*aurait pu s'astreindre un témoin
oculaire, et qu'il commet des erreurs bu des
contre sens ([ui prouvent son absence du théâtre
de la guerre et son ijgpnorancc des hommes et
des choses. — Il parait inutile de rechercher
si le chanoine Richard est le «r frère Ricbard
du Templei) qui fut nommé prieur, k la plaee
de Pierre de Cornonaille, en lââQ (Stubbs,
p. I.XXVll).
LA TRADUCTION LATINE. liiii
Quoi qu'il eu soit, la découverte du poème d'Ambroise est venue conûrmer
d'une façon indiscutable l'assertion du Chronicon Terrae Sanciae, Jusque-là elle
avait paru peu vraisemblable. M. Stubbs a consacré à la réfuter plusieurs
pages de son Introduction, qui montrent dans quelles erreurs peut tomber
la critique même la plus perspicace quand elle ne s'appuie pas sur des faits.
Je ne me complairais pas à rapporter l'argumentation de Téminent historien
si elle ne fournissait l'occasion de quelques remarques cpii méritent peut-être
l'attention de ceux qui ont à s'occuper de discussions du même genre.
(rll est impossible, dit l'auteur dès le premier mot, que l'ouvrage soit une
traduction. 7) En effet : i** le style en est trop différent de celui d'aucun ou-
vrage français, en prose ou en vers, du xui* ou même du xiv* siècle; à** il est
rempli de citations de la Bible ou de poètes et de prosateurs latins que n'a
jamais pu admettre un écrivain français et que, s'il les avait admises , le tra-
ducteur n'aurait jamais pu remettre précisément dans leur forme originale;
souvent ces citations et ces réminiscences sont incorporées au texte de façon à
en être inséparables; 3^ il y a des inversions de sens, des jeux de mots, de
petites expressions proverbiales qui prouvent ou que le livre est un ouvrage
original, ou que le traducteur a eu plus de part que l'auteur supposé à la
forme donnée aux détails; /i^ il y a dans les récits des combats et dans la
peinture des souffrances de l'armée une exaltation et en même temps une pro-
lixité qui auraient lassé la patience de tout traducteur: a Seul un homme à la
fois témoin et auteur a pu soutenir son enthousiasme à travers ces descrip-
tions, qui sont pour le fond ce qu'il y a de plus ennuyeux et pour la forme ce
qu'il y a de plus animé dans le livrer; 5° «ries passages où les manuscrits dif-
fèrent par des additions ou des omissions ne sont pas compatibles avec l'hy-
pothèse d'après laquelle l'ouvrage serait une traduction, tandis qu'ils s'expli-
quent d'une manière satisfaisante dans l'hypothèse contraire ?). J'avoue ne pas
comprendre ce dernier argument, et je dirai seulement que la comparaison du
français permet aujourd'hui en plus d'un cas de reconnaître ce qui, dans les
manuscrits latins, a été ajouté ou omis par les scribes. Quant aux autres argu-
ments, ils pouvaient produire un certain effet a priori: on voit comment les faits
les ont réfutés. Le travail de Richard a justement consisté à ajouter à un simple
et naïf original tous les ornements, tous les oripeaux, tous les caparaçons du
beau style latin tel qu'on se le représentait alors. Mais c'est précisément ce
style pompeux et prétentieux qui aurait dû mettre en garde le jugement du
Lxiv INTRODUCTION.
critique. Ce n'est que quand Richard y renonce (et cela lui arrive souvent),
quand il se borne à traduire littéralement son modèle, qu'il peut nous donner
l'illusion de reproduire Timpression directe d'un témoin oculaire. Sa rhéto-
rique nous fait, même sans la comparaison avec l'original, l'effet d'un placage
extérieur jeté sur un fond préexistant. Je m'étonne que M. Stubbs ait voulu
établir l'originalité de son auteur avec des remarques comme celle-ci : cr Est-il
concevable que le discours du roi Richard à ses matelots, dans l'aventure du
dromon, puisse être une traduction, je ne dis pas d'une vraie relation des
paroles prononcées par le roi, mais de n'importe quelles paroles qu'un homme
dans son bon sens aurait pu lui prêter? Ce discours se compose d'une phrase
raisonnable, puis d'un vers latin, enfin d'une imitation de formules d'actes
légaux 1 De quelle éloquence imaginable cela peut-il être un échantillon? Ce-
pendant en latin l'absurdité n'est pas assez grande pour nous frapper dés-
agréablement. ^ Je ne vois pas comment cela prouve que l'auteur latin a
lui-même recueilli le discours de Richard et n'a pas arrangé à sa guise une
indication qu'il trouvait dans son modèle; un tel farrago révèle, semble-t-il,
tout le contraire d'un auteur original. Ambroise nous dit tout simplement que,
les cr galiots d n'osant pas monter à l'abordage du vaisseau sarrasin , cr le roi
jura son serment qu'il les ferait pendre s'ils se relâchaient et laissaient les
Turcs leur échappera (v. 2225-2228). C'est là-dessus que notre chanoine a
construit sa mirifique harangue : cr Qui fortiter exclamans suis dixit : Numquid
navem intactam et illœsam sustinetis abire? Proh pudori post tôt triumphos
exactos, irrepente desidia , ceditis ignavi? Nondum quiescendi tempus advenit,
dum restant hostes et quod sors ohtulit ultro. Noverit universitas vestra vos omnes
in cruce suspendendos vel ultimis afiiciendos suppliciis, si hos sustinueritis
abire tî (1. II , ch. xlu). C'est là ce qui s'appelle cr orner sa matière d , et l'exemple
est typique, mais on pourrait en citer plusieurs à peu près pareils. C'est le
procédé que nous i*etrou vous, poussé plus ou moins loin, chez tous les lati-
nistes qui se sont donné pour tâche, du i\* au xni'' siècle, de remettre en beau
style soit les produits, barbares à leurs yeux, de l'époque mérovingienne, soit
des compositions écrites avec trop de simplicité; c'est ainsi que trois auteurs
différents, Baudri de Bourgueil, Guibert de Nogent et Robert de Reims, ont
pris pour thème de leurs narrations, plus ou moins élégantes, la simple et sin-
cère relation de la première croisade, désignée sous le nom de Gesta peregri^
norum. Un bon rhétoricien comme Richard devait employer ce procédé, et
LA TRADUCTION LATINE. lxv
plus librement encore , du moment qu'il avait pour canevas de ses broderies
un récit en langue vulgaire.
M. Stubbs n a pas été sans voir l'objection que les habitudes littéraires du
moyen âge opposaient à son système; il la même admise en partie, mais il
est loin de l'avoir saisie dans toute sa force. crOn peut répondre, dit-il, que
par cr traduction n un écrivain du xni® siècle n'entend pas nécessairement une
V ersion littérale du français en latin, et que le mot s'appliquerait également à
un livre dont l'arrangement et les détails seraient empruntés à un autre, écrit
dans une langue étrangère. . . Mais un paraphraste qui revêt de vie, de cou-
leur et d'énergie le squelette desséché d'une de ces «r lettres de nouvelles i^
dont nous connaissons le type médiéval, qui nous en raconte le sujet avec
tout l'intérêt et toute lanimation d'un témoin oculaire, celui-là n'est pas un
traducteur au sens moderne du mot: son œuvre est une œuvre originale.^ 11
était cependant facile de faire deux parts dans le livre du chanoine de Londres,
celle des ornements extérieurs, tout à fait inutiles au récit, et celle du récit
lui-même : en le faisant, on arrivait tout naturellement à conclure que cet
auteur mérite bien le nom de traducteur pour tout ce qui a de l'intérêt et de
la valeur, et qu'il n'est réellement auteur (je ne dirai pas original, car sa
rhétorique est en bonne partie un centon) que pour ce qui est insipide et su-
perflu. Devant l'assertion formelle du Chranican Terras Sanctae^ cette conclusion
aurait pu sortir de l'examen de YlUnerarium^ même en l'absence du poème
français; et, dans des conditions analogues, la critique devrait assurément
y regarder de plus près avant de rejeter un témoignage contemporain aussi
clair et aussi peu suspect.
Toute cette discussion n'a plus d'objet depuis que l'ouvrage mis en latin
par Richard de la Sainte-Trinité est sous nos yeux. Il n'y a même pas lieu de
combattre sérieusement l'hypothèse qui pouiTaitse présenter à l'esprit, d'après
laquelle ce serait Ambroise qui aurait utilisé l'ouvrage latin. 11 y a en effet
dans celui-ci de nombreuses traces des rimes de notre poème; nous en relè-
verons quelques-unes dans la comparaison qui suit. Il y a aussi plusieurs
contre-sens, dont quelques-uns ont été indiqués soit dans le Glossaire, soit
dans les notes de la traduction, et dont nous signalerons encore plus loin
un certain nombre. Mais il suffit de mettre en regard du texte français un des
chapitres où Richard a suivi exactement Ambroise pour être convaincu du
rapport des deux textes : jamais un versificateur ne pourrait se modeler aussi
I
iwraivsitii lATiosAïK.
LITI
INTRODUCTION.
fidèlement sur un récit écrit dans une langue étrangère, au lieu qu'un tra-
ducteur en prose a pu sans grand'peine reproduire parfaitement son original.
Nous prenons presque au hasard le chapitre qui nous servira d exemple :
Ahbroisb, V. 6o5-696('^
Quant li dui rei arrivé furent,
Li Grifon puis en pais s'esturent;
Mais li Longuebart estri vouent,
E noz pèlerins maneçouent
Que lor trës lor detrenchereient
E lor aveirs en portereient;
Car de lor femmes se dotèrent,
A cui ii pèlerin parièrent ;
Mais teus le fist por eus grever
Qui n'i deignast rien achever.
Li Longuebart e la commune
Eurent toz jorz vers nos rancune
Por ço que lor père lor distrent
Que nostre anceisor les conquistrent;
Si ne nos poeient amer,
Ainz nos cuidouent afamer^^).
Nel firent por nos sushaucier ^^\
Que il firent lor tors haucier
E les fossez plus parfont faire :
Iço empeira moul Tafaire,
E les tençons et les maoaces
Qui levouent en plusors places.
Itinrrakiuh, 1. II, ch. xrv^^).
Griffonum, dum reges tanta cum mrtHte
vidèrent appulsos, in parte repressa est ar-
rogantia, quipjie qui se perpenderent virUUe
inferiores et gloria. Longobardi vero coniwna-
ciier murmurantes contendere non cessabtilt
conviciis et opprobriis lacessere nostros,
tentoria se comminantes invasuros ui eos
occidereni et res suas diriperent. Zelo qui-
dem ducebantur super uxoribus suis, cum
quibus nonnuUi peregrinorum colloqueban-
tur, pocius ad ipsos irritandos maritosquam
ad perpetrandum adulterium. Hac îtaque
occasione et invidia perlurbati Longobardi
cum communa^^) civitatis semperûi quantum
Ucuit nostris erant infesti , maxime pro eo
quod ab antecessoribus suis se didicerant
olim a nostris fuisse subjugatos , unde quanta
poterant nobis procurabant inconunoda, et
turrium éxaltabant propugnacula, et altioris
profunditatis fossas ainhientes perfodere.
Prœlerea ad incitandum animorum impul-
sum frequentissimis provocabant conviciis
et dehonestabant contumeliis.
Une comparaison suivie entre le poème d'Ambroise, tel que nous Ta
conservé l'unique manuscrit, et la traduction latine offre de l'intérêt à plusieurs
points de vue. D'une part, la traduction, qui s'appuyait sur un manuscrit tout
à fait contemporain du poème, nous indique souvent une leçon meilleure que
^^) Pai introduit dans le texte quelques très
légères modifications orthographiques qui le rap -
prochent de sa physionomie originale; j'ai îaii
de même, soit dit en passant, pour plusieurs
des citations données dans cette Introduction.
(^ J'ai imprime en italique les mots ajoutes
par Richard; on voit qu'ils ne font qu^amplifier
le texte sans riea y ajouter.
^'^ Mot visiblement pris à la rime française.
(^) Vers non traduit, je ne sais pourquoi.
^*) Cette tournure ironique n^a pas été tra-
duite ni peut-être comprise.
LA TRADUCTION LATINE. lxtii
cdle du nôtre, et permet même d'en combler des lacunes plus ou moins im-
portantes. D'autre part, il est curieux dé signaler les contresens et les méprises
dont s'est rendu coupable un traducteur si voisin , de toute façon , de l'ori-
ginal. Enfin il y a dans la version latine un certain nombre de changements,
de suppressions et d'additions qui paraissent bien du fait du traducteur, et
dont il peut être intéressant de rechercher la cause ou les sources.
Mais pour procéder à cette comparaison il faut d'abord se rendre compte de
la composition de Y Itinerarium. Richard de la Sainte-Trinité a modifié Tordre
suivi par Ambroise. Celui-ci raconte les événements auxquels il a pris part
dans leur succession même, telle qu'il l'a vue se dérouler. Après un bref ex-
posé des causes et des préparatifs de la croisade, il suit constamment la marche
du roi Richard , d'Angleterre à Messine, de Messine à Chypre et à Acre, d'Acre
à Acre , où il se rembarque , à travers toutes les étapes de la guerre. Seule-
ment, au moment de la première arrivée du roi en Syrie, il intercale une
grande parenthèse, où il résume l'histoire de ta Terre-Sainte depuis l'avène-
ment de Gui de Lusignan et celle du siège d'Acre jusqu'à ce moment; ici il n'est
plus témoin oculaire, mais suit en partie des récits oraux, en partie une source
écrite. Richard de la Sainte -Trinité a disposé autrement sa matière. Dans
son livre I, il raconte les causes de la croisade, l'expédition de Frédéric (dont
Ambroise ne disait à peu près rien), et l'histoire de la Terre-Sainte et du
siège d'Acre jusqu'à l'arrivée de Richard, d'après la même source qu Ambroise,
mais non d'après lui. Puis, au début du livre II, il prend, après une phrase de
raccord, le récit du poète français et le suit jusqu'au bout, en supprimant na-
lorellement la grande parenthèse qui répond, dans ce récit, à une partie de
son livre I. Ainsi ce n'est que dans ses livres II-VI qu'il suit fidèlement le
poème; le livre I en est plus ou moins indépendant. Il est donc bon d'examiner
les deux parties séparément, et il est naturel de commencer par celle qui se
prête à une comparaison suivie avec l'original.
L. II, ch. I. Phrase de raccord, correspondant à peu près au v. /iBag.
Gh. n»v. 35-58. Richard amplifie son original par des considérations
pieuses; il ajoute à la cessation des réjouissances dans la chrétienté occiden-
tale celle des querelles et des procès.
Ch. n-=-Y. 59-166. Le traducteur abrège ce qui concerne Henri II et Ri-
chard. Il assure que l'archevêque de Tyr avait été envoyé spécialement à
I.
Lxviii INTRODUCTION.
Henri II; mais ce doit être par orgueil national, car il ne sait pas plus qu'Am*
broise le nom de cet archevêque, qui était le célèbre Guillaume. Le moti^
donné à la croiserie simultanée des deux rois — la peur de chacun d'eux que
l'autre n'envahît ses terres en son absence — est très vraisemblable; mais, à
cause de cela précisément, il peut avoir été imaginé par le traducteur.
Gh. iv = v. 167-180, Richard ajoute le lieu et la date de la mort de Henri II
et le lieu de sa sépulture.
Gh. v = v. 181-228. Le traducteur ajoute beaucoup de renseignements
précis sur le couronnement de Richard, la mention des massacres de juifs qui
le suivirent de près, et un long éloge du roi, où il le met au-dessus d'Achille,
d'Hector, de Roland, de Titus, de Nestor et d'Ulysse, mais qui contient iin
portrait physique intéressant, et tracé, sans doute, d'après des souvenirs per-
sonnels.
Gh. VI = v. 229-802. Détails sur des visites de Richard à Saint-Edmond
et à Ganterbury ; noms des évèques institués par lui; Guillaume de Longchamp
est fait chancelier et grand justicier. — Dreues est traduit bizarrement par
Druellos.
Gh. vn=»v. 3o3-3/i6. Richard compte cent huit navires au lieu de cent
sept.
Gh. vni = v. 3/17-364. Le traducteur ajoute, évidemment d'après une
source officielle, l'itinéraire de Richard de Tours à Vézelai (par Azai^'^ Mont-
richard , Selles , la Ghapelle-Dan-Gillon (^', Donzi).
Gh. ix = v. 365-448. Ici encore nous trouvons dans le latin l'itinéraire
de Richard, de Vézelai à Lyon (par Gorbigni^^', Moulins-Ëngilbert, Mont-
Escot, Toulon, le Bois-Sainte-Marie , Beaujeu^, Villefranche).
Gh. x = v. 4/19-510. Tandis qu'Ambroise dit qu'après la rupture du pont
les pèlerins passèrent le Rhône avec beaucoup de peine dans de petites
barques, le latin raconte que Richard fit construire un pont de bateaux.
^*^ C'est du moins ainsi que M. Stubbs inter- ^*^ On écrit à tort d'Angillon.
prête le Laizi ou Luii des manuscrits; cela pa- ^^^ Satictutn Leonardum de Corbenai.
rait douteux « Azai n*ëtant pas entre Tours et ^^^ Il faut lire Beljiu pour Belivi et traduire par
Montrichard. Beaujeu et non par Belfevilie.
LA TRADUCTION LATINE. lui
Gomme le texte français ne prête à aucune équivoque, il faut croire que le
chanoine de Londres a recueilli ici le souvenir inexact de quelque pèlerin.
Ch. XI = V. 5 1 1-534. Ici Richard a commis sur Rise (nom qu'il semble avoir
pris pour celui d'une contrée et non d'une ville, et où il n'a pas en tout cas re-
connu l'antique Rhegium), et sur Agoland un plaisant contresens, qui est re-
levé à la Table des noms propres. Le chanoine de Londres était plus familier
avec les poètes latins qu'avec les chansons de geste.
Ch. xu = v. 535-558. La dernière phrase, qui, malgré sa longueur, ne
contient qu'un développement naturellement suggéré, est ajoutée.
Ch. xin = v. 559-60/i. A noter la traduction du proverbe Tel te vei, tel
t'espeir par [vulgo namque dicitur) : Qualem te videOy talem te spero. Le traducteur
ajoute de son cru une réflexion sur l'impression produite par la trop grande
simplicité du roi de France, et quelques détails, faciles à imaginer, à la des-
cription de l'arrivée de Richard. En revanche il supprime ce que dit Ambroise,
dans les derniers vers, du mécontentement causé parce fait aux (cGriflbns?) et
aux cr Longuebards 7).
Ch. XIV = v. 605-626. C'est ce chapitre qu'on a imprimé ci-dessus en re-
gard du texte d'Ambroise.
Ch. XV = V. 627-6/1/1. Richard omet le nom d'fmm^, donné à la marchande
de pain (sans doute uniquement pour la rime).
Ch. XVI ==v. 645-830. Lé traducteur a conservé à Jordain del Pin la forme
française de son surnom (Roger de Howden l'appelle de Pinu). On ne peut
méconnaître l'écho des rimes de l'original dans cette phrase : «Rex Rie ardus
uno impetu citius occupaverat Messanam quam quilibet presbyter cantasset
matutinas; n Ambroise : Plus tost eurent il pris Meschines Cunsprestre na dit ses
matines. Au reste, Richard exagère l'intimité des Français et des gens du pays,
qui, dit-il, velut unum ejiciebant populum. — Au v. 779, le palatium du latin
prouve qu'il faut lire le paleis et non les paleis (voir la traduction). Le latin ex-
plique beaucoup plus clairement que notre poème la prise de la ville, et donne
des détails qui ne sauraient être inventés; il doit y avoir dans notre manu-
scrit une lacune de quelques vers après le v. 79a.
Ch. xvu = v. 83 1-866. L'auteur paraphrase le texte de façon à présenter
la conduite de Philippe sous un jour plus défavorable.
Lxx INTRODUCTION.
Gh. xYiu = v. 867-890. La traduction s'arrête à la douzième ligne de ce
chapitre. Les vingt-quatre lignes qui suivent dans le latin n'ont rien qui leur
corresponde dans notre manuscrit; c'est sans doute une lacune de celui-ci,
car ce qui est raconté dans ces lignes, — la nouvelle querelle de Philippe et
de Richard, et la menace de ce dernier de partir seul pour la Syrie, — est
tout à fait dans le ton du récit d'Ambroise et se trouve confirmé par d'autres
historiens.
Ch. xix-xx = v. 89-1976. Ces deux chapitres doivent être réunis, parce
que le traducteur a légèrement interverti l'ordre du récit français. Il donne sur
la situation de Mategrifon des détails qui ne sont pas dans le français. La der-
nière phrase du latin indique sans doute ce qui manque à notre manuscrit
entre les v. 97/i et 976 (la lacune, attestée par Tabseiice d'une rime, doit
être placée là plutôt qu*entre 976 et 976).
Ch. XXI = v. 977-1062. Âmbroise donne sur les deux messagers envoyés
par Tancré à Richard et sur les prélat«i qui négocièrent la paix entre les deux
rois (v. 1007 ^') ^^^ indications précises qui sont omises par Richard. En
revanche, YlUnerarium est seul à dire que le roi d'Angleterre partagea avec
Philippe l'argent donné par Tancré et même la dot de sa sœur, restituée par
le roi de Sicile. Aucun autre historien ne mentionne ce fait, et il semble
plutôt contredit par les v. 102/1-1026 d'Ambroise; il est possible que le tra-
ducteur l'ait ajouté de son chef pour faire honneur à Richard, de même qu'il
ajoute à la fin, — en citant un vers de Perse, — une réflexion désobligeante
pour Philippe.
Le chapitre xxn de YlUnerarium manque dans YEsloire de la guerre sainte. H
raconte l'entrevue qui eut lieu entre Richard et Tancré, et dont le récit,
confirmé d'ailleurs par d'autres historiens, ne doit manquer que par hasard
dans notre manuscrit. H est seulement singulier que le texte latin dise de
Catane que medio spcuio sita est inter Messanam et Palermum; il y a peut^-être
là une méprise du traducteur.
Ch. xxui=»v. io53-io8o; ch. xxiv = v. 1080-1108. Traduction exacte,
sauf quelques ornements; la remarque d'Ambroise, Gefuial mangier en la sale y
est omise, comme beaucoup d'autres analogues.
Le chapitre xxv, racontant une rixe entre les gens de Richard et les Pisans
et les Génois, manque, par omission, dans notre manuscrit.
LA TRADUCTION LATINE. mi
Gh. xiYi-"V. 11 09-1 a 00. On remarque dans ce chapitre l'addition de
quelques détails, que Richard de la Sainte-Trinité a pu connaître à Londres:
le retour d'Aliénor par Salerne, le commandement de la flotte donné à Robert
de Turnham ; Richard accuse explicitement, ce que ne fait pas Ambroise,
Gilbert de Vascœuil de trahison. Notons encore la définition des divmons.
Ch. xivii=v. 1 30 1-1 3 1 a. Les détails (p. 179) sur la situation géogra-
phique de la Crète et sur le mont Camelus{1) sont pris à une autre source; la
disposition des rimes des v. 1267-1268 prouve que ces détails n'ont pu figurer
dans le poème français.
Ch. xxviii -= V. i3i3-i35/i. Les renseignement donnés à Richard par les
gens du navire qu'il rencontra (p. 181) sur ce qu'avait fait le roi de France de-
puis son arrivée devant Acre ne se trouvent nulle part dans le poème d'Ambroise ;
ils proviennent sans doute de la même source à laquelle Ambroise et Richard
ont puisé pour l'histoire du siège d'Acre antérieure à l'arrivée de Richard.
Ch. XXIX «V. 1 355-1 600. Ambroise ne nomme pas l'empereur de Chypre,
et son traducteur ne le nommait pas non plus, car les mots Cursac nomine
manquent dans le plus ancien manuscrit et ont été ajoutés par un scribe d'après
d'autres sources ^^K
Ch. xxx-xxxi=v. 1/101-1627. Cet endroit est très altéré et mutilé dans
notre manuscrit du poème français; le récit beaucoup plus clair et détaillé de
Yltinerarium doit ici remplacer l'original.
Ch. xxxn = v. 1/128-1564. Après le dernier vers il s'en est perdu dans
notre manuscrit quelques-uns, dont le contenu (débarquement des reines à
Limeçon) nous est rendu par la dernière phrase du latin.
Ch. xxxui-xxxiv = V. 1 565-1 734. Il n'y a que des divergences insignifiantes ;
notons seulement que le traducteur supprime ce que dit Ambroise de la
haute noblesse et des puissants parents de Gui de Lusignan.
Ch. xxxv = v. 1735-1760. Le chanoine de Londres a eu des renseigne-
^^^ Ces nioU manquent aussi dans les éditions Tauteur de Yltinermium a|)pelle lempereur de
de fllinerat-ium antérieures à celle de M. Stubbs. Chypre Guenelou, à cause du passage où il est
Par une plaisante méprise, le rédacteur de la dit qu'il surpassait Guenehnem proditione (pris
BibHoûtèque des Croisades (t. VllI, p. 85) dit que du v. 1 388 d* Ambroise).
ran INTRODUCTION.
ments particuliers sur le mariage de Richard : il sait qu'il eut lieu le jour de
saint Pancrace, et connaît le nom des trois évèques qui y assistèrent.
Gh. XXXVI = v. 1761-1832. Au début de ce chapitre, on remarque la men-
tion du maître de l'Hôpital comme intermédiaire de la paix, qui n'est pas et
n'a pas dû être dans Âmbroise : c'est encore une information que Richard aura
eue indépendamment.
Gh. xxxvni(*) = v. iSSS-igôa. Il faut noter que le traducteur a complè-
tement omis les v. 1879-1906, qui racontent l'invitation pressante de le. re-
joindre adressée par Philippe à Richard.
Les chapitres xxxix-xlii, qui terminent le livre II, correspondent aux
V. 1963-2298 du français. On n'y trouve guère de différences notables. La
date du vendredi après la Saint-Augustin pour la reddition de Kyrsac (p. 2o3)
paraît prise, comme d'autres renseignements du même genre, à un itinéraire
de Richard. On pourrait croire que le passage sur Pierre des Barres et son
entretien avec les gens du vaisseau sarrasin (p. 2o5) se trouvait dans le
français et manque dans notre manuscrit; mais en examinant attentivement
le contexte de nos deux récits on voit qu'il n'en est rien, et que ce morceau,
qui contredit la narration d'Ambroise, a été ajouté par le traducteur, sans
doute d'après une information particulière.
L. III, ch. i-ni = v. 2299-2386. La forme Kahadini (a, b) au lieu de Te-
chehedini (c) est attestée par le français Quahadin : (voir à la Table des noms
propres). La première partie du chapitre in, relative à l'entente des Pisans avec
Richard , manque dans le français. '
C'est ici qu'Ambroise ouvre dans son récit la grande parenthèse (v. 2887-
/i568) où il raconte les événements de Syrie antérieurs à l'arrivée de Ri-
chard. L'auteur de l'/dWartum n'a pas, comme Ambroise, à entrerompre et à
renouer le fil de sa narration; il la continue tout droit. — Dans le chapitre iv de
son livre III, il reprend d'abord quelques renseignements donnés aux v. 4531-
libbo du poème français, puis le rejoint tout à fait au v. 4569 ^^ '^^ l'aban-
donne plus jusqu'à la fin du livre. Il serait fastidieux de poursuivre désormais
(') M. Stubbs, — ou plutôt Gale, qu*il a suivi pour la numërotation des chapitres, — 0 oublié le
n" xixvii.
LA TRADUCTION LATINE. u\m
la comparaison chapiti-e par chapiti*e. Je n>e bornerai à signaler les c|uolques
divergences qui m'ont paru offrir un cei^Unn intérêt.
Le nom de la maladie de Richard est, dans le latin, ainoldia (p. 'ii/i), ol
plus loin amaldia (p. 363). Le manuscrit français porte, au pi^emier pasiuigo,
leowu'die (v. 6608), au second (v. 9660), len naudie ((jue j'ai corrigé, d'après lo
premier, en leonardxe). La mesure des vers ne permet pas d'adn\etlre une
forme correspondante au mot latin; je crois qu'il eiU mieux valu, dans les
deux cas, lire la renavdie : il semble que ce mot, signifiant w alopécie^, ait été
altéré en renaldiey et que les Anglais aient entendu Faimaldie au lieu de la re-
naldie^^K
On a relevé à la Table des noms propres (au mot Mahb) Terreur du traduc-
teur qui a traduit âl {de la Mare) par illi au lieu d'iile (v. k']*i*i^l\'jfik)\ mais
après les noms mentionnés dans le poème il en ajoute une ((uinzaine (p. ^17)
qui devaient certainement s y trouver aussi; car d*une part plusieurs des per-
sonnages qui les portent se retrouvent plus loin, et d'autre part on reconnaît
que la formation de plus d'un couple a été amenée par la rime. — Le traduc^
teur a transposé les v. 5o/ii-5o66, qui lui auraient fourni son chapitre xiv et
dont il a fait le chapitre \x; il aide d'ailleurs à combler une lacune du uni'"
imscrit dans ce passage (voir ci-après, p. 388). — Le chapitre xvni du latin
manque dans le français, où il devrait se placer après le v. Gui^/i. Il est in-
dispensable au récit et faisait certainement partie de l'original.
Le livre IV suit fidèlement le poème du v. 5358 au v. 7760, sans qu'il j
ait à remarquer aucune différence de quelque inqiortance. On IrouviTa dans
la traduction française l'indication de quelques passages où le latin a permis
de corriger la leçon du texte ou d'en combler des lacunes, — Kn revanclu* on
constate au chapitre xix un contresens du traducteur qui a mis la critique his-
torique dans un embarras que dissi|ie laconnaissame de l'original français ^,
Il n\ a pas non plus grandVhose à remarquer sur le L V ( v, 77O1-1 01 30j,
l>p rhapitre \i\ manque d;ms \t* français : il raconte r^omment Ki^hardalla
(leo **l daofi BniniUm. Le ukM rtmutréie «u «eii»: (H UhuÏkw leur^ cUeveui,
<rralo|iécier est atVaU^ hu Irauçai» auu us'' mcU" ' \ otr ii in Ta*U^ dt» iM«a» ^H-ijyt'uë t'i«ilicl<'
«vfiir l#* Didiriniudre de M. Go*Mro) . H ihmi»; OcAiiMKii de Sitfief,
vsm INTHOD-UCTieN.
(FBseafdne regardler tes fortifications de Gem et du Daron, et il^ devrait se
trouver après le v. 8/162.
Les quatre chapitres xxx, xxxi, xxxn, xxxiii manquent dans notre manuscrit;
ils devrafent se trouver après le v. 897a; ils racontent quefques menus évé*-
nementsdes 16, âa, 28, 29 avnl et 2 mai 1 192 (notamment le combat de
Richard contre un sanglier), et il n'y a aucune raison de les considiSrer
comme ajoutés par le traducteur (^). Notons encore Tomission , dans notre texte
du poème (après le v. 10188), du court et insignifiant chapitre un (il s agit
d'une première parcelle de la vraie croix offerte à Richard).
Le livre VI et dernier est non moins fidèlement; tradtait que les préeédkits.
le ne- vois guère à refever qu'un contresens à l'a fin du ch. xxxvi : Ambroise
<Ct que Richard , voulant racheter Guillaume de* Préaux , Laissa dis Sarrazikê' de
prisy Qui mont rendissent grant avmr. Pur le cars Gmllaiêmé ravoir (v. 1 »a68-
i«»7o), c'est-à-dire «r abandonna dix Sarrasins de valeur, qui auraient rap-
porté [par leur rançon] beaucoup d'argent, pour ravoir k personne éd
GiiilkumeT); Richard- d'e la Sainte-Trinité traduit bizarrement (n'ayant pias
compris qu^ii (allait une virgute après l^e v. 1^969): Dècem ex nobiUerikus TWmi
dmisit liheroB, qni quidmi infinitm summém peemiapro eodem WiMmo graUmter
impetidissenî retineruh. — Les deux phrases sur l'embarquement de» deux
reines et sur la date de celui de Richard (ch . xxxvir) , qui ne sont pas dtans le
poème, manquent également dans les deux plus anciens manuscrits de Vltine-
rarium et ont été ajoutées dans le troisième d'après Raoul de Dîcet.
La fin de ïltinêranum, dans l'édition de M. Stubbs , est donnée d'après le
manuscrit G, bien à tort, car la comparaison de notre poème montre cpie le
vrai texte est incontestablemient celui des deux plus anciens manuscrits, A ebB*,
et tout ce qui est ajouté dans G est emprunté presque textueliemenA à BÊmà
de Dicet. Je ne crois pas inutile de donner d'après A B la fin de l'œuvre de
Richard de la Sainte -Trinité, que l'on comparera aux vers ia3oi-ia'35s
d' Ambroise.
[gnarus quidem quaatœ ipsum manebant Iribulatioueset angustiœ, quot esset expertums
adversitates per proditionem olim deiuandaiain in Franctam, unde machinatum' est ut ab
(*) L^indkatioa du 1 6 avril pour la fêle de saint Elph^ doit provenir de oeloi-d. Roger dé GimiviUe
(ch. \xxii) n'est mentionne qu*ici.
LA TRAd^lKITiOM LATINE. lut
iniqnis nBfuiter msidiantibuB comprehendereior, nihil taie suspicang^ in ohsequio Dei et
LiborioM peregrinatione. 0 quam meritis inaequali recompensatione retribuebatur ei quod
pro generalitatis negotio laboraverat anima ejusl Et jam occupabatur hereditas ejus, coin
eipagnarentiir nèfarie castra ejus in Tlormannia, crudetiter grassantibus œurnlis ejus sine
causa, nec nisi redemptus relaxatus est ab iniqua captione ab imperatore Alemanniœ. Cajus
oocMÎoiie redemptioDiê ni ad tumiMOi milhiplicarelor oenstis, n onni gedte sua fiebat
aolieeta pUirima et dÎBtnioGo vAidartttt remm. Accipiebaiilur eaim^ eoeleaiis eaiioes «et «asa
aurea et aigentea in usas ecclesiasticos sacrata quibus poterant utcunquecarere monaatena.
Nec hoc quidem secund'um Patrum décréta erat illicitum(^), immo maxime necessarium,
com nunquam sanctorum quisquam vel sanclarum, quorum numerus est innumerabilis
hominibus, tanta fuerit, vita superstite, pro Deo angariatus injuria ut rex Ricardus in
captivitate Qstericia necnon et Alemannica. Qui tôt Turcorum celebris fuerat triumphis
nefarie circumvenitnr a sus 6dei fratribus, et ab fais qui simui cum ipso christiana profes-
sione solo nomiae censeatur comprehenditur. 0 quam vere limendœ sunt oocultœ magis
insidiœ quam manifestée discordiœ, juxta illud : Facilius est vitare discordem quam ieclmare
faUacem! Proh nefasi cui non poterant dresistere omnes adversarii ejus, quem totius imperii
Soldani contractée copiœ non prœvaluerant debellare, nunc ab igoobili hoste concludilur,
et in Alemannia relinetur. 0 quam gravissimum est agi nutibus alienis in libcrtale edu-
eatis I <^) Sed et ex illa captione solita Dei clementia , sua industria , et suorum cura
fidelkim, mtdiante sre imutto quia sciebatur muttum poase, tandem iifbeilali dinmsuB
est^^). Solo denique restitutus natali et regno patruin^ in brewâisaîdeiftia régna padficavit
ad Yotum^^). Postea transfretans in Normanniam<, œmuli soi, scilicet legis Francis, justo
iiberiores excursus se para vil retundere, cujus etiam inipetus crebris rejiciens repulsio-
nibas, alienatum jus suum cum augmento quoque in hasta recuperavit et gladio'^^.
On voit par cette comparaiaon que le travail de Richaj^ de la Sainte-Tri'^
oité a bien été celui d'un traducteur : ce qu'il a ajouté k notre texte est deipure
forme, sauf un très petit nombre de renseignements, qu'il a dft puiser à une
source ofticielle (itinéraire de Richard), et dont aucun n'atteste sa présence
sur les lieux des événements. Il est même évident que, s'il avait été témoîn
oculaire, il lui e&t été impossible de ne pas ajouter à son original quelque
détail ou quelque nom, ce qu'il ne fait jamais : sur aucun personnage, sur
aucun fait, il ne sait absolument rien de plus que sa source. 11 a donc voulu
^) Ce membre de phrase est ajoute par le tuer avec grande vraisemblance (roir d-dcaBOOs,
traducteur. p. 463), tandiit qu1l ne traduit pas iesdeos vam
(*) Otte phrase et les trois précédentes sont suivants,
da bit du traducteur. ^*' Ce membre de phrase n est pas représenté
^*^ Il est curieux que Richard donne ici la tra- dans le français,
doction des deux vers 1 3339-1 333o, omis dans ^^' Le traducteur s'arrête au v. 13337, iais-
notre manuscrit et quil nous perm^ de resti- sant de c6té la réflexion qui suit et la date lînale.
j.
Lxivi INTRODUCTION.
abuser ses contemporains, et il a jusqu'à ce jour abusé la postérité, en- se
donnant pour le compagnon de pèlerinage du roi d'Angleterre et en effaçant
de son livre le nom du véritable pèlerin dont il traduisait l'ouvrage.
La question du rapport de Richard avec Ambroise est beaucoup plus com-
pliquée pour ce qui regarde le livre I de ïltinerarium. Gomme elle ne peut se
résoudre sans l'examen de la source commune à laquelle tous deux ont puisé,
il est indiqué de l'étudier dans un paragraphe spécial.
Vl. — L'HISTOIRE DU SIÈGE D'ACRE
JLSQIJ À Ï/ARRÏVÉE DES ROIS DE FRA\CE ET D'ANGLETERRE.
Ambroise, comme nous l'avons vu, suit dans son récit, depuis le commen-
cement de l'expédition, la marche du roi Richard. Mais après nous avoir
raconté le débarquement du roi d'Angleterre à Acre, où était déjà le roi de
France, il ouvre (v. 2887 ss.) une grande parenthèse qu'il signale lui-même
en ces termes : <r Nous laisserons pour le moment ce récit , . . . nous ne nous occu-
perons plus des deux rois et de leur arrivée, dont j'ai tant parlé que je les ai
amenés à Acre Je veux interrompre ce sujet et briser ici mon fil; mais
ii sera renoué et rattaché plus tard. Les rois ne vinrent pas en effet au siège
les premiers, mais les derniers, et Ambroise veut faire entendre et savoir. . .
comment la ville d'Acre avait été assiégée. Il n'enavaitrien vu, et n'en sait que
ce qu'il en a Iu.d Et après avoir dit quelques mots de ce qu'avait fait le roi
Philippe depuis son arrivée'*) et raconté celle du roi Richard, il clôt la paren-
thèse par une remarque du même genre que celle qui lui avait servi à l'ou-
vrir (v. ZiBBy ss.) : (rJe vais maintenant suivre l'histoire et rejoindre ma
matière en racontant le siège d'Acre. Ambroise veut achever son conte,
fournir complètement sa carrière, renouer et rejoindre son nœud et
rapporter tout ce (ju'il se rappelle de l'histoire, et la prise d'Acre, telle qu'il
la vit de ses yeux. r>
11 résulte du premier de ces passages qu' Ambroise s'est servi pour cette
partie de son récit, relative à des événements dont il n'avait pas été le témoin,
^'^ Ce qu'il en dit est très peu de chose: cf. ci-dessu-^ p. i\\\ el ci-dessous p. lixmv.
L'HISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE D'ACRE. lxxvii
d'oiie relation écrite. Constatons d'abord que ce document ne nous est pas
parvenu. Les sources que nous possédons pour Thistoire du siège d'Acre sont
assez nombreuses (^) ; aucune ne répond à celle que nous recherchons ici. Nous
avons à nous demander ce que comprenait le document en question, où et
quand il avait été rédigé, s'il était écrit en français ou en latin, et si d'autres
qtt^Ambroise lont utilisé.
Le principal élément de cette i*echerche est dans la comparaison des
V. 3&i9-/i55o d'Ambroisô et du morceau correspondant de V Itinerarium.
Gomme nous l'avons déjà remarqué, le livre I de Y Itinerarium est avec l'ÊV
toire de la guerre minte dans un rapport tout autre que le reste de l'ouvrage
latin. Ce qui dans le poème d'Ambroise forme une grande parenthèse rétro-
iipective a été placé par Richard en tête de son récit; mais en outre il ne s'agit
pas ici, comme dans les livres II-VI, d'une simple traduction. Le chanoine de la
Sainte-Trinité raconte d abord l'histoire de Salahadin, qui n'est pas dans Am-
broise, puis la destruction du royaume de Jérusalem, avec beaucoup plus de
détails que le poème français ^^); il n'emprunte pas non plus à celui-ci le récit
des premiers préparatifs de la croisade, et enfin il intercale (ch. xvui-\xiv)
toute une histoire de l'expédition de l'empereur Frédéric, dont je n'ai pas ici
à rechercher les sources, et qui est totalement inconnue à Ambroise. Ce n'est
qu'à partir de la (in du ch. \xvii que les deux récits peuvent se prêter à la
comparaison.
Avant d'aborder cette comparaison, il faut dire un mot du morceau qui
précède dans le poème français l'endroit où il rejoint le texte latin (v. 281 5).
C'est une courte histoire des événements antérieurs à la délivrance de Gui de
Lusignan. Je ne pense pas qu'elle fût contenue dans le cr livre?) qu'a suivi Am-
broise pour l'histoire du siège : elle parait reposer sur des récits oraux, dans*
lesquels la conduite du comte Raimond de Triple était présentée sous un jour
odieux ^^^ La conquête du royaume de Jérusalem et de la ville elle-même par
^'^ L'histoire du siège d'Acre a éiA racontée rimn, voir mes remarcfues dans le Journal de*
d'après TutiJisalion critique de toutes les sources Savants, 1898, p. q86.
par M. R. Huhricht dans les Forschungen zur ^^ Le lieu où fut livr^ la bataille qu*on ap-
deuta^en Ge^ckickle, 1876, t. WI, p. ^i83- pelle communément de Tibëriade ou de Hittin
Si 4. Ne faisant pas ici d'histoire , je me borne à est dësigm^ par Ambroisie comme ia Mareschau-
renvoyer à cet excellent travail et aux ouvrages de, p^r Richard comme Marescallia; cet accoid
qui y sont cités. ne prouve pas nécessairement qu*ils aienl eu la
**^ Sur rhistoire de Salahadin dans Vltinera- même source.
Luviu INTRODUCTIOJt
Salahadin est ensuite très brièvement rappelée; Ja |M*ise d'Ëscalone eat seuie
racontée avec quelque détail.
D après Richard (chap. xxv), dont le récit est coBfirwhé par des docunwiti
authentiques, Gui se fit délier par TËglise du «erment i^'il avait prêté à iSa-
lahadin de passer la mer, de renoncer à son royaiume et de ne plus porter les
armes contre lui; Ambroise dit au contraire que ce fut Saial«adiiii iwhfoéiae
qui le releva de son engagement, jugeant qu'il ne pourrait ayoîr un ad>ier-
saire moins dangereux et plus malchanceux (v. s&i5 ss.). fi y a dans icette
façon de sauver la loyauté du roi de Jérusalem uuke «certaine compassion iro-
nique qui convient hien au jugement que les partisans occidentaux du puvre
Gui, et sans doute le roi d'Angleterre lui-même, portaient sur cet homme «^
n avait d'autre défaut, dit ailleurs notre poète, que d'être .un peu (rsin^plei*
Il montra cependant, aussitôt qu'il eut repris sa liberté^ une audace et usa
persévérance qui n'auraient pas justifié l'opinion prêtée ici à Salahadin. Le
récit des préparatifs de son aventureuse marche sur Acre présente dans le
poème français quelques traits qui ne se trouvent pas ailleurs, imais ^^
peuvent bien encore avoir une source purement orale.
Il en est autrement du récit du siège luinmême. C'est là que commençait
sans doute le document utilisé par Ambroise, et il me parait certain que ce
document a également été consulté par Richard de la Sainte-Trinité. Je aa
serais même pas éloigné de croire que celui-ci avait composé tout sonlivirel
sans connaître le poème d'Ambroise, à l'aide de diverses sources, dont Tune
était le document en question. Si nous comparons le récit du siège, dans nos
deux textes, du i^ septembre 1189 au âo avril 1191, nous trouvons ipar-
fois un accord presque littéral, mais le plus souvent des différences de détail
et surtout, soit dans l'un, soit dans l'autre, mais surtout daas le poème fran*
çais, des omissions dont plusieurs sont certainement volontaires, si queli^uea-
unes, pour ce dernier texte, ont probablen^nt pour cause des lacunes de
notre manuscrit. Nous allons procéder à cette comparaison avec quelque
attention, — bien que sans minutie, — parce que c*est ici la seule partie
du poème d'Ambroise qui ne soit pas représentée fidèlement par Tllinerarium
et ^i, par conséquent, puisse apporter aux historiens du siège d'Acre quelques
renseignements nouveaux. Toutefois, connue Ambroise, en général, abrège
sa source plus que ne l'a fait Richard, ces renseignements se réduisent à peu
de chose.
L'HISTOIRE AP»TÉniEPlt8 DU SIÈGE D*AGRE. lxiix
hm.y I, xxTii-Mfni=* JE«/. , v. a8f B-a^ao. Ambroise omet le premier assaut
donné par les chrétiens et leur retraite à l'annonce de l'arrivée de Salahadin.
H est seul à mentionner les prouesses de Geoffroi de Lusignan dans les jours
qui suivirent. Il estime à 16000 (au lieu de 12000) le nombre des com-
battants qui vinrent avec Jacques d'Avesnes et la flotte danoise. Il diffère en
outre de ¥ Itinerarium en plusieurs points, et surtout en ce qu il donne beau-
coup moins de détails.
Itin.y I, xxix-xx\-«£i^, v. 1^921 -3 o5s. Parmi les croisés qui débarquèrent
à Acre venant de France et d'Allemagne, dès le mois de septembre 1189,
Richard nomme, comme Ambroise, les comtes de Braine et de Bar^ l'évêque
de Beaovaîs et son frère Robert, et le landgrave, mais il omet André de Braine
et le sénéchal de Flandre , que mentionne le poète français ; il déclare d'ail-
leurs qall s'abstient volontairement de citer beaucoup de noms. En revanche
il est seul à nous apprendre que Conrad de Montferrat vint de Sur rejoindre
le camp des assiégeants, amené par le landgrave: c'est un fait que pourtant
Ambroise n'aurait pas dû passer sous silence, puisqu'il nous montre plus loin
Conrad parmi les combattants. — La bataille du U octobre (qu'Ambroise met
è un vendredi de septembre) présente dans les deux récits des détails re-
marquablement identiques (comme l'épisode du cheval d'un Allemand dont
la fuite amena une panique et fut cause de la défaite des chrétiens), mais
aussi d'assez grandes différences. Ambroise omet le trait peu héroïque d'Erard
de Braine ne s'arrétant pas aux cris de son frère, ainsi que le dévouement
du chevalier de Jacques d'Avesnes; il ne nomme pas le maître du Temple
(Girard de Rideford) dont il rapporte, comme Richard, les belles paroles'^).
— Richard raconte déjà ici que Salahadin fit jeter les corps des chrétiens
tués dans le fleuve qui passait par le camp, ce qu'Ambroise ne rapporte
qu'un peu plus loin (v. 8077-3098).
Itiu.y I, wxi'^Est., V. 3o5/i-3i6â. Le récit de la construction et de la
^*^ Les historieos arabes nous appreooeut d*aii- ainsi que Gui lui-même , pris i'eogagemenl de ne
i^ure que Girard de Rideford ne fui pas tuë sur plus porter les armes contre lui (Rôhricht, L L ,
le champ de bataille, comme le crurent les duré- p. &94, n.). J'aurais dû modifier dans ce sens
tiens. 11 fut pris et livre h Salahadin , qui le fit Fartide Girard de Rideford de la Table des noms
mettre & mort comme paijare, parce quH avait, propres.
LXX\
INTRODUCTION.
défense du fossé se ressembie beaucoup dans les deux textes; parfois on re-
fi'ouve les mêmes expressions; ainsi dans ce passage :
Itin,, p. 73.
iNostri omni conamino operabantui* et
Turci eos dolebaut proficero. Grebris igitur
«roiigressiouibus uunc hos nunc illos, u(
inos est belli, videros prosterni et in ima
rolari.
EsT.^ V. 3107-8108, 3ii3-3ii6.
Li no8tre le voleient faire,
Ë cil tendeient al desfaire . . •
La veTssiez de deus parties
Genz corajosés'e hardi'ed'l "
La veïssiez gent roeler
E cheeir e esboeler.
• I»
Des nombreux croisés arrivés en octobre (tous destinés, disent nos deux
textes, à ôtre martyrs ou confesseurs) que.nomme.Bichard^ Ambroise ne dé-
signe que trois: Gui de Dampierre, le comte de Ferrières et l'évéque de Vé-
rone. Le fait qu'aucun des deux auteurs ne donne le nom de ces deux deiv
niei*8 personnages montre qu'ils ont dû avoir sous les yeux la même liste.
Le chap. \xxn du 1. I de V Itinerarium y consacré à une description d'Acre,
manque dans le poème français.
r
IUn.,lj \x\iii =£6/., V. 3163-3267. Les deux récits se suivent de très
près, sauf qu'Ambroise omet un petit épisode, d'ailleurs sans intérêt, et qu'il
attribue aux Allemands la construction d'un moulin à vent et non d'un mou-
lin mû par des chevaux. Il est seul à raconter ici l'impression produite dans
l'ost par la nouvelle de la mort de l'empereur Frédéric; Richard en avait
parlé antérieurement.
/fm. , 1, x\xiv-\\\v = £*«/., V. 3968-3396. Le récit du combat naval est
pins détaillé dans Richard, qui, en outre, intercale des renseignements inté-
ressants sur les divers bâtiments de guerre et une courte notice sur le feu
{jrégeois. — Ambroise néglige à tort de nous diie que le marquis Conrad
était retourné à Sur, d'où on le voit cependant, plus loin, revenir avec sa
(lotie. — Richard dit? comme Ambroise, que les nègres de l'armée sarrasine
avaient pour enseigne une image de Mahomet; cette erreur remonte évi-
demment à leur source commune.
Itin.y I, \x\vi-xx\vn = £^s^, v. 3395-3456. Ambroise met nu jeudi après
rVscension ratla<[ue malheureuse avec les trois tours, que Richard place au
I;HIST0IRE antérieure du siège D'ACRE. uLxii
samedi (5 mai 1 190). Il nomme seul le roi Gui et le marquis comme ayant
construit chacun une des tours (ce dernier avec les Génois), il ne; parle pas
des propositions des assiégés en vue d une capitulation.
Lies chap. xxxviii-wxix du latin manqueut dans le français. On peut croire
que c'est une omission du copiste.
lUn., I, XL-xui « Est. y V. 3 4 5 7-3 5 20. Le récit de la néfaste expédition des
«sergents^ (plebs) est beaucoup plus détaillé dans Richard; il omet cepen-
dant la mort de Torel du Mesnil, rapportée par Ambroise. -^ Des très nom-
breux croisés mentionnés par Richard comme étant arrivés en juillet 1 190,
Ambroise ne cite que les cinq premiers. Plus d'un cependant, parmi ceux
qu'il omet ici , figure dans la suite de son récit. Notons qu'il semble qu'on re-
trouve deux vers du français dans ce passage du latin :
Goines Theobaldus Blesensis, sed Si vint li cuens Tedbaix de Bleis,
trium mensium terminum non visunis. Mais il ne vesqui pas treis meis.
Les chap. xuii-xlvi du latin manquent dans le français, sauf qu'on y re-
trouve plus loin (v. 3897-3908) la mention de la mort de la reine Sébile
et de ses deux filles. Cette omission, volontaire ou non, est regrettable, car
ces chapitres contiennent des particularités fort intéressantes; on serait no-
tamment curieux de trouver dans le poème d' Ambroise un passage corres-
pondant à celui-ci : er Veteri ac pertinaci dissidio ab Alemannis Franci dissi-
dent, cum regnum et imperium de primatu contendant. n
Les chap. xlvu^*'-lvii du latin, correspondant aux vers 353 1-3775 du
français, racontent onze petites anecdotes, en général assez puériles et en
partie miraculeuses. De ces anecdotes, quatre (chap. li, lu, lui et lv)
manquent dans notre texte d' Ambroise. Gomme elles ont absolument le même
caractère que les autres, on ne voit pas pourquoi il les aurait laissées de côté,
et il est probable que l'omission est du fait du copiste^*). Ce qui a pu la fa-
ciliter, c'est que chacun des sept paragraphes qui contiennent ces anecdotes,
^'^ Il y a dans i*édition Stubbs , par suite d'une ^*^ Nolez cependant cette remarque d*Am-
erreur, deux chapitres xlvii; mais ils peuvent broise (v. 3663) : Une autre aventure ravhu En
fadlement se fondre en un, le premier ne com- l'oêt, e d'autres plus de wnl, Voire assez plus,
prenant qu'un préambule de quelques lignes. tnais remembrer Ne les soi totes ne nombrer.
UiraiMBUg VATIOIAII.
Lxxxii INTRODUCTION.
correspondant respectivement aux chap. xlvh, ilviii, xlix, l, liv, lvi et lvii du
latin, commence, sauf le premier, par les deux mêmes vers : Isst eom U toM
aveneient, E pluseurs choses avenetenl. Richard n a rien d'équivalent à cette
sorte de refrain, qui d'ailleurs a bien pu être ajouté par Ambroise, comme
une façon de rattacher ces incidents épars. — Les sept historiettes en qu^tion
ne présentent dans les deux textes que de tégères différences (au chap. •lxu,
Richard ne donne pas le nom du Gallois, MaradtiCy et appelle Grammahir le
Turc quÂmbroise nomme Grair). Il faut seulement relever un détail qui n'est
peu t^tre pas sans intérêt. Au chapitre xlix (EsU^ v. 3583-3624) est rappor-
tée, avec d'assez notables variantes dans les deux textes, l'aventure d'un che-
valier qui échappa par grande chance à l'attaque d'un Turc. Le latin termine
ainsi le récit : crHoc quodam alio referente, qui casum rei perviderat, factum
est notorium in castris. n On ne comprend pas bien pourquoi ce n'est pas le
héros de l'aventure lui-même qui la raconta dans l'ost. Il semble que le fran-
çais soit plus près de la source commune en disant (v. 363i): Simt eilquil
ine raconta que y etc.; seulement Ambroise paraît ici se substituer à l'auteur du
récit qu'il suit.
Itin., I, Lvm-Lxu = J&«^. , v. Syyi-ûi lo W. Dans ce long morceau, nos deux
textes se suivent avec une remarquable fidélité. Richard a cependant quelques
détails en plus; mais à deux reprises il omet le nom du Doc (cf. la Table des
noms propres); il ne contient pas non plus l'équivalent des vers /io&3-Ao&5
sur la composition de Tarrière-garde à la journée du i3 novembre. Les vers
6091-/11 10 manquent également ici dans le latin, mais on en retrouve plus
loin l'équivalent.
Itin.y I, LXHi-Lxiv = jE«^ , V. 4111-4178. L'histoire du mariage de Conrad
est donnée par Richard avec plus de détails; il faut surtout noter ce qu'il dit
de Balian d'Ibelin et de sa femme, la veuve du roi Amauri, qui. Grecque de
naissance, avait tous les vices de sa race. Mais l'accord entre les deux textes
nen est par moins très étroit par endroits (^); ainsi on retrouve certainement
^*) Comme on Ta vu plus haut, les vers 3897- nuscrit porte : Le huteillier de son lit pristreiU;
8908 du français répondent au chapitre xlyi du la vraie leçon, de Senliz ou de Saint Liz (c'eat-
latin. « à-dire nde Senlis?)), est indiquée par le latin :
^*) Le texte latin a fourni une correction assu-* crPincema de Sancto Licio^i. Voir Sbnld à la
rëe du texte français. Au vers ^161 notre ma- Table des noms propres.
L'HISTOIRE ANTÉRIEURE DU SIÈGE D'ACRE. lxxxui
des rimes françaises dans ce passage : (tUnam habuit [Marehisus] superstitem
ttxorem in patria sua, alteram in urbe Gonstantinopolitana, utramque nobi-
lem, juvenem et formosam;?) cf. Eêily v. &i3i ss. : Car limarehis avèit eipo9es
D&us bêles dame$y joefnes toses : Lune esteit en Costentinoble y Bêle femme ^ gentil e
noble, E Vaulre esteii en sa contrée.
Le chap. lxv du latin manque dans le français, et a très probablement été
ajouté par Richard à son original; il contient le récit de la mo;*t de Tarche-
vèque de Ganterbury Baudouin , personnage sur lequel le chanoine de Londres
avait des renseignements personnels (tandis qu*Ambroise ne donne même pas
son nom), dont il a déjà exalté les mérites (chap. lxi), et dont il raconte avec
plus de précision qu'Ambroise la vive opposition au mariage du marquis de
Montferrat (voir la Table des noms propres).
Itin.y I, Lxvi-Lxxvu = Ê«^ , V. isoS ^^^-û/iiâ. Ces douze chapitres, comme
les chap. xlvu-lvu, contiennent autant de petits épisodes détachés, tous rela-
tifs à la détresse que subirent les assiégeants pendant Thiver de 1 190-1 191.
Ib devraient avoir pour correspondants douze paragraphes du poème fran-
çais; mais ils en ont onze, parce que, d'une part, les chapitres lxxi-l^xu du
latin manquent, sans doute par omission du scribe, dau3 le français^ et que,
d'autre part, les deux paragraphes 438 1-^396 et 4397-/1412 sont réunis
dans le même chap. Lwyii. Ce qui caractérise ces onze paragraphes et les
douze chapitres du latin, c'est qu'ils se terminent tousi^^^ par un refrain, qui
dans le français est toujours le même : Lors (ou Quil) maudisseient le marchis.
Par cui il erenl si aquisy et qui dans le latin est un peu plus varié, mais se
compose toujours de deux (ou si l'on veut quatre) vers rythmiques contenant
également des imprécations contre le marquis ^^). Ce refrain , sous quelque forme
que ce soit, a donc dû se trouver dans l'original commua de nos deux au-
teurs. Ici encore, d'ailleurs, on remarque dans le latin des traces de rimes
françaises. Chap. lxvi : ^ modii tritici mensura modica, quam quis facile portaret
tub ascellan; v. 43 1 7-/12 1 9 : Zt muiz de blé. . . Que uns hom portast soz s'aisselle.
^^^ Les vers &i79-^ao9,oùAmbroise oppose ^*^ Sauf le paragraphe i3i5-i339, à ia fin
la eertitode de ce qu'il raconte à raathenticité duquel il manque sans doute quelque chose,
douteuse des chansons de geste et des romans, (Cf. le chapitre lxxiv du latin.)
oe sont pas dans le latin et sont naturellement ' ^'^ Aux ch. lxix-lixui, il faut lire Maiedieeniù
du (ait de notre auteur. et rejeter 0 tvne dans la prose.
I.
LXX\IV
INTRODUCTION.
Au cbap. Lxvii, Richard a commis un contresens : son original portait sans
doute, comme notre poème, que i*on vendait dix sous la rote de viande de
cheval; il na'pas compris ce mot tote, nom d'une mesure arabe passé dans
le français de Syrie (^^ et il a traduit : «rlntestiria equi venundabantur solidis
decem?), bien que plus tard il soit réellement question des intestins (en fr. : ia
coree)^^K Ces chapitres ne diffèrent guère d'ailleui^s, dans nos deux textes,
que par les réflexions et les enjolivements, souvent d'un remarquable
mauvais goiït, qùé le rédacteur latin a ajoutés au simple récit qu'il avait sons
les yeux.
Itin., ly LXXvm-Lxx\i = JSsr., v. 6/ii3-/i526. Ce morceau, s'il n'était pas ie
dernier du djQcument utilisé par Ambroise et par Richard, est le dernier quils
aient ulilisé tous les deux. Il nous présente les deux textes en accord à peu
près complet.
Ambroise n'emprunte au récit qui nous occupe aucun renseignement par-
ticulier sur l'arrivée de Philippe devant Acre, et le traducteur n'est pas à cet
endroit plus complet que son original; mais, comme nous l'avons dit ci-dessus
(p. Lxxi), il fait tacohter' à Richard, par les gens d'un navire qu'il rencontre
en partant de Messine, ce qu'avait fait Philippe dans les premiers temps de
son séjour devant Acre. Il est ti'ès possible que ces renseignements soient em-
pruntés au texte que nous essayons de restituer, et que, négligés par Ambroise,
ils aient été déplacés par le chanoine de Londres. Ce texte aurait donc mené
le récit un peu plus loin que l'arrivée du roi de France.
Les vers 4527-4556 d'Ambroîse rapportent l'arrivée du roi de France,
nomment quelques-uns de ses principaux chevaliers, et rappellent brièvem ent
l'expédition de Chypre et l'arrivée du roi d'Angleterre. Ils n'ont d'équivalent
dans ïlttnerarium que les quelques mots .par où débute le chap. i du 1. Il^*',
^^^ Voir au Glossaire , el ajouter leâ exemples
relevés par M. R. Rôhricht dans le glossaire de
ses Regesta regni hierosofymilani (Innspruck ,
1893).
^*) La comparaison du latin aurait dû me
faire corriger et traduire autrement les vers
^syS-àSyô. 11 faut lire : Telx i aveit qui respas-
êouetU, E quant viande ne travouent, Lan mal-
dUeient le marchis, et traduire (p. 38o) : irU y
en avait qui guéiîssaient, et quand ils ne trou-
vaient pas à se procurer de nourriture, alors ik
maudissaient le marquis, y*
^') Les noms des chevaliers français ënomérés
ici par Ambroise (les comtes de Bar, de Flandre
et du Perche , Guillaume de Gariande , GuSItume
des Barres , Droon d* Amiens , Guillaumede Mello),
sont omis ici par Richard, mais il les donne à un
autre endroit.
VESTOIBE DE LA GUEBBE SAINTE DANS U LITTÉRATURE. uuf
et ne sont en effet qu'un raccord. Aussitôt après vient le passage cité plus liant,
où Ambroise nous dit qu il va renouer son fil, reprendre sa route et parler de
nouveau des choses quil a vues par lui-même. La parenthèse rétrospective
est terminée.
Le document en question parait donc avoir été une sorte de journal du siège ,
rédigé dans le camp des chrétiens au fur et à mesure des événements » com-
mencé avec l'arrivée de Gui de Lusignan devant Acre et terminé, pour mut
raison ou pour une autre, soit à Pâques 1 19I9 soit peu après. Il était sans
doute en français, car nous avons vu qu*Ambroise n'était pas un clerc et ne
devait pas savoir le latin, et très probablement en vers, puisqu'il semble bien
qu on retrouve des rimes pareilles à celles d' Ambroise dans le Utile latin de
Richard. Ce dernier Ta suivi plus fidèlement qu' Ambroise, qui s'est permis
d'abréger sensiblement, mais qui a cependant conservé quelques uoim et
quelques menus détails omis par l'adaptateur latin.
Signalons encore un autre document, beaucoup moins important, dont
Ambroise a fait usage : c'est la liste, dressée par « un bon clercs, et que notr^
poète avait vue écrite de la main de Fauteur (v. SSB^-^ac^o), dt» per-
sonnages de marque qui moururent pendant ce terrible siège. Rieliard o a
connu cette liste que par le résumé qu'en a (ait Ambroise, et il a reproduit
(ch. rv, vi) brièvement Tindication que celui-ci nous donne sur Faut^tir en
disant simplement : eut quidam scribit?.
VIL — VESTOIBE DE LA GCEBRE SAINTE
DA5S LA UTTtHiTVZE.
Il nou^ resie à nous deauM^der é 1^ |Kjème d'Axnbroi*^ a été omiiim ^ utBik^
dans la littéralure sub«eqaefile. Noa^ u^%ot» pas à h: r^rdM^rdi^er y^mr la ià-
térature bistoriqu^^ latine, dans laqodle il a fiaturcikaBKriit ^ r»rfi^4acé p«f
la traduction qu'en avait UVt kr chaoofoe dt ia Sainte -Trifiité. Ceil VÊLhb;
cette tradudîoD qui, jmquld . a nenri de baM; fntMây^At à knd^ Usit hâ0UÀt^
de la troisîèflfte rnmsÊdnf: qnuta a OMipo»^ daw le% 4iteneè iafl^^w?^ de fEMtv^
moderne. H faut revfindiqKT pour Ambnike. mmk T^r^mh éUdUii pl«^ ka«t.
rhooneur d^M^^Ar {vumi au bktc/niui le% r»sn(iet^f>eweiitè <«4|^iia»i «|%ke
Richard de Luiidref ^'ert Wmé a refirudiure.
L\XX?I
INTRODUCTION.
En français, nous n'avons réellement de la croisade des rois de France et
d'Angleterre qu'un seul récit quelque peu ancien, et il est tout à fait indé-
pendant de notre poème. C'est celui qui figure dans le Livre de la Terre Samiey
lequel, joint dans la plupart des manuscrits à la version française de rfTtftorta
rerum in partilms transmarinis gestarum de Guillaume de Tyr, a reçu au moyen
âge le titre bizarre de Livre ^Éracle. On possède de ce récit plusieurs rédac-
tions, que l'on peut comparer facilement dans le recueil des Historiens des
Croisades (l'une d'entre elles en outre a été imprimée à part sous le nom d'Er-
noul). Ce récit paraît avoir été arrangé, quelque temps après les événements,
d'après, des souvenirs assez confus, et contient beaucoup d'erreurs de tout
genre W; il a en outre été remanié à diverses reprises. Ni l'auteur premier ni.
les remanieurs n'ont certainement puisé dans notre poème, où ils auraient
trouvé des renseignements bien plus exacts et abondants que ceux qu'ils ont
mis en œuvre f^^.
A plus forte raison en est-il ainsi des autres textes français qui nous sont
parvenus : ils sont très postérieurs et ne nous présentent les événements de là
troisième croisade que sous le jour de la légende. La légende, en France, s'est
surtout attachée à expliquer le départ de Philippe après la prise d'Acre et à
^*) Il en est une qu*il est d'autant plus utile
de signaler qu'elle a été souvent reproduite.
D'après le Lim^ de la Terre Sainte, les croises
auraient pris Jërnsalem si le duc de Bourgogne,
ne voulant pas que le roi d'Angleterre eût Thon-
neur de cette conquête, n'avait fait rétrograder,
sans même en prévenir Richard, le corps d'armée
qu'il commandait. Cette histoire est directement
contraire à la vérité, telle qu'elle est attestée par
Ambroise, pourtant peu favorable aux Français :
ceux-ci en voulaient à Richard précisément de
ne pas marcher sur Jérusalem , qu'ils croyaient
qu'on pouvait prendre, tandis que Richard,
mieux informé, savait qu'il était im[K)ssible ou
de la prendre ou de la garder. Quoi qu'il en soit,
ce conte, grâce au Lwre de la Terre Sainte, était
accepté au xiii* siècle comme vérité; Joinville le
rapporte en renvoyant expressément au Livre de
la Terre Sainte , et nous apprend qu'on le fit lire
en Syrie à saint Louis, qui dut en être peiné pour
l'honneur de la France, mais qui n'avait sans
doute pas le moyen de rétablir les faits tels qa'ib
avaient eu lieu. — Il y a toutefois, çb et là, dans
ce morceau, quelques traits qui ne manquent pas
de valeur, comme le récit, probablement authen-
tique et plus détaillé qu'aucun autre, de la fliçon
dont Isabel de Jérusalem fut séprée de Hunfroi
du Toron et mariée à Conrad de Montferrat(Hût.
des Crois., t. II, p. iSi-iyi).
^*^ Tout au plus peut->on croire que, pour k
partie du siège d'Acre antérieure à l'arrivée du
roi, l'auteur premier du récit a eu oonnaissanoe
du document utilisé aussi par Ambroise et par
Richard de Londres. Voir notamment le récit de la
désastreuse expédition des (rsergents», le a 5 juil-
let 1 1 90 , oiî l'on remarque à la fois dans Am-
broise et dans Tune des recensions du rédt en
prose le mot assex rare de (rsergentene» {Hist,
des Crois., t. II, p. i5o; Itin. Rie.,\. I, c il;
Ambroise, v. 3457 ^^ suiv.). Toutefois, là même,
il y a des différences qui empêchent d'admettre
avec assurance une source commune.
VESTOIRE DE LA GUERBE SAINTE DANS LA UTTÉRATURE.
LZXXTll
présenter sous un jour odieux la conduite de Richard. Cette tendance, indi-
quée déjà dans le Lwre de la Terre Sainte y se marque de plus en plus dans les
récits de Philippe Mousket, du Ménestrel de Reiras, de Guillaume Guiart, et
aboutit enfin, dans le poème perdu du iiv^ siècle .dont le roman en prose de
Jean iAvemee nous a conservé, pour cette partie, un abrégé (^), à une inter-
version complète des rôles entre les deux rois : Richard, dont les multiples
trahisons sont découvertes, retourne honteusement en Angleterre, et les Fran-
çais, restés seuls en Syrie, prennent Damas; Salahadin, vaincu dans une
grande bataille, est obligé de s'enfuir et reçoit une blessure mortelle (^).
La délivrance de Jaffe le 5 août 119a, le plus héroïque des exploits de
Richard, a servi de point de départ, mais très lointain, au petit poème du
Pa$ Salhadiny composé à la fin du xui® ou au commencement du xiv^ siècle,
et qui a pour source directe une des peintures murales où, peut-être d abord
sous rinspiration de Richard lui-même, il était de mode au xin^ siècle de
représenter ce glorieux événement : les quelques détails soi-disant historiques
donnés dans ce poème sont fort éloignés de la vérité et ne remontent sûrement
pas à Ambroise(^). Un épisode de ce combat raconté dans Àmbroise (v. 1 1 563-
1 1 56/»), le don de deux chevaux fait par Safadin à Richard, a été Tobjet, dans
les diverses rédactions du Livre de la Terre Saintey dans les Conti di cavalieri
^'^ Sur cette question , voir Journal des SafxuiU ,
1893, p. 988.
^'^ Voir Journal des Savants, 1893, p. ^87,
696. — Il est curieux que le nom de Guillaume
de la Chapelle, le chevalier qui 6t tant de
prouesses au siège de Sur, ne se trouve que dans
Ambroise et dans ce roman (voir à la Table des
Doms propres); mais il ne faut voir là qu*un
hasard.
^'^ J'ai essaye ailleurs de montrer Forigine et
les développements de la tradition du Pas Sal-
kadm (Journal des Savants, 1893, p. li^\'li^6).
Ce poème vient d*étre réimprime, avec une intro-
duction littéraire et grammaticale, par M. P.-L.
Logeman dans les Modem Language Notes, pu-
bliées à Baltimore (janvier et n*" suivants de
1897). — Un autre souvenir de cet exploit se
trouve dans un récit espagnol qui est sûrement
d'origine française. D. Juan Manuel, au conte IH
de son Livre de Patronh, raconté qu'un saint
ermite obtint un jour de Dieu de voir le compa-
gnon qu'il aurait dans le ciel : ce fut le roi Richard
d'Angleterre qu'un ange lui montra. L'ermite en
fut surpris et scandalisé ; mais l'ange lui déclara
que toute sa vie d'austérités ne pesait pas autant ,
dans la balance divine, qu'un saut qu'avait fait
le roi Richard, lorsque, étant allé combattre les
Sarrasins avec le roi de France (et le roi de Na-
varre, ajoute de son chef le conteur espagnol),
il se jeta tout armé sur son cheval à la mer, où
il disparut un instant : trait de hardiesse qui en-
flamma le courage des chrétiens et mit les Sar-
rasins en fuite. Cf. Ambroise, v. 1 1 1 97-1 1 1 3o :
Ses jambes totes désarmées Sailli des ci qu'a la cein-
ture En mer a sa bone aventure. Il est vrai qu'il
n^était pas à cheval, mais la légendn avait natu-
rellement ampHGé. Celte légende a fort bien pu
se transmettre oralement.
Lxxxnu
INTRODUCTION.
antichiy dans les Cmto novelle antiche^ dans le poème du xiv^ siècle représenté
par Jean iAvemes et dans le roman anglais de Richard Cceur de Uon^ de trans*
formations successives qui ont abouti à faire d'un trait de généreuse courtoisie
une machination* perfide miraculeusement déjouée (^^ : il n'y a pas de raison
pour croire que le récit de notre poème soit la source première de toutes
ces variantes, car, nous l'avons vu plus haut, il n'a pas été connu du Livre de la -
Terre Sainte y et on peut encore moins supposer qu'il ait inspiré les autres
versions, lesquelles s'accordent toutes, comme les rédactions du Livre de la
Tetre Sainte (sauf une), à substituer dans cette historiette Salahadin à Safadin.
Le fait que cette substitution se trouve également dans le roman anglais em-
pêche de croire qu'il ait ici YEstoire de In guerre sainte pour source, même très
lointaine, d'autant plus que, comme toutes les autres versions, et avec des
détails plus fantastiques qu'aucune autre, il fait une trahison de la courtoisie
apparente du Sarrasin.
Si le roman de Richard Coeur de lion n'a pas emprunté cette histoire à
Ambroise, ce n'est pas une raison pour qu'il ne lui ait pas emprunté autre
chose. On a récemment essayé de démontrer que ce roman avait pour base
Yhinerarium Ricardi^^K Au cas où cette démonstration serait solide pour le fond,
nous aurions à nous demander s'il ne faut pas plutôt comparer le roman avec
l'original de Y Itineranum ^ le poème d'Ambroise '^l En effet, le roman anglais
n'est que la traduction ou l'adaptation d'un poème français (anglo-normand)
^') J'ai résume toutes ces versions dans mon
travail plusieurs fois cité sur la Légende de Sa-
ladin (Journ. des Sav., 1898, p. 489-i9i).
^'^ Voir F. Jentsch, dans le t. XV des Engltêche
Studien (Leipsig, 1891), p. 161-9&7. Il faut
joindre à cette longue étude l'article complémen-
taire donné au même recueil Tannée suivante
(t..\VI, p. i4a-i5o) par M. Jentsch.
^'^ M. Jentsch avait fait son travail sans con-
naître l'existence du poème d' Ambroise. Averti par
un critique (Li/er. Centralbkut, 1891, col. 979).
il a comparé avec ï Itinerarium les fragments de
ce poème qui avaient été publiés avant la pré-
sente édition, et il n'a pas été convaincu que i'//r-.
nerarium (ut la traduction de VEstoire, Il admet
que Richard de la Sainte-Trinité avait, comme
Ambroise, été en Terre Sainte, et il ne regarde
même pas comme exclue Thypothèse que ce serait
Ambroise qui aurait utilisé r/ftnemrmm. Les pages
précédentes, où j'ai examiné cette question, étaient
imprimées quand j'ai eu connaissance de son ar»
ticle : il ne change pas ma manière de voir, qui
se justifie suffisamment, je crois, par la compa-
raison des deux ouvrages dans leur ensemble. Les
quelques additions de Richard à sa source s'ex-
pliquent , — en dehors du livre I consacré à la
croisade de Frédéric et de ce qui provient du
document sur le siège d'Acre utilisé par Richard
et Ambroise (ci-dessus , S vi)', — les unes comme
de simples développements oratoires, les autres
comme provenant de passages omis dans notre
unique manuscrit d' Ambroise, un petit nomln^
enfin comme dues h des renseignements person-
nels de Richai*d.
LITTÉRATURE.
L\X1I\
antérieur, et il serait naturel de penser que Fauteur de ce poème s^est seni
d*un li^re français plutAt que d'une chronique latine. Mais la démonstration
en question ne m'a point paru convaincante, et j'ai essayé d établir ailleurs ^^^
que le roman de Richard Cœur de lion est indépendant de notre poème, et
que les rapprochements qu'on peut relever entre les deux récits doivent être
simplement attribués à ce que fauteur premier du roman a eu. soit directe-
ment soit indirectement, connaissance des faits réels de la croisade, rapportés
plus fidèlement dans YEstoire. Il n'y a donc pas lieu de se demander si c'est 17/i-
nerariwn ou FEstoire que cet auteur a connu, puisqu'il n'a vraisemblablement
connu ni l'un ni l'autre.
Le roman de Richard Cœur de /ûm, qu'a traduit'du français, vers la fin du
im^ siècle, un poète anglais anonyme, n'est pas le seid poème anglo-normand
qui ait été consacré à la gloire de Richard. Pierre de Langtoft, qui écrivait
au commencement du xiv* siècle sa chronique d'Angleterre en laisses mono-
rimes, renvoie expressément à une composition de ce genre ^*-', et il en a tiré
plusieurs des traits qu'il ajoute à sa source latine; mais aucun de ces traits ne
se retrouve dans YEêtoire de la guerre sainte ^ et il n'y a pas de raison de croire
que Pierre de Langtoft ait connu notre poème, non plus qu'il n'a connu le
roman de Richard Cœur de Mon que nous possédons.
En résumé, la recherche que nous avons faite des traces de YEstoire de la
guerre sainte dans la littérature subséquente ne nous a donné aucun résultat,
et nous a seulement permis de constater que le poème d'Ambroise parait être
resté inconnu à tous ceux qui, depuis lui, ont raconté la croisade de Richard.
C'est vraiment un heureux hasard qu'un copiste auglo-normand, à la fin du
xin* siècle, ait eu l'idée de le transcrire et que sa copie soit parvenue jusqu'à
nous; nous n'en aurions autrement connaissance que par la brève mention
du Chronicon Terrae Sanctae ^ qui n'aurait pas suffi , comme on le voit par l'exemple
de M. Stubbs, à démontrer que Yltinerarium Ricardi n'est guère qu'une tra-
duction de YEstoire, et nous ne saurions même pas le nom de cet honnête
Ambroise, qui nous a laissé dans son œuvre, sinon la preuve de son talent
^'^ Voir Bomania, L XXVI (1897), p. 353. vail sa chronique anglaise un peu avant Pierre
^*^ The Chronicle 0/ Pierre de Langtoft, edited de Langtoft, mentionne aussi une romance du roi
byThomasWrighl(Londre8,in-8% 1866-1868), Richard; mais il ne lui a rien emprunte (voir
t. Il, p. iQo. — Robert de Glocesler, qui ëcri- Jentsch, /. r., p. ait).
L
nirtlMItll «ATIOIIAU.
xc INTRODUCTION.
poétique, du moins le témoignage de sa sincérité, de sa candeur, de son dé-
vouement à la cause qu'il croyait sainte, de ça fidélité à son roi, et un précieux
document sur les sentiments de la partie la plus humble et la meilleure des
croisés qui accompagnèrent le roi d'Angleterre dans cette héroïque et inutile
troisième croisade.
Note àDDiTioNiiELLE. — J'ai oublié de faire ci-dessus (p. lx, 1. 21) une remarque sur
les expressions dont se sert Nicolas Trivet en parlant de Yltinerarium Ricardi, à saYoir que
Richard de la Saintes-Trinité Tavait écrit pnna et meiro. On ne peut guère entendre par
métro les refrains en vers rythmiques qui se trouvent à la fin de quelques chapitres du,
livre I (ci-dessus, p. lxxxiii), ni les nombreuses citations de vers classiques que Richard
a mêlées à sa prose. Il me parait plutôt probable que le chanoine de Londres avait fait
suivre, soit tous ses chapitres, soit plusieurs d'entre eux, de morceaux poétiques de sa
composition, qui devaient avoir un caractère purement lyrique ou moralisant, et que les
copistes auront supprimés. Cest ainsi que procéda, peut-être à l'imitation de Richard,
Gunther de Pairis dans son histoire de la quatrième croisade, et plusieurs des scribes qui
nous ont conservé son écrit ont supprimé ces ornements inutiles, comme je suppose que
Tout fait les scribes des trois manuscrits de Yltinerarium et Nicolas Trivet lui-même.
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L'ESTOIRE
DE LA GUERRE SAINTE
L'ESTOIRE
DE LA GUERRE SAINTE.
^5<ÔK).
Fol. I n.
Lhrw p«oU i«
«ckf^ ^11 latMBD t
Htmûter Jérnsa-
tB «m a«in«
Qui longue estoire ad a traitier,
Mult lui covient estreit guaitier,
Qu'il ne comenst por sei grever
Uevre qu'il ne peusse achever,
5 xMais si la face e si Tempraine
Qu'a dreit maint iço qu'il enpraine;
E por ço ai comencié briefment,
Que la matire n'ait griefment.
Vers la materie me voil traire
10 Dont l'estoire estbone a retraire,
Ki retrait la mésaventure
Qui nos avint, e par dreiture,
Lautrc an en terre de Sulie
Par noslre surfaite folie,
i3 Que Deus ne volt plus consentir
K'il ne la nos feist sentir :
Sentir la nos fist senz dotance;
Et en Normendiè et en France
E par tote crestienté,
ao U que poi en ot ou plenté,
La fist il sentir en poi d'ure
Por la croiz que li monz aure,
Qui a cel tens fud destomee
E des paens aillors tomee
s 5 Qu'el pais ou ele selt estre,
Ou Deus deigna morir e nestre. . . .
Del Hospital e del seint Temple
Dont fud tirée mainte temple,
Del sépulcre ou Deu fu posez
3o Dont péchiez nos ot déposez,
Nel fud; ne feit pas a retraire :
Mais por Deu qui velt a sei traire
Son poeple qu'il aveit raient
Quil serveit lores de nient.
35 D'ainsi faite descovenue
Fud la grant gent e la menue
Par tôt le mont desconfortee
Que a paines fud confortée.
Laissées furent les charoles
tio E sons e chançons e paroles
E tote joie teriane
De tote la gent cristiane ,
Tant que l'apostoille de Rome
Par cui Deus salve a maint home
i!i5 (Ço fud li uitismes Gregoires,
Si com est trové es estoires) ,
Cil fist un pardon sucurable
Por Deu, el despit al diable,
Que de toz péchiez sereit quites
5o Qui ireit sor les gens hérites
Qui aveient déshérité
Le digne rei de vérité;
Et por ço tant rei e tant conte.
Tant altre gent qu'il n'en est conte,
55 Se croisèrent por Deu requere
En Sulie, en luintaiue terre.
Fol. 1 b.
Toute la (.hré-
lieot^ prend U
croix.
Cf. /(tn^rartMUi
Biaarâi, II, ii.
Fol. t c.
3 conuisl — 6 De nie — 1 1 rclihl — 96 laeune aprèt ce rei*s — 3A dciieiit — Uh d. salua m. — hb le
ffj Cilest — 5'i en omis — 56 En 5. la 1.
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
RichanI, comln
rie Poiticrf , prend
la croix (nov.
1187).
Itinerarimu /?i«
carii. II, Ht.
Fol. 1 d,
frdi, II , m.
Philippe , roi
de France , et
Henri , roi d'An-
gleterre, ont une
entrevue entre
Gisort et Trie, et
iU prennent la
croix (il janv.
1188).
Croisèrent sei comuneinent
Tote la plus proisie gent.
Li cuens de Peitiers li vaillauz,
Go Richarz, n'i volt eslrc faillanz
Al besoing Deu e sa clamor;
Si se croissa por sue amor :
Premiers fu de toz les kauz homes
Des terres dont nos de ça sûmes ;
05 Puis mut li reis en son servise
Ou il niisl graiit peine e grant mise.
Ne remanoit a la croiz prendre
Nus por son héritage vendre;
Ne li viel ne li bachelier
70 Ne voleient lor cuers celer,
Quil ne moslrassent lor pesance,
li! qu'il ne preisseut vcnjance
De la honte qui esleit faite
A Deu qui ne Tavoit forfaile
75 De sa terre qui ert guaslee^
U sa gent lui fud si hastee
Qu ele ne se sot conseillier;
Mais nuls ne se deit merveiller
S'ele fud lores desconGtc,
80 Ke ço esleit bone gent eslilc,
Mais Deus voieit que cil murussent,
E qu autres genz le succurusenl.
Cil furent mort corporelment,
Mais vivent cclestielment.
85 Aulresi font cil qui la moerent
Qui cl servise Deu demuerent.
Une guerre de ancesseric
Ot entre France e Normendie,
Forte e cruele e orgoilluse
90 E felencsse e perillose.
Del rei Felippe esteit la guerre
Ë del rei Henri de Engletere,
Cil qui ol la beie maisnée,
La pruz, la sage, la raisnée.
95 Li bons percs al joefne rei
Ki si jostoit a grant dcsroi ,
Le perre Richard Teuginus
Qui tant fud sages e ginus,
Li pieres Giefrei de Bi*efainc
100 Ki tant refud de grant ovraine,
E li pères Johan sanz Terre
Por qui il ot tant noise e guère.
Li reis qui tel meisniee aveit
E qui si riche se saveit
io3 Poeitbien guerre meiatenir
S'en le voisist a lui tenir,
E s'ilfeist ço qu'il voleient
Corn a tel gent com il esteienl
Li dou rei erent a descorde,
1 10 Que nus u'i poeil mètre acoi^e.
Devant que Deus les ajosta
Al parlement qui tant Costa :
Ço fud entre Gisorz e Trie,
En la grant bêle praerie.
ii5 La ot dite mainte parole,
E meinte sage e meinte foie :
Li uns ert do la pais en cure
E li autres nen aveit cure; -
Mult i ot gent de mainte guise
130 Qui ne saveit cum ele ert quise,
Fors que Deus vuleit, ço me semble,
Qu'il se croissasent toz ensemble.
Mult ot el parlement quereles,
Mult de vielz e mult de noveles:
ia5 Mult enn i avoit de encumbroses
E de fieres e de orgoilluses;
Mult les cerchercnt sanz sujor;
E mult par fist bel tens le jor.
Un arcevesque i ot message
t3o Qui vint de Sur, prodome e sage,
Que li Sulien i tramislrent
Pur son son qu il surent e virent.
Ku
65 ra. il r. — 85 la vMnquê — 87 Qiine — 9a rei manque — 93 qui iv)x»'l<»' — loâ lanle — io3 te —
1 oH hcune aprèi ce cn*« — 1 a8 dcl ^
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Mull le veimes eniremetre
Des reis en dreiie vere meire;
i35 Tant i mist Deus de peine avant,
E li prodome e li savant,
Que ambedui li roi se croissirent,
Ë que iloques s'entrebaisiere-nt.
Il se batsiereni en plorant,
1^10 E alouent Deu aurant
De la grant joie qu'il avoient
E del besoing que il sa voient
Que Deus aveit de lui rescure.
La veissiez chevaliers curre
ii^5 E croisiersei par ahatie;
Ne sembloit pas gent amatie,
Si que entor les arcevesques
E entor abbez e evesques
(Si Deus me ait et il me peise)
i5o Vi ge iloc si grant la presse
0 la chalur qu*iert la si grande,
(Nus por nient greinur demande)
Que tantes genz i ateignouent
Por poi que il ne s'esteigneienL
Koi. s 6. i55 Pur la joie del parlement
De ta pais e del croisement
Alouent trestuz la croiz prendre,
(9). Gar nus ne se poeit défendre
Ne le grant pardon reiîiser.
160 Mais mcit par fist a acuser
La muete que trop demura ,
Ke diables s'esvigura
De remetre es reis la meslee,
Qui ne pot estre demeslee
160 Devant ço que funs d'els munit
E que mort sore lui canit.
Ço fu li vielz reis d*E»glelere
Henris, cil qui quida requere
Le seint sépulcre e Deu enaivre;
170 Mais mort le soit bien aconsivre.
-• Bort de
vi anilf k
•rt po«r U
'*.U.».
Ambroisb dit, qui fist cest livre,
Que sages est qui se délivre
De son vou quant il Tad voé
Vers Damnedeu son avoë.
175 Après la mort le rei lor père
N'estient meis que li deu frère :
Li greindres ert Richard noroez,
Cuens de Poitiers mult renomez;
Johan sanz terre ot nom li mendres ,
180 Ki joefoes hom esteit e tendres.
Richart Tainznez ot la corone,
Issi corne raisuns le done,
E les trésors e les richesces
E les terres e tes ligesces.
i85 Por ço qu*il s'iert croisiez de primes,
Issi corn nus le vos deimes.
Se voleit por Deu traveiHer.
Lors fist son eire apareiller,
En Engleftere s'en passa ,
190 E mult poi de tens trespassa
Qu a Londres se fist coroner,
La vi ge des granz dons doner,
E si vi tant doner vitaille
Que nus n'en sot conte ne taille;
1 95 Ne onques ne vi en ma vie
Cort plus cortoisement servie;
Si vi de la riche vessele
En la sale qui tant est bêle;
Les tables vi si encombrer
900 Que Tem nés pot onques nombrer.
Que vos fereie en ço long conte?
Chescon de vos siet bien que monte,
Com grant cort cis poet meintenir
Ki Engletere a a tenir.
9o5 Grant fud la feste, riche e fiere;
Trois jorz dura tote pleniere.
La dona li reis des granz dons,
E si rendi a ses barons
do Poilien, me-
eèdeà Henri, son
père.
ItiiururiumBi-
eardi, Il , r.
Fol. a c.
CoorooneoDcnt
de Richard k
Londres (S sept.
1189).
i35 àe manqué — lât qtiil— ^ 167 qoentor — f54 qnil
D. — 189 com — 1 93 TÎ manque — 1 96 ne t. — soi freie
169 It-^ ^61 mcrrQ — ' 169 seîe. -^ 1 79ier
s.
L'ËSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Richard se pré-
pare à partir pour
la croisade.
Fol. s d.
ItiHentrimmRi-
earii , II , ti.
Richard pau«
en Normandie
(il d^. 1189).
Il lient cour
h Lion-rar-Mer
( 95 d^. 1189).
Ë lor fiez e lor herilages,
310 E si lor crut ior seignorages.
E quant la curt fud départie
Râla chescons en sa partie;
Chescons se treist a son manoir,
Mais ne pot gueres remanoir;
3i5 Kar li reis lor avoit mandé
A toz par nom e comandd
Qu'il aparillassent lor oire
Ou par enpront ou par acroire,
Ke il voleit faire movoir
330 Son navie et son estovoir,
Si qu'il fust par tens al passage
Por feire son pèlerinage;
Car nuit e jor sis cuers tendeit
A sa proz gent qui Tatendeit
335 E de Nomiendie e de Angou,
E de Gascoine et de Peitou,
E de Berri e de Burgoine,
Dont mult en ot en la besoigne.
Par ses églises de Engletere
33o E par les autres de sa terre
Mist en son movoir arcevesques
La ou n'i erent e evesques.
Lors ne velt pas* l'yvern atendi*e,
Ainz (ist a son passage entendre
235 E ses riches trésors chargier,
Dont bien se saveit deschargier.
A la mer ot poi sujorné
Quant Deus ot un tens atorné
D'un bel vent portant ki torna,
360 K'on Normendie retorna.
Si tost cum il i fud veuz>
A grant joie i fud receuz,
Ço poez bien creire sanz dote;
Lors fist isnelement la rote
3^5 Hasler e avant enveier
Droit a I^ons por festeier.
3i
Un jor de la nativité.
Que Deus volt prendre humanité,
Tint li reis a Leons sa feste,
5o Mais poi i ot chanté de geste ,
Einz fist molt tost un brief escrire,
E prist un messagier délivre :
Al rei de France le manda,
Et al messagier comanda
355 Qu'après le brief deist aneire
Qu'il ert del tut prest de son eire;
Et de ço fud parlement pris
Entr'els, si jo n'i ai mespris;
E asemblerent devant Dreues,
960 Qui est a set liuues d'Evreucs.
Issi com li dui rei pariouent
De lor eire qu'il devisouent,
Eth vos itant c'uns messagiers
Veneit a mult grant desirers
3C5 Al rei de France teste encline,
E dist que morte ert la reine;
E par icel grant descomfort,
Et par un autre e fier e fort
Del rei de Puilie qui mort ert,
370 Dontgranz dois e parut e piert,
Fud tote la gent desheitee,
E por un poi que repleitie
Ne fud la voie de Sulie;
Mais la merci Deu nel fud mie,
975 Fors seulement jusqu'à la feste
De seint Johan que chescons feste.
Quant la rose suef oleit,
Li termes vint que Deus voleit
Que li pèlerin s'esmeusent
380 E que d'autres genz s'esleusent,
E que tuit fusent apresté
0 ço que Deus lor ot preste,
Prest de soffrir por Deu ahan,
A moveir a la seint Johan;
Fol
B
lipp
trra
P
dac
Fiai
dan
3 13 Sala, en manque — 395 E tuanque — 933 Lores — 9^1 i manque — 963 vcers. — 9â& Lores — 961 dui
manque — 3G3 itanl manque ^- 967 grant manque — 970 la premier e manque — * 973 f. ioire d. — >. 17A net
— 379 sesmusenl
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
/
ÏO
si85 Si qu'as uitaves sanz délai
Fut rassemblée a Veixelai ,
E lors mut le rei de Paris,
E prist CQogië a seint Denis.
Maint chevalier ot esleu
390 Qui n'ierent pas uncor meu,
Fd. 3 6. Kc li plus des barons François
Esteient ja meu ainceis;
E lors mut li dux de Burgoine
Ovec le rei en sa besoigne;
395 Li cuens de Flandres eralment
Mut, ne demora pas grantment.
Lors veisiez tant genz movoir
E de tantes parz apioveir,
E tel convei c tel tristesce
3oo E al départir tel deslresce,
Qu'a poi qu a cels quis conveoient
iiumtmmBi- QuG lor quor de doel ne crevoient.
rJuJi"'' Li rois Richarz esloit a Turs
«on* l'iueo- 0 ses hemeis, od ses aturs.
3o5 La ciliez ert de genz si plaine
Qu'il i poeient a grant peine.
A la mer envoia bâtant
S'estoire somondre en hastant;
En mer fist sa navie enpaindre
3io E preia mult d'eirer sanz feindre.
Cent e set nés furent contées.
Quant lem les ot sor mer montées ,
Eslre celés qui les sivirent,
Ki totes s'encontrasivireut.
3i5 Totes passèrent les destreiz
E les mais pas e les estreiz,
Les perillus destreiz de Aufrique
Ou la mer bat toz jorz e frique,
Que onques une n'en péri
3io Ne ne hurta ne ne feri;
E la merci Deu tant siglerent
Que a Meschines ariverent«
•IrvàlkniDe.
Le rei Richarz o son barnage
S'esmut de Turs 0 bon curage.
335 Mult ot la des bons chevalers,
E de alosez arbelastiers.
Ki veist l'ost quant s'en isseit !
Tote la terre en fremisseit;
Tote la gent iert en tristesce
33o Pur lor seignor plein de proesce.
Plorent dames e damoiseles,
Joefnes, vielles, laides e bêles;
Doels e pitiez lor quors seroient
Por lor amis qui s'en aloient.
335 Plus pitus convei ne veistes
Ne genz al retomer plus tristes;
La ot meintes lermes piorees
E meintes bones vuz orées.
Li conveieor retomerent,
3^40 E li pèlerin donc eirerent.
Si qu'ai terme que li rei mistrent,
Ne a plus ne a mains qu'il distrent,
Fud a Vercelai l'asemblee
Que Deus ot al diable emblée :
365 Emblée? ainz la prist a veue,
Ke por lui s*ert ele esmeue.
A Verzelai en la montaigne
La herberga Deus sa compaigne,
E mult ot gent en la valee
35o Qui por lui i esteit alee,
E es vignes e es costiz
Ot de meintes mères les fiz.
Li jorz fud chaud, la noit série;
La plus bêle bachelerie
355 Aveit Deus iloques atraite
Que onques fust del mont estraite.
Cil aveient por Deu leissees
E lor terres e lor meisnees
E enguagiez lor héritages
36o U perduz a toz lor aages :
Richard et sou
année qaitteut
Tours pour venir
k Veselai.
Fol. 3 f.
lUturmvMt iti-
eûrdi, II , TDi,
Ass«mUée de
Vetelai (i«'jaill.
1190).
Fol. 3 d.
s86 Fusi.^ — 187 lores — 190 antore — 993 lores — 197 Lores — 3oo E ... partir del d. {fwiqaêê hUrei
«oui ejfaeéeê) -» 3o3 àpartir d» c9 «ert oe mim Ml pretqvê ioufoun écrit R. «— 33^ fiimior — 3^9 m pi. iw m.
11
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
12
liuerûrnimBi' 365
fiy II, If.
lermenl î'un
iQt ru.
Xi deux roi»
lent Vrxeliii.
I. h il.
Si s'en laissèrent deschater
Por Tamor de Deu achater,
Que mieidre marcheiz ne pot eslrc
Que de Famor le rei cclestre.
A Verzelai ou li rei erent
Un saircment s'entrejurereni
Que qu'avenist de maint cur
Que Tuns fust de Tautre aseur;
Iço qu'ensemble conquercient
370 Que liaument le partireient.
Si ot encore en ior ple\ines
Qui que ainz venist a Mescbincs,
En quel point ou en quel endreit,
Que li uns d'els Tautre afendreit :
375 Si faitement s'entrafierent.
De Verzelai s'en retomerent.
Li dou rei devant chevalckoient,
E Ior grant oire devisoient,
E granz henors s'entrefasoient
38o Lores en quel liu qu il veneicnt;
Si eirot Tost od tel amor
Que ja n en oissiez clamor.
Une cortoisie vi faire
As genz que Tem ne deit pas taire :
385 Quant Tost errol lole sa voie,
La Ycissiez, si Deu me voie.
Valiez e dames e puceles
Od biaus picbiers e od orceles
E od seilles e od bacins
390 L'eve porter as pèlerins;
Droit al chemin a Tost venoient,
Les bacins en Ior mains tenoient
E disoient : «rDeus, rois celestre,
tr Dont vienent tant genz? que puet estre?
390 ff U furent nées tels joventes?
«rVeez quels faces si roventesl
(vTant sunt ore tristes Ior mères,
trE Ior parenz, ior filz, Ior frères,
rrl/or amis, Ior apartenanz,
/loo ffDont jo voi ci tanz de venanzli»
L'ost commandoient a Deu tote
E ploroicnl après la rote. •
Lors prièrent escordement
A Deu por els e dolcement
hob Qu'il les menast a son servise
E ramenast a sa devise.
Errant vindrent a la Deu grâce,
Qui bien Ior fist e bien Ior face,
Od grant joie et od grant leesce,
Aïo E sanz coruz e sanz tristesce
E sanz eschar e sanz rampone.
Tôt droit a Leons sor le Rogne.
A Leons fu l'ost arestee,
Sor le Rogne, l'eve crestee.
h 1 5 Li dou rei iloc se teneient
Por la gent qui oncor veneient.
Toi merveille ne fod veue,
N'onques tele gent esmeue;
E furent bien esmë cent mile,
/iao Dont li plus gisoit par la vile.
Li rei ne furent herbergië
Ne en vile ne en vergië :
OItre le Rogne firent tendre
Lor paveillons pur l'ost atendrc,
6a5 E alcndre les conveneit,
Ke meint home encore veneît;
E illoc tant les atcndirent
Qu'asemblez e venuz les virait
E quant orent tant atendu,
â3o Seu de veir e entendu
Que tote l'ost esteit venue,
Mult furent lie de lor venue.
Lors firent lor très desfichier
Qui ierent si bel e si chier
^i35 Tôt devant par la sablonerre
Por l'ost qui veneit grant deriere.
1^
368 Que lom — 876 sentralicrent — 388 ouceles — 896 leles — 896 queles — Ao3 Lores — Ao5
cl %nwqu$ — h\o don» — 616 oncore — /î33 nés d. — kZh cler — ^ 435 la tnanquê
13
L'BSTOfRK I>E LA «UERRR SAINTE.
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RklMinl
iftt-
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t lécrooli*
l« poids t)r«
FoU
C.
Li dou rei s'entreconfcierent
Tant com lor veies s'aveierenl;
Puis aia cbescon a son port
'i^o A grani joie e a grant déport.
Li reis Fiitppes des Franceis
S'osteit ja alocz aiiiçois
As Geneveis de son passage,
Por ço qu'il en sunl preu e sage;
'1^5 R Richarz li reis de Engletere
Costeia la mer terre a tere
E s'en ala dreit a Marseille
De part Den qui toz biens conseille.
Qant lost sot que li rei errèrent,
'iDo Tels i ot qui ainz jor levèrent,
Li autre al plus matin qu'il porent
Pur le Rogne qu a ])asser orent.
Cil qui ainz jor furent levé
Xe se tindrent point a grève :
'loo Le pont passèrent prosprement.
Conques n*i ot arestement;
Mais eil qui al matin passèrent
E qui sor le pont s'entassèrent,
Cil durent estre mal bailli ,
'160 Ke une arebe del pont failli.
De levé qui n'iert pas seure,
Qi csteit haute a desmesure;
Plus de cent homes ot sur Tarcbe,
Qui de sap iert , e ert trop grand charge.
^60 L'arche chai, cil trebuchierent,
Les genz crièrent et huchierent.
Chescons quidot qui nel saveit
Aveir perdu quant qu'il aveit,
Filz ou frère ou apartenant;
^70 Mais Deus i ovra meintenant.
Que de toz cels qui la chairent
iVi ot mais que deas qui périrent,
Ge di que l'em peust trover;
Mais nus ne l'osast esprover,
'175 Ke l'ewe est si rade e si forte,
Poi i chiet riens qui en estorle.
Se cil perillerent ei monde,
II sunt devant Deu net e munde:
Il s*esmurent en sa besoigne,
^80 Sin avront merci, ço besoigne.
L'arche del pont ert peçoiee
E la gent tote desvoiee :
Ne saveient quel part aler
N'en montant ne en avaler;
A85 N'el pont n'i ot nul recovrer,
N'il ne troverenl nul ovrer,
N'el Rogne n'avoit nés ne barges
Qui fussent prou granz ne preu larges,
Si que cels n'i poeient sivre
A90 Qui passé erent n'acunsivre;
E quant autre conseil ne surent,
Si firent le mielz que il porent :
En bargetes assez estreites,
Ou les genz orent granz destreites,
figô Passèrent oitre a mult grant peine;
Mais issi veit qui por Deu peine.
Trciz jorz dura le passement,
E si ot grant entassement;
E donc e li fol e li sage
5oo Alerent quere lor passage.
AI plus procein port, a Marsille,
Ala de genz une merveille;
E al port de Venetiens
Râla de mult preuz cristiens;
5o5 Tant en râla as Geneveis
Ne sereit nombre eneveis,
E a Barlete e a Brandir,
Tant que Tem en diseit granz diz.
A Meschines mult en râlèrent,
5io Tant que )i dou rei ariverent.
Meschines est une cité
Dont li auctor ont mult conté,
Fol. 4 d.
Lei Croises
vonts^embarquer
-irÛMics.I^Mar-
sàlhy k Venife,
h Barlelle et h
^ •*
&4& 8. e pr. — &55 premerement — 669 malmili — /i6i-46t interverû$ — • A63 de^r — /170 i manque
— 67s ot mort que d. qui morireat — 677 poriUerenl -» àSU nen a. — 685 i manque — liS6 ne manque ^
^^rer — 489 Ni» — A9a quil — Û9/1 graoi manque — 699 le premier c manque — 609 Ma ra.
Ln deux ruis
se rendent à Met-
sioe.
iUnermtmm Hi-
Mrtli, H , II.
Situation de
Messine.
15
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
16
ïtli)
Le roi Tunerède
(i«l rontraÎDt |Mr
niektnl de rco-
*\rf ton (loiutire k
U veuiede Ouil-
l«uni«il<'Pouillc.
uno
O'âi}
530
l'*ol. T) fi.
Iliiifrarhimllî'
rarii, II , \\\,
Lu floKr lit*
Rirhftnl orrivc &
Mi"<tiiir.
535
5'io
5/i:>
Le* liHliiiaiii*
(lit llrMiiia mal
Iruilciii le» ('roi-
r>5o
K bien e bel assise vile,
Car el sict el chief de Sezille,
Desus te Far, encontre Rise
Que Agoiand prist par s'emprise.
Mescbincs iert mult pleine d*aises,
Mais les genz trovames malveises.
I>or reis si ot a nom Tancré,
Qui mult aveit or esmcré
Que si ancesur aunerent
Qui des Guischart Boberl régnèrent.
I^rs ot une dame en Palerne
Ki sujornë i ot grant terme,
Reine ot esté dei reaime,
Femme espose le rei G illame;
Mais li proz, li bien enlechiez,
Murut sanz cir, ço fu péchiez.
La reine estoit suer le rei
De Englelere , ki prist conrei
Qu il lui fist son doairc rendre,
Si que onqucs ne Tosa défendre
Tancrez, qui esteit en saisine
Del doaire e de la reine.
Vos qui avez sens e mémoire
Oistcs bien comcnt Testoire
K la merveille des enekes
Vint par devant Espaine iloques.
A Mescliincs vint la navie,
Onques no vi tele en ma vie,
Que li nn^ Richarz atendoil
A cui Engletcre apendoit.
La ot gcnt de maintes maneres,
V* Ires e tentes e baneres
Fichées contre val la rive,
Gar la cv\j& lor ert eschive.
Près des nés s'estoient tenu
Tant que li rei fusent venu ;
K(*r li burgeis , la grifonaille
De la vile e la garçonnille,
Cent estraite de Sarazins ,
Ramponoent noz pèlerins :
Lor deiz es oilz nos aportouent,
E chiens pudneis nus apelouent;
555 Chascon jor nos i laidissouent,
E noz pèlerins mordrissouent ,
E les jetouent es privées.
Dont lor oevres furent pruvees.
Soignurs, costume est e usage
56o Que quant princes de hait parage.
Si haut com est li rois de France
Dont par le monde ad tel pariance,
Et com est li reis de Engletere
Ki si grant henor ad en terre,
565 Entre ou en citië ou en vile.
N'en tel terre com est Sezille,
Qu il i deit venir com hait sires
Por plusor genz e por lor dires;
Car c'est bons moz, a mon espeir,
570 Qui dit : wTel te vei, tel Cespeir.»
Por ço di ge, quant li roi vindreut.
Que multes genz illoc sorvindrent.
Le rei de France premiers vint
A Meschines, ou il survint
575 Plusors genz qui veer Talerent;
Mais onques son vis n'avisèrent,
Kar il n'aveit c'une nef sole
E el rivage ot presse e fuie,
E por celé presse eschiver
580 S ala el paleis ariver.
Quant li rois Richarz ariva,
Lors fu assez qui es tri va
De veer le desur la rive,
La sage gent e la jolive
585 Qui ainz ne Taveient veu;
Si en eurent désirer eu
De veer le por sa proesce;
E il veneit o tel hautesce
tm
qa
roi
fi
L
CD
•tl
ta
ui
DC
5 1 !i elo — 5 1 5 encoHtc — 5a3 Lorcs — 537 E manque — 554 E tnanque — 555 i manque — 558 coures
5r>9 iiîMi|jo8 — 50o parn|;»^8 — 565 ou manque — 566 lelo — 56g Car diescon home a son — 570 letetpcir
— 571 |î<^ manque — 58o p. a nrmor — 58!;i Lon-s — 583 le manqm'
17
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
18
Que tote ia mer ert coverte
590 Des galees 0 gent aperte,
Combatanz od hardies chieres,
Od penoDcels e od banieres.
Issi vint li reis el rivage,
Si ot encontre iui son bamage :
595 Ses biaus destriers lui amenèrent
Qui en ses dromonz venu erent>
E il monta c sa gent tote;
Si diseii tels qui vit la rote
Que itels reis deveit venir
600 E bien deveit terre tenir.
Mais ii Grifon s'en corucerent
E li Lomgebard en grocerent
Por ço qu'il vint 0 tel estoire
Sor lor citié e od tel {^oire.
. 6o5 Quant li deu rei arivé furent,
" Li Grifon puis en pais s'esturent;
i« Hais li Longebard estrivouent
E noz pèlerins maneçouent
Que lor très lor detrenchereient
Cio E lor avoirs en portereient;
Car de lor femmes se doutèrent
A qui li pèlerin parlèrent;
Mais tels le iist por els grever
Qui n'i deignast rien achever.
6i5 Li Longebard e la comune
Orenl toz jorz vers nos rancune,
Por ço que Ion pères lor distrent
Que nostre ancesur les conquistrent;
Si ne nos poeient amer,
690 Ainz nos quideient afamer.
Nel firent por nus sushaucier.
Que il firent lor turs haucier
E les fossez plus parfont faire.
Iço empeira muit Tafaire ,
61D E les tençons e les manaces
Qui levoient en plusors places.
Si avint un jor c*une famé,
Que Ten dist que aveit non Ame,
Portoit par Tost son pain a vendre
63o Uns pèlerins vit chaut e tendre
Le pa'in, e si en bai]gaigna,
E la feme se desdeigna
Del fuer por qu'il le requereit.
Si que par poi que nel fereii,
635 Tant ert ele iruse e desvee.
Eth vos la barate levée,
E tant que li burgeis se misirenl ,
Le pèlerin iloques pristrent,
Sil bâtirent e chevelereut,
6&0 E laidement le démenèrent
Al rei Richard vint la clamor :
Cil lor requist pais e amor;
Pais entr'els quist e porchaça
E ses genz ariere chaça.
CA5 Mais diables, qui par nature
Het pais sor (ote créature,
Resmut el demain la meslee
Ki a meschief fu desmellee.
E li dou rei erent ensemble
65o A un parlement, ço me semble,
E les justises de Sezille
E des hauz homes de la vile;
liloc parloent de pais faire.
Eth vos endreit en cet afaire,
655 Issi com li dou rei parioent
De la pais que faire quidoent,
La novele qui fud saillie
Que nostre gent ert assaillie,
E vindrent par deus foiz message
660 Que Tom en feseit grant damage ;
E li tierz mes qui vint après
Dist al rei : <r Ci ad maie pes,
(T Quand li home de ceste terre
r Ocient les genz de Eng^etere
Itinetûrium Bi-
CQrài, II , XT.
La querelle
(1*00 pèlerin avee
une femme de
MeMÎne amène
une riic entre
les Croisa et les
Lombards (3 oct.
ii5o).
Fol.
5r/.
Richard apaise
la nie , mais clic
recommence le
knderoaio.
Itmernrnim Bi-
cârdi, II, XTi.
590 0 la g. — 609 Quen, detrencberereoi — 610 enportereint — 619 nos ne poeni — ôss Quil — 6/^9 lor
manque — 65/i en rnantpte — 658 ert manque — 66Â Taeot
19
L'ESTOIRE DE LA' GUERRE SAINTE.
20
C65 trDedeoz e dehon h dtie.^t
Si fud donques la yerité
Que li LuDgebard s'en partirent,
Qui as reis distrent, si mentirent,
Que ço iert por la tençon desfaire,
C70 E ço n esteit fors por mal faire.
Jordans del Pin e Marguariz,
A cui toK mais seit eschariz,
Cil dou bracerent la braçaille
Del mal c furent començaille.
Kol. 6 a. 675 Le rei de France esteit illoeques
E li reis d'Engletere oveques,
Si fud 0 lui quil reconta.
Li reis d'Ëngleterre monta,
Qui la ala por départir
G80 La mellee, mais al partir
De granz vilainies li distrenl
Cil de la vile e lui mesdistrent;
E li reis se eu rut armer,
E les fist par terre e par mer
685 Assaillir tut a la rounde,
Ke tel gerrier n'aveit el monde.'
LcroidcFraoce Graut fu la noise e la barale,
;^'™r«ri« e h noise en malveis eslate.
Lorobinis. Frauceis vindreut lor seignur quere
()9o A Tostel le rei d'En^eterre;
Kar la vile iert si estormie
Qu'il n'en quidereut trover mie;
E il revint e retoma
El paleis ou il sujorna ,
O95 E li Lungebard a lui vindreut,
A l'estrier senestre le tindrent;
Si lui promistrent e douèrent
E le jor lui abandonerent,
E preierent qu'il maintenist
700 Els en la vile, e rctenist
A son ues e en son demaine.
Si i mistrent e cust e peine,
Tant que li rois s'arma enneire;
Si dist tels qui nos Gst a croire
705 Qu'il aida a cels de la terre
Plus qu'as genz le roi d'Engletere.
Eth vos la barate esmeue
E la noise par l'ost creue :
Li Franceis en la vile esteient
710 Qui a aise se deporteient,
U li Lungebard se Soient;
Mais cil de l'ost ne s'en guardoient*
Estes vos les portes fermées,
E les genz de la vile armées
716 E montées as murs défendre;
Mais puis lor en covint descendre.
E cil qui erent hors sailli
E qui avoient assailli
L'ostel seignur Hugun le Brun
730 S'escombateient tôt comun,
Quant li reis d'Engletere i vint.
Si ne cuit pas qu'il eust vint
Homes o lui al comencer.
Lors ieisscrent le manascer
735 Li Lungebard tresque il le virent,
S'en torncrent, si s'en fuirent,
E li pruz reis lor corut sure.
Si vit A11BR018C8 a ceie bore
Que quant cil le virent venir,
730 K'adonc vos peust sovenir
De berbiz qui fuient a lou;
Ausi com boef traient al jou
Traient cil sus vers la postemc
Qui est de la devers Palerne,
735 U a force les embati
E ne sai quanz en abati.
L'ost s'asturmi e tut montèrent,
Come cil qui assailli erent
Des Lungebarz par lor oltrage
7/iio E des faus Grifons plains de rage.
671 Aiordani iupios — 686 g^rreier — 71a gaadoifot — 740 semcombatoient — 726 Lores — 737 cort
— 738 a icel — 730 peus — 733 cil manque — 760 plain
21
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
32
Mais teus genz orent Tovre enprise
Qui mainte vile aveient prise :
Ço erent Norman e Peitevin ,
Gascon, Mansel e Angevin,
6f. 7/15 E de Engleterre en i aveit
Assez plus que i'em ne saveit.
Hardiement les assaillirent,
Quant en sum le mur les choisirent,
Tôt entor la cite cururent:
75o Ne finerent tant que enz furent.
E cil jetoient e traioient
E grant damage lor faisoient
En sum des murs, d'ars, darbalestes
Que il avoient totes prestes,
755 Getouent pieres e caillos
E feroient noz genz granz cols;
Quarel, pilet, iloc voloient
Ki noz pèlerins afoloient.
Treis chevalers nos afolerent
760 A une porte ou il entrèrent :
Li uns fud Pieres Tireproie
Qu'il jetèrent mort en la veie;
E Maheu de Sauçoi aveques
Regeterent il mort illoques;
765 E Raols de Rovroi trovez
I refu mort, c'est veir provez;
Mult furent "pleint e regrelé : .
Deus lor otreit sa salvetë 1
Si Lungebard fusent leal ,
770 Comparé Toussent real ;
Mais lor folie lor dut nuire.
Que nus eschaufa pur els cuire.
Cil qui defendoient la vile
Erent plus de cinquante mile
77^ Sor les murs e sor les toreles,
E od targes e od roeles.
La veissiez gent assaillie
Durement e de grant baillie. .
Fol. 6 d.
Philippe reste
•iur le rivtge cl
interdit Tentr^e
Devers les paleis les gualies
780 Esteient assaillir alees;
Mais li reis de France i estoit,
Qui sor le rivage s'esteit,
E fist les gualees défendre
Le port, qu'il nel poussent prendre; îl°rene^Rrb ÎS
785 E il traistrent tant qu'il ocistrent
Deus galioz , dont il mespristrent.
Mais de deçà devers la terre
Assailloit li rois d'Ëngletere,
Qui les Lungebarz envai
790 Eissi que mult bien l'en chai.
Lor veissiez ses genz monter
E les montaines sormonter
E coper les fraiaus des portes;
La ot genz e prises e mortes.
795 Par mi les rues s'enbatirent
Tels i ot qui s'en repentirent,
Car cil getoient e traoient
De lor soliers ou il estoient.
Mais par mi tote lor aie
800 Furent pris a celé envaie;
E qui que fust as dererains,
Li reis fud un des premerains
Qui osast entrer en la vile;
Puis i entrèrent bien dis mile.
8o5 Lors oisiez noz genz huer
E desconfire et tempester,
Blecier, iaidir e entester.
Plus tost eurent il pris Meschines
810 C'uns prostrés n'ad dit ses matines;
E mult i oust gent occise
Si al rei n'en fust pitië prise.
E bien poez de fi savoir
Que il ot perdu grant avoir
81 5 Quant la grant presse fud entrée;
Car tost fud la vile pelfree,
Fol. 7 a.
748 le mur manque — 761 cil manque — 753 darblestes — 75a Quil — 755 Geterent — 76a emni la proie
~ 763 maher — 777 genx — 791 Lores — 793 frabs — 79A h premier e mattque — 800 prit manque —
^ok entra — 8o5 Lores — 806 venpaeeé — 809 il ma$iqme — 811 m. ioi — 81& Quil
23
L'ESTOIRE PE LA GUERRE SAINTE.
SA
Itinfrûrium Bi-
cardi, II, XTii.
Pliilippc est ja-
loux et oblicnldc
placer ses ban-
nières & c4té de
relies de Richard
sur il» murs de
Messine.
Fol. 7 b.
Si furent lor galces arses
Qui n^ierent povres ne escharses;
Si i ot femmes guaaignees,
8âo Bêles e pruz e enseignées.
Gc ne poi mie lot savoir;
Mais, fust folie ou fust savoir,
Ainz qu'il fust bien par Tost seu
Eurent ja li Franceis veu
8s 5 Noz penoncels e noz banieres
Sor les murs de plusors manières,
Dont li reis de France ot envie
Qui lui dorra tote sa vie,
E la fud la guerre engendrée
83o Dont Normendie fut gaslee.
Quant li rois ol Meschines prises
E ses banieres es turs mises,
Lors lui manda le rei de France,
Qui aveit envie et pesance
835 De ço qu'il les i ot drésciees.
Ses genz en erent coreciees.
Que ses banieres jus meisent
Si home e les sues feissent
Drescier as murs do la citié.
86o Ço lui manda por vérité,
Que de ço que il en feseil
Que a sa hautesce en mesfeseit,
Si lui desplaisoit durement.
Seignurs, si demant jugement
8'i5 Li quels les i deust mielz mètre,
Cil qui ne se volt enlremetrc
 Tassait de la citië prendre.
Ou cil qui osa ço. ëmprendre.
Li rois Richarz oi fafairc,
85o Si n'en deigna pas long pleit faire
Vers Taulre rei de tel requesle,
Qui mult en iert en grant tempeste;
Neporquant mult i ot paroles
Dites, henuiuses o foies;
855 Mais l'en ne deit pas mctre en livre
Totes folies ne escrivre.
Mais li haut clerc e li haut home
Parlèrent tant, ço fu la some,
De la pais en plusors maneres,
86o Qe chescuns des reis ses baneres
Ot e en turs e en tureles;
Puis pristrent conrei des noveies
Tost mander au rei de Sezille,
De la comune, de la vile,
865 La vilainie e le surfeit
Qui ert a els e as lur feif.
Li messagier le rei Richart
Li distrent de la suc part
Qu il demandoit od sa clamor
870 Le doaire de sa sorur
E del grant trésor sa partie ,
Kc lui fust a dreit départie.
Que dreture e raisons sereit ,
E quant que a la dame afereit.
875 Li messagier furent nomë.
Haut gentil home e renomé
E gent de mult grant parentage
E de mult grant seignoriage
E mult furent de grant affaire,
880 Qui alerent en cel affaire.
Li uns fud li dux de Burgoine
De cels qui quistrent la besoine,
E l'autre Robert de Sabloil,
Hait honi, proz et de grant acoii,
885 E de autres en i pot avoir
Dont jo ne poi les nons savoir.
Cist errèrent e chevalcherent,
E tant en lor eire aprochierent
Que tut lor message a brief terme
890 Contèrent al rei de Palerne. .
Li reis Tancrez qui mult ert sages
Ot ol parler les messages;
iti
ÏA
envoi
«g«
rrêdi
clam
de n
818 nescliarscs — 819 Si ol — Sso le premier e manque — 833 Lorcs^ ^- 8&1 E de co qtril — 845 dei
8'i6 veh — 853 requesie — 861 le premier e manque — 877 pora|p — 878 scîgnorage — 888 en wHutque
25
C'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
26
mie faii Mult aveît 01 aventures,
«^^î^ Si iert bons clers des escriptures,
^^ •'■*■ 8q5 E il saveit bien ia la chose;
secrète- ^ ^ '' '
ivee Phi- Si ne pensa mie grant pose
A la réponse n al respondre;
Si respondi sanz plus apondre
A la gent le rei d'Engletere
900 K'en Testablie de sa terre
E as barons de son reaume,
As costumes le rei Guillame,
S'i metreit de celé querele
Si qu'en semblast a chescun bêle;
905 E se li burgeis de Meschines
Orent fait foies aatines,
N'il orent les reis coreciez.
Qu'il lor sereit bien adresciez.
E quant li messagier ço oirent,
910 Cil qui del rei Richart partirent,
Il i ol tel qui bien diseit
Ke ja li reis n'en plaidereit :
Mult i ot paroles parties;
Mais bones copes départies
915 I ot as messagers de France;
Li autre mistrent en soffrance.
'^°'' 7 rf- Ore orez la grant descordee,
Qui lors e puis fud acordee,
Que li reis de France dut faire,
990 Qui dut mander en cel afaire
Priveement al rei Tancré
(Ne sai qu'il aveit espéré)
Que il feist ço qu'il voldroit
E que il gardast bien son droit,
990 Ne ja por le roi d'Engletere
Ne se movroit vers lui de guerre,
Qu'il ert a lui par sairement.
S'issi fud ç'ala malement :
L'estorie ne garantist mie
93o Que il pcnsast tel vilainie,
Mais ii poplcs diseit sanz faille
Qu'il le manda, coment qu'il aille.
Cil qui uules copes nen eurent
Repairerent a l'ainz qu'il porent,
935 Lur message mult bien retindrent
E a Meschines s'en revindrent.
Le reis Richarz adonc feseit
Faire une ovre qui lui plaiseit,
Ço ert un chastel, Mategrifon,
9^0 Dont furent dolent li Grifon.
Cil vindrent al rei, si li distrent
Ço que al rei Tancré requislrent,
E ço que il lui remandoit
De ço que il lui demandoit,
9^5 Ço ert de sa terre l'establie,
A l'esguard de sa baronie;
E li reis Richarz respondi ,
Si que gueres n'i atendi ,
Que ja a lui ne plaideroit
950 E que il se porchaceroit.
Quant la novele fud seue
Que pais ne triuue n'iert tenue,
Elh vos la guerre en grant dotance
Por l'apoail le rei de France;
955 Car li Longebard vezié
S'estient a lui alié.
Eth vos la viande veee.
Si qu'en l'ost n'en veneit deorec,
E ne fust Deus e la navie,
960 Meint i menassent povre vie;
Mais es nés ot lor gamisture,
Blez e vins, chars e fomesture.
La vile esteit par nuit guaitee
E l'ost esteit eschelgaitiee;
965 E li rei erent a descorde
Par envie qui tôt descorde.
Ço n'iert mie ne bel ne gent;
Mult se penerent haute gent
Lt-s ioi-si«gen
revienDent au-
près de Richard,
({oi fait con-
struire le cbAteau
de Mat^riffon.
Itinerarimm Ri-
cardi, II , IX.
Fol. 8 a.
Discorde entre
les rois de France
et dWnglelerre.
901 E ces — 910 Cil manque — giU parties — 918 lorcs -— 998 Quil — 996 qui! — 93G moueroit
03o Qoe ii reis p. leie — 9^3 -demandoit — 944 quil — 960 quil — 967 ycc — 96a le premier e manque
9^7 le premier ne manque
n
L'ESTOIRG DE LA GUERRE SAINTE.
12
lÙHentrnim lii-
eartli, 11 , i\.
f «es rois re pré-
lent wrnieni I un
à Tautn».
Lti deux rois
(|»illfnt Vrielai.
Si sen laissèrent deschater
Por Famor de Deu acbater,
Que mieldre marcheiz ne pot cstrc
Que de Tamor le rei celeslre.
367) A Vcrzelai ou H rei erent
Un sairement s'entrejurerent
Que qu'avenist de maint cur
Que Tuns fust de l'autre aseur;
Iço qu'ensemble conquereient
370 Que liaument le partireient.
Si cl encore en lor ple>ines
Qui que ainz vcnist a Meschines,
En quel point ou en quel cndreit,
Que H uns d'els Tautre atendreit:
375 Si faitement s'entrafierent.
De Verzelai s'en relomerent.
Li dou rei devant chevalchoient,
E lor grant oire dcvisoient,
E granz henors s'enlrefasoient
:i8o Lores en quel liu qu'il voneicnt;
Si eirot l'ost od tel amor
Que ja n'en oissiez clamor.
Une corloisie vi faire
As genz que Tem ne deit pas taire :
385 Quant l'ost errot tote sa voie,
La vcissiez, si Deu me voie.
Valiez e dames e puceles
Od biaus pichicrs e od orceles
E od seilles e od bacins
390 L'evc porter as pèlerins;
Droit al chemin a l'ost venoient,
Les bacins en lor mains tenoient
Fol. A (t. E disoient : trDeus, rois celestre,
(«Dont vieneot tant genz? que puelestre?
390 (rU furent nées tels joventes?
trVeez quels faces si roventes!
trTant sunt ore tristes lor mei'es,
trE lor parenz, lor filz, lor frères,
I
ftlx)ramis, lor aparlenanz,
Aoo ttDont jo voi ci tanz de venanzli)
L'ost commandoient a Dea tote
E ploroient apr^ la rote. -
Lors prièrent escordement
A Deu por els e dolcement
àob Qu'il les menast a son servisc
E ramenast a sa devise.
Errant vindrent a la Deu grâce,
Qui bien lor fist e bien lor face,
Od grant joie et od grant le^sce,
Aïo E sanz coruz e sanz tristesce
E sanz eschar e sanz rampone.
Tôt droit a Leons sor le Rogne.
A Leons fu l'ost arestee,
Sor le Rogne, Teve crestee.
Ai5 Li dou rei iloc se teneient
Por la gent qui oncor veneient.
Tel merveille ne fod veue,
N'onques teie gent esmeue;
E furent bien esmë cent mile,
Uao Dont li plus gisoit par la vile.
Li rei ne furent herbergië
Ne en vile ne en vergië :
OItre le Rogne firent tendre
Lor pa veillons pur l'ost atendrc,
695 E atendre les conveneit.
Ko meint home encore veneit;
E illoc tant les atendirent
Qu'asemblez e venuz les virent
E quant orent tant atendu,
/j3o Seu de veir e entendu
Que tote l'ost esteit venue,
Mult furent lie de lor venue.
Lors firent lor Ires desfichier
Qui ierent si bel e si chier
635 Tôt devant par la sablonerre
Por l'ost qui veneit grant deriere.
Le*
308 Que lom — 3^5 Kentralicrent — 388 ooceles — SgS leles — SgG queles — Ao3 Lores — 4o5 le —
A09 et ftumque — â 10 dorai — 616 oncore — 633 Des d. -— A3/i der -— 635 h matiqu*
t3
L'BSTÔIBS I>E LA r>(JERRti SAINTR
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tiilippe Ta
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t'tMmrmmHi-
(n pont Jn
Il l« poiih il<n
Fol. «i
Li dou rei s'entreconteierent
Tant C011I ior vei es s'a volèrent;
Puis aia chescon a son port
'lAo A garant joie e a grant déport.
Li reis Fiiippes des Franceis
S'esleit ja aiocz ainçois
As Geneveis de son passage,
Por ço qu'il en sunl preu e sage;
^1^5 Fi Richarz li reis de Engletere
Costeia la mer terre a tere
E s'en ala dreil a Marseille
De part Den qui toz biens conseille.
Qant Tost sot que li rei errèrent,
^5o Tels i ot qui ainz jor levèrent,
Li autre al plus matin qu'il porent
Pur le Rogne qu'a |)asser orent.
Cil qui ainz jor furent levé
Xe se tindrent point a grève :
'u)^ Le pont passèrent prosprement.
Conques n'i ot arcstement;
Mais cil qui al matin passèrent
E qui sor le pont s'entassèrent,
Cil durent estre mal bailli ,
'160 Ke une arche del pont failli.
De l'eve qui n'ieil pas seure,
Qi csteit haute a desmesure;
Plus de cent homes ot sur l'arche.
Qui de sap ierl , c'ert trop grand charge.
'i65 L'arche chai, cil trebucliierent,
Les genz crièrent et hucbierent.
Chcscons quidot qui ncl saveit
Aveir perdu quant qu'il aveit,
Filz ou frère ou apartenant;
^70 Mais Deus i ovra meintenant.
Que de loz cels qui la chairent
N'i ot mais que deus qui périrent,
Ge di que l'em peust trover;
Mais nus ne l'osast esprover,
li-]^ Ke l'ewe est si rade c si forte,
Poi i chiet riens qui en estorle.
Se cil perillerent el monde,
Il sunt devant Deu net e munde:
Il s'esmurenl en sa besoigne,
h%o Sin avront merci, ço besoigne.
L'arche del pont ert peçoiec
E la gent tote desvoiee :
Ne saveient quel part aler
N'en montant ne en avaler;
^i85 N'el pont n'i ot nul recovrer,
N'il ne troverent nul ovrer,
N'el Rogne n'avoit nés ne barges
Qui fussent prou granz ne preu larges,
Si que cels n'i poeient sivre
490 Qui passé erent n'acunsivre;
E quant autre conseil ne surent.
Si firent le mielz que il porent :
En bargetes assez estreites.
Ou les genz orent granz destreites,
hgh Passèrent oUre a mult grant peine;
Mais issi veit qui por Deu peine.
Treiz jorz dura le passement,
E si ot grant entassement;
E donc e li fol e li sage
500 Alerent quere Ior passage.
Al plus procein port, a Marsille,
Ala de genz une merveille;
E al port de Venetiens
Râla de mult preuz cristiens;
5o5 Tant en râla as Geneveis
Ne sereit nombre eneveis,
E a Rarlete e a Brandiz,
Tant que Tem en diseit granz diz.
A Meschines mult en râlèrent,
5io Tant que ii dou rei ariverent.
Meschines est une cite
Dont li auetor ont mult conte,
Fol. h «/.
Les CroÎMS
vonls^embarqmr
nrGi^i>$, ^Mar-
seille, à Veniie,
h Barlelte et h
Rrio()i«i.
hhk S. e pr. — A55 premerement — kbg milmlli — 661-669 intervertU -* 663 desuv -^ 670 i mauqai:
— 671 ot mort que d. qui morirent — 677 pariUerent — 686 nen a. — 685 i manque — 686 ne mM^M^
curer — 689 Nia — 699 quil — 696 grani «MiiftM— • 699 U premier c mtmqne — 609 Ma m.
Ltn deux rois
se reodentàllef-
sine.
ItkHenwtÊtm Ht-
tmrdif H « u.
Situation «Jr
15
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
16
LcroiTancrède
u>l contraint par
Richard de ren-
dre son donaire à
la veu\ede Gail*
laume do Fouille.
Vo\. r> ff.
ItinerarnimBi-
rtii'ii. Il , MX,
La flotte de
Richani arrive &
Mc«»ine.
Les habitants
de Mewine mal-
traitent les Croi-
sa
E bien e bel assise viie,
Car el siet el chicf de Seziile,
5i5 Desus le Far, encontre Rise
Que Agoland prist par s'emprise.
Meschines iert mult pleine d'aises,
Mais les genz trovames malveiscs.
Ia>v reis si ot a nom Tancré ,
5no Qui mult aveit or esmcrd
Que si ancesur aunerent
Qui des Guischart Robert régnèrent.
Lors ot une dame en Paleme
Ki sujoroë i ot grant terme,
530 Reine ot esté del reaime,
Femme espose le rei Gillame;
Mais li proz, li bien entechiez,
Mu rut sanz eir, ço fu péchiez.
La reine estoit suer le rei
53o De Ëngletere, ki prist conrei
Qu il lui fist son doaire rendre.
Si que onques ne Tosa défendre
Tancrez, qui esteit en saisine
Del doaire e de la reine.
535 Vos qui avez sens e mémoire
Oistes bien coment Testoire
E la merveille des enekes
Vint par devant Espaine iloques.
A Meschines vint la navie,
bho Onques ne vi tele en ma vie,
Que li reis Richarz atendoit
A cui Ëngletere apendoit.
La ot gent de maintes manercs,
E très e tentes e baneres
5A5 Fichées contre val la rive.
Car la cité lor ert eschive.
Près des nés s'estoient tenu
Tant que li rei fusent venu ;
Ker li burgeis, la grifonaille
55o De la vile e la garçonaille,
Gent estraite de Sarazins ,
Ramponoent noz pèlerins :
Lor deiz es oilz nos aportouent,
E chiens pudneis nus apelouent;
555 Chascon jor nos i laidissouent,
E noz pèlerins mordrissouent ,
E les jetouent es privées,
Dont lor oevres furent pnivees.
Soignurs, costume est e usage
56o Que quant princes de hait parage,
Si haut com est li rois de France
Dont par le monde ad tel parlance,
Et com est li reis de Ëngletere
Ki si grant henor ad en terre,
565 Entre ou en citië ou en vile.
N'en tel terre com est Sezille,
Qu il i deit venir com hait sires
Por plusor genz e por lor dires;
Car c'est bons moz, a mon espeir,
570 Qui dit : trTel te vei, tel t'espeir.tï
Por ço di ge, quant li roi vindreut.
Que multes genz illoc sorvindrent.
Le rei de France premiers vint
A Meschines, ou il survint
575 Plusors genz qui veer Falerent;
Mais onques son vis n'avisèrent,
Kar il n'aveit c'une nef sole
E el rivage ot presse e fuie,
E por celé presse eschiver
580 S'ala el paleis ariver.
Quant li rois Richarz ariva.
Lors fu assez qui estriva
De veer le desur la rive,
La sage gent e la jolive
585 Qui ainz ne l'aveient veu;
Si en eurent désirer eu
De veer le por sa proesce;
E il veneit 0 tel hautesce
bMl,
Dt u
qui coofii
roif.
Fol. 5 6
LcToidc
cBlra à ]
•anaMal
Rkliai
aoe entré
nellt k
(aSiepL
5 1 'j ele — 5i 5 encoste — 5a3 Lores — 537 E manque — 55/4 E tnanque — 555 i manque •
559 usages — 50o paragrs — 565 ou manque — .5i)6 lelc — 569 Car cliescon home a son
— 571 ge manque — 58o p. a armer — 583 Loirs — 583 le manque
558 coures —
• 570 te te^poir
17
L'ESTOiaE DE LA GUERRE SAINTE.
18
Foi. 5 c. 6o
Ikmêrvim K-
"*, II.IIT.
LoLoobardf
:«itmt«at Im
Que tote la mer ert coverte
590 Des galees 0 gent aperte,
Combatanz od hardies chieres,
Od penoDcels e od banieres.
Issi vint ii reis el rivage,
Si ot encontre lui son bamage :
595 Ses biaus destriers lui amenèrent
Qui en ses dromonz venu erent,
E il monta e sa gent tote;
Si diseit tels qui vit la rote
Que itels reis deveit venir
600 E bien deveit terre tenir.
Mais li Grifon s'en conicerent
E li Lomgebard en grocerent
Por ço qu'il vint 0 tel estoire
Sor lor citié e od tel ^oire.
Quant li deu rei arivé furent,
Li Grifon puis en pais s*esturent;
Mais li Longebard estrivouent
E noz pèlerins maneçouent
Que lor très lor detrenchereient
Cio E lor aveirs en porteraient;
Car de lor femmes se doutèrent
A qui li pèlerin parlèrent;
Mais tels le fist por els grever
Qui n'i deignast rien achever.
6i5 Li Longebard e la comune
Orent toz jorz vers nos rancune,
Por ço que lot pères lor distrenl
Que nostre ancesur les conquistrent;
Si ne nos poeient amer,
6so Ainz nos quideient afamer.
Nel firent por nus sushaucier.
Que il firent lor turs haucier
E les fossez plus parfont faire.
Iço empeira mult Tafaire,
C95 E les tançons e les manaces
Qui levoient en plusors places.
Si avint un jor c*une famé,
Que Ten dist que aveit non Ame,
Portoit par Tost son pain a vendre :
63 0 Uns pèlerins vit chaut e tendre
Le pa'in, e ci en bai^igna,
E la feme se desdeigna
Del fuer por qu'il le requereit.
Si que par poi que nel fereit^
635 Tant ert ele iruse e desvee.
Eth vos la barate levée,
E tant que li burgeis se misireut ,
Le pèlerin iloques pristrent,
Sil bâtirent e chevelereut,
6/io E laidement le démenèrent
Al rei Richard vint la clamor :
Cil lor rcquist pais e amor;
Pais enlr els quist c porchaça
E ses genz ariere chaça.
6â5 Mais diables, qui par nature
Het pais sor tote créature,
Resmut el demain la meslee
Ki a meschief fu desmellee.
E li dou rei erent ensemble
G^o A un parlement, ço me semble,
E les justises de Sezille
E des hauz homes de la vile;
Illoc parloent de pais faire.
Eth vos endreit en cel afaire,
655 Issi com li dou rei parioent
De la pais que faire quidoent,
La novelc qui fud saillie
Que nostre gent ert assaillie,
E vindrent par deus foiz message
660 Que Tom en feseit grant damage ;
E li tierz mes qui vint après
Dist al rei : (r Ci ad maie pes,
rr Quand U home de ceste terre
rOcient les genz de En^etere
Itinermium Bi-
Cûrdi, II, XT.
La querelle
(1*00 pèlerin atce
une femme de
Menine amène
une rite entre
let Croisa et les
i^mbords(3oct.
ii5o).
Fol.
5f/.
Richard apaise
la rixe , mais clic
recommence le
lendemain.
Itinernrmm Bi-
c«rdi, 11, XTi.
590 0 la g. — 609 QiMD, detrencbererent — 610 et^miereint — 619 nos ne poent ~ 699 Quil — 66a lor
nanqw — 65/i en manque -* 658 ert manque — 66& Toent
19
L'ESTOIRE DE LA' GUERRE SAINTE.
20
665 (rDedenz e dehors h citie.?*
Si fud donques la verit<^
Que li LuDgebard s'en partirent,
Qui as reis dislrent, si mentirent,
Que ço iert por la tençon desfairc,
670 E ço n esteit fors por mal faire.
Jordans del Pin e Mar^piariz,
A cui toz mais seit eschariz.
Cil dou bracerent la braçaille
Del mal e furent començaille.
KoI. G a. 675 Le rei de France esteit illoeques
E li reis d'Engletere oveques.
Si fud 0 lui quil reconta.
Li reis d'Ëngleterre monta ,
Qui la ala por départir
(*)8o La mellee, mais al partir
De granz vilainies li distrent
Cil de la vile e lui mesdistrent;
E li reis se curut armer,
E les fist par terre e par mer
685 Assaillir tut a la rounde,
Ke tel gerrier n'aveit el monde.'
i.croidfFranc« Grant fu la noiso e la barate,
fuit »ecr*l«ment g j^ ^^'^^^ ^^ malvcis OStatO.
.-icconl avec iw
Lombanh. Frauceis vindrent lor seignur quere
690 A Tostel le rei d'Engleterre;
Kar la vile iert si estormie
Qu'il n'en quidereut trover mie;
E il revint e i^toma
El paleis ou il sujorna,
695 E li Lungebard a lui vindrent,
A Testrier senestre le tiudrent;
Si lui promistrent e donerent
E le jor lui abandonerent,
Ë preierènt qu'il maintenist
700 Els en la vile, e retcnist
A son ues e en son demaine.
Si i mistrent e cust e peine,
Tant que li rois s'arma enneire;
Si dist tels qui nos fist a croire
705 Qu'il aida a cels de la terre
Plus qu'as genz le roi d'En^eterc.
Eth vos la barale esmeue
Ë la noise par l'ost creue :
Li Franceis en la vile esteient
710 Qui a aise se deporteient,
U li Lungebard se Soient;
Mais cil de l'ost ne s'en guardoient.
Estes vos les portes fermées,
E les genz de la vile armées
715 E montées as murs défendre;
Mais puis lor en covint descendre.
E cil qui erent hors sailli
E qui avoient assailli
L'ostel seignur Hugun le Brun
730 S'escombateient tôt comun,
Quant li reis d'Engletere i vint,
Si ne cuit pas qu'il eust vint
Homes o lui al comencer.
Lors leisserent le manascer
735 Li Lungebard tresque il le virent,
S'en tornerent, si s'en fuirent,
E li pruz reis lor corat sure.
Si vit Ambhoises a celé bore
Que quant cil le virent venir,
7.'3o K'adonc vos peust sovenir
De berbiz qui fuient a lou;
Ausi com boef traient al jou
Traient cil sus vers la postemc
Qui est de la devers Palerne,
735 U a force les embati
E ne sai quanz on abati.
Uost 8*asturmi e tut montèrent,
Come cil qui assailli erent
Des Lungebarz par lor oltrage
7/10 E des faus Grifons plains de rage.
Fol. 6
Ridit
iti Lob
fuite c
Mctsine
671 Aiordani lupins — 686 gorreicr — 719 gaadoieot — 720 «emcombaloient — 7a& Loreê — 737 cort
• 738 a icei — 780 peus — 7.33 cil man^ — 7^0 plain
21
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
33
Mais teus genz orent Tovre enprise
Qui mainte vile aveient prise :
Ço erent Norman e Peitevin ,
Gascon, Mansel e Angevin ,
Fol. 6 r. ^45 E de Engleterre en i aveit
Assez plus que l'em ne saveit.
Hardiement les assaillirent.
Quant eu sum le mur les choisirent,
Tôt entor la cité cururent:
700 Ne finerent tant que enz furent.
E cil jetoient e traioient
E grant damage lor faisoient
En sum des murs, d'ars, d'arbalestes
Que il avoient totes prestes,
755 Getouent pieres e cailles
E feroient noz genz granz cols;
Quarel, pilet, iloc voloient
Ki noz pèlerins afoloient.
Treis chevalers nos afolerent
760 A une porte ou il entrèrent :
Li uns fud Pieres Tireproie
Qu'il jetèrent mort en la voie;
E Maheu de Sauçoi aveques
Regeterent il mort illoques;
765 E Raols de Rovroi trovez
I refu mort, c'est veir provez;
Mult furent "pleint eregreté : .
Deus lor otreit sa salvetë !
Si Lungebard fusent leal,
770 Compare l'eussent real ;
Mais lor folie lor dut nuire.
Que nus eschaufa pur els cuire.
Cil qui defendoient la vile
Erent plus de cinquante mile
770 Sor les murs e sor les toreles,
E od targes e od roeles.
La veissiez gent assaillie
Durement e de grant baillie. .
Fol. 6 d.
Philippe rcfrle
«ar le rivage et
interdit Teotr^e
Devers les paleis les gualies
780 Esteient assaillir alees;
Mais li reis de France i estoit,
Qui sor le rivage s'esteit,
E (ist les gualees défendre
Le port, qu'il nel peussent prendre; ^rf^Ae^R^rbaH
785 E il traistrent tant qu'il ocistreut
Deus galioz, dont il mespristrent.
Mais de deçà devers la terre
Assailloit li rois d'Engletere,
Qui les Lungebarz envai
790 Eissi que mult bien l'en chai.
Lor veissiez ses genz monter
E les montaines sormonter
E coper les fraiaus des portes;
La ot genz e prises e mortes.
795 Par mi les rues s'enbatirent
Tels i ot qui s'en repentirent,
Car cil getoient e traoient
De lor soliers ou il estoient,
Mais par mi tote lor aie
800 Furent pris a celé envaie;
E qui que fust as dererains,
Li reis fud un des premerains
Qui osast entrer en la vile;
Puis i entrèrent bien dis mile.
8o5 Lors oisiez noz genz huer
E desconfire et tempester,
Blecier, laidir e entester.
Plus tost eurent il pris Meschines
810 C'uns prostrés n'ad dit ses matines;
E mult i oust gent occise
Si al rei n'en fust pitië prise.
E bien poez de fi savoir
Que il ot perdu grant avoir
81 5 Quant la grant presse fud entrée;
Car tost fud la vile pelfree,
Fol. 7 a.
7^8 le mur tiuuiquê — 761 cil manque — 768 darblestes — 766 Qnil — 766 Gelèrent — 76» enim la proie
— 763 maher — 777 genz — 791 Lores — 798 fraba — 79A k premier e manqué — 800 pris manqué —
80& entra — 8o5 Lores — 806 terêpasié — 809 il ma$tqui — 811 m. iot — 8t4 Qui!
s.
23
L'ESTOIRE PE LA GUERRE SAINTE.
2&
Si furent lor galecs arses
Qui n*ierent povrcs ne cscharses;
Si i ot femmes guaaignees,
8:20 Bêles e pruz e enseignées.
Ge ne poi mie toi savoir;
Mais, fust folie ou fust savoir,
Ainz qu'il fust bien par Tost seu
Eurent ja li Franceis veu
8a 5 Noz penoncels e noz banieres
Sor les murs de plusors manières,
Dont li reis de France ot envie
Qui lui dorra tote sa vie,
E la fud la guerre engendrée
83o Dont Normendie fut gastee.
//<n'>r«ni>iii /?i. Quaut H rois ot Meschines prises
crdi, w , xf,i. g ^^ banieres es turs mises,
Lors lui manda le rei de France,
Philippe est jii- Qui aveit envie et pesance
Xr ttt B35 De ço qu'il les i ot drésciees,
niôrf» k cAié de Sos tteut cn orent coreciees,
rello» de Richard °
sur 1'» murs de Que SCS banieres jus meisent
Si home e les sues teissent
Drescier as murs de la citié.
8/jo Ço lui manda por vérité.
Que de ço que il en feseil
Que a sa hautesce en mesfeseit,
Si lui desplaisoit durement.
Seignurs, si demant jugement
8'i5 Li quels les i deust mieiz mètre,
Cil qui ne se volt enlremetrc
A Tassait de la citië prendre,
Ou cil qui osa ço emprendre.
Li rois Richarz oi fafairc,
s5o Si n'en deigna pas long pleit faire
Fol. 7 b. Vers l'autre rei de tel requeste,
Qui mult en iert en grant tempeste;
Neporquant mult i ot paroles
Dites, hcnuiuses 0 foies;
855 Mais l'en ne deit pas mctre en livre
Totes folies ne escrivre.
Mais li haut clerc e li haut home
Parlèrent tant, ço fu la some.
De la pais en plusors maneres,
8()o Qe chescuns des reis ses baneres
Ot e en turs e en lureles;
Puis pristrent conrei des noveles
Tost mander au rei de Sezille,
De la comune, de la vile,
805 La vilainie e le surfeit
Qui ert a els e as lur feif.
Li messagier le rei Richart
Li distrent de la sue part
Qu il demandoit od sa clamer
870 Le doaire de sa sorur
E del grant trésor sa partie ,
Kc lui fust a dreit départie,
Que dreture e raisons sereit,
E quant que a la dame afereit.
875 Li messagier furent nomë,
Haut gentil home e renomé
E gent de mult grant parentago
E de mult grant seignoriage
E mult furent de grant affaire ,
880 Qui alerent en cel affaire.
Li uns fud li dux de Burgoine
De cels qui quistrent la besoine,
E l'autre Robert de Sabioil,
Hait hom, proz et de grant acoii,
885 E de autres en i pot avoir
Dont jo ne poi les nons savoir.
Cist errèrent c chevalcherent,
E tant en lor eire aprochierent
Que tut lor message a brief terme
890 Contèrent al rei de Paleme.
Li reis Tancrez qui mult crt sages
Ot oi. parier les messages;
lÛM
Let
ea«<rie
cNdcl
rlamc
de M
Fol.
818 Dcscliarscs — 819 Si ot — Sso k Cimier c manque — 838 Lorcs -^ 8àt E de eo qtnl — 845 deit —
8 '16 ïelt — 853 requeste — 861 kpremiir e manqm — 877 pQragc — 878 8cignoraQ« — 888 eti mmqw
25
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
36
aacr^ Uxi Mult aveît oi aventures,
r^^^ Si iert bons clers des escriptures,
•• '*^ 895 E il saveit bien ja la chose;
I ne« Phi- Si ne pensa mie grant pose
A la réponse n'ai respondre;
Si respondi sani plus apondre
A la gent le rei d'Engletere
900 K'en Testablie de sa terre
E as barons de son reaume,
As costumes le rei Guillame,
S'i metreit de celé querelc
Si qu'en semblast a chesctm bêle;
900 E se li burgeis de Meschines
Orent fait foies aatines,
N'il orent les reis coreciez,
Qu'il lor sereit bien adresciez.
E quant li messagier ço oirent,
910 Cil qui del rei Richart partirent,
Il i ol tel qui bien diseit
Ke ja li reis n'en plaidereit :
Mult i ot paroles parties;
Mais bones copes départies
91 5 I ot as messagers de France;
Li autre mistrent en sofTrance.
Fol. 7 d. Ore orez la grant descordee,
Qui lors e puis fud acordee.
Que li reis de France dut faire,
990 Qui dut mander en ccl afaire
Priveement al rei Tancré
(Ne sai qu'il aveit espéré)
Que il feist ço qu'il voldroit
E que il gardast bien son droit,
925 Ne ja por le roi d'Engletere
Ne se movroit vers lui de guerre,
Qu'il crt a lui par sairement.
S'issi fud ç'ala malement :
L'esiorie ne garantist mie
93o Que il pcnsast tel vilainie,
Mais li poples diseit sanz faille
Qu'il le manda, coment qu'il aille.
Cil qui nules copes nen eurent
Repairerent a l'ainz qu'il porent,
935 Lur message mult bien retindrent
E a Meschines s'en revindrent.
Le reis Richarz adonc feseit
Faire une ovre qui lui plaiseit,
Ço ert un chastel , Mategrifon ,
9^0 Dont furent dolent li Grifon.
Cil vindrent al rei, si li distrent
Ço que al rei Tancré requistrent,
E ço que il lui remandoit
De ço que il lui demandoit,
ghb Ço ert de sa terre l'establie,
A l'esguard de sa baronie;
E li reis Richarz respondi ,
Si que gueres n'i atendi.
Que ja a lui ne plaideroit
960 E que il se porchaceroit.
Quant la novele fud seue
Que pais ne triuue n'iert tenue,
Elh vos la guerre en grant dotance
Por l'apoail le rei de France ;
955 Car li Longebard vezié
S'estient a lui alié.
Eth vos la viande veee,
Si qu'en l'ost n'en veneit deorec,
E ne fust Deus e la navie,
960 Meint i menassent povre vie;
Mais es nés ot lor garnisture,
Blez e vins, chars e fomesture.
La vile esteit par nuit guaitee
E l'ost esteit escheigaitiee;
965 E li rei erent a descorde
Par envie qui tôt descorde.
Ço n'iert mie ne bel ne gent;
Mult se penerent haute gent
Lt-s loc-ssagen
reviennent au-
près de Richard,
qui fait con-
slruire le chAteau
de Mat^riffon.
/ftnerarmm Bi-
cardi, II , XX.
Fol. 8 a.
Discorde entre
les rois de France
et d*Anglelerre.
901 E ces — 910 Cil manque — giU parties — 918 lorcs — 998 Qail — 996 quil — 936 moueroit
93o Qac li reis p. teie •» 9^3 ilemandoit — 9^^^ quil — 960 quil — 967 ycc — 969 le premier e manque
967 le premier ne manque
27
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
as
Itintranvw lit'
fftriH. II . 111.
Tancrèflc en-
voie des messa-
gers il Richard.
Il offre «0,000
onces d*or pour
le douaire de la
sœur du roi, et
une de tes filles
|x>ur Arthur de
Bretagne avec
90,000 onces
d*or de dot. La
f»aix est conclue
h tet conditions.
Foi. 8 b.
De metre entre els acorde e pais,
970 E chevalchoent al palais,
A Mategiifou , e ariere
ReveDoient par la charerc;
Mais onques n*i porent fin metre,
Tant ne se sorent entrcmetrc,
975 Si corn testemoine la lelre,
Devant que H reis de Seziile
Qui sot le surfeit de la vile
Prist le filz d'un suen chancelier
980 E od lui ot un chevaler.
Mien escient, son conestable,
Qu il tint a preu e a establc,
Sil (ramist al rei d'Engletere,
Si lui manda ço que sa guerre
985 Ne quereit il nient avoir,
Mais s'il en voleit prendre avoir
Por les quereles qu'il quereit,
Que volenters pais en fereit,
E doreit vint mile onces d*or
990 Que il prendreit de son trésor,
E s'il voleit d'un mariage
Parier al los de son bamage,
C'une de ses filles pucele.
Bel enfant e preu damoisele,
995 Dureit a Hertur de Bretaigne,
E por faire issi faite ovraigne
Li prometoit trestot sanz gile
Des onces d'or autre vint mile,
Ne mais que cel or lui rendroit,
1000 Si Herturs l'emfant ne perneit;
E sa sorur encore oveques
Lui renveiereit il illoques.
Quant li reis ot ço entendu,
Lors n'i ad gueres atendu ,
ioo5 Qu'autres genz renveia ariere
Por querre pais ferme e entière :
L'arcevesque de Montreial,
Celui de Rise le leal,
L'evesque d'Evreues Johan,
1010 Qui mult soffri cust e ahan,
Fist le reis le message faire,
Qui saveient l'ovre e l'afaire,
E al très genz od els alerent:
Pais quistrent e pais aporterent.
ioi5 E firent l'avoir acondire
Dont vos m'oistes orainz dire;
E quand ço fud que il rcvindrent
Trcstuit lie de la pais devindrent.
Lors furent les Chartres leùes
1030 E contrescrites e veues,
E la pais cerchiee e jurée,
Dont la gent fud asseuree,
E l'avoir veu e pesiî,
Dont il n'ad point al rei pesé,
1035 Qui mult fu coveitus del prendre
Por el sen'ise Deu despendre;
E lui fud donc sa suer rendue.
Qui dut estre mult chier vendue.
Lors volt li reis que fust rendu,
io3o Que plus n'i eust atendu,
Quant que ses genz aveient pris
Del lur : ço lui torna a pris;
Sur escomunication
Fud rendu par confession ,
1035 Dont l'arcevesque de Roem
Dona mult hait consel e boen.
Eth vos la vile en bone estate
E sanz tençon e sanz barate,
E quiconques les oseit faire
lo&o Sil feseit l'om pendre ou desfaire,
E fud l'ost de mult grant justise:
Bien ait Tanme qui l'i ot mise !
Fol. 8 e.
976 Tant ne seront entremetre
— 998 D0U8 — looa reuereit —
1019 Lorea — 1039 Lorcs velt
1 o36 mull manque
— 979 cheualier — 98a Qui — 990 Quîi — 998 Come
— 1006 Lores — ioo5 géra ne — 1010 mult manqué
— io3a Des 1. — io33 E sur — io36 confension
996 ouerdgne
1017 quil —
io35 rém —
29
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
30
{M MU-
récoo*
, XXIII.
il b d.
J comble
nts se*
lelRii-
nitf.
fî. IHT.
Lors furent les voies eirees,
Si reumes bones denrées
lo'io E de chevals e de vitaiile;
Issi ala Tovre sanz faille,
E li burgeis se repaiserent
E les pèlerins herbergierent,
E li dou rei lors s'acorderent,
io5o Mais maintes feiz puisdescorderent,
E partirent entrels l'avoir,
E ot chescon qu'il dut avoir.
Li chevalier qui en Teste
Âveient illoques esté
io55 Se dementouent e plaignouent
Por la despense qu'il faisouent.
Tant ala sus e jus la pleinte
Qu'el fud al rei Richard ateinte,
E il dist que tant lor dureit
1060 Ke chescons loer s'en poreit;
E lor dona si granz dons riches
Richarz, qui n'est aver ne chinches,
Hanas d'argent, copes dorées,
K'en aportoît a devantees
to65 As chevaliers lonc ço qu'il erent.
Que de ses biaus dons le loerent
E grant e maien e menur;
E lor fist del suen tant henur
Que nis cil qui a pië estienl
1070 Cent soiz del suen al meins avoient;
E as dames déshéritées
Que de Sulie erent getees,
E as dames e as meschines
Dona il granz dons a Meschines;
1075 E li reis de France ensement
Redona a ses genz granment.
Eth vos tote l'ost en leesce
Por l'onor e por la largesce
E por la pais qui ert venue;
1080 Etli vos la grant feate tenue :
Le jur de la Nativité
Li reis Richarz por verilë
Fist crier que tuit i venissent
E que od lui la Teste tenissent;
io85 E le rei de France mena
Mangier 0 lui, tant se pena.
A Matesgrifon fud la feste
En la sale que par poeste
Ot feito li reis de Engletere
1090 Sor le pois a cels de la terre.
Ge fui al manger en la sale.
Mais onques n'i vi nape sale
Ne hanap de fust ne escuiele;
Ainz i vi si riche veisele
1095 De ovre trifoire soldoisce
E a ymages geteisce,
A riches pieres precioses,
Qu'eles n'ierent point enuioses;
E si i vi si bel servise
1 1 00 Que a chescon iert a sa devise.
Bêle feste i ot e honeste,
Com afereit a tele feste;
Ne onques ne vi, ço me semble,
Tanz riches dons doner ensemble
iio5 Corne li reis Richarz dona
lUoques e abandona
Al rei de France e a sa gent
De vaissele de or e de argent.
Li termes vint de noz passages;
1110 Qui se porvit proz fud e sages.
De la Setembresce, al mi^n esme,
Jusqu'à l'issue de quareme
Fu a Meschines a sujor
L'ost, qui mult desirot le jor
1 1 1 5 Que il fusent a Acre prendre
0 cels qui l'osèrent enprendre,
Que granz mesaises i aveient
Trop greignors que il ne saveient :
Grande félc
Oonnée par Ri-
chard, à Maie-
griffon , le jour
de Noël 1190.
Fol. 9 rt.
Itiuennum lU-
cardip II , xiTi.
Les armées m-
tonl h Memne
jusqu'à la fin du
rai^mp.
ioà3Lores — 1069 lores^- loSomain — loSC despens — io65soionc — 1066 lesmoii^iM — to83 iomU
— 1 09a onc — 1 099 i manque — 1 1 o5 Com — 1 1 06 Q lor a. — 1 1 1 1 setembre — 1 1 1 5 Qoil — 1118 quil
31
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
83
Fol. 9 b.
rhilip|>c part
le premier pour
la lem; sainte
(3n mars 1191).
Ricbanl V9 h
lîeggio recevoir
M mère Éi4k>nore
rt «a (iancdc B«-
rengèrc i!r No-
fnrrp.
Mult i curent peine e ahan
1100 E travailz en ce! demi an.
E quant tant eurent sejorné
Que Deus ot lor cire atome,
Si fud Yeritd sanz faillancc
Ke donc entra li reis de France
1 is5 En mer, ii o sa compaignie,
Un poi devant Pasche florie.
Li reis Richarz ne pot movoir,
Kar il n ot prest son cstoveir,
Ses galees ne ses uissiers
] i3o A porter ses coranz destriers
E s'armeure e sa vitaille
Por aler sore la cheuaille :
Por ço li covint demorer
E son eire mielz atorner.
1 135 Le rei de France conveia
Eu gualees, puis s'avoia
Ultre le Far tôt droit a Rise,
Dont novele li ert tramise
Que sa mère i esteit venue
I i/io Qui amenoit al rei sa drue.
Ço esloit une sage pucele
E gentilz femme e preuz e bêle,
Non pas fausc ne loscngere ;
Si aveit a non Berengiere,
II '15 Le rei de Navarc ot a père.
Qui Taveit baillé a la mère
Le rei Richard, qui s'en pena
Tant que jusque la li mena.
Puis fud el reine clamée ,
ii5o E li reisTaveit mult amee:
Des que il esteit coens de Poitiers,
La coveita sis coveitiers.
Mener en fist droit a Meschines
Sa mère, lui e ses meschines;
1 )55 A sa mère dist son plaisir
E ele a lui sanz rien taisir :
La pucele retint qu'ot chiere,
E sa mère envoia ariere
Sa terre guarder qu'ot laissée ,
iiCo Que s'onors ne fust abaissiee;
E Tarcevesque de Roem,
Gauter, qui mult est saives hoem.
Cil guarda o lui En^etere,
E i ot mult travalz de guerre;
1 165 E si s'en torna lors d'ilocques
Giiebert de Wascoil oveques,
Cil qui Gisorz prendre laissa.
Onques puis li rois ne cessa;
Lors furent ses nés atornees
1170 E chargées e aprestees
E ses galees ensement.
Lors ni ot plus d'arestement :
En mer fist entrer le bamage
E s'amie, la preuz, la sage,
1 175 E sa sorur ovec s'amie«
E od cis grant chevalerie
Fist en un grant dromont porter
Por l'une l'autre conforter.
Ses dromonz fist mètre devant
1180 E sigler vers soleil levant;
Mais les enekes ne se murent,
Qui movanze isneles furent,
Devant que li reis ot mangië:
Ijores murent del tut rengië
11 85 Cil de Testoire merveilluse.
Ço fud la semaine penose
Que de Meschines mut Tesloirc
Al sueurs Deu e a sa ^oire.
Le mescredi de la semaine
1 190 Que Deus soffri travail e paine
Nus reconvenoil travaillier
E par peor e par veillier.
Si se pot Meschines vanter,
U Tem veit tantes nés hanter.
rol.i
Rid
laSid
BMtr
reoflvr
ROQCO
loin de
FU(
1 1 n3 verte — 1 1 95 e il — 1 1 98 H manqiu — 1 189 80r — 1 1 67 Lî reis — 1 1 /ig ele — 1 1 55 A •• m. '—
1 1 65 lors manqué — 1 1 G9 Lores — 1179 Lores — 1189 isnols
33
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
3&
ption de
d de Mes-
Chypre.
rtrwa Ai
Il . XlTIl.
1 190 Conques nul jor qu'il ajorna
Si riche estoire n'eu torna.
Ucstoire ala tote rengiee
Vers la terre Deu laidengee
Par mi le Far dreit al palacre
1300 De Tautre mer, al chemin d'Acre.
F^s dromonz alames ateindre :
Lors veimes le vent remaindre ,
Si que li reis volt retorner.
La nuit nos covint sujorner,
1100 Ou nos pesast ou nos fust bel,
Entre Kalabre e Mont Gibel.
Le jur del juesdi absolu
Cil qui nos ot le vent tolu
E qui puet tolir e doner
laio Le nos fist bien rabandoner,
• E tote jor le nus presta ;
Mais fiebles fud, si s'aresta
La riche estoire, Tenoree.
Le jur de la croiz auree
laiS Nos rencontra uns venz contraires
As senestres près de Viaires.
La mer parfonde se trobla ,
Li venz fu forz, qui la dobla.
Grant iert la plaie al reploiant;
laao Si n'aiioms fors desvoianL
Pour eûmes e mesaise ,
Bûche e cuer e leste malveisse;
Mais tut iço que nos suiTrimes
Mult volentiers le sustenimes :
M. 10 a. 1395 Bien le deumes sustenir
For celui qui deigna venir
A icet jor a passion
E por nostre rédemption^
Forz fud li venz qui nos cuita
1 33o De si qu'ai seir qu'il anuita :
Lors eûmes vent apaisié
E bien portant e aaisîé.
Li reis Richarz fist grant proesce:
Toz jorz ot il cuer en vistece.
ia35 Par nuit aveit acostumë
Qu'en sa nef aveit alumé
Un grant cirge en une lanterne.
Qui mult getoit clere luserne;
Tote nuit ardoit Cotes veies
13/^10 Por mustrer as autres les veies :
0 lui aveit bons mariners,
Preuz e seurs de lor mesters;
Al feu le roi tuit se traiouent
E bien près tut tens le veoient,
13^5 Ë se l'estoire aillors (endeit
E il franchement Tatendeit :
Ausi menoit l'estoire fiere
Com la geline pociniere
Maine ses pocins en pasture;
ia5o Ço estoit proesce e nature.
La nuit siglames a bandon
E sanz tristur e senz gaudon.
El demain la vigilie haute
Nus remena Deus sanz défaite,
1 a 55 La nuit tute ausi sanz sujor
De la grant Pasche e tut le jor.
Treis jorz erra tote esleissiee
L'estoire senz veille abaissiee :
Devant siglot li reis meismes.
1360 Le mecresdi Crète veimes;
La torna li reis d'Engletere
Encoste Tille près de terre;
Illoc jut e l'estoire oveques;
Mais vint e cinc de noz eneques
1365 Icele nuit nos deperdirent.
Si que le rei tut irië firent,
E mult en fud il coreciez.
Al matin mut sigles dresciez
Vers Rodes le joesdi après,
1370 Une autre isle de celé près.
Fol. 10 b.
Richard côtoie
itlc (!cCrèU>.
Arrivai Rbodos.
1198 deu tôle i. — 1 aoo Daulre m. — 1 aoa Lores — 1 ao3 vell — 1 ao5 Bsl b. — 1 a 1 o bien manque —
191 5 recontra — isSi Lores — 198 a aisie — 1935 costume — 1989 tote — i9/i5 Ese^loire — i953 vilgiiic.
— 1955 (ut
35
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
36
Rholes.
Granz fu ii veut e haute Tonde;
Si lost corne vole une aronde
S'en va la nef le mast ploiant.
L'isie de Rodes costeiant
li-jb Nus mena Deus grant aleure
Od merveilluse sigleure,
Qu'il iert semblant qu il lui plaiseit
La veie que sa gent faiseit;
E errâmes, ço fud la voire,
laSo Mult tost de ci qu'a la nuit noire;
Ë el matin nos cnbatismes
En uns deslreiz, si abatismes
Nos (res, si fumes hors de painc,
Sujornant jusque diemaine,
ia85 E le matin fumes a Rodes,
La citié u fud nez Herodes.
DcscripUon de Rodes fud Une grant citié
Anciene deantiquitid,
Autresi grant près corne Rome;
1290 A peine savreit hom la some,
Kar tant i ad maisons guastees
E murs e turs agraventees.
Fol. 10 c. E tant moslers qui encor durent,
De la plenté de gent qui furent
jQQo Par (anz anz e par tanz aages
E par tanz divers seignorages.
Que nus hom ne poreit nombrer.
Qu'il n'eusl grant a descombrier,
Ne la grandor ne k noblescc
i3oo Qui est chaeite par viellescev
E neporquant illoc maneient
Gent qui vitaille nos vendeientv
Riciiarj ma- E por Qo que lî reis esteit
Malades, e lui mesesteit,
]3o5 Nos covint a Rodes atendre.
Cil fist e eoquere e aprendre
Ou ses nés estaient alees,
E si atendeit ses gualees
ladf à Rhodes.
Qui lui siveient terre a terre;
idio E si enquist c fist enquerrc
Del tirant qui Cipre teneit.
Qui les pèlerins reteneit
Dis jorz a Rodes sujomames,
E après quant nos en tornames,
s3i5 Le premier jor de mai sanz dote
Fud quant Testoire eissi en rote
De Rodes a veille levée,
Dreit al gofre de Sartalee,
Qui est un trop dotos trespas,
iSao N'ad plus dotos en toz les pas :
De quatre mer» est la bataille.
Dont chescone l'autre travaille.
El gofre devions entrer,
Quant uns venz nos vint encontrer
i3a5 Qui nos remena la vespree
La dont Testoire esteit entrée.
Li venz revint qui sovent change ,
Si nos refisl plus curteis change,
Derieres vint, si nos bota
i33o Si tost que chescons le dota
Por le gofre ou nos estions.
Dont mutes peors avions.
La nief le rei esteit première ,
Qui toz jors en iert custumere.
i335 Li rois esguarde en haute mer.
Si i vit une boce errer
Qui de Sulie reveneit;
E il a cui al cuer teneit
S'i fist adrescier por enquere
i3/io Novelesdela seinte terre;
E cil distrent «que sanz dotance
I esteit ja li reis de France ,
Qui devant Acre Fatendeit,
E qui chescon jur entendeit
i3â5 A feire engins por quei fust prise.
Li reis Richarz une autre emprise
ÇÊnRp H, nr
1191).
Tempête di
fe golfe de Si
Ue.
Fui. tod.
UidiMd a
preod TarriT
d« Philippe
Acre.
1976 merueillufl — 1 sSa un — 1 a8/i dimaine — 1 â86 li eredes — 1 989 oom — 1 993 encore — 1 996 qui i
— i3oo cbiete-^ i3o6 le premier c tnanque — 1819 Le gofre qui eittun d. — i39a T manque ^^ 1896 leitoir
csloire e. — i335 eflguarda -* i336 i manque — iHhô un.
37
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
38
rd arrive
e, ov il
iMraret
1« mx.
nératioo
ulbean
Kims ra
I. 1 1 a.
• pir tn
Mi.
Aveit ja dedenz sa pensée.
Eht vos la nef oltre passée,
E li reis ai vent estriva
i35o Tant que Dampnedeus Tariva
Devant Cypre près de la terre
Que Dampnedeus ii fistconquere,
E trova sa sorur illoques
E sa gent e s'amie oveques.
i355 Oiez , seignurs : tantes enjures
Ë tantes granz mésaventures,
Tanz destorbiers, tantes ententes,
Tanz délais e tantes atentes,
Tantes paines, tani desirers,
i36o Tanz assauz e tanz encombriers
Ot celé terre de Sulie
Ainz qu'el peust aver aie I
Grant doel fud a oes de Tovraine
De l'empereur d'Alemaine
i365 Qui si i aloit hautement,
Qui morut si sodeement.
Grant enjure ot la seinte terre
En la mort le rei d'Engletere,
Henri le bon qui tant saveit,
1370 E qui si grant aveir aveit,
Dont la terre fust sustenue
E la citië de Sur tenue.
Trop mesavint al seint reaime
En la mort le bon rei Guillame,
1375 Qui meinte foiz la succurut,
Si fud grant doel quant il munit.
Mult ot li règnes escheeites
D'ensi mescheanz mescbeeites;
Mais rien ne Taveit tant gr^ee,
i38o Destorbee ne delaiee
Cum un ille près de Sulie :
Ço estoit Cipre la bien garnie,
Qui mult la soleit sostenir
E lors n'en osoit riens venir;
i385 Ke il i maneit un tirant
Qui mult aloit a mal tirant,
Plus traiter e plus félon
De Judas ou de Guenelon.
De Salahadin iert privez ,
1390 E cristiens ot eschivez,
E si diseit Tem sanz dotance
Qu'il aveient por aliance
Li uns de l'autre sanc beu,
E si fud puis de veir seu.
iSgS Issi se fist empereur,
Nel fist pas, mais empeireur:
Car sei meismes empeirot;
Onques qu^il peust ne finot
De mal faire e de porchacer
i/ioo E des cristiens Deu chacier.
Illoc ot trois nés pecheiees
Dei rei Richard, de ses maisnees.
Cil qui estorstrent del péril ,
Qui erent tome a essil,
i6o5 A icels fist lor armes rendre.
Puis les fist il trair e prendre,
Por ço qu'il lur asseura
La seurté ki poi durra,
Kar assaillir les fist aneire
1610 Cil qui point ne fesoit a creire;
Mais cil si bien se défendirent
Que lor maltalenz lor vendirent
Od seul treis ares que il aveient.
Dont li Grifon mot ne sa voient.
16 15 La ert Rodiers de Herdecort,
Compainz ie rei e de sa cort,
Ki sur une ywe reereue
I ot tost lor gent descreue;
E Guillames del Bois Normant,
thûo Li bons archiers, aloit traiant,
Fol. 1 1 b.
Itùurmium Bi-
coréi, II , XXX.
Naufrage el
aveDtore de Ro-
dier d*Hareoaii
et de Gaillamne
du Bois • Nor-
mand.
1368 nef ja 0. — i35o Dampneus — i358 E tanz — i36o e nwn^ — iSôa eie — i363 tel oueraine
— i365 i manque — 1376 surcurnt — 1377 mesdieeites — 1879 gn^giee — i38& iores — 1898 Loos —
1896 empereur — 1899 de manque — 1609 des ses m. — iÂo3 estordirent— lAoSarnes — 1606 il mon^
— 1Â08 aeinle •— lAio acreoire — làii cil qui si -— 1&18 qoil — i4i5 foèn
8.
39
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
AO
Itinerar'mm Pti-
tardif II, mu.
La sœur et la
fiancée de Ri-
rhard sont en
iluugpr d'èlre
prist s.
Fol. 1 1 c.
Richard Teat
négocier avec
l'empereur de
Chypre.
Qui fcrcit devant e derierc,
Si ert plus crcmuz que n'est pcriere. .
Si que veiant cels s'en alerent,
Jusqu as dromonz ki al port ercnt
i/ia5 Ou la reine csloit venue.
La ot grant bataille tenue;
Mais bien le firent li prison.
Quant li reis sot la mesprison,
Qui s*esteit al port arcstcz
i/î3o U ses homes sot tempestez,
Vit le dromonl de sa sorur
Qui Tateudeit en grant freor,
Vit la rive tote coverte
De la grezescbe gent colverle,
i/i35 Peors Sarazins ne voltquerre :
Si se fist treire vers la terre
Que li tiranz quida défendre,
Qui le preu rei n'osa a tendre.
Par un lundi la matinée
\f\ho Âveit Deus Tovre destinée
Qu'il Yoleit que li rois feist,
E que les perilliez queist^
E que sa suror delivrast,
E que s'amie aillors menast.
i'i/î5 Chascone haeitla jornee
Que ele esteit iloc tornee,
Car Tempereres les eust
Ambesdous prises s'il peusl.
Le port que li reis voleit prendre,
i^t5o Assez fud qui lui volt défendre;
Kar l'empereres i esteit,
Qui desor la rive s'esleit
Od taut de gent comm pot mander
Par avcir e par comander.
i'i55 E li reis prist un messagier,
Si le fist a tere nagier,
A l'empereur l'envoia
E corteisement lui proia
Qu'il rendist l'aveir as prisons,
i/î()o E adresçast les mesprisons
Qu'il ot faites as pèlerins,
Dont fist plorer moins orphenins.
Cil ot escbar del messagier
Si grant jusqu'à sei enragier,
i/t65 Si ne pot pas atemprer s'ire,
Ainz dist al messagier : «c Tproupt, sire I » iMpo«i
N'onques plus bel ne volt respondre, mr.
Ainz comença d'eschar a grondre.
Cil mut ariere isnelement,
1^70 Si redist al rei bêlement ;
Le rei oi le mot huntus,
Si dist a ses genz : cr Armez vus!?)
E il si firent erralmenf , Pol. 1 1 à
E si ni mistrent pas grantment.
1670 Esbargetes de lor enekes
Les covint mètre armez illoques.
La entra des bons chevalers
E de hardiz arbalestiers;
E cil ravoient arbalestes
1680 E lor genz as rivages prestes,
E si aveient cinc galees
Qui esteient lofes armées;
Mais quant virent noz armeures,
Poi furent puis lor genz seures.
i/i85 En la vile de Limeçon, nidwrdait
Ou mut Tassait e la tençon,
N'aveil remis huis ne feneslre
Ne riens que nuisance puise cstre,
Tunel ne tone, escu ne large,
1^90 Ne vielz galee ne vielz barge.
Ne fust ne planche ne degré,
Qu'il i aportoient de gré.
Qu'il u'adresçassent el rivage
Por faire as pèlerins damage;
LimiM).
i/iaa q. niert pcriee — xU^Z pliuieur$ vers onii$ — ^ ikûk Juâquas porz — ihSo set t. — iâ35 vdl —
i/tdS Que, pr. le r. — ihhb haiel — ihkô Qucle — 1/1A9 iielt — t/i5o velt — i&5i sor — i&6s meînt
— 1 466 Irop — 1 Û67 velt — 1^75 En b. — 1678 arblastiers — 1 '479 arblastes — 1489 Tone ne lunel
Ai
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
hi
thf)o ¥j il tut arme par la rive,
Sorquidë plus que gent qui vive,
Od penoncels e od banieres,
De cbiers dras e d^eograines chieres,
Sor grant chevals forz e isnels
iSoo E sor granz muls puissanz e bels ,
Cunie chiens lorcs nus huèrent :
Mais lor orgoil tosl lor muèrent.
Muit avions mal giu parti,
Que erioms de mer parti,
i5o5 E estioms mis es bargetles
Qui estient muit pefitettes,
Tôt estordi des granz torinenz
E desboslië des croillcmenz,
I. lû a. E de noz armes tut chargië,
i3io E si estoit chescons a pie;
E cil esteient en lor terre;
Mais nos savions plus de guerre.
Nostre arbaleslier assaillirent,
Si i ot tels qui pas ne faillirent :
i5i5 As galioz tresfrent avant
Qui de guerre erent non savant;
Tant les blecerent e nafrerent
En lor galees ou il erent
Qu en mer sallouent quatre e quatre.
i5ao Lors veissiez Tun l'autre abatre;
Puis furent lor galees prises
E ovec noz eueques mises.
Treslrent archer espesement
E arbalestier ensement;
iSao As Grius firent estai muer.
Lors oisiez noz genz huer
Com il nos aveient huë
Ainz que nos fuisoms remue.
De deus parz trestrent e lancèrent,
i53o E li nageur s'avancèrent,
E quarel e pilet ploveient
De quel part que il se moveient.
Tote la rive e le rivage
lert pleine de la gent salvage :
i535 La veissiez hardie emprise
E gent de guerre bien aprise;
E quant li reis vit estriver
Ses conpaignons por ariver,
De sa bargele en mer sailli
i56o E vint as Grius, sis assailli;
E tuit li autre après saillirent,
E li Grifon se défendirent,
E cil les alerent ferant
Par le rivage ç comqueranl.
i5/i5 La veissiez quarels voler
E Grius morir e afoler;
En la vile les embatirent
E hurterent e abatirent :
€ome leon les requereicnt,
i55o Es cors e es chevals fereient.
Devant la vaillant gent latine
S'en fuient li Griu e Termine :
De si qu'as champs les enchacerent
Si durement qu'il en chaccrent
i555 L'empereor qui s'en fui;
E li reis l'a tant pofôivi
Que il gaigna erralment
Ne sai ou roncin ou jument.
Un sac trossé detriës la sele,
i56o Si aveit estrius de cordele.
De terre en la sele sailli;
Al faus empereur failli
Dist : rrL'emperere! vien, si joslel??
Mais il n'aveit cure de joslc.
i565 Li reis la nuit sanz plus targer
Fist tanz de chevalz descharger
Cum enz es eneques avoit.
L'empereres mot ne savoit
Qu'il en cust nul amène.
1570 Li cheval furent démené,
fol. 1 2 6.
Victoire (l«lli-
chanl cl fuite de
l'empereur.
itiitamriutM Hi-
cardif H, ixuii.
Ricbani, après
avoir recneiili l«
hutiii , M met à
la poursuite 'i!c
IVmporenr.
1 696 que v. — 1 '198 e manque — 1 5oo muit — 1 5o 1 Cum — 1 5o9 o. ncl. — 1 507 de — 1 5 1 3 arblaslier
— i5a4 arblastcr — t5a5 furent — i5«6 Lores — i5a7 Kcr — i5a8 nos tnanque — i53i pioucnt —
1339 Large — 15/19 C®™ — *^^7 Q"il — *^^^ chaqjor
/i3
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
&&
Car il crent lut engurdi
E deboistié e esturdi
D'un mois qu'orent en mer esté
E sanz jesir loz jorz esté.
1575 Sanz plus de sejor qu'il eussent,
Que par raison aveir deussent,
I monta li reis el demain ,
Ki la chose aveit prise en main.
Illooc en une olivereie,
i58o Assez près dejoste une voie,
Fol. ij c. Aveit de Grius od lur baneres
E od penunceis de manières;
Ë li reis les en fist chacier :
El chief se mist Tclme d'acier,
i585 E les sivi gi*ant aleure.
La veissiez preuz gent seurel
Cil devant bien les enchacerent :
Cil fuirent e cil chacerent,
Tant que noz genz les granz ostz virent ;
1590 Cil chacerent e cil fuirent,
E il donques si s'areslerent;
Cist chacerent e cil huèrent,
E tel noise e tel cri i firent '
(Ço contèrent cil qui Foirent)
1596 Que Tempereres de sa tente
Les oi, a la meie entente.
De pius de mi liuue de terre.
Illoc s'ert retraiz por la guerre,
La aveit digne e dormi,
1 600 Mais forment furent estormi.
Lors monta e ses genz montèrent
E les montaignes sormonterent,
Por veer que lur gent fereient,
Que riens fors traire ne savoient:
i6o5 Toz jorz tornoent e huoent,
E noz genz ne se remuoent.
La vint ai rei uns clers armez,
Huge de la Mare ert nomez,
1 57 1 desgurdi — 1 879 oliuerie — 1 586 se manque —
— 1698 sesl — i6o3.freieDt — 1606 remouenl — 1607
— 1635 c. hobc sor ia iouc — i638 e manque
Qui par conseil lui ala dire
1610 E lui dist : (r Alez vos en, sire :
(rll ont grant gent a desmesure. 1»
(T Sire clers, de vostre escripture,?»
Dist li reis, <rvos entremetez,
«E de la presse vos jetez;
161 5 c( Laissiez nos la chevalerie,
crPor Deu e por seinte Marie I^
E cil e autre lui disoient
Por la grant gent que il veoient,
N'il n'erent pas plus de quarante
1630 Chevaliers, ou al plus cinquante,
Ovec le roi a icele hore;
E li preuz reis lor corut sore,
Qu aine plus n'i ala atendant :
Plus tost c'une foudre fondant,
16a 5 Joint com hoberels sor Taloue
(Qui la pointe veit, muit ia loue),
S'i feri très parmi la presse
De la greszesche gent engresse,
Si que toz les descuureia
i63o A force, e tels les conreia
C'uns a autre ne se teneit,
Demenlers que sa gent veneit;
E des que il crurent e il vindrent,
Tant en oscistrent et retindrent,
i635 Sanz cels qui fuirent a honte,
Que nuls ne soit des morz le conte;
Car cil qui avoient chevak
S'en fuirent e monz e vak,
E la gent de pié, la menue,
1660 Fud tote morte ou retenue.
Fort fu li estorz e pesanz :
Tant veissiez chevals gisanz,
Haubers e espees e lances
Ë penoncels e conisances :
16&5 Trebuchoent cheval e some.
L'emperere vit que si home
i586 geni e seure — i588 fuient — 1898 i mtmqut
V. a lai — 1618 qui! — 16a a cori — i6a/i fendant
Fol. 19 (f.
Nottxelle
toiredeRkb
hô
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
h6
i3 a.
cdaraicp
Noz genz ne sofferreient mie,
E toz jorz cresoit nostre aie ,
Si s'en fui a ia montaine
i65o E sa gent hermine e grifaine :
A plein lor leissouent la terre.
Quant Richarz , li reis d'Engleterre ,
Aparçut que il s'en fuieient
E que lor gent lor guerpisoient,
1 655 Celui qui portoit la baniere
L'empereur en tel manière
Feri li reis qu'il gaigna
La baniere, e si comanda
Que ele fust mult bien guardee.
1660 Lors vit lor gent si reusee
E fuir s'en come tempeste,
àSang^ent meint cors e meinte teste,
E qu il n'en feist mes nul sivre ,
Car nés peust pas aconsivre
iG65 E que dous liues iert durez
L'enchauz de noz Francs adurez.
Si s'en revint son petit pas,
Mais serjant ne finouent pas,
Ainçois pristrent de la vessele
1670 Tant, d'or et d'argent, riche e bêle,
Que li emperere ot laissiee
La ou sa tente fud fichée,
Son hemeis e son lit demeine,
E dras de seie e dras en graine,
1675 E chevals e muls si chargiez
Come si ço fust uns marchiez,
Haubers e helmes e espees
Que li Grifon eurent getees.
Bues e vaches e pors e chievres,
1680 Trop isneles e trop enrievres.
Notons e berbiz e aigneis,
Iwes e polaips gras e biaos.
Chapons e gelines e cos
E cras muiez chargiez les dos
i685 De bones coites bien parpoinles
E de robes bêles e ceintes,
E bons chevals qui plus valeient
Que li nostre qui las esteient;
E si pristrent son drugeman ,
1690 Que jo oi apeler Johan,
E tanz (irifons e tanz Hermins
Qu'il encombroient les chemins,
Tanz bons vins e tante vitaiile
Que nuls n'en set conte ne taille;
1695 E li reis fist un ban crier
Que sauf venir e sauf aler
Peussent les genz de la terre ,
Tut cil qui ne voleient guerre,
E cil qui la pais ne voloient
1700 Pais netriuues de lui n'avreient.
Le samedi de la semaine
Que li Grifon orent tel paioe
Vint a Limeçon treis galees
Ki de Cipre esteient tornees,
1705 U li reis de Jérusalem
Esteit, ke mult esgarda l'em.
C'iert li reis Guis de Lizegnan
Qui ot tante peine e ahan
Por la terre Deu sustenir
1710 Ke il l'en conveneit venir;
Car li reis de France voleit.
Dont li cuers del cors lui doleit,
A sa persone tant mesfaire
Qu'il voleit del marchis rei faire;
1715 E por ço guerpi ot la terre
E veneit al rei d'Engletere,
Qu'il len aidast a meintenir.
Li reis ama mult son venir
E si ala encontre aneire;
1790 E si poei saveir e creire
Qu'il le reçut o bon curage,
Car il ert de mult grant lignage
Fol. 1 3 6.
Itinerarium lii-
'urdif U, tlXiT.
Arrivée h Chy-
pre do roi Gai de
16&7 aofireient — i653 qail — i656 Leaiperur en lel€ — iC5^ si qail — 1660 Lores — 1671 leinpemir
— 1675 E man^ — i676Goai — 1680 ûtoeb — i685 E b. c. bones p. — 1693 Et. — 1700 aaereient —
1708 Yindrent — 1706 ki — 1710 Kil — 1718 cors de lui — 1716 ot man^€
hl
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
&8
E hautement enparentez .
Qu'iloc esteit ses parcnlcz,
Fol. i3 c. 1735 Si uert il mie aparissant
Que de petit fusent eissant.
Li rois lui fist joie plenere
E lionor en meinte manière
E lui (lona de son avoir
1730 (Si fist corteisie e savoir),
Que Tem preisa deus mile mars
(Ço ne fu mie dons eschars),
E vint copes de son trésor,
Si furent les deus de fin or.
/ftwfvfmm y.i- 1735 E Tendemain la matinée
Noces de iii- 1^* "d la damoiseie csposee
.Lara ei .le Bé- £ corunoe a Limeçon ,
La bele, od la clore façon,
La plus sage feme a devise
i-jho Que Tem trovast en nule guise.
Eth vos que li reis fud en glorie
E en joie de sa vittorie,
E de ço qu'il s'icrl mariez
A celé cui il s'iert fiez.
Arritéidrtjja- ï-fhô Eth VOS scs gualces veuucs,
ièrcs du roi. /-v «j •* x x 4 J
Que li aveit tant atendues :
Si bien armées e guarnies.
Ne veimes tels en iioz vies;
Les cinc ovec acompaigniees,
1750 Qui illoc furent guaiguees :
Od les autres de par les porz,
Dont il ot puis toz les desporz.
En ol armées bien quarante ,
Qui d'autres valoienl cinquante;
1755 Dont puis prist la nef merveillose
Ou tant ot gent bataillerose
Qui furent a uit cent esmé,
Turc e Persant, non pas cresmë;
Sin fud li reis plus esbaudiz
17 Go Sor Grius e sor Hermins maudiz.
Lors fist son ost apariller
E ses guaites par nuit veiller
Por aler l'empereur quere
E prendre le en mi sa terre.
1765 Après celé descomfiture
U li Greu eurent tel iaidure
lert l'emperere a Nicosie ,
E il e sa grant conpainie,
Irriez, dolenz e esperduz
1770 De ses homes qu'il ot perduz,
E qu'il aveit esté chaciez :
De ço n'estoit pas solaciez;
Mais trop hiert haiz en sa terre ,
Si cremoit le rei d'Engletere,
1775 E lors lui manda parlement
Por faire lui adrescement,
E lui manda qu'a lui vendreit
E que liante li tendreit
E menreit en sa compaignie
1780 Cinc cenz homes jusqu'en Sulie,
Tôt a cheval al Deu servise,
E fereit tut a sa devise;
E si fud en la covenance,
Que li reis ne fusten dotance,
1785 Ses chastels a baillier en guages
E toz ses riches héritages,
E por les pertes de sa gent
Trei mile cinc cent mars d'argent,
E s'il le servisl adecertes
1790 Si reustsa terre en désertes.
Li reis graa le parlement
£ l'empereres ensement.
Le parlement aterminerent
D'ambes parz e aine ne finerent;
1795 Si fud en une figueroie
Entre la- marine c la voie
Fd. i3i.
OirBy II, I
Ncgodi
d« rcap
■wc Biduir
Foi. ifi «•
173'! Qui e iloc esteit aparentez — 1736 Co erenl li mieles — 17^3 A celé quil sert — 17/i/i E déco quii
— 17/46 Qui! — 17/18 vit lem — 1761 Lores — 1763 lemperur — 1765 icele — 1767 iempereres —
1768 grant tnauque — 1769 L éd. — 1775 lores — 1779 menereit — 178a freit — 1790 ses terres —
179") fijiiroic
49
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
50
rd eoo-
De Limeçon, si com me semble,
E les sues iloc ensemble,
E furent les choses retraites
1800 Assez mielz que ne furent faites.
Li reîs apela ses maisnees
E de ses genz plus enraisneës;
Lors dist a cels qui 0 li erent,
Qui tele pais mult désirèrent :
i8o5 trSeignors, vos estes ma main destre:
ffVeez si ceste pais puet estre;
r Gardez que vostre henors i gise
rE que ja de rien n'i desfise;
rr Car s'el vos plaist el sera faite,
1810 ffU remise s'el vos deshaite.^»
ffSire,^ distrent, (tele nos grée,
. (tE tel pais nos est honorée. «
Arieres sunt tost revenu
E furent a la pais tenu ,
i8i5 E Tempereres eralment
Jura al rei le sairement
E Ten asseura illoques
E Ten baisa a fei oveques;
E li reis s'en revint a Tost
1890 Qui près esteit, si i fud tost.
lA>rs comanda sanz plus atentes
Que Tem charjast treis riches tentes,
Qu il prist od la desconfiture
Des Grifons de maie nature
1895 (L'empereur furent demaine
E si esteient de fustaine),
E riche vaissele a plenté;
Si Tenveia par grant chierté
A Tempereur, qui fist prendre
'0L16 6. i83o La veisseie, e les tentes rendre
En icele place meismes
Del parlement dont nos deimes.
En celé meimes vespree
tperrarde
et le roi
i fAot U
' U. ttlTIlL
Que celé pais fud atempree
i835 Aveit ovec l'empereur
Un chevalier encuseur :
Paien de Chaiphas ot non;
Faus iert e fel plus d'un gaignon.
Cil fist l'empereur entendre
i8âo Que li reis le volt faire prendre;
Mais mençonge li fist acroire.
E li empercres aneire
Munta en un cheval isnel
Que il apelouent Fauvel.
18&5 Sor Fauvel s'en toma fuiant
Cum se il s'alast deduiant, .
E leissa i hemès e tentes,
Si com hom qui pert ses ententes,
E deus destriers ignels e forz,
i85o E n errot a grant efforz.
Li rois sot qu'il en iert fuiz,
Si ne volt pas qu'il fust siviz,
Car ne voleit la triuue enfraindre,
Ni chevals n'i peust ataindre. ^
t855 Mais quant il vit de lui la fuite,
Nel volt pas del tôt clamer quite ,
Sil cercha par mer e par terre
E mult s'entremist de lui querre.
Ses gualees par nuit s'esmurent :
1860 Par tens a Fomagoce furent;
Il meismes s'i ala mètre,
Car mult s'en voleit entremetre.
Al rei de Jérusalem dist
Que par terre le conduisist,
1 865 E qu'il sivist l'empereur.
Son parjure, son traiter,
Saveir si ja meis fust vcui.
Li reis Guis s'est lors esmeuz:
A Fomagoce la citië
1870 Vint en treis jorz por vérité,
L*emperear ,
cooMilH par
Paien de Caï-
pba^ f s^anfoit k
Ftmagonite.
Hidiard va par
mer k Fama-
gousle tt y en-
vola par ierrv le
roi Gui.
Fol. 1 h c.
1797 come — 1809 sele, de — 1810 sele — 1819 tele — 1817 E le a. — 1890 imanque-^ 1891 Lores
— 1894 De grifon — i8a5 Lempenir — 1897 v. e • — 1899 lemperur quil feût — 1 833 icele — 1889 lem-
pemr — iHho uelt, peodre — 18/19 Icmpereres — 18A/1 Quil — 1866 sil — i859 uelt — i856 Si nel oeil
— 1 859 par la nuit — 1 860 E par — 1 8G 1 i manqw — s 869 se v. — 1 868 lores
51
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
53
L^é^éque d«
Dreux de Mello
viennenl presser
Richard de se
rendre h Saint-
Jpsn-d'Acrr.
Fol. th fi
UicUanl luar-
clie far Nicosie.
Dont les genz s^en erent alees.
La vint li reis o ses gualees;
A ses gualees fist guaiter
Toz les porz e eschelgaitier,
1870 Que cil aler ne s'en peust
Par mer qu'encontre ni eusl;
E furent par treis jorz ilioques
Puis qu'il partirent des enekes.
Illoc en celé demorance
1880 Vindrentdou messagierde France,
Dreuc de Meslo, ço me semble,
L'evesque de Biavez ensemble.
Qui veneient haster le rei
Ë le hastouent a desrei
]885 Dealer a Acre isnelement;
Car li reis de France allrement
N'assaudreit ja en nul endreit
Devant ço que il i vendreit.
Mult Tanguisserent e hasterent,
1890 E en bastant le ramponerent,
Tant que li reis se coreça
E les surcilz amont drcsça,
E i ot tels paroles dites
Qui ne deivent pas e,slre escrites.
1890 Mais cil por nient le bastouent,
Les paroles en vain guastoucut,
Car li reis s'estcit mult bastez,
E si aveit les Grius tastez
Que ne besoignasl a Sulie,
1900 Por demi Taveir de Rossie,
Que Cypre ne fust sa sojette,
Isie qui tant viande jette,
N'il ne la deignast pas sanz prise
Laissier devant qu'il Teust prise.
1905 Por ço cil baster le veneient,
Qui en grant estai Ten teneient.
Anccis mut donc 0 s'ost banie
A aler dreit vers Nicosie.
La porta cbcscon sa vitaille
1910 E tôt son conrei de bataille;
Kar i'empereres le guaitot.
Qui près d*iloc se recetot.
Li reis fcsoit la guarde riere
Qu'il ni perdissent par derierci
1915 E l'empereres soudement
Sailli de son enbucbement,
E bien set cent de sa maisnee.
Qui coardise avoit feisnee :
A l'avant garde alerent traire 9
1930 E il lo^ leisserent atraire.
L'emperere vint costeiant,
Com Turcoples en berdeiant,
Tant qu'il vint a la rierc garde.
Dont li rois Ricbarz esteit guarde,
1920 E cil Iraist a lui dous saietes
Entucbiees en desbeites.
Lors poinst li reis, si desrenga,
E por un poi ne se venga
De l'empereur sanz buntez;
1980 Mais il ert en Fauvel montez,
Ki le portot de tel randon
Cume cerf qui curt a bandon
Dreit a son chastel a Candairc,
Tôt pleins de doel e de contraire.
1935 Li reis torna vers Nicosie,
Quant il vit que nel prendreit mie;
Mais noz genz eurent gaaignië
De bons chevals, e mahaignié
Des Grifons 0 pris a pientë ,
19/io Qui trop aveient l'ost tenté.
Après le roi tindrent la rote,
Si n'orent puis guarde ne dote.
A Nicosie al matin vindrent;
Onques li burgeis ne se tindrent :
igiib De totes pars al rei veneient
E a dreit seignor le teneient*
Com
Fol. i
L'en
réfogii
daira.
Ricb
Nicosie
1881 E dreu — 1888 quil — 1893 teles — 1901 soetle — 1907 sa baniere (re exponekié) -^^ 1910 E tôt
conrec — 1919 se manque — 1915 soadeemenl — 1937 Lores — 1938 p. quil ne — 1999 empernr —
1933 Cum — 1986 il tnofi^-^ 1989 e manque"^ i9'io aueit
53
L'ESTOiRE DE LA GUERRE SAINTE.
SA
1 . ixin.
. 1 5 6.
A lui s'en vindrent corn a père,
E il lor fist lor barbes rere.
Quant Temperere Toi dire,
igSo Si en ot tel doel e tel ire
lèoMn. Por poi que del sens n'enraja,
Ses genx e les noz damaja :
As suens qui se yenoient rendre
E as noz que il poeit prendre,
1955 Quant il les poeit alraper,
Faisoit ou piez ou poinz coper,
Oilz crever ou les nés trenchier,
Quant il ne se pot d*el vengier;
E li reis pemeit les bornages
i960 Des plus vaiilanz e des plus sages,
Qui volenters se retraouent
De l'empereur qu'il haouent.
mm m-. Li rois fist de Tost treis parties
Devisees e départies,
965 E fist treis chastels asegier,
da rU- Dont il ot ies deus de legier.
oQTut b L'une ost ala a Ebetines,
rnnpi^ Dqqj [\ Qi p^p tgijg leg saisines :
Li rois d'oltre mer l'en dona,
1970 Quil conduist bien e ramena.
Près del chastel fist l'ost armer.
Si l'asist par terre e par mer
E Tasaillirent durement:
Cil n'orent puint d'apuiement;
1975 Ne se poeient pas tenir,
Einz les estout a plait venir.
Le chastel rendirent afant
Al rei Guion le conbatanf
E la fille l'empereur,
1980 Dont il fud en si grant freur
Que onques puis n'ot sens ne saveir,
Por comfort qu'il peust avoir.
Li reis Guis fist nietre en la tur
Les banieres le rei entur
1985 E les guardes el chastel sus,
Puis mena l'ost a Didemus.
Didemus c'est un chastel forz,
Si ne fust ja pris par esforz;
Mais cil qui i furent envoie
1990 Esteient si estoteié
Por les noveles qu'il oieient
Qu'a mult grant peine se teneient;
Si eurent il plusors feiees
De granz pieres jus enveiees.
1995 Li chastels n'eust point de guarde,
Mais puor ot la gent coardc ;
E neporquant tauz jorz i sisl
Li reis Guis puis que il l'asist
Que lempereres le fisi rendre
aooo E ccis de haut a val descendre.
Quant se furent al rei renduz,
Si com jo ai les moz entenduz,
Li reis Guis en otja saisine;
Si comanda que la meschine
aoo5 Fust en la tur mult bien gardée,
Qu'ele ne peust estre emblée;
Puis si ramena s'ost ariere.
Mais mult trova la terre chiere.
Li reis Richarz a Nicosie
2010 Aveit geu de maladie.
Des que il se senti alegié
Si ad Bufevent asiegié ,
Un chastel fort a desmesure.
Orc oîez estrange aventure
201 5 De l'empereur recreu ,
A cui son pechië ot neu.
Dedenz Candaire s'enserra ,
Por sa honte son doel merra ;
Quant de Bufevent sot le siège,
aoao Lors fud ausi pris corne a piegc,
E sot que sa fille estoit prise
E en la tur d'un chastel mise.
Prise du châ
teaudeDidemu!».
Fol. l5 f.
Richard assic;;
Bufevent.
lÙHerarium Iti-
tardi, Il , il.
1954 quil— 1955 Quil — iQ^a empenir — «97^ E il — ^97^ csliicl — t979lemperiir — 1998 purqiiil
> 9001 il se — fi 030 Lores. a jnanfjufi — aoaa K qucn
h.
55
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
56
Fol. 1 5 ft.
L'empereur
vienlimplorerla
grAce de Richard.
Fol. iG a.
Itinermrium Ai-
etrdi, H, xu.
Qu'il ania plus que rien vivant,
Iço Tala mult avivant
aoa5 De fere pais a tel meschief
Com il poreit venir a chief.
Meschief fu ço trop maleeit
De itels chastels com il aveit
E de si faite manantise ,
ao3o Qu'il leissa par recreanlise;
Mais ço Taveit mort e pleisi($
Que luit li suen Torent laissié.
Faire Testut : plus n'atendi.
De Chandaire jus descendi,
ao35 Si s'ala al rei Richart rendre,
Dont ne se quidotpas défendre,
E li manda ainz qu il venisf
Que pitié de lui li preist,
E qu'en sa merci tulrendroit,
3o/io Si que riens ne lui remandreit,
Terre ne chastel ne maison ,
Mais por s'onur e por raison
Seul tant d'espairgne lui feist
Qu'en fers n'en liens nel meist :
3o45 Ne il nel iist, por cri de gent,
Ainz le mist en boies d'argent.
Devant le rei humiliant
Vint a geuoilz merci criant,
Ë li reis vit que ço ert a certes,
ao5o E vit ses meschiefs e ses pertes
E que Deus voleit cel affaire,
E cil qui nel poeit plus faire;
Lors volt celé ovraigne achever.
Si fist l'empereur lever
ao55 E dejoste lui aseeir,
Si li fist sa fille veeir.
Quant il la vit, si fud plus liez
Que s'il tenist Deu par les piez;
Cent foiz la baisa en plorant.
ao6o Que ireie joplus demurant?
9oa5 Tare — 3097 maleit — ao3o creantise
9o5i E tnanque — 9o53 Lores uelt c. oueraîgne —
on — 9087 lempenir — '3099 E por — 9097 se
En quinze jorz, que jo ne mente,
Puis que Deus i ot mis s'en tente,
Ot il Cipre sue quitee
Si qu'el fud de Frans habitée.
3o65 Quant li rois ot Cypre en demaine
Pris a oes Deu, a bone estraine,
Les chastels e les fermetez
Dont il ot les Grius ors getez.
Les tors trova totes guarnies
3070 De trésors e de mananties.
De poz d'argent e de chalderes
E de cuves granz e plenieres,
De copes d'or e d'escueles,
D'esperons, de frains c de seles,
3075 De riches pieres precioses
Contre enfermetë vertuuses.
De dras d'escharlete e de seie
(Ne vei tels en liu ou jo seie),
E de totes autres richesces
3080 Qui apartienenta hautesces:
Ço conquist le rei d'Engletere
A ues Deu, de mètre en sa terre.
A Limeçon l'ost envoia
E a ses compaignons proia
3o85 De son navire e d'els haster,
Sanz nule rien de tcns guaster,
E fist guarder l'empereur
Al rei Guion le poigneur;
E sa fille, qui mult ert bele
9090 E tosette jofne pucele,
Fist enveier a la reine
Por enseigner e por doctrine.
E donc s'en toma l'ost atant
Toi droit a l'estorie bâtant,
3095 Si s'atomcrent e chargèrent
E quant qu'il porent s'avancèrent :
Es enekes se recoillirent,
E siglerent quant lor tens virent ,
>
— 90Û3 cspaugne — aoho Nil — 90&9 vit matifuê — *
- 9069 d. mist — 9073 cunei — 9078 v. nab teb en noliii
manque
RidniUt
tre <ie Chi
foofie h Gi
gsrdeile Vi
RicharJ
faire k Lin
lesprëptrelit
il^ptrl.
ftimtnurnm
aar£, H,u
Fol. l(î
57
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
58
E les reines en menèrent
9100 E les dronionz que illoc errent;
E li reis leissa en la terre
Tels genz qui saveient de guerre,
Cels qui enveierent vitailles,
Orges, formenz, mutons, almailies,
9100 Dont la terre esteit bien garnie,
Ki granz lius tindrent en Sulie.
Eth vos noveles aportees
Par mer al rei e recontees,
Que la cilié d'Acre ert emprise
9110 A prendre, c qu'elesereit prise
Ançois qu'il i peust venir,
rja ne doie ice avenir, »
Dist il, ffque nul la peusse prendre
Sanz moi!)» Lors ne volt plus atendre
9110 Fors tant que compaignon venissent
Qui compaignic lui feissent.
Fors ne sai quanz s'en entremistrent.
A Fomagoce entra en mer
9190 E fist ses gualees armer;
Si s'en entra en une bêle,
Merveilles grant, fort e isnele.
De guallees si meneilluses
E de genz si bateilleruses
9195 N'ad suz ciel ne port ne entrée
Que mult n'en fust espoentce.
niquiue Eth vos les gualees meues.
Que totes erent esleues ,
. 1(5 c. Le rei devant, ço iert sa custume,
9i3o Sain e legier com une plume;
Si tost come correit uns cerfs
Traversa la mer en travers.
Ijores vit Margat, la costiere
De la terre Deu dreiturere,
9i35 E après Margat vit Tortuse
Qui resict sor mer turmentuse,
E Tripe e Infré e Botron
Trespassa tut en un randon ,
E après si vit Gibelet
9i/io E la tursus el chasfelet.
Devant Saete, enturBarut,
Une nef al rei aparut,
Plaine des genz Salahadin :
Chargie fud par Saffadin,
91 65 Qui Tôt des meillors Turs garnie
Qu'il pot trover en paenie.
En Acre ne porent torner.
Si n'orent fait fors retorner
Tant que il venissent en aise;
9i5o Mais lor entente fud maivaise.
Li rois fist sachier e empaindre
[Sa galee pur eus ateindrej;
La nef vit quant il Tôt atainte
Grant et large c de haute ateinte :
91 55 De Ireis hauz mastz esteit mastee.
Ne scmbloit pas ovre hastee.
De vert feutre l'orent coverte
De l'une part la gent culverte;
L'aulre costé rorent covert
2i6o D'un feutre jaune ii colvert.
La nef virent si acesmee
Com si ço fust ovre de fce,
E si plaine de guamesture
Que n'en iert nombre ne mesure;
91 65 Si reconta cil qui! saveit,
Ki a Barut este aveit
Quant celé nef i fud chargée
Qui a honte fud descbargee,
Qu'il vit porter cent chamelees
9170 De bones armes afilees.
Prise (fuD ua>
vire lare qui al-
lait an seooam
•PAcr*».
Fol. 1 G d.
9 io3 Ci! — 9107 Eihe — 9116 iores ne velt — 9 1 1 5 que ai c. — 9117 manqm un vers — 9 1 1 8 en manque
— 9i9'4 gent si combateillcruses — 9196 nentree — 9197 espontee — 9198 e. bien c. — 9i3i com corcil
— 91 33 Lore — 91 35 a. vit m. — 9137 E manqué — 9i44 saflaadin — 91 69 quil — 9i5i ataindn! —
91 59 ver$ cqouié par une main plue récente — ai 58 laulre — 9109-60 mtervertie — 9160 Dott encre —
9169 Come — 9 1 67 n. qui r. — 9 1 70 a. bien a.
59
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
AO
Arcs, pilez, quarels, arbalesles
A toi*z, ruelcs, a main prestes,
E uit cenz Turcs loz esleiiz
Que diable eurent esmeuz,
3175 E granl guamesture c vitaille
Qu'il n'en estuel conte ne taille,
E de feu grezeis en violes,
Tant qu'il en erent grauz paroles;
K si erent en la nef mises
a 180 Dous cenz serpenz laides e grises
(Ce conte l'estoire e la letre
E cil quis i aida a inetre),
Qu'il deurent leissier en l'ost currc
A la noslre gent faire encurre.
3 180 La gualee les aproça,
Si que près ne les atocha;
Li galiot les saluèrent,
Qui ne saveient qui il erent,
£ demandèrent dont venoient
3190 E de quel seignur il tenoient.
Cil eurent iatimer franccis,
Si distrent qu'il erent Engleis
E Yoleient aler a Sur.
Atant lor vint un vent d'Arsur
s 195 Quis esloigna de la gualee;
Uns galioz ot acertee
Fol. i-] o. La nef et cets qui enz estoient
Que voleuters d'eb partiroient.
Cil dist al roi : trSire, entendez,
2 300 rSi me desfaites ou pendez
r Se celé nef n'est nef des Turs. Jt
Li reis dist : <rEs tu en seurs?^)
rOil, sire, seurement.
r Envoez i delivrement
3 305 tr Après els une autre gualee,
(tE si ne seit pas saluée
ff Lor genz, si verez qu'il feront
crE de quel créance il seront. 1)
3171 arbelasles — 2179 A toz cnieles — 9178 toi
9188 quil — 319/1 uicnt — 3196 Qui les — 9197 laeni
— 33o8 quelc — 391 3 arblastes — 9994 Nil — 3336
Li reis comanda : cil alerent
3310 A cels, mais pas nés salueront,
E cil comencerent a traire,
Qui n'aveient a cels que faire.
D'arcs de Damas e d'aiiialesles.
Li reis fud près e ses genz prestes,
991 5 Qui durement les assaillirent
Quant a noz genz traire les virent;
E cil trop bien se defeudoient,
Descordoient e destendoient
Plus menu que ne vole gresle.
3 330 D'ambes parz eurent pelle mesle;
La nef errot de poi de vent
E il l'ateignoueut sovent,
Mais n'i osouent pas munter
Ne il nés poreut surmonter.
3395 Li rois jura illoc endreit
Son sairement que il pendreit
Les galioz s'il se laschoient
Ne se li Turc lor eschàpoient :
Cil saillirent come tempeste,
333o Si se plungierent cors e teste,
Par de soz la nef trespassereul
E repairerent e râlèrent :
As govemels iiierent cordes
De la nef as genz vils e ordes,
3335 Por els destorber e plaisier
E por la nef plus abaissier.
Tant rampèrent e s'avancèrent
Que dedenz la nef se lancèrent.
Cil les corurent detrenchier,
3360 Qui ne furent pas esclenchier:
En la nef a force montèrent
Cil qui de tel chose sage erent,
E il trenchouent piez e poinz,
E les grevouent en toz poinz.
9365 Li galiot les
De si qu'ai port les enchacierent;
fHonque — 3i83 deussent — 3 18A A la g. deu f. —
— 9901 Se«(n^ manqtient — 9309 est — 9907 fronl
qui! prendrcit — 3339 com — 3j'i5 les enchaccrenl
Fol. 1 7 h.
61
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
62
V, cil durement recovrerent,
Qui de la mort se redoterent :
Ë moniouent par establies,
3 9 00 Si corn els erent estabiies,
Noveles geuz mult bien armées
Darmeures trop acesmees:
D'ambes dous parz se combaloient
Si qu en la nef s'entrabaioient.
3955 Li Sarazin tant s'esforciereut
Que les gaiioz enchacierent.
Li galiot se recoillirent
Es galees, si rasaillirent;
E li reis lor dist qu'il hurtasseni
9'jGo La nef tant que il Tenfondrasent.
Cil s'esleisserent, si burferent
Tant quen plusorslius Tenfondrerent:
Par Tesfondre fud afondee.
Etb vos la bataille finee,
99C5 E Sarazins a défaillir
E dis e dis en mer saillir.
1 7 c. Chescons se penoit del tuer.
La veissiez fiers cops ruer
Que li reis Richarz i mot,
3970 E les ociet e tuot,
E en retint, ço m'est avis.
Trente e cinc qu'il fist guarder vis,
Admiralz e engineors
Qui saveient d'engins plusors,
9975 E li autre furent neië.
Turc e Persant e reneié.
Se fust en Acre la nef mise,
Ja meis ne fust la citië prise.
Tant eust porté de défense;
9980 Mais ço fist Dcus qui des suens pense,
E ii bons forz reis d'Engletere
Qui ert aventurus de guère.
Li Sarazin de la montaigne
Eurent veue cele ovraigne :
3985 A Salabadin le mandèrent,
Kar irid e dolent en erent.
Quant Salahadins Toi dire,
Treis feiz tira sa barbe d'ire;
Lors dist que persone esperdue :
3990 (tDeus! ore ai ge Acre perdue
ffE mes gcnz, dont jo ei*e asseur.
ffTrop m'avez doné mal eurli»
En l'ost des paens tel doel firent,
Ço contèrent cil qui ço virent,
3395 Que li Turc lor tresces trenchouenl
E lor vestemenz decirouent
Por ço qu'en la nef iert perie
Lor amor e lor seignorie.
Quant li reis ot la fort nef prise
33oo E a force la gent conquise,
A Acre esteit sis desiriers,
Si s'i traioit mult volenters,
Ses galies totes rengees
Qui de la nef s'erent vengées.
33o5 Si com il erroit e s'estoire
Li tramist Deus un vent de boire ;
Il haitiez e sa gent baitie
Jut devant Sor cele nuitie;
Al matin vit Gandalion
33 10 Le preuz reis, le quor de lion,
E trespassa Gasel Imbert.
Lors si vit Acre a descovert,
E la flur de la gent del monde
Seoir entur a la reonde,
33i5 E vit les puiz e les montaines
E les valees e les plaines
Covertes de très e de tentes
E de genz qui a lor ententes
Grevoient la eristientë,
9330 E si erent trop grant plentë;
Vit les tentes Saiahadin,
E les son frère Sapbadin ,
Doukur JoSn<
latljn.
Itiaertirmm lii-
titrdi, 111, 1.
ArriT«e tj« Ri-
chard k Acre.
Fol. 1 7 </.
33 5o eies des e. — 3353 dons «nm^w — si6o qui! e. — 9375 a. tare f. — 3379 de manqtu —
oueriigne — 3385 saladin — 3387 nladins — 3389 Lores *- 33o8 icele — sSis Lores —
del — 33i 7 C. des lurs c
• 3386 tele
33i3 Od,
63
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
6&
Fol. 1 8 n.
Itinergrimm /?i-
eardi, III, ii.
Niignifiquc ré-
rpplioD failc i
Ilichard.
Si près de nostrc osl crisliaue
Que trop Fempressoit la paainc;
23^5 E Qualiadin d'autre partie,
Li seneschals de paianie,
Gardoit la mariue e la terre
E près de Tost fesoit granl guerre,
Sovent lor feseit graiiz assalz,
933o E trop voienters grauz encbalz.
Li rois esguarda e servi l
E toz jorz porvit e porvit;
E quant il vint près del rivage,
La veissiez tôt le barnage
n335 De Tost après le rei de France
Venir encontre od dcsirance,
E mult ert gent encontre alee.
A terre ei3si de sa gualee;
La oissiez trompes tromper
i23/io Encontre Richart le nonper.
Tôt li poeples comunement
Fud liez de son avènement;
Mais li Turc qui dedenz Acre erent
De son venir s'espoenlerent,
i23/i3 E de ço qu'ot tantes gualees,
Car lors sorent qu'erent alees
Lor entrées e lor eissues,
Por quoi mult genz erent perdues.
Li dou rei s'entrccomvoierent
a35o E toz jorz s'entrecosteierent.
Le rei Richart vint a ses tentes,
E mist grant paine e granz ententes
Coment Acre sereit comquise
E com el sereit plus tost prise.
9355 Granz fu la joie e la noiz clere,
N'onques ne cuit que fiiz de mère
Veist si graul e dire Tost
Come Tom fist del rei en Tost.
Sonerent timbres e busines ,
336o Corns e estives e troines ;
La veissiez joie pleniere
De gent de diverse manière,
E biaus soneiz dire e chançons,
E vins porter a eschançons
3365 E bêles copes par les rues
E as granz genz e as menues;
Car ç'avoit Tost en joie mise
Que li reis aveit Cypre prise,
Dont tant vitaille lor venoit
3370 Que tote Tost s'en sustenoit.
Tôt estoient en bon espeir.
Ço fud un samedi al seir;
Si ne cuid qu onques veissiez
En nul liu ou vos allissiez
3375 Tanz cirges ne tel luminaire,
Si que as Turcs de Tost cuntraire
Estoit avis que la valee
lert tote de feu enbrasee;
E quant il sorent la venue
338o Del rei dont la feste iert tenue,
Par semblant lores s'esbaudirent:
Al matin tôt le val emplirent
E traioient e herdeioient
Sor le fossd e hobeloient,
3385 E fesoient a Tost graut presse
La felenesse gent engresse.
Or larrons cest point ci a sivre,
(Car bien le m'ora aconsivre
Qui entor moi tant sojorra,
3390 Quant la matire s'i dorra).
Des deus reis e de lor venue
Dont tante parole ai tenue,
Que jo ai a Acre amenez.
Ore oiez, e si retenez,
3395 Que jo Yoil ici mon fil rompre
E cele matire entrerompre;
Mais il sera bien renoez
E rathachiez e raloez :
Fol.] 8
Ambro
raconter I
BMieolf
ritttrtkr
dcRichtr
3333 Si que pr. — 3339 grant —
3353 (][rdnt manque — 335 '1 elc —
'J39G C sanz la m. co empromprc
- 333o gr. e cbali — û3hh sespoDtereDt — 33/i6 lores, que e.
3358 Ck)m — s385 al les l — 3387 ci manque — 339'i 0. si o.
65
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
66
18 e. Car 11 rei vindrent dererain
9&00 Ai siège, nun pas premerain.
Si velt Ambroisks faire entendre
E saveir a cels qui aprendre
Le voidront, par com faite enprise
La citië de Acre fud assise;
9&o5 Kar il n^en aveit rien veu
Fors tant corne il en a leu.
Or si orez quels genz f asistrent
E quel hardement il enpristrent.
Vos m'oistes conter e dire,
aàio Encore fait bien a redire,
El coinencement de Festoire,
Se a alcon vient a mémoire,
Le grant damage e la grant perte
Qui en Sulie ayint aperte :
3&1S Ço fud el tens le rei Guion
Qui tant ot persecucion ;
Mais tûtes genz ne sorent mie
Com il fud traiz par envie.
A Gii Ultre mer ot un rei nurri ,
ta àê-
j^^ 9^90 Ki ot non le rei Amauri :
De lui eissi un damisels,
Li reis Baudoins li mesels.
Baudoins vesqui son termine
Tant qu'il fud mande a vermine.
•àaS Cil ot dous sorurs damoiseles.
Sages femes e preui e bêles;
L'une fud femme a un baron
Ki ot nun Raimfroiz del Thorun;
L'autre ot a moiller esposee
ûhZo Li quens Guillames Longe Espee,
Sire de Jafphe ou la mer bat,
Frère al marchis de Montferrat.
i8(/. La dame ot de lui un madie eir
Qui rot nun Baudoin pur voir.
«US L'emfes vesqui, li cuens murut,
Que l'aventure issi curut.
Guid de Luizeinan golosa
La cuntesse, si l'esposa.
L'emfes fud reis, mais nel fu gaires,.
iUho Car issi fait Deus ses afaires.
Quant de l'enfant fut mescheait ^
Eht vos le rialme eschaieit
A la dame, ço fud raison,
E par raisonable achaison
akfib Se fud li reis Guis coronez ,
Dont puis fu meint grant cop donez.
Entre le faus conte Racmont
E Salahadin dont jo cont
Ot longement une aliance
9660 Dont en Sulie ot grant parlance.
Icil Raemont quida aveir
Le riaume par son aveir,
Por ço qu'il ert de Tripe cuens,
Mais, merci Deu, ne fud pas suens.
$655 Quant li reis Guis se corona,
A cui Deus celé honor dona ,
Toz ses barons comunement
Manda a son coronement.
Li cuens de Tripe i fud mandez;
3660 Mais por nient le demandez
S'il ot eschar del mandement
E s'il respondi laidement.
Li messager s'en retoma,
E li cuens son eire atorna,
9A65 S'ala a Salahadin plaindre
K'en sa terre ne pot remaindre
Por le rei Guiot quil haiet
A qui li règnes escheiet.
Tant li dist e tant lui menti
9670 Que crestienliez s'en senti...
Eissi com il Paveit a chier
Que il l'en aidast a vengîer.
L« comtfl Rai-
mond de Tripoli
fait allianc* avec
Saiadin.
Fol. 19 «.
adggderain — 9&o6c.joenail. — 9&07 Ore — ^kt9 Li pnmier a manqué — 9Âi3 iegr. — ^lità Quen
— 9639 fa manqué — 966/1 reisoable — 9666 grtnt manqué — 9658 ven UbM tn blâme j réiabli par angicturf
— 9669 ni lai r. — 9668 le règne — 9670 aprh et ver$ U doit en manquer dtus — 9671 a manqué —
9679 Qoîl
07
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAI.NTE.
68
Gui, après i<i
défaite des Toni-
piien par Sala-
(iin , K pr^ian> b
la gn^rn*.
Fol. 19 b.
Seignor, a icele assemblée
Fud la traisons porparlcc
•j/175 Dont la scinle croiz fud perdue
E crislienté esperdue.
Li cuens refud mandez a cuil
E mult Teu ieneit Fen ja curl,
E il ni voleit pas venir
9 '180 Ne dei rei Guion riens tenir.
Le rei le manda tierce foiz
E dist qu*il lui reudroit sqd dreiz,
E il i vint a mal eur,
Car il esteit ja asseur
9^85 De metrc la terre en grant paine,
E par lui vint la maie estraine;
Mais puis eu morut il a houle
Tssi corn Testoric reconte.
Assez avez oi conter
9 4go Par maintes feiz e reconler
Que quant cil Guis fud novals reis ,
Qu'il ne sejorna pas dous meis,
Ainz fist somondre par la (erre
De Sulie les genz e quere
9/195 Ke il le venissentsucon*e;
Car Salahadins feseit curre
Ses genz a piain par la contrée,
E qu'en la terre icrt Tost entrée
E aveit sa gent descomfite,
9600 Cent chevaliers toz a eslile,
E Jaquelin de Mailli mort,
Donl le Temple ot grant desconforl;
E d'iccle desconiGture
Comença la mésaventure
9 5o5 Dont la seinte cristientez
Fud puis tanz jorz en orphentez.
E lors manda li coens de Tripe ,
A qui toz jorz pendeit la iipe,
Al rei Guion qu'a lui veudreit
95io E q'en sa aie se rendreit,
E vint a lui e s'acorda;
Mais li poeples puis recorda
Que ço fud faus acordement.
Qu'il le trahi sodeemcnt
9515 En la grant bataille ou il furent.
Ou tantes bones genz munirent:
E bien pot estre qu'il le fist,
E bien pot estre que no fist,
Mais li plus tesmonient sanz faille
9530 Qu'il le trahi en la bataille,
E si ço fist il deust fundre.
Salahadins ot feit somondre
Ses genz de toz ses nuef reaumes
A arcs, a haubers e a hialmes,
a595 E il vindrent od granz efforz,
Que n'i remist fiebies ne fon.
Mult i ot admiralz nomez
E nobles homes renomez,
Guarniz a lor terre leissier
953o Por crestienlé abaissiez
Li reis Guis e li cristien
E avec lui Veneizien,
La haute gent e la menue
Esteit en sa force venue,
9 535 L'une des ostz a Saforie
E l'autre ai port de Thabarie.
La nosti*e, qui buer i ala,
A Thabarie s'avala,
Car cil qui les cors i perdirent
956o A Deu les aimes en rendirent.
U coens de Tripe les menot.
Qui de trahir les se penot.
Noz genz de lui ne se guardoenl :
Il disout e il graeutouent.
2bhb Tant dist c fist e porchaça
Que lor ost la nostrc onchaça
Jusqu'à la mer de Galilée
Tant que l'ewe lor fud veee.
Si
senl
mre.
t
iMltl
ebai
tnh
Trip
itS
Fol
a/i88 corne — 9690 feii manque — 9Û95 Kii — 9507 iores — 9519 Icsliinonient — 9691 feist, diut —
9696 A arcs e a. — 9538 sei avala - - 9548 vee
69
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTK
70
La mer est dolce e bone a beivre,
955o Dont li traitres lor fist beivre;
E quant vint as lances beissier
E il s'en dut mielz enpressier,
Si s'en fui e cil remistrent,
Qui les vies des cors i mistrent.
9555 Ge ne sai qui l'autre feri,
Qui eschapa ne qui péri ,
Ge ne fui pas a la bataille;
Mais tant vos en di ge sanz faille
Que Deus ol tôt ço porveu;
a56o Car il aveitaparceu
Que tant aveit el mont péchiez
E gent inalement enthecbiez,
Dont petit ^a lui en venist
Si celé chose n'avenist.
9565 Ce fu a la Mareschaucie,
Qui est de joste Thabarie,
U li reis Guis se combati
E (anz Sarazins abati :
9 d. Mais tut erent ja afolë
9570 Li nostre, e mort e decolë;
N'i aveit mais point de rescosse,
Mais sor le rei vindrent a sorse
Tant qu'il fud a tere abatuz
E mult laidiz e mult batuz.
9575 La sein te croiz ot eubraciee,
Car se ne fust celé embraciee
Il l'eussent prise od laidure;
Mais bien parut Deus en ot cure.
litGoi Quant la bataille fudfinee
«teoo-
lU
^ 9080 Que Deus otissi destinée,
•j^J^ Li rois fud pris e la croiz prise
••w». E la gent presque tote ocise,
Por quei tantes genz se croisèrent
E tanz de lor bons en leisserent,
9585 Lors fist Salahadins saisir
Tote la terrera son plaisir,
Tote fors Sur e Ëskaione
(Issi tôt Deus sa terre e done)
E Jérusalem seulement;
9590 Mais il la conquist erraument.
Escaione ala asiegier,
Qu'il quida aveir de legier;
Mais cil se tindrent fièrement
Contre lui e entièrement,
9595 E i murut gent sarazine
Mult eiuceis qu'en fust en saisine,
Tant qu'il lor fist lor rei mostrer
Ë devant lor murs amener,
E voleit por lui rendre aveir
9600 La vile, e li reis fist savoir
A cels dedenz qu'il se ienissent
E que por lui rien ne feissent;
Mais il ne se porent tenir.
Si en estout a plait venir :
96o5 Eschalone por lui rendirent
E sais lor chatela s'en partirent;
E li reis Guis fud lors délivres
Par tel covent, ço dit li livres,
Que oltre la mer s'en ireit
9610 E le riaume guerpireit
En mer s'en entra sanz faillance
Por aquiter sa covenance,
E vint en l'isle de Turluse :
Eth vos sa gent mult anguissuse.
96i5 La lui manda Salahadins,
Qui mult iert saives Sarazins,
Quil saveit a meseurus
Ne qu'il n'iert pas après ne feus,
E qui nel volt pas eschangier
9690 Ne d'autre rei estre en dangier.
Qu'il lui quitot son covenant;
E li reis revint maintenant
PriM d*AKa-
lon.
Fol. -jo a.
li€ roi Gui,
mis ea liberté,
sereadàTorUMe,
puis à Tripoli.
9559 dust — 9558 en manque — 9559 *<» — '5^* monde — 9565 marchaucie — 9577 prise iikifi^
— 9578 p. que deus oolcure — 9589 que manque — 1583 Par coi — 9585 Lores, saisier — 9597 quen 1. —
1601 qae manque — 9606 eetnet — 9607 loret — 9608 eel c — 161& anguiae — 9616 Que — 1619 qaîl
oeueit
5.
71
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
79
Siège <U Tyr
^r SaladiD.
Fol. 10 6.
Mlr«fMd«Gui
4«Ln«gii«n.
A Tripe desur la marine,
Si trova illoc la reine
96a5 E le conte qui Fol bai,
Que Ten dist qu'il Taveit trai,
Ki lores lui fist bêle cbiere,
Que que il pensast en deriere.
Ne puet cbaleir de tenir conte
a63o Del traitor, del malveis conte
Qui mist a doel cristientë
E meint enfant en orfpbenté :
Chier compera la traison
Que il fist e la mesprison,
•i635 Car il en munit laidement,
La merci Deu, e soudement;
Ne del siège qui fud a Sur,
Que Salahadins trova sur,
U Guillames de la Cbapele
a66o Fist meinte grand proesce e bêle,
U li frère de Tbaberie
Par cui la citié fud guarie
Furent de si grant Haute
A Deu e a sa realtë;
fl645 Ne del marchis grant sermon traire
Qui bien comença la a faire,
Qui vint quant la terre fu prise.
Si fud un poi al Deu servise.
Si ot de bon comencement
a65o Malveis e faus ensivement.
Al rei Guion est la matire,
Si n*i voil faillir ni desfire,
Qui eissi de cheitivisons :
A celé matirie toisons;
9655 Car a Tripe estoit revenuz,
Ço plut as granz e as menuz.
Li reis de Jérusalem Guis
lert si povres e si esquis
Com hom qui veneit de prison :
9660 N'ot pas prise sa mesprison,
Qui n'aveit rien vivant que prendre,
E il lui coveneit despendre;
E si saveil que Acre esteit prise
E la gent hors chaciee e mise,
2665 E ço esteit la clef de sa terre,
E il ne saveit qui requere.
A Dampnedeu dist son meschief ,
E Deus en traist mult bien a chief.
La vint li princes de Antioche ,
9670 Un matin quant soneit la cloche.
Al rei Guion por lui proier
Qu'il lui pleust a otrier
Qu'a Antioche retornast
E s'i tenist e sojomast
9675 Tant qu'il eusl genz assemblées,
Porchaciees e années,
E qu'il seust ou peust corre ^
E que que seit as Turs rescore^
Li reis s'en ala od le prince
9680 A Antioche en sa province.
Si fud illoc un poi de terme
E si i plura meinte terme
Por la terre qu'il ot eue,*
Qui esteit en son tens perdue.
9685 A Tripe ariere retoma
E se porvit e s'atorna;
E tant de gent com pot aveir
Od l'empront que il pot aveir
Fist donc somondre e aprester,
9690 Car ne voleit plus arester;
E issi com il atendeit,
A genz auner entendeit,
Eth vos son frère illoc venu,
Giefrë de Luizeignan, tenu
96g5 Al plus preu vassal de sa terre,
Ke il esteit norriz en guerre.
Primes fud a Sur arivez,
Mais n'i trova pas ses privez;
Gai « mi
rtmaièTrip
Fol. 10 «.
CMâNi^I^
9618 quil — 9634 Qui f. e la mesprision — 9636 soudeement — 16^6 la manqut — 965o malueife —
96&9 faire — 9655 cypre — 9659 home — 1660 pris, veri altéré — 9687 Od t. — 9688 qail — 1691 E
manque t entendeit — 9691 atendeit
73
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
74
dcMost-
«r«w de
Gai k
Car le port lores lui veerent
9700 Li marchis e cil qui 0 lui erent.
E Jefrei alant s'en torna
E vint a Tripe e retoma :
Le rei Guion trova son frère,
Qui fist grant joie al Gz sa mère.
1. 10 d. 9705 E quant li reis ot aune
Sa gent, lors se sunt conreé,
E vint a Sur tut le rivage
Od poi de gent e de barnage,
E trova les portes fermées
9710 Qui totes lui furent veees,
Que li marchis par coveitise
Li vea e par foie emprise :
Si lui vint de malveise vaine
Quant al rei vea son demaine.
9715 Li reis vit que il n'enferreit,
Si dist que il nel sufferreit :
El sablon fist fichier sa tente
K fud illoc en bone entente.
Dejoste Sur Tost s'ajosta :
9790 Si sachiez bien qu'il li cosla
Que la cite lui fud veee;
Mais ço fud chose purparlee
Del faus marchis de Monferat,
Le'filz le vaillant preu Corat,
9795 Qui fud pris en la grant bataille :
Cil ne li veast pas sanz faille,
Car il ert prodom e liaus;
Mais li filz esteit desliaus.
f^'»"!»»» Les genz de Sur qui Deu amouent
TMrAer«. 9780 E qui par Deu se reclamouent
Guerpirent la citië mult tost,
E si vindrent al rei en Tost :
Ço furent li preu Aleman ,
Qui grant liu i tindrent cel an ,
9735 E li frère de Tha1)arie,
La plus leial gent de Sulie;
Si i fut la vaillanz genz de Pise
Qui furent bien al Deu servise,
Qui si laissèrent lor maisons
9760 E mult de lor possessions,
E femmes e emfanz menèrent
Devant Acre ou Sarazin erent.
Li reis fist de son frère feste :
Si dist Testoire qui ne c«ste
9765 Que quatre mois fud sujornez
Einceis qu'il se fust atornez
Joste Sor en la sabloniere ,
Sa citië qui fud dreituriere;
E quant ses genz ot amenées ,
9760 Par tote la terre années,
0 cels qui grant liu donc i tindrent,
Qui ovecques son frère vindrent,
N'ot que quatre cent chevaiers
Ne que set mile peoniers
9755 A mener a Acre aseoir.
Ço n'osast nus autre hoem pur vcir ;
Ço fud merveille qu'il pensa,
Fors en tant que Deus le tensa ,
D'aler s'en sor la gent embatre
9760 Qui ierent pur quatre cent e quatre;
Mais Deus voleit ço qu'en avint
Del grant ost qui a Acre vint
Que Salahaditts enforçot
E durement s'en esforçot,
9765 Ki bien quidot que gent vendreeenl
Qui a ravoir la entendreient.
Li rois se mist en l'aventure
Dampnedeu ou il ot sa cure;
Si conduist l'ost que il aveit
9770 Par un chemin que il saveil.
Entre Acre e Sur a un fort pas,
Que Fost passa igneiepas :
Ihntrtrimm Ai-
emrdi, I, iin.
Pol. 9 1 A.
«706 lore« — 9710 vee« — 9716 quil nentereit — «716 quiUe suffreit — «717 fidiier mtmque —
4791 dtee, vee — 9798 mon feraDi — 9796 pp. corant le vaillant dei — «731 E mâtugue — 9734 icel —
«736 leiale — 9787 Si i furent — 1768 dreiture — 9750 E par — 9766 notait nul home — 9766 icndreint
— «769 qui! — 9770 qail
75
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
76
L'armée de Gui
so rend h Acre.
Gui met le siège
devant Acre, et
Saladin Tient au
secoundelaville
(1189).
Fol. 31 h. CeBi le pais Candelion ;
La passa 0 le rei Guion ;
2775 Mais Salahadins nel sot mie,
Car lot le or qui est eu Rossie
Nel garantist s'il le seust,
Car toz detreûchié les eust;
Mais Deu volt qu'il fust altrement,
9780 E ço esteit le comencement
De rescorre cristienté
Que il crut mult a grant plenl^.
Eth vos Tost le rei devant Acre
El non del seint cors que Ten sacre,
9785 Que nos cristiens aurom :
Eht le vos monté el Tliorom.
El Thorun devant Acre furent
Li cristien qui de Sor murent,
E fud sanz dotance la veire
9790 Que il montèrent par nuit neire:
N'osèrent pas el bois remaindre,
Por ço alerent en haut maindre.
AI matin quant li Turc eissirent
De la citië et il les virent ,
9795 Eth vos Acre tote esmeue,
Chevalerie comeue ;
A Salahadin donc mandèrent
Que plain poin de crestiens s'erent
Sor els embatu foiement,
9800 E qu'il venist isnelement
De chascon d'els la teste prendre.
Car ne s'osereient défendre.
Quant Salahadins l'ot oi
Sachiez que mult s'en esjoi
9805 Al siège ou il ert a Biaufort,
Que il feseit assaillir fort.
Fol. 91 e. Son riere ban i fist mander,
E par ses terres comander
Que chescons de sa seignorie
9789 Quii — 9783 le rei manque — 9790 Quil —
— 3809 osèrent — 9806 en manque — 9809 Quii
9895 £ il qui quida bien auoir — 9897 Ore ne f.
38/J9 quil, prendre manque
9810 Venist al guaing de Sulie.
Trop i vintgent, Deu les confonde
Ki fist e ciel e (erre e monde I
Que si nostre gent fust mincee,
N'en eust chascons sa pincée.
981 5 Le tierz jor que nostre gent vindreat, PicmiAn i»
Qui el Torun en haut se tindreut AdMaâtlLcwi
E tote nuit armé esteient , "^
Por Sarazins quis assailleient,
Eth vos la gent Salahadin ,
9890 Turc c Persante Bedoin,
Qui veneient les places prendre
E tote la terre porprendre;
E al tierc jor de la semaine
I vint Salahadins demaine,
3895 E il quida bien tost avoir
Les lestes de noz genz por veir :
Or ne feit pas a merveillier
Si les estuveit trop veillier
E travillier e els esperdre ,
383o Qui quidouent les testes perdre;
Car al Thoron ou il estoient
Li Turc nuit e jor assaiileient,
E si sovent les travailloueut
Que a grant paine nis menjonenL
3835 La ot Jefrei de Leuzengnan
A l'ost défendre grant haan ,
Qui pieça iert preuz e osez,
Mais or fud il mult alosez.
Issi furent des le lundi
9860 En péril jesqu'al vendresdi.
Si orez come Deus reguarde
Cels que il veit prendre en sa guarde;
Qui a lui servir se velt duire
Nule rien ne lui poreit nuire.
9865 Si com il erent en tel dote^
Li rois e sa compainie tote Fol. si ^>
9796 cornue — 9797 saladin — 3798 crealien erent
— 9807 i manque — 3813 le$ deux e manqmtU —
9838 trop manque — 3838 ore — 3861 com —
77
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
78
En haule mer en loinz gardouent,
E a Deu mult se demeotouent
Qu'il lor feist alcon secors :
îi85o Elit vos venir toi le dreit cors
Une bêle estorie d'enekes.
De gent qui veneient iiloques:
Ço ert Jaches d'Avesnes en Flandres,
«deJae- Si ne cuit c onques Alixandres,
9855 NEctor, n Acbilies mieiz valusent.
Ne que meillor chevalier fussent;
Ço estoit Jakes, qui lot vendi
E enguaga e despendi
Ses terres e ses héritages,
a86o E dona, si iist mult que sages,
Cuer e cors e aime en aie
Al rei qui vint de mort a vie ;
Quatoi*ze mile homes armez
Aveit bien o lui renomez.
\t d'uo« a865 Ço ert Testorie de Danemarche,
E maint preu chasteiain de Marche
E de Cornewaille i aveit:
Ço disl tels qui bien le saveit.
Cil aveient de bons destriers,
3870 Brons e baucens, forz e legiers;
E quant il durent ariver,
Lores veissiez Turcs desver;
A val la marine acorouent
Si que en la mer se ferouent,
Q875 E cil dedenz Acre ensement.
Qui (raioient espessement;
I. 3 2 n. Mais cil del Thoron a val vindrent,
Qui de deus parz lor estai tindrent,
Tant que cndreit els les chargèrent,
â88o Mais li Turc avant les chacerent,
Qui totes veies a els tràistrent :
Neporquanl cil avant se fraisirent.
Salahadins a Tost v«ue,
Si dist : fOre est preie creue.i»
9 885 Quant li haiz reis que Tem aore
Ot s'ost creue en sipoi d'ore.
Tant que auques (ud aseuree.
Qui ainz eust poi de durée
Mais toz ensemble s'esbaudirent
9890 E jus del Thoron descendirent.
Si se tendirent e logierent ,
E la citié d'Acre asiegierent,
Si qu il esteient asiegié
De deus parties e gregié.
3895 Li Pisan firent vasselage,
Qui se logierent el rivage
E gardèrent la la marine
De la cruel gent sarazine,
Que quant les nés i arivassent,
3900 Qu il nés preissent ne grevassent.
Un vendresdi, la matinée,
I ot une fiere assemblée
De deçà devers Mont Musart
E genz morz de chescone part.
9905 Cil de la vile s*en is^rent.
Si que a force recoiliirent
En Acre une carvane grande
E chameilz chargiez de viande,
E a Salahadin menèrent
3910 La preie qu'il i conqoesterent;
En Acre entroient e issoient
Come dl qui la force avoient.
La gent qui en Acre s'ert mise,
Ço sachiez bien, ne fud pas prise
3915 A charete ne a charue;
Ainceis fud puis chose seue
Qu entre toz cels qui Deu mescroient
N'ot meillor gent que il estoient
Por vile guarder e défendre
9930 E por chaAiel a force prendre.
Ne demora fors la quinzaine
Que illoec vint li coens de Braine
Les Croisés rec-
«errent le siège.
Les Pisans oc-
«'up<?nl 1*? riTage.
Les Sarrasins
•?nlèTenl une ca-
ravane.
Fol. 3'î b.
lUueranum Ri-
cardif I , xiix.
3853 Co est, auornes — a 881 tote
i menèrent — 391 3 Coin — 391 5 na
a888 aprêê ce ven U doit en maftquer deux — 3906 qua — ^9 1 u qml
3917 mesf reoient — 3918 qiiil
79
L'ESTOIRK DE LA GUERRE SAINTE.
80
Am\ce de Ai-
v^rs leigneun
français , alle-
mamls el fla-
manib.
Fol. 93 r.
Couibal enlre
Im Croisa al lai
Sarratina (lap-
UmbrvT — DV
prèt VItm. h oct.
1189).
E ovec lui Andreu son frere
De bone dame e de bon père.
•j9j5 Li seneschals de Flandre i vint
E 0 lui barons plus de vint,
E Tandegrave d*Alemaine
Qui aveit bons chevals d'Espaine;
Si i vint Tevesque de Biauveiz
agHo Qui n esteil ne vielz ne desfaiz;
E sis frères li cuens Roberz,
Vistes chevalers e aperz;
E si i vint li cuens de Bar,
N*ot plus corteis de si qu al Far;
9935 E maint altre prodome e sage
Vindrent en Tost a cel passage;
Mais merveille com plus veneient
E Sarazins meins les cremeient,
Qui lor livroient trop ententes
9960 E venoient jusqu a lor tentes.
Cil de la vile hors issoient
E li autre toz jorz creîssoieat,
Dont la terre esteit si porprise
Que la nostre ost se tint por prise;
9965 Mais neporquant toz jorz se tindrent
Al rei hait por qui il i vindrent.
Quant la guerre fud devant Acre,
Prostrés nuls ne clerc ne diacre
Ne poreient conter ne dire
11950 Les granz travailz ne la martire
Que li cristien i sostindrenl,
De si la que li rei i vindrent,
Cil de France e cil d'Engletere,
Qui mistrent les murs d'Acre a terre,
•.>955 E les bones genz qui s*esmurent.
Qui Deu amerent e Deu crurent.
Cel jor d'un vendresdi me menbre ,
E si fud el mois de setembre,
C'une laide mésaventure
9960 Vint a noz genz e laide e dure.
Li Sarazin les assaillouent
Si que nul jor ne defaillouent
Eth vos que cristien s'armèrent
E par conreiz se conreerent,
9965 Devise par conestablies
Si com els furent establies.
L'Ospilal fud sor la marine
Ou trop aveit gent sarazine,
E li Temples premièrement:
9970 Ço ert toz jorz le comencement.
Li coens de Braine 0 sa maisnec
Qui en mi Tost esteit rengiee,
L'andegrave e cil d'Alemaine
Qui furent gent de grant compaine,
9975 Mestrent a la mahomerie,
Car bien lor dut estre merie . . •
Li reis Guis e la gent de Pise
E altres genz de grant emprise
Furent sor le Thoron a destre
9980 Por gueitier les Turs e lor estre.
Sarazins vindrent ad esfrei :
La veissiez meint gent conrei.
Li Templer e TOspital poinstrent.
As premerains conreiz se joinslrent,
9985 Sis desconfirent e perchierent :
Cil fuirent e cil chacerent;
E nostre gent autretel firent,
E Sarazin se desconfirent;
Mais tel plentë en i aveit
9990 Que nul cristiens ne saveit
Quel part il deussent tomer.
Li Turc ne sorent retomer :
Ja erent près de la montaine,
Quant diables fist une ovraigne
9995 Par quoi mult de noz genz munirent
E périrent e encorurent,
Par un cheval qui eschapa
A un Aleman quil cbaça
M
fi
î, 1 , nii.
¥(A, 19 rf.
•J915 flandres — 9930 desfraii — 9986 prodom — 1966 quil — 9968 ne mtmqftê — 195 1 Qui — *
99.19 i manqué — 99^0 e manqué
81
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
82
«les
E fist a ses compaignoûs sivre,
3ooo Qui nei poeient aconsivre.
Li chevals fui vers la vile,
E Sarazins plus de cent mile
Quiderent que noz genz fuissent
E que il sei desconfeissent :
3oo5 Sor els poinstrent e retornerent,
E cet jor tels les atornerent
Que cil qui a Tost suelt entendre
Ot assez a sei a défendre;
Car por un erent/int e quatre,
3oio Qui se penouent d'els abatre,
E qui ot gibet e ot mace
En laissèrent morz en la place.
mm Ht La fud occis Andreu de Braine :
"ndré ^"® i^ s'aime ne seit en painel
3oi5 Car tels chevaliers ne murut
Ne tantes genz ne socurut.
.2A n. La fud li marchis en tel presse
De Montferat de gent engresse,
Si li reis Cuis nel sucurust,
3oao Ke icel jor i encurust;
E meinâes en cet contemple
grand Fud ocis li mdstrcs del Temple,
Cil qui dist la bone parole
Que lui vint de la preuz eschole,
3o35 Quant la gent coarde et hardie
Lui distrent a celé envaie :
r Venez vos en, sire, vene^l'»
E venist s'il s'en fust penez.
<rJa a Deu,7) ço dist il, trne place
3o3o frQue donc mais seie en altre place,
«rNe qu'ai Temple seit reprové
«rQue Tem m'ait en fuiant trovél?)
E il nel fist, ainz i murut,
Car trop des Turcs i acurrut,
3o35 E bien cinc mile gent menues
I Tem-
Dont les chars en remestrent nues;
E quant cil de la vile sorent
Que cil noz genz desconfiz eurent.
Es chevals arabiz montèrent
3oâo E vindrent hors, si encoatrerent
Les noz si merveillusement
Que lor esteust malement
S'il ne s'eussent défendu;
Mais lors i ot estai rendu,
3oA5 E lors vit l'em chevalerie
E ferir sur la gent haie.
La le fist bien li reis meismes,
Icel Guis dont nos vos deimes,
E danz Giefrei de Linzegnan,
3o5o Qui soffri le jor grant ahan,
E Jakes d'Avesnes li preuz,
Qui en la terre fist tanz pruz,
E li autre quis reuserent
Si qu'en Acre les entassèrent.
3o55 Issi ala celé jornee
Que Fortune aveit atornee.
Or sunt Sarazins esbaudi
(Deus les maudie e jes maudi!).
Que lors vindrent il engrcssant
3o6o Noz cristiens e empressant
Assez plus que devant ne firent;
E quant li prodome ço virent,
Si distrent donc la baronie :
f^Seignurs, nos n'i guaignons mie.
3o65 (rPernoms un conseil sucurable
tr Contre ceste gent a diable
((Qui tote jur a nos asemblent
tE la nuit noz chevals nos einblent. »
Tels fud li conseilz e l'affaire
3070 Que il firent un fossé faire
Grant e parfont e le e large,
E il i misent meinte targe
Défeast! iléses-
|i^rée des rheva-
liers rhréti<>ns.
Fol. L>3 h.
Itinennium Ht-
cardi, 1 , xtxj.
3oo4 qui sei desconfissent — 3oo6 les manque — 3007 uell — 3oo8 entendre — 3oi8 montferant —
3oio Ki — 3o2i icel — 3o*j5 ot h. — 3oa6 icel — 3o36 en manque — 3o6o sis — 3oûa esiust —
3oàà iores — 3o65 iores — 3051 dauernes — 3o53 quiî — 3067 Ore — 3o59 lores — 3o6a prodom --
3070 Qui! — 307a il meisenl
■ ■rmiflftlC lATIOIIALB.
83
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
8&
Siiladiii fait je-
ter dans le flcuvr*
les cadaYres dfs
cil notions.
Fol. a3 f.
Ilinrrar'tHtn lii-
rardi, I, xx2.
Luîtes des r h rt^
liens et des Sar-
rasins.
K mainz escuz, de ponz parties;
Si erent les terres parties.
3075 Li Sarazin les assailloient,
Qui reposer pas nés laissoient.
Oiez trop grant confusion
Qu'il avint de Toccision
Dont j'aveie devant traitié,
3o8o Dont ii Franc furent deshaitié.
L'endemain de celé aventure
E de celé descomfiture
Del mielz de Fost tôt a eslite,
Dont noslre gent fud desconfite ,
3o85 Moût ot de morz de genz menues
Qui la erent por Deu venues;
Les cors des morz fist trestuz prendre
Salahadins, sis nos fist rendre
E trebuchier enz el flum d'Acre.
3090 La veissiez mult lait maçacrc.
Car Ii cors a val Tewe alerent,
Si que jusqu'en l'ost ne finerent^
Dont la puurs si grant eisseit,
Si que li monz des morz croisseit,
3095 Que tote Tost d'iloc fui
Devant que l'en les enfoi;
E puis que il les enfuirent
Grant tens la flaur en fuirent.
Gristien firent le fossé
3 100 Ou il se furent adossé;
Dedenz le fossé se tenouent
Quant li Sarazin i veuouent,
Ki toz jorz lor firent enchalz
E par les freiz e par les cfaauz.
3io5 El fossé esteit la bataille
De la gent Deu e la chenaille :
Li nostre le voleient faire,
E cil tendouent al desfairc.
La veissiez en dessaietes
3i 10 Plus de cinc cent mile saetes
Que li fosseur trametoient
Es mains a ceb quis defendoient;
La veissiez de deus parties
Genz corajoses e hardies;
3i i5 La veissiez gent roeler
E cheoir e esboeler;
De roistes cops se départirent :
Devant la nuit ne départirent.
Des le termine de Temprise
3iao Que l'ost a devant Acre assise,
Desque vers Infeste toi sains,
Ço sai, si Toi dire a mainz.
Ne finerent de gent venir
Qui bien durent lor lia tenir.
3ia5 Lores vint li cuens de Ferieres,
Qui mist plus de cent Turcs en bières.
Car il esteit archers si bons,
PTaveit meilior de si qu'a Duens;
E si i vint Guiz de Dampierre,
3i3o Qui ot maint bel chastel de pierre;
S'i vint li evesque de Vérone,
Que l'em teneit mult a prodome. ■
Tut cist a cest passage vindrent ,
Martyrs e confessors devindrent,
3i35 Car li plus aisiez, ço os dire,
I fud assez en grant martire
E de peur e de veiUier
E de jur e nuit travilljer :
Car ne poeient reposer,
3 160 N'il ne s'osouent pas poser
Devant ço qu'il orent parfait
Le fossé ou tant mal ot fait
A feste toz seinz la sorveille
Avint en l'ost une merveille ,
3 1^5 E merveille e mésaventure
Fu ço trop granz e laide et dure.
Que li cristien enduroient
Les travaiiz qui trop lor duroient,
k'.l.
Arrivée*
vetot Cn
Fol. 33
ArriiÀ
r««4qMd
rooe.
Ituertii
oarë, Il
Uae
^ptieoM
ao secoan
cre.
3o85 I ot de m. e g. — 3097 4"'' *" ^^^^ "^ mnnqw — 3 1 06 c de la cli. — 3i 1 1 raetoient — 9ii3 de-
dens p. — 3 1/10 oser — 3i 61 fait — 3i63 serueillc — 31A7 crisiient
85
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
86
Cil qui 6or }e Thoron s'estèrent
3i5o Al chief de Gayphas guarderent,
Si i virent venir armées
Une estoire grant de gaalees
Qui de Babiloine iert venue,
Par qui Acre fud tant tenue.
3i55 L'estoire veneit bêlement,
E la novele isnelement
. d& a. Fud en bref tens par Fost contée
Qu'ele veneittote aroutee;
Si qniderent tels i aveit,
3iGo Mais nul de Tost mot n'en saveit.
Que ço fust estoire de Pise
Ou de Genves ou de Venise
Ou de Marsilie ou de Sezille
Qui venist assaillir la ville.
3i65 Endementers quil devinoient,
E les guallees aprismoienf ,
E tant vindrent e aprismerent
Que dedenz Acre se fichèrent ;
E enz en lor venir illoques
3170 Pristrent une de noz enekes
Ou il aveît genl e vitaille ,
prtoduoc Si Ten menèrent par bataille
Dedenz la vile, e si ocistrent
Les genz e la vitaille pristrent.
wrtsiof 3175 Ore escotez que li Turc firent
A Deu e com il lui mesfirent.
Le jur de la feste honorée
Ou tante lerme fud ploree ,
Le jur de la feste a ensemble
3 180 Toz les sainz qu'il el ciel asemble,
Nos pendirent la gent haie
As murs d'Acre par envaie
Les cors des cristiens qu'il pristrent
Dedenz l'eneske, qu'il oscistreni.
3i85 Cil furent a dreit parçonier,
Ço poent dire sermonier.
cbr^ •
9t sur tes
d'Acrr tes
»« qu'il'»
«ï
De la grant joie pardurable
Qui sanz fin iert o est durable
Gels dont la feste esteit tenue
3190 Qui a cel jor iert avenue.
Gelé estoire dont jo disoie
Garda si le port e la veie
Par ont les genz Deu arivoient
Que tut le port en eschi voient,
3195 Si que nul securs ne veneient
A cels qui a Deu se teneient.
L'iverns aprosma qui veneit,
Que d'estorer ne lor teneit;
Lor fosse orent acompli,
3900 Ki puis refud a force empli.
En cel yvern firent chastels —
E pierieres e mangoniels
E chatz e truies e cercleies, -
Ou laborouent tote veies.
3ao5 E cil enforçouent la vile
A ovriers plus de trente mile,
E firent portes e toreles,
Barbekanes forz e noveles,
E en tani sens tant renforcèrent
3910 Qu'a tôt le mont le purforcerent;
E Salahadins i fist mètre ,
Qui ja ne s'en quida demetre,
Tanz mangonieb e tanz pereres
E engins de tantes manières
391 5 E tanz soltilz engineurs
E de ses terres e d'aillurs
E tant feu grezeis en violes
E tanz tormenz d'autres escholes
Que Tem sot puis de vérité
3990 G'onquesen chastel n'en citië
N'ot tanz armes ne tel deffense,
Tant vitaille ne tant despense.
Issi furent en cel y ver
De si qu'ai suef tens de ver;
Fol. ail.
IjCS chrétiens
conslru sent à
l'entrée de l'hi-
ver (les machines
de guerre.
Saladin pré-
pare aussi ses
machines de
guerre .
3i6o ne 8. — 3i69 genae — 3179-80 Le j. de la f. a toi e. De \m s. — 3198 les gent a deu —
3so3 triuaes — 8916 E tanz e. — 39i6 De ». — 3t99 Ne tant
6.
87
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
88
Fol. û/| C.
Itinernrium Ri-
t-ardit I « xxiiii.
Los Allcmari(]<(
ronstruispnt un
Ti'Ouliit h vent.
La nouvelle
(1<* In mort dn
FrÂJërio BarlMî-
rousM arrive h
Itinet m ium Bi-
nrdi, I, XXIV.
Joie dru Sar-
THMns et tristesse
des Croif».
Fol 3 6 à.
32 3 5 E lors firent en cel quaresme,
Si coni Ambroise dit e esme,
Li Aleraan premièrement
Le preraerain molin a vent
Que onqiies fust feiz en Sulie,
333o Veiant la gent qui Deus maudie,
Que estrangemeul esguarderent,
E grantmeut s'en espoenterent.
En Tost Deu vint une novele
Ki de primes fud bone e bele,
3 33 5 E puis fud pesanz e dotose
E dcshailice e enuiose :
Ço fud del bon empereur
De Alemaine, qui otvigor
Ala al sépulcre par terre
33^10 Por la merci de Deu requerre,
Ki murut, ço fut grant damage,
Al fluminaire, en un passage,
A un gué qu'il n'ot pas temptd,
Si com Deu vint a voient^?.
33/i5 Dedenz Acre tel joie en orent
Des noveles quant il les sorent
Qu'il tombouent e thaborouent,
Si qu'autre rien ne laborouent,
Si veneient sor les loreles
33 5o A noz genz dire les noveles
Que Salahadins bien saveit
E qui mandd le lor aveit,
Si crioient a voiz bauciee
De sum les murs meinte fiée,
3355 E firent dire as reneiez :
ffVostre empereres est noiez.^
Lors ot en l'ost tele tristesce
E tel deheit e tel destresce
Que de lur bien ne lor teneit
3360 Fors del passage qui veneit
E de l'espeir de la pramesse,
Que ja iert par mi l'ost espesse,
De la venue des hauz homes
Des reis de cui terre nos sûmes,
33G5 Celui de France e d'Engletere,
Qui après vindrent en la terre,
E por ço fud l'ost confortée.
Eth vos la novele aportee,
Après la Pasche un poi tôt dreit,
3370 Que l'estorie de Survenoit,
E eth la vos el port venir :
Adonc vos peust sovenir
De formiz ki de formilliere
S'en issent devant e deriere;
3375 Car tôt autresi s'en issoient
Li Turc qui en la vile estoient.
Plus de dis mile'genz armées,
Toz coverz, il e lor gualees,
De dras de seie e de tapiz,
3380 De buquerains e de samiz.
Eth les vos toz contre Festorie ,
Qui tost veneit del vent de boire,
Contre val la rive fendant,
E l'autre i'aloit atendant
3385 Qui s'iert a els venu combatre
E a force sor els embatre,
E cil sor els tôt ensement,
Qui veneient hardiement.
C'ert li marchis qni Sor teneit ,
3390 Qui sor l'estorie as Turcs veneit
Od cinquante vaissels armez
E bien coverz e ascemez.
La veissiez tantes banieres
E tantes genz pruz e manières,
3395 Hardies e vistes e prestes I
Lors treslrent cil as arbalestes.
A tant eht vos la començaille
E des estories la bataille:
La n'aveit mie coardise;
33oo E cil de Gienve e cil de Pise
€Kté, I, XU
Armel ik
flotte de Tjr
Foi. aS 0.
Bataille bi'
3335 lores — 3338 premier — 3333 esponierenl — 3336 deshaitiez — 3a55 emperere — 3a57 Lores
— 3361 E manque — 3363 mi manque — 3371 E manque — 338i le v. , loz manque — SaSa toi veneient
— 3390 ieslones — 3391 vassals — 3396 Lores trestrestrcot, arblestes
89
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
90
<raae
rrasioe.
• ùupr< <
•1
i. 5'i h.
Furent assailli en ior barges
Od arbalcstes e od larges :
Devers la nostre gent se Ireslrent
E tant i lancèrent c tresirent
33o5 Que resloric as Turcs reuserent
E qu'a vive force en menèrent
Une gualee jusqu'al port.
Adonc oissicz grant déport :
La veissiez femes venir
33 10 E coltels en Ior mains tenir
E prendre les Turcs par les tresces
E traire a els par granz destresces ,
E puis les testes Ior trenchouent
E a terre les en portouent.
33 1 5 As estoires iert la huée :
Cbascone iert sovent remuée,
Sovent ensemble s'ajostouent
E feu greceis s'entrelançouent,
Alumoient e esteignoient,
33âr> E la ou il s'entrateignoient
S'entrcferoient par esforz
E traioient de si qu as porz.
Ne fud tel bataille veue,
N'om ne la vit de sa veue,
33u5 Mais nostre gent le compererent,
Cil del ost Deu qui al siere erent :
Kar por le doel de la gualee
Que li nostce eurent amenée
Furent li Turc si esmeu,
333o Ki chescon jur ierent creu,
Qu al fossé tele presse firent,
Quant la bataille en la mer virent.
Qu'en Tost neu aveit cristien
Hait ne bas, joefne n'ancien,
3335 Tant fust hardiz ne alosez,
Ne tant fust seurs ne osez,
Qu'il n'eust de Turs grant raosche;
Car cil veneient corne musche
Oui ainz ainz a Ior alreit faire
33âo Al fosse emplir e desfaire.
La veissiez tôle la plaine
De si qu'ai pié de la montaine,
La terre si coverte e troble ,
Come de chames en estoble ,
33/15 De Turcs qui Ior coreient sure,
Que il ne fineient nule bore :
Dedenz les fossez s'enbatoient
Si espès qu'il s'entrabatoient.
Une hisduse gentoscure, *
335o Contre Deu e contre nature,
A roges chapels en Ior testes,
OncDcus ne fist plus laides bestes.
De cels i aveit grant plentë
Od felenesse volentë,
3355 Que de la gent qui ondeioient
E des chapels qui rojeioient
Sembloient cerisiers meurs;
E tant i aveit d'autres Turs
Qu'em les esmot a cinc cent mile.
336o Li autre Turc dedenz la vile
S'en issoient od lur banieres.
Sis grevoient en dous manières.
Si que l'ost fud tant cuivroiee
Icel jor e mainte feiee
3365 Que li cristien se dotouent
De Ior assalz qui tant dorouent.
Cil as roges chapels aveient
Une enseigne ou tuit se teneient,
Ço esteit l'enseigne Mahumet,
3370 Qui esteit portraite en somet.
En qui nun se vindrent combatre
Por la crestienté abatre.
Cil pautonier se defendouent
Od granz jnlez qu'il aportouent.
Itinermrium /W
«laiis rnrnx'-e «îos
Tares.
Fol. a5 C.
Eleudanl dt^
33oi Qui fureni — 33o9 arblestes — 33o3 si Ir. — 33io Ior manque — 33a/i Nome — 3333 naucit —
3335 nalooez — 3337 Turs manque, grant — 3339 a latreit — 3364 de manque — 33/i6 Quil, nul —
3356 roioient — 3358 des autres — 3359 Que iem -~ 3365 cristient — 33C7 roches — 3373 Idl —
3376 Uns grant
91
L'ESTOIRE DE LA (.UERRE SAINTE.
92
Mi-j:^ Ce estoif en l'ost la grande guerre
Qu'il aveient devers la terre.
Devers la mer ert la bataille
Qui tote jor dura a taille;
Mais neporquanl la nostre estoire ,
-^vicioire oaTii'î .s.'iRf. Mcrci Deu , en ot la victoire;
>\r% Croisa. ^ 1 . . .Il*
Car de jur en jur eslablies
1 estoient conestablies
Des barons de Tost es galees,
Mult bones genz e bien armées ,
:v.\^:^ Qui durement s'en combatirenl
E lof gualees embatirent
A vive force en la chaane ,
Si que l'estoire crisliane
Greva tant les Turs de la vile,
3390 Qui lors erent quarante mile,
Que devers mer securs nen orent
Acre est bio- Ne dcvers terre eissir ne porent;
''""■ S'orent puis si poi de viande
Qu'il aveiont chiertë trop grande.
luneranumiii' HS^b Lc juasdi dc la Asccncion ,
De la semte procession ,
Que Deus fist el ciel la montée
Dont Teuvangeille est recontee,
Voudrent les genz monter en Acre
3^100 El non del veir cors que l'en sacre.
Chastels eûmes bien coverz
Por le feu grezeis aïs colverz :
Treis en i ot de grant affaire
Fol. r)5 fi. Que trei haut home firent faire,
3'io5 L'andegraves e li reis Guis
E Geneveis od le marchis.
Cil trei en lor chastels esteient
A icel jur qu'il assailleient.
La gent Dampnedeu assaillirent.
Sortie (ir* Sur- 3^110 Cil de dedenz as murs saillirent :
Grant fud l'assaut e la défense
De cels qui orent poi despense.
A^^aut doniiô
par les Croisa'».
Avension.
rii^inii.
Incendie dn
trais cUlmi de
Qui si forment se defendoient.
Qui lor mesaise nos vendoient:
3615 Ne furent gent si defensable
Cum furent li menbre al diable.
Li un alouent thaborant
E li autre al besoing corant,
E li Turc de vers les montaines
3690 Racoreient od grani compaines
As fossez, si que enz sailleient
Des que onques noz genz assailleieat,
Si que il covint Tost entendre
A assaillir e a deffendre.
36a5 Mult dura Tassait longement
Jusqu'al seir del comencement,
Mais al seir le covint remaindre
Car onques nés porent destreindre.
Li Turc le feu grezeis jetèrent
363o Es treis chastels que alumerent.
Si qu'a cels en covint descendre
Quis virent toz ardeir en cendre.
En Acre furent la chenaille
Long tens soffreitus de vitailie,
3635 E si com li tens se cola,
E viande lor escola;
E furent puis si conreë
De mesaise e desareë
Que mangierent totes lor bestes,
36 60 Piez e buels e cob e testes;
E jetèrent les cristiens , Fol- «^ «■
Les vielz cheitifs, les anciens,
E les joefnes as vistes chieres
Retindrent a traire pirieres;
3665 E il orent si grant solTraite
Qu'el ne poreit estre retraite,
E meschief e paine e ahan
Jusqu'après feste saint Jobau ,
Que diable lor enveierent
365o Treis nés que illoc depesohierent,
par !*• &••'*■
FamiMkAcfv
338 1 G. dc j. en j. en e. — 3386 Malt mampu — 8890 iores — 3898 E orent
36oa ai c. — 36 1 a quo — 36 a3 quii, lost tendre — 8698 desleindre — 8699 li f. —
363a ardeior — 36 60 le $0cond n matèque — 366C Qui! — 365o peschierent
— 3399 Voudreiot
8680 qualumerent
93
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
n
des
jour
Ë partie des Turcs périrent;
Mais ia viande en recoillierent.
Mais quant il orent ia vitaiilc,
Lors se resbaudi la chenaille
3/i55 E faisient sovent forscioses
Par quoi noz genz erent encloses.
A iost qui a Deu s'iert tornee
Avint une trop fort jomee :
Feste saint Jake esteit le jor;
rqoes. 3â6o Mais diables qui n'a sejor
Fist une uevre tote a veue
Par quoi Tost fud mult descreue.
Diables nel fist, jo menti,
Mais Dampnedcus la consenti,
3A65 Qui volt plus martirs acoillir
En son balt règne e recoillir.
La plus belc serjanteric
Qui lors fust ne or seit en vie,
Qui ert povre e de grant despense,
3670 Eissi de Iost Deu sanz défense;
Mais ço lor fist lor grant mesaise,
Car poi est home en os( a aise.
A dis mile furent esmé ,
E si esteient luit arme. '
3670 De Tost tut serré s'en issirent,
Lor conreiz , lor eschieles firent.
Este les vos toi droit as tentes
As Turs, la erent lor ententes.
Quant li Turc les virent la tendre,
3/180 Si nés osèrent pas atendre,
E cil vindrent, si se tressèrent
De toi le miclz qu'il i trovereot;
Quant li Turc les virent chargiez.
Si en orent trop bons marchiez:
3Â85 As serjanz tant tost s'esleisserent ,
Que plus de set mile en leisserent,
Que onques succurru ne furent
Fors de chevaliers qui corurent,
966.
Mais n'en i curut pas grantment,
3/490 Ainz i munirent eralment.
La fud Thorel del Menil morz,
Mais mult i ot fait grant esforz;
Si fud de lui le jor grant plainte.
Ç'avint en Tost, e altre meinte.
3/195 Maint assalt e meint estotie
Fist a Tost Deu la gent haie ,
Mainte aventure dure e laide
I soffri Deus por sa meisuade.
Sa gent ot Deus mis en esprove,
35oo Ausi com les sainz, com l'en trove,
Qu'il esprova par maint mesaise
Com l'em feit l'or en la forneise.
Mult en orent ja la soffert
Cil qui a Deu s'erent offert.
35o5 Si com il erent en sufrance,
Eth vos le barnage de France
Entor aust, al dreit passage.
Qui est einz le tens yvernage.
Lors vint li sires de Champaigne,
35 10 Li coens Henris, od grant compaigne;
Si i vint li cuens Tedbad de Bleis,
Mais il ne vesqui pas trois meis;
Li cuens Estiefnes ensement
Vint e murut sanz tensement;
35 1 5 Si i vint li preuz coens de Clermont,
Qui bons fud a Deu e al mont;
Si vint li cuens de Chaalons,
Qui iert forz home e halz e Ions;
Si vindrent tant aitre prodome
3530 Que nus n'en soit conte ne some.
Devant Acre, en ia demuree
Que la prode gent henoree
I fesoit por son salvement
E por amor Deu purement,
3595 Avint meinte grant aventure
Que Tom retint par cscripture.
eardi, 1 , iLir.
ArriviM? «les l>n-
ron» français.
Fol. a6 c.
Itinfraittim /ît-
curdi, I , iLVii.
Un Croité
<^cbap|)e p«r mi*
rade aut coupn
d'une pierri^re
sarrntine.
345 1 H 3A5a interreriiê — 3/i5/i Lores — 3658 forte — 8û6a mult manque — 3468 lore», ore —
3471 le necond lor manque — 3/177 ^^'' — ^^9* ^^* menil — 349a mult i fist — 3498 IssofTri — 35oo comme
len — 35oi mainte — 35o9 Gome — 35o4 sen erent — 35o5 suslance — 35o9 Lores
95
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
96
Ë meint miracle i taveneit
Qui des vertuz de Dea veneit.
' ^ En Tost aveit meinte perierc
M}3n Ou mult gent devant e deriere
Aloienl sovenl e venoienl,
E multcs choses avenoieni
Qui a miracle erent tenues
Ouant eles erent avenues.
3535 II aveit dedenz la citié,
Ço dit Teslorie en vérité,
Mult perieres si bien jetantes
Que aine ne vit len de tels tantes.
Une en i ot si jeteresse
35^10 Que trop esteit damajeresse ,
Qui nus depeçoit lotes veies
Noz perieres e noz ceroleies,
Car el getoit les pieres leles ,
Volanz come s'eussent eles,
3r)/!ir) Que dous genz coveneit a mètre
En la funde, sulonc la letre,
E quant la piere descendeit
E la funde aval la rendeit
Que bien plein pié parfont en (erre
Fol. a6 f{ 3550 Al chaeir la coveneit querre.
Iceste meismes periere
Feri un home el dos deriere,
E si li hom devcnist arbre
0 une columpne de marbre,
3555 Si Teust el par mi colpee,
Tant i fud el dreit açopee :
E ii prodom ne la senti.
Car Dampnedeus nel consenti;
En itel seignor doit lom creire,
350o Que tel miracle fait a creire.
iiMcrarinmfii- Issi com H tcns aveneiout,
cardi, I , XLTUi. ni i • .
Un Croiw? *^ piusors choses aveneicnt.
^cUapiH; |»r mi- Entre Avril et Mai en conchange
nifi<» a un coup ^ "
Avinl une aventure estrange
•fnrbaictf.
3505 En Tost d'un serjant ki esteit,
Ki el fossé del mur s'esteit
Armez de coife e de hauberc
E de parpoint a meint bel merc. .
Uns enemis al crealur
3570 Teneit une arbaleste a tur:
Al serjant traisl par une archiere,
Sil feri cl pis soz la chiere :
Le parpoint, la coiphe fausa
Si que oltre Tauberc passa;
3575 Li serjant ot al col un brief,
Merci Deu , quil garda de grief,
Kar li non Deu escrit i erent;
Ço virent cil qui illoc erent
Que quant li quarels i tucha
358o Qu'il resorti e resbucha.
Eissi feit Deus, quil prent en garde,
Que il n'a de nule rien guarde.
Issi com li tens aveneient, ^ûmmim»-
Ë piusors choses aveneient. carwoie «wo-
3585 II avint que hors des fossez lund'uaCroii^-
S'iert uns chevalers adossez ' ^ *7 «•
Un jor a faire sa besoigne,
Si com il a chcscun besoine.
Issi com il iert abeissiez
3590 E a sa besoigne aaisiez,
Des Turs qui erent en l'anguarde,
Dont cil ne se perneit pas guarde,
S'en parti uns grant aleure;
Si fu vilainie e laidure
3595 Qu'il velt al chevalier mal faire
Tant com il ert en tel affaire.
Il aveit Tanguarde esloignie
E veneit la lance esloignie
Al chevalier por lui oscire,
36oo Quant cil de Tost pristreut a dire :
rrFuiez, sire, fuicz, fuiezl?»
Il se fud a paines dresciez.
35a8 de manque — 353o Od — 3538 leles — 356 1 lole — 35/i3 ele — 35A/i C. seles c. — 3565 gent
— 3553 si home — 3556 Od — 3555 ele — 3556 ele — 3559 E en — 3570 arblaste — 357a Si, deiof
— 3578 Co vinînt co — 358 j qui. en mant/ue — 3589 Quil nal — 3587 affaire — 3590 E manque
97
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
98
Neporquant en piez se leva
E sa besoigne n'acheva.
36o5 Cil vint quant que chevals pot rendre,
Quil quida bien a tere estendre.
Mais, merci Deu, il i failli,
Car a la traverse sailli ;
E si prist en ses mains deus pierres
36 10 (Oiez com Deus est dreiz vengieres) :
Si com li Turcs ot son tur feit
Por retorner a son forfeit ,
E li chevalers Tavisa,
Sil feri com il devisa,
36i5 Enz el venir com il veneit,
D'une des pieres qu'il teneit
Desoz le chapel en la temple :
Cil cbai morz en cel contemple.
Li chevalier prist le cheval ,
3030 Si traist la reigne contre val;
Si vit cil quil me reconta
7 6. Que li chevalers i monta
E s'en ala jusqu'à sa tente,
Sil fist guarder en bone atente.
«Ai- 3r)Q5 Issi com li tens aveneient,
E plusors choses aveneient.
Une foiz ravint une affaire .
Dont l'em doit bien. parole faire.
Meintes genz as murs assailiouent,
363o E meintes feiz s'en deffaillouent;
Tels i aveit qui ne finouent
De pieres coillir qu'il portouent,
E li baron a lor destriers
I portouent e as somers,
3635 E meinte femme i reporta,
Qui en portant s'i déporta.
Entre les autres i portol
Une qui mult s'i deportot :
Uns Sarazins quil defendeit
366o Vit que celé feme entendeit
tqoi
OUI-
MÊh
Al fes de son col deschargier;
Si com el volt en sus marchier,
Cil treist a lui, si la feri,
E la femme a terre chai,
3665 Qui fud férue morlelment;
E tud li poeples eralmênt
Vint entor la femme acorant,
Qui se detortoit en morant.
Sis mariz la veneit poroques ,
365o Mais el preia as genz illoques.
As prodes homes e as dames.
Que il por Deu e por lor aimes
Feissent de son cors atrait
Al fosse ou ele.avoit trait,
36«55 Car ne voleit que sa charoine
Fust meis mise en allre besoine.
Ele se faiseit ja porter.
Quant Deus en fist l'anme porter;
E tel femme, ço dit l'estoire,
366o Deit chescons aveir en mémoire.
Issi com li tens aveneient,
E plusors choses aveneient.
Une autre aventure ravint
En l'ost, e d'autres plus de vint,
3665 Voire assez plus; mais ramembrer
Ne les sai totes ne nombrer.
Un jor hors d'Acre s'en issirent
Li Turc por noz genz que il virent ,
Qui estoient aie en fuire,
3670 Si com ues est a gent de guerre;
E s'en issi uns amiralz,
Granz home e de parage halz ,
Bellegemin esteit nomez,
Preuz e hardiz e renomez ,
3675 E li baron qui l'ost gardèrent
Contre les Sarazins alerent.
Cel jor fud l'ost mult eslormic.
Qu'il n*en voloient garder mie,
Fol. 37 c.
Itincrarivmlii
cardi, I, LIT.
Mésavcaturr
de l'amiral Bol-
legemin-
36o& n' manque — 36o6 Quil le — 3609 E manque — 36^5 vendent
- 3665 mortelemenl — 365o ele — 3659 Quil — 3656 mis — 366i veneient
8636 Quen — 366 sr eie
3663 raioini •— 3668 quil
tvraiMcaiE ritioiaik.
99
l'estoire de la guerre sainte.
100
Car tant ala gent en forage
368o Qu'il orent Tost en grant damage
E par devant e par deriere,
Que mult fud l'assaillie fiere, 8790
Mais noBtre gent les enchacerent
'M]Hô Toz, fors Tamirail seulement
Qui remist porpenseement
E voleit noz engins ardeir, 8735
Se il s'i peust aerdeir,
Kar issi Faveit pris en main.
3690 Une viole ot en sa main
Qui de feu grezeis esteit pleine :
Des engins ardeir ert en paine. 8780
Uns chevaliers le ala ferir
Qui lui volt son luer merir:
Fol. 27 £/. 3695 Le Turc a la terre estendi
E la violete espandi
Desur ses choses nécessaires, 8785
Si qu'il ot ars les genitaires
Del feu grezeis, que il estaindre
3700 Voldrent, mais n'i porent ataindre.
itiMntrwmBi- Issi com H tens aveneient,
*«** /, "« E plusors choses avencient. 87^0
qui îDsuiiaii in II avint par plusors fiées
Que les fauses genz desloees
370.5 Qui contre Deu Acre teneient
En som les murs en haut venoienl
E aportoient des églises 87^5
Les croiz qu'i estoient remises.
Sis batoient e vèrgondoient
3710 E eschopoient e feroient
El despit de fei cristiane :
Ne heent tant rien lerriane. 875o
Un jor si com uns Turcs esteit
Desur les murs e il bateit
3710 Une croiz de fust qu'ot trovee,
Mult Tôt batue e vergondee
8686 veri omii — 8687 ardeier — 8688 Si! se p. aardeier -
poront — 8706 mur — 8719 arblestiers — 8720 sablastc
rei na — 8762 e fora — 8766 quele — 3761 que manque
•Tonf
E ne la volt atant leissier,
Einceis la voleit compissier.
Quant uns arbalestiers corteis
Fist de s'arbaieste un enteis,
E joinst le quarel a la noiz :
Al Turc qui vergoudeit la croiz
Volt que tel feit lui fust meri;
Lors Tavisa e si feri
Le Sarazin par mi Tentraille
E lui perça cors e coraille.
Si chai mort, jambes levées.
Dont lor gent furent trop desvees;
E issi velt Deus que vengiee
Fust la croiz qu'il ot laidengee.
Issi com li tens aveneient,
E plusors choses aveneient
Un jor avint une aventure,
Ço conte Ambbomb en s'escripture,
Cons Turs s'en issi as nos traire
Si qu'il ne s'en voleit retraire,
E un Gaieis par aatie
S'ala traire celé partie.
Li Gualais ot nom Marcaduc,
Si n'iert filz n'a rei ne a duc,
E li Turcs ot a non Grair,
Hardiz, forz e de grant air.
L'uns traist a l'autre demaneis,
Gualeis al Turc, Turc a Guaieis.
Li Turc comença a enquerre
Dont li Gualeis iert, de quel terre.
Li Gualeis dist : <tJo sui de Guales,
ttSe feis que fols que tu avales. 19
Li Turs li dit : trTu siez bien traire.
rrVoldries un giu parti faire,
rrQue jo traie e que tu m'atendes
<t Si que nule pari ne te pendes ,
^E si jo fail, jo t'atendrai
rrSi que nule part ne pendrai ??)
8699 ardeier — 8699 quil — 8700 Voldronk,
-8736 Lores — 8781 veneieDi — 8760 na
8769 Si joD., pentes
Fol. s8 fu
iimmmml
CimUl l
Tare el ^
GalWf.
101
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE
103
3755 Tant lui dist e tant lui proia
Que ii Guaièis lui otreia.
Cil treist al Gualeis e failli.
Car al mestraire défailli.
Li Gualeia dist : ir Jo retrarai.
3760 (t Atenl mei.» Cil dist : «rNel ferai.
ffLai mei une feix encor traire,
(( E jo a tei deus fois sanz retraire. y>
ffGe Yolenters,* li Gualeis dist.
E endementers que cil quist
3765 Un dreit pilet en son torqueis,
E li Gualeis qui lui fud près,
s8 h. (^ui ne le velt prendre a cel fuer,
Descorda, sil feri el cuer;
Lors dist : frCoyenant ne tenis,
3770 Ne jo a tei, par sein Denis. ^
»^ Li Pisan qXii en Tost esteient
^^j^ E gent qui de la mer saveient
p*'' Firent un chaslel sor gualees
E deus eschieles granz e liées ;
3775 Toz lor veissels de cuir covrirent,
E del chastel autretel firent;
La tur des Mosches asi^erent
E mult i Irestrent e lancèrent.
Cil de la tur se defendoient
3780 Si bien que mult chier se vendoient,
E des gualees de la vile
S'en issi hors plus de deus mile
Sarazin guami de bataille
Por aidier a Tautre chenaille;
3785 Mais il traioient e lançouent
E de granz pierres lor jelouent,
Granz e pesanz, e dars aguz,
Bnisoient lances 0 escuz.
Quant cil del chastel assaiUoient,
3790 Cil a défendre ne faillouent.
La veissiez bien noz genz tiaire
E meint bel trait sor les murs traire;
3760 dit, frai — 3761 encore — 376a E mmmçim —
3781 E les — 3799 granz numque — 38of qnil i dr.
38io dampnedou — 3897 sertterrei — 3898 ferm
La veissiez pilez pluveir
E Turs mucier par estoveir;
3795 La veissiez proz genz osées
E assaillir par reposées.
Les eschieles furent dreciees
Contre la tur e adresciees
A grant force e a granz meschiefs,
38oo Car Fen jetoit desor les chiefs
As cristiens quis i dresçouent
Grandismes fusU que il lançouent,
Qu il n'alouent pas coardant,
E s'en relomerent a tant
38o5 Tant que le chastel alumerent,
Ë cil s'en vindrent jus qui i erent,
E jetent feu grezeis ardant
A grant bataille combatant;
Mais mult ot ainz en la marine
38 10 Grant glaive de gent sarazine.
Li chastels fud ars erralment
E les eschieles ensement
E li vessiel qui les portèrent.
Dont li Turc se réconfortèrent;
38 1 5 Et quant il virent la desfaute
Lors écrièrent a voit haute
E huèrent la gent haie
L*ost qui a Deu iert en aie.
Mult fud de ço descomfortee
3890 L*ost Dampnedeu, mais confortée
Refud de la grant baronie
Qui iert arivee en Sulie.
L'arcevesque de Besençon,
De sue part le començon,
38a5 Fist devant Acre un moton faire
As murs depechier e desfaire
De trop grant cost, s*ert bien ferrez
E mult estreitement serrez.
Haut e bas, devant e deriere,
383o Qu'il ne deust criendre perierre,
3767 nd V. — 3769 Lores ne d. — 3779 E di -
— d8os^ Grant dîmes, qait — 3807 jetèrent -
Toi. 98 a.
ItvurmnmmRi-
cmrdi, I, Lii.
guerre eooitnut
ptr i'archevéqui»
de Beetofon et
par le nmte
Henri de Ghamo
103
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
10&
Car del melz que Tem soU i mètre
Se vell Tarcevesquc enti^emetre.
Un altrc en fist li cocns Henris,
Bien covert e de mult grant pris,
:iH;{5 E ]i haut baron e li conte
Maint autre engin dont ne sai conte;
Mais de celui dont vous deimes,
Que Tarcevesque Gst de primes,
Vos dirons com il en avint
Fol. qS d. 'AHhn Devant les murs quant il i vint.
Li baron de Tost devisèrent
Cel assalt, ou il porparlerenl
Les engins que orent fait faire :
Fist chescon le suen as murs traire.
;i«'i5 L'arcevesque fist traire avant
Le muton dont jo dis avant,
- Ki iert de si riche faiture
Que il ne deust créature
Criendre par dreit ne par raison ;
:\Hî)o Si esteit fait com soz maison,
Un grant mast de nef dreit sanz nouz
S*iert en mi ferrez a deus bouz;
Dedesoz le muton estcient
Cil qui al mur hurter deveient,
.<855 Qu'il n'i aveient de rien dote.
Li Turc qui nos amouent gutc,
Tant sèche bûche i aporterent
E tant feu grezeis i geterent,
E feroient o lur piereres
AHiu) De colombes lotes entières
De liois pesanz e de marbres,
E i getoient fustz c arbres;
Si jetèrent en buz, en seillcs.
En peitailles e en oceilles,
'^805 Soffre e calran e siu e peiz,
E puis granz fuz après tôt dreiz,
E feu grezeis par en somet
I jeta la gent Mahumet ,
3883 que 1cm i s. i m. — 383^ mult manque — 3835 e li haut c. — 38/ta quil p. ^3868 Quii — 385o loi
manque — 385 1 sanz bouz — 3859 Si iert emi f. a deus nouz — 3853 Desoi — 3863 Si en j. en buthe»-
seilles — 387/i arblastes — 3888 toz ars les n. — 3890 del — 8901 vaillante
(.OUI liai ri u tour
'lu bélier «le l'ai-
■■htv«Vji:r.
Tanf^que del muton sen fuirent
8870 Li lueur e le guerpirent.
Li Turc as murs s'abandonoieat ,
Qui al muton toz jorz jetoient :
La veissiez les archers traire,
E arbalestes biaus traiz faire;
3875 La veissiez granz aaties,
E gent navrer de deus parties;
La veissiez bons vassals core
Al muton défendre e rescore ,
K a Tatreit desus abatre,
388o E Turcs jeter e Turs abatre
As défenses od lor ireies.
Qu'il aveient peintes e beies.
Tant i lancèrent q jetèrent
Que le moton nos enfondrerent
3885 E desclostrent la fereure
E tote Tautre enbordeure,
E le feu derechief lancèrent
Tant que tôt ars le noz leiseerent;
Mais U motons fud comperez,
3890 Car quatre vint des mielz parez;
E un admirait i perdirent,
Mais damage des noz refirent.
Eht vos atant Tassait remaindre,
Quant li mutons ne pot estaindre,
3895 Ke nul ne! peust remuer:
Eht vos Sarazins a huer.
Apres Haust a cel termine
Fu en Tost morte la reine
De Jérusalem, dont damage
3900 Fùd de feme de sou eage,
Car tenue iert a vaillant dame,
E por ço ait Deus merci de s'aime !
E si mururent deus puceles,
Filles le i^ei Guion, mult beiés;
3905 E par les emfanz qui mururent.
Qui dreiz hoirs de la terre furent,
Fol. sg a.
DMlrartiooda
b^Ker.
Mort ^ ^
reine Je J«w^
lem el «!«• ilc<"
filles de Gai èf
105
LESTOIRB DE LA GUERAK SAINTE.
106
I , IIVI.
Perdi pais le rei le reaume
Por qui il ot tanz cops sor Tiaume.
En Octobre après Seteinbre,
tmrimmRi-
. floué de ^^*^ ^^^ '^ kalendes de Novembre,
} navire*
»ar* d'A-
Jo« partie
traita.
r»l. -'g b.
Vint d'Alixandre une aitre estoire
Od grant orguil e od grant gloire.
A quinze vaissels les esmerenl
Cil de Tosl qui puis les contèrent.
3915 Li vaissel al soeurs veneient
As Turs qui dedenz Acre esteient,
Qui aveient mainte soRraite
E meinte grant \eilliee faite.
En Testorie veneit deriere
3990 Treis dromonz de mult grant manere.
Li galiot e les-gualees
Gardèrent devant lor alees.
Quant cil des veissels les servirent,
Pour eurent, si s'esbairent
3995 Qu'il n'i ot si preu ne si mestre
Que bien n'i volsist aillors estre;
Car il esteit tant vespre oscure
E il ventot a desmesure ,
Si que Testoire cristiane
3930 N'osa encontrer la paiane,
Ke tant lor grevoit la turmente
Qu'a sei ad chescuns mult entente.
Si corne la gent Sarazine
Veneit siglant de grant ravine
3935 E a meschiës en la chaane
Por rescore la gent paiane,
Eht vos gent a honte arivier,
Qui ne poeient eschivier,
E les vaissels degarochier :
39^0 Car el port d'Acre el rochier
Deus lor nés lor degarocha,
E tote l'ost l^s arocha ,
E furent les nés depechiees
E toz li plus des genz neiees.
3965 Lors vindrent crislien huant
Al rivage e les chiens tuant ,
E pristrent une. grant gualee
Qui ert a tere a force alee
Ou il ot mult vitaille prise
3900 E tote la chenaille ocise;
Mais li autre veissel entrèrent
Eu la chaane ou li Turs erent,
Qui v'assalment les atendirent,
Lances e glaives lor tendirent
3955 E tanz lanternes alumerent
Que li Sarazin ariverent;
E des Sarazins qui lors vindrent
Changèrent lores e retindrent
E mistrent hors les non poables
3960 E retindrent les aidables.
A feste saint Martin la grande,
Que ja encherist la viande,
Fud l'ost a l'endemain banie,
El non del fiz sainte Marie,
3965 Que vers les montaines ireient
E que as Turcs se combatreient.
La ot beneiçon retraite
E grant absolucion feite :
De Canturbirie l'arcevesques
3970 Les assoit od autres evesques.
Lors porvirent e ordenerent
Barons e gent qui l'ost gardèrent.
Eht vos l'ost al matin montée :
La ot mainte escbiele contée,
3975 La plus bêle gent cristiane
Conques veist gent teriane ,
Si cstreit serrée e rengiee
Com s'ele fust gent enBei^iee.
Grant iert )i fronz de Tost e larges
3980 E bien peust sofTrir granz charges;
E la riere guarde iert si plaine
De bons chevaliers qu'a grant paine
Fol. 99 c.
ItMerturiwn Ri-
cardi, 1 , LU.
Satadin se
voyant lor U
poiut dVtr« au
taqoé t^ènfait
tera les monta-
gaes (it nOT.
iigo).
391 1 QQ — 39 1 5 vassal — 89 1 8 grande — 3990 malt manqwB — 3993 lor s. — 393 1 Katant — 8933 com
— 3961 Que deus nef — 8965 Lores — 8969 encberret — 8963 iedemain — 3966 oombatereient —
3971 Lores — 8976 gent mampM — 8976 venist — 8978 seles fusent ; — 8980 grant
!07
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
108
Eu pcust rom le chief veoir,
Qui ne se alast en hait seoir;
3985 Ne getissiez pas une prune
Fors sor gcnt fervestue e brune.
Ko!. 99 tf. Eht les vos errant dreit al Doc,
Si n'eussiez pas cuit un coc
Que Salahadins sot de veir
.'{990 Qu'il iert a la bataille aveir,
S'il voleit cristiens atendre ;
Mais celé nuit fist s'ost destendre
E lor guerpi celé montaine
Ou il seeit e sa compaine.
3995 Eth vos a nostre ost une espie,
Qui lor disl que la gent haie
Ot celé montaigne laissiee
E s'en fuioit tote esleissiee,
Qui d'iloques se csloignoienl;
fiooo Por poi que noz genz ne poignoient,
lêuurm-nmBi' Mais grant folie fust del sivre,
Car nés poussent aconsivre.
Tares vnc ua E quaut bataille ne troverent,
auiettaïKfoar- Vers Caîphas tôt dreit tornerent,
«ger * Criph... ^^^^j. Q^ Y^^ ^^ ^yvj ^^gj^ ^jj^jjj^^
Dont al siège aveit meinte faille.
Eht les vos a la Recordane :
Plus tost que ostors no siut l'ane
Vindrent H Turc quis anguisoient;
'1010 Tant virent que il retomoient
E apoigneient a Tost traire,
Taburer e crier e braire.
Celé vespree se tendirent
Li pèlerin, si atendirent
Aotf) Jusqu'al demain a l'enjorner,
E se devient atorner
D'aier en dreit a Cayphas;
Mais la vitaille n'i ert pas
Qui lor i esteit encusee;
6oao Anceis Torent li Turc portée
Foi. do m.
Al malin quant il se levèrent;
E com il einz se reguarderent
Si virent toz les Turcs del monde,
Ço lor fud vis, a la reonde,
/toa5 Qui aveient lor ost assise,
Dont la terre en iert si porprise,
Sus e jus, e destre e sennestre.
Que l'ost volsist bien aillors estre.
Onques tel gent ne fud esmee.
/io3o Eth vos nostre ost aneire armée,
E se conreia de bataille;
Mais li Sarazin, la chenaille,
Ne se osèrent a els combatre
Ne sor si bone gent embatre;
/io35 E li pèlerin retomerent
Por repairier la dont tornerent,
Mais mult eurent ainceis ententes
Qu'il venissent jusqu'à lor tentes.
Ai chief del flum qui curt vers Acre,
* ., entre In ckri
/io/10 La OU il surst, ot grant maçacre ums «t (« iac
De chevaliers de deus parties, ^^}'^ "^
Ainz que les ostz fusent parties.
En celé jomee de terre
Fist la gent le rei d'Engletere
/io^i5 Od le Temple la riere guarde;
Mais il i eurent tote guarde.
Que Deus ne fist neiff ne grésille
Ne pluie en Mai quant il rosille
Que chee plus menuemeot
Ao5o Que li pilet espesement
En l'ost ausi tost ne cheissent,
Einz que noz genz d'illoc partissent;
Toz conreë s'en départirent
E vers Acre s'en revertirent;
&o55 Nostre ost se toma a senestre
Del flum, e le lor ost vers destre :
De deus parz le flum costeierent
E toz jorz s'entreherdeierent;
3987 les manqtte — hoio quil — Aoi 1 apoignent»— &ot6 en manque — âot7 ^ premier e tnéinque —
6099 tele — /loâo od — 6o56 ost manque
109
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
MO
M|mit
ik (i5
3o h, E de par ies doz gens veneit
^060 Tels genz qui soeurs li teneit,
Que li serjant qui erenl guarde
A pië de nostre ariere garde,
Qui deriere Tosl se teneient,
Les vis tomez as Turs veneient.
ho6b Icele gent s'iert trop gregiee
Ainçois que Tost fust herbergiee.
Par malinet a renjomant
S^alerent noz gens atornant
De repairer a Acre al si^e;
4070 Mais li Turc teneient lor triege
Al pont del Doc ou ja estoient,
Par la ou il passer deveient.
Ja voleient le pont abatre,
Quant Tost 8*en vint sor els embalro;
^075 Mais le pont si porpris aveient
Que li pèlerin ne saveient
Par ont il peussent passer,
Tant s'en i vindrent entasser.
Lors poinst de Lenzeignan Giefreis
6080 Sor un destrier qui esleit freis,
E cinc bon chevalier oveques
Poinstrent le jor o lui illoques ,
Qui si durement les ferirent
Que plus de trente en i cheirent,
ào85 Qui naierent el fluminaire,
E que voiant la gent contraire
Tant les ferireut e lassèrent
Qu'a vive force oltre passèrent
E que al siège ariere vindrent,
^090 Dont cil de Tost tut lie devindrent.
Contre la fin de cel passage
Que poi passoient fol ne sage.
Tôt le passage trespassouent
E neporquaut encor passouenl.
. 3o e. A095 Que que li poeples vint e crut,
E la vitaille lor descrut ;
Croifét
«le U
Mais trop lor aloit descreissant
Que que li tens aloit creissant,
N'il nule denrée n'avoient
Atoo Fors quant li passage venoient.
La riche gent en iert guamie.
Mais la povre en iert desguarnie.
Qui chascon jor se complainoit
Por la chierté quis destreineit.
Aio5 Li alquant aler s'en voleient,
Qui des mesaises se doleient ;
E la vitaille iert détenue
A Sur quant ele i ert venue.
Que li marchis faiseit tenir,
/il 10 Qu'el ne poeit a l'ost venir.
Or si orez del faus marchis.
Qu'il aveit porchacié e quis
Par hautes genz e par aveir
K'il voleit le riaume aveir,
/i 1 1 5 E tant fist e tant porchaça
E tant par son engin braça
G*une serur de la reine
Ki ja iert morte a cel termine,
La femme Raimfrei del Thoron,
/il 90 Qui iert tenu por hait baron,
Fud de cel Raimfrei départie
E qu'il la prist a sa partie.
Par tel covent que sa bataille
Fereit venir a l'ost sanz faille;
/iia5 Si l'esposa en sa maison
Contre Deu e contre raison.
Mult en grosça li arcevesques
De Canturbire, e 11 evesques
De Biaveix la lui esposa ;
Hi'60 Si ot grant tort qu'il le pensa.
Car li mardbift avcat esposes
Deus bêles dames, joefnes tosea:
L'une esteiten Costentinoble,
Bêle femme, gentil e noble.
Itinerarimm Bi-
ttrdi, I , LxiiJ.
Le marquis
Conrad veat
^oter la femme
d« Raiofroi do
TkoroD, hén-
Uèradaroyaomc
de J^roMlcm.
Oppodlion de
rareheviqiie de
Canlorbmy.
Fol. 3o d.
&071 del doi — /io73 voleicmt — 6078 tant en unrent — &079 Lores — &o8t oue loi — &086 qui —
&087 laissèrent — &089 E quant — ^096 encore-— 6099 noie mon^tce — àiio Qoele ne poeiet — httt Ore
— &ii9raimrriez — htth Frôt — AisGeenoontrer. — Aisytoroeuesques — éid3îert
111
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
112
Ln marquis ûi35 E Tautrc csteil CQ sa contrée,
rpouse la femmo ¥-« i , •
deRtinfroi.bien t* «a tierce aveit encontree;
.l"u fmL'''^^" ^ P^"* Ç^ " ^^^^ arcevesques
E allres genz, clers e evesques,
Cesl mariage contredistrenl
'ii'io E escomengierent e dislrent,
Corne cil qui Toserent dire,
Que il ot feil treble avollire.
No Deus n'iert a lor esposailles
Ne a iteles assembiailles.
Al AT) Quant li marchis ot esposee
Celé qu'ot long tens golosee,
Ses noces fisl e ses convives :
Ore en ot il treis totes vives,
Une en sa terre e l'autre en Tost,
6 1 5o E encor la tierce en reposl.
Mais dut venir del mariage,
Si Gst il cel jor e damage:
Car quant cil orent bien beu
Qui as noces furent veu,
A 155 As chams vindrent esbaoier
Corn s'il allassent torneier ;
Sarazin qui en aguait erent
Les enchacerent e hasterent,
E cil de Tost al cri saillirent;
'ii<)o Mais Sarazin pas n'i faillirent:
Le butcillier de Senliz pristrent ,
Mais nus ne soit ou il le mistrent,
S'il murut ou que il devint;
Mais que pris que mort furent vint :
11 65 Cil furent des noces paie.
(]il de Tost furent esmaië :
La sage gent plus en duterent.
E alquant encore quiderent
Que li marchis veir lor deist,
E que vitaille lor feist
Venir en l'ost par covenant;
l.«: iiouliiller
'le Svuli» tiil cii-
l<:vë le jour des
iioc'R par ic<
•Sarra'-in'-.
Fol. 3
1 a.
lliuttaiiyni Ri-
Cluiirad s'en
rfiuiirne à Tvr.
h fjo
Mais il s'en ala meintenant.
Il e sa gent e sa esposee,
Que aine puis n'enveia denrée,
A 175 Qu'il fud asseur de vitaille,
En l'ost ou ele fcsoit faille.
Fors a cels qui le mariage
Âveieut feit par lor oltrage.
Seigneur, de la mort Alixandre,
A 180 De la cui mort fud grand esclandre,
Ne del message de Balan,
Ne des aventures Tristran,
Ne de Paris ne de Heleine
Qui por amor orent tel peine,
Al 85 Ne des faiz Hartur de Bretaine .
Ne de sa hardie compaine,
Ne de Charlon ne de Pépin,
De Âgoland ne de Guiteclin,
Ne de vielles chançons de geste
A 190 Dont jugleur font si grant feste
Ne vos sai mentir ne veir dire
Ne afermer ne contredire ,
Ne jo ne trois qui le m'espongc
Si ço est veir 0 tôt mençonge;
A 195 Mais de ço que tantes gens virent
E qu'il meismes le soiErirent ,
Cil de l'ost d'Acre, les meschiefs
Qu'il orent es cuers e es chiefs
Des granz chalors, des granz freidures,
Aaoo Des enfermetez, des enjures,
Ço vo puis jo por veir conter,
E il feit bien a escoltier.
Ço fud en yvem, en Avenz,
Qui ramenoit pluies e venz,
A9o5 Que en l'ost d'Acre esteit la plainte
E le deheit e la complainte
De gent e maene e menue
Por la chiertë qui ert venue;
Les chai
pwl4lf«
va eooter
loaflranen
CroWs k
«M la 1
même.
Fol. 3i b.
j
cartf , I , un
HorriM« à
seCte au eu
An thréiMi*-
tii'SS le second c manque — AiAo £ escomeiant — Ai Ai Com — Ai A 2 Qiiil — A1A6 qui! ot —
^ii5o encore — Ai5i Muit d. — Ai53 il 0. — Ai55 ch. alassent — Ai 56 louncier — Ai 58 hastereent
— A161 de son lit — Aî63 quii — A166 E cil — A17& Quainc — A181 balaan — A188 Ne de, guiteeliik
— A2o5 Qiien — A a 07 le premier e manque
113
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
IIA
igcdcfl
Car el cressoit de jur en jor,
6910 Si se plaignouent sanz sujur.
Bien ior eslut, ce est vérité.
De si qua la Nativité;
Mais lors comença la deslresce
E ia famine e la laschesce :
691 5 Que que li Noels 8*en issoit,
E la chierté toz jorz cressoit.
Mult iert li muis de blé pesanz,
Qui costoit en Tost cent besanz.
Que uns hom portast soz s^aissele;
h%ûo Mult aveit ci freide novele:
Chiers i esteit blez e farine;
Doze solz valeit la geline,
E Toef vendeit l'om sis deners.
Tant esteit li tens pautonerss
6935 Mais al pain esteit la bataille
A cels qui en aveient faille,
Qu'il maldiseient le marcbis
Par qui il erent si aquis.
A»- Seignors, nel tenez a eschar:
i^93o Que en Tost Deu ne faillist char,
Les biaus destriers i escorchierent
E mult voienters les mangèrent;
Grant presse aveit a Tescorcier,
Si Tacha toit encore chier;
3i c. &9d5 Tut yvern dura la riote,
Si vendeit lem dis solz la rote.
Plus iert venduz li chevals morz
Que ne fust vifs par nui esforz.
La char ior sembloit savoree,
&960 Si menjouent bien la coree.
Lors maldisoient le marcbis
Par qui il erent si aquis.
mmA.. Chiers iert li tens, grant la défaite
1^ ^ A la gent basse e a la haute,
69&5 E neporquant qui ot aveir,
Cil qui pot la viande aveir,
Nis quant il la voleit doner,
Si ne Toseit abandoner
A tant de gent com i veneit;
AaSo E por ço chescons la teneit
Qu'il maldiseient le marcbis
Par qui il erent si aquis.
Ne fusent herbes qu'il plantèrent
E semences que il semèrent,
6955 Dont chescons feseit sa poree.
Ne fust la perte restoree.
La veissiez tanz biaus serjanz,
Bien gentilz homes e vaillanz,
Qui erent nurri en richesce,
6960 Qui par famine e par destresce,
Quant il veoient herbe nestre,
Il laloent manger e peslre.
Lors maudiseient le marcbis
Par qui il erent si aquis.
/i965 La curut une maladie,
Si atehdez que jo la die :
Par unes pluies qui donc plurent.
Que tantes ne teles ne furent,
Ke tote Tost d'iaue naiot,
6970 Chescons tussete enroot,
E emfloent jambes e chines.
Le jor aveit en Fost mil bières,
E de TemAe qu'es chiefs avoient
Les denz des huches Ior chaieient.
^975 Tels i aveit ne repassoient,
Quant il viande ne trovoient.
Lors maudiseient le marcbis
Par qui il erent si aquis.
Seignors, besoing feit meinte chose
6980 Dont Tem blâme meint home e chose.
En l'ost aveit de mainte terre
Maint home bontus de pain querre :
&909 6le — 69i3 lores — 6917 li muls — 6919 honte — &990 ici — A998 Par qui! estcieot si esquis —
âtdoQoen — /i9di8oiornerent — 6961 Lores — à9&9qtiile8teient — U^U^Eq. — à95imaklisein( — 6969 qui!
estaient — àa^àqpA — 4957 tanimanquê — 6961 Que quant v. — à969 Qui! — 6968 Lores — à^Qh quilesteient
— 6969 kwt deu diaue — Ufà'jSEiele. — à^j^'Anumqug — 6977 Lores — 6978 quilesteient — â989M.baUhontu9
8
Itinerarimm lli
eardi, 1 . Ltix.
On est rÀluit
à manger de
rberbe.
Ititu/wrium Ri-
cardi, I, Lxx.
La maladie m
met dans le
camp.
FoI.Si d.
Itinerarium Ri-
eardi, I. lxxui.
Aventare d'un
voleur de pain.
lartiiiBaie «ATionâLC.
115
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
110
As bulongiers le pain cmblouent,
Si que loi près les enpreignouent.
VjSo Un jor i ot pris un prison,
E por ilele mesprison
L'en mena cil qui pris Taveit,
Si! lia al mielz quil saveit
Les deus mains deriere le dos,
'1Q90 A Tostcl ou n ot point de ados.
Cil de iostel, qui forneouent,
A mont e a val torneioucnt^
Si ne pristrent del prison guardc;
E Deus, qui la sue gent guardc,
'iâg5 Rompi les liens de ses mains.
Il seeit sor un mont de pains;
Li serjant musèrent es voies :
Cil manja des pains tote veies
E si en mist un soz Taissele
A3oo Par dcsoz Tombre d'une sele.
Or ne fud pas trop a mesaise,
E quant il en vit tens e aise
Si s'en fui bone aleure
A Tost e lor dist s'aventure,
A3o5 As serjanz qui od lui esteient,
Qui a glaive de faim mureient.
Le pain que cil lor aporta,
Dont un petit les conforta.
Fol. 3a a. Celui mangèrent e partirent;
/i3io Hais onc guaires ne 8*en sentirent.
Eth vos la faim si esmeue
E lor mesaise tant creue
Qu'il maldiscient le marchis
Par qui il erent si aqais.
itiHerariumiii- u 1 T) Cil qul eu Tost 8C doleneienl
,, , Maint inrant meschieii sosteneient,
puueni aux ioG- Jfe nus ne VOS i)oreit contor
iMm et dftien- ^ ,
iioni n>THS;«i<. Que la mesaise pot monter
Qu il endurèrent e sostindrent
Dnk eo
fimif êA
trdw ftfcf
/iSao Al siège puis que il i vindrent.
Oiez quel perte e quel damage
D'orne qui Deus fist a sa image»
E quel meschief e quel laideace^
Qu'il renit Deu por sa dertresee !
6335 En l'ost fud la chiertë si grande
De tote espèce de viande
Que molt de noz genz s'en aloient
Od les Turcs, e se reneiouent.
Conques n'avint ne ne pot estre
â33o Que Deus de femme deignast nestre,
E la croiz e le baptistire
Reneiouent il tôt a tire.
Deu compaignon en Toit esteient, itimfrmh
Povre serjant, qui rien n'aveient
6335 For» un angevin seulement;
Si lor en avint maternent.
Car il n'aveient point, de veir.
Plus viande ne plus avoir,
Fors seulement lor armeures
6360 Senglement e lor vesteures.
Sor l'angevin fud la devise
En quel manière e en quel guiae
Viande en sereit achatee
A trespasser celé jomee ;
6365 A lor pelisces enquerouent
Saveir mon que il en ferouent. P«l« ^* *•
Tant firent e tant esgarderent
Que tresze fèves acbaterent :
Si troverent une perchteo,
635o E por ço qu el fost rccbaogee
Si covint Tun d'els Taler quere
Plus luinz de set arpenz de terre;
Mais cil qui la dut rechangier
La lui chanja a grant dangier.
6355 Cil vint arieres, sis mangèrent,
Por poi que de faim n'eragerenL
6a86 pris — 698G par — 6991 fornouent — 6s^s tomouent — 6397 serant — 6999 en
63oi Ore — 63i3 maldiseineot — 63i6 qail etteieut — 63i5 lott deu se — 43i6 griot
6390 qml — 6396 Quil ne DÎe d. — 6396 espcre — 6397 se aloienk — 633o femme ne d. — 439fl a
sire — 6337 dauior — 636o venlures — 6365 pelisces — 6345 quil -— 635o ele^ — 6356 Sî M
117
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
U8
m.
ïdet
du
PWif.
Quant les fèves furent alees
Ehl vos lor mesaises dublees.
Lars maldiseient le marchis
UZ6o Par qui il erent si aquis.
■ Ai- Une chose en l'ost Deu veodeienl,
Quarobles out non, ço diseient.
Qui ierent duces a mangier
E sis aveit Vem sans dangier,
/i.365 Por ie denier une denrée;
La iert ia voie bien menée.
De celés e de noix menues
I furent mult genz sostenues,
Mais cil qui malade gisoient,
6370 Qui le fort vin sovent bevoienl,
Dont il aveient grant marehië,
Esteient de vin si chargié,
A iço que riens ne menjouent
Fors ço que il meins coveitouent,
4376 Qu il morouent ça trois ça quatre;
E cil qui s'aloient eabatre
E repassouent e viveient,
Qui point de vitaille n^avoient,
Cil maldisoient le marchis
638o Par qui il erent si aquis.
> ft. Mainte mesaise ot en l'osl traite
Aiuz que vitaille i fast atraite,
N'il n est rage {ors de destresce
De faim , de pain quant il estresce ,
6385 Car la faim celui toz jorz haste
Qui de manger ad greignur haste;
Car a vive force mangèrent
Char en quaresme, si péchèrent.
Ço fud en la cape jeune
6390 Que chescons hom par dreit geune;
Mais furent penitencië
Quant Deus ot le tens avancië;
E quant issi la char mangouent
E del pechié se recordouent,
tlTlI.
pe de
ta c.
/1395 Lors maudiseient le marchis
Par cui il erent si acuis.
Tut cei yvem issi dura
La grant chiertë, que endura
La gont de Tost qui Deu quereit,
fifioo E esguardeit quel le fereit,
Del Noël jusqu'al grant quaresme,
Le sai de veir, non pas par esmc,
Que la ou Deus fist lost seoir,
Ke poi velt Tuns Taulre veoir.
66o5 Charité iert si refreidee
Que avarice iert trop esbaucie
E puis que avarice i sorvint
Li larges avoirs en devint;
E d'avarice, sani largesce,
tiUio I moreient gent de destresce.
Qui maodiseient le marchis
Par qui il erent si aquis.
Tant dura cek mesestance
Qu'il en estett trop grant parlance;
6 /il 5 Mais Deus voieit la gent apremdre.
Qu'il le deivent amer e criendre.
Li evesqne de Salesberes
Apeia ses fili e ses ireres
De De» e si les sermanà,
6690 E bone essample lor dona;
E li evesques de Vérone,
Qui bien iert dignes de corone.
Ne fud al sermoner feignanz;
Aiuz dîst parole» a teignanz;
6/195 Cil de Faunes en Lombardie,
Un evesque de seinte vie,
Represcba mult ateignaotment.
E ne demura puis grantment
K'en Tost fud faite une eoilleite
663o Por ia gent qui trop iert destreite,
Qui a grant chose s'eslendi.
Chescons mult bien i enlendi
La dîselle il un»
JcNo«I5Pâque9.
iHnerariitHt /?<-
Mrdi, 1 , Lxxviii.
Les «v«S)uef do
8a)Uburv,de Vë-
roue et de Fano
fonl faire une
collccle pour re-
courir les pau-
trrei de Tannée.
Fol. 39 d.
6359 ^^f>^* maldiseint — 636o Por qui! esteient — 636i Deu moii^, venderent — 6376 qiii4 — 6377 e
ienoeiit — 6390 Lores — 6396 Par cuil — 6398 quil e. — 6A00 E e. e qttei il ior freit — 6608 Si I.
— 6616 le manqué — 6696 Une — 6697 ateignament — 663o trop nuutquê — 6639 bien mmqm
8.
119
L'ESTOIKE DE LA GUERRE SAINTE.
ISO
As besoin us resazier.
La veissicz Deu grazier
/l'i^T) As povres gcnz quant il nienjouent
Ço que li riche lor donoucnt.
La ot Wakelins de Fcrieres
Mains perchiees, non mie avères,
E il e Robert Trossebot,
/iVio Qui lot le suen i mist a bol;
K li cuens Henris de Champaine,
Qui muit i fud de granl ovraine;
Sire Jocelins de Moptoire,
Cil doit esire poinz en Testoire;
^'ihï) E de Clermont li corlois cuens,
Qni i fud despenderes boens;
E levesque de Salesberes,
Qui n'i ot pas les mains avères,
E li autre qui Deu conurent,
6/î5o Qui meintes genz i sucururent.
La coilleite i fud bien donee
Par esguard c abandonee
Fol. 33 a As petites genz e as granz,
As chevalers e as serjanz ,
/i'i55 E as povres que il veeient
Qui greignor besoing en aveient,
A chescon solunc qu'il estait
E solonc ço que mesesteit.
Deu vit sa gent de bien esprise
/1/160 E que charitez se i iertmise.
Sis reguarda por celé acorde
Des oilz de sa miséricorde.
Bien avez oi puet cel estre
Le miracle le rei celestre,
Itinerarùim Ht-
larAi, I, Lxiix.
Arrivée d'un
riitrgwnent d.- /,/,(j5 R [restut cil Qui Tont oi
En deivent estre resjoi.
Al port d'Acre vint une barge
Qui n'iert guaires lee ne large;
En cclc barge aveit forment.
/1470 Or si porez oir cornent
Deus succurut cristientë
E de! chier tens fist grant pientë.
Por ço n'iert la chierté si grande,
Car en Tost mist assez viande;
/167.5 Mais li marcheant la tenaient
Por ço que chiere la vendaient;
Mais quant Deus qui est charité*
E fontaine d'humilitd
Vit en son poeple la laschesee,
/i/i8() Si comanda que la destresca
E la famine a tant cassast
E que li formenz abeissast.
Ço fud un samedi einz none
Que la barge vint od Tanone;
/i/i85 N*iert pas grant parole tenue
De la barge qui iert venue
Fors de cels qui le blë vendaient.
Qui a lor guain entendeiant.
La barge vint un samedi ,
khc^o Mien escient, après midi,
Que la ramena Deus damaina,
Prist le formant le diemaina
Qui esteit as gerniersgisans,
Que cil vendeient cent basanz,
/iAg5 Sil mist de cent besanz a quatre :
Tel marcheanz s'i dut enbatre
Qui tant et si tost ambati.
Oiez com Dampnedeus bâti
Un vassal e par son oltraga,
65oo Si ne fud mie grant damage.
En Tost d'Acre ot un Pisan
Qui si tint chier le blé cel an
Qu'il n'en voleit vendre denraa
Fors a chierté trop desreea.
/iSof) E Deus qui conuist chescon home
L'en Gst porter issi grief some,
Fîo delà
Mtto.
Fol. 33 b.
IhMtrmwmi
Un PiaB i|
veodrinobh
M BuiiM à
traite pir «■> >
renilie.
/i/i33 besoins — /i/i38 p. not m. -
'i/i56 en manque — 4A6i iceie —
fih'jb marchant — /i/iga dimaine -
blc — 45o6 desree
- fihfia oueraine — H '18 i manque — hMig que — 4455 quil vdent —
6/169 sa manque — /i/iC3 pucelcstrc — /ià68 lie — 6670 Ore —
- A/195 Si — 4^196 marchanz — hUg^j tant si t. a e. — 45oi ch.de
121
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Mi
I, uxii.
boodaoee
Cens qui
» le
itnKn.
33 c.
11, 1.
éedePbi.
ril 1191).
■Iran Aï-
m. n.
BfMfDOnS
le France.
Por ço qu'il s'i acostuma ,
Cuns feus sa meison aluma
Si que quanque aveit en maison,
âSio Quil aveit atrait saoz raison,
Fud tôt péri e ars en cendre,
Si que nus ne la pot desfendre.
Quant celé ovre Deu fud veue,
Eht vos la charité creue.
â5i5 Chescons prosdom s^eslargiceit
L'uns vers Tautre de quei que seit.
La veissiez reassazier
Les povres e Deu gracier;
E tuit c)! qui la char usèrent
&590 En quaresme se com fessèrent
E en pristrent lor penitance,
Car feit Torent par mesestance.
Treis cops d'on baston sor le dos
Ot chescons d*els, ne gaires gros,
â5s5 De Tevesque de Salesberes,
Qui les chastia com bons pères.
E a icele Pasche close,
Que Deus ot fait icele chose,
Vint li reis Filippes de France
/ir>3o. En Tost por veir e sanz dotance;
Si i vint 0 lui li cuens de Flandres,
De la cui mort fud grant esclandi^s;
Si i vintli preuz coens de Saint Pol,
Cui bien seeit escu al col;
'i535 Si i vint Guillames de Garlande,
Qui ot compainie mult grande;
Si i vint Willames des Barres,
Bons chcvaler e preuz e ares;
Si i vint mis sires Dreus d'Amiens,
65Ao Ou mult aveit proesce e biens;
Si i vint Willames de Merlo,
Un chevaler dont jo me lo;
E si i vint li coens de Perche,
Qui tut le suen i misl sanz merche;
txbiih E lores i vint li marchis
0 les Franceis, si com jo enquis.
E qu'en fereie autre parlancç?
Il ne remist hait home en France
Qui ne venist a Acre en Tost
â55o A cel termine, ou tart ou tost.
Li reis de France fud illoques,
E la cristientë oveques.
De Pasches jusqu'à Pentecoste,
La haute feste qui tant coste;
6555 E lors ot li reis de Epgleiere
Pris Cyprès, e vint en la terre.
Mais l'estorie me covent sivre
E la materie reconsivre
Del siège d'Acre reconter;
656o Si velt Ambroisbs parconter
Ici e parfomir son poindre
E Sun neu renoier e joindre
Des deus reis qui a Acre vindrent
Al siège e com il se contindrent,
/Î565 E de la some de l'estoire
De ço qui l'en vient a mémoire,
E coment Acre fud eue ,
Si com il vit a sa veue.
Quant li reis Richarz d'Engletere
iib^o Fud venuz en la seinte terre,
Issi com jo vos ai conté,
Si deit bien estre reconte
La corteisie e la proesce
Qu'il fist lores e la largesce.
4575 Li reis de France aveit donë
A ses genz e abandoné
Que chescon meis treis besanz d'or
Avreit chescon de son trésor;
Sin iert grant parole tenue.
658o Li reis Richarz en sa venue.
Quant il oi si fort affaire,
Si fist par nii l'osl sou ban faire
Ainbroise re-
prend la tuile (lu
r^cil dei é»ène-
ments dont il u
été li^moin orn-
Fol. 33</.
ItiiterariuM /?<-
eardi, 111 . ir.
Philippe doniif
Iroif besans d'or
k cbacao de ses
chevaliers. Ri-
chard en donne
qnalreanx uVfls.
&5o9 que manque, en sa m. — 65 16 desqne s. — 6619 mangèrent — 6533 prenez — hbhh Que —
6567 freie — 6569 Que — /i55o Ou a cel — 6555 lores — 656i Ici a parfongier — 6563 De
123
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
13&
L'armée est
iuipalicnte dn
donner l'assaut.
l'ol. 34 a.
Itinerarivm Ri-
rardi. 111. ▼.
Philipp; veut
attaquer, mais
Kichard e^t ma-
laHe et le prie
(rollendre en-
corr-.
Philippe atta-
que néanmoins.
Que chevaler, de quelque terre
Quil fust, qui ses solz voidreitquere,
4585 Quatre besanz d'or lui doroit,
E que issi lor acoreit;
£ ço erent les dreites soudées
Qui la soient estre donees.
Etb vos tote Tost resjoie
4590 Quant la parole fud oie.
Lors diseient les genz mepues
Qui pieç'a i erent venues,
E li menu e li maian :
rSire Deus, quant assaudra Tan?
4595 rrOre est venuz li plus vaillant
(rDes reis e ii mielz assailianz
rDe tote la cristienté.
rOr face Deus sa volenté.i)
El rei Richart iert lor fiance.
4Goo Lors li manda le rei de France,
Qui des après Pascbe iert venuz
E s^esteit mult bien contenuz,
Que bien sereit qu'il assaillisent
E que Tassait crier feissenl.
46o5 Mais li reis Ricbarz iert malades
E aveit bocbe c lèvres fades
D'une emferté que Deu maudie
Qu'en apele leonardie,
E manda al rei son malage,
46 10 E li manda que son barnage
Ne s'estoire n'iert pas venue,
Einz l'aveit uns tens détenue
Que l'em claime li venz d'arsur,
E l'aveit arestee a Sur,
4615 E que ses perieres veneient
E que par tens illoc sereient,
£ quant sa maisnee vendreil
Que mult volenters enlendreit
A tôt son poeir d'Acre prendre.
4090 Mais onc li reis de France atendre
Por ço ne velt, si Deus me sait,
Qu'il ne feist crier Tassait.
Al matinet par tôt 8*armerent,
Car assaillir mult désirèrent.
46a5 La veissiez tanz genz armées
Que a peine fussent esmees;
La veissiez tanz biaos haubers
E tanz belmes luisanz divers,
Tanz cbevals de bêles faitures,
463o E tantes blanches coverlures,
E lanz chevalers esleuzl
Aine n*en eûmes tant veuz,
Tanz bons chevalers, preuz, oseï,
Fiers e hardis e aloses,
4635 Tanz penoncelSf tantes banieres,
Ovriees en tantes manières I
Lors devisèrent e partirent
Ceis qui la guarde al fossé Greot,
Que Salahadins par deriere
464o N'entrast en Tost od sa gent fiere.
Le gent Deu vers les murs se treatrent,
E assaillirent bien e trestrent;
E quant ii Turc d*Acre ço virent
Que cristien les assaillirent,
4645 Lors peussiez oier soner,
Come se Deus feist toner,
Bacins e tymbres e taburs :
Ne faiseient autres labors
Cil qui de tel mestier serveient,
465o Qui del paleis Tost sorveeient,
Fors noisier e faire fumée :
C'ert a lor Sarazins mostree
Que il les venissent socure;
Si les veissiez lor acorre,
4655 Od i'atreit le fosse emplir;
Mais nel porent pas acomplir.
Que cil de Linzeignan, Jefreis,
Qui de proesce iert toz jor» freis.
F9l. 34
LmTq
en font I
Uoiboart
troBi|Mlb
pOVM b
4583 De rh. — 4591 Lores — 4598 Ore — 4599 alliance — 46oo Lores — 46oi Que — &6o5 Richan
tnanque — 4607 emfermete — 46a6 Qui — 463o tanz — 463a eurent — 4634 e oaei — 4687 Larei —
4645 Lores — 4646 Gom — 465o sorueneient — 4653 Quil — 4654 Si lorres les v. a. — &658 Que
1
125
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Ii6
i66o
Fol. 3i 6.
TrisUne des
n^qaivoieot
Tamot a
tné. Pbilipgr
derint
6665
/1670
4675
&680
6685
6690
/i
•««»•. Mort 45g5
*^»*. Abaf.
Vint a la barre ou il esteient,
Que 8or nos genz ja pris aveieot,
Sis reusa a force ariere
E en niist plus de dis en bière
D'une hache que il teiteit :
A tanz cops tanz en retenett
Que puis Rodland e Olivier
Ne fud tel k» de chevalier;
E refud la barre conquise
Que Sarazios aveient prise;
Mais il i ot aini grant mellee
E tel bataille et tel criée.
E cil qui Acre assaillirent ^
Qui les ibsseï a force emplirent,
Covint que arieres se traissisent
E que autre conseil preissent,
E fud que vers quarels se trestrent
E n'i lancèrent plus ni trestrent.
Eth vos Tassait atant remeindre,
Et le pofde crier e pleindre
E regreter eele venue
Des reis qu'il orent atendue.
Chescons diseit devant sa tente :
(tBiaus sire Deus, com povre àtente.N
Noz genz s'alerent désarmer.
Eth vos Sarazins a huer;
E quant noz genz se desannouent ,
E li Sarazin alttunnient
Al rei de France tote veies
E ses engins e ses cercleies,
Dont il li prist a) quor tel ire
Que Tem le sot, e Toi dire,
Qu'il en chai en maladie
Issi qu'il ne chevalchot mie.
Issi fud Tost en tele esta te,
Triste e petysive e ifioriie e mate,
Des deus reis qui malade esteient,
Qui la citië prendre deveient;
E li coens de Flandres ier mort,
Dont Tost iert en grant desconforz.
Que fereie ici autre conte?
6700 Li mais des reis, la mort del conte
Mistrent Tost si en grant destresce
Qu'il n'i ot joie ne leesce.
Fors de Testorie des enekes
Qui vint en cel contemple illoques;
6705 E lors vint l'evesque d'Evreues
E bonen gens qui erent sues;
Si i vint de Thoeni Rogiers
Od grant pientë de chevaliers;
E cil de Comebu li frère,
/1710 Plusors bons fiiz e tuit d'un père;
Si i vint Robert de Noefbroc,
A plus franc home ne m'abroc;
Si i vint Jotdans de Homez,
Qui iert conestables de Sei;
6715 E si i vint ii chambérlens
De Tancarvile en icel tens;
Li coens Robert de Leicestre
Iert ja venus, qui i voleit estre;
Si i vint Gilebert Taleboz,
6790 Uii des plus preuz vassals des noz;
E mes sires Raof Teissdns
I vint, n'est droit que lui leissoms;
E li vescuens de Chasteldon
I vint, e Benrans de Verdun;
6735 E si i vindrent li Tozeleis,
Hardi chevalier e corteis;
Si i vint Rogiers de Hardincort,
Compainz le rei e de sa cort;
Si i vindrent cil de Preals,
6730 Ço erent de» compaignons reials;
Si i vint Goarins le filz Gerod,
Qui bêle (^crtapaigDfie i dt;
E cil de la Mare enseifieât
I yini e bel e richensent;
Arrivée de nou-
veaux Croi8<'s.
Fol. 36 1/.
6663 qoH — 6668 stitma — 6676 E que ni — 66^ De deus — 6699 freie — 6705 bres, de uereues
6709 coTDube — 671s A pi. fr. oeBainroc — 6790 plia tnonçiM — 6739 belenum^
127
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
12H
Fol. 35 c.
ItbwariumRi'
Malevoûioe ,
pierrière du roi
«le France.
Pitrricres du
(lue de Bour-
gogne , des Tem-
pliers et des Hos-
pitaliers.
Pierrière de
Difu.
Pierri^res du
roi d'Angleterre.
'17:^5 E meint autre que ne nom mie,
Qui vindrent en la Deu aie.
Li dou rei malade giseient
Al siège a Acre ou il csleient.
Deus ne veit pas que il munissent,
'17A0 Mais que la citië sucurussent.
Li reis de France repassez
Fud ainz que li autre d'assez.
Les pereres as murs jetouent
Nul e jor, qu eles ne finouent :
'17/1 5 Li reis aveil Maie Veisine,
Mais en Acre ert Mafe Cosine,
Qui tote jor la depesçoit,
E il tozjorz la redresçoit,
E (antes feiz la redresça
/1750 Que iemaistremur depesça,
E la tur maudite ensement
Rot ele empeiriee grantmenl.
La periere al duc de Borgoine
I rcfaiseit bien sa besoine,
A 7 55 E celé as preuz seignors del Temple
Feri meint Turc joste la temple.
Celé as Hospitaliers faiseit
Uns cols qui a toz lor plaiseit.
Une periere i ot fermée,
/1760 Periere Deu estoit clamée,
U uns bons prestres preecha,
Qui tote Test esleesça ,
E porchaça tante moneie
QuMl mist bien del mur a la veie
/J7G5 Qui iert lez la maudite tur
Plus de deus perches tôt entur.
Li cocns de Flandres en aveit
Une eue quant il viveit,
Nule meillor n'estuveit querre :
A770 Icele ot li reis d'Engletere,
Si ot od celé une petite
Que Ten teneil por bone esiite.
Fol
Celés a une tur jetouent
D'une porte ou li Turc hantouent :
A 77 5 Tant la hurterent e bâtirent
Que la meitié en abatirent;
Si en aveit li reis fait faire
Dous noves de si riche affaire
Qu els jetouent totes covertes
6780 La ou els erent poroffertes;
Si ot fait lever un berfroi ,
Dont li Turc erent en effroi.
Qui si iert coverz e vestuz
De cuir, de cordes e de fuz
6785 Que ne criemeit pierre gettee
Ne feu greceis n'autre rien née;
Si fist faire dous mangoneU,
Dont li uns esteit si ignels,
Quant sa piere voleit en Acre,
6790 Qu ele aloit jusqu'en la maçacre.
Les sues perieres jetèrent
Nuit e jur, qu'eles ne finerent.
Si fud si veirs com nos ci sûmes
C'une d'eles tua douze homes
A 795 D'une pierre, qui fud portée
A Salahadin e mostree.
Que tels pierres ot en la terre
A porté li reis d'Engletere,
Gaus de mer qu'il prist a Meschines,
A800 A tuer les genz sarazines.
Mais li reis giseit contre lit.
Trop malades e sanz délit,
E aloit veoir les batailles
Des Sarazins e des chenaUlea
A8o5 Si près de l'ost e des fossez
Que ço li greroit plus d'asset
Que il ne poeit assembler
Que li mais quil feseit trembler.
Multpar fud Acre maie a prwdre, ^
A810 E mult i covint einz despendre * ^^
de
ItU
6789 qui! — 67/11 fud repassiez — 676» lautre — h'jUS la drescoit — 4754 reftit — 6767 bo^ttali — j^^-g
/i758 qua — A761 prêcha — Û771 od manqvê — A773 un t. — A779 des — /1780 eles — 6786 Qui ne p^
criemeient — /4797 teles — 4807 Quil — 6808 qui ii f. — 48io i numpu
129
L ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
130
**. m.„.
'P*«««l tto
''■ *» an S.r.
A mult engins que il i firent,
Qui a grans paines i soflirent;
Car quant il ne se regardouent,
E li Saraizin iorardouent.
681 5 Li reis de France ot fait un chat
De grant cost e de grant achat,
E une cercloie coverte
Trop richement, dont fud grand perte.
Le rei meismes se seeit
/jSao Soz la cercloie, si traieit
Sovent od s'arbaleste as Turs
Qui veneient défendre as murs.
Un jor, si com ses genz gueitouent
Son chat e cels qui i ovroient,
6895 Eth vos que Sarazin jetèrent
Tant sèche huche e aporterent
^ Sor le chat e sor la cercleie
(Que Ambroisbs vit ceie foie)
Qu'après le feu gi*eceis- lancèrent
^83o E une perriere adrescierent
Tôt dreit sor le chat a ferir,
Tant que le chat covint périr,
E la riche cercleie oveques
Fud arse e depecie illoques;
6835 Dont li rois ot al quor tel ire
Que il comença a madire
Trestoz cels qui son pain mangouent.
Quant des Sarazins nel vengouent.
Celé nuit fist crier Tassait;
486o Lendemain fist merveilles chait.
Estes vos al malin monté
La fiere gent de grant bonté.
Cet jor fist as fossez la garde
Tel gent qui n'esteit pas coarde ,
6865 Car tôt entor a la reonde
Aveit des meillors genz del monde.
A cei jor fud mult grans mesters,
Car Salahadins tut premiers
Aveit dit que il enterreit, Fol. 35 </.
685o E que lores s'i mostereit.
N'i vint pas, meis ses genz i vindrent ,
Qui al fossé tel estai tindrent
Qu'il erent a pié descendu.
La veissiez estai rendu
6855 E ferir de mace e d'espee.
La iert la bataille açopee ,
Car li Turc dehors se desvoent
Por cels de Acre quis acenoient
0 renseigne Salahadin.
6860 Ço iert Tamiralz Saphadin
E tel gent qui tel presse firent
Al fossé qu'a force remplirent;
Mais nostregent le reuserent,
E cil qui devers les murs erent
6865 Assailloient Acre adecertes,
Dont Deus lor rende tor désertes !
Li mineor le rei de France , tes Fmnçais
Qui lui aveient fait liance, ° !r\,'; "'";
^ ' mille elAcre et
Foirent tant par desoz terre y '«^"' ^'^^^'^
6870 Por le fondement del mur quere
Que d*estançons Testançonerent,
E puis après sis alumerent,
Tant c'un grant pan dei mur chai;
Mais un poi lor en meschai ,
6875 Car al chair jus s'acota.
Si que chescons hom se dota.
Eth vos grant gent la endreit traire
Ou il virent le mur atraire.
La veissiez tantes banieres;
6880 Enseignes de tantes manières
La veissiez a celé presse
De la paene gent engresse ;
La les veissiez avancier
E feu grezeis as noz lancier;
6811 quil, i manque — 6819 a grant paine -
68ti arbe — 6896 i manque — 683o pertiere —
li m. — 6869 quil entreit — 6859 dei e. —
6878 affaire — 6880 E tontes enseignes de m.
- 68i3 ne manqué — 6817 bien coaerte — 6890 Sor —
6836 Qoil — &84i Eht vos ^ 6866 meillor — 6867 ^^^
6857 aceooient — 686t iele — 6877 grant manqué —
iwriiiiKnir iiTio<i4Lt.
131
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
132
/fi.-ie/f.MKm/?!-
••f/-i/f , ill , i.
^lorl <r.\ubry
CK-inintqinveitl
fiHij
o
KoI. of) a, 'iSKj La vfissiex de deus pan traire
As escliieles ai mur alrairc.
La iiid fcix un granz hardemenz,
K ço (isl Aubcris Climenz,
(lil qui dist qu a cel jov niurreit
Ou (|uo dcdenz Acre enterreil,
Xi\ n'en dcigna onques mentir,
Ainz devint illoques martir.
Car sor les murs s'ala combalrc
As Turs qui Talouent abatre,
'1x^5 E tant sor lui en acurul
Que sci défendant i munit;
Car cil qui sivre le deveient,
Oui sor Teschiele ja esteicnt,
La chargèrent tant qu el plein
^oo E que al ploicr pccheia
E cil el fossé trébuchèrent.
Li Turc huèrent c crièrent ,
Si i ot de tels qui i mururent
Des noz e tels qui traiz i furent;
/1905 Mais d'Aabcri Climent sanz dote
Fud dcsheitie Tost trestote,
E por lui regreter e pieindre
Covint iccl assalt remaindre.
yM.cr»/i m/?! Ne demora mie granlment
%i ' . ' '. '«o»'* Puis la «nort Aubcri Climent
Qu il foirent la tur maudite.
ir.iiiv sous III
■'Mil MamlJle.
if)i;>
f\(j'i
n
Fol. :î(; /;.
Que jo avoie nomee e dite,
Tant qu*ele fud estançonee
E empeiriee e estonec;
E li Turc par dedenz focient
Contr'els al plus dreit quil poeienL
E tant que il s'ontrecontrerent,
E que triuues s'entredonerent;
E il i aveit crisliens,
Tenuz en fer» e en liens :
Tant park»ront onsf^mblo e firent
Que ril dedenz hors son issiient,
E li Turc de dedenz le soreat :
Sachiez bien que granl doel en orent;
hijah Le pertus par ont cil pasaerent
Afeilerent e amendèrent.
Li reis Richars giseit encore
Malades, si com jo dis ore;
Mais il veit que de sa baiUie
.^9.30 Fust la citi<i d*Acre assaillie.
Loi-s fist une cercloie traire
As fossez de trop riche affaire;
La erent si arbalester, ^
Qui bien fesoient lor mester.
/i935 11 meimes, si Deu me voie,
Se Cst porter soz la cercloie - — -^
En une grant coille de paile
Por faire a Sarazins contrailie,
E i fist incin trait d'arbaleste
^19/10 De sa main qui mult en iert preste
A la tur ou li Turc Iraioueni
E ou ses pereres jetouent;
E li suen mineor fuioieut,
E cil toz jorz estancenoient,
/i9/i5 E tant Torent estançonoe
E as periercs estonee, —
Qu*el tresbucha jus contre terre;
E donc fist li rois d'Engletcre
Crier par lost son crieor,
'4950 D'un mur qui ert josle la tnr,
Que qui un qnarel en Irareit
Que deus besanz d or ïea dcureit,
Puis en pramist trois o puîa quatre.
Lors veissiez scrjanz embatrc;
'4955 La veissiez tanz mahaignier
<êrdi, lil,
niriMrJ
l««le •Uaqi
Tille (6 j
1191).
Ilmtrum
\, III.
LhSmts
UqQfd)iio(
de RirlnrJ.
La veissiez tanz euverser
Qu'il n'i osouent conaverser
Ne demorer desoz lea taises,
/t9r)o E li mur iert mult hait e larges;
Fui. 36 f.
A 88 8 aubris — A 889 ninrctt — A 890 «ntreit — /1899 quele — A 900 qnal — 6917 qnil — ^913 de
69a h en ifKin^— A930 (lacres — 493a Lore» — 6933 arbleslcr — A936 9ov — A937 (ptinde — A939 i ma\
nrMastc — ^49/10 en manque — '19/12 E manque — Uç^Tyi un i-ipété — k^b^ Lor» — &960 mult hmm^
13S
L*ËSTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
13&
i toe
ia re-
Cl^ •
TMm Bi'
, II».
igUbiei
• mon-
brèfhr.
3H ti.
E neporquant (aoi i atrestrent
Que des quards hors dei mur trestrent.
Lors veissiez tani Turcs atraire
La ou les quarek virent traire,
6966 Qu a descovert s'abandooereot
A jeter a ceis qui trenchiereat.
Uns Turs s'iert armez richement
Des armes Auberi Ciimenl,
Qui le jor trop s'abandoiui;
'1970 Mais li reis Richan lai doua
D'un fort quarel el gros det pîz.
Que cil chai mon sanz respii.
Lors veissiez Turs descovrir,
Por le doel de celui covrir,
6975 Eas quarels abandoner
E traire e de granz cops doner.
Ne furent aine de tel defiense :
Merveilles ot qui s*en apense.
La n'aveit mestier armeure,
6980 Tant fust tenant, fort ne seure :
Dobles parpoitti, dobfes haubercs
Ne teoouent ne c'uqs drap pers
Les quarels d'arbaleste a tur.
Car trop erent de fort atur.
6986 E li Turc par dedenz foirent
Tant que li nostre s'en fuirent
E qu'il les covint remuer;
Eth vos Sarazins a huer.
Quant celé tur fud abatue
6990 Qui tant aveit esté batue ,
E la fumée fud eslainte ,
Si qu'il i ot montée mainte,
Lors s'armèrent li escuier, •
Qui esteient preu e legier;
'1995 E la fud la baniere al conte
De Leicestre en icel conte;
Si fud la mon seignor Andriu
De Chavingni en icd liu ;
La seignor Hugon eusement
5ooo Le Brun i vint mult richement,
E l'evesque de Salesbires ,
E autres de plusors ma tires.
Ço fud a hore de mangier
Qu'a ia tur se vindrent rengier.
5oo5 Li prea escuier assaillirent
Les gardes des murs s'escrierent
Quant il virent que cil montèrent.
Elh vos ia citië esmeue
5oio Quant oeie chose fud seue;
Lors veissiez Turcs apluveir,
E escuiers si tost moveir,
Qu'il voleient en Acre entrer.
La les veissiez encontrer
5oi5 E les Hiis as autres combatre,
Hurier e terir e abatre.
Li escuier poi de gent furent
E li Saraizin toz jorz crurent,
Quis ardeient a feu ardant;
5o3o E cil s'en viadrent reguardant.
Qui n'osèrent le feu atendre,
Ainz les en covint jus descendre;
E ne sai quanz en i murut.
Si com l'aventure corut.
5o95 Lors s'armèrent la gent de Pise,
Qui esteient de grant emprise,
E sus en haut del mur montèrent;
Mais Sarazin les rehasterent
Si durement que la bataille
5o3o Des Pisans e de la chenaiUe
Fud si forz e si desreee
Qu'aino ne fud veue rien née
Si bien deffendre n'assaillir :
Les Pisanz Qovint jus saiHir;
5o35 E se l'ovre fust mielz seue.
Acre fust icel jur eue:
L(-s Turcs r<»-
pousseot le» as-
saillants.
Fol. 37 rt.
A961 arestrent — 6963 Lores — 6966 a moii^ — A967 n ieii — 4969 Que — 4971 fort mmêque
— A973 Lores — 6977 aine manqué — 6983 arblette — ^993 Lores — ^999 Le — 5oii U>re» —
5oii E tMHUfuê — 5o95 Lores — 6097 del mur fMnquê — 5o3o pèNiiM — 5o3t si moii^, deaaree
135
L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAINTE.
136
r^i/io
JiijurnimmJîi-
•,'trdit 111 , 11.
Acconl entre
(jui cl Conrad,
soutenus , eeloi-
ci par Philippi>
• l cclui-ià par
Kichnrd.
ôo'lO
5050
Gui ffslc loi.
Connu] a Tyr,
Heyroul cl Si-
flou .
5o55
ijontàd «era oo()0
roi h la mort df
Gui.
Fol. 37 h.
Geiïroi ipçoit
iHiïa el Ascrlon.
lùna'ornim lit-
laidi, 111 » if .
Les iuGdèles
v'inl réduiU n la
d<?rnicre Mire -
Tîiit/-.
5o()5
0070
Mais li plus des genz qui cstcient
Fin l'ost a lor manger seeient,
E Tovrc fud fait en sorsalz,
FI par tant remist li assalz.
En Tost ot fait un parlement
Dont il vint un acordement
Del rei Guion e del marchis,
Qui mult fud porchacië e quis.
Le rei de France se teneit
Al marchis e le mainteneit,
E Kicharz li reis d'Engletere
Se teneit ai rei de la terre
Qui fud reis en Jérusalem;
E por ço si esgarda Tem,
Por ço que il ne s*entreamouent
E por le riaime estrivouent,
Que li reis Guis reis remaindreit,
Mais quant qu'ai reaime apendreit
Partireient, come des rentes;
Et li marchis Sor en atentes
Avreit e Barut e Saete,
Por fin de pais estable e nett«;
E si li tens si encoreust
Que li reis Guis ainceis murust,
Li marchis avreit la coronc,
E Jeflrei JafTe e Eschalone
De Leizegnan fereit ses bous
Del pais tant com sereit socns.
Mais li marchis tote sa vie
Porta as deus frères envie.
Fierre iert la gent e orgoillosc
lîln la citié e merveillose :
Se ço ne fust gent mescreue^
Onques mieldre ne fud veue;
Neporquant grant pour aveient
De la merveille qu'il veeient,
Que tôt li mondes s'atendeit
A els destruire e cntcndeit;
5076 E veeient lor murs perchier,
E eslroer e depecier,
E veoient lor gent bleciee
E ocise e apeticiee;
Et neporquant dedenz la yile
5o8o En erent encor bien sis mile,
E le Mestolt e Garacois;
Mais il n'esteient pas a chois
N'en espérance de soeurs,
E bien saveient tôt a curs
5o85 Que tote Tost iert en torment
Por la mort Auberi Ciiment,
Et por lor filz e por lor frères,
Por lor oncles e por lor pères,
Lor neveuz, lor cosins germains,
5090 Qu'il aveient mort de lor mains,
Dont les haouent veirement;
E saveient certainement
Que nostre gent illoc murreient
Ou que a force les prendreient :
5095 Ne poeient par el passer.
Un mur orent fait compasser
E fait en travers la citië;
Si vos di bien por veritë
Qu'il se quidasent mult défendre;
Mais Deus lor fist un conseil prendre
Qu'a nostre gent vint honorable
E as lor mortel e nuisable,
Si que Acre fud par cet affaire
Nostre sanz lancier e sans traire.
Li Saraziu qui en Acre erent
Pristrent conseil e esgardercnt
Que a noz genz conduit requerraent, *s»b.iinae
A Salahadin envereient, màn.
Qui esteit plevrz par fiance
5i 10 Que s'il veeit lor mesestancc
Qu'il fereit pais a lor devise;
Car si fud la fiance prise.
Fd. 37 r.
yioo
i>10i)
Us Sirra
carcméi *
Acn deaaJD»
5o46 E qui — 5o55 com — 5o6o ainz — 5o63 t7 doit y avoir ici une lacune aetez forte — SoyA ecb —
5076 eslorer — 5o8o encore — 5903 murcient — 609/1 qua — 5io3 icei — 5io& le iecond tamimmiauÊ —
ni 06 e garderont — 6107 condiuer requereient — 5io8 E que a — 6109 e. paeb par — Sut fireit
137
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
138
Conduit a noz genz demandèrent»
E a Salahadin mandèrent
5ii5 Qu'endreit els gardast sa hautesce,
E son renom e sa proesce,
E sa grand lei de ancesoriet
Que Mahumet ot estabiie,
Que ele ne fust empeiriee
5i9o Por cristiens ne abaissiee,
E que hasiif conseil preist
E que nul autre n'en creist
Fors des prodomes délivrer
Qu'aveit en Acre fait entrer,
5i95 Ki 1 orent tant por lui guardee
Qu'erent al prendre de Tespee,
E de lor chailives maisnees
ol. 87 i. Qui tanterent desconseillees,
Qu il n'orent de treis anz veues
5i3o Puis que les ostz furent meues;
Que d'els e de cels preist guarde.
Que ne murussent par mesguarde,
E qu'il aquilast sa Gance,
Ou ço seusl il sanz dotauce
5i35 Que il vers cristiens fereient
La meillor fin que il poreient.
Salahadins oi la plainte
De sa gent qui si iert atainte.
Et lor meschief e lordestresce,
5 160 E lor desbeit e lor fieblesce;
Si lor dfst del mielz qu'il saveit,
E respondi que il aveil
De Babiloine eu message 9
E que lui vendroit granl baruage
&1&5 Par tens en nés e en guallees,
Que il aveit pieç'a mandées
A ses prieuz genz d'Acre socore,
Qu'il ne voleit leissier encore;
E aveit mandé l'amulaine
lUin iear
tt itoir «I-
«( aanoBec
5i5o Que il vendroit en la semaine,
E si soeurs ne lor veneit
Que par la lei que il teneit
Qu'il fereit a lor salvetë
Pais envers la cristienté*
5i55 Cil alerent e si revindrent,
A cui plosors meschiefs avindrent.
Les perieres les murs quassouent
Que ne- nuit ne jor ne cessouent,
E li Turc tel pour aveient
5 160 Que par nuit sor les murs veneient
E se laissoient jus chaloer
Por pour de lor meschaier.
Message alerent e revindrent,
Salahadin entendre firent
5i65 E li distrent que mort esteient
S'il pais ou soeurs nen aveient.
Salahadins vit adecertes
Les granz meschiefs e les granz pertes
De ses genz e le grant damage.
5170 Lors prist conseil à son barnage,
E lor manda qu'il en fenUt
De ço que l'en lui requereit.
Li riche home e li admirait
Li respondirent tôt en hait,
5175 Qui ami et parent esteient
A cels qui Acre defendeient,
Qui hors les en voleient traire.
Qu'il n'i aveit fors de pais faire
La meillor que feire peust,
5i8o Ainzeis que noalz i eust.
E quant li soldans entendi
Ou chescon des barons tendi,
E il sot d'Acre le meschief,
Dont il ne poreit traite a chief ,
5i85 Volsist ou non, dist as messages,
Qu'il saveit a preuz e a sages,
lùntiarxum ht-
e^rdi, 111 , xf i.
Lee Tares aux
abois supplient
de nouveau Ba-
ladin de céder.
Fol. 38 a.
Itinerarnim Hi-
cardi, lU, xtii.
Soladin con-
sulte ses barons .
qui lui con -
jeillentdertndr*-
la ville.
5ii9 Quele — 5i3o fusent — SiSa Que manque — 5i35 Quil, frètent — 5i36 quil — 5i69 quil —
5i&6Quil — 5i5o vendront — 5i5a quil teneit — 5i53 rreit-^5i56 vers — 5t55 nmanqut — 5t57piere9
— 5t58 lé premier ne tnanque — 5i63 Mcssegier — 5i64 Qui a sal. — 5t65 li manque — 5iG6 s. naueient
— 5i68 e manque — 6170 liores — 5171 frail — 6178 del p.
13'J
LESTOIRE DE LA (i(JERRE SAINTE.
140
Fol. ;{« *.
Les barrasins
•lemandcnl la
pah.
CoDdilion» df
In pai\.
Le-, liroisc*
cuiisenlcnt à l.i
paix (i2 juilU-'
1191)
Qu'il graaiilot la vile a rendre,
Quant ne la poeient défendre.
Lors fud illoques poneu,
r)i9o Aiuz que li mes fusent ineu,
Lor offre que il offereient
As crisliens quant il vendraient.
Li messagior vindrent ariere.
Qui ne firenl pas laide cbiere.
r>i95 Eht vos ensemble le concilie
Des noz e de cels de la ville
Qui veneient lor offre faire;
A tant fist Tem le poeple taire.
Li Turc a un latimier firent
r>3oo Dire Fofre que il offrirent.
L'offre fud tels que il rendreient
La croiz ou li crisiicn creient,
E qu'il lor rendreient la vile ,
E de lor halz cheitifsdous mile,
5âo5 E ciuc cent d'autre gent menue,
Qu'il aveient pieç'a t^nue;
Que Salahadins fereit querre
E cerchier par tote sa terre
Lor armes e lor guarnesture;
r)'j 1 o E si que nule créature,
Quant li Turc d'Acre s'en istreient,
Ensemble od els n en portereient
Chescon par sei fors sa chemise.
Encore i ot une autre mise,
53 1 5 Que dens cenz mil besanz dureient
As deus reis qui illoc esteient
E de ço avreient en ostages
Les plus hauz Turs e les plus sages
Que fem poreil en Acre eslire
Par veeir e par oir dire.
\ostre gent a conseil se trestreni
E les covenances retrestrent,
Tant qu'en nostre conseil troverent
La pais e qu'il la graanterent.
.>-î20
5^35
Le jor que Acre fud rendue,
Si com jo ai lovre entendue,
Ot quatre anz, ço fud chose enquise.
Que Sarazin l'orent conquise;
Si ai en memorie e a main
r)33o K'el fud rendue l'endemain
De la feste saint Beneeit,
Mal grë le pople maleeit,
Que Deus de sa boche maldie,
Nel puis leissier que jo nel die.
53.35 Qui lores veist les églises
Qui ierent en Acre remises,
Com il aveient depechiees
Les ymagenes e enfacees,
E les autiers jus abatuz,
ôaho E croiz e crucifix batuz
El despit de nostre créance
Por acomplir lor mescreance,
E faites lor mahomeries!
Mais els lor furent puis meries.
5â65 En cel contemple, al mien entendre,
Que li Turc durent la croiz rendre.
Après ço qu'Acre fud rendue,
Eth vos la novele espandue
Par tote l'ost al rei de France,
535o Ou li poples ot tel fiance,
Que en France voleil retoroer,
E faiseit son eire atorner.
El merci Deu, quel retomee!
Tant fud malement atornee,
5a 55 Quant cil qui deveit maintenir
Tantes genz s'en voleit venir!
Il s'en vint par sa maladie,
Li reis ço dist, que que l'en die;
Mais nus n'ad de ço testimoine
5360 Que maladie en seit essoigne
D'à 1er en l'ost le rei demaine
Qui toz les reis conduit e maine.
itn
têrii
Oi
pari
Ucan
Jeta-
Foi.
ilu
tmrii
L
Frao*
po«e
son I
Iiidi
Croi»
Fol.
5187 grantol — 6189 Lores — 6191 quii oflreienl — 5196 De cds c de noz — 5ioo qui! — 5toi quil
— 5aoa creeienl — 5ioA E manque — 5qo7 freit — 691 A un — 5a 1 5 mile — ôsao veier — 5st& gitm-
terent — 533o Kele — 523i beneit — 5Q3n maleil — 6966 eles — 0960 li popie aiieit — 5953. deas
t41
L'ESTOIRB DE LA GUERRE SAFNTE
142
bilippe-Aa-
^ laiae au
<le Boar-
">• U foo-
Ge ne di pas que ii o'i fust
£ qu'il n'i meist fer ne fust,
5965 Plum e estaim, or e argent,
E ne socurust mcinte gent,
Com li plus haut reis teriens
Que l'en sache de cristiens;
E por ço dcust il remAiodre
5970 A faire son poeir sans faindre
En la povre terre esguaree
Qui tant ad esté comparée.
La novele fud desco verte,
Tote seure e tote aperte,
5975 Par Tost que li rois relornoit,
Qui chaseon jor s'en aLornoit.
Eth vos de France le bamage
Tôt plein de forsan e de rage.
Que le chicf dont il meûJ3re estaient
5980 En itel volentë veeient
Qu'il ne voleit por els remaindrc
Ne por plorer ne peur fomplaindre ;
E quant il ne poreni fin meire,
Tant ne se sorenl entremetre,
59B5 Si vos di bien qu'il le blasmouent,
E por poi qu'il ne reneiouent
Et lor rei c lor seignorie.
Tant haeient s^avoerie.
Li reis de France îerl sor son eire,
5990 Si qu'il n'en voletit home creîre
De taire illoc plus demorance
Qu'il ne s'en retornast en France;
Si s'en retôrua par s'esmuete
De barons e de genz grant muete.
5995 Lores leissa en cel chonchange
Le duc de Bergoine en eschange
Por lui od les genz de sa terre»
E fisi le rei Richart requerre
Que il lui prestast dons gualees.
Sdoo Eth vos ses genz ai porialees,
Si Yetn fireiit avcir dous beks,
E bien guarniea e isndes.
Qui furent mal gueredonees
Ë franchement abandone^.
53o5 Li reis Richarz, qui en Taie
Dampnedeu rcmist en Sulie,
Fist requere le rei de France ,
Vers cui il esteit en dotance,
Car lor père s^entredolerent,
53 10 Qui meinie feiz s'entregreverent :
Si volt qu'il kû asseurast
Ë que sor sainz le loi jurast
Que a sa terre mal ne fereil
Ne que il ne lui empeiréreit
53 1 5 Tant com il sereit el veage
Deu e el son pèlerinage,
E que quarante jorz ainçois
Lui mandereil par ses Franceis,
Puis qu'il ser^t dedeni sa terre,
5390 Qu'il ne meusl n<Mse ne guerre
Ne ne i fdsi nul grevement;
E li rois lui fist le serment
E mist en plege de halz homes,
Dont remeabrance encore arômes
539 5 Del due de Borgoine e del conte
Henri, e autres genz par .conte
En furent plege ou cioc on plus;
Mais ne sai nomer le surplus.
Li reis de France prist congië ;
533o Mais une chose vos contgië,
Que il ot plus malaiçons
Al partir que beneiçons.
Il e le marchis s'en alerent.
Par mer a Sur e si menèrent
5335 Garacois e la lor partie
Dos Sarazins qui fiid partie,
Dont li rois quidoit bien avoir
Cent mil besanz de lor avoir.
Itinerarium Hi-
carMf Ilf , nn.
Philippe -Au-
ga»le jure i Ri-
chard de respcc-
ier SCS Étuis rv.
son nhsrnc*».
Fol. 39 6.
Itinemrmm Ht-
earéi, III , mu.
Philippe -Au-
guste el Conrad
de Monirerrnt m>
rendent par mer
àTyr.
5tt63 «pùl — 5965 U premiir e fMnquê — &«66 £ qdl ne s. — 5i*99 Qui! — 33o3 guerdoooes — 53i6 el
— 53 18 mandreit — &3sb e le e. — 53^ congie — 533 1 Quil — 5338 nûie
1â3
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
lit
Lcsolages sar-
raûns oc don-
ncDt pas de ran-
çon ; Richard
prlte de Tar^nl
au duc do Bour-
gognp.
'■ard't . IV, I.
Largesses d«
nichartl envers •>o6o
les Croisas fran-
çais.
Fol. 39 f .
Dont il quidot ses genz tenir
»3^jo Desqu*a la Pasche e retenir;
Mais tut li ostage encorurent,
Dont li plusor a doel mururent,
Si que n'en fud prise maaille
Ne chose née qui la vaille
53^5 A celé foiz ne créature.
Fors demie la guarnesture
Que Franceis en Acre Iroverenl,
Qui meinte foiz le reproverent,
Qu'il n'i orent autres soudées,
5350 Sin furent des granz descordees,
Fors puis que li rois d'Engtetere,
Que li dux en ala*'requere,
Presta al duc sor lor ostages,
Dont il lor fist granz avantages,
5355 Del suen cinc mile mars d'argent,
Dont il soldeerent lor gent;
Mais ço fud puis après grant pose.
Le reis Richarz vit que la chose
E Tovre estoit sor lui tomee
E le cust por la retornee
Del rei, qui ne voleit remaindre.
Lors fist de son trésor ataindre
Or e argent a grant plentë,
Sil dona par grant volenté
5365 As Franceis por els ahaitier.
Ou il n aveit que deshaitier,
E as genz de plusors languages
Dont il aquiterent lor gua;j<es.
Li reis de France en retorna;
5370 Ë li reis Richarz se alorn'a,
Qu'il ne velt pas Deu oblier.
Lores fist somondre e crier
L'ost, qui puis demora quinzaine
Plus que le terme e puis uitaine;
5375 Car Salahadins ne velt mie,
Ou Deu ne plot, que qu'on en die,
I
Rendre as noz genz sa coveoanoef
Por quei l'ost fist tel demorance.
E li reis fist endementeres
538o Ses mangonels e ses perieres
Chargier, si qu'il fust aprestei;
Car ja trespassot li estez,
E por ço atomot lor affaire;
Si fist les murs d'Acre refaire
5385 Tant e plus qu'il n'en fist abatre.
Il meismes s'aloit esbatre
E les ovriers veoir ovrer;
Car mult tendeit a recovrer
A Dampnedeu son héritage ,
5390 Si lui ennuiot son estage;
E bien lui eust recovrë,
S'envie n'i eust ovrë.
Li termes vint des covenances.
Des sairemenz e des fiances
5395 Que Sarazins as Frans aveient;
Mais li cristien ne saveient
Que cil en vain les traveillouent.
Termes e respiz demandouent
Li Sarazin de la croiz quere.
5^400 Lors oisiez noz genz enquere
Noveles quant la croiz vendreit;
Mais Dcus ne voleit mie endreit
Que cels por cui l'en la dut rendre
Deusl guaranlir ne défendre.
56o5 Li nos diseit : «rEle est venue. «
L'autre diseit : rr Cil l'ad veue ,
ffQui fut en l'ost as Saraizins.v)
Si mentirent, ço fud la fins.
Salahadins sanz les soccurre
5/110 Leissa les otages encorre.
Car il quidot par la croiz faire
Une pais de greignor affaire.
Dementeres qu'il termoierent,
E li cristien enveierent
53&1 M. li 0. t. e. — 5363 Si que onques nen f. pr. maille — 53/i6 Ne une ne qui — 5368 Que — 5356 soldeenl
5358 vit manque , que la lach. — 5363 Lores — 5369 sen — 537&Pui8 — 5376 que quend. — 5887 ooereav.—
— 5/100 Lores -* 56oa ne se velt m. — 5&o5 dist— 5&o6 T manque — 5&09 les monque — 5&i3 Demeaten
-^
1A5
UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
ikS
ÈOàt
5&i5 Messages a Sur al marchis,
^ Si lui fud mandé e requis
^ Qu'il veuist les ostages rendre
inà E la part receveir e prendre
Que afereit al rei de France :
5&90 Ço iert demie la covenance.
Li evesques deSalesberes,
Li coens Roberz e un des frères
Des bons chevalers de Preials,
Pieres, li preuz e li leals,
5&95 Cil trei portèrent le message,
les Li marchis, qui iert plein de rage,
Lur respondi que no fereit,
Car en Tost aler n'osereii
For le rei Richart d'En^etere,
oa. 5&3o Qu*il cremeitplus queome en terre;
Ensorquetot, si ç'aveneit
Qu'il rendist les Turs qu'il teneit,
Volçit que la croiz fust partie,
Si qu'il eu eust sa partie,
5^35 E lores sereient rendu,
Ja plus n'i avreit atendu.
Cil oirent l'enrievretë
Del marchis plein d'oribleté,
Si sachiez que mains l'en preiserent;
bhho Mais a lor poeir l'achoiserent
E distrent que uns d'els remandreit
En ostages, e il vendreit
Devant le rei seurement;
E il jura son sairement
bhhb Que ja n'i portereit ses piez.
Cil s'en revindrent sanz congiez
A Acre al rei, si lui contèrent
Tôt, si que rien n'i mesconterent.
Li reis ot eschar e vergoine,
*B«oic 56 5o Si manda le duc de Burgoine,
BovN Si manda danz Droon d'Amiens,
^f^l Ou tant aveit proesce e biens,
QliDQ
• Goo. 56i6 mande fud — 5^93 De b. — 563i E sor qae
— 56/(9 not — 5457 E por qoei — 5463 ne prwe
5&7& Qnil, a comquere — 5483 Mais tant alerent a -
E Robert de Quinci oveques;
E quant li reis les vit illoques ,
5655 Si lor mostra la desraison
E le sorfeit, e la achaison
Por quoi li marchis ne veneit,
Por quel les ostages teneit,
E voleit partir al rialme
546o Senz porter escu ne hialme ,
E la vitaille ot destorbee,
Si qu'a Sur n'en veneit deoree
Que ne fust arestee e prise.
Dist li reis^ trCi ad foie emprise.
5665 ((Sire dux, aler i covient :
(rSi de folie nos sovient,
(tNus n'i feroms nule besoine.r)
Lors s'esmut li dux de Borgoine ,
E danz Dreus d'Amiens e Roberz
5670 De Quenci li preuz, li aperz;
A Sur al marchis en alerent,
De part Deu lui amonesterent
E de part le rei d'Engleterre
Que il venist a recomquere
5675 E a reguainer Sulie,
Si com il i clamot partie.
Cil lui diseient bonement;
E il respondi folement
Qu'en l'ost son pië n'en portereit,
56 80 E que sa citië guardereit,
Dont ne cremoit home vivant.
Assez alerent estrhrant,
Mais tant firent a la pertfome
Li trei messagier, li hait home,
5685 Que les ostages en menèrent
A l'ost en Acre ou li autre erent.
Li ostage furent venu ,
Cil qui a Sur erent tenu.
Et li termes iert trespasseï
5690 Quinze jorz, voire plus assez,
lot — 564 1 dist — 5663 seurerent — 5666 vindrent
— 5666 des folies — 6667 froms — 5668 Lores —
- 5684 Le — 5485 en amenèrent
10
Fol. 60 /;.
Le marquis
cède les oUget,
mail refaaede re-
joindre Richard.
Ithurwimm A-
uarii, IV, iT.
Richard fiut
maïaacrer les
otagva tarrMiiis
(to aoûl 1191).
U7
I/ESTOIHE DE LA GUERRE SAINTE.
1&8
Des covenanz que cil diseient
Qu'a la cristienté tendreient,
Donl li soldans s'iert defaitliz,
Qu'il fisl que faus e que failiiz,
5/195 QuaDt cels que a la mort livra
Ne rainsl ne ne délivra.
Lors perdi il sa renomee
Qui tant aveit esté nomee ,
Foi. 60 c. Car n'aveit cort el monde eue
55oo Ou el ne fust amanteue;
Mais Deus son enemi despose
Quant il Tad soffert.une pose.
Et son ami tient e surhauce
Et governe sa ovre e eshauce.
55o5 Mais Salahadin surhaucier
Né deveit plus ne eshaucier,
Car quant qu'il fisfet il ovra
Sor cristiens e recovra
Ne fud fors que Deus velt ovi*er
55 10 Et pars'ovraine recovrer
Son poeple qui iert desveiez,
Si voleit que fust ravoiez.
Quant li reis Richarz ot seu
De verte el aconseu
55 1 5 Sen dotance veraiement
Que ço n'iert fors delaiement
Que Salahadins lui fesoit ,
Mais lui grevoit e despleisoit
Qu'il n'aveit ja l'ost esmeue ;
55âo E quant il ot i'ovre seue
Que il nient plus ne l'en fereit
Ne qu*il cels ne r^uardereit
Qui Acre lui eurent guardee,
Si Aid si la chose esguardee
05 a 5 A un concile ou assemblèrent
Li hait home, qui esguarderént
Que des Sarazins ocireienl
Le plus e les autres tendreient ,
Cels qui erent de halz parages
553o A achater des lor ostages;
E Richarz li reis de Eng^etere,
Qui tanz Turs ocist en la terre.
Ne volt plus sa teste debatre, .
Mais por l'orgoil des Turcs abatre
5535 Et por lor lei desaengier
Et por cristienté vengier
En fist mener hors de la vile
Toz liez set cenz e deus mile,
Qui trestuit furent detrenchié;
55/to E dont furent li cop vengié
De quarels d'arbaleste a tor,
Les granz merciz al creator.
Eth vos l'ost criée e semonse,
A l'hore que soleil resconse
5565 Et que par tens chevalchereient
E le flum d'Acre passereien^,
El non Deu qui toz les biens done,
A aler dreit a Eschalone
Por conquere avant la marine.
555o Bescuil chargèrent e farine.
Vins e chars et estoremenz;
Si fud fait uns comandemeni
Qu'a dis jorz vitaille portassent,
E que li mariner guardassent
5555 Que lors venissent od lor barges,
Costeiant l'ost od tôt lor chargea,
E les enekes ensement
Venissent après prestement,
De vitaille e de genz chargées,
5560 Armées e apareillees.
Issi dislrent qu'il errereient
E que deus ostz partir iereient.
L'une par mer, l'autre par terre,
Que nuls ne poeit reconquere
Fol. ko
IHmrm
Rielun
ptre à I
TCfB Am
>it«ilcr I
5A95 qua — 5497 Lorcs — 6^99 corf — 55oo de — 55o3 eshauce — 55o5 sahadins aiihauder —
5507 ii manqué — 55io aoueraine — 55 1 A vente — 55 1 5 veraiment — 55« 1 Quil — 55as ne répété —
55aâ fud si la chose si — 553o A manqw — 55/i 1 carhiaste — 55/î/i lacune aprèt cê vên — 5545 que mmypiê
— 5555 lores — 5556 lor manque — 556 1 erroienl — 556-? frcient — 5563 Lan — 556A nuls home
ih9
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
150
Ai.
IV, Tl.
ol. h t a.
Ict Croisé*
5565 En autre manière Sulie,
Puis que li Turc Tont en baiilie.
En Tost qui en Acre ol esté
Uous yvers e tôt un esté
A grant meschief e a grant cost,
5570 De si que près le mi Aust,
let tuiriefl Que li reis ot Tocise faite
De cels qui bien forent forfaite
Vers Deu e vers ses pèlerins ,
Dont i] remist tanz orphenins,
5575 Tantes puceles esguarees,
E tantes dames esvedvees,
E tanz héritages leissiés,
E tanz lignages abeissiés,
Tanz eveschiés, tantes églises
558o Sanz lor pasturs seules remises ,
La munirent tant prince e conte,
Pont uns bons clers escrist le conte,
I)e toz cels qui en Tost munirent
E qui auques renomé furent,
5585 Sanz les maens e les menuz,
Dont ja ne fnst a chief venuz
Se il les i volsist toz mètre,
Car trop i eust cust e letre;
En la letre troya e dist,
5590 El fol que de sa main escrist,
Quen Tost murut sis arcevesques,
Le patriarche e douze evesques,
Estre les prestres el les clers
Dont nus ne peust estre cers;
5595 Si i ot mon quarante contes,
Dont li clers retint les acontes.
Et cinc cenz hauz homes de terre
Qui alerent la Deu requere,
Qui Deus assoille e il ço voiUe
56oo Qu'il en son règne les acoillel
Por trestoz cels qui la mururent,
E por trestoz qui s'i esmurent.
Por la grant gent« la menue
Par qui Tost Deu fud maintenue ,
56o5 Por toz a un acordement
Devons prier escordement
Que Deus en sa gloire celestre,
' Ou il fera merveillus estre,
Les acoille entre ses amis,
56 to Issi corn il lur ad pramis,
E por lor preu e por le noslre ;
Si en die chescon paier noetre.
Quant la chenaille fud ocise
Qui dedenz Acre s'esteit mise,
56 1 5 Ou tant nos livrèrent ententes,
Lors fist li reis Richarz ses tentes
Hors des fossez porter e tendre
Por Tosl esmoveir e atendre ,
Et fist serjanz a pié rengier
56ao Tôt environ sei e logier,
Por la fause gent saraiine
Qui veneient o grant ravine
E tote ure les escriouent
Quant nostrégent mains se gardoueiU.
56a5 E li reis, qui iert custumers,
Salloit as armes tôt premiers
E poigneit droit as genz haies ,
E feseit les chevaleries.
Un jor avint mi'il enchacerent
563o Et que le barat comencerent.
Eth vos que noetre gent s'armereul,
Li reis e cil qui 0 lui erent.
Si s'arma uns coens de Hungrie
Et de Hungreis grant compainie;
5635 Encontre les Turs s'en issirent.
Si i ot de tels qiû-bien le firent;
Mais trop chacerent longement,
Sin furent mené laidement :
Li coens de Hungrie fud pris,
56&0 Qui mult aveit en Tost grant pris;
Fol. 61 b.
Itinermium Bi-
cmriif IV, fn.
Richard campe
hors de la Tille.
ïiinfrmnmm Bi-
cmrdi, IV, vui.
Lee Turci at-
ténuent l'année.
&566 ToDl matujuê — 5568 un man^$ — 5570 Deati — 5577 leÎMees — 5678 aboiiMii — 5^79 euetques.
Uni — 558« boDt manquB — 558& E manque — 5587 Sil, i manqué — S^t manirent — 56oi celi
manqw — 56o3 e por la menue — 6616 Lorcs — 56^0 ». eiiogier — 56t3 !ure
Fol. iti c.
Vn comte lioo-
groi» cl Huguee,
marchai du roi,
■ont faits pri-
son niers.
t n .
151
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
153
56/j5
Comparaison
de la manière de
combattre des
Tares et de eelle
des chrétiens.
5650
56î>5
566o
5665
ItmetMrmm Ri-
eturdi, IV, n.
Fol. A 1 rf.
5670
Les Croisés
quittent avec re>
gret Saint-Jean-
d'Acre. 56^5
Si en fud Hugeloz menez,
Un chevalier de Peito nez,
Ki esteit mareschaus le rei.
La poinst le rei tôt a desrei ,
Qui quida Hugelot rescorre;
Mais menez fud a trop loing core,
Ke li Turc ont un avantage
Par quei il nos font grant damage :
Li cristien sunt mult arme.
Et li Sarazin désarme
Fors d'arc e de mace e d'espee
Ou de cane bien aceree
Et de cotel qui petit peise;
Et quant Tem les chace a la teise,
Il ont chevals n'a tels el monde,
Volant par "semblant com aronde;
Et quant li Turc est tant seuz
Qu'il ne poet estre aconseuz ,
Si a la custume a la mosche
Enuiose e plaine d'entusche :
Toz jorz chasciez e il fuira ,
Retomez e il ensivra. .
Alsi feseit la gent engresse
Al rei illoques meinte presse :
E il poigneit e il fuirent,
E retorneit e il siwirent;
Tele bore iert qu'il le comperoient,
E tele bore qu'il gaignoient.
Li reis Ricbarz iert en sa tente
Por Tost atendre en tele atente;
Pereçosement s'en issoient
Hors des fossez e poi cressoienl,
E la ci lie d'Acre iert si plaine
De gent que i poeit a paine.
Bien furent d'omes treis cent mile ,
Que dedenz que debors la vile.
La gent esteit trop peresçose;
568o
5685
. »
5690
5695
5700
5705
5710
Car la vile iert deliciose
De bons vins e de damiseles,
Dont il i aveit de mult bêles.
Les vins e les femmes hantouent,
Et folement se delitouent:
Qu'en la vile aveit tant laidure
E tant pecbië e tant luxure
Que li prodome bonté aveient
De ço que li autre faiseient.
L'ost s'en issi, qui iert somonse.
Si come chandeille en esconse
Destaint par vent quant il l'enforce,
Tôt autresi a une force
Covint lores en l'ost estaindre
La folie qu'i sueut remaindre;
Car totes les femmes remistrent
Dedenz la citié d'Acre e mistrent.
Fors les bones vielles ovrieres,
Les pèlerines lavenderes
Qui laveient cbiefe e dras linges
E d'espucer valeient singes.
Eth vos l'ost al matin armée
E par bels conreiz conreee.
Li reis fud en la riere guarde,
Qu'il ne perdissent par mesguarde.
Gelé jornée fud petite;
E si tost com la gent maldite
Eurent veu l'ost esmoveir,
Lors les veissiez esploveir
Des montaines, ça vint, ça trente,
Car lor pensée iert mult dolente
De l'ocise que la veoient
De lor parenz qui morz gisoient;
E por iço l'ost engresserent
E suvirent e apresserent;
Mais, merci Deu, rien n'i forfirent.
A tant noz genz d'iloec partirent
Défordm
Départ
Craii<i(atac
Fol. &1 a.
cèlent ram
56^3 de petto — 5666 trop tnanque — 565â iem le — 5655 nont t. — 5658 pocit — 5675 d^omes
manque — 5678 deliose — 5686 le premier tant manque — 5686 antre home f. — 5688 oom •—
569J soleit — 5696 i mistrent — 5695 cireres — 5699 arme — 5700 conree — 570a fud malt p. —
5706 come — 5706 Lores — 67 n engresserent
153
L^BSTOIRB DE LA GUERRE SAINTE.
15A
(tSaoAt).
,IV, 1.
5716 E le flum d'Acre oltre passèrent;
Si se tendirent e traverent
E sujomerent por atraire
La gent qui d'Acre iert fort a traire,
Qui a tel paine fud hors traite
5790 Ja ne pout estre ensenbie atraite.
do L*08t cristiene dont jo di
Passa le flgm un vendresdi;
Une feste fud lendemain.
Que nus ne fist ovre de main,
5735 D'un des desciples Dampnedeu,
L'apostle saint Bartholomeu ;
E le lundi après sanz faille
Si ot deus anz, que que i faille,
Que Acre aveit este assise,
5730 Qui lert des cristiens porsise.
Bi- E Tost s'esmut le diemaine,
. . ^ El non Deu qui tôt garde e maine;
•^ ra mar- Al matiuet par Tost montèrent
E lor batailles conreerent
5735 La veissiez chavalerie.
Fol. ù9 6. La plus bêle bachelerie,
La plus preuz, la plus esleue,
Qui devant ne puis fust veue;
La veissiez tanz genz seures
5760 E tantes beles armeures
E tanz preuz serjanz e osez
E de grant proesce alosez ;
La veissiez tanz penuncels
E tanz glaives luisanz e bels;
57&5 La veissiez tantes banieres
Ovrees en tantes manières,
Tanz bialz haubercs e tanz biais helmes.
N'a tanz de tels en cinc réanimes;
La veissiez gent aroutee
5750 Qui bien deveit estre dotée.
Le rei Richarz fist Tavant guarde
E tel gent qui n'iert point coarde.
Li Normant a Testandard erent,
Qui par plusors feiz le guarderent.
5755 Li dux e François, la gent fiere,
Cil furent en la guarde ariere;.
Mais tant se targerent d'errer
Que trop i durent meserrer.
L'ost errot joste la marine,
5760 E la cruel gent Sarazine
Erent es dones a senestre,
Si virent bien de noz genz Testre;
E une neule esteit levée,
Qui muH dut Tost aveir grevée.
5765 La rote esteit aclaroiee
E en un liu atenvoiee,
La ou les charetters enrouent
Qui la vitaille lor portouent;
E li Sarazin descendirent,
5770 Tôt droit as chareters tendirent,
Chevals e homes i ocistrent,
E del hemeis assez i pristrent ,
E desconfirent e perchierent
Gels quil menouent e chacerent
5775 De si que en la mer bâtant;
Illoc s'encombatirent tant
Que un seijant le poing colperenl,
Evrardz ot non, ce nos contèrent,
Hom Tevesque de Salesberes;
5780 Aine cil ne fist semblant ne hères,
Quant ot trenchiee la main destre,
Si prist Tespee od la senestre,
E a estai les ateodi
Tant que d'els toz se defendi.
5785 Etht vos tote Tost estormier
Le rei Richarz n'en savait mie;
La riere guarde iert arestee,
Tote esbaie e efireiee.
Les Sarrastiu
atUqatnt l«s ba-
gagat de I*arm^
(•5aoât 1191).
Fol. &a C.
6716 Si aeniendirent — 5718 La g. de qui — 6790 Ja oe detut — 6791 Lo ost — 579a 00a oe —
S715 des numquê — 6796 bartholmeu — 57I0 Qae deri — 6731 dimaine — 57^7 T. b. h. tant h. —
— 5769 iele — b'jbà regnarderent — 5769 desteodireot — 6776 qui — 6776 qnen — 6778 Eoradi, ce
co c. — 5779 Home — 6781 trenche
135
L'ESTOIHË DE LA GUERRE SAINTE.
fh6
lUrliiird met
en foi le !es Sor-
rasius.
Fol. /la d.
Lors poinst Johan le fiz Lucas,
5790 Sil dist al rei en es le pas,
E li reis vÎDt grant aleure,
Il e sa maisnee seure,
E retorna de Tavant guarde,
Si poiDSt as Turs jusqu'à Tanguarde.
0795 Plus tost que foidre entr'els se tnist,
E ne sai quanz en i ocbt
Ainceis que il le coneusent,
E mal veisin en lui eussent
S^un poi Teust seu ançois.
58oo La le fist si bien un Franceis,
C'ert de Barres li preu GuîUames,
Qui maint Turc fist flatir as palmes,
E cel jor tant s'abandona
Que li reis tut li perdona
58o5 Un mal talent qu a lui aveit.
Si que mal gré ne Ten saveit.
Les Turs a la montaine mistrent,
E ne sai quanz en i ocistrent
SalahadÎBS iert a meisme
58 10 A son esforz de paeinisme;
Mais puis que ses genz reîiserent,
Lors s'aresturent e musèrent ,
E Tost erra tote arotee,
Que cil aTeient desroutee,
L'arroéectmpe 58 1 5 Jusqu'a uu flum quo il troTercnt;
Es cisternes qu'il esproverent
La se traverent e tendirent,
En une grant place qu il virent.
Ou Salahadins ot geu ,
5830 Ou bien parut qu'il ot eu
Menr eilioee ost a desmesure
De l'engresse gent sanz mesure.
Celé jornee premeraine
Ot l'ost eue tel estraine,
58a5 Que li Turc de lor gueruierent :
Issi va de gent qui conquièrent.
au boni d'un
fleuve où Saladio
avait camp^.
Ço fist Deus por lor garison,
Que l'ost errastsanz mesprison,
Ë plus seree e mielz rengiee
583o Qu'el n'iert quant el fud ieidengee;
E il mult bien puis s'en penerent
E plus sagement la menèrent.
Mais mult engrejot lor ovraine,
Car par deriere la montaine
5835 S'en alouent ja la putaiile,
Salahadins e fa cbenaille ,
As pas estreiz ou il saveient
Que noslre gent passer deveienl.
Et aveient si l'ovre enpdse
58 60 Que nostre ost sereit morte ou prise
Ou qu'il tant s'abandonereient
Al mains qu'il la desconfireient
Nostre gent del flum se partirent ,
Mais petite jornee firent :
58/i5 Soz Chayphas s'alerent tendre
Por la menue gent atendre.
Soz Cayphas en la costiere
S'iert tendue la prod gent fiere
De deus parties tôt entor
585o Entre la marine e ia tor; ""
Deus jorz illoques sujomerent
Por lor bernois qu'il atomerent,
Si jetèrent ço que n'usoit
E retindrent ço que plaisoit.
5855 Car la gent de pië, la menue,
Iert a si grant paine venue,
Qui chargie esteit de vitaille
E des armes por la bataille,
Qu'assez en i covint remaindre
586o E de chad e de sei esteindre.
Quant l'ost Deu se fud sejomee
Soz Cayphas e atornee,
A un marsdi s'en départirent
E lor batailles eslablirent.
h
Fo
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pba
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5789 Loras — ^790 Si d., isoei p«8 — 6791 vient a grant — 6793 reeonia — 6797 qaÛ — 579S
laeiniit-^ 5809 meiiines — 58i9 Lorea, en m. — 58i5 quii — 58i3 lornee — 58f6 eu — 58é5
atténi — 583o Qui!, ele — 583i se p. — 58^7 Al pas — 58/i8 pnidp — 585i illoc -^ 5855 Ca
157
L'ESTOIRE DE LA UUERHE SAINTE.
158
5865 Li Temples feseit I avant guarde
E rOspitals la riere guarde.
Qui veistles eschieies faire,
Bien sembloit gent de grant affaire;
Si estoit Tost miel» avoiee
5870 Qu'el nefuda Tautre foiee,
E lor estut por le sujor
Fol. h3 b. Grant jomee faire le jor ;
Mais mult troverent el rivage
Grant espineî e grant herbage ,
5875 Qui grevbit la gent peoniere
E les fereit en mi la chiere.
Tote la terre iert enermie;
La veissiez mainte estormie
De la plentë de salvaginé
588o Qu'il troveient par la marine,
Qui par entre lor piez sailleient ,
Si que a grant plenië en pemeient.
BkhaH l'ar- AI chastel de Cafarnaon,
lao» Que abatirent cil que haom,
5885 La vint li reis, si descendi,
Si digna e Tost atendi ;
E cil qui voidrent si dignerent
E aprës digner si errèrent
L>nB«f campe De sî qu al casel des Destreiz,
trtnu 0890 Qui niert pas larges, mais estreiz.
lUoc vindrent e descendirent,
Si se traverent e tendirent.
Toz jorz quant fost iert herbergiee,
Al seir, ainz qu'ele fust cochiee,
5895 I esteit uns hom qui erioit,
E tote Tost s'en recrioit.
Car sa voiz esteit muit oie;
Cil erioit : (T Saint sépulcre aie! t)
E tuit après lui s'escrioient
5900 E lor mains vers le ciel drençoient,
E plurouent des oilz del chief;
E cil s'escrio derechief ,
Tant que treis feiz aveit crié,
Sin esleient mult récrié.
5905 Par jor iert fost tote seure;
Mais quant la nuit esteit oscure,
Lors aveient assez ententes
De vers poignanz e de tarentes.
Qui grant presse lur i faseient
5910 E qui les pèlerins poigneient,
E il tôt eralment emflouent;
Mais li hait home lor donouenl
Del triade que il aveient.
Que eralment les garisseient.
5915 Les tarentes presse lor lirent;
Mais les sages genz s'avertirent,
E quant les vermines veneient
E les genz les aperceveient,
Donc oisiez en fosl tel noise,
5990 En testimonie en trai Ambroisb,
Tel barate, tel bateiz,
Tel son e tel tambusteiz,
Batoient hiaumes e chapels,
Barriz e seles e panels,
5935 Escuz e targes e roeles,
Bacins, chauderes e paeles,
E les vermines s'en fuioient
Por la grant noise qu'il oioient;
E eom il plus s'i auserent,
5930 E les vermines reuserent.
Al casel ou l'ost s'aresta,
La se guami e apresta
Contre la cruel gent haie
Qui puis lor fist meinte envaie.
5935 Larges iert li leus e la place.
Deus jorz de sujor e d'espace
Covint al rei et a fost prendre
Por viande illoques atendre.
Lors vindrent (es vaissels illoqnes ,
5960 Barges e gualees oveques,
ItvMrwnMm Bi-
tardif IV, jju.
Les CiXHMS
■ont tourmeolés
pir les .taren-
tules.
Fol. 'i3 c.
Ambroise té-
moigne qa*on
réanit à les chas-
ser en fusant un
grand brait.
La flotte rafi-
taille rarmée.
5867 as e. -
589a que fust
3936 rhauders
5870 Qoele -
- 5907 Lores
- 5999 se a. -
5877 latente -• S886 lott li a. — 5887 voidret — 6891 liioc tendirent
- SgiB qail — 6916 sagenf — 6918 perctoeient — 6999 tel mmufm
5931 lost se reusa — &933€rueie — 6989 Lores
159
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
160
Fol. /i3 d.
Itmeranum Ri-
cardi, IV, xvr.
Marche de
i*arinée de Merle
h Casante.
Totes veies i'ost costeoient
E la viande lor portoient.
El casel s'estoient tonié;
E li reis aveit atorné
bgkb Al Merle ou il aveit geu
E toi iiloques porveu
Qu'il fereit cel jor Tavantguarde,
Qu'il n'eussent par devant garde,
E que cil del Temple fereient
5950 La riere garde e guaitereient;
Car Sarazin Tost aprismerent
E tote jor la herdeierent.
Cel jor poinst li reis d'Engletere,
Qui bien i dut grant los aquere;
5955 E ne fustle jor par peresce,
Mult i eust ovré proesce;
Car li reis e ses.genz cbacerent,
E tels i aveit parescierent,
Qui al vespre blasmé en furent
59G0 E qui par dreit estre le durent;
Car qui eust le rei seu,
Riche feit i eust eu;
Mais toz les Turs chaça ariere,
E Tost erra la sabloniere
5965 Bêlement petite aleure,
Car chad feseit a desmesure,
Et la jomee iert grant e grieve
Qu'il faisoient, ne mie en brieve,
E la chalors les destreineit
5970 Si qu'assez en i esteineit.
Icels feseit l'om enterrer,
Cels qui ne poeient errer,
Les traviiliez e les lassez,
Dont sovent i aveit assez,
5975 E malades e deshaitiez;
E li reis feseit qu'afaitiez
Fol. hh a. Quis faiseit porter es gualees
E es barges jusqu'as jomees.
Celé jomee a paine errèrent,
5980 E li herbergeor alerent
Desqu'a la citië.de Cesaire. '
La ot esté la gent contraire
E orent la vile abatue
Et trop damagiee e fundue;
5985 Mais q^ant il vint si s'en fuirent,
Et nostre gent la descendirent,
Si se tendirent e traverent
Oltre a un flum que il troverent :
Ço est uns ilums qu'encore est dii
5990 Ores li flums as cocatriz.
Ou deus pèlerins se baignèrent
E les quoquatriz les mangèrent
A Cesaire ou ad grant açainte,
La ou Deus fist ovraine mainte,
5995 Car mult hanta en la costieret
Il e sa companie chieref
Comanda li reis ses enekes
Qu'après lui venissent iUoquea,
E fist un ban par Acre faire
6000 Por la gent pereçose atraire»
Que es enekes se meissent
E que en l'ost por Deu venissent;
E il en i vint grant partie,
Ançois que l'ost s'en fust partie.
6oo5 Eth vos a Cesaire acostee
La riche estoire une vespree :
Od les barges s'acompaignerent
Qui chescon jor l'ost costeierent,
E aveient assez vitaille
6010 Des nés mal gré a la chenaille.
Eth vos l'ost endreit tierce haute,
Ço soit Ambroisb en fin sanz faite,
Armée e d'iloc esmeue,
E si fud mult bien porveue
59/ii Tote, costoient — 5966 al merie — 5966 E manque — 6967 freit icel — 5969 sermi— 6960 e
quil la freient — bgbà i manque — bgbb par manque — 6960 le manque — 696^ aabionoiere — 6970 ettreÔMit'
— 5977 aporter — 6981 Desqua a — 6988 quil — 5990 al c. — 6991 Od ceua — 6997 La c -^ 6001 Qui
— 68o3 i manque — 6008 Qui manque — 60 1& muU manque
161
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
162
Esioi
601 5 Et eslablie e atoruee,
Quel fereit petite jornee
Por Sarazins, qui aplovouent
Chescon jor quant il se movouenl.
Icel jor Tost tut encbaucerent,
>rtderémir 6o9o Mdis uu admirald i leissereiit
Tant loé de grant hardemenl
E de très grant force ensement
Que neuls faom nel peust abatre
Ne ne s'osast sur lui embatre;
6095 Car il avoit si grosse lance
Que dous groissurs n'aveit en France :
Çq fud Ayas Estoi,
Par non issi nomer Toi.
Li Turc por lui tel doel menèrent
6o3o Que lor chevals en escoerent,
E mult volenters Yen portassent
Se li cristien lor ieissasent.
A lant d'iloques se partirent,
E vindrent tant qu'il descendirent
6o35 Sor le flum mort, qu'orent covert
Li felum sarazin cul vert;
Mais descovert fu , si en burent
E par deus nuiz illoques jurent.
K- Del flum s'esmut la gent oseé,
«•rthe des ^^^® Quaut deus jorz se fud reposée;
«w,de u ri- Soef errot, nom mie en haste,
*« 8«w* (8 Par mi la terre povre e gaste.
Cel jor par la montaine alerent,
Car la marine illoc troverent
60&5 Si encombrée et enbermie
N. kk e. Qu'il ne peussent passer mie.
Cel jor fud fost plus près rengiee
Qu el ne fud puis nule foiee.
La riere garde fist li Temples,
6o5o Qui al sëir se grala les temples,
Car tanz chevals le jur perdirent
Por poi qu'il ne s'en esperdireut;
E li coens de Saint Pol ovecques,
Keperdi trop chevals illoqaes
6o55 Car tant soffri par bardement
Les Turs e lor hardoiement
E tant le jor s'abandona
Que tote l'ost los l'en dona.
Cel jor fud li reis d'Engleterc ,
6060 Qui de près les Turs aloit quere,
Nafrez d'un pilet el costë
D'un Turc qu'il aveil acosfcé;
Mais ne fud pas blescië grantmeni ,
Ainz lor curut sure eralment.
6o65 La veissiez pilez voler,
Chevals morir e afoler;
De pilez veissiez tel pluie
Que quatre piez de terre vuie
Ne trovissiez en l'entomee
6070 La ou l'ost Deu esteit tornee,
E tote jor issi dura
Cil enuuiz que l'ost endura
Jusqu'à! seir que li Turc se trestrenl
As herberges e se retrestrent.
6070 E nostre gent se herbergerenl,
A un flum salé se logierent;
Si veissiez illoc grant presse
As chevals morz de greinor gresse
Qui en cel jor occis i crent :
6080 Li serjant la char achaterent
Encore a mult chieres denrées,
Si i aveit de granz mellees;
E quant li reis oi l'afaire,
Si fist crier un ban e faire
6o85 Que a cui ses chevals morreit
E as pruz serjanz le dooreit
Un vif en fereit eschangier;
E cil les eurent sanz dangier
ilB 8011 1 har-
celés {Mir ieft
Turcs.
Fol. il fi d.
lismangeollfs
6016 Quele — 6017 quil aploueot — GoaS home — 6096 lui lembatre — 6o3o escorcerent — 6o39 le
lor — 6o36 Le f . — 6o38 illoc — 6o65 hermic — 6067 plus conreiec — 6oû8 Quele -— 6o5o al s. grala
•es — 6060 requen» — 6066 Gheualier — 6068 nue — 6069 Iroiasiei en len jornee - 6070 Deu mamfue
— 507a qui lare. — ^0791 manque — 608'^ en oi — 6o85 moreil •— 6086 len d.
1 1
larftiiiKKTr. KiTinniit.
163
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
16&
E les pristrent e escorcierenl
Thiqo e les bons lardez en mangèrent.
iivterarinm /?«- Deus jorz sujoinanz illoc furent
',' , ' Et al tien endreit tierce murent,
cmWsft irnvm Trestot conrcë de bataille;
In Tor^l «l'Arsar. /-i n i i» 11 «m
Car 1 en lor dist que la chenaiilc,
0095 Li mescreant, ii neir oscur,
Erent en la foroet d'Ârsur
E qu'en cel jor ralumereient,
E que si grant feu en feraient
Que Tost en sereit arostee;
Oioo Mais ele eira tote aprestee
Par la foret d'Arsur sa voie;
Si ne cuit pas que nus hom voie
Ne qu'en un liu nul ost veist
Plus bel eiTcr.que illoc fist;
0io5 N onques n'orent arestemcot,
Ainz errèrent toi quitement :
Mont d'Arsur ie jor trespasserent
E tote la forest passèrent,
E vindrent hors a la champaine
ih rampont Giio Herborgier soi en une plaine
viè^oê Rw-i!^ Sor le flum de Rochetaillee,
'"'"'^ Mal gré a la gent retaillée,
Qui de tanz lius iert apleae
Que cil dit qui l'ost ol veue
Gt i5 E sorveue e esguardee
Kol. fi^ a. E dreit al suen viaire csmee
Qu'a treis cent mile les esma,
Ou que de poi les laesesma;
E nosire cristien pas n'ercnt
Gi:)p Plus de cent ittile, ço^esmerent.
Sor le flum de Kochëtaillee
La jut l'ost I>eu e sa maisnee;
La se berbcr}» un joesdi,
E sujorna le vendresdi.
G 12 5 Le samedi a l'enjomer
Lors veissicz gent atorner
Chescon por sa teste défendre;
Car l'en lor fist le jor entendre
Qu'il ne i>oreient sanz bataille
Gi3o Pas errer vers la cuvertaille,
Qui de totes parz aprîamouent
Et lor batailles conreoueut;
Et por ieo l'ost cristiene
Se guarni si vers la paiene
Gi35 Qu'il n'i ot as eschicles faire
Que reprendre ne que refaire.
Richarz, le preuz reia d'Engletere,
Qui tant saveit d'ost e de guerre,
Lors devisa a sa manière
Gi/io Qui ireit devant e deriere :
Duze batailles conreerent
E par conreiz les devisèrent
De tels gens que, tant com eeift eovre.
N'en eust tant de gretnnr ovfe;
G 16 5 De lor cuers furent bien fiekié
En Deu servir c aficbié.
Li Temples fist cri jor Tans guarde
E rOspital la riere guarde;
Breton e Angevin ensemble
Gi5o Errouont après, ço me semMe;
Li Peitevin e li reis Guis
Erent après, si con jo en^ia;
Normant e Engleis cbevaleboaent
Après, qui le dragon portouenl;
Gi55 E rOspilafe errol deriere.
Qui fist cel jor la guarde riere.
La riere guarde fud gnamîe^
Le jor de haute baronie,
E fud par conreiz conreeo
GiGo Tôt coste' a coste e devisee
Issi serrd que* d'uae pome
' Ne ferissiez fors besteou home;
G089 c Jes escorcierent — 6090 bones lardii — 609a lien jor — 6098 E trestoz — 609^ freîeaC —
6103 home — Gio/i feist — 6109 vinl—- G116 vis — 61 17 Qui a — Giso mil — 61 a6 Lores— 61S6 ot
al — 0)139 Lores — 6i4o 0 qai d. — .^«^7 M icel j. lauant jyuardo — 61 5^ portonot — 6i56 fh^, fct
manque — 61.59 conroe
166
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE
466
M. 6;
;j c.
E durol de losl saraiine
De si que a val ia marine.
6i65 La veissiez lanles banieres
El tanles geni od vistea cliieres :
La ieii li ooens de Leiceslre,'
Oui ne Yobist pas aillora eslre;
Ë si esteit de Gornai Hues,
6170 Qui aveit genz bien coneues;
Si i erl Guiilames de Borriz,
Qui de ia terre esleit norris;
Si i erl Guaquelins de Ferieres,
E genz de diverses manières;
6175 Si i erl de Toeni Rogiers
Od grant pientë de chevaliers;
Si i erl ii preuz Jakes d'Avesne,
Qui Deu mist le jor en son règne;
Si i erl li coens Robert de Dreues
G180 E plusurs genz qui ereni seues;
S'i iert Tevesques de Biavez,
Qui vers son frère s'esteit Irez;
Cil de Barres, cil de Gerlandc
I raveient compoine grande;
61 85 Guiilames et Dreu de Merlo,
Cil n'en raveieut mie po;
Li lingnage ensemble erroucnl
El ensemble se recovrouenl,
Si que Tosl en iert si liée
6190 Qua paine fusl desaliee.
Li coens Henris, cil de Cbampaine,
Gardoil Tosl devers la monlaine :
Icel jor fis! la guardecosle,
E lozjorz chevaichoit encoste,
Q195 E li serjant de pi^ esteienl
Derieres Fosl, qui la cloeient.
Le herneis e les guarneslures,
Cbaretles, somiers, Irosseures^
Gerl encontre val el rivage,
6900 Qu'il n en eussent granl damage.
Issi errot la genl seurc,
Soef e petite aleure;
Issi erroient ii eonrei ;
Li dux de Bui^ine od le rei
6a o5 E prude gent bai^ie e (iere,
Alot devant Tost e ariere
E en costë destre e E^enestre,
Por veoir les Turs e lor eslre
E por Tost conduire e mener;
6a 10 E mult les en covint péner,
Car cndreit tierce avant une bore
Lor veneient luil li Turc sure ,
Plus de deus mile od arcs traianl,
Qui si vont lodt Deu embraçant.
6a 1 5 Après venoil oiie gent noire :
Les Noirez ont non, ço est la voire;
> E Sarazins de la berme,
Isdos e neits plus que n'est ^e,
A pië od ars e ôd roelés,
6aao Trop vistes genz e trop isneles.
Cil feseient à Tosl tel presse
Qu'il n'ftveiefit ne fin ne cesse.
La veissiez par la ôatiipaiûe
Des Turcs Uinte riche compâine,
6a a 5 Tanz ptfnuncels, tantes enseignes.
Tantes banieres od enseignes,
Tanz biais conreiz si acesmes,
Plus de trente mil Turs esuiës
Venir tant aeemeement
6a3o Droit a rosi desreeement
Sor chevals îsnels toane foldre!
Devant lor piez iert grant la pddre;
Devant les admirali venoient
Cil qui les buisifies tenoient,
6a35 Li autre timbrejs et taburs :
Ne faisoiml akres labtirs
Fors taburer ^ noise faire
Et buer et crier et braire.
Itinerarium Ri-
etwdi, IV, iviii.
Les Bédooiu^
ailaqaeul \es
ciiiéUcnii.
Fol. 65 1/.
6i64 quaual — 6173 iertlox jori n. — 6177 daueroe — 6179 Ireues — 6180 genz manque — 6190 futl
— 6199 encontre 0. — 6306 , 6uo6 intervertie — 6aii avant manque — 6aia luit manque — •6'îi4 Deu
manque — 6a lô venoienl — 6236 tant — 6a38 miie, adesiiies — 6980 Toi droit, desreemetit — 6a3i coni
1 1
167
L'ESTOIRK DE LA GUERRE SAINTE.
168
La iroisl i'oui pas Deu ioaant,
i\9Âo Tant il i ot taburs sonant.
La chenailie Tost cngressa
El assailli et empressa :
De deus liues lot eovirou
Ne veissiez plein mon giron
()t)A5 De terre voide ne de place,
Ne de rien fors de maie estrace;
E devers mer e devers terre
S'en alouent si près requere,
Od tel force e od tel oltragc,
6^50 Qu il lor faiseient grant damage
Des chevals qu'il lor ocieient;
Car trop de morz en i cbeoient.
iMult eurent cel jor grant mestier
Fol. 66a. En lost li bon arbalestier
Ga55 E li bon serjant qui traioient,
Qui deriere Tost se tenoienL
Cil quiderent estre enpercié,
Car il esteient si chargié
Qu il ne quidouent bore vivre,
()a6o N'escbaper s'en sain ne délivre;
E si sachiez bien tut de veir
Que li coard par estovoir
Ars e saetes jus jetouent
E dedenz Tostserebotouont,
Ga65 Eli hardi qui remaneient,
Qui Tost deriere sostenoient,
Aveient tel presse as talons
Que râlèrent a rebursons
Icel jor plus qu'autre aie urc.
6270 En Fost n'aveit gent si seurc
Qui ne volsist par bon curage
A veir l'ait son peregrinagc;
Mais de ço ne me merveil mie,
Car Tost estoit si estormio
6375 El coslé désire e el senestrc
Qu'onques ne fist home Deus ncstre
Qui veist gent si achence
Ne ost a tel paine menée.
La veissiez. led chevaliers,
Gi8o Quant 11 perdouent lor destriers,
t*ot a pié odies serjanz traire;
Si vos puis conter e retraire
Conques pluie ne neif ne graisle
Par grant yvern quant el s'esvelle
GaHô Ne vola plus espessement
(Ço sevent plusor si ge ment)
Que lor pilet illoc voloient.
Qui les chevals nos afoloienl ;
E la les poussiez coillir
GaQo A bracees e recoillir,
Come Tem coït chaume en estoble,
Tant i traient de la gent troble,
Sor noz conreiz tant s'espresserent
Que par un poi que nés plaiserent.
{\û(jo Lors manda FOspital al rei
Qu il grevouent trop lor conrei,
E que plus soffrir ne poreient
En manere s'il ne poigneient
Li reis manda qu'il se tenissent
6^00 E que lor meschief sustenisseAi;
Et il a force le sustindrent
Et a meschief lor voie tîndrent.
Mult Gst grant chaut celé jornee
Que Dampnedcus ot atorneç.
G3o5 Li chauz fud grant e la gent fiere
Qui la nostre enchasçoit ariere;
Si ne larai quejone die
Qu'il n'a el monde si hardie.
Qui veist l'espoisse e la presse
G3io De la paene gent engresse,
Le desrei e la grant emprise
Dont diables l'aveit esprise,
Qui n'eust aucune dotance.
Qui veist nostre mesestance,
Fol. 66
GaAo il loi - G*>5o le! damage — Ga5/i arblasiier — G9G8 Que mult r. — 6369 que aulre altre «. —
Ga75 E cosle désire es. — 0*277 acheiie — 6«84 ele — 608G plus s. — Ga()i Corn — OagS Lor — 6998 En
ttule m. — 63o6 Que — 63o8 Quil oit e. — 63 1 3 Oui! — 63 1^ raeslanco
169
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
170
Fol. ^6 f.
G3ir> S il ne cuneust lor custume;
Car tôt ausi com sor renclume
Forgent ferrona longues chaudes,
Toi autres! lor genz por baudes
Feroient sor la riere guarde,
63ao Dont meintprosdom iert le jorguardo
El il point ne se r^ardoienl
Issi com il faire dévoient^
E cil grant cuivre lor faisoient, '
6395 Quis conveoient a les maces :
La veissiéz des voides places
Endroit tels genz qui aillors fussent,
Qui a enui requeneussent
Que por les Turs estai gerpisscnt
633o Me por els plein pasguencheissent;
Mais la tôt autrement le firent,
Que fièrement se combatirent,
E se feroient en la rote
Par droite destresce e par dote;
r)33r} Mais ço n'iert mie de merveille,
Se aucons de ço s'esmerveille :
Car toz resforz de paenie,
De Damas de si qu en Pcrsie ,
Des la mer jusqu'en Orient,
63^40 M'avoit remis hardie gent,
Ne scure ne alosee.
Ne conqueranz ne preuz ne osée,
Que Salehadins neust quise,
Louée e proiee e requise
()3/i5 E |)orcbaciee e retenue,
Por la gent Deu qui ert venue,
Qu il quidot lores desconfire;
Mais n'i peusseut pas soffire,
Quar la flur de chevalerie,
635o Li grains de la bachelerie,
Gent tote duite de bataille ,
S'iert la levée de la paille
Itinerërimm tii-
c«rii, IV, \\\.
Vicloire des
Croisa».
De tote la lei cristiaiue
Por josleier^sor la paiene,
6355 Genz tote preuz e tote eslite;
E qui ceste eusl desconfite, Fol. 6u à.
Donc peust il bien en fin dire
Que rien ne losast contredire.
Grant iert la poldre e la chalor,
036o E les genz Deu plains de valor;
Fiers iert li poeples al diable,
E le Deu preuz e defensable;
î^ iert des Turs entasseiz
Plus espès que un plesseiz.
6365 Li cristien lor voie errouent,
E cil as dos les enchaçouent;
Mais poi lor porent damagier.
La veissiéz Turs enragier.
Le poeple al diable d'enfer,
6370 Qui nos clamoient gent de fer;
Quar tant avioms armeures
Que nos gens erent si seures
Qu'il en cremoient mains lor cuivre.
Cil metoient lor arcs en cuivre
6375 E venoient as maces sore.
Plus de vint miiiers en poi d ore
Sor rOspilal erent a forge,
Quant li unsd eisclama : tr Saint Jeorge,
((La irez vos nos issi confondre?
638o frOr devreit cristiènté fondre,
T Quant encontre ceste cbenaille
^ Ne se poroffre de bataille I ^
C'ertde Napes frères Guamiers,
Li mestres des Hospitaliers.
6385 Cil vint al roi, poignant en haste,
Si li dist : «rSire, len nos haste
(tOd trop grant honte e 0 laidure;
fr Chescons pert sa chevalcheure. -n
E ii rois dist : «rSoffrez, bel mestre :
6390 rrL'en ne puet raie par tôt eslre.^ P*»!- ^7 <*
6819 80
6356 cest -
0376 mile
- 633o guenchissenl — 6336 Sauçons — 635o La grain — 6352 le premier la manque
636o plaines — 6363 dcntasseii — 6366 les chacouent — 6867 V^^ ^^^ — ^^7^ seuros
- 6378 ii manqiu ~ 638o Ore — 6388 cheualchure
L
171
l/ESTOIKE DK LA GUERRK SAINTE.
172
Kol. A 7 h.
Cil viiil 0(1 son coiirci ariere;
Li Turc ciichaçoucnt derierc,
Si ([ull 11*1 ot prince ne conte
Qui on soi n'en eust grant honte,
iVMj:) Vj disoienl : trSeifjnors, poignomes!
rL'eii nos tendra por malvës homes.
'^Tel honte ne fu mes veue,
f? i^'onques mes par genl mcscreue
rcNen ot nostre ost tei reprover;
(•)'ioo rE se por aucon recoiilier
rXe nos offrions a défendre,
' 'T Ja i porrions trop atendre.^
Deusl quel perte, quel mescheanc^,
E quel doel e quel mesestance
r>/io:) Avint en Tost a cel termine,
Ou tant morcit gent saratine
Se pechië n'eust destorbiee
La pointe qui fud devisee!
Endementers qu*il devisoieni
()/i 1 o Celé pointe ou tuit s'acordoienl ,
Et avoient ja esgardd,
S'il l'eussent a droit garde ,
Ainçois que li conroi poinsissenl,
Qu'en Tost en trois lius establiseul
i\f\ 1 5 Sis busines qui soneroient
Quant vers les Turs retornoroieni ,
Deus devant l'ost e deus dcriere
E deus en mi d'autre manière;
E s'ensi l'eussent tenu ,
(')'iao Li Turc fussent tuit retenu;
Mais par deus homes les perdirent
Qui pas de poindre ne se tindrenl,
Mais tut preroerains s'eslaisserent
Si que deus Turs morz i laissèrent.
()/iâ5 L'un des deus fud uns chevaliers,
Li mareschals ospitaliers;
L'autre iert Baudowins li Caix>ns,
Qui ieri hardiz corn uns leons :
Compainz iert le rei «rEnglelere,
()/i3o Qui l'ot amené de sa terre.
Cist commencèrent le dosrei
El saint non del toi poissant rei;
Saint Jorge a haute voit crièrent,
E les genz Dampnedeu tornerent
0^135 Lor chevals ço davant dariere
Encontre la cruel gent fiere.
Lors poiust l'Ospital toi rengiei,
Qui mult ot este leidenget;
Si poinst li sires de Champaine,
Ohho E il e sa chiere compaine;
Si poinst Jakes d'Avesne illoques
E cist de son lignage ovecques;
Si poinst lores li coent Roberz ,
Cil do Driues, jo en sui tôt cerz,
V)^i/i5 Le evesque de Biauveii od lui,
Icil poinstrent ensemble andui;
Si i poinst li coens de Leicèstre
Vers la marine sor senestre;
Et tuit cil de la riere guarde,
()'i5o Un point ni ot de gent coarde;
E après poinsirent Angevin,
Breton, Mansel e Peilevin,
E li autre conrei ensemble.
Si vos dirai ço qu'il me semble :
()455 Que li prodome qui la poinstrent
De tels esforz as Turs se joinslrent
Que chescon ai suen qu'il alainat
Le fer del glaive el cors li tainat,
Si qu'il lui covint voidier sele.
G'jGo A celé gent semble novele,
Car il sorvindrenl come foldre :
La veissiez voler grant poldre;
Et tuit cil qui a pië esleient
Descendu, qui as ars traoient,
C/iOf) Qui mult eurent noz genx grevées,
Cil orent tes testes copees,
639a e. e ariere — 6899 Neii ot manqué — 6&0'J poiTuiis — 6ào6 i moreint q. — 6&1& Qui eo-^ 6A>9 ^
il V.. — G/isi les mistrcnt — 6ka3 tut li — 6A39 saiiil tnanque — G63G cnielc ut;nl et f. — 6â6o E
— 64/ii daiiemc -- G/i56 esforz manque, joistrenC --- 6AG0 gent manque — 666/i as ce I.
173
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
174
nf
Ë si com ii les abatoient
E les scrjanz ios ocioenL
E des que onques Ii reis Iroblce
VA^fO Vit Tost e qu'ei fud assemblée,
Des espérons al cheTal tendre
Dona ebaa pas sanz plus atendre :
De grant air le Icissa corre,
As premerains oonreiz socurre.
6^175 Plus tost que quarets fl'art)aieste,
(>d sa maisnee preas e teste,
Ala ferir en tas sor destre
Un conrei de la gent paestre
Si durement qu'il esbairent
(>^8o Des prodonies iju'il i sentiront,
Qui Imr firent Yoidier les seles :
Gisanx espès comc gavcles
Les veissiez gisir a tere;
*wftf% de E H TaHIanz rei d*Engletere
0^85 Les porsiwi e corut sore,
Qui le fist si bien a cde ore
Qn'entor lui avoit de charriere
Sus e jus, eneoste c deriere,
Des Sarazins qui mort cbaeient,
(îAqo Que Ii autre en sus se Iraieient,
>l. /17 d. E duroit bien des morz la trace
Demie liuue près d'espace.
La teissrez Turs tresbirchier
E Sarazins rfescheralchier;
0695 La veissiez poMre voler,
Que nostre gent du! aMer :
Car qvnnt de la grant presse issoient
Adonr ne s'entreconeissoient
Por la poldre qui iert levée,
65oo Si que lor paine en ert doblee.
Lors feroient destre e senestrc :
La oreat H Turc malveis estre;
La veissiez cops départir
E gent sanglent del champ partir:
^^70 de — 6/175 arhh'sle — 6/189 rom — 6486 icele
— 65of LoTTfl — 65 1 a Charf^jet — 651/1 com — 65 18
- 65^8 Qui — 6533 Cer — 6536 com — 6J>J6 0«i
65o5 I^a veissiez chair banieres,
E tanz penoncels de manières ,
Tantes bones trenchanz espees
E tantes canes acérées,
Tanz arcs torqueis e tantes inaccs
65 10 Peussiez prendre en plusors places ,
Quarels e pilez e seetes,
Chargiees plus de vint charetes;
La veissiez tanz Turs od barbes,
Morz gésir espès corne jarbes;
65 1 5 La veissiez caple tenu
De cels qui s'erent près tenu;
E cil qui abatu esteient.
Qui lor ehevals perduz aveient,
E cil es boisons se botouent
6:)ao Et es arbres a montmontouent,
E d*iloe les aleit Ten traire,
*Sis oissiez al tuer braire.
Tels i ot lor cbevals guerpirent ,
Que devers la mer s*en fuirent
65a 5 E saillirent jus des faleises, Vol 48 a.
Liis a val plus de dis teises.
Bien furent lor gent remees,
Que do deus granz liuues ferees
653o N'i veissiez fors gent fnitive, iwronie «les
Qui devant esteit si braidrvc;
Car totes nez genz retomerent,
E cil qui Testandard gardèrent
(C'erent Normant la gent seure)
Tote lor petite- aleure
6535 Retomerent une grant pièce
Issi, corne mis cuers sospiece,
Qu'aint empeirast mult Tautre atfaire
Que Tem lor peust grant mal faire.
Li poigneer qui od Deu furent
654o Après lor poindre saresturent,
E sj tost com il s^aresterent,
E li Sarazin recuvrerent.
— 6&88 j. e eneoste — 6493 Demi — 6698 ne manque
ch. alitttii — 65i 9 btuoins — 6&a9 Si — 6697 reuiwes
a. — 654 1 sareiiturent — 654^ recrorent
Jure
LeR Sarramofi
rcTwnoent k U
rhargr.
17:>
L'ESTOiaK DE LA GUEKKE SAINTE.
176
Fol. 'i8 h.
CurieuM! bail'
uièrf de Tekk*»-
Hin.
IMus de vint milicrs on venoicnt
Oui les maccs os poinz tenoicnl
<>5'ir) A rcscorre les abatuz.
La vcissiez les noz batuz,
Gels qui i Tost se retraioient.
Li Sarazin toz jorz traioient,
E si feroient od les maccs,
<')r)5o E quassoient testes e braces
Si qu'as arçons les enclinoient,
E ii prodome recovroient
Quant lor aleiue aveient prise;
Lors j)oigneient od grant emprise
0555 E se fereicnt es coureiz,
E les rompoicnt corne roiz.
La veissiez seles tomer
E Turcs gueuchir et relornèr;
La fud nostre gent si chargiec
65(10 Quele n errast pas une archiee,
Se li conrei ne s'arestasent,
Que chierement uel connperassenl.
La iert Famiralz Dequedin,
Un des parenz Salahadiu,
1)505 Qui ol portrait en sa baniere
Enseignes d'estrangc manière :
Ço esloit une baniere as braies,
Cerent ses enseignes veraies.
Ço iert li Turs qui ot volenté
0570 Haieit plus la cristient((;
Cil aveit en sa compaignie
Plus de set cent Turs de baillie,
I^ gent Salahadin domaine
Qui conquisse fusl a grant paine.
0575 Chescons conrei a sa manière
Aveit une jalne baniere
Od penuncel d'autre teinture;
E vint de si grant aleure,
Od tele frainle, od tele emprise
<;r)8o De ferir la gent bi(^n aprise,
Qui a Testandurd retornerenl
Od les armes que il portèrent,
Qu'il ni ot si preu ne si cointe
De toz qui a icele pointe
6585 N'eussent assez a entendre.
La veissiez noz genz atendre,
La veissiez meinte aatie,
La veissiez fort départie ,
Car ariere a l'ost s'en revindrent :
6590 Car Sarazin si cort les tindrent ^
Que loz les cors i chancelèrent,
Si que poi genz i retornerent;
Ainz les paioient sor les helmes,
Quant des Barres li preuz Guillames
(>595 Fist un poindre que tuit proiserent : Fol. 6^
Car il e ses genz se lancèrent
Par entre les noz e la presse
De l'enuiose gent engresse,
E si durement les ferirent
6600 Que ne sai quant Turs i cbairent,
Qui onques puis ne virent guerre.
. Et Richarz li reis d'Engletere
Repoinsl par devers la montaine,
Il 0 sa hardie compaine,
660 5 Et seeit el favel de Cypre
(xN'ot tel cheval de ci qu'a Ypre),
E fisl tantes chevaleries
Sor les laides genz enemies,
Qu'a grant merveille l'esgardouent
6610 Corn il e ses genz assemhloent.
Tant les reuserent e tindrent
Que noz genz a Testandard vindrent,
E dcrechiof se conreerenL
Lors chevalchcrcnt e errèrent
C6i5 Jusqu'à Sur ou il descendirent;
Lors se Iraverent c tendirent.
6563 mile — 65/i6 abaluz — 6569 E manque — 655o El i q. — 655/!i Lores — 656:! Qui — 6566 aalidin
— 0566 Une; euscigno — 6577 od anlic t. — 6078 si tnnnqwi 658'j qiiil - 658 'i celé — 6585 Ni e.,
assez r<7;^'/« — 6591 i nuuujup — 059*1 P*^* manque — 6593 pitiol Olioi jjairr - OOoa El li preui reis —
r»6i3 romeiiceronl — 60i'i Lorcs — 661 5 il mnnqw ■-- 6616 L.on's
177
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
178
c
réi. IV. U.
Car bien iert hore d osteJ prendre.
Qui au seir volt a guain tendre
Si vint la ou fud la bataille,
6690 Si guaigna assez sanz faille;
icUMre finale Si distrcut cil qui i alerent
Qui des Sarazins morz contèrent
Que trente dous barons de terre,
Admiralz, k'il vindrent puis quere,
66a5 En cel champ a cel jor mururent,
Et set cent Turs qui illoc esturent,
Fol. hH d, Estre cels qui nafiré esteient,
Qui par mi les chams mort chaeient,
E des noz n'i ot pas la disme
663o Moi*z iluec, non pas la redisme.
Ha! Ebeus, si grant descomGture
Et si laide mésaventure
Nos avint la ou li noz ereut.
Quant li Sarazin recovrerent,
6635 D'un prodome^que il forsclostrent ,
En lor recovrer et enclostrenti
Ço fu li preuz Jaques d'Avesne,
Dont Deus face saint en son règne,
Car de lui trop nus meschai
66^0 Par son cheval qui lui chai;
Mais il iist tant de sei défendre
Que Ten nos dist e Gst entendre
Que après la fin de la bataille,
Quant il jut entre la chenaille
66^5 E Ten enveia son cors quere.
Que en un poi espace de terre
Entor le cors de lui troverent
Li prodome qui i alerent
Bien quinze Turs tôt detrenchiez,
665o Dont li prodom s'esteit vengiez.
Sei quart de parenz i mururent,
Si que onques nés sucururent
Mort if Jmc
Tels genz dont il fud grant paria oce :
Ço fud un des barons de France,
6655 Ço diseient, li coens de Dreues,
Il e les genz qui erent sues,
Sin oi Ten tant gent mesdire
Que Testorie nel puet desdire.
Devant Arsur fudTost travée,
6660 Qui ot la gent paiene avee,
Et tote Teust el feit mate, Fol Aq a.
Qui eust eu dreite esta te.
Etht vos la novele espandue
De nostre gent qui iert perdue,
6665 Non pas perdue, mais trovee,
Quele s'iert por Deu esprovee,
Jake d'Avesne e sa maisnee
•
Qui esteit morte e detrenchiee.
Eth vos Tost Deu tote pensive,
6670 E si troblee e si baive
Conques de la mort un sol home
Pois que Adam morst en la pome
Ne fud oie si grant plainte
Ne tel regret ne tel complainte;
6675 Et il feseit mult bien a pleindre,
Car mult bien servi Deu, sanz faindre,
Que il aveit ja esguardë
En paradis iért porguardé
Son liu o seint Jake Tapostre,
6680 Qu'il tint a son non e a nostre,
Jake d'Avesne le martyr.
Qui des Turcs ne deigna partir.
Devant Arsur fud Tost tendue l «nuée chré
Sur la grant rivere espandue
6685 E la nuitiee reposèrent.
Car durement se traveillerent
De cops doner e receveir,
Si ne s'en voldront pas moveir
lieuue campe de-
vaol Arsur.
6617 del oslcl — 6618 veil — 6699 mort — 6696 kis — 66^5 a manqué — 6698 chaeinl — 663o iluec
mtmqiêe — 6633 li manque — 6636 li manque — 6635 prodom quis — 6636 recourir — 6637 dauerne
*— 6638 saint manque — 6665 lenueia — 6661 ele -- 666a eusl droit en dreite — 6665 Nont — 6667 dauerne
— 6671 sol manque — 6679 en manque — 6677 Quii — 6680 Quil teneit — 6681 dauerne — 6686 grant
manque — 6685 le n. — 6686 se manque — 6688 s^en manque
13
mrKIMKBIK IKIIO^ILB.
179
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
180
Devant a la tierce jornee,
(Wigo Que Tosl refud bien atornee.
Un samedi fud la bataille,
E le diemeinge sanz faille
Fud la Teste a la gloriose ,
La mère Deu, la preciose,
Fol. ii^h. (WkjS Celé que Tem feit en Setembre,
Et Testorie issi le remembre.
Lors s'armèrent Hospitalier
E del Temple li chevalier
E des proz Turcoples menerenl ,
(>7oo E mult d'autres genz i alerent :
Eth les vos el champ ou cil jurent
Qui mort en la bataille furent.
Par le champ quistrent e cerchierent,
Einz ne burent ne ne mangèrent
()7o5 Devant ço qu'il orent trové
Le cors del vassal esprové,
Jake d'Avesne, qu'il troverent;
Mais le vis anceis li lavèrent
Ou ja meis ne fust coneuz,
(>7io Tant aveit mortels cops euz
Issi com il se defendeit
Des Sarazins qu'il atendeit.
Le core covrirent e chargierent,
E a Ârsur s'en repairerent.
Kiiiiéiuiiiesdc 6715 La veissiez grant compaignie
.e. ( 3 scpiera- Dc gont ct dc chevalcrie
""'* Qui encontre le cors alerent,
E qui tel doel en démenèrent
Que soz ciel n'a riens quis veist
0730 Qui trop grant pitié n'en preisl:
Li un regrctot sa proesce,
L'autre retraiot sa largesce.
Le jor fud li reis d'Angletere
E li reis Guis al mètre en terre
0790 El moster de la seinte dame
Qui deprit son douz filz por l'afme
Dont le cors fud la herbei^iez !
Après la messe li clergiez
Refirent lor altre servise
()7.'{o Ententivement a lor guise;
E li hait home le cors pristrent
Entre lor braz, si Tenlererent :
Ne demandez s'il i plorerent.
()7.3.5 . Ore iairons de cest affaire
De parler e d'acunte faire
Ci endreit a ceste feiee;
Maisja de riens n'iert desvoiee,
Car tote est de nostre matière ,
67/10 Si reprendi*on$ tôt en ariere,
E dirons de la gent haie
Qui nos orent fait l'envaie.
La gent de bien desausee
Ol esté issi reusee
67^15 Com jo aveie devant conté,
Si copi il s'esteient vanté
Al soldan par lor grant fierté.
Qu'il lui diseient sanz vantance,
()7.5u Senz faille ct sanz nule dotanco
Sereit cristienté aquise
A cel terme e morte e conquise.
Mais altrement aloit l'ovraine;
Car qui lors veist la montaine
r)7r)5 Par ont icel Turc s'en fuirent,
Ço nos contèrent cil quil rirent
Que quant lor genz as noi hnrterent
Qu'a tel vertu les reuserent
C'a tôt le herneis s'en fuioient,
()7<)o E tanz chameilz morz i chaeieni
Ful.â
iHmer
€turéif I
DéM
Sarrtsi:
6690 bien manque — 669a dimeinge — B^îyô remcndre — t)G97 Lores -
6707 dauenie — 671a Les — 671 /i E a sur — 6736 de m. — 6796 douz manque —
le mislrcni ajouté plut tard — 6786 i manque — 6787 fee — 6788 de manque -
manque — 67^3 norent — 6765 Gome — 6767 Si manque — G768 por —
6768 loueraine — 6765 li t. — 6756 Que nos — 6769 Car lot li •
- 1)700 des tutras —
- Aprèe 6789 E en t«m
- 6789 toi — 6740 en
6760 note
181
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
183
E tanz chevals bruns e bauçaDs,
Muls e mules, milliers e çanz,
E tant perdaient a celé hore
Quant noz genz lor corurent sore,
6765 Que si lor osl fust mielz cbaciee
E mielz siwie e enchaciee,
. '19 H. La terre fîist nostre aquitee
E de cristiens habitée.
•««• Hi- Quant lost des Turs se fud retraite
""' 6770 El celé chose ot este faite
t>rhe« à E Salahadins sot Tovraine,
Qui esteit devers la montaine,
Quant il vit sa gent desconGte,
I^ meillor et la plus eslite,
6775 A ses admiralz prist a dire,
Toi coreciez e toi plein d'ire :
rE u est ore ma maisnee,
rLa vanteresse, Tenragiee?
rOr chevalcbe cristienlez
6780 rPar Sulie a ses volentez,
rr Si ne trove qui la retorge.
r Ore ne sai quel part jo turge.
rOu sunt ore les granz manaces,
r Les cops d'espees e de maces
6785 rQue se vantouent qu'il fereient
•r Quant a Feslor venu sereient?
frOu sunt les riches començailles
rrDes granz osz e des granz batailles?
r^Ou sunt les granz desconfitures
<i79o r Que lom trove enz es escriplures
f^Que notre ancesur i ont feites,
fQue lote jor nus sunt retraites,
f Qu'il suelent sor cristiens faire?
(rMalement vait icest affaire,
6795 rrCar or sûmes nos la curaille
^Del mont en osl et en bataille;
r E quant envers cels qui ainz furent ,
(T Riens ne valons, e il valurent. 77
Li admirais des Sarazins
6800 Oirent que Salahadins
Les ot blâmé en tel manière Fol. :>o u.
Conques nus n'en leva la cbiere
Fors uùs, Sanguis de Halabi, R<^pon>« 1^
Q. , ^ I ,t « . l'ëmir d'Alep.
ui saucna sor iarabi,
H8o5 Si dist : trDreiz soldans, or m'oez.
(t Mult nos avez eslotoiez
rr Vilainement e trop blasmez ;
^ Mais por quei nus mesaamez
(tSi vos ne savez l'achaison?
0810 trVos n'i guardez pas a raison;
f^Car ne remaint pas por combatre,
(rNe por bardiement embatre,
rr Ne por traire ne por lancier
f'As Frans al fer et a l'acier,
681 5 rNe por lor granz cops endurer :
(r Mais riens ne puet a els durer,
(rCar il ont tantes armeures,
rSi forz, si tenanz, si seures
trDont il sunt armé en tel guise
6830 ff Que plus qu'en une piere bise
f^Ne poons en els rien forfaire;
rrE qui a tel gent a a faire,
r Coment se puet il conseiller?
trEncor fait plus a merveiller
6895 rrD'on Franc qui est en lor compaine,
^Qui noz genz ocist e mahaine;
tr Onques mes nul tel ne veinies :
rrToz jorz icrt il devant meismes;
ff A toz besoinz est il trovez
683o rrCom bon chevalier esprovez.
tr C'est cist qui des noz feit esart ;
rSi l'apelent melec Richart,
(t E tel mdee deit tenir terre
(t E aveir despendre e conquerra. ^
6771 loueraiDe — 677a e. lanl d. — 6776 XfAmanqwB — 6778 vaterease la e. — 6779 Ore — 678A de
etpees et des m. — 6786 Qui — 6788 U ieeond grani hmmi^ — 6789 granl — 6790 enx mantiuê —
6793 adeient — 6794 ceal — 6796 ore sunl noi — 6796 et nmnquê — 68a 4 Encore — 6839 l. tes b. —
6836 E a. e d.
la.
183
LESTOIHE DE LA GUERRE SAINTE.
184
Fol. r><j h. (')83r> Salahadins en itel ire
Itinernrium Hi-
catdi. IV, \xiii.
Saladin Tnil
raser Iniilns Ip«
plares rorlc«t sauf
J^^rusalom . le
Com vos m'avez ci oi dire
S'apcla Safadin son frère,
Si dist : frOrc voil qu'il i père
rCom jo ai en mes genz granl fiance.
DracciieDaron. f,^,^^^ rrMonlcz c alcz sanz dolancc,
ff Feiti's inei Eschalone aba(re :
rNos navoms mestier de combat re;
rrAbatez la citië de Guadres,
(tE seit debrisiee com madrés;
^.K'l.^ «rMais le Daron faites lenir,
-Par ont mes genz peussent venir:
"^ Abalez mei la Guaiatie,
«t Que Franc n'i faccntaatie;
fE faites abatre le Fier,
{\H:ut ff Qu'il ne s'i peussent alier;
"Abatez mei la Blanche Guarde,
"- Que nos n'aioms par delà guarde ;
r Abatez Jaiïe ecel mult bien,
rrCasel des Plains, Casei Maien;
(iKôf) ff Abaiez moi Seint Jorge, Rames,
'^îja grant citi({ que nos lro\ames,
''Bel Mont de la monlaine en halL
'^Le Thoron, le Cliastel Ernald
ff Et Bel Veeir e Minibel ;
(\H{)o ff Abatez le, car mei est bel,
^E les chastels de la montaine,
ff Que ja un entier ne remaine,
ffCbastel ne casel ne citie,
ffQue tut ne seit agravonté,
r)S()5 ff Fors le Crac e Jérusalem :
ffSi le voil, .si le fera rem.-^
Salahadins Tad comande,
E cil ad congié demandé,
Fol. .")() r. Qui bien set sou comandement.
(iH7o Ijors parla un Turc hautement
Qui Caisac esteit nouiez,
Hait Sarazin e renomez.
Cil dist a Salahadin : rSire,
ffNus hom ne deil tant creire s'îre
<;87r) ffNe son maltalent com vos faites.
ff Mais enveiez ore vos guaitcs
ff E voz espies e vos guardes
ff Es pleins de Rames es anguardes,
ff Si que quel part que Franc se torgent
6880 ffQue les espies ça retorgent,
ff E qu'il sachent al retomer
ff Quel part lor ost voldra torner :
ffE tel tor poreient il faire
ff Que bien poreit l'em lor forfaire.
r)885 ffPar Mahumet que Tem acre,
ff L'en deit guarder e tens et bore
ff Et achaison degentblasmer.
ffNe nos devez mesaamer,
ff Car teles sunt les aventures
()8()o ffQue genz ont granz desconlitures;
ffSi ne larai que jo nel die,
ffQue si jo ai bonc compainie,
ff Ge cuit les Frans si curt tenir
ff Qu'il avront ça malveis venir. ^
r)89r) Lors eslurent trente admiralz,
Granz genz e de parage halz;
Chescon ot en sa compainie •
Bien cinc cenz Turs de gent hardie.
Que Salahadins fist aler
i)[)()o Al flum d'Arsur et avaler,
E tuit i furent e gueterent
Quant la gent Deu rechcvalcherent.
L'ost Deu qui s'estait combatue, Folhod.
E qui un poi ot abatue
(Uio.") Des Sarazins la sorquidance,
Le tierz jor après sanz dotaoce
Torna d'Arsur tote rengiee
Par mi la terre laidengee
YMrt (TArn
USê (10
0831) ici — 68/io c fMmique — ()85/i casel del mien - iiHi^'j Del mont — G858 I^ lli. c le — 6869 feir
— r)86() fra - r)870 Lores — ()87'i tant saire — r)877 vos répptr — r)87(j le t^mul que manque ^ relof^genl
— G886 0 manque — 6888 vos — 6891 jo manque — r)89r) Ixirw — 08()8 B. mit renl. gent mtmqm —
Tmioo fliir --- <)()oi guererent — 6<)0'î Qui — G9o.'{ ahaliie
185
LT.STOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
18fi
Ou il aiouent clievalchant
G910 K la grant honte Deu vendant.
Li Templer icel jor guardercnl
La riere guarde ou il errèrent;
Carii vilains dit qui guarniz
Est qu'il ne puet estre escharniz.
6915 Mais lors por nient se guarnirent,
Car onqnes Turc le jor ne virent,
N'onques a fosl ne s'apanirent
Desque al flum ou noz genz jurent,
Ou il les quiderent destraindre;
O920 Mais ne lor pot a riens ateindre :
Assez enchacerent e Irestrent,
E neporquant tuit se relre«trent.
E nostre gent se herbergerent
Sor le flum d'Arsur e logierent;
O995 Et al matin la gent menue.
Qui a grant paine esteit tenue,
E li herbergeors'esmurent,
Si que par tens a JaiTe furent;
Et JaiTe siet sor la marine;
(>93o Mais la cruel gent Sarazine
L'aveient ja si abatue
E si laidee e si fondue
Que Tost dedenz n'i peust estn»,
Ainz se logierent a senesire
0935 En une bêle olivereie.
Et long conte por quei fereie?
Fol. :>i a. Mais que treis semaines entières
Trcspasserent endemantieres
Que Fost fud la d'Acre venue :
39'io Issi iert la chose avenue.
fa- Devant Jafle en Toliveroie,
En la bêle jardineroie,
■mef te ■'
iikà Jaffa. La ficha Posl Deu ses banieres;
r)9/i5 La furent les guaigneries;
. IV, II».
La avcit tanz reisins efies,
Pomes grenetes, alemandes.
Tôt entor a plentë si grandes.
Dont li arbre esteient fichié,
r)9r)o Tant en pernouenl sanz marchie
Que Tost en fud mult sostenue.
Eht vos Teslorie al port venue :
Les nesaloient e veneient
De Jaffe a Acre e reveneienl,
r)955 Qui aportouent lor vitaiile,
Dont mult pesot a la chenaille.
Et Salahadins,qui combatre
Ne s'osoit, fesoit ja abalre
Les murs e les turs d'Escalone.
(\ç)(]o Un jor, endreit hore de none,
Eth vos la novele venue
En losl, de povre gent meRuc
Qui par nuit s'en iert enfoie,
Que Escalone erl
injCyh E cerfoie et estonee,
Epar desuz estançonee;
Li alquant a veir le teneient,
Si com les noveles veneient,
Li uns a veir, l'autre a mençonge
('>97o E l'autre a eschar et a songe,
Que Salabadins tel fieblesce
Pensast ja por nule destresce
Ne por nule mise d'avoir;
Tant que l'en envoia savoir
()975 Le rei Richarz od le barnage
En une fort galee a nage
Par danz Jeiïrei de Lenzeignan ,
Qui por Deu soifri meint ahan ,
Epar Willame de l'Estanc,
(Î980 Un chevalier prodome e franc,
E altres genz od els alerent.
Devant la citië s'aresterent,
llintrarium tti-
canii , IV, xvil.
Rirhard pro-
posa iPailer au
secours «PAsra-
lon que SaUiliii
faisait flëtruire.
Toi. 5i h.
^^909 Q"il — ^>9**' f;ranl manque — 691a quil e. — ^9^5 tores — ^9*7 saporciirenl — ^91 8 Dosqual —
69^9 se reslronl — ^h)^7 herhergor — 6988 n' manque — 698.5 oliueric — 698^» ferie — 69^19 o. si f. —
6960 Quo lanl — i\()fi^ roiionoienl — 695^1 rcueicnl — 6968 Nosoil — 09()3 Que, foiec — 6966 ce ver»
manque en (entier — (J9OO ilosiir — 6968 tes manque — 6969 Luns aiiers — 6971 Qiio ?. [>ar f. — 6976 forte
187
L'ESTOIRK DE LA GUERRE SAINTE.
188
Fol. 5i r.
Tant qu'il sorent certainement
Quo Ten 1 abateit veirement.
<)98.^ Arieres vindrent, sil redislrent;
R li baron conseil en pristrent
Saveir mon que il en fereient
E savoir s'il la rescorreient.
Devant Jafle hors de la vile
r>()<)n Fud assemblée la concilie;
La ot paroles deparlie-^^
E conseils de piusors parties,
Car cbescon hom a son corage ,
Ne tuit ne sunlpas d'un eage;
<'>90'> '^* voldroit Tuns tel chose faire
Ou l'autre avreit trop a refaire.
La n'iert mestiers qu'il descordassent,
Mais que tuit a un s'acordassent.
Li uns roYoient e disoient
70(.o Que vers Jérusalem iroient.
E li autre se il poussent
Escaione as Turcs escoussent,
Car la feist bon receter.
La peussiez oir reler
7^)05 Les uns as autres lor devises
Come genz de si granz emprises.
Lors parla li reis d'Engletere,
Qui toz jorz fud nurri en guère ,
Al duc e as François ensemble ,
7010 Si lor dist : trSeignors, il me semble
rrQue nos a voms divers corages;
^ Ço puet torner a granz damages.
-Li Turc font Escfaalone abatre :
"Il ne s'osent a nos combalre.
701.') '- Alons Eschalone rescorre;
'•Tôt li mondes i devreil corre,
rE vis m'est que c'est bien a faire.'-
Que vos direie d'altre affaire?
Fors que li Franceis respondirent,
7020 Tels qui puis mult s'en repentirent.
709.5
70.30
70.3.5
7o'io
70 A .5
0.)0
7c»,5.5
Que illoc feseil boeu sejomer
Por Jaffe faire ratorner,
E que ço iert li plus cort veiages
A faire lor pèlerinages.
Mais multmalveis conseil donereni,
Quant a Eschalone ne aierent;
Car se lors l'eussent escosse
La terre fust tote rescusse;
Mais tant parlèrent e tant distrent
Que Jaffe a rafermer enpriatrent.
Quant celé ovre fud craantee,
Eth vos Tost a Jaffe arestee;
Une taille de grant affaire
Coillirent al chastel reffaire :
Les fossez firent redrescier
E les murs entur adrescier.
Eth vos l'ost illoc a sujor ;
Eth vos venir de jor en jor
En l'ost le pechië e l'ordure
E la laidesce e la luxure;
Car les femmes en l'ost revindrent,
Qui vilainement se contindrent.
Es nés vcnoient et es barges.
Ha ! Deu merci ! com maies targes,
Com mais escuz a reconquerra
L'eritage Deu e sa terre,
E com vilment cil s'atornerent
Qui as péchiez se retomerent
E |)erdirent par lor oltrage
A faire lor peregrinage !
Ce fud envers fin de Setembre,
E ço m'est vis c ço me semble
Que Jaffe iert ja auques refaite;
Eth vos l'ost hors des jardins traite.
Tôt environ Seint Abacuc
La se tendirent prince e duc;
Mais mult ert l'ost apeticiee
De si que ele iert comenciee;
Par le <
det Fr
rarmée n
Jaflk.
Le* Croi
lÎTi-mt au
Fol.»!
Rie
fbcrdi
la C
7 M
6987 S. quil en freienl — 6988 recelaient — 6990 La fud — 6996 pas manque — 6999 reuoient — 7001 fil
— 700a escussont — 7006 Com — 7007 Loros — 7009 duc es franc^^is — 7018 d' manque — 7019 li
— 7030 puis manque — 7097 Car tores — 705 1 enuers en fin — 7<^''^7 ^t — 7068 qnele
189
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
190
. 01 a.
inum Hi-
i, SXVIII.
rd Lomb*f
e cmbos-
«M MQtë
uiibanK-
■us.
Car a Acre s'en retornouent,
70G0 Et es tavernes sujornouent.
El quant li reis sot ia peresce
Des pèlerins e la iaschesce,
Par le rei de Jerusaiam
Manda a Acre, ço vit lam,
70G5 As pèlerins qu'a Tost venissent
E que a Deu covent tenissent; .
Mais pereçusement i vindrenl
Por le rei Guion, ainz se tindrent
Tant que li reis Richarz meismes ,
7070 Quin ot grant paine puis e primes,
Revint a Acre e sermona
Tant que mult gent en amena ,
E fist amener les reines
E mètre en Jaffe e lor meschines,
7070 Epor les genz faire venir
Covint Tost illoques tenir
Près de deus meis ou sis semaines;
Sin eûmes puis des granz peines.
Quant ii reis ot d'Acre jetée
7680 La gent et a Fosl amenée,
Mull en fud durement creue
Assez plus qu'el n'ert descrcue ;
Mais or orez en quele csprove,
Que cil vit qui Tesloire trove,
7M«5 Fu Fost tote a icel termine :
Tu te deust estre en la mine,
Car quant ost pert son citevenlaine
En estrange terre lointaine
Si com est celé de Sulie,
7090 Tut se desvoie edesalie.
Gel di por le rei d'Engletere ,
Qu iert alez Salahadin querre
E guaitier les por elssoprendre;
Mais malement dut Taguait prendre,
7095 Car trop escharie maisnec
Ot li rois a celé foiee,
Si s'endormi par aventure ;
E li enemi de nature,
Li Sarazin, qui se guaiterent,
7100 Erent près, e tant Taprismerent
Ou*a paine a tens fud esveilliez.
Seignors, ne vos esmerveilliez
Se li reis se leva en haste; '
Car uns hom sels que tant gent liasle
7105 N'est mie del lot asseur.
Mais Deus li dona tel eur
Qu'il monta e ses genz montèrent ,
Cil qu'i en ot, mais trop poi erent.
E quant liTurc montez les virent,
7110 Li reis chaça e il fuirent
De si qu'a lur enbuschement.
Cil desbuchierent dnrement
E voldrenl le rei enbracier ;
Mais il mist main al brant d'acier,
7115 Et sist en Fauvel a celé bore.
Ja li veneient li Tnrc sore,
Cbescons i voloit la main tendre :
Mais nus n'oseit son cop atendre;
E puet estre que pris l'eussent,
71:20 Si a celé foiz le conensent,
Quant uns chevaliers prenz leaus
Dessuens, Guillaumes de Preals,
Parla, e dist: trSarazineis,
ffGe sui meke.Ji Melee c'est reis.
7125 E li Turc chau pas le saisirent,
Dreit a lor ost mener le firent.
La fud morz Reinier de Marou ,
Qui aveit cuer de preu baron,
E sis nies qui ot non Gautier,
7i3o Qui raveitpreu cuer et entier,
Alain e Lucas de l'EstaMe
I furent mort^ qui nest pas fable.
Quant la novele fud seuc
Fol. 5'î 6.
7068 rei manque — 7071 acres — 7080 meuec — 7089 qnelc — 7086 a cd — 7086 Tut dut
7087 ost manque t sa cli. — 7090 Tant — 709a saiabadim — 7109 si ne — 7104 Qût^manque, chasde
7 1 1 5 a icelc — 7119 pucelestrc — 7 1 9 1 pr. el I. — 71 «19 si
1î)i
L'KSTOIRE DE LA GUEURE SAINTE.
19S
7j3r> Lio et joanl, çodist li livre.
E nient l'ud de Paconsivre,
(^ar de granl air s en alouenl,
E Guiliamc pris en menouent;
Sin quidoent la gent haie
71^10 Mener le rci, mais ne plot mie
A Dampnedeu, qui en fud guarde.
Li Turc erenl ja en Tenguarde ,
Qui le rei mener en quiderenl,
E hoz gcnz a Fosl repuiricrent;
Kol. .') ? <\ 71^1") Mais de Guiilaroe orenl grant dole
Li reis e la gent de losl tote.
Quant Dampnedeus par sa rrancliise
Ot esparnié en itel guise
Le rei qui lost deveit conduire,
715(1 Lores prislreut plusors a dire,
Qui a coregeus le saveient
E qui de lui peur aveient :
rrSire, por Deu merci, ne faites!
rNe vos chaille a feire tels gudites:
7ir»5 «Gardez vos e cristientë.
T Bone gent avez a plenté :
ftN'alez mes sels eu tel affaire.
(T Quant vos voidrez as Turs forfaire,
rr Menez od vos grant compainie,
71(10 ftQue en voz mains est nostre vie
?f Ou nostre mort, s'il vos meschiel :
r Que quantli chief des membres cliiel,
'^Li membre puis mes ne soffisent,
"T Aiiiz failleut sempres e deGsent;
7105 ffE tost avient une aventure.^
Assez i mistrent paine e cure
A chastier Ten meint prodome;
E il toz jorz , ço est la some,
Quant il veeit les assemblées,
7170 Dont mult poi li erent emblees,
Assembloit as Turs a meschief.
Et en veneit si bien a chief
Qu'il en avcit ou mort ou pris
E que suens iert li graindre pris;
717.') E Deus toz jorz des greignors presses
Le jetoit hors des genz engresses.
Quant lost se fud aherneschiee
A grant force et a grant hachiee,
Eth la vos semonse e banie
7180 El non deu filz sainte Marie,
Que al case! des Plains ireient,
E que il le refermereient
Por le chief de Tost mielz guarder.
Lors plut al rei a comander
71 85 Que a Jaffe tels genz rcmansissent
Qui la vile fermer feissent,
E que le port si bien gardassent
Que nu les genz ne s'en alassent
Fors marcheant por la vitaille.
7190 Le evesque d'Ëvreues sanz faille,
Li coens de Chaalon oveques,
E dan Hue Ribole illoques
Remistrent por icele afaire:
(al firent lesovraines faire. *
719:) Eth vos Tost montée e meue;
One plus bêle ne fud vcue
Me plus richement atornee,
xMais petite fud lor jornee.
Entre les deus casels tendirent
7-.)oo Lor pavillons e descendirent ;
Si sai de veir par mulz cnsaiiuz
Que vigilie iert de la toz sainz
Quant illoques nos herberjames.
E Tost des Turs esteit a Rames :
7jo5 La nos Grent les genz haies
Granz enchalz c granz envaies,
Fvl. 59 </.
lAiiCfMrtWM
emrdi, IV, is
Rirbard en
prend k ns
elrucliun du
ml de» Pkift
du C8U1 Ml
(oclolire-DO«
bre ii9<)-
^ 7135 liurcs. Ce ven eit écrit, puû exponclué après le vers 716/1, le latin de ritioérairc : «cximie laclatin.
m marque la place — 7188 et inenoucnl — 71/13 Que — 7166 retumci'cnt — 7101 Que — 71 55 cm-
tienlcz — 7166 Vos auoz boue gent a plculez — 71 58 vos manque — 7160 Quen, aie — 716a Que numqui
— 7163 mes mantjue — 7168 cesl — 7*77 ahernesrhies — 7178 huchiees — 718a quil — 7188 mîeli
mtmque — 718'! Lores — 71891a manque — 7 1 90 deuercus -- 7^01 mull
193
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
19i
B0D8 quinxe jon ou plus tôt plains
Fud entre le casel des Pleins
Nostre ost e le casel Maen,
7tio Que eurent abalu li paen.
) «• Le Maen fist le rei refaire
Plus fort quil n'esteit al desfaire,
E li Templier Tautre refirent;
Mais li Turc granz presses nos firent.
7916 Un jor en vint vers Tost ensemble
Bien mil a cbeval, ço me semble.
Estes vos nostre ost estormie
Come formilliere formie;
Li reîs e li autre montèrent,
7tto E quant qu'il porentse hasterent,
E li Turc tornerent en fuie :
Le vif diables les conduie I
Car lor cheval si tost aloient.
En quelque sens qu'il s'en tomoient,
oar- 7395 Que li reis nés pot aconsivre,
"^ One tant ne soit chacer ne siwre;
E quant il les ot tant seuz
Et il nés ot aconseuz,
E vit Rames a descovert
7930 E Tost del faus pople colvert,
Si s'en revint en Tost ariere.
Il e la gent hardie e fierc.
iA>- Al sistejorde la grant feste.
De la loz seinz que chescons fesie,
^ 7935 Eissirent de Tost en forage
in©-
1). Li escuier por quere herbage.
A els guarder en cel contemple
Furent li preu seignor del Temple.
Li forrier qui de Tost partirent
7960 Par la contrée s'espartirent.
Qui coveitouent herbe drue ,
Qui meinte feiz lor fud vendue.
Car meinte feiz la comparèrent
XI.
rRi-
7965 Li Templier les foriers gardèrent;
Si com il mains se r^arderent. Fol. 53 6.
Estes vos lor quatre conreiz
Des Sarazins od granz desreiz.
Bien furent quatre cent esmé,
7960 Tôt a cheval, bien acesmé,
E par devers Bombrac saillirent
Dreit as Templers, sis assaillirent
E enclostrent a la reonde.
Car n'a plus viste gent el monde;
7955 Estreitement e cort les tiodrent,
E de plusors parties vindrent.
Quant li Templer si près les virent,
Des chevals a pië descendirent;
Si firent trop granz vasselages ,
7960 Les vis tornez as genz salvages,
E les dos chescon a son frère ,
Com se il tuit fussent d'un père.
Li Sarazin les empressèrent
Tant que treis morz nos i laissèrent.
7965 La veissiez granz cops doner,
La oissiez belmes soner
E de Tacer le feu saillir»
Bien deffendre e bien assaillir.
Li Turc les quiderent sorprendre :
7370 La les voleient as mains prendre,
Si estroitement les tenoient,
Quant cil qui de nostre ost issoient
Vindrent ferant grant aleure;
Si fud dit por veritë pure
7975 Que Andriu de Ghavignié premiers,
Sei quinzime de chevaliers,
Rescust les Templers icele bore;
Grant aleine vint as Turs sore,
E le fist la mult prousement
7980 E si compaignon ensement. Fol. 53 c
La ot il trop fiere assemblée;
Mais ne fud mie al rei emblée;
7917 Eth-
^tre desreiz
— 7977 icel -
-7318 Com — 7399 Quit — 7933 sût — 79A5 li forier lef templers — 7967 Elh — 79A8od
— 7351 E manqué — 7369 il manquB — 796A nos il 1. — 7979 qui mtmqui — 7975 chauigni
— 7378 De grant — 7379 la immque — 7381 ii nuMquê — 738s nel, mie manque
i3
IMrBtattlt SAtlMALt.
195
L'ESTOIHE DE LA GUERRE SAINTE.
196
Ainz faiscit icel jor refaire
Casel Maen e cel a flaire,
7985 E aveit mande por deiis contes.
Qui deivent eslre en toz bons contes.
De Seint Pol e de Leicestre,
Si comanda li reis a estre
Od els Guillame de Caieu,
7390 Qui bien i tint le jor «on leu;
Si i fud Otes de Transigniees,
Cerent genz de halles lignées.
Eth vos la noise e la criée
Que li forier orent criée,
7Q95 E li reis as contes manda
Ou il lor dist e comanda
Qu'alassent les Templiers socure,
E il ireit as armes corre;
Meintenant as armes correit
7300 Al plus tost qu'il onques poreit.
Et il erralment chevalcherent;
E si com il i aprismerent ,
Elh lor saillir d'un fluminaire
Bien quatre mil de gent contraire,
*73o5 Qui en deus parz se départirent:
Li on sor les Templiers guenchirent,
E li autre as barons tornerent;
Eli baron se conreerent,
E enseml)le en conrei se tindrent.
7810 Li Turc aprismerent e vindrent.
Illoc fist H coens de Saint Pol
Un giu parti hardi e fol
Al preu conte de Leicestre:
Qu'il assemblast as Turs sor destre
Fol. 53 d. 7815 Et il tozjorz le guardereit.
Ou sis cors i assemblereit
E il de lui guarde preist
Ou qu'il alast ne qu'il feist.
Exploit du
comte de h^i-
ceistre.
E li coens prist le* jeu parti :
7830 Od sa maisniee s'en parti
E se feri grant aleure
Es conreiz de la gent oscure,
E asembla od tel ruistesce
Que loee fud sa proesce,
7895 E que deus chevaliers recust.
Qui rescus furent od grant cusl;
Et iert li estors ja pleniers
Quant li reis Richarz li gueriera
Vint e vit noz genz en la presse
7880 De la paene gent engresse;
E n'aveit od lui guerres geni.
Mais sis conreiz iert biaus e genz.
Lors lui comencerent a dire
Tels i en aveit : «rPar fei, sire,
7885 rVos errez a mult grant meschief,
trNe ja n'en vendrez vos a chief
trDe noz genz qui la sunt rescore ;
ttE sels les en vient mielz encorre,
crSanz vos, que vos i encurgiez.
78/10 (rPor ço est bien que vos retorgtez ;
(T Car si a vos vos mescheiet
rrE que issi fust eseheiet,
ttCristienté sereit tuée. 9)
Li reis ot la culor muée;
78/15 Lors dist : cr Quant jos i enveiai
trE que d'aler les i preiai,
rrSe il i moerent donc sanz moi,
crDonc n-aie ja mes non de reili»
Es costez al cheval dona
7850 E le frein lui abandons,
E fud plus joinz que uns esperviers.
Lors se feri es chevalers.
Très parmi la gent sarasine,
E les perça de tel ravine
Pol. 5^
7388 faûeienl — 7385 par — 7386 Quil deuient cslre en tuil bien cointes — 7389 guillames — 7991 tnui-
sigees — 7393 halz — 7399 Ë meinlenant, coreil — 7809 i manque — 780^ mile — 7816 i manque —
7836 Li r. — 7838 gnereiera — 7833 Loret — 7886 en matique — 7886 vos manque — 7338 Eaeeb I.
— 73At a mantjue — 7845 Lores, jo les i — 73A6 que répété -— 78/17 Sil, i mimquê — 78/18 nai jo ji
— 7359 Lorcfl
197
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
198
r
7355 Que se une fokire i fust passée
Ne fust pas plus lor genl quassee,
E les oltreii e destreigneit,
E rctomeit e raleigneit,
E trenchoit mains et braz e testes ;
7360 E il fueient corne bestes,
E mult en i ot des lassez
E de mon e de pris assez;
Ë tant longement les chacierent
E sivirent e enchaucerent
7365 Que tens fud de la retornee.
Ensi rala celé jornee.
iii- Endementen qu'il refermoient
^^ ^'^ Les deus casels qu'il redresçoient,
•àsdadia E li reis vit Tost esbaudie
ne de j^ 7370 Sor Sarazius que Deus maudie,
""' Lores apela ses messages
De halz homes e de genz sages,
Sis tramist a Salahadin
Et a son frerc Saffadin ,
7375 E fist merveiUuses demandes
E mult riches, nobles e grandes :
Ço iert le riaume de Sulie,
De chief en cbief si com il lie,
E quant qu'ai règne aparteneit
7380 Quant li reis mesiaus le teneit ;
E de Babiloine treu
Issi com il Taveit eu ;
Car tôt clamot en héritage
Par le conquest de son lignage.
Fol. 54 6. 7385 Li messagier le soldan quistrent
E lor message mult bien dislrent;
Et il lor.dist que nu fereit,
E que li reis le sorquereit,
E li manda par Saffadin
7390 Son frère, un sage Sarazin,
. Qu'il lui larcit tote la terre
vUdi
po«r
De Sulie en pais e sanz guerre
Des le flum de si qu'a la mer.
Que il n'i poreit riens clamer;
73j95 Mais par tel covent le fereit
Que Eschaleoie ne refereit
Ne cristien ne Sarazin.
Ço li manda par Saffadin;
Mais li rois ne se gardot mie
7/^00 De la fause gent enemie,
Quil detrioent e teneient
Por les ohastels qu'il abateient,
E le serveient de losenge :
Lor acointement mal chief preoge!
7A05 Car Saffadin tant le déçut
Que li reis ses presenz recul.
JMessagier vindrent e alerent
Qui les presenz al rei portèrent ,
Dont il fud biasmtf durement
7^10 Et en paria on malement.
Mais Saffadins lui fist entendre
Que il voleita la pais tendre,
Ë li reis tost la pais preist.
Qui henoree lui feist,
7615 Por eshaucier noatre créance,
Ë por ço que ii reis de France
S'en iert aie, dout il ol dote.
Qu'il saveit qu'il ne l'ameit gule.
Messagier alerent e vindrent
7/tao E le rei en parole tindrent.
Tant qu'il aperçut la traine
De la fause geiit Sarazine,
Qui trop iert fause e desleial ;
E por le Crac de Mont Real
7/135 Que il voleit qu'il abatissenl
E que issi la pais feissent,
E por ço qu'il nel voldrent bire
Remist la pais par celé affaire.
Fol. 5^ c.
Ruplurc des
n^ocia lions.
' 7358 raiceineil — 7367 que cil — 7368 que cil — 7371 de manqua — 7375 E ior fist — 7377 la r. —
7380 messaus — 7386 b. li d. — 7387 lor nioiifiie, freil — 7393 Dele le — 739i!i Quil — 7395 freil —
73cj6 refreit — 7601 Quil delrichent — 7^o3 peaenidool — 76 10 en parolent m. — 7/11 a Quil — 7^ 17 Siert
— 7^35 voleient — 7^27 ncl manque — 7628 celé tuanquê
i3.
199
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Les Tares re*
commmceot à
harceler les Croi-
sa.
Itinenuium Ri-
ettré^ IV, txxii.
Marche des
Croises sur Ratn-
Uh.
Fol. 5/1 «t
Saladin se re-
lire au Thoron
des Chevaliers.
Quant celé pais ne pot pas estre,
7^30 Elh vos venir désire e senesire
Les Turs en i'ost granz enchauz faire,
Car mult nos volsissent forfaire;
E li reis a els assembloit,
E par essample a cels mustroit
7/185 Qui des presenz blasmé Taveient
De quei ii Turc le deceveient
Qu'il ne voleit fors liautë
A Deu ne a la cristienlë.
Plusors feiz les Turs encontra
T^tio E meinle teste en Tost muslra,
Qu'il en aveit meinte copee,
N'onques Tost ne fud destorbee
Por présent que il receust;
E la terre reçusse eust,
7/165 Mais teles genz Ten destorbouent
Qui "sa burse sovent robouent.
Quant li casel furent arme
Et rad rescié e rafermé
E li reis i ot mis ses guardes
7/150 Qui guaitouent par les anguardes,
Eth vos Tost criée e semonse
A Tore que soleilz resconse;
K Tendemain quant il montèrent,
Lor gent sagement aroterent,
7A55 Si chevalcherent dreit a Rames;
E si tost come nos errâmes,
Et Salahadins sot de veir
Que de Rames Testuet movoir,
A ço qu'il ne s'osoit combafre,
7/160 Si (ist tote la vile abatre,
E s'en toma fuiant premiers
Dreit al Thoron as Chevalers :
Mult se fioit en la montaine.
E I'ost erra parmi la plaine.
7/165 Sor les biaus chevals peuz d'orge
Vint en deus jorz entre Seint Jorge
E Rames; la s'alerent tendre
Pur plus gent e vitaille atendre.
La reumes granz envaies
7A70 Des enuioses genz haies;
Et unes granz plues qui plurent
Nos delaierent trop e nurent.
Iceles pluies nos chacerent
Tant que nos genz se herbergiereni
7/175 Dedenz Saint Jorge e dedeni Rame
La nos tendimes e lojames,
E fumes la bien sis semaines
A grant meschief et a granz paines.
Issi come nus estioms
7/180 nioc ou nos sujomioms»
I ot une fiere assemblée,
Qui ne dcit pas estre obliee,
Del preu conte de Leicestre
Devers Seint Jorge sor senestre
7/185 E des Turs qui illoc esteieni.
Qui sovent près de i'ost veneient
E faiseient mainte envaie;
E li coens a gent escharie
Eissi del ost por els chader,
7/190 Et el chief ot l'elme d'ader;
Trei chevaler devant alerenti
Qui folement se desreerent.
Si poinstrent as Turcs esleisrië;
Mais tut trei i fussent laissië,
7/195 Quant li coens leissa cheval oorre,
Qui nés velt pas leisser encorre«
A plus de cent Turs s'esleisaa,
E tant i poinst qu'il ne cessa,
Ainz les ot oltre un flnm pasaei^
7500 Mais trop i deut poindre d'aaseï;
Car bien quatre cent Tara veneient
Chanes et arcs turqueis teneient.
Si qu'entre lui et I'ost se mistrent.
E de lui prendre s'entremistrent.
743/i a els — 7/1.36 coi — 7689 Plusorsors — 76/10 mcintc foiz — 7AA3 quil — 7666 eom — 7465
preiif — 7/171 Eûmes g. — 7A76 ioames — 768» Que — 7^85 de t. — 7/188 a sa g. — 7^89 El
qltgo El manque — 7699 des rongierent — 769/^ furent — 7500 deust
SOI
UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
202
7606 Ja nos ayeient abatu
E trop laidi e trop batu
Guarin le filz (rerod a tere.
La veissiez fiers cops de guerre,
Uloc ou dauz Guarins chai;
7610 Al conte plus i meschai.
Que après Guarin Tabatirent,
Sil iaiderent mult e bâtirent
Dreu de Fonlenii deu poutrel
E après Dreu Robert Neel
75i5 Rebâtirent il en poi d'ore;
E tant en vint au conte sore
Turc e Persant e rcnoië,
Qui Tavoient entr els noie,
Qu*a poine le porent abatre.
7690 La veissiez genz bien combatre;
La fu Henris le Glz Nicole
Fol. 55 h. Ovec le conte a dure eschole,
Si i fu de Noefbroc Roberz :
Plus dolz franc hom ne jut en berz
75a5 Que cil fist, si ot grant faiture,
E tel proesce e tel nature
Qu'il descendi en la grant presse
De la paene gent engresse,
E bailla son cheval au conte
7530 Si garda sei e lui de honte;
E Raols de Sainte Marie
Estoit au conte en compaignie;
E si ne fust del Bois Ernaus
Il li eust este noaus ;
7535 Henri de Malloc e Guillames
I eurent 0 lui sor les hiaumes;
E 0 lui fu Saol del Bruel ;
Ne onques meis ne fu veu d'oel
Si grant proece, c^ me semble,
75A0 Come cist se tindrent ensemble
Contre tanz Turs com la avoit;
Car nul conseil nus n'i savoit
Cornent s'en partireit délivres ;
Si fud vertet, ço dit li livres,
7565 Que li cuens s'ierl tant combaluz
E tant avoit este batuz
E si compaignon ensement
Que li Turc sanz nul tensemenl
Les avoient près d'afolez.
7650 Les cols des destriers acolcz.
Droit al Thoron les en menoient,
Quant de Tost que il aprismoient
Vindrent ferant grant aleure
Un conroi de la gent seure.
7555 La iert Ândreus de Chavignié,
E si iert Henris de Graié,
E si i iert de Preiaus Pîeres,
Bons chevalers e bon poigneres,
E meint autre home renomé
7560 Qui ne me furent pas nomé.
Chescon d'iceis en son venir
Fist son Turc a terre flatir.
Mais li Turc que Pieres feri ,
Cui cors e aime illoc péri ,
7565 Esteit si fort a desmesure
Que Pieres i mist paine e cure;
Mais onc ne s'en sot tant pener
Que l'en peust vif amener.
Ne il ne tut cil qui o lui erent ,
7570 Qui a grant paine le tuèrent.
Oiez, seignors, estrange juste,
E tant est proz qui issi juste
Com mis sires Andreus josta I
A l'admirad qu'il encontra
7575 Mist sa glaive par mi le cors.
Si que le fer parut dehors;
E l'amiralt en sa venue
Ot sa cane si droit tenue
Fol. 55 c.
ADdré de Ch«-
tigny IM an
7511 Qiiapre9 — 7513 Quil — 7593 Si i fud de noef bure henris broc; tin rtMoi indiqve qu'il faut rem-
placer bure, exponetui, par broc — 75t& doli répété — 75^5 ot manque — 7537 E ouec — 7639 Si gr. doel
— n^h^ come — 75^3 il sen partirent — 7668 E li — 755f qoil — 7555 Ihauenaie — 7556 heris de
^ie — 7557 i manque — 7560 me manque -^ 7561 Et fist — 756& Ki cors — 7566 i moii^ — 7^68 Quel
203
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
304
Qu es braz Andreu enlra li fers
7680 Si qu*il li brusa en travers,
Si feitement lui eschai :
Li admiralz a tant chai.
La veissiez riche rescosse,
La aveit meinte cane escusse
7585 E maint ^aive par hardement.
As premerains fust malement
Se cil ne fussent avenu.
La veissiez esta! tenu
Foi. 55 d. Del preu conte de Leicestre,
7590 Com il fereil destre e senestre,
Tant que dens chevals lui ocistrent.
La furent tels qui nos redistrent
C onc en home de son eage
Ne virent greignur vasselage
7595 Ne meillor genz senz plus encore
Qu'il ot le jor a lui sucore;
Car de Tost tant en acurut
Que nus des noz n'i encnrut :
7600 Rescus furent e repassèrent,
Sis desconfistrent et perchierent
E tant longement les chacerent
Que par dreit ennui les guerpirent
E a lor tentes revertirent.
itnurm-imm Ri- 7605 Salahadiu sot tot dc veir
csra, IV, xxxiT. c !_• 1 A
s.udiD », re- ^ *^"®^ *® PO* aparceveir
tirekJërasDieoi. Que nostro geut s'aparillouent,
E cescon jor s en atornouent,
D'aler vers la seinte citié.
7610 Des quil li fud bien enditë
E il soit nostre ost a deus liues
Dont il n'aveil mes pais ne triuues,
Si nos fist del Thoron abaltre
Turs e toreles cinc e quatre,
7615 E s'en ala, ço conta lem,
Fuiant dreit en Jérusalem ,
BcUie
E nos leisscrent la champaine
Li Turc, e pristrent la montaine.
Quant lost des Turs se fud retraite
7690 E la nostre se fud atraite,
Eth vos la semonse criée
E la chose si atomee
Qu'ai pië de la montaine ireient FoL
E que illoc se herbergereient
7635 E alraireient lor vitaille.
Eissi le firent tut a taille.
Lors montèrent e chevalcherent
E lor batailles adrescierent.
Eth les vos devant Bettenuble.
7630 Lores feseit fireit tens e nuble n.
E granz pluies e granz tempest^ j^J
Qui mult nos descrurent noi bestes;
Car tant plut la a desmesure
Qu'il n'en iert nombre ne mesure.
7635 Pluie e grésille nos batoient.
Qui noz pavillons abatoient,
Si que tanz chevals i perdîmes
E al Noël e puis e primes,
E tant bescuit i destemprot
76i!io Si corne l'eve le temprot,
E tanz bacons i porrissouent
Des orages quis laidisseient,
E tanz haubercs i roillerent
Que a paine desroillerent,
76^5 E tantes robes i porrirent,
E tantes genz i desnurirent
Que mult iert lor cors a mesaiae;
Mais mult ierent lor coers a aise
De l'espérance qu'il aveient
7650 Que al sépulcre aler deveienL
Jérusalem tant coveitouent
Que tuit lor vitaille aportoaent
A plein por le siège tenir.
Lors veissiez en l'ost venir
7585 mainte — 7693 Conques — 7596 Une — 7608 E et yyr manqumt — 76H m» manqué — 7614 ?. •• fi.
et que — 7695 atraieient — 7616 Et iasi, tuit — 7637 Lores — 76s 9 les mangiie — 7686 no6 a. — 76^0 oom
1ère — 76/ii perissouenC — 76/18 lor core — 7660 Quai — 7659 tuit manque — 7664 Loret
205
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE
306
Fol. 56 6.
Les Tores at-
pesl lef m»-
a qui M foi-
est porter k
milem.
ifvurariwm K-
W^, IV, XHT.
L^ Croisa te
f^preol k en-
•*rà Jénnaleiii.
Fol. 56 r.
7655 Tote la gent od grant leesce,
Entalentee de proesce ;
E cil qui malade giseient
A Jaflk e la ou il esteient
Se feseient mettre en litere,
7660 Od ferme pensée e entière, *
E porter en Tost a granz presse» :
La veneîent les genz engresses
Al chemin ou cil les portouenl
Qui en portant les comfortouent,
7665 Sis guaitouent et assailleient
E tuouent e ocieient.
Cil esteient verai martyr
Qu'il conyeneit issi partir
De cest siede en bone créance
7670 Et en issi ferme espérance
Com luit aveient, fol e sage,
De faire illoc pèlerinage.
A Tost iert la joie pleniere
De grant fin e de grant manière.
7675 La veissiez haubercs roller,
E as genc les testes croUer
E dire : «rDeus, la vostre aie!
rrDame virgine sainte Marie 1
trDeus, vos peussoms BO6 aurer
7680 frE gracier e mercier!
(rOr verrom nus yostre sépulcre !?)
La n*aveit home iré ne mucre
Ne en ira ne en trtsteee :
Par tôt aveit joie e leesce,
7685 E par tut tuit s'esjoisseient;
Par tôt comunement diseienl :
ffDeus, ore alom nos droite voie;
<rLa vostre grâce nos avoie.^
Mais icil malt poi r^sguardoient
7690 Qui le veiage detrioient :
>"Ço estient li sage Templier
E li prodome Hospitalier
E li Polain, cil de la terre,
j Qui distrent al rei d'Engletere
7695 A lor avis por veritë
Que qui asejast la citié
De Jérusalem a celé hore,
Salahadins lor correit sure
Quant noz genz al siège sereient,
7700 E li Turc al chemin vendreient
Entre la mer et la montaine,
Si alast malement Tovraine,
Si en itel point la chenaille
Tolsissent a Tost la vitaille;
7705 Mais or seit qu'il ne la tolsissent
E que lores mal n'i feissenl
E seit que la citië fust prise ,
Si fust perilluse Temi^rise,
Si tost avant ne la publasent
7710 De tel gent que i demorasent;
Car lot errant e fol e sage
Feissent lor pèlerinage
E rallassent en lor pais,
La ou chescons iert estais,
7715 Si refustla terre perdue.
Quant la gent se fust espandue.
Tierjor d'an noef, la matinée,
Esteit une ovre destinée :
Sarazins, les laides genz brunes,
7730 Sor le casel des Plains as dunes
Le seir devant ja se bûchèrent,
E tote nuit Jlloc guaiterent
Desqu al malin que il saillirent
Al chemin de Tost, ou il virent
7735 Deus s^anz qui i trespasserent.
Tant que lut furent detrenchië;
Mais Deus volt qu'il fusent vengië.
Les chrétiens
de Syrie 'îis -
smdeot d^ssdé-
ger Jérusalem .
Ilmêrmrmm Ai-
eârii, IV, xxizi.
Richard met
en fuite uLe
troupe Je Sarra-
sins (3 janvier
tigs).
Fol. 56 d.
7666 E enUleoie — 7660 pense — 7664 descomfortouent — 7666 ocûeienl — 7668 Qui — 7673 i. lo p.
— 7681 Ore — 768» hom — 7686 leece — 7686 tuit marupie, setioraeioni — 7688 La manque, renuoie —
7689 te»guardoient — 7698 corett — 7701 ouelraine — 7708 tel — 7706 ore — 771 1 U premier e manqué —
7716 86 fitan^ — 7717 de n. — 7719 les manqué — 7740 dûmes — 7788 quil — 7718 quis f.
207
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
208
Car le rei d'Ëngleterc aveit,
7780 Qui cet enbuchement saveit,
Por ço al cascl des Plains geu ,
Qu'il ot Taguait des Turs seu.
La tu Jefrei de Lencignan.
Ço iert li lier jor de novel an
7735 Quilloc Icisserent cheval cure,
Les serjanz quidouenl rescore;
Mais mort e detrenchié esteient,
E li Turc, qui bien conisseient
Le rei Richart e sa baniere
77/10 E sa vistesce e sa manière,
Les destomez d'illoc partirent,
Bien quatre vinz, qui s'en partirent
E vers Mirabel s*en alerent;
E li autre adonc s'en tornerenL
77A5 La en ot set que morz que pris,
E li reis son cheval de pris
Ala des espérons ferant
A quatre vint Turs qui fuiant
S'en alouent vers Mirabel,
7760 E sist icel jor sor Fauvel,
Quil por tôt de si grant ravine
Qu'il ateinst la gent sarazine
Si que einz que ses genz venissent
Ne c'onques a lui se tenissent
7755 En ot il ja dous destroissiez
E des chevals morz trébuchiez;
E si l'enchalz fust mielz seu
Plus en i eust retenu;
E neporquant vint en retindrent
Fol. 57 a. 7760 Quemorzquepris,pui8enrevindrent.
Après la feste la Tiffaine,
Li hait home e li chevetaine
A un concile s'asemblerent,
E as sages genz demandèrent
7765 Qui de la terre né esteient
idMfMmiiii ni-
aarii, V, i.
CoDieil de
gaerre où l^on
décide de renon-
cer au n^ de
Jëraniem et de
reterer In mars
d'AfcaloD ( i3
janvier 119*).
Saver mon que il loereient
De aler ariere ou avant.
Cil respondirent tut devant^
Et rOspital et cil del Temple,
7770 Que, a lor los, en cel contemple
Vers Jérusalem pas n'ireient,
Mais Escalone fermereient.
Se il les en voleient creire,
Por guarder le passage e l'eire
7775 As Sarazins qui trespassouent.
Qui de Babiloine aportouent
La vitaille en Jérusalem;
E por ço lors esgarda Tem
Qu'a Escalone returreient
7780 E que il la refermereienl.
Quant la novele fud seue,
Descoverte e aconseue,
Que l'ost retornereit ariere
(Mais n'est mie dit en deriere),
7785 Estes vos l'ost tant desheiliee,
Qui de errer iert si enhaitiee,
Que onques puis que Deos fiât le siede
Ne fud veue si tenicle
Ne si mate ne si pensive
7790 Ne si troble ne si baive
Ne si plaine de grant tristesce;
Car nient fud de la leesce p^, 5^
Que devant ço eu aveient,
Quant al sépulcre aler devaient,
7795 Envers la tristesce qu'il eurent;
Si i ot tels qui pas ne s'en turent,
Einz maldiseient celé atente
E que onques virent tendu tente;
Mais s'il seussent la destresce
7800 Ë le torment e la fieblesce
Qui en Jérusalem esteit
Des Turs , a qui trop mesesteit
MmI
7731 des baini — 7783 des Turs manque — 7766 s^ea manque — 7765 en manque, mort — 77^8 turc
— 775/i ne I. — 7760 mort — 7761 de la t. — 7764 E manque, sageni — 7766 qui! — 7768 Gfl loi r.
— 7773 Sil, voleit — 7778 lors manque — 7779 recureieni — 7780 quil — 7786 Eht ym —.7788 Ne
fu gent V. s. — 7790 Iroblee — 779a la manque — 7793 en — 779A Car — 7798 E manque
309
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
210
itrnr,
t^i, V. u.
Eut déf«TO-
De la ueirqui ert es montaines,
Qui ocieit les granz compaiaes ,
7806 Lor chevals e lor autres bestes,
Qui fu si veirs com vos ci estes,
Qui seust bien lor mesestances
De lor cors e de lor sustances . . .
Que ii Turc a icele emprise
7810 Fussent mort e la citié prise.
K' Ço fnd a feste saint Hiiaire
Que tant ot Tost eu contraire
E débet por la retomee.
Cbescons maldiseit la jornee
7815 Qu'il viveit e qu'il esteit nez,
Quant d'iloc s'en ieil retomez.
Etb vos gent trop desconseiilee
E trop penee e travaillée.
De lor vitailles reporter
7890 Ne se saveient comforter;
Car totes lor chevatcbeures
Esteient de si granz freidures
E des pluies afebloiees
^oL r>7 c. E des fièvres trop empoirees;
78a5 E quant la vitaille cbargouent
E li somier le tai marcbouent,
A genoilz a terre cbeeient,
E li borne se maudiseient
E comandouent a diables.
783o Seignors, nel tenez mie a fables
Que onques bone gent eslite ^
Veist Tem mes si descomfitc.
E des malades genz menues.
Qui d'enfertë furent tenues
7835 E trop erent mesaaisees,
I eust mult cel jor Icissces ,
Si ne fust le rei de Engletere,
Qui fist par tôt cercbier e quere
Tant que toz les en aporlerent.
7860 Tuit d'iloc bataille tornerent.
A Rames fumes la jornee
Le jor de celé retomee.
A Rames fud Tost desheitiee,
Dont j'ai la parole traitiee,
78^5 E par le deshet que il aveient,
Quegreinur aver ne poeient,
Fud tote Tost desaloiee
Lores a icelc foiee;
Car mult des François s'en partirent
785o Par mal talent e s'espartirent :
Li un a Jaffe s'en alerent
E une pièce i sujomerent;
E li alquant a Acre ariere.
Ou la vitaille n'iert pas cbiere;
7855 E ii autre a Sur al marcbis.
Qui mult les en aveit requis;
Li autre od le duc de Borgoine
Droit de coruz e de vergoine
Tornerent au casel des Plains;
7860 Si i furent buit jorz tôt plains.
E li reis e lost coresciee,
Qui mult esteit apeliciee,
E li quens Henri de Cbampaine
Sis nies, e cil de sa compaine,
7865 A Ibelin dreit s'en alerent;
Mais si laides yoies iroverent
Al seir quant vint al herbergier
Qu'il n'aveit en els que gregier.
A Ibelin jut l'ost pensive
7870 E plus mate que rien que vive;
Et al main ainz soleil levant
S'en issirent cil qui devant
Aloent por les places prendre.
Lor pavillons firent destendi-e '
IttHtrarium Fù-
earii, V, m.
Les Croisée rc-
lourDcnt k RaiD-
lab.
Les Français
déwrient Par-
niée.
Fol. 57 d.
Mardie fki
Croises de Bam-
lah à Ibelin rt
tl'lbelin à A»ca-
lon (so janTÏcr
1191).
7808 C mon^tM. // manque probablement ici plutieun veri — 781 1 a ia f. — 7^17 gent manque — 7830 Ne
M saaeeint — 7833 granl — 783/i fieres, trop manque — 7896 ic tai manque — 7897 Que a g. —
7833 Que o. de b. — 7885 mesaisees — 7886 icel — 7889 Tanz — 7861 E fumes a rames — 78^6 E par
ie he quil eurent — 78^6 Qui, poient — 78Â7 clesauoiee — 7854 Od la vitaille meint pas — 786A e manque
— 7867 Quai s. — 787! al malin — 787^ estendre
16
IHPtlMCaiK «ATlOSiir.
:211
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
21S
787;) E chevalcha l'ust tôle armée;
Mais ja meis de pior jornec
iNlert conté parjioine vivant,
Cur nient fud del jor devant
Avers celui que il errèrent;
7880 Car tanz mais pas i trespasserenl
Que lor vitailles i perdirent
Par les somiers qui lor chairent.
Issi velt Deus, quis esprova
E qui a force lor prova
7885 Que qui por lui n'est a mesaise
Ne deit pas o lui estre a aise.
Estes les vos a Eschalone
Fol. 58 fl. Venir entre midi e none;
Si la troverent si fondue
7890 R tresbuchiee e abatue,
Quant sor Tabateiz montèrent,
Qu'a si grant martire i entrèrent.
Au fort tens qu'il orent le jor,
Que il n'i ot nul de sejor
7895 N'eust talent e volenté;
Mais puis en eurent a plcnté.
ftmerarhm W- Escalouc sict sor la mer
De Grèce, issi Toi nomer,
N'onques ne vi a ma devise
jAiitirr ii9«). 7900 iNesune citie mieiz assise,
S'il i eust port on entrée.
Car trop i ad bone contrée;
Mais la mer est si turmentusc
lUoc endrcit e perilluse
7905 Que nuls vcisseis n'i puet durer;
E por ço covint endurer
La a noz genz tel mesestance
Que onqucs uit jorz sanz dolance
Par mer n'i pot veissel venir
7910 De vitaille a Fost sustenir,
Ne onques de rien n'i gusterent
etirdi V, IT.
L'iirtn^cîioaflrrc
(le la «liselle h
Fors de ço qu il i a|>orterent
Por Torage e por le tempeste;
Ne par tcre ne hom ne beste
791.^ Ne s'i osouent esmovoir,
Ne ne se |>oeient movoir
Por la cruel gent saraxine,
Tant que de Jaffe la marine
Par un bel tens lor yint vitalle*
7930 Puis recomença la bataille
E la tempeste en mer si grande
Que trop encherri la yiande;
Car les barges e les gualees
Qui por yiande erent alees
7995 Furent en<:el tens depeciees,
E li plus de lor genz neiees;
E totes noz bêles enekes
Furent depeciees ovecques.
Que li reis i fist puis deffaire,
7930 Dont il fist ses longes nés faire
En quei il se quida venir;
Mais ço ne pot pas avenir.
Salahadins par ses espiea
Sot bien que noi genz départies
793.5 S'esteient a val la marine.
Lors dist a sa gent sarasine
Que en lor contrées s'en alaoent
E desque a may sejomassent^,
Qu'il refust tens de josteier.
7960 Cil ne se firent pas proier,
Ainz s'en alerent volentera.
Qui aveient quatre ans entienP
A Dieschief en Sulie este,
E mcint chat soffert en l'eetë
7965 E en l'yvem meinte freidnre^
Qui point n'afiert a lor nature.
Que maint en i ot fait remaindre.
La oisiez tanz Turs complaindre,
Fc
em
7876 M. jameis jor roesaigûee — 7877 Neo sera c. — 7879 qiiil — 7880 tant, i manque — 788S qui 1»
e. — 7887 Eht — 7888 V. contre en. — 789A Quil — 7897 la manque — 7900 Nestmc manque — 7901 i '
manque — 791 1 Nonques — 79» A 1ère home ne — 791 5 csmoîr — 7917 crnolc — 7926 des g. — 7919 i
manque — 7936 Lores — 7398 desqoa
213
L ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
2iA
Tanz admiralz, tanz Ture puissanz^
7960 E tanz Cordins e tanz Persanz,
E tanz genz de luintaines terres,
Fol. 58 c. Qui tantes foiz en tantes guerres
Aveient esté sanz rien prendre,
Qu'au partir veîssiez esprendre
7955 De la grant perte e del damage
Dont ckescon plaigneit son iinage,
Qu'il aveit perdu en Sulie!
Ne onques mais rien si baie
Ne fud corne Salahadins
7960 Ne tant blasmë des Sarazins
Por les Tors qu'il leissa encure
Sanz délivrer e sanz suciire
Devant Acre, ou tant en périrent.
A tant les ostz s'en départirent
7965 Fors la gent ai Soldan demaine,
Qui esteient de son demaine.
Ço fud entur ia Chandelor
Que de nostre ost e de ia ior
Se furent les genz départies
7970 Plusors sens e plusors parties.
LK)rs manda li reis as Franceis, ^
Qui erent départi ainceis,
Qu'a Eseaione s'en venissent,
E que tôt a un se tenis'sent
7975 E que a Ior conseil fust veu
E conseille e porveu
Saver mon quel part tomereient
E coment il se contendreient;
Car mielz sereit qu'ensemble aiascnt
7980 Que par pechië se descordassent.
E il mandèrent qu'il vendreienl
Et que ovecques lui tendreient
Desque la Pascbe sulement,
^o\, r)8 d. E par itel devisement
7986 Que se lores aler volsisent
E que en conseil le preissent,
ItiMtranmm Ai*
«r*,V,ti.
Li<i fnaçêi»
csoKatcBt à re-
••«ir k ramée
Que son conduit Ior baillereit
E que conduire les fereit
A aler s'en lot asseur
7990 Par terre a Acre ou a Sur;
E li reis le Ior otreia
E (ist quant que chescons proia.
Eht vos l'ost a un repairee
E ia joie mult esclairee.
7995 Quant l'ost fud issi faitcment
Ensemble a un acordemenl
A Eseaione rasemblee,
Qui puis en fud desasemblee,
Tuit ensemble illoc sejornerent. .
8000 Lors porvirent e atomerent
Que la citië refermereienl;
Mais li baron si povTe esteienl
Qui illoc eurent sojomë
Puis qu'il esteient retomé
8oo5 Que de plusors iert la poverle
Si seue e si descoverte
Que rien vivant ne la seust
Que trop grant pitië n'en eust.
Neporquant tut a l'ovre alerenl,
8010 E le fondement delurerent
D'one porte, on Ireslul ovrouent,
E si que il s'esmerveillouent
Del grant espleit qifë il fesouenl.
De main a main s'entretenouent
801 5 Les pieres li bon chevalier,
Li serjant e li escuier :
Tuit i ovrouent sanz délai;
Tant i venoient clerc et lai
Que en brief tens mult esplelerent;
8090 E donc après si enveierent
Por les maçons a l'ovre faire
Qui grant tens costa a parfaire.
En Eseaione aveit eues.
Qui totes esteient fundues,
AeUvilé dé-
ployée k la recon-
strucUoD d^As-
calon ( féf rier
ti9«).
Fol. 59.
7966 espndre — 7968 Nonques — 7968 en manqué — 7971 Lorw — 797Û ten — 7987 le — 7988 que
mtmque, freil -^ 7998 desembiee — 8000 Lore* — 8oo3 Cil qui — 8008 graot wumque — 8019 qnil —
Moi 3 quil — 8018 e clerc — 8019 Tant queen — 8ot9 Que, lens m<iii^
t/i.
Si 5
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S16
802 5 Cinquante Ireis turs forz e bêles,
Esire les petites roeles;
Sin i ol cinc par nom nomees
Après ço qu'els furent fundees;
Si oiez primes quis fondèrent,
8o3o Issi corne cil nos contèrent
Qui saveient la veritd.
Que al viel tens d'antiquité
Régna uns hom, Cham iert nomez,
Haut e puissant e renomez :
8o35 Filz Noë fu qui Tarche ot faite,
Par qui tote rien fud retraite;
E icil Cham si engendra,
Ço puet dire quil retendra,
Trente deus filz qui puis régnèrent
8oâo E qui Escalone fondèrent;
E ici! filz si enveierent
Par les terres qu'il justiserent.
Par les citiez e par les burs,
Quere aie a feire les turs;
8o65 Si dient que les dameiseles
Fol. 59 6. Fondèrent la tur des puceles;
E la tur des escuz fondèrent
Li chevalier qui al tens erent;
La tur del sanc des Ibrfetures
8o5o Firent e des entrepresures;
E la tur des admiralz- firent
Li admirail e establirent;
E Bedoin firent la lur.
Forte, riche, de grant valor.
8o55 Celés cinc turs tels nons aveient
E li ditortanten saveient;
Ë 1 autre gent solonc qu'il erent
Les autres ovraines fondèrent.
Quant li maçon furent venu,
8060 A Tovre furent retenu.
Li reis entra premerement
A efforz entérinement,
E li haut home meintenant;
Chescon en prist son avenant.
8o65 La ou les autres i faillouent,
Ou li baron rien ne feissouent,
E li reis ovrer i feseit
E comenceit e parfeseit;
E quant li baron se laschouent
8070 D'ovrer e il n'i porveouent,
E li reis lor feseit porter
Del suen a cls racomforter;
E tant i mist e despendi,
Issi come l'en entendi,
8075 Que des treis parz de la cilié
Fud le cust del suen aquitë.
Par le rei fud la citié faite,
E par lui refud el deffaite
Des Franceis qui se deffiiiliirent,
8080 Quant il e sa prod gent saillirent
A Jaffe en mer de sa gualee :
La fud sa proesce esprovee.
Qu'en liu e en tens mosterons,
E si bien nos i proverons
8o85 Que ja solonc nostre mémoire
D'on mot n'en mentira Testoire,
Si me doinst Dampnedeu sa glmre.
Oiez une estrange aventure
8090 Qui bien deit estre en escripture,
E dreite miracle sanz dote.
Salahadins en une rote
A Babiloine en enveeit,
Que sa maisnee i comveiet,
8095 Mil de noz cheitifs crisliens;
Frans i aveit e Suliens.
Ja esteient jusqu'al Daron;
Mais Dampnedeu qui Lazaron
et
ti
D
M
ti
8028 queles — 8o3o com — 8odt ie y. — 8o33 uns b. ciim iert — 8o5o Furent, cntreprcsturM —
8o53 E H bedoin — 8o55 Iccls — 8o65 i mangue — 8066 ne manque — 8069 que — 80^0 Derrer, D*i wuÊmqm
— 807^1 com — 8078 cle — 8080 E quant, prode — 808 i!i poruorons — 8o85 Que la s. — 8086 maii-
loira — 8091 dreil — 8093 en manque — 8096 aueieni
217
i-r •
LESTOIRE DE LA GUKiUiE SAINTE.
218
Uesuscita de«inorl a vie
8100 Lor (isl la sueurs et aie;
Or si oiez en quel manière.
Le rei Bicharz od sa genl fiere
Un jor, entre midi e none,
S'en esteit eissu d*Escaione
8io5 E aloii le Daron veoir
Que il prist puis par asseoir,
Ou li Sarazin recetouent
Qui de Babiloine aportouenl
En Jérusalem la vitaille
8110 En pcis, sanz noise e sanz bataille,
Fui. 5() ti. Ainçois que le Daron fust pris.
La esteient cil entrepris^
Que Ten meooit morir a honle.
Que fereie vos allre conte?
811 5 Si corn li reisveneit illoques
E sa hardie gent oveques,
E li Turc sa baniere virent,
Pour eurent, si s'esbairenL
Tels i ot el chastel se mistrent,
8190 E li cheitifs dehors remistrcnt.
Que cil n'osouent retenir
Quant il virent le rei venir,
Einz se mistrent en une église;
La ert la povre gent remise :
819.5 La vint li reis, sis délivra,
E les Turs toz a mort livra,
Gels qu'il pot entrechevalchier; ^
Si i guaina meint cheval fier,
E i prist le jor vint Turs vifs
8i3o Estre cels qui furent ocis;
E si Deus de la sue main
Ne Teust mené, lendemain
Fussent li cheitif conveié
E en Babiloine enveié,
81 35 E en cheitivisons munissent,
Se li reis e sa gent ne fusenL
Quant Dampnedeus ot delivi'e<'
Sa gent qui ert a mort livrée,
Dont il ont mis le rei Richard
81^10 En Teschange saint-lioonard,
Qui les prisons ot déliez.
Dont Deus esteit tant graciez.
Lors manda li rois al marchis ,
Qui plusors feiz fen ot requis,
8 1/1 5 Que a Eschalone venist
E que son liu en Tost tenist,
E qu'il deservist sa partie
Del règne, qui lui fud partie
Epar devant le rei de France
8i5o Par serement e par fiance.
Issi faitement4ui manda;
E li marchis lui remanda
Qu'en l'ost son pié n'en portercit
Devant ço qu'a lui parlereit.
8i55 E puis parlèrent il ensenble
Al casel Ymbert, ço me semble.
Illoc ou noz genz surjomouent
A Eschalone qu'il fermouent,
Ou il esteient par escholes,
81C0 Illoc surstrent unes paroles
Del rei e del duc dé Burgoine,
Qui mult empeira la besoine.
Li Franceis al duc demandouent
Les soudées e l'en hastouent,
8165 E il nés aveit dont paier;
E por ço ala a essaier
AI rei d'Engletere e saveir
S'encor lui presiast plus avoir
Qu'il n'aveit as Franceis preste
8170 Desur lor part d'Acre en l'esté.
Mais li reis ne volt plus prest faire;
E por ceste e por autre affaire
I ot asaei paroles dites
Qui ne sunt mie ici escriles.
Fol. 5o a.
ftiiur«rmm Rt-
enrdi, V, tiii.
Richard tomme
le marquis ilc
Monlferrat de
venir & Asealon.
Colni-ci r»»fuse.
lUnerarium lil-
earU, V, it.
Le doc ()«>
BooT'gogne aban-
donne Richard et
te relire II Acre.
8101 Ore — 8io5 veoier — 8106 Quil, asseioier — 811/1 Eqaefreie — 819^ erent — 81 95 toi moM/fue
— 8199 ' niatupêê — 8i39 amené — 8i35 E qaen cheilifMns — 8i38 iiore — 8169 E dont — 81 63 Lorea
— 8ir>o serment — 81 58 refermouent — 8168 Seneore — 8171 ne li voU — 8171 icesie
û\\)
L'ESTOIUE DB LA GUEHRE SAINTE.
3i0
ItmertariuiH Hi-
cardi , V. x.
Querclleà Ane
entre les l*i^>al)»
parUmnH de Gui
cl 1« GtfDois
partisiiitdcCou-'
rad. Henri de
Bourgogne sVn-
fuit à Tyr.
Fol. <)o h. «i7r) Tant que le duc parli d'iloquen
Par mal e des Franceis ovcqucs,
E vindrcnt a Acre bâtant.
Illoc troverent com bâtant
Les Geneveis od cels de Fisc;
Ki^o (iar li Pisan par lor franchise
Od ic rei Guion se tenoient
E li Genevois s'apendoienl
Vers le marchis por sa fiance ,
Qu'il iert jurez le rei de France.
^i'^f) Eth vos a Acre grant barale,
E la vile en malveis estale,
E gent oscire e genl luer,
E grant noise faire e huer;
E tant que li Franceis s'ai^niereuf
Kl 90 E le duc e cil qui ta orent.
E quant cil de Pise^ virent,
Hcirdiement se défendirent,
E firent al duc de Burgoine
Tote honte e lote vergoine;
Si(j5 Car son cheval soz lui ocistreut,
E mal grë suen a pië le misirenl.
Puis cururent les portes clore,
Car n'i voleient gent enclore
Dont la ritië eiist damage;
H juo Car ii Genevois par message
Eurent al marchis enditc^
Qu il li rendreienl In citid.
Icil i vint od ses gualees
E od ses gens totes armées , .
"i^of) E quida la citié sorprendre.
Lors veissiez les Pisanz prendre
Int. (Ml r As mangoneaus e us perieres,
Come hardies genz e Gères.
Treis jorz issi s'entrassaierent.
sjio Tant que li Çisan enveierent
Ratant por le rei d'Engleten*.
Icil iert ja venu par terre
8 1 8:1 seu pendoient — 8 1 98 a duc — 8 jo3 Cil
— 831a Cil — 8a 16 Lon.'s — 8317 la nuiiiqw
w\ (jii. — 8a38 Lores — Haûo qiiil -- 8:î/ii sil
A Ccsairc, com jo enquis,
Por aler poirier au marchis;
8:115 Car li niessagier rencontrèrent.
Lors chevalcherent e errèrent,
E vint a Acre en la nuit noire;
E quant ii marchis sot la veire.
Que ii reis iert d'iloc venuz,
H»ao Onques n'i pot estre tenuz,
Einz s*en ala bon eire • Sur,
Qui fud a cinc liuues d'Arsur ;
E le duc de Burgoine anceis
I ert aie 0 ses Franceis.
8:2a3 E quant li reis ot ço seu
A Acre, ou il aveit geu,
Par matin monta el demain
E prist tote la chose en main ,
E fud la noise départie
Ha'Ao En pais de chescone partie,
E les Geneveis acorda
As Pisans, ese recorda
Que a grant mal peust torner,
S'il n'alast la pais atorner.
8235 Qu.int cil de Gienve e cil de Pise
Furent arordd en tel guise
Come genz ou tanz jorz oui guerre.
Lors manda li reis d'EngIcterc
Al marchis que il assemblassent
8ij/i(» Al casel Ymberl e parlassent,
Saveir mon se il ja peussent
Faire tant qu'a un acort fussent;
E vindrent la e assemblèrent,
E longemenl illoc parlèrent
8a /i 5 Li reis e le marchis ensemble;
Mais ne monta rien, ço me semble;
Car li marchis tôt maintenant
Failli al rei de covenant,
Que par le duc des Bni^ignons,
8a 5o Que par ses autres compaignons»
830G Lotos — 8107 inangneaus — 8909 sciilraassaierent
8a33 Qua — 8:î35 |;icuc — 8a36 ilel - 8387 Coni.
8q'iî un cort — 8a&9 de b. — 8â5o Et p., ses manqw
Rwliiird*!
Il quefdlr.
, V, u.
^^ — ^^
UMUfRMl
Riekard H
Conrad an c
iMlierl.
Fol. 60 d.
Ut nVrt
ii\
>i6
I a.
m-
4i, ?. in.
ReamiT enap
(97 BMTS).
(m M dclàda
Qui de la pais le desveierent,
Tant que tôle la depcscierent.
E quant li reis soit cel aflaîre
8i55 Si li fud jugié par dreiture
Que por ço que il n aveit cure
De sa partie desservir
Del riaume, ne Deu servir,
Que a ses rentes se prendreient
8'jCo E que il Ten deffaillereient.
E de ço vint la descordance
Del rci e des barons de France
E del marchis, qui les Franceis
Alrest e lores e anceis,
8ar)5 E Irobla si tôle la terre
Que onques le rei d'Engleterc,
Al mien avis et al mien esme,
De près de Ireis para de quaresme
8970 Fud qu il n osa Acre leissier.
Tierc jor devant Pache flurie
S'esrout de la bachelerie
De Jaffe dreit a Mirabel;
Si fud a plusors genx mu II bel
8975 D'une grant proie qu'il troverent,
Car il trestote len menèrent,
E trente Sarazins ocistrent,
E cinquante toz vis en prÎBtrenl,
E a Jafie a tôt s'en revindrent;
8980 Demie la proie en retindrent.
Dont a peine sorent le conte,
E la m^tië en fud al conte.
La part as serj^nz fud vendue,
Si come j'ai Tovre entendue,
8985 Plus de quatorze cenz besanz
Sarazineiz, fora e pesanz.
Le samedi après sanz dote
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
m
Ueissirent d'Escalono en rote
Tuit icil qui chevals aveienl
8290 Por une proie qu'il saveienl,
Qui lor ot esté espiee.
Bien le Grenl celé fiée,
Car cil redistrentqui i furent
Que desqne en Ëgipte cururenl,
8J195 Oltre lo Daron quatre liuues;
Si prislrent e chevals e iuues;
E ôi i prislrent bien sanz faille
Set cenz que berbiz que almaille,
E asnes vint e chameilz trente;
8.3oo Si prislrent a la meie entente
Plus de noef vinz gcnz mescreanz,
Que homes, que femmes, que emfanz;
E s'en vindrent o lie chîere
Tôt dreit a Escalone ariere.
83o5 Vos oistes la deseordee
Que jo aveie ore recordee
Des barona qui se descorderent :
Le duc e le marchis mandèrent
De Sur a Bscalone « l'ost^
83 10 A trestoz les François, que U)st
A Sur al marchia s*en venissent,
E que tuit a lui se tenissent,
Si qu'il fud d'els toz a fiance
Sor i'omage le rei de France.
83 1 5 E lors fud l'ovre descoverte
E bien seue e bien aperte
E le barat e la traine
E la cruel mortel haine
Dont li faus marchis aiorna,
83qo Quant li reis franceis retoma,
Le serement qu'il s'entrefirent.
Par quei li Franceis s'en partirent
A cel point del rei d'Engletere,
Qui tendeit al p#eu de la terre
Fol. 61 b.
liimêrmimm Ri-
etrdi, V, iiii.
Heori el Con-
rad rappellent h
t^r looB les
Français restas a
Asralon.
Safii le mtmque — 8a55 fud manque — 8966 quil — 8t6i B de cuit ia — 8166 Goaques — 8176 il
manque -- 8980 Demi — 8986 com — 8989 cil — 899s icde — 8996 k premitt e moii^ — 8997 E et
i manquent — 83oi me^creant — 83o9 erofant — 83oA Tôt dreit 11111117110 — 83 11 se v. — 83 1 5 loreii —
8390 Que quant — 839i s' manque — 839& Qui enlendeit
ii'i
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
2S&
Itintiaiium lli-
cmrdi, V, ht.
Hidiard ton-
bent au départ
dm Français (3i
mars 1 19s)*
Fol. \\\ r.
8335 Issi fom vos ui oroz rciraire,
S'il vous plousi un poi airaire.
A (in m;irs(li de In semaine
Pcnuse, que gent onl tant peine,
Revint li osl al rei arierc,
833o Corecicz od pensive chierc;
Ë le mccresdi le requistrent
Li baron de France e li dislrenf
Qu'il lor aparillast conduit,
Issi coni il le lor ot dit
.s3:{r> E coni il ot en covenant;
E il otreia meintenant
E bailla de ses Peitevins
E de Mansels e de Angevins
E des barons de Normendie;
f^Vin E il sis cors par compainic
Les conveia lot en plurant,
E preia les en deniorant
Qu'a son cust o lui remansissent
E que ensemble se lenissent;
><365 Mais onques ne voldrent remaindre.
E quant a rien ne pot ataindre
E il n'oirent sa proierc,
Si vint a Escalone ariere,
E manda a Acre bâtant
K3r>o Isnelement \\é en estant
A ses jostises qu'il gardassent
Que François ne se herberjassenl.
Ço fud le joesdi absolu
Que pectiie ot issi tolu
voqucson armée 8355 A Tosl Ic bamagc dc Francc.
Eth vos Tost en fiere dotance,
Pensive e morne e desheitiee ,
E durement apeticiee
De plus de set cent chevaliers,
k3()o Preissiez d armes, preuz e legiers.
Qui n'osoient plus demorer.
Ilinerariwn Hi-
r.rrrfi, V, x¥.
Saladio coii-
La veissiez tant gent plorer
Por la descordee qu'il eurent!
E quant li Sarazin la seurent,
83G5 Saciez cjue uiult s'en esjoirenl;
Si contèrent cil qui Toirent
Que Salahadins comanda
Ses briefs a faire e si manda
A toz les admiralz des terres
8370 Dont il iert sires par ses gueres
Qu'il revenissent en Sulic,
Car Franc ne conqueroient mie,
Ainz i avoit tel discordee,
Qui bien li estoit recordee,
8375 Que par son sen e son avoir
Qu'il quidoit Sur e Acre avoir.
E cil son comandement tindrent,
Mais [lereçosement i vindrent;
Neporquant tant en rasembla
838o Que trop furent, ço me sembla.
A grant Pasches le samedi,
Si dit cil après oui jel di ,
Ert li eoltans Salahadins
8385 En Jérusalem al sépulcre :
La aveit meint cristien mucre,
Chetif en fers c en lions,
De latins e de Suliens,
Qui tendrement illoc plorouenl
83^0 Et en plorant a Deu priouent
Merci por la cristienté,
Qui iert chaete en orfenté.
Si corn il alouent plorant'
A dolces lermes en orant ,
8395 Eth vos le feu espiritel ,
Tôt autresi e tôt itel
Com il soit venir en la lampe :
Si com oil d'ome monte et rampe.
Fol.(
/iMfl
Mil
Sunl-
(4 avr
8395 vos manqve — 83a6 plust — 8898 tant de p. — 8899 iost — 8339 h manque — S33& le mampu
— 83/i 1 tôt manque — 8359 Quant li fraiiceis — '■ 83Gâ tante — 8363 dcscordc — 8360 ce verg ent répM àtur
fois — 8367 les 0. — 837 û Que — 8375 seu c par son — 8876 quidoit soz a acre — 8879 E neporqnaot
— 8382 a. que 8887 Geutilz — 8388 El.— 889'^ E d. -^ 8895 feus cspirilels — 8896 îteb
3â5
UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
336
Virent luit, joefne e ancien,
8'ioo R Sarazin e cristien,
Que ia lampe s'iert alumee
Si com eie iert acustumee.
Eth V08 li poeples esmeuz,
Qlianl tel miracle fud veuz.
Ko!. 6-ifl. H^oU Li Sarazin s^esmerveillerent,
E si disoienl e quiderent
Oue ço fud par enchantement
Que el alumasl si faitement.
Salahadins volt Tovre ataindre,
Hft io Si comanda la lampe estaindre,
E ses genz eralment Testainstrent;
Mais lor pense a rien nateinstrent.
861
Hj'Urd ce -
'**»« l« féU de
^*1o^ C avril
«l'd'i.
N. 65 6.
Que la lampe ne ralumasl;
E il dist qu'el refust estainte :
E Dampnedeus volt que atainte
Fust illoques la vérité
En son non et en sa citië,
Si la raluma tierce foiz.
8690 Quant Salahadins vit les foiz
Des cristiens e la créance,
Lors dist por voir e sanz dotance
A ses Turs que par tens morroit
Ou que la citié ne seroit
8695 Pas seue quite longement;
^ E il ne vesqui solement
Al mien avis e al mien esme
Après fors desqu'a un quaresme.
A granz Pasches, la feste chiere,
863o Tint li rois cort grant e pleniere
Por ses genz de Tosl conforter,
E fist ses pavillons porter
Dehors Escalone e estendre. . .
La viande que il volt prendre.
8^1.35 La curt ne dura fors un jor.
E lendemain sanz plus sejor
Refist li rois as murs ovrer,
E les ovraines recovrer
Que li Franceis eurent gerpies
86/10 Quant lor gent s'ent erent parties.
Il refist tôt del suen refaire
Quant qu il i avoit a parfaire.
* Vos m oistes ore conter,
A qui il plot a escoter,
8665 Del convoi de sa baronie
De Peitou e de Normendie,
D'Anjo, del Maine, qui ainçois
Orent convoie les Franceis
Desqu'a Acre e puis s en revindrcnt;
865o Si orez coment se contindrent
Li Franceis a Sur ou il furent ,
Une pièce qu'il i esturent,
E quels bien vint de lor affaire,
E que il i alerent faire,
8655 Quels besoines, quels chevalchecs
Et quels paines e quels haschees
Por amor Deu il i BoiFrirent.
Ço contèrent cil qui le virent
Qu'il fesoient par nuit les tresches,
8660 E portoient les garlandesches
De flors en lor chiës e corones;
E seoient devant les tones ,
E bevoient desqu a matines;
E puis par les foies meschines
8665 Revenoient les huis brisant,
E foies paroles disant,
E jurant les granz sairemeûz;
Tels estoit lor repairemenz.
Ge ne di pas que tuit feissent
8670 Tel vilainie ne deissent,
Car li prodome qui la furent
E qui sorlor pois i resturent,
Itincrarimm Ui-
citrdi , V, xviii.
Achèvenit'iil
iPAcr»* aux frai"-
(Jii mi.
lÙHcrarium lii-
cardif V, «
DciMuckes U'f>
Français retour-
n»*s & Tvr,
Ko!. G'i c.
8601 s' manqué — 8606 E manque — 8&16 nalumast — 861 5 quele — 8691 e de la — 8899 Lore« —
8àt3 ces, moroit — 8/Î95 quile manque — 8633 il doit manquer ici quatre vere — 8636 quil — 8661 Et il
r. — 866À quil — 865o r. il i*i c. — 8653 bien i vint — 8655 besoins — 8/157 i manque — 8658 quii
— 8666 E muli foies — 8670 Teie, ne répété — 8&79 i manque
i5
IHP'.lUtlie RtTtO^âlC.
227
L'ESTOIRË DR LA GUERRE SAINTE.
338
ÊhHetartum Ui-
rardi, V, \xi.
'Ii> la romlujli-
e^\[^' fil»» anriens
hf'ros ilfK rlMi)-
■;oii!! (Il» g<>«li'.
A qui |iesot de la descorde
Ou Deus ne voleit mètre acorde,
^'175 Cil en erent Irop corescié;
Mais li malvais esleicié
Esloienl de ia descordance
Des barons et del roi de France.
Quant li vaillant reisCharlemaines,
KAKo Qui tant couquist terres et règnes,
Ala osteier en Espaine
Ou il mena la preuz coinpaine
Qui fu vendue al roi Marsiile
Par Gueuelon, dont Franco avile;
8^85 E quant il refu en Sesoigne,
Ou il fist meinte grant besoigno
E il desconfist Guiteciin
E mist les Senes a déclin
Par la force de maint prodome;
Hfii)o E quant il mena lost par Rome,
Quant Agolant par grant emprise
Fa par mer «rive a Rise
En Calabre la riche terre;
E quand Sulie a Tautre guerre
8/190 Refu perdue e reconquisse
E Antioche fud assise;
E es granz ostz e es batailles
Sor les Turcs et sor les cbenailles
Dont tant i ot mortes et mates,
85oo La n avoit estrifs ne barates,
Lores a cel tens ne aneeis,
Qui erent Norman ou Franceis,
Qui Peitevin ne ki Breton,
Qui Mansel ne ki Burgoinon ,
sSof) Ne ki Flamenc ne qui Engleis;
Illoc n'aveit point de jangleis,
Ne point ne s'entreramponouent;
Maift tote honor en reportouent ,
Si erent tuit apelé Franc
Fol. fia d.
8510 E brun e bai e sor e blanc;
E par pechié quant descordouenl,
E li prince les racordooent»
E erent tuit a une acorde.
Si que poi i doroit descorde,
851.') E ausi deussent cisi faire
E si guverner lor afiaire
Que hom i peust essampie prendi'e,
Non pas li uns Tautre entreprendre.
Après Pasches au dreit passage
85'jo Vint al rei Richart un mesai^
Dont Tost fud en grant deaconforL
Ço iert li priors de Hereford,
Une prioré d'Engletere,
Qui en Sulie Tala quere;
859 5 Si lui aporta tels noveles
Qui n esteicnt bones ne beiea,
E briefs seelez e escris
Qui a grant besoing erent eserix.
Qui diseicnt que ses justises
853o Qu'il ot en Ângletere mises
Orent des chastels remuées,
E en contrée gcnx tuées
I àveit a Tester eu,
E ço aveit li priors veu;
85:i5 E si diseit encor la letre
Que sis frères ot feit hors meire
lyEngietere son chancelier» ,
E qu'en chambre ne en celier
Ne en trésor, fors en église,
85/10 Ne li iert nule rien remise
Qu'il n'eust fait saisir e prendre,
E tant osa faire e mesprendre
Que au chancelier, qui esteit prestres
E evesques e sire e meistres,
85'i5 Fist tant denui e vilainie
Qu'il s'en fui en Normendie.
M
L
poo
nki
nnri
eon
luai
■on
Fol
8/r8i jo«&eier — 8&8a amena — 8&83 vendu — 8À93 El calal>re — 8690 conqoisiie — 8^96 ri fod —
85o6 ni aueit — 85o8 honora — 8609 Germi Uiii a tuit — 85io E bnic — 85i5 icirt •— 8619 pimges
— 85<)0 uns messages — 85t3 priorie — 8536 Qiien — 85s5 itels — 85 16 ne bones ne — 853t eonirp
— 8533 Et a. — 8535 encore — 8538 nen — 853g \en — 85ài Qui] not — 8566 eiMsque e sirei
339
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
230
Encore i aveit autre affaire,
Qu il tant voleit al rei mesfaire.
Qui iert en son pèlerinage,
B55o Que les sermenz de son iMirnage
D'Engleterre voleit aveir.
Qui veneient a Teschekier.
rrBiaus sire, e por ço vos requier,^
8555 Disl li priors, crque vos viengiez
n En vostre terre e vos vengiez
r^De cels qui tant vos ont forfeit,
rr Ou il creslront plus ior forfeit :
ffEn la terre qu'en prent a taille
856o r N enterrez jameis sanz bataille. ^
Seignors, or ne vos merveilliez
Del rei qui s'esteit Iravilliez
Por Deu en la (erre lointaine.
Ou il ot tant travail e paine,
8565 Si fust troblë en son corage.
Fol. 63 6. Car tel novele descorage
Chescon prodome efeit esperdre,
Qui sa dignetë quide perdre.
Elh vos la novele seue;
8570 Si ne cuit c'onques fust veue
En nul liu gent plus coresciee
Par home ne si desheitiee
Qui d'un ost s'en deust partir.
Car tuit fussent al départir
8575 Se H reis s'en fust departiz ,
Si fust trop mal li giu partix,
A ço qu'il erent a descorde;
Si n'i eust ja meis acorde
En cels de Sur e Ëscalone.
^^'^trtnmBi. 858o L'endemain entre tierce e none
Asembla li reis le bamage,
E dist oiant ioz le message
Qui li ert venu d'Engleterre,
Ke en li veit tolir sa terre
8585 E qu'en lui aveit desposë
Son chancelier par lui posé,
Qui lui guardeit e mainteneit,
E por ço aler l'en coveneit;
E dist que s'issi avenist
8590 Que aler s'en l'en convenist,
Qu'a son cust lareit en Sulie
Trois cenz chevaliers de baillie,
Si i lareit dous mile serjanz
E preuz e leaus e vaillanz;
8595 E dist qu*it en voleit saveir
E respons en voleit aveir
Qui od lui s'en voidroit venir,
E les en mist en convenir
Ou de l'aler ou del remaindre,
8600 Car il n'en voleit nul constreindre.
Li haut home qui iloc erent
De si faite chose parlèrent
Come li reis les requereit.
Chescons d'els muit i enquereit
86û5 Qu'il en dévoient dire e faire.
Si troverent en ior affaire,
Por ço qu'en la terre n'el regue
N'a veit nul mestre cheveitaigne,
Einz esleit en deus départie,
8610 Dont li reis Guis de sa partie
Ne poeit en nul chef venir,
E que li marchis revenir
Ne voleit en l'ost por fiance,
Ainz se teneit od cels de France,
861 5 Si que tut aveit descordë,
E quant eurent ço recordé.
Si revindrent al rei ariere
E distrent, non pas en deriere,
Ko!.
an a.
8859 il manque nant doute plu» d'un vers — 855o del b. — 8556 E, no6 — 8557 ^^ ^^ man^ — 8558 pli»
numque — 856o entrez — 856 1 ore — 8565 en manque — 8566 celé — 8567 prodom, e manque — 8568 Qui
de n d. — 8578 départir — 8578 cust eu -^ 8679 sur e de e. — 8583 Que — 8586 Ken — 8588 ço
manqua — 8590 s'en manqué — 8596 la ftrtmiar « manque — 8696 veit — 86o3 Com — 86oâ i manque
— 8616 quant il e.
i5.
:231
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
33i
Que s'il ue l'escil en la terre
Hr.îM» Un sei{[nor qui seust de guerre
Et a cui tresluit se tenissent
De quelque part que il venissent,
Que tuit après lui s'en ireient,
E que la 1ère guerpireienl.
so-jB E li reis demanda aneirc,
Qu'il quidot cslre sor son eire,
Del quel des reis il le voloient
E del quel il le desvoloient,
Del rci Guion e del marchis;
K<i3o E distrent luit quin sunf requis
Et devant lui s'agenoillerenl
E tuit requistrent e proierent.
Foi. 03 il. Petii e main e greinor,
Que del marchis feist seignor;
H085 Car ço esteit le plus sucurables
Al règne et le plus aidables.
Quant li reis vit que tut le \o1drent
E que nuls genz ne le desvoidrent.
Lues blâma tels qui illoc esteieni
K6/10 Qui mal de lui dit li aveient;
E quant chescons por lui proia,
Lors le volt e si otreia
Que hautes genz por lui alassent
E que a grant joie ramenassent,
86/1 5 E que il e li Franceis venissent
E que lot a un se tenissent.
Geste élection que jo ai dite
iVe fud pas tenue a petite,
Ainz la voidreul e fol e sage.
KOfx» I^rs s'atornercnt li message:
Li coens Henris, cil de (ihampaine,
Si fud 0 lui en sa compaine
Mis sire Otes de Transiguees :
Ço erent genz d*} hautes lignées;
«055 Si i fud de Gaieu Willames.
Lores mistrent es chiefs les hiaumes,
Itii.rmnum lii'
ttiitli , \\ x\i\.
Iticli.-ird roii-
«le r,onpa«l.
Le message alerent porter
E le marchis recomforter,
E dire lui bones noveles
soCo Que mult semblèrent a lui bêles
E as Franceis qui a Sur erent.
J^rs chcvalcherent e errèrent,
Si orroiz bien quant il i vindrent
Les choses com eles avindrenl.
,8(i(ir) Veritez fud e sanz dotancc
Que quant li barnages de France
Se fu alez o le marchis,
E li reis Richarz Tôt requis
Par tantez feiz com no8 veimes
8H70 E corne nos le vos deimes.
Qu'il venist aider a conquerre
En Tosl od les autres la terre.
Que il n'i volt onques venir.
Dont li dut bien lAesavenir.
Kr)7r) Ore si orrez qu'il volt faire,
E com il volt a Deu mesfaire r
Contre Ténor de la corone
Et encontre l'ost d'Rschalone
Aveit tel pais asseuree
HOHï» A Salehadin e jurée
Que il devoit a lui venir,
E qu'il devoit de lui tenir
De Jérusalem la moitié :
Issi avoit ja esploitié
8085 Vilainement, si i parut,
E si devoit aveir Barut
E si devoit aveir Saete,
Si com li pais se porjett;,
E demie la ten*e ovecques
8<)()(i Redevoit il aveir illoques.
Geste pais volt Salehadins;
Mais li admiralz Safadins
Ne la velt onques creanter,
Ainz oimes après conter
Conr
è fmr
otec S
Fd.(
S«iil
dt M
qi'avcc
81»? 2 E de, qui! — 8697 De quels treis il — 86^0 t. cunl r. — 864o li manqua
80/19 if^l'^^nier e manque — 865o Loros — 8653 transigees — 8655 carer — 866a Loros
8O73 Qnil
86As LoM
8669
233
L'ESTOIRE DE LA [GUERRE SAINTE.
43 'I
Kol. o4 6.
ItuuTtnum Ht-
rii. V, ixT.
W de Con-
id àla tKMivelle
*• son »^l«Tlion.
8695 Que il dist al soidan son frère :
r Sire, ne place a Deu le père
(T Que pais a la cristienté
rr Por nului qui vos ait temptë
rr Façoiz sanz le roi d'Eogletere
«700 ^ (Meillor cristien n'a en terre) ;
r Ne jo nel lo ne jo nel voil. t»
1] par tant remist lor conseil,
E ço i fu par tôt seu
E cercliié e aconseu :
8705 Car Esticnes de Tornehan
En Jérusalem al soidan
Estoit envoiez quant cil vindrent,
Dont plusors genz les noms retindrenl :
Ço fud Balians d'Ibelin,
8710 Qui ierl plus faus de gobelin,
E si i fu Renauz de Saele,
Qui Torde pais, non mie nete,
Venoient quere c porchacier,
Sis deusl Ten a chiens chncier.
8715 Li messagier dont nos dcimos,
Que el message aler veimes,
Errèrent tant par tels jornees
Com il avûient alornees
Que il vindrcnt a Sur bataui.
8790 Illoc descendirent a tnnt
Ealerent droit al marchis,
Dirent li ço qu'il orent quis,
Cortoisemeot le saluèrent;
E il e cil qui o lui erenl
8795 Les saluèrent 0 granz ris;
E lors parla li coens Henris,
Si dist 0 bone volenté :
^Li rois e la cristien të,
ftSire marchis, Tost d'Escbalone
87.30 T Vos ont otrié la corone
fr E le riaume de Sulie.
r Venez en od vostre ost banie,
(rSi la conquérez fièrement, t)
Si dit Testoire finement
8735 Qu'il T)t tel joie en son corage
Qu'il dist, oiant tôt le bamage,
Ses deus mains vers le ciel dresciees,
Dont puis fist mult genz coreciees :
rrBiaus sire Deus qui me feis.
Fol. t\fi
87/10
ffTu, qui es voirs rois c bénignes,
(rCom sez, sire, que jo suis dignes
<rDe ton règne bien governer,
ff Que jo m'en voie coroner ,
87/15 rrSire, e si tel ne me sentez
frQue vos ja ne le consentez.??
La novele fud entendue
Par la citië e espandue
Que li marchis rois en seroit,
8750 E tote l'ostz le requeroit.
Eth vos la joie merveillose
E la gent liée e anguisosse
De harnescher c apresler.
De tost acroire e d'empromter
8755 Or e argent a sa despense.
Si come chescons de soi pense.
La veissiez armes ataindre ,
Hiaumes, chapeals de novel taindre;
La veissiez maint escuier
8700 Meinte bêle espee essuer;
La veissiez haubercs roller,
Chevaler e serjant moller
A ferir sor la gent haie;
La avoit gent de grant aie,
8705 Si Deus volsist ovecques estre.
Qui mielz que nos savoit lor estre ;
La veissiez mult genl en joie.
Si est bien droiz qu'en sache e oie. Foi.
E par droit le puet l'en oir,
8770 Que nus ne joie soijoir
OA d.
8698 nuliu — 8701 ne jo manqué — 8706 tboman — 8709 belians — 8796 Le, grani manque — 8729 m.
tôt deschaiono — 8730 ont manque — 87A1 Tu manqué — 8763 bien manque -^ 87^6 de promtet —
8760 espie — 8766 Que — 8769 droit le droit puet — 8770 dé}.
235
L'ESTOIRE DE LA GUËRKE SAINTE.
336
rardi. V, i\w
Coiii«d csl «8-
MMiné par deui
«•nvovés du Vieil k
de la Montagne
(•A avril ii9«).
i\e devroii ne doel sordoloir.
Tuit estoient en bon voioir
E en talenl de cest aflaire,'
E erent aid enpront faire
itiuerarium fii- S775 Li cuens Heuris od le barnagc
Qui ot aporië le message
A Acre, ou il ja s^atornoient
D aler en Tosl e s'apresloienl;
Si fud la fine vertez pure
'^V^o Qu'a Sur avinl par aventure
Que ii marchis aveil mangië,
E s'en venoit a son congié
De chies Tevesqne de Biauveiz
Od grant solaz e od granz heiz,
87S5 El estoit ja devant le change :
Or si orrez comjoie change
El est tosl tomee en tristesce.
Si corn ii veneit od leesce.
Et dui vallel od deus cotiaus,
^(79o Defublié erent sanz mantiaus,
S'en vindrent dreit vers lui coranl,
Sil ferirent en acorant
Par mi le cors tant qu'il chai ;
E cil qui favoient trahi,
^70*^> Qui erent orne al Harsasis,
Li uns fu maintenant ocis,
Li autres se mist en un mostier;
Mais ouques ne li ot meslier,
Qu'il ne fust pris e traînez
Fol. ()r) a. 8800 Tant que li cors en fu finez.
Fors tant qu'ançois li demandèrent
Que il morust cil qui la erent
Por (|uoi il aveient ço fait,
E que il ior a\oit forfait,
88o5 E qui les a voit envoiez,
E tant qu'il dist, li desliez.
Puis le sot l'en de vérité.
Que por ço avoient abilë
Longement entor le nurchis,
8810 Quin orent esté contrequis
D'oscire le, desqua tel terme
Ou il ot ploré mainte lerme,
E qu'envoieiz les en avoit
Li vils de Mouse quil baioit,
8815 Qui toz cels qu'il het de haine
Fait ocire par tel traine
Come vos orrez ja conter,
S'il vos plaist ja a escoter.
Li vilz de Mouse a tel custume,
8830 E d'oir en oir s'i acustume,
Qu'il fait norir en sa maison
Mult enfanz, tant qu'il ont raison
E doctrine e enseignement,
E aprenent contenement,
889.5 E hantent od hautes genz sages,
Tant qu'il sevent toz les langages
Des terres de par lot le siècle,
E Ior créance est si teniecle
E si cruel e si oscure
883o Que en Ior aprent od grant cure.
Quant li vielz de Mouse les mande
De devant lui e Ior comande
En gueredon de penitance
De Ior péchiez e d'aliance,
8835 Qu'il aillent ocire un hait home;
Si est de ior ovre la some
Que illoques Ior baille cutels
Granz e furbis e clers e bek;
Vj cil s'en toment e aguaitent
88/10 Le haut home, e s'i
E devienent de sa maisniee,
E ont lange trop enreisniee.
Tant qu'il li ont tolu la Tie :
Lors quident a ver deservie
Fol. 65
8786 grant h. — 8785 ieschange — 8786 Ore, come — 8787 loi tome — 8796 ome manque — 88o5 qidfi
auoit — 88] 9 ot manqué — 88i3 len les a. — 881 ^ quis — 88i5 haoit de — 8817 Gom — 8810 E dom
en oir — 889^ aperneient — 8896 banlen — 8896 les langes — 883o Quen Ior raptent — 883i
le m. — 8839 Deuant — 8860 Li haut h. e si agaailenl — 88^3 loluc — 8866 Lores
237
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
!238
Fol. 65
c.
'««•«mai Ri.
8845 La graDt haute joie celeslre,
Qui ne puet avenir ne estre;
E aulrelel, seignur, meismes
Furent cil dui que nos deimes,
Qui le marchis issi ocistrent.
885o Ses genz entre lor braz ie pristreol
Tôt soavet, e sil drescierent
De la place ou il le blescierent ,
Si Tem portèrent a Tostel.
Las veisiez un doet itel
8855 Que toi le poeple i acurut;
Un poi vesquie puis morut.
Mais il ot einz confession,
E disl einz en saucession
A la marchise sa moiller,
886o A qui il vit les oilz moillier.
Que a guarder Sur mull entendis!,
E que la citié^ne rendist
Fors al cors le rei d'Engletere
Ou al dreit seignor de la terre.
8865 Eth le vos mort, si Tentererent,
E clerc e lai lor doel menèrent.
A rOspital fud enterrez;
Illoc fud H grand doel merrez :
Onques meis n ot greignor en ;
8870 Mais issi Tôt Deus porveu.
Eth vos la novele espandie,
Eth vos la grant joie esperdue ,
Qui lor ot si poi de durée ,
De la terre qui iert jurée
8875 Celui qu'issi tostTot leissiee.
Eth vos terre desconseillee,
E si plaine de doel e de ire
Que nus hom ne savreit redire.
Oiez corne diables ovre
8880 E corne sa ovre se deacovre
En mal e com el multeplie
Illoc e com il la desplie,
E com il la moltepUa
Al long, quant fl la desploia,
8885 D'une parole qui fud dite
Par enviose gent maudite.
Qui le preu rei Richart haoient
E ses fez a nient U*aoieat ,
Qucn deusseat estre ehacië;
8890 E cil distrent que porchacië
Aveit le rei Richarz e quis
Par luiers la mort al mardiis,
E mandèrent al rei de France
Que il pot aveir grant dolance
8895 E se guardast des Harsasis,
Car li marchis en iert ocis,
E qu*en France la dulce terre
En aveit li reis de Engletere
Quatre enveiez por l«i oscire.
8900 Deusl si laide chose est a dire,
E si viimentcil espleilerent
Qui itel n>essage envoîerent I
Tant furent puis genz travaillées
E (rublees e ooreciees I
8905 Car par icele nesprison
Fud puis ii reis mis en prison
Par fraison e par Tenvie
Des biens que il fist en Snlie.
Quant li marchis fud enterez
8910 Et il orent lor doek merrez
E feit li ço que il deveient,
E li baron de France esteient
En lor tentes hors de la vile.
Que haut, que bas, plus que dis mile ;
8915 E li haut ensemble parlei)gjpt
E a la marchise maillèrent
Qu^ele lor rendist la cîtië
Trestut en peis e en quitië
Fol. 65 (/.
Itinermrium Ri-
emrdi, V, ixviii.
Le comte Henri
(le Champagne
est choisi poar
roi (le Tyr.
8868 dui manque, veimes — 8869 Que — 8861 Sur uianque — 8866 en démenèrent — 8871 la manque
— 8873 Que — 8877 P'®i" — ^^79 ^™ — ^^®<^ **""» ^ manque — 8881 ele — 8887 rei manque —
8893 e demandèrent — 8896 Quil — 8896 de tes h. — 8896 Car li oorai en — 8900 E Deus — 8901 E
cil Tilemenl e. — 8908 fud — 8908 quil — 8910 doel — 8911 quil
-rs'j
L'ESTOIHE DE LA GUERRE SAINTE.
3A0
loi. Ofi fl.
îii-iri'firium fli-
f'iirliii'il MM lie
i- Tiir-"^.
Kii guarde a l'oes le rei de France ;
^<)•I<> Et el req)oadi sanz dotancc
Que quant li reis la revendre! t
Que muli volcnters li rcndreil.
Si ainz n'i ad au(re seignor;
El il eu eurent desdeignor.
^oa^) Eudementers qu'il estri voient
Si faitemenl e s'abrivoient
D aveir Sur, si corne jo dis,
Etli vos que li bons cuens Henris
Vint en la vile e descendis
8980 Si dil cil après cui jel di:
E si tost corn la gent le virent
Unques plus terme n'atendireni ,
Einz Torent a rei esleu.
Si conie Deus Tôt porveu ;
H(}Hv> Et vindrent a lui e le pristrent,
E li proierent e lui distrent
Qu il receust la seignorie
E le riaume de Sulie,
E qu'il esposast la marchise,
S9Û0 Qui iert eir e vedve remise.
E il respondi eraument,
E si qu'il n'i mist pas grannient,
Que quant Deus Taveit apelé
E il Taveient ancelé
«9/1,") A Toir de governer la terre.
Que lasens le rei d'Engleterre,
De son oncle, en voleit aveir;
E a tant enveia saveir
Sa volonté c son corage
.S950 De Teslection del barnage.
Ce fud en mai, quant renovele
Flur e foille, que la novele ^
Fud desqu'al rei Ricbart venue
Que si iert la chose avenue
^955 Del marchis corne nos contâmes.
Et li reis iert as plains de Rames ,
Ou il poigneit par la beruie
En une chace d'une fuie
De Sarafcins qui lui fuieient,
8960 Com a celui qu'il tant cremeient
Que puis que Deus forma la terre
Nen Gst uns hom as Turs tel guerre
Ne par un seul tant n'en murut;
Meintes feiees i curut
8965 E aportoit a l'ost les testes
Des Sarazins corne de bestes,
Ou dis ou duze ou vint ou trente.
Dont paenie esteit dolente ;
E de loz vifs en reperneit
8970 Li preuz Ricbarz quant l'enperncit :
One n'en murut tant por nul home
A celé foiz, ço en est la some.
Etli vos les messages ferant.
Qui alouent le rei querant;
8975 A lui vindrent, sil saluèrent
De part le conte, e lui contèrent
Celé aventure del marchis,
Dont li poeples l'aveit requis
Que il fust sires de la terre
8980
Car li petit e li greignor
L'orent esleu a seignor,
E li voleient fail*e prendre
La marchise; mes entreprendre
8985 Ne voleit a sa volenté,
Mais c'ert por la cristientë.
Li reis fud longement pensis
De la novele del marchis,
Qui par si grant mésaventure
8990 Esteit ocis od tel laidure ,
E de ço ot joie merveilluse
Qu'il soit la gent si anguisose
Foi.
mtA'
Ri
preiu
de h
pfoa'
idmU
6'éfm
qaÎM
8930 ele — 8996 abruioient — 8937 com — 89518 que li répété, bons nutnque — 8980 après que je —
8 93 a Conques — 8986 com — 8967 en vel — 89/18 E quant il e. — 8961 quant lens r. — 896 1 foil qui h
— 8958 Richart matkque — 8905 com — 89^7 bniiee — 8968 fuiee — 896 4 M. feies, acurut< — 8966 com
d»»s — 8970 quant ii icnperneit — 8979 Quil — 8986 par — *<988 al m. — 8989 Que
2&1
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
3&3
De son neveu tel honor faire;
Si respondi a tel affaire :
8995 (rSeignor serjant, mult le désir
trQue il seitreis, al Deu plaisir,
fr Quant la terre sera comquisse;
frMais n'espust il pas la marchise,
fr Celi que li marchis toli
9000 rSon dreit seignor, e jut o li
r Contre Deu e contre raison,
frE la tint par tel desraison
'ol.66c. rQue, s il me creit, a son eage
ffNe la prendra en mariage;
9005 rrMais recel vc la seignorie
rE jo li doins Acre en demaine
rE les rentes de la chaaine,
rrE Sur c Jaffe e la justise
9010 rDe tote la terre comquise;
r Car jo voil bien qu'il ço retiene ;
rrE dites lui que en Tost viegne,
trSin ameint 0 lui les Franceis
rrSi tost com il pora ainçois:
9015 ïrCar jo voldrai le Daron prendre,
rrSi li Turc m*i osent atendre. 7)
*- Cil retindrent ço qu'il oirent
«iieHrtri ^^' ^^^ ' ^ P"'^ ®^ ^'^^ partirent
il^J^»* A son congé sanz plus daconle,
9090 E revindrent a Sur al conte,
Si li dislrent e li contèrent
Ço que del rei li aporterent.
Que vos en fereie autre conte ?
Grant joie fud a Sur del conte,
9095 Quant cil furent venu ariere.
La veissiez grant presse e (iere
De halz homes qui illoc erent,
Qui trestuit lui amonesterent
De la marchise a moiller prendre;
9o3o Mais ne Tosoit pur els emprendre
Sor le peis le rei de Engletere;
Mais ele esteit heir de la terre,
E li quens Taveit coveitee.
Eth la chose tant esploitee
9o35 Que ele sis cors la marchise,
Qui tote en esteit contrequise.
Porta les clefs de la citië
Al conte, ço fud vérité;
E li Franceis traient aneire,
90^0 Si enveient por le proveire,
Si li font esposer la dame ;
E si feisse jo, par mame.
Car ele esteit trop bêle e gente,
E si que a la meie entente
90/15 Que li cuens fud rouit tost en voie
D'esposer la, si Deus me voie.
Eth vos les noces e la joie.
Si ne cuit que ja meis tel oie
Ne ne veie en tote ma vie;
9o5o Eth vos besoine sanz envie
E sanz contenz e sanz barat;
Eth vos la terre en bon estât
Del conte e en bone espérance.
Qui esteit nies le rei de France
9055 E niés le preu rei de Engletere.
Li coens envoia par la terre,
A Acre e a Jaffe e aillors.
Saisir les chastels e les turs
E faire les a lui respondre,
9060 E (ist crier Tost e somondre,
E furent somons li baron
A aler prendre le Daron.
Quant li coens ot ses noces faites
E totes ses genz a lui traites,
9065 Lors veit al los de son barnage
E des Franceis de son lignage
Fol. 66 rf.
iltiunntiMi Ri-
cndi, V« xxiTi.
Magnifiqne ré-
ception d*H0ar{
de Ch«iniM(De
k Sdnt-ietn-
d'Acre.
8996 Quil — 8999 Celui qui ie — 9000 Haeil 8. s. e j. od lui — 9006 e« V€n en blanc dam le nu. —
9008 chaîne — 9011 ço manqMê — 9013 qaen — 9016 i manque — 9018 si manque — 9099 li manque
— 9093 en manque — 908/1 Eth vos 1. — 9o35 Quele — 9086 en manque — 9068 e de h. — 9067 le
jfremier e manque — 906A totes manque — 9066 Lores
16
lUPtktmtut* vATiovtte.
S&3
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
lit
Sa geni toie a Acre amener,
Aheraescber eatorner,
E achater oi^ e anone
9070 Por chevalcher vers Eschaloine.
Lors lessa a Sur bones guardes,
Qui guaiterent par les anguardes
Fol. 67 n. Et la citië e la contrée,
Que maie gent ni fust entrée.
9075 Li quens mena 0 lui sa femme,
Qui iert blanche eom une gemme.
Eth vos Tost de Sur esmeue,
Eth vos la novele seue
A Acre que li cuens veneit ;
9080 Eth vos que chescons se teneit
Del conte a si très bien paie
Que a grant paine erent apaié
Ne nuit ne jor de joie faire.
La veissiex si riche affaire,
9085 Les processions assemblées
Et les rues encortinees.
Les encensi^^ par les fenestres
Tôt pleins d*encens e par les estres !
E tote la gent de la vile,
9090 Plus ou près de seisanle mile.
Tôt arme d'Acre s'en issirent
Encontre lui tant qu'il le virent:
Ço fud signe qu'a lui veneîent
E que a dreit seignor le teneient.
9095 Li clerc al moster le menèrent,
Les reliques lui aporterent,
La seinte croiz baissier li firent,
E ii e molt genz i offrirent.
Desqu'al paieie le convoierent ,
9100 Si faitement le herbergerent;
La tint li coens si riche ostel :
Toz jorz eusse jo autretel I
Quant li cuens fu saissi de Sur,
E d'Acre e de Jaffe et d'Arsur,
Itintrarium Bi-
tttrdi, V, xxxviu
9105 Lors fud li reb Guis sanz reaime.
Qui tanz cops eut sor le kiauiod,
E qui tant i'aveil; comparé;,
Et ore se veik esguœrë,
Cil qui soffri tantes enjures
9110 E tantes granz mésaventures,
E non pas por ses solz pechiati
Car nus reis n'iert mielz enleelneiy
Fors d'une teche qu'il aveit.
Celé que nul mal ne saveit,
9115 Celé que l'em claime simpleioe;
C'ert li re» qui par sa proesce
Aveit la cilié d'Acre assise
Quant li Sarazin l'orent prise.
Si avint einz icel contemple
9130 Aveient li seignor del Temple
La terre de Cypre achatee
Al rei qui l'aveit comquestee;
Mais li marchez fud pois desfeit.
Si que li reis Guis en fud feit
91 Q 5 Après empereres e sires,
Si li fud alques grant remiies.
El contemple que li merchia
Ftid a Sur des cotels ocis,
En icel point e puis e priâtes
9i3o E par plusors feiz le veimes
Qu'ai rei d'Engletere veoeienl^
Messager qui mal lui feseient.
Car ii un le desconbrtouent
E li autre le asseuronent;
9135 Li uns diseit qu'il s'en venist,
Li autre dist qu'il se tenist ,
E demorast al Deii servise :
Issi parlouent par devise;
Li uns li diseit que sa ten^
9160 Estait en bone pais sanz giMm;
Li autre Ii diseit sanz dote
Qu'en li aveit troblee tote,
Fol. 6
kl N]
Gaiéel
llbm
MnKf 1
Bkhi
9069 aoeioe — 9071 Lores — 9099 le mmique — 910a E numque — 9106 Lores, sai r. — 9ir0^ai#««*
9109 soffri manqMe — 91 17 prise — 9126 li manque — 9137 U c. — giSô un disoueni — g^it li
^*'
Èhb
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
246
Fol. 67 e.
imawrimm Bi-
éi . V, xmi.
r le roi Bi-
àrd(t7'tsmai
9O.
Si que H un ço li diseient
Que li autre lui desdiseient;
9165 Si ne fait pas a merveiilier
S'il ne se saveit conseillier,
Ne s*il esleit en grant doutance
Por le retorn le rei de France;
Car Ten dit qu'il ad mal matin
9160 Senz faille qui ad mal veisin.
*Endementers que li Franeeis,
Dont jo aveie parle an^ois,
Erent a Acre e s'aprestouenl
D osteier e se hernesckouent,
9155 Li coens Henris e li baron,
Por estre al siège del Daron,
E li reis eissi de Eschalone,
El non Deu qui toz les biens done,
Qu il ne voleit pas tant targier,
9160 Einz fist ses perieres chargier
E mener al Daron par mer,
E fist ses bones genz armer,
E prist serjanz a ses soudées,
Qui richement erent donees,
9165 E fist par toz les chasteis mètre
D'iloc entor e entremetre
De guarder les e de guaitier,
E de par nuit eschelgaitier,
Que les carvanes ni passasent,
9170 \e que li Turc i rccctassent
Al Daron, si com il soleient,
Par quei meint mal feit nus aveient.
Eth vos que li rois fu montez,
Richarz, ou tant avoit buntez.
9175 Od 9ul les genz de son demaine
Vint al Daron un diemaine.
Eth le vos devant le Daron :
La se tindrent tuit li baron.
Mais si petit de gent aveient
9180 Que li reis ne il ne saveient
De la quel part il Taseissent;
Car se tut entor s'espandissent
E li Turc feissent saillie
Ou que lor ost fust assaillie,
9185 II ne peussent pas soffire,
Ainz les convenist desconfire;
E por ço a une part se trestrent
Fol. 67 d.
E herdeierent e hoberent
9190 Tant qu'el chastel trestuit entrèrent
E atornerent lor défenses
E mistrent i cures e penses
E seelerent bien lor porte.
Que il teneient a mult forte.
9196 Quant la porte as Turs fu fermée
E lor genz dedenz enseree
E hors des veissels descendues,
Eth vos les perieres venues
E par menbres mises a tere,
9Q00 E li vaillanz reis d'Engletere
Portèrent as cols, ço veimes,
Si compainon e il meismes.
Les fusz e les trefs des perieres.
Tut a pië a snillentes chieres
9ao5 Par le sablon près d'une liuue,
Chargië corne cheval ou yuue.
Eth vos les perieres dresciees
E as conestables livrées:
Li rois en ot une en baillie
9Q10 Don la grant tur fud assaillie;
Li Normant, la gent de valur,
I orent tut par els la lur;
E li Peitevin, ço me semble
I orent une tuit ensemble.
91Û3 ço manque — 9i44 Co que — 91^7 grant manqué — 91^8 retoraer — 9168 \eamanqu$ — 9165 par
lot les chaslels par lot — 9168 de manque — 9170 i fnanque — 9*72 mal manque — 9176 dimaine —
9178 luit manque — 9*79 de manque — 9180 oii — 9184 feist — 9187 plutieure vert eoni patte»
— 9189 E manque — 9190 trestuit tiMHifiM — 919s i «nni^—- 919a Quii — 9100 li v. richarz — 9903
de p. — 9306 com — 9316 tote
16.
247
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
2146
Pol. 68 a. 9'ii5 Totes treis al chastel jetèrent,
E li Turc s'en espoenterent,
U molt deusl avoir défense
De fort chastei e de despense;
Mai^ li reis le fist asaillir
ijûûo E nuit e jor sanz défaillir,
E les feseit tant travillier
Qu'il s'en poeient merveillier.
Dis e set que turs que tureles
Aveit el Daron forz c bêles ;
9aa5 Une grant tur i ot plus mestre
Des autres e de plus fort estre;
Entur iert parfont li fossiez,
Si iert de l'une part pavez
E de l'autre iert roche naive;
9a3o Mais pour fist ior gent baive,
Qui ne s'en poeient fuir;
E li reis Richarz fist fuir
Par desor terre solilment
Tant qu'il furent al paviment
9a35 E que a force le rompirent,
E donc après le mur foirent
E la terre ariere els jetèrent.
Les perieres as Turs jetèrent.
Un mangonel Ior depescierent
93/10 Que en la maistre tur drescierent,
Dont molt furent il esmaië.
Eth vos chastel bien essaie
En plusors manières a prendre.
La veissiez les Turs défendre
ijafib E as kemeals e as archieres,
E feroient noz genz as chiercs ,
Car Ior pilez espès pluvoent;
Mais si tosl com il se movoent,
E nostre arbalestier guaitouent
9â5o A descovert, e il jetouent
Sor les targes quant il traiouent.
Fol. 68 b ^ÎQ nafroient tant e feroient
Que a dote s'osoient movoir,
Et erent a meschief por voir.
9q55 Eth vos Ior la porte fendue
Et arse od feu e abatue
A la grant periere le rei ;
La veissiez gent od desrei
Vigurusement assaillie
9q6o e esmaiee e mal baillie;
Car nuit e jor les travaillouenf
Tant que trestul s'en esmaiouent.
Li reis Richarz e si baron
Seoient entur le Daron;
9365 Treis jorz près a près asaillirent
Nuit e jor, qu'il n'en deffaillirent,
E al quart jor, un vendresdi.
Virent li Turc dont jo vos di
Qu'il ne la poroient durer
9370 Ne les granz assalz endurer
Dont il esteient esmaiê,
E que maint nafré e plaie
En ot par le chastel gisant,
E que l'en les aloit tensant
9376 Par desuz terre e par desus,
E que li reis iert el desus
De prendre les a poi de tente»
Lors ne firent plus longe «tente»
Fors que de tensier els parièrent
9380 E par treis Sarazins mandèrent
Al rei Richarl qu'il se rendraient
Par tel covent qu'il s'en ireient,
Saus Ior cors e sauves Ior vies
E Ior femmes e Ior maisnies;
9385 E li reis dist qu'il se teusent,
Defendisent sei s'il peussent.
Eth les vos al chastel ariere;
Eth vos que la maistre periere
Fiert e hurle a une torele,
9990 Qui mult empoira Ior querele.
fiÀ.at
9916 espoolerent — 9936 a. si f. — 99^0 Quen — 9961 il manque — 9369 arhlastier — 9*5o
— 935] jetouent — 9368 Vindrenl — 9278 Lores — 9983 e saus Ior vies
.-. a(i3
2A9
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
250
Si que ia maisire tor chai :
Deu ie velt, e si eschai,
Et eie iert desoz cerfoie,
E lor gent iert tote foie.
9195 D'iloes entor noz genz saillireni.
Si 8*armerent, sis assaillirent;
El il se mistrent, ç» me semble,
En la maistre tur tuit ensemble;
Mais de grant mal se porpenserenl,
9800 Qui lor chevals esjareterent
Que li cristiens nés eussent
Ne que chevalchier les peussent.
La gent Deu el chastel montèrent,
E cil qui primes i entrèrent,
93o5 Seguins Barrez fud li premiers,
E Espiarz, uns escuiers.
Ne se tint pas de Seguin loinz;
Li tierc fud Pieres li Gascoinz,
E d'autres en i pot aveir,
93 10 Dont jo ne poi les nons savoir.
Puis i entrèrent les banieres ,
Sin i ot de plusors manières :
Estiene de Longchamp première
I entra, si n'iert pas entière,
981 5 Anceis esteit mult depeciee;
Après icele i fud dresciee
La le conte de Leicestre;
E deseure le mur a destre
Fud TAndriu de Chavigni mise,
9890 E ovec celé i fud assise
Après la mon seignor Reimont
Le filz le Prince el mur a mont;
Fol. 68 d. E cil de Gienve e cil de Pise
En i orent de mainte guise;
93a5 Nos banieres es murs dresçouent
E les lor contre val jetouent.
Lors veissiez Turs detrenchier
E des aleoirs trebuchier
E entreprendre e atraper,
9880 Ocire et ferir e fraper
Tant qu'el chastel, ço est veir provez,
En ot seisante mort irovez.
Gels qui a la grant tur faillirent ,
Qui a tens ne s'i recoillirent.
9835 Li Sarazin en la grant tur
Erent, si guaitoient entur,
E virent lor chastel tut pris
E lor Turs morz e entrepris,
Et virent les targes drescier
98/10 Gontre la tur e adrescier
Por trenchier le mur par desuz,
Si erent el desus
E que Tamirail qui sucoire
Les deveit les laisseit encure ,
98 A 5 Qui Gaisac esteit nomez.
Uns Sarazins mult renomez;
Et quant il virent tôt a cors,
Que il n'avreient nul sueurs,
Si se rendirent tut a tant
9350 Al rei Richart le combatant,
Sanz contredit chaitifs esclaves,
Pris e conquis e maz e aves;
E bien quarante cristiens
Qui ierent tenu en liens
9355 I orent les vies sauvées
E guaranties e tensees.
E li reis fist les Turs guaitier
En la tur e eschelgaitier KoI. G9 a,
Tote la nuit del vendresdi,
9860 E al matin, le samedi,
La vigille de Pentecoste,
La haute feste qui tant coste,
Les fist tosz del chastel descendre,
E tut errant sanz plus atendre
9866 Les adossa a tel ados
Que les mains deriere le dos
999 1 (orele — 980 1 E qo li cristiens eussent — 9807 seguins — 9816 Et anceis — 9816 E après — 98 1 8 K
de aseur m. — 9890 auec tele i fud celé a — 9897 Lores — 9898 Ce vers e$t dont le me, aprèe le vert 98/16 —
9880 e freiner — 9886 Aloient e g. — 9861 mur manque — 98^9 lacune et altération — 9868 Quii
251
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
sss
Itineraiium lii-
eardi , V, xt.
Richard donne
le Darou k Henri
et s'en va h
Fiirhie.
Pol. 69 b.
lUtierarium At- Q 3 Q 5
eardi, V, iti.
Richard mar-
cha eontreCaisac,
qui se trouve au
Fifpiier.
Lor fist lier estreitement,
Si qu'il braeient duremenl.
Et issi fod li Darons pris
9870 Que a cel» torna a grant pris
Cui mult pesast s'il ne! preisseot
Ainceis que li Franceis venissent,
E mult en fussent il mari.
Etbs vos od le cante Henri
9875 Les Franceis qui esperonoent,
Qui a tens venir i quidouent.
Mais trop a lart venu i erent;
E li reis e sa gent alerent
Encontre son neveu le conte.
9380 Que vos en fereie long conte,
Fors que grant joie s'entrefirent?
Et li reis, si que mult le virent.
Le Daron al conte dona
E de son conquest Testrena.
9886 E fumes iiloc a su^w
De la Pentecoste le jor,
E le lunsdi nos en alam«s
Vers Eschalone e trespassames
Par mi Gazres dreit a Fnrbie,
9890 Ou li reis e sa compaignie
Icele nuit se herbergerent ;
E Tautre gent tant chev^lcherent
Qu'a Eschalone s'en revindrent.
Ou li Franceis grant feste tîndrent.
Un poi après vint a Furbie
Al rei d'Ëngletere une espie.
Que veneit de vers le Fier
Por les Sarazins espier,
E dist qu'ai Fier en aveit
9600 Mil ou plus, si qu'il le savoit.
Qui od Caisac sujornerent.
Et que le chastel atomerent
Contre cristiens a défendre;
Et li preuz reis sanz plus atendee
9605 Monta e tote i'ost ensemble,
E jurent la nuit, ^ me senable,
A la canoîe as Ëstomeis.
L'endemain f«d li matin biak.
Si murent al soleil levant,
9/110 E errèrent jusque devant
Le Fier, que li Turc deveteol
Tenir contr'els, mais no feseieal.
Fors deus Turs que il i trovereni
Que il ovec els ea menèrent;
9615 Ainz orent les portes fendues
Od feu grezeb e abatiies,
E orent le chastel laissié,
E s'en fuioient esleissié.
Quant il sorent que Tost venoît,
9/iao Cardel Daron lorsuveneit,
Dont noveles eurent eues
Qu'il iert pris e lorgenz perdues;
E por ço le ch^td ieisser^t.
E nostre gent tant chevalehereiit
9/135 Qu'il virent le chastel senz gitasdes :
Lors montèrent par les anj^ntides
Pur surveir se il trovassent
Nul Turc a qui il se mellasseat;
E quant il plus n'en i troverent
9/t3o A giste ariere retomerent,
E revindrent a la canoie
Des Estomeb tote lor voie.
A la canoie iert TosC tendre,
Si comej'ai l'ovre entendue,
9/135 Quant delFier se fud retraîie;
Si dit cil qui l'estorie tnûte
Qu'ai rei vint la uns messagiecs
Qui de sa terre iert estagiecs.
Uns clers, c'ert Johans d'AieMQOD :
9/t/io Cil dist al rei que la tençon
GtiiM i
dMIMfoP%
llk
mrm, V. u
prarikiw
fOÊàm àÊ
Fsl. 69 e.
9871 Que — 9875 espernoent — 9876 i manque — 9880 freiejel. —
zeres — 9896 grant manque — 9^09 sii quil — 9&07 estonels — 9/118 qnil -
manque — 9/136 tant manque — 9/196 Lores — 9^37 sil — 9683 lor 06t
vint — 9/Î88 oslagiers
9889 si manque — 9889 fi*
- 9^1 4 Qui ouc eb — 94198
— 9/134 corn — 9437 m «%
,éi
S53
L*E8T0IRE DE LA GUERRE SAINTE.
â5â
E la grant brnbuilie e ia guerre
Ert surse par tote Engietere
De ses barons e de son frère
Ki pot la reine sa mère
9665 Ne voleit fors son voleir faire,
Ë que tant iert aie Taffaire
E tant aveit maie semblance
Des messagiers le rei de France
Que en Engietere enveeit
9/j5o a son frère qu'il desvoieit
E Yoloil a lui alier,
Qu'il osoit lestimonier
Ke se il lost ne s'en veneit
Que la terre que il teneit
9/Ï55 En sereitbîeu tost retaillée
A cels eui il l'aveit baillée;
Et el si fud en son repaire :
Encor n'est mal ki n'i repaire,
Com il parut en Normendie ,
9/160 Quin fud povre, guaste e mendie.
Quant li rcis oi les noveles
Qui n'esteient bones ne bêles,
Fol. 69 </. Lores fud pensis, maz e mûmes,
E dist a sei : « S'or ne retomes,
9/165 ffVeirement as terre perdue.-»
Es vos sa pansée esperdne ,
Tant qu'il dist estroseement
Que il s'en ireit Yeirement;
E quant les bones gens l'oirent,
9^70 Sachiez que point ne s'eqoirent.
Li uns les noveles savoient
Par l'ost, li autre non feaoient;
Li uns diseit: fril s'en ira,t)
E l'autre diseit : tNu fera, n
ijfi^b Si ennemi mult le voloient,
Mais si ami ledesvoloient,
Car s'onor fust mult abaissiee
S'il eust la terre laissée
En autre point qu'il ne deust
9A80 E que plus bien feit ni eust.
Eth vos que illoc ou il erent
Que tuit li baron s'asemblerent,
Franceis, Nonnan e Peitevin,
Engleis, Mansel e Angevin :
9685 Conseil pristrent que il fereient,
Tant qu'il distrent que il ireient,
Que que li reis Richarz feist,
N'ou qu'il alast, ne qu'il deist,
En Jérusalem tut ensemble.
9690 Etb vos que ne sai qui s'en emble,
E vent as genz de l'ost e conte
Que li haut home e que li conte
Al parlement tuit dit aveient
Que Jersalem asejereient.
9^95 Etb vos en l'ost joie venue
El en grant gent et en menue
Tel espérance e tel leesce,
Tel luminaire e tel noblesce
Qu'en l'ost n'aveit nul cristien ,
9600 Haut ne bas, joefne n'ancien,
Que n'esjoist od grant desrei,
Fors sulement le cors le rei ,
Qui point ne s'iert esleeciez ,
Ainz se chocha tut coreciez
9606 Des noveles qu'il ot oies;
Mais de l'ost les genz esjoies
Esteient si que tant dancierent
Que après mie nuit se cochierent.
Ço fud en join quand roleil lieve,
9510 Qui la rosée guaste e grieve,
itinerûrimm Hi-
cardi, V, XLiii.
L'année décide
lie roarchor iur
Jénisulem.
Fol. 70 a.
Itineirtiium Iti-
cardi. V. mv.
glitii brubatl — ghkt Estai snrae — 9^67 tanl vel s. — 9^^ Qui en — 9468 nen v. — 9/16/1 quil —
9655 bien manque — 9&56 cels quil a. — 9^57 ele — ghbS Edcop ncst si mai -^ 9^9 Car — 9669 nesleint no
boues — 9/166 sore r. — 9/168 Quil — 9^7» ïw manque — 9^70 que manque — 9^72 non sauoienl —
9673 disent — 9A76 E il autre — 9/^77 nralt manque — 9681 illoques — 9665 Lores pristrent quil frètent
— 9686 dist quil — 9690 sai que — 969-1 que manqui^-»^ 9693 luit manqw — 9/^96 iemsalem — 9^5 M
joie — 9600 ne j. — 95o3 esoissiez — 9610 Que la rose
255
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
356
Marche des
Croises de la
Canoic à Ibelin
des Hospitaliers
(juin H9«).
Que lote chose s'esbanoie,
Lors s'esmut Tost de ia canoie
Par mi les plains tut contre val
Vers Ybelin de TOspital,
951.5 Josle Ebroo, emprèsla valee,
Illoc ou seinte Anne fud née,
La mère a la seinte pucele
Qui est mère Deu e ancele.
La vi Tost tote esleicee
9600 De Tovre qui iert fiancée,
Que vers Jérusalem ireient
E la citié asiegereient; %
Mais anceis mult la désirèrent
Tels genz qui unques n'i entrèrent,
95a 5 E li povre e ii riche oveques.
Oiez que lor avint illoques,
Une estrange comfession
Ë fiere persecucion :
En Tost vindrent unes muschetes
9530 Que si esteient petitettes
E si sutils com estenceles ,
Que nus apelons scinceneles.
De celés par mi la contrée
Par fud Tost la si encontree,
Fot. 70 6. 9^35 Issi m*ait seint Celerins,
Qu'il mordeient les pèlerins.
Mains, col e gorge e front e face,
Qu il n*i aveit plein poing d'espace
Ou il n'eust par tut boceties
9560 De la morsure des muchettes.
Que chescons, vielz ou damoisels,
Sembloit a estre tut mesels;
E lor covint fere visières
E covrir lor cols e lor chieres.
95A5 Geste paine illoc endurèrent.
Mais tozjorz se recomforterent
Par Temprise e par Tesperance
Dont il esteient en fiance.
Mais li reis iert pensis e tristes
9550 Des noveles que vos oistes,
Que tozjorz pensot en sa tente
E en penser metteit s*entent«.
Un jor que li reis iert assis
En sa tente cois e pensis,
9555 Vit trespasser devant lentree
Un cbapelein de sa contrée :
Ço esteit Guillames de Peitiers,
Qui ai rei parlast volenters, ^
Se il losast araisoner;
9660 Mais ne li osot mot soner.
Car il n'en iert ne liu ne terme^.
Li chapeleins a chaudes lermes
Plorot et esteit en grant ire;
Mais il n'osoit pas al rei dire
9565 Ço dont la gent de Tost parlorenl
De lui, e dont il le blâmèrent :
Por les noveles d'Engletere
Voleit leisser la seinte terre,
Povre e guaste e desconseillee,
9670 Ainçois qu'il l'eust conseillée.
Li rois apela le proveire.
Si li dist : aDites moi la veire,
tr Par la fei que vos me devez.
(T Dont vos est cist curuz levez
9575 tr Dont jo vos ai veu plurer?
rr Dites le moi sanz demorer.?)
E li prestres lui respondi,
Si que gueres n'i atendi ,
Tôt en plorant od voiz série :
9580 trSire, jo nel vos dirai mie
tr Devant que asseurë m'avrez
^Que malveis gré ne me savrei.i»
E li rois lui asseura
De sa parole e l'en jura
9585 Que ja nul mal ne l'en voldreit
En nul point ne en nul endroit
Mehi
et Hk
Le
OiifllH
jramn
i Kkl
Fol. 7
951 3 Lores — 95i5 près la — 95i8 E ^ — 959a genz canques
miert e manquent — 9569 Sil osast — 9661 le premier ne manque —
957a Di moi — 958a mal gre — 9586 nen
— 9535 riches — 9687 leê dêm ptpT'
9566 e manque — 9870 k Mll|«v
.:^..
257
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
258
Cil li dist : rrSire, Tem vos blâme,
(tE par ces! ost s'en vait la famé
ff Par lut de vostre retornee.
9690 (rJa n'avienge celé jornee
frQue tele ovre aiez aprochiee!
ff Ja ne vos soit el reprochiee
r\e loing ne près, ne ci n'ailiurs !
fr Remembre tel des granz honurs,
9595 r Reis , que Deus fat en lanz lius faites ,
rQui serunt mes lozjorz retraites,
rQue onques a rei de ton eage
rNe fist aveir mains de damage,
f Reis, recorde tei que Tefa conte,
9600 fr Quant jo te vi de Peitiers conte,
r Conques notnul si enveisié
ft Veisin, si hall ne si preisië,
r Si de guerre te venist sus.
Fol. 70 d. f^ Que ne Tullasses en desus.
9605 rr Remenbre tei des granz tençons
ft E des routes des Brabençons
ffQue desconfeis tantes feiz
ff A poi de gent e de conreiz.
ff Remenbre tei de Paventure
9G10 rDe la ricbe descomfiture,
ff Et de Haltfort que rescussis,
ffQue li cuens de Scint Gile assis
ff Aveit, que lu desbarelas
ff E vileinement ïen jetas.
9615 ff Remenbre tei de ton reaime
ffQue senz porter escu ne hiaume
ffEus en pais e en quitë,
ffQue nuls n'i aveit abitd.
ff Remenbre tei des granz emprises
9630 ffDe tantes genz que tu as prises,
ff De Meschines que tu preis,
ffDes pruesces que tu feis
(T Quant tu matas la grifonaille
ftQui te quidot prendre en bataille,
9635 (rDont Dampnedeus te délivra,
(f E els a grant honte livra,
ff Remenbre tei de la pruesce,
ff Dont Deus t'estendi sa largesce ,
ffQue tu feis de Cypre prendre,
9680 ff Ço que nuls hom voleit enprendre,
«f Ke en quinze jorz eus prise :
ftFors que de Deu ne vint Temprise;
ffE que lempereur prison
ff Preis e meis en prison.
9635 ffReis, guarde qu engin ne te fiere;
ff Menbre tei de la grant nef fiere
ff Que en Acre ne pot entrer
r Quant Deus la te fist encontrcr,
ff Ke tu preis 0 tes gualees
96^0 ff Od tut uit cent de genz armées,
(T Quant les serpenz furent noiees.
r Remenbre tei quantes feiees
ffDeus fa soiiegië e soliege.
r Remenbre tei d'Acre e del siège
96/15 ff Ou tu venis a tens a prendre,
ff Ou Deus te fist del tuen despendre
ffTant que la citië fud rendue.
ffBon reis, don n'as tu entendue
ffL'espargne de la maladie
9650 ff Qui au siège ert, leonardie,
ff Dont li autre prince mureient,
ff Dont nuls mires nés sucureient?
ffReis, remenbre tei, e si guarde
ffLa terre dont Deus fat feit garde,
9655 ff Ke tote sor tei latorna, /
r Quant li autre rei s'en torna.
(T Remenbre tei des cristiens
ff Que tu getas hors des liens
Fol. 71 a.
9S99 seit il — 9693 Na loing naillure ne d naillurs — 9696 Reis r. — 9696 Reis manqué — 9698 fist
i mtins — 9601 n'ot manque — 960a Veisin ne si — 9606 Reis r. — 9607 desconBstes — 9609 Reis r.
^ 9610 E de — 961 1 E manque — 9616 Reis r. — 9^19 Rei* r. -— 9690 tu manqué — 9691 lu as preis
— 9697 Reis p. — 9631 Ken — 963a ne manque, lentreprise — 9035 guarde Ici — 96^9 Reis r. Ici
lanles — 96/16 Reis r. — 9650 len naudie — 9666 laatre — 9667 Reis r.
^7
S59
L'ESTOIRE DE LA GUERRE «AINTE.
260
Kol. 7 1 6.
Itiner*rium Ri-
eardi, V. xlti.
Richard an-
nonce qu'il res-
tera en Terre
Sainte juiqu'ik
Pâques.
(T Al Daron, que Turc en menouent,
9660 ((Qui en cheitivisons alouent,
r Quant Deus t'i (ist si lost venir.
«rReis, bien deusscs retenir
r Que Deus fat fait tantes bontez
'^ Dont tu iës en tel pris montez
9665 rr Que tu ne criems rei ne baron.
ffReis, car te menbre del Daron
^rQue tu preis en quatre jorz;
(r Ono^n'i fud plus longs ti sujorz.
rr Remenbre tei de la grant presse
9670 ffOu tu fus de la gent engresse,
tr Quant tu t'endormis par péchiez.
ff Menbre tei, reis bien entechiez,
^Cum Deus t'en ot tost délivre.
vOv sûmes tuit a mort livre;
9675 trOr dient tuit, grand e menor,
ff Cil qui voleient vostre enor,
ff Que vos soliez estre pères
îrDe la cristientd e frères,
tr K s'or la laissiez sanz aie
9680 a Donc est ele morte c traie. ^
Li clers ot dite sa |)arole
Et le rei tenu a escole
Et li ot issi sermoné.
Li reis ne li o( mot soné,
9685 Ne cil qui el pavillon sistrent
Un mot de lor bûche ne distrent ;
Mais li reis son penser dona
A ço que il lui sermona;
Si fud sa pensée esclaric.
9O90 Eth vos fendemain repairit;
L'ost qui vint a horc de noue
Devant les barons d'Escalone;
Si que chascons quidot sanz dote,
E li baron e lost (restolc,
9695 Que li reis son ost atornast
E que lores s'en retornast;
Maiâ il relorna son corage
Qu'il aveit eu del message
Par Deu avant e par le presire
9700 Qui mostra raison de son eatre.
Tant, que vos direie autre conte?
Qu'il dist a son neveu le conte.
As barons, al duc de Burgoine,
Que por besoing d'autre besoigne,
97or) Por messager ne por novele.
Ne por teriene querele
Devant Pasches ne s'en ireit
Ne la terre ne guerpireîL
Lors demanda son crieor,
9710 Felippe, son banisseor.
Si (ist crier par Eschalone,
En non celui qui les biens done,
Que li reis eslroseement
Diseit, son cors nomeement»
9715 Que desque a Pasques sujorreit
En la terre, qu'il n*en turreit,
E que luit fussent aprestë
Od ço que Deus lor ot ppestë,
E qu'en Jérusalem ireient .
97^0 E que en cel point Tasejercient.
Quant la criée fud oie,
Eth vos la gent tote esjoie
Cuine li oisels est de jur.
Lores s'atument sanz sujor.
9795
9780
Chescons endreit sei s'adresçoit
Vers Deu a mont el Grmament
E disoient, si Deus m'ament;
trDeus, vos peussoms gracier
rrEt aurer e mercier.
ffOr verroms nous vostre citië;
îfTrop i ont li Turc abité.
Ko
/
târ
I
pré
cke
len
9669 en manque — 966 1 Deus vuiiifiM — 9669 Reis r. — 9670 lu feis de — 9671 ten
pechie — 967a lechie — 967 û Ore — 9676 Ore — 9677 voliez — 9680 ore — 96S8 quil — 9708 «t al
— 9709 Lores, crior — 9710 baneisor — 971 1 E si — 97 1 5 suiomereit — 9716 (utnereit — 97to
— 97^7 ai f- — 9731 Ore
261
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
263
ff Beneite seit or Tentente
(tE la demoree e Tateote
9735 (rQue chescon de nos ad ci faite
rE la peine quii i at traite!^
La veissiez gent anguisuse
De herneschier e cuveituse;
E la petite gent menue,
97^0 En celé iert tel joie venue
Que chescons portot sa vitailie
A son coi e diseit sanz faille
Que vitailie portoit assez
Tant que li mois seroit passez,
9745 Tant coveilouent Tovre a faire.
E que direie d'altre affaire.
Fors qui Deu sert, rien ne li coste?
Fol. 71 rf. Ço fud a close Pentecoste,
iUMmnmmBi^ Mieu escieut le samedi,
ïUitL des ^'^^^ ^"^ ''^®' refud, si com jo di,
>w»è d'Aïc»- Hors d*Escalone ensemble atraite ,
Me (7 jain Qui mult eu fud de legier traite;
'^' Car a chescon quant qu'il feseit
Kagreoit e mult lui pleiseit.
9755 Eth vus Tost al matin mcue;
Si ne cuit c'unques fust veue
Ost plus preuz ne mielz atornee;
Si errèrent celé jomee
Petite ovre por la chalur.
9760 La veissiez gent de valur
Paire honur e humilité
Et curteisie e charité;
Car cil qui les chevals aveient
Ou tels bestes com il poeient
9765 Les povres pèlerins portouent,
Et a pié après els alouent
Li haut home e li bachelier.
Illoc veissiez venteler
Tantes beles riches banieres
9770 E pennnceis d6 granz manières.
Tanz veissiez la filz de mères,
Tanz lignages, nevuz e frères,
Tantbonshaubercs, tantbonsparpoinz,
Tanz armées genz si qu'as poinz,
9775 Tantes lances e tantes glaives ,
Tant ne vit lem ei tens noz aives.
Tantes cleres espees chères,
Tanz biaus serjanz od bones chères !
La veissiez tanz genz errant,
9780 Tanz chevals balcenz e ferranz.
Tantes mules e tanz biaus muls,
Tanz chevaliers preuz et seurs.
Qu'il deussent al mien entendre Fol. 79 a.
Bien quarante tels Tnrs atendre.
9785 Tant chevaicherent e errèrent
Que un flum d'eve duze passèrent,
E que devant la Blanche Guarde
S'estendi Tost a la Deu guarde.
Celé nuitée premeraine.
9790 Si ot este un diemaine
En Tost mort um bon chevalier
Et un serjant preuz e legier
De deuz morsures de serpenz
En mains terre que deus arpenz ;
9795 Dont Deus les aimes oie e veie,
Car il murorent en sa veie.
Deus jorz illoques sujornames, niaermrmmRi-
E puis al tierz nos en turnames, L'armée chi^
E erra Tost tote serrée lienntanThoron
fUt Chevalier!
9800 Pleins les chemins de gent feree, (9 juia ttgt);
Sanz encontre, senz enconbriers,
Dreit al Thoron as Chevaliers.
Une nuit illoques geumes,
E Tendemain ne nos menmes
9805 Onques de si qu'après mangier;
Mais lors fist li reis deslogier
9733 ore — 9735 ici — 97^0 icele — 97^4 soil passez — 97^6 affaire — 97^6 d' manque — 97^7 deus
— 9754 mult manqw — 9755 IW manque — 9756 cuit mie — 9757 Nuie preuz mielz — 97^9 riches
SMM^iit — 9770 graoz manque — 97 7 4 desi qu a — 9781 biaus manque — 9784 Bien manque — 9790 di-
maine — 9791 boas — 9797 ilioe — 9809 ai dienaliers — 9808 iiloc — 9806 lores
»7
t-
363
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
96&
•tt eastal Ar-
oaad (io jain);
Sei e sa gent de son demaine,
E vint avant son cors demaine;
Si se fist tendre en destre en balt
9810 Un poi loinz del chastel Ernalt;
E l'endemain vindrent illoques
Li Franceis e li autre oveques,
E vindrent devers Bettenuble.
kBcthenabie. Bel teus feseit, non pas ennuble;
oà Von •éjoDiue ^ ^ m o 1 n * *
en^rmiDO mois 9810 lUoC fut 1 OSt et SUJOma,
( I i jaiD.8 juii- Lg j^jj^ Yisern s'en retorna ,
let 119s).
Por atendre Henri le conte ,
Fol. 79 6. E si vos dirai de quel conte :
Car li reis le aveit enveié
9820 A Acre al poeple desveié
Qui ne voleit en lost venir,
E por ço nos covint tenir
Un mois ou plus por celé ovraine
Joste le pië de la montaine
98s5 Par la ou li paumier soleient
Revenir s'en, quant il voleienl,
De la haute sainte citié
Dont estions déshérite.
Cel terme que nus sujurnames
9830 En la valee ou nus turnames
Advindrent plusurs aventures
Et baraz e desconBtures
Que nus veimes avenir,
Si nos conveneit retenir.
9835 Un jor avint que une espie.
Si cum Tum enquiert e espie,
Vint al rei jus de la monjoie,
Dont jol vi revenir a joie.
Si dist que Sarazins aveit,
9860 E de vérité le saveil,
A la montaigne, qui guei louent
Le chemin por Tost e gardouent.
E li preuz reis einz jor monta ,
Si fud od lui quil reconta,
98/15 Que il quist les Turcs por lor mais
Jusqu'à la fontaine d'Esmals :
A Tenjornee les suzprist,
Sin tua vint qu'il entreprist,
E si prist le banisseor
9860 Salahadin, son crieor,
Celui seulement esparnia,
E treift chameilz i gaigna^
E de bels Turquemans aveques;
Si guaigna encore iiloques
9855 Deus bêles mules bien chargiees
De riches robes essaiees.
Et espèces e alod.
Aveit es buges aloé.
E les Sarazins cbaça tant
9860 Par mi les mon laines bâtant
Que un en aconsiul en un val
Qu'il jeta mort jus del cheval,
Et vil, quant ot mort le culvert,.
Jérusalem a descuvert;
9865 E eurent, ço nos conta Tam,
Tel pour en Jérusalem,
Que si li reis eust eu
Ensemble l'ost, que fust veu,
Jérusalem fust aquilee
9870 E de crisliens abitee.
Que luit li Sarazin eissirent
De la cilié e s'en fuirent,
Qui quidouent que Tost venist,
Qu'il n'iert qui la citië tenist
9875 Ne qui dcdenz osast remaindre
Por manacier ne por destreiridre;
E si aveit ja demandé
Salahadin e comandé
Son meilior destrier aprester,
9880 Qu'il n'i osoit plus arester.
Quant de voir sol par une eSpie
Que la grant ost ne veneit mie.
Bkhv
i h i
i^h
F0L7S
Lm Sn
faite.
9808 sis s. — 9810 loinz mmique — 9818 virent — 9823 ouerain — 9835 une. — 9887 jos
— 98Û5 Quil — 9867 espees — 9863 E qaanl vit mort le — 9876 desteindre — 9881 on e.
,1 »
hj
265
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
266
Que Deu ne plot celé fiée
Qu'ele fust si bien aveiee.
En icel jor nomeement
Ço fud seu membreement
Que li reis fist sa chevalcbee
E quil ot lor gent desbaucbiee,
Deus cent Turs a val en la plaine
9890 Descendirent de la montaine
Devers les tentes as Franceis
Et estonnirent Tost ançois
Que il se fussent remué,
E nos aveient la tué,
9895 Trop près de Tost, si fud ontage,
Deus serjanz alcz en forage;
E li Franceis al cri cururent
Dret as serjanz qui encururent,
Le Temple c cil de TOspital;
9900 E li Turc lor tindrent estai
Devant le pié de la montaine,
Car molt se dotent a la plaine;
Mais illoc cndreit recovrerent,
Si c'un chevalier mort jetèrent,
9905 Dont li Franceis orent graut blâme.
Mielz valt proesce c'or ne basme :
La fist un chevalier proesce
De rOspital e grant vislesce,
S'il n'eust trespassé son ordre;
9910 Mais proesce V'\ Gst amordre;
Robert de Bruges ot a non.
Ja ierl oitre le comfanon ,
Si com il vint al cri poignant
E de ses frères esloignant.
99>->
Ne que de Tost se desjoinsissent,
Fud cil si coveitus del poindre
Que des autres Testut desjoindre,
Et poinst un cheval mcrveillus
9990 Sur qu'il seeit e vigurus,
Dreit a un Turc qu'il ot esmé,
Qu'il vit trop cointe e acesmé;
Del grant air que il veneit,
D'une fort lance qu il teneit
9935 Li percha le casingan jaune
E mist par mi le cors une aune,
Si faitement lui eschai,
E li Turs a tere chai;
Mais li cors n'i fud pas laissiez.
9980 Atant eht vos tôt esleissiez
Li meistre des Hospitaliers,
Gamiers, li curteis chevalers.
Qui dist al frère : <tOr descendez
(rDel cheval, frère, et entendez
9935 (rComent ordre devez tenir. ^
Sin covint le frère venir
Tôt a pié jusques a lur tente.
Si fud issi en tele atente
Tant que hautes genz en proierent
99A0 Le maistre e qu'il s'agenoillerent
E distrent c'un don lor donast
E que al frère perdonast
Por la proesce qu'il ot faite,
Ço dont il aveit Tordre enfraite\
99/15 Tant qu'il en ot miséricorde :
trMaisgard, dist il, ne s'i amorde.?»
Le jor d'un mardi, ço me semble,
lert que noslre carvane ensemble
Veneit en Tost tote chargée
9950 De vitaille e ahemeschiee,
Ela deveit le jur conduire,
Issi cum nos oimes dire,
Mes sires Feris de Viane;
Cil deveit garder la carvane
9955 Por le conte Henri, qui guarde
Dutestre de la riere guarde,
Foi. 73 a.
ItiMrtuium lii-
rmrii^ V, ui.
Des cb«Yiili«i>
qui amèoent une
caravane de Jaflïi
k B«tbenuble
tfOotaUaqta^par
les Torea n mu-
^in par le comto
de Ijeiee«ter (17
JDÎU tiQt ).
Fol. 73 /•.
9883 icele — 9886 sen — 9891 a fr. — 9893 Quil — 990a Ca — 990^ E m — 9910 le f. —
9915 la lacune et( de plusieurs vers — 99^3 quil — 9995 caisan — 9996 un a. — 9997 si lui — 99^9 P^^
numquê — 9931 Le — 9936 couient — 9937 jusqua — 9938 E si — 99^5 en manque — Avant gg-i']
U y a une lacune de plusieurs vers
267
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
36S
Mais il iert a Acre enveiez;
E mes sires Ferris preiez
Aveit Baudoin le Caron
9960 E Clarembaul de Montchabion
Que cei jor por iui la guardassent,
Que les genz folement n'errassent;
Mais folement le jur errèrent,
Si i ot de tels quil compererent.
9965 La esteit Manessiers de Tille,
Qui ot un cheval bauçant grisle,
Et Ricard d'Orques e Terri
I esteient el liu Ferri,
Felippes e li compainon
9970 Seignor Baudoin le Caron,
Otes, e escuier plusor
Furent od els en cel estor;
Lor parent e lov ami ercnt
Et a besoing le jur mustrerent.
9975 Si cume cil de la grant rote,
Qui n'aveient de nului dote,
Errouent com gent deschargiee,
La riere garde esteit chargiee,
La rote aloul grant aleure;
9980 Et cil corne preuz gent seure
Les siveient tôt bêlement.
Elh vos que d'un embuchement
Saillirent li Turc a cheval,
E vindrent ferant contre val
9985 Tut qui ainz anz jusqu'à l'anguarde
Dreit a cels de la riere guarde;
Très par mi lor conrei se mistrent
Kol. 78 r. Cil qui es ignels chevals sistrent
Si durement qu'il les perchierent,
9990 E que iluec deschevaucherent
Le preu Baudoin le Caron;
Mais il aveit queur de baron,
Si mist main a sa bone espee
Que le jor fud mult redotee,
9995 Car li Tur suvent la sentirent.
A celc rescosse abatirent
Ricard d'Orques e puis Terri,
E Baudoins s'en combati
E tant que li suen le remistrent
10000 Sor un cheval que il conquistrent.
La veissiez mult fier estur
E meint bel cop e meint Irestor
E meinte espee flambeier
E meint esforz senz febleier
iooo5 E meinte encontre dure e beie,
E meint cheval od voide sele;
La veissiez les Turs embatre.
Et gent bien défendre e combatre.
Quand li Turc un en abateient,
10010 Et li autre se rembateient
Par mi la presse e le montouent
E corne preu s'entraidouenU
Mais la meslee iert mespartie;
Car cil de la nostre partie
1001 5 Esteient si entr'els noie
Qu'il ne pot pas estre noie
Que maint des contes n'i chaist
E que trop ne lor meschaist :
Car li pilet as Turs voloient,
10030 Qui lor chevals lur afoioient.
Eth vos que tels cops est cheuz
Que Baudoins refud cheuz;
Si fitt un suen serjant descendre,
Que trop ot feit de sei défendre.
1009 5 Baudoins el cheval monta,
Si qu'il meimes reconta ,
Qu'a mult petite demuree
Vil celui la leste copee
Ki son cheval li ot preste.
looSo Illoc esteient aresté.
Et illoc fud Felippes pris,
Compain Baudoin , qui grant pris
Fol 73 1
9969 e si c. — 9975 ciun — 9977 corne gent chargiee — 9980 com — 9990 quii lui — 9999 E
man^ — 10000 quil — 100 19 com, sentra douent — 10017 Que plusore des — 10099 cheu
S69
L^ESTOIRE D£ LA GUERRE ^AINTEi.
270
1 oonqnist de tuz qui i erent;
E ovec Felippe eo menèrent
ioo35 Un preu serjant qu'a forée pristrent,
E le frère Richard ocistrent.
La veissiez dure bataille :
A champ malë erent a taille
Baudoin e si compaignon,
10060 E Clarembaut de Montchablon
Les aveit guerpiz e laissiez
E s'en fui tut esleissiez
Des que il vit les Turs venir.
La veissiez ester tenir
ioo45 A Baudoin, qu'il rabatirent,
E tant de maces le bâtirent
Que por poi ne4iid afolez,
E H sanc en esteil volez
Par le nés e par mi sa huche,
ioo5o E s'espee ert tote rebuche
Et esgroinee e depechiee.
Lors escria a voix hauciee
Manessier de Tlsle le preuz,
Qui les Turs descomfisoit tuz :
I oo55 tr Manassier, larrez me vus donques? ?)
\ 7/1 a. Et mes sire Manassier onques
Ne cessa, ainz Tala rescorre.
La veissiez tanz Turs acure
Que Manessier jus abatirent
10060 Del cheval, e tant ie bâtirent
Et le laidirent et blescierent,
Que de la jambe lui trenchierent
Le meislre os jusqu'à la moole,
E erent perdu en la foie
ioo65 E Baudoins et il ovecques^
Quant Deus ior enveia illoques
Le preu conte de Leicestre,
Qui point n'aveit seu Ior estre.
Li coens si com il vint poignant
10070 Feri un Turc en ataignant.
Si durement le descrucha
Que li Saracins tresbucba
Par en sum le col de sa beste ,
E Ançons l'en trencha la teste,
10075 Compainz Estiene de Longchamp,
Si quel vola en mi le champ;
Et mis sire Estienes meismes
Le fist mult bien e puis e primes;
E fud nostre geat tant creue,
10080 Quant la novele fud seue.
Que quant ii Turc crestre les virent
Vers la montaine s'en fuirent,
Fors cil qui aconseu furent;
E noz nafrez qui illoc jurent
ioo85 Soef sor les chevals montereçt
E puis en l'ost les aporterent.
Issi râla ceste aventure
Qui bien deit estre en escripture.
Devant Saint Johan al tierc jor inmrmm /.i-
¥11 1» » • _A • emrdif V, uf.
1 0090 Illoc OU 1 ost lert a sujor iweouv«ru
Eth vos tel novele aporlee d'un morceta de
Dont 1 ost fud formenl comfortee; (» juin ngt ).
Car uns seinz abes l'aporta ,
Qui tôt le poeple en comforta.
10095 De Seint.Helye iert le seinz abes,
Si viveit de pain et de rabes :
Barbe ot grant creue od nature,
Bien sembloit seinte créature.
Cil dist al rei c'un liu saveit,
10100 Que longement guardé aveit.
Ou une croii esteit reposle.
Dont Danipnedeu l'ot feit son este :
Une part ot de la eroiz sainte
Dont il i ot partie mainte,
ioio5 QueUU apis li bons cristiens,
Qui n'esleit pas trop anciens.
Fol. 7/1 b.
toolih Desquil — 10068 en manque — ioo5o espie — ioo59 Lores sescria — 10061 et le lil. —
10070 agaitiat — 10071 les — 1007& E a ançons --r i<K>75 wiieoes — 10076 quil — 10077 musireâ
— 10078 bien e matupàe — ioo8d acoeaia — 10086 fi manfiu — 10094 tele ^-* 10093 forment ma^ne
— 10097 grande — 10101 Ou manqué — ioio3 Une partie i ot — ioio5 1. suotts — 1 01 06 pas maNf ti«
271
L'ESTOIKE DE LA GUERRE SAINTE.
273
Fol. 'jh c.
Itinerttrimm Ai-
eardi, VI, i.
Richard hésiU
à suivre le conseil
des Français qui
veulent attaquer
Jénualeni.
Aveii illoc miiciee e mise
Jusque la terre fust comquisc,
Si Taveit mult chiers comparée,
10110 Car Salahadins demandée
L'aveit plusors foiz a Tabé;
Mais li abes ïen ot gabé,
Et si Ten mist il en destreit,
E TeD fist lier mult estreit;
ioii5 Meis onc por mai qu'en li feist
Ne pot tant faire qu il deist
U ele iert ne qu'ei fust rendue,
Ainz li dist qu'il i'aveii perdue
Quant Jérusalem fud comquise ;
10120 E quant li reis ol Tovre euquise,
Si fist le seint abd monter
Dont vos m oez ici conter.
Lors monta e la baronie.
Et i ot grant bacheierie;
10195 Tôt sereement s'aroterent ,
Si chevâlcheronl e errèrent
.Après Taube tote la veie
Jusqu'al liu dont parle aveie.
Ou celé croiz esteit muciee,
ioi3o Qui cel jor fud si eshauciee
Que tanz genz Talouent baissier
Que Tem nés poeit apaisier.
Tôt dreit a Tost Ten aporterent,
Dont tote la rccomfortercnt,
10135 E meinte lerme i ot pluree
Illoc ou el fud auree.
Quant celé croiz fud eshauciee,
Dont Tost fud mult esleiscee,
E longement Torent tenue,
loi/jo La povre gent de Tost menue
Commencierent illoc a dire
E diseient: rrDeus, biaus dolz sire,
ftQue fesons nos? Que ferad Tem?
riroms nos en Jérusalem ?t>
ioi/i5 Donc se plainstrenl, çofu la some.
Tant que li reis e li haut home
L'oirent dire, sin parlèrent
E en plusors sens devisèrent,
Saveir quel conseil il avreient
101 5o E s'en Jérusalem ireient;
E li Franceis lo rei requistrent
Plusors foiees e li distrent,
Tels i aveit, que il loassent
Que Jérusalem asejassent.
101 55 E li reis dist : aÇo ne puel estre,
rr Ne vos ne me verrez ja mestre
r De gent mener dont j'aie blâme,
r?Si ne me chalt qui m*en mesame;
rrE si sachiez de voir sanz faille
101 Go (T Que en quel liu que nostre est aille. Fol. 7A i
r Salahadins set nostre affaire
rrE le efforz que nos poums faire;
rrSi sûmes loinz de la marine :
rr E s'il e sa gent sarazine
ioiG5 rrKs plains de Rames s'avalouent,
rrE la vilaille nous veouent
rr Que ne la poissums aveir,
rrCo ne sereit mie saveir
rr A cels qui al siège sereient,
10170 r Ainz quid bien qu*il le comperreient ;
rrE l'açaintc de la citié,
ffÇo me dit l'em de vérité,
rEst si grant en chescon endreit
(?Que tant de gent i covendreit
10175
ff Que l'ost ne porioms rescore
rrS'elc esteit des Turs assaillie,
rrEinz sereit morte e malbaillie;
rr E si jo Tost issi menoue
10180 rrE Jérusalem asejoue
rrE aventure i avenist
rrPer quel il lor mesavenist.
10111 I aveit — 10117 iert iert, ele — 1019s ci — iois3 Lorca —> loiSs pot — ioi33 laportmi|t
— ioi36 ele — 10163 frad — 101A6 Tant manque — 10169 aucreint ^ 10160 Qiien — ioi6t noi
mrnique — 10170 compereint
273
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
274
(T 6e eu sereie tuz jûrz blasmez
frE honiz e mcins aamez;
101 85 (tE si sai de veirs sanz dotance
<r Qu'il ad lel gent ci e en France
frQui ont voiu e qui voidreient
«E qui mult le desirereient
^ Que jo eusse tele ovre faite
10190 ((Que fust par tut en mal retraite;
(tE nos, genz de cstranges contrées,
ffQui ne savomes lor estrees,
(rNe les chemins ne les lanroiz,
er Ne les mais pas ne les destroiz . . .
10195 ïc Par quoi nos peussoms conquere.
& «- crMais par cels qui sunt de la terre,
ïcQue lur fiez volent recovrer,
«r Par icels devons nos ovrer
ff£t par le conseil des Templiers
10900 (rO lassens des Ospitaliers,
(tE par cels qui autre feiz furent
<tEn la terre, e qui la conurent
(rEt qui la conussent uncore.
ïrSor cels loreie jo encore
10905 crQue len meist Tesguard a faire,
(rlço si fereit bien affaire,
(tU de! siège faire e emprendre
(rOu daler Babiloine prendre
ffU a Barut ou a Damas;
10910 rrSi ne nos descorderons pas, [rent?)...
crCunques genz tant nés descorde-
Tant que illoques esguarderent :
m A. Des Templiers pristrent cinc ou quatre
Por les estrifs entr'els abatre,
^Hert ioai5 Et autant des Hospitaliers
rÉ- E des Suliens chevaliers,
Et autant des barons de France,
Tant que vint furent sanz dotance
Qui enz lor sermenz se metreient
Les Fninçait
s*y opposent.
loaao Et en ço qu'il esguardereient
E sur lur liautez se mistrent;
E cil esguarderent e distrent
Que li greindre preuz de la terre
lert de Babiloine comquerre;
10935 Et quant ii Franceis l'entendirent,
Si fud veirs qu'il s'en deffaillirent,
E distrent que al siège ireient
E que aillurs n'en tornereient.
Quant li rois oi la descorde ,
io93o Ou Deus ne voleit mètre acorde,
E que c'ert par les genz de France ,
Lors dist illoques sanz dotance Fol. 75 b.
Que se li Franceis le creussent
Qu'en Babiloine s'esraeussent :
ioa35 ïcVeez m'estorie a Acre arestee,
tr Que ja lur aveie aprestee
rA porter enz lor guarnestures,
(tLor herneis e lor trusseures
rE lor bescuit e lor farine;
109&0 (tE i'ost alast par la marine,
r E je menasse a mes deniers
((El non Deu set cent chevaliers,
aE deus mile seijanz oveques
tri menasse des ci illoques;
loaiib t^E si sachent encor de veir
cr Que nuis proz hom a mon aveir
(tNc faillist ja por nul affaire;
(tE quant il ço ne volent faire,
(rGe sui lut prest d*aler al siège,
io95o frForsque,parseint Lambert de Lege,
(T Sachent que jo nés merrai mie,
rrMais bien iere en lor compainie.7>
Lors comanda sanz plus d'atente
Que les sues genz en la tente
10955 De l'Ospital tuit s'asemblassent,
E que illoques esguardassent
ioi85 de manque — 10186 ici — 10188 desireint — 10191 nos — 10199 Bauoms — Après 10191
kemm de deux vers — 10195 rien conquerent — 10197 recourir — 10198 ourir — 10901 icels, i furent
— i09o5 alTaire — 10906 freii — 10911 cum g. t. ne d.; t7 doit manpm' quatre ven aprèi eelui-ci —
1091 3 Des t. ou c. — 109 35 entendiret — 10997 quai — i0939 Lores — i0935 aprestee — i0953 Lores
18
nirM«KBIt «AnOVALK.
275
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S76
Quel aide al siège i tendreient
Quant vers Jérusalem vendreienf.
E il i vindrent e s'asistrent,
ioa6o E mult richement i premistrent,
E tels i offri mult granz oifres
Qui mult aveit poi en ses cofres;
Mais trop grant folur enpreissent
Si en icel point Tasegissent
ioa65 Après ço que cil qui jurèrent
Par bone fei lor desloerent.
Endementers qu il prometeient
Ço qu'ai siège mètre deveient,
Estes vos que Bernard i'espie,
Itinerarxum Bi-
tord' , VI , ▼.
Richard fail
aoe cipéditioD
âvec les Français . J C T
pour surprendre tO^'JO (JUS IlOm qUl lert neZ QQ OUlie,
<ïo juiuTi'or)! S®* ^'^^^ dautretels barbarins,
Fol. 75 c.
( 10295 Distrent qu'il voleient aveir
I Le tierc del guaing de i'aveir,
E li rois le lor graanta.
Lors montèrent e il monta,
E furent dune illoc esmé
io3oo Cinc cent chevalers bien armé,
E mil serjanz preuz e legiers
Mena li reis od ses deniers,
E il devant sis cors demaine.
Ço fud un seir de diemaine;
io3o5 Tute nuit a la lune errèrent,
One si poi non ne s'aresterent,
Ainz furent a la (xalatie;
La descendi la gent hardie^
Tote garnie de bataille,
io3io Et enveierent por vitaille
A Escalone, e la se tindrent*
Tant que li escuier revindr^t.
Si tost com nostre gent s'esmurent,
Li reis e cil qui od lui forent,
io3i5 Eth vos c'une espie 8*en torne
A Jérusalem e retome
Dreit a Salahadin conter
Qu'il ot veu le rei monter
Por aler ses carvanes prendre,
io3ao Salahadins sanz plus étendre
Prist cinc cent Turs toz esicius ,
Des meillors qu'il aveh eas;
Sis enveia dreit as canranes.
Et aveient e arcs et canes;
loSaS E quant il od cels s'asembierenl
Qui les carvanes amenèrent,
Deus mile a cheval les esmolient
Estre cels a pié qui alouent
Estes vos au rei une espie .
ao33o Poignant dreit a la Galatîe,
Sil hasta mult que tost venist
E que Tost coie se tenist
Fol. 75
Od vestemenz de Sarazins ,
De Babiloine reveneient,
Ne d'autre mestier ne serveient
10275 Fors d'espier l'ost sarazine;
Si vos os bien dire en plcvinc
Conques ne vi gent mielz senblasent
Sarazins, ne qu\ mielz parlassent
Sarazinois, oiant la gent.
1 0280 Chescons d'els trois cent mars d'argent
Aveit del rei Richart eu
De ço qu'il esteient meu.
Cil distrent al rei bêlement
Que il montast ignelement
10285 E ses genz, e il le mereient
Jusqu'as carvanes ki veneient
Devers Babiloine chargiees,
Que il aveient espiees;
E si tost com li reis le oi,
10290 Enz en son cuer s'en esjoi,
E manda al duc de Burgoine
Qu'il venist a celé besoine
E menast od lui les Franceis;
E il si fist, fors que anceis
10966 done fei — 10977 MsenUasent — i098i^ Quil — 10288 Quil — 10998 U lui — 1OS97
^— 10998 Lores — io3oâ dimaine — io3i5 can e. — io3i6 De ienisâlem — 10899 edens — iel#i Si
t. — 10399 Eth vos — io339 coi
ItttMMM^
iit<ti-ili
.y
277
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
278
E qu'a la reonde cisterne,
Entor e environ le cerne,
io335 lert une carvane venue,
E qui celé avreit retenue
Mult i poreit grant chose aquere.
71 a, L espie iert née de la terre,
Si ne se pot pas en lui croire
io34o Li reis, einz envoia anoire
Un Bedoin e deuz serjanz
Turcoples, preuz e encerchanz,
Por enquerre e por espier,
E fist les Turcoples lier
io3/j5 a la guise del Bedoin,
Alsi corne autre Saraizin;
E fud par nuit que il errèrent :
Par mi les anguardcs montèrent,
E montèrent e descendirent,
io35o Tant que en une anguarde virent
Guaitier ne sai quanz Sarazins;
E Tespie e li Bedoins
S'ala pas por pas vers els traire,
E fist ses deus compaignons taire,
io355 Qu'il ne fussent aperceu.
Dont li Turc furent dcceu.
Cil de la as noz demandèrent
Dont e de quel part venu erent;
E li Bedoins sabandone,
^o36o Si dist que devers Escalone,
D une proie qu'il orent prise.
Li uns respondi a sa guise :
rr Ençois venez por nos mais quere :
erTu iés od le rei d'Engletere. t»
io365 Li Bedoins dist: «rVos mentez.^
Lors fud d errer entalentez,
Si s'en ala vers les carvanes,
E li Turc as arcs e as canes
Les sivirent e les chacierent,
10370 Tant que par ennui les laissèrent,
E quiderent qu'il fust des lur;
E li Bedoins prist son tur.
Quant la vérité ot seoe Fol. 76 6.
Que la carvane esteit venue,
10375 Si li fu a grant sen tornë.
Eth le vos al rei retomë.
Si lui dist qu'il saveit de veir
Qu'il poeit la carvane avoir;
E li reis el non a seint Jorge
io38o Fist doner as chevals lor orge.
Lors mangèrent e puis montèrent ,
E très tu te la nuit errèrent.
Tant que a meimes le liu furent
Ou la carvane e li Turc jurent.
io385 Etb le vos illoe aresté.
Bel tens feseit cum en esté;
Li reis s'arma e tuit s'armèrent,
E lor batailles conreerent.
Franceis firent la riere guarde ,
10390 E li reis fud en l'avan guarde.
Qui fist par tote l'ost crier
Que qui ne voidreit oblier
S'onor qu'a gaing ne tendist,
Mais tote voies entendisl
10395 As Turs descomfire e perchier
E a ferir des branz d'acier.
Endementers qu'il conreouent
Lor batailles e ordenouent,
Eth vos une autre espie al rei
10600 Venir poignant a grant dcsrei,
Ki lui dist que des l'enjornee
Esteit la carvane atomee,
E qu'il s'erent aparceu;
E quant li reis ot ço seu,
ioâo5 Si enveia avant archiers,
Turcoples e arbalastiers,
Por berdeier e détenir,
Tant qa'il peust as Turs venir. Foi. 76 c.
io333 ronde —
1 0869 ies ffUNi^tie —
io334 E. a e. — io3/i5 de — io3&7 ^^ —
- 10373 verte — 10379!! reis dist — loSSi Loret
io35o queo — io360 Lores —
— iod86 en mampa — 10899 nn <*.
18.
279
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S80
Endemeniers qu'il herdeioient,
lo/iio E lor batailles aprismouent,
E tant vindrent que près d'els furent;
E quant li Turc les aparçurent,
Il se treslrent a un condos
D'une montaine pur ados,
lo/iiS De bataille tut coureé;
Mais n erent pas trop desrcé;
E li reis par de deus parties
Ot ses batailles départies;
E cil trestrent e herdeierent,
lo/iao Quant les batailles aprismerent,
Ausi espès corne rosée;
E la canane iert arestee;
E li bons reis a bone estraine
En lor bataille prenieraine
loâaS Ala ferir si durement
Que jo vos di seurement
Que il e si autre conrei
Les ferirent od tel desrei
Que onques tant n'en encontrerent
10/480 Com a la terre en reversèrent.
N'onques puis Turs ne retorna,
Si en fuiant ne trestorua,
N'oriques puis ni ot recovrier,
Mais tôt autres! com lévrier
10^35 Teinssent le lèvre a la campaine,
Tut autresi par la montaine
Fesoient nostre gent la lur,
E les meteit a tel dolur
Qu'el s'en fuoit tote espartie
\ohko E descomfite e départie,
E la carvane esteit leissiee ;
E nostre gent tote esleissiee
Chaçoit tozjorz destre e senestre;
Pol. 76 d. Si dit (fil qui puis sot lor estre
io4/i5 Que tant en loinz dura la fuie
Des Turs en la large berruie
Qu'il chaeient de sei estaint;
E cil qui esteient ataint,
Li chevaler les abateient
io/i5o E li serjant les ocieient.
La veissiez seles tumer
E gent laidement atorner;
La veissiez fiers cops de guerre
Ferir al preu rei d'Engletere.
ioA55 Si ne quidez pas que j'enpreoge
Dire de li ici losenge;
Car tantes genz ses biaus cops virent
Que sor ço arester me Grent.
La veissiez le rei chacier
10^60 Les Turs, el poing le brant d^acier.
Que cels que il aconsiveit
Issi com il les parsiweit
Que ja arme nés défendis!
Jusqu'enz es denz nés porfendi^l,
io4G5 Que tut autresi le fuioient
Cume berbiz qui le lou voient.
Cum issi li premier chaçouent
Par la montaine e les tesoient,
E Saraizin jusques a trente
10/170 Trestomerent jusque une sente,
Par dreit curuz e par envie,
Desur Roger de Toenie :
Son cheval desoz lui ocisirent,
Si que por poi que il nel pristrent.
10^75 Eth vos dreit a la gent paiane
Un compainon, Juquel del Maine,
Qui erraument fud abatus, '
E Rogiers qui s'iert combataz
Ala tut a pië al rescure;
io/t8o Lors^veissiez noz genz acure, , Fd.77<'
Ferant illoc destre e senestre;
Si vînt li coens de LeicesLre,
Si vint Gileberz Malesmaina,
Sei tierc od sei e altre al mains »
io/ii3 Ci tr. — 10433 recourir — loàSg Quele — ioâ56 Por dire — io46i qui! — 10&66 Gitm— »
loAGgjiuqua — 10/171 e par dreit enuie — 10673 ch sor lui — 1067/1 quil — 10/176 jaques •-«- a o48eLoMi
381
L*ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
283
ioA85 E Alixandre Arsis i vint,
E chevaliers ou quinze ou vinl;
Si i vint de Loingchamp Estienes,
Qui par mi liu des genz paienes
Fis! a Rogier si grant bunlë
10&90 Quil le rota cheval monte.
La veissiez descomfiture
De ceie gent oltre nature;
La veissiez granz cops d'espees,
Piez e poinz e testes copees,
10&95 Porfendues par oilz, par bûches,
Tanz cors morz gisanz cume choches
Que nostre gent enpeecoient
Si que en som en trebuchoient.
Bien i ferirent Poitevin,
loSoo Norman t, Engleis e Angevin,
E li bon reis hardiz et pruz
Le faisoit bien par en sum tuz.
La veissiez des Turs tel glaive,
Tel ne vit Tem el tens nostre aive,
io5o5 E furent mort e si aquis,
Ço fud bien seu e enquis,
C'uns pctiz garz de povre pris
En peust tuer set ou dis.
La veissiez les sumetliers
loSio As serganz et as chevaliers
Venir prisons, e se rendeient,
E les granz chameilz lor tendeient
Par les chevestres tuz chargiez,
Les muls, les mules, ço sachiez,
io5i5 Qui tanz aveirs de granz noblesces
>!• 77 h. Portouent e tantes richesces.
Or e argent, pailles, samiz.
De la terre al seignor Damiz,
E mutabez e baudequins
loSso E ciglatons e osterins,
Casingans e coiltes parpaintes,
E bêles vesteures ceintes,
Bels pavillons e bêles tentes,
Manovrees 0 granz ententes,
io5a5 Bescuit, forment, orges, farines,
Letuaries e médecines,
Bacins, bucels eeskekiers,
E poz d argent e chandeillers,
Peivre e comin e çucre e cire,
io53o Tant que nel savreie redire.
Tantes espèces de maneres
E tantes autres choses chieres
E tantes bêles armeures,
Forz e legieres e seures,
io535 E tel richece e tel aveir
Qu'il diseient illoc por veir
Conques el tens de nule guerre
N'ot tel guaing feit en la terre.
Quant la cbenaille fud ocise
io5âo E la riche carvane prise,
Mult aveient feit riche eskec;
Mais mult furent grève illoc
Des chameilz cursiers assembler.
Que toie Tost firent trobler;
105^5 Car si durement s'en fuioient.
Quant cil a cheval les sivoient,
Ke Deus ne fist rien si ignele.
Cerf ne bise, daim ne gacele.
Que aconsivre les peust,
io55o S'un poi esluinë les eust;
Sidisirent cil quis aunerent.
Qui sanz les serjanz les esmerent.
Que quatre mile e set cent ierent
Les chameilz qu il i guainerent;
io555 E tanz i ot mules e mus
E tanz asnes portant seurs
Qu il nés porent onques nombrer :
Ne feseient fors encombrier;
E dient bien qu'en celé chace
io56o Que haut que bas que en la place
ifUMfWMHM H^
carii, VI, v.
Èuumintiioa
drsaoiiMoxeap
Uué» et dcfl «n-
ncmis taie.
Fol. 77 C.
10/196 gisanz manque, cuni — 10/197 ^^ pecoient — 10A98 U Mecond en manqué — 10607 Gom p. —
10617 p. e — 10619 butabcz e daubequis — loSai £ calmguu e cointes p. — loSaa vesiures — io594 egnns
— io53o8aueie— ^ io53i Tances — lobZh legîen — loSôSQuatreiiiiiieevuic mars esmerent — io56oquea
283
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
28&
/(incrw-iKift fîi-
currfi, VI, ^i.
Partage tl II bu-
tin.
fjpcuintellonri
rejoint Ricbnnl.
Fol. 77 J.
ItinerariMm Bi-
carii, VI, th.
D<{9C8poir de
l'ann6e qa'on
oropéche de mar-
cher ron Ire J^'ni-
Ot bien mort mil Turs a cheval
E set cenz quel mont que el >al,
Estre cels a pié qu'il tuèrent,
Qui onques ne se remuèrent.
ior)()5 Lors errèrent par telsjoniees
Com il aveient atornees,
Tant qu'il vindrent devant Betai'e :
C est a quatre Huues de Jaffe;
Lor guaing illoc départirent,
ior)7o E quant d'iloques s'en partirent,
Si firent en lor retornee
A Rames loraulrejornee;
E Tost repaira d'Acre illoques,
Li coens Henris, sesgenz oveques,
io:)7r) E vindrent tuit en Tost ariere.
La veissiez joie pleniere
De la grant merveille qu'il virent
Des bestes qui Tost raempiirent.
Li reis départi les chameilz,
io58o Tant bels ne furent veu d'oilz,
As chevaliers qui l'ost gardèrent,
Alsi com a cels qui errèrent;
Ë muls e mules ensement
Lur départi il richement;
10585 E toz les ânes as serjanz
Fist il doner, petiz o granz.
Eth vos l'ost de bestes si pleine
Que l'en les teneit a grant paine.
Mais les joefnes chameilz tuouent
loôQo E les chars volentiers manjouent,
Car cle iert blanche et savoree
Quant eie iert rostic e lardée.
Quant les bestes furent donees
Par mi Tost e abandonees,
10595 Tant que li plusor s'en plaignouent
Por l'orge qu'il encherissouent.
Lors recomencerent a dire
Les genz qui aveient grant ire
Que Jérusalem n'aseoient,
loOoo Car grant desirier en avoient;
E n'erent pas asseurë
Icil qui aveient jure
E esguardé que pas n'ireient,
Por lor conseil qu'il rediseient
io()o5 Que se la citië asejassent
Q'entur si poi d'ewe trovassent
Que cheval ne bestes beussent
Ne les genz, que li Turc peussent,
Senz meschief e sanz grant ahan;
100)10 Car c'ert entur la seint Johan,
Que la chalur tote rien sèche
En la terre, telo est sa teche;
E li Saraizin abatues
Aveient totes e fendues
io()i5 Les cisternes, por veritë,
De tut environ la citié;
Si que devant bones deus lues,
U nos n'avioms pais ne triuuea,
Ne fust sanz grieve eve trove6,
loOao Ço soit l'em de verte provee,
Fors une mult petite ewette,
Qui curt desuz mont Olivete
En Josaphas, ço est Siloé;
Si ne fud pas par cels loë
io()â5 Q'entur la cilii^se meissent,
Ne k'en este siège i feissent
Quant la parole fud seue,
Descoverte e aconseue,
Qu'en Jérusalem pas n'ireient
io()3o E que il se retornereient,
La veissiez gent tant dolente
Qu'il maudiseient celé atente
Ke il aveient atendue
E que tente i eurent tendue,
io635 Quant Jérusalem n'iert assise
Ne ne poeit estre conquise;
Fol. 78
io56a quel val — 1067/1 ® ^^ 8^"' — io58i chcuals — 10689 ^^^ manqitê — 10697 Loret —
10609 E cil — io6so vérité — io63o quil — io633 Kil — io636 poeiet
385
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
286
VI, TIII.
ffieultÀ
k« Frao-
e doc de
{«goe fait
lOfcbioioo
f Ridiard,
elai-a ré-
f |wr 0D«
(hanton.
^ol. 78 6.
Car puis jor ne rovassent vivre
Que Jérusalem fust délivre.
Seignor, or ne vos merveilliez
106/10 Si Deus ot eu vain travilliez
Noz pèlerins si com deiines;
Car verlez fud que nos veimes
Parmeintes feiz quant herbergerent,
Al seir quant il d'errer las ierent,
ioC/i5 Que 11 Franceis se deparloueut
Des autres genz e se tendouent
Tôt par els a une partie,
Si que Tost iert si départie
Que li uns por veir sanz mentir
io65o Ne voleit Tautre consentir;
Einz dist li uns : ttTu es itels,^
E Tautre a lui : trTu es iquels;^
Et Henri li dux de Burgoine,
Ki mult enpoira la besoine,
io655 Par surfeit e par grant desrei
Fist fere une chançon del rei,
Si que la chançon fud vilaine
E de grant vilainie plaine,
E la chançon par Tost hanta.
10660 Que pot li reis s'il rechanta
De cels qui le conlraliouent
Par fine envie e ramponouent?
E de gent si desmesuree
N'iert ja bone chançon chantée
io665 N'ovraine feite que Deu veie,
Si com il fist a Tautre veie.
Quant Antioche fud assise
E nostre gent par force enz mise ,
Dont Ten reconte encor Testorie,
10670 De cels qui Deus dona victorie,
De Buiamont et de Tancré,
Cerent pèlerin esmeré,
E de Godefreide Buillun,
E de hauz princes de grant non,
10075 E des autres qui lors i furent,
Qui el Deu sërvise s^esmurent.
Tant qu'il lor rendi lor servise
A lur grë et a lur devise
E lor ovraiues suzhauça
ior)8o Par tantes feiz et eshauça,
E eus e totes lor lignées;
Si en sunt encore esbaucees.
Dis jorz ou duze, que ne mente,
Au veir dire^, a la meie entente,
10680 Puis que la carvane fud prise,
Sujorna l'ost en itel guise
Cum vos m'avez oi cunter;
E quant a rien ne pot monter
Por nul travail qu'il i meissent
10690 Que le sépulcre requeissent
Dont a quatre liuues esteient,
E dont grant doel es cuers aveient.
Si s'en retornerent ariere
Od tel desheit e od tel chiere
10695 Que suz ciel de gent si eslite
N'ot plus mate ne desconfite.
Lur ariere guarde establirent;
E si tost com il se partirent,
E li Sarazin acururent
10700 De la montaine e les parsurent,
Tant que un seijant nos ocistrent;
Mais cil qui es bons chevals sistrent
Les reuserent e chacierent.
Puis errèrent e chevalchierent
10705 Tresque entre Saint Jorge e Rames;
E icel jor que nos errâmes
Ot cinc anz senz plus que la terre
Rot esté perdue par guerre.
Li Franceis furent a senestre,
10710 E lireis e sa gent a destre;
Itinerariuin Bi-
eardi, VI, ix.
Retraite des
chrétiens (& juii-
l«>t ii9«).
Fol. 78
10689 ore — io6/ii nos deimes — io6âd quant il — io6/iâ quant ils errèrent — 10669 ^'* ^ —
10661 le manqué — io665 Nouertine — 16669 encore — 10679 Yen répété dmn ïe m$, ->- 10676 iores
— 10676 Qui deu seruirent et munirent — 10681 E il e t. — io683 que jo ne — 10689 i "^^^f^P^ ~~
10694 e manpiê -r- 10698 acurerent — 10709 si»lret — 10707 cent anx — 10709 lurent
287
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S88
/liiunwTuiN Ai-
MTtfi, VI, X.
SaladJQ réunit
oaCet Mt forces.
Fol. 78 <f.
/(tM<r«rttaii Bi-
K, VI,xi.
Richard de-
mande ane trêve
Mos I^obteoir.
Ë rendemain, quanl il errèrent,
Tôt aulresi se devisèrent.
Devant Cbasel Meien revindrent,
E se tendirent e se tindrent,
10715 Et tels i ot s'en départirent
Et a Jafle s'en revertirent
Por Tenui e por la poverle
Qu il aveient en Tost sofferte.
Quant Salahadin sot de veir
10730 Que Boz genz nul conseil aveir
Ne porent fors d'aler ariere,
Lors ol joie e fist bêle chiere,
E fist chau pas ses briefs escrire ,
E prist meint messagier délivre;
10735 Si manda as Turs qui Tamouent
Que li crislien s'en alouent,
E que tut erent a descorde
E départi sanz point d'acorde;
E qui voldreit de son aveir
10780 Venist, se il en voleit aveir,
En Jérusalem a soudées.
Elh vos la tant genz assemblées,
Que dedenz que dehors la vile ,
Ke esmë furent bien a vint mile,
10735 Turs a cheval e bien armé,
Estre cels de pié ki esmë
Ne peussent de legier estre.
Qui tuit saveient bien nostre estre,
E ki mult bien le nos mustrerent
107/io
Si tost com noz genz retornerent
Illoc ou noz genz surjornerenL
De jur en jur s'en revenouent
Por le desheit e s'en partouent,
107^5 E a Jaffe s'en retomouent,
Que trop povre vie menouent;
E quant li reis les vil retraire
E qu'il ne poeit a chief traire
De mener l'ost a droite voie,
10750 E sur ço plus que vos diroie?
Fors qu'il manda a Saffadin
Qu'il parlast a Salahadin,
E li feist par tens saveir
Se il poreit la triune aveir
10755 Qu'il lui 6ffri as plains de Rames,
Issi com nos le vos contâmes.
Tant qu'il revenist de sa terre;
Il l'ala al soldan requere :
Mais il sot nostre retornee
10760 De la premeraine jornee;
Si ne li volt solement onquea
Les triuues otrier idonques»
S' Escalone n'iert abatue.
Eth vos la novele esbatue
10765 De si qu'au rei a l'ost ariere,
Qui oncn'en fist semblant ne ehiere,
N'onques nés en vell eseoltier;
Einz comanda chau pas monter
Que Templiers, que Hospitaliers.
10770 Ke autres trois cent chevaliers;
Si comanda qu'il abatissent
Le Daron, e que il feissent
Prendre d'Escalone grant garde
Que il n'en perdist par mesgarde.
10775 Cil alerent e l'abatirent,
E puis a l'ost s'en revertirent,
E revint l'ost a Jaffe ariere,
Pesante e od pensive chiere,
E de Jaffe a Acre erraument;
10780 Mais mult remist a Jaffe gent
Seine e malade^ après la rote,
Qui puis i furent a grant dote.
Eth vos a Acre revenue
L'ost par la ou ele ert venue,
10785 Mate e comfuse, un diemaine;
Mais issi veit qui pechié maine.
F<d«7
lad
lift).
10717 Par, par — 10731 del aler — 10789 gent — 10763 se retomouent — 107Û5 revenouent— 1^746
Qui, trop manque — 10768 pot — 1075Û Si! — 10756 corne — 10758 E ilaia — 10766 Que — 10770 Kâllrat
— 1077a quil — 10776 Qui! — 10776 E nutnque — 10779 • Acre man^ — 1078» Que^ — 10788
• -Ji} ..•
S89
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
290
1', xn.
iBMrebe
)1. 79 b.
Ri-
VI, DD.
q«e d«
ptr Sal*.
ojoillet).
Si tost corne Salahadins
E li sons frères Saffadius
Seurent que nos nos de|)artimes
10790 De Jaffe, si com vos deimes,
Ë que nos iios en esloignames
Od tel deshet com nos contâmes,
Eth vos Tost semonse e banie
Des fieres genz de paenie;
10795 Ë ot bien donques li soldans
A cel termine e a cel tans
Turs a cheval plus de vint mile,
E si ot Tamirail de Bile,
Si i ot le filz le Hausasis,
10800 £ admiralz bien cent e sis,
E gent de pié de la monta ine,
Tant qu*el covroit totc la plaine.
Eth vos lost tote descendue
De Jérusalem et tendue
io8o5 Es pleins de Rames ça aval;
La veissiez.meint bel cheval.
Le demeinche, el jur meimes
Que a Acre nus revenimes,
Fud de Jaffe Tost atrovee
10810 De la paene gent desvee,
E le lunsdi si assaillirent
Dehors es jardins s'eneontrerent,
E tute jor les conlresterent,
1081 5 Si qu onques cel jor n'aprismerent
Del chastel, tant les herdeierent,
Ne Tendemain qui fud marsdi.
Ne le Itère jor; mais le joesdi
Fud la vile entur asiegiee,
10830 E la gent dedenz trop gregiee;
E fist drescier quatre perieres
Salahadins forz e legieres
E dous mangonels a jetter;
E donc oissiez regreter
io8a5 As cristiens dedenz la vile.
Qui esteient plus de cinc mile.
Que sain que malade gisant,
Qui tut alouent regretant
E (liseient: (rHa! reis d'Engletere,
io83o f Que es tu alez a Acre quere?
rrCristienté, com iés faillie N
La veissiez gent assaillie
A tel force e od tel emprise,
E tant gent nafree e ocise,
io835 E si hardiement deffendre
E si tost monter e descendre
Que suz ciel n*ad riens, qui] yeist
Qui trop grant pitië n'en preist.
Les perieres tozjorz jetèrent,
108/io E li mangonel ne finereui;
Cil dedenz perieres aveient.
Mais aidier ne s*en saveient.
Li Turc jetèrent a la porte
Devers Jérusalem trop forte,
io845 Tant que li arc de sus chairent,
Dont nostre gent muU s*esperdirent ,
E le mur a destre trencherent :
Deus perches jus en trebjcherent
Le jur de vendresdi sanz faille.
io85o La veissiez dure bataille,
Quant li Turc en la vile entrèrent:
Achamaillë illoques erent;
Mais li Turc, qui tozjorz creissouent
Des conroiz qui de l'ost issouent,
io855 Crurent tant que il les perchicrent,
E que contre mont les chacierent
Desqu'el Toron devant la tqr.
La veissiez hisdps alur
Des malades qui se giseient
108G0 Par les maisons, qu'il ocieient.
Fol. 79 c.
La viiie e»t
priw (3i juU-
let).
10787 com — 10788 E sisfr. — 10790 si c. nos vos — 10791 en manque — 10799 conae — 10796 donc
— 10809 qaele — 10807 dimeinche — 10809 trouée — 1081 3 sis encontrerent — io836 tant i ot
gent nafrc — io838 Que, grant manque — io8â8 en manque — io853 qui man^e — io855 quil —
io856 qui
<9
nwuactu batioraul
391
L'ESTOIR£ DE LA GUERRE SAINTE.
S9S
Fol. 79 rf.
I^ chAUtu ni-
tisle.
Dont il i ot maint bon martyr.
La veissiez genz dcpartyr
K fuir s'en vers la marine;
E la cruel gent sarazine
io865 Les maisons pristrenl e peifrereut,
E trestoz les blez en portèrent
E trestoz les vins cspandirent.
Li un le Thoron assaillii*ent
Ou la gent Dampnedeu esteient,
10870 Qui durement se defeudeient;
E li autre a la mer cururent,
As nefs, as barges ki la furent,
Ou noz genz voleient vertir
Por cls saiver e guarantir.
10875 La ot meint moK des dcrerains.
La vit Tem Auberi de Rains,
Qui le chastel deveit guarder.
Si vilainement coarder
Qu'il iert entré en une barge
10880 Por fuir s'en par la mer large,
Quant li prodome l'escrierent
Tant que ariere le retomerent,
E mistrent a force el Thoron ,
E tant qu'il dist : (tici muron
1 0880 (T Por Deu , quant autre ne puet estre. ri
Tut cntur els, dcstre e senestre,
Au pië del Thoron assailleient
Tant Turc que il ne se saveient
De la quel partie défendre.
10890 La vcissiez pilez descendre
E chaoir plus menu que gresle;
Pié a pi(5 erent molle pelle.
Tote jor dura l'eschermie,
Mais noz genz ne durassent mie
10895 As granz assalz ne a la grant charge,
Si Deus n'eust le patriarche
Novel feit feit illoc remaindre,
Qui por mûrir ne se velt faindre
De cels sauver qui illoc esteient
10900 Qui a la mort se combateient;
Einz manda a Salahadin,
Au large, au vaillant Saraxin,
E Saffadin qu il l'en preiast,
Que une triuue lor otreiast
10905 Seulement desqu'a Tendemain;
E il pemeit la chose en main ,
S'il n'aveient veu eini none
Ou genz d'Acre ou geni d'Escalone
Ou del rei Richart d'Engletere
10910 Qu'il aveient en veië quere,
K'il metreit son cors en oslage
E autres genz de grant parage
A mètre en fers ou en liens
Que chescon d'icels cristiens
10915 Qui el Thoron se combateient
A Salahadin paereient
Dis besanz d*or deu tensement,
E les femes tut ensement
Chescone doreit cinc besani,
10930 E treis por les petit enfanz.
Issi com il le demanda
Et Salahadins comanda
Qu'il fust aGé e tenu.
Eth vos le messagier vena ^
109^5 Eth vos la triuue graantee
E la chose issi arestee:
As Turs deus ostages livrèrent,
Ki od le patriarche alerent:
Ço fud Auberiz e Tiebauz
10980 De Treies, qui iert preaz e baux.
Un serjant le conte Henri,
Qui le son peire aveit nurri,
E d'autres en i pot avoir
Dont jo ne poi les nons savoir.
Fol.60
10861 otwMwi^— io864cnieie — 10875 de derains— 10876 aubri— 10881 licMnerenl — 10888 quil
— 10889 l«q"eie — 10894 iw deiïiorMBent — 10895 ne ai gr. — 10897 ^ ^^ f«i* numqm — 10907 wo
manqHê — 10908 le êêcond gens numqtte — 10917 dentensement — 10995 grantee — 10919 wMt —
10930 treis — 10989 le manqué
293
L'ESI-OIRB DE LA GUERRE SAINTE.
29ii
UT.
qai
il à
yri«,
dpi-
JiAi
«A- 10935 Vos m'oistes dire e conter,
Et il fait bien a reconter
Por le grant bien qui en avint,
De Tost qui a Acre revint,
Tote mate e desfestivee,
log^o E de deheit tote tuée,
E que tuit aler s'en quidouent
E a lor nefs a plein aloueni ,
E que li reis Richarz meimes,
Si que a nos oiU le veimes,
06. 109/16 Aveitja pris congiéal Temple
E al Hospilal el contemple,
E aveil veu ses gualees,
Qu*eles fussent bien aUMraees:
A Tendemain se deveit mètre
10960 Por aler s'en, ço dit la letre,
Par Barut U e ses maisnees;
E i avMt ja enveiees
Set gualees qui estormirent
Cels del cbastel, qui s'en fiiirent,
1 0965 E qui ja lui ne atendissest
Si pluft des gualees veissent.
Si com li reb iert en sa tente,
Le s«ir al vespce, en tele atente,
Eth YM une barge abrivee
10960 Venir a Acre e arivee;
E cil qui de la barge ebsirent
Vindrent al rei, plus n'atendirent.
Si lui distrent que Jaffe iert prise,
E la gent al Thoron assise,
10966 S'ele n'ierl par loi sucome.
Que tote iert morte e encorne.
Si corne J0 vos ai conte;
E li preuz reis par sa bontë
Leissa lot son porposement
10970 E dist : (tJoi irai veirement;??
E fist dereebief Tost somMidre.
Mais onques li Franceis respondre
Ne len voldrent, ainz respondirent.
%9gh^ Au domain — 1 0960 jafft — 1 <t^6è acre
choses — 1 1 007 Et qui — 11 008 dreit manque
Li envios qui mal le virent,
10975 Que ja lorpié n'i porteroient
E qu'en l'osto lui mes n'iroient:
No firent, o lui n'od nul orne, Fol. 80 e.
Ainz murure&t, ço fud la some.
Neporquant cil qui Deu cremoienl,
10980 De quel terre que il estoient,
E Temptier e Ospitalier
E maint altre bon chevaler
Montèrent e s'apareillerent,
E errerait e chevalcherent
10986 Tôt droit a Cesaire par terre;
E le vaillanz reis d'EIngletere
Ala en gualees par mer.
Eth les vos riehemeni armer
Si queooques mielzn'en porent estre.
10990 La fn li quess de Leicestre,
Si i fu Andreus de Chavignié,
Si i fu Rogiers de Saeië;
Si i>it l'em des Ornes Jordan,
Qui puis morui en icel an ;
1 099& Si i fu Raois de Mallion
Qui a ia baniere al lion;
Si i fu Aucoens del Fai ,
Qui maint Sarazin eisvai;
Si i furent cil de PreaU,
11000 G'erentdes compaignoos reans,
E maint aulore home renomé
Qui ne me furent pas nomë.
Cil aloient al Deu servise ,
E cil de Genve e cil de Pise,
11006 Qui al besoing grast Iru itindrent.
Oiez cornent choses avindrent
Cil qui par terre a Jaflre aioaent
E qui droit aler i quidouent
Erent a Cesaire aresté ,
iioio R ft'i orent gueires est^
Quant hom Tor dist que Saleadins Fol. 80 </.
Lor faisoil guaitier les chemins ,
10980 quela t ^il — 1 too5 i mmqwe — 1 ioo(Vief
'J9
205
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
396
Si qu'il furent illoc assis:
(lo cs(oil le fil z al Ilausasis,
11 01 5 Qui erl entre Arsur e Cesaire.
Devers la mer d'un vent contraire
Noz autres genz sunt destorbees,
E H rois e ces des gualees,
Si (jue de treis jorz ne se murent
10020 De soz Chaiplias ou il jurent,
E que li reis diseit: tr Merci,
ffDeu! por quoi me tenez ici?
r Ja vois je en vosire seniseîw
Mais Dampnedeus par sa franchise
11095 Lor cnvoia un vent de Loire,
Qui le mena o lot s'estoire
Al porl de JalTe al vendresdi
Tart c par nuit; le samedi
Fust la triuue a none faillie,
1 io8o E la gent morte e malbail lie
E a mort c a doel livrée^
Si Deu ne l'eust délivrée
Par le rei issi faitement
Com nos vos conterons briefmenl.
11035 Le preuz rois e ses genz menbrees
Orent geu en lor gualees
Tote la nuit del samedi
S'arma e ses genz ensement.
110^40 Or si orez deu tensement,
Come la vile estoit tensee
De traison e porparlec,
Que li Turc orent porpensé
Vers cels qui s'estoient tensé
11 0^15 Por les besanz que il pramistrent.
A paier le matin les mislrenl.
Fol. 8i A. E si paioient ja al main.
Et li Sarazin toi de plain,
Ensi come cil les paioient,
iio5o El il les testes lor trenclroienl,
Si quidoient ovrer molt bien ;
Mais honic soit foi de chien !
Ja en avoient set tuez
E en une fosse ostrocz,
iio55 Quant cil del Thoron s'apei'çurenl;
Si contèrent cil qui la furent
Que illoc veissiez dolz ator,
Sus el Thoron devant la tur,
De la peor que cil avoient
1 loGo Qui a la mort jugië estoient;
La veissiez tanz genz plorer,
E melre a genoilz c orer
Faire confès c copes batre,
E cil dehors dedenz abatre
11065 En la presse grant de la geni
Por morir dererainement :
Quar tote rien, quant mort la chace»
Quiert un poi de tens e d^espace.
Ja atendoient lor martire :
11070 Si pouns bien por vertd dire
Que illoc ot tels lermes plorees
Que a Deu erent savorees;
Car els venoient de destresce
De mort e de la parfondesce
11075 De lur cuer, que a lui tendoient
Ensi com il mort atendoient, i^mmt^^
Et il n'i avoit nule atente
|Uebiri4âin
Fors de morir a lor entente, lé ekitoicd
fille et i^^
Eht vos li Turc qui aperçurent {t^m^u^]
11080 Les gualees <[ui el port furent:
Le rivage tôt contre val
Vinrent a pid e a cheval,
iioi5 e. asur e a ccmirc — 1 1016 mer uns ven» — 11017 ^^ "^^ — 11018 E manqu» — 110S7 1®^*
— 11029 Pu — iioAo Ore — 110^1 Com — iio43 porpcnsce — 110/iâ tenace — iio&5 quit pre-
mistront — 1 1 o46 A lor painc I. — 1 10/17 J* *^ ^° — 1 1069 com, les manque — 1 io5a boni — 1 io55 dl
manque — 11066 dcrainement — 11068 de tous e manque — 11070 verilc — 11071 orent tdes —
1 107a orent — 1 1078 elc« — 1 1075 qua — 1 1076 mort manqué — 1 1077 fors datente — 11078 de lor 6.
— 1108a Vint
297
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
298
»i. 81 6. Que la marine en fu si plaine
Que il i porent a grant paine.
iio85 Roeles avoient e targes,
E traoienl desi qu'as barges
E tresqu as galees le roi.
La veissiez tant fier desroi
De cels qui a cheval estoient,
11090 Qui dedenz la mer s'enbatoient
E traoient a estriver
Que il ne peussent ariver,
E li preus Richare, ço me semble,
Toz ses veissels atrait ensemble
11095 Por parler a sa compaignie.
Lors dist a sa chevalerie :
trGentilz chevaler, que feroms?
(rlrom nos ou ariveroms,
rrOu cornent le porom nos faire ?9)
11100 Si fu donc itele Faifaire
Qu'il ot d'itels qui respondirent
Que a lor avis entendirent
Que nient n'estoit de Tenprendre
De l'ariver ne del port prendre;
iiio5 Car tuit quidouent sanz devise
La gent del chastel fust o(»6e.
Endementers qu'A enqueroient
Savoir mon s'il ariveroient,
Eth vos que li rois d'Engletere
11110 Vil saillir en mer de la terre
Un provoire messe chantant
Qui vint al roi tôt droit noant,
Quil recoilli en sa gualee.
Cil li dist : trGentilz rois, alee
1 1 1 1 5 «r Est la genl que vos aient ci ,
trSe Deus e vos n'en ait merci. ?>
Pol. 81 c. trComent,?) dist li rois, trbiaus amis?
trVit en mes nul? ou sunt il mis??»
«rSire, oil : devant celé tor
1 1 1 ao (t A tendent lor mort lot en tor. r»
Si tost com li rois entendi
Que si estoil, plus n'atendi;
Lors dist : (rDeus nos fisl ça venir
«Por soffrir mort e soslenir;
iiia5 ttE quant morir nos i covient,
(rHoniz soit qui ore n'en vientl?)
Lors fist traire avant ses galees;
Ses jambes totes désarmées,
Sailli des ci qu'a la çainture
1 1 i3o En mer o sa bonc aventure ,
E vint a force a tere sesche
Secont ou prims, ço fu sa teche.
Giefroi del Bois e de Preials
Pierre, li preu e li reaus,
iii35 E tuit li autre après saillirent,
As Turs vindrent, sis assaillirent.
Dont la marine en esteit plaine;
E li preuz reis sis cors domaine
Les ocioit 0 s'arbaleste,
1 1 i4o E sa preuz gent hardie e preste
Par les rivages les si voient.
Li Turc devant lui s'en fuioient.
Qu'il n'i osoieAt aprismier;
Et il mist main al brant d'acier,
111^5 Si lor curut en corant sore,
E les hasta si a celé bore
Qu'il n'orent leissir d'els défendre.
Ne ne l'osèrent plus atendre
Ne sa compagnie esprovee,
1 1 1 5o Quis fereit come gent desvee.
Tant les ferirent e haslerent
Que la marine délivrèrent
Des Turs e que toz hors les mistrenl , Fol. 81 d.
E donques après ço si pristrent
111 55 Toneak e fuz e planches larges
E vielz galees e vielz barges.
1108& imanque — 11098 E li preai rois — 11099 nos numquê — 11100 itei — 11 109 atendirent —
iiiiS Est manqué — iiiaS E man^ — iiido et st bone — iiiSs ou premiers — iii3d e numquê
— 11187 en ert p. — 11189 ouec sari)leste — iiiâ8 Ne len o. — 111&9 compaigoe — ]ii5o com -
iii5i haslirent — iii53 que numquê — iiiSA çonumquê
291)
[;estoire de la guerre sainte.
300
Fol. 8a «.
Siu esloperent la marine
EntrVU e la geut sarazine;
E i mist li roi» chevalers
1 1 1 (>o Ë serjaaz e arbaleslers
Qui as Sarazins paletoient;
E il braoicot e liuoient
E s'en pari oient a euviz.
Puis monta ii rois une viz
1 1 105 Qui veit en Tostel as Templiers :
liloc entra il toi premiers
E se mist a force en la vile,
E trova bien plus de treis mile
Sarazins qui tôt eissilloient
1 1 170 Le chastei e loi en portoient;
E li plus hardiz rois del mont,
Ricbarz, des qu'il fu sus a mont,
Fist ses banieres desploier,
E les fist a mont eavoier
11175 As cristiens tant qu'il les \ iront;
E si tost corn il les choisirent,
((Saint sépulcre U tuit escrierent,
Lor armes pristrent, si s'armèrent,
E si ne demorerent mie.
11180 Eht vos Tostpai^ne estormie
Quant il virent noï gens descendre :
La veissez tanz Turs estendre.
Que li rois a tere estendoit!
Nus a sou cop ne Tatendoit
1 1 185 Que sa vie n en fust alee.
Eth vos nostre gent avalée
Tôt contre val par mi les rues.
Le veissiez gcoz confundueB
El ocises e detrcnchiees;
90 iia furent les plaies vengées
Des malades que il troverent
Dedenz la vile, qu'il tuèrent,
Qui ne se pooient movoir.
111
La veissiez genz aplovoir
1 1 195 E Sarazins livrer a honte.
Que vos feroic jo long conte?
Fors que tant corn en aconsuirenl
De cels qui en la vile furent,
Qui a tens eissir ne se porent,
iiaoo Que cels errahnent lue orent.
Eth vos la vile délivrée
Et gent a grant honte livrée.
Li rois après els s'en eissi.
Que le jor en ot feit ensi,
I ijo5 E n'avoit lors que treis chevals;
Qu'onques ueis on Roncevals
Nus boni ne joefnes n'anciens
Ne Sarazins ne cristiens
Ne se contint a sa manière;
iiaio Car quant lors virent sa baniere,
Si frémirent destre e senestre.
I>a ne volsist nul eoart estre,
Que Deu ne fist ne neif ne pluie.
Quant ele chet tant qu'ele bannie,
liai 5 Qui chiece plus espesement
Que pilet plus mennement
E quarel illuc ne pleusani,
£ que plas entr'els n'en eussenl.
Eth vos la novele aportee
iiaao A Salehacbn e contée
Que sa gent si ert assaillie;
E il, la persone faillie,
Qui estoit plus irez que leus,
Dut estre de peor fevrens;
iiaa5 Si n'osa illoc plus atendre,
Ainz fist ses paveilkms desiendre
E ses tries sua es plains ariere;
Ë li rois e sa preuz gent fme
Tant les sivirent e ehaeereni
I I a3o E ferirent e enchaucerent
K, VI,in.
Fuie de Si-
ItdÎD.
Fol. %n h.
iiiGo arblosLers — 1)169 toz — m?? luit manque — 11189 taas manqué — iiiSâ Que bm — .
11189 ocioeso — 11191 qui! — m97 com conmirQBl — iiaoo luëtMii^iM — 1190/i en fiât— 11*07 Mff,.
no tnauqufi — 1 1 a 1 6 Que li piiet -^ 11 aao E Mlehidioft — 1 1 aai n wumque — 1 199& Dcwt» feqereaa —
1 1937 E manque — 11398 preude — 11980 enchacttrant
301
UESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
SOS
Ad arbalestierft quis feroient,
Qui lor chevals lor ocioient,
E tant enchaucerent e trestrent
Que deus granz lianes se retrestrent ;
I ia35 E li rois se fist sempres tendre
La mi Salahadins atendre
Ne l'osa, as places demaines;
La se tendi Richarz li maines.
Quant cele jomee fu faite
11 9/10 E Tost des Tores se fu retraite,
L'ost icrt honie e vergondee
Que gent de pié Font reusee,
Que si petit d'eforz avoient
Contre tanz Turcs com il estoient,
113^5 Fors tant que Deus i ot main mise,
Que sa gent ne fnst pas malmise.
Estes Yos que Salehadins
Fist apeler ses Saraizins
E les Turcs de plus haut estace,
I I s5o Si lor demande : tr Qui vos cbace ?
ffFiSt donc l'ost d'Acre relomee
(t Que si a ma gent atomee ?
n Sunt il a pié ou a cheval
(rCil qui venoient contre val 7 ?»
iis55 Tant c'un traituesquil savoit,
E qui le roi veu avoil :
. 89 c. (rSire, chevalcheure nule
(T N'ont il od els, cheval ne mule,
(tFors que ii rois, li bon vassals,
1 it6o (rTrova en Jaffe trais chevals :
ffltant i a e puet avoir
ffE neient plus por nul avoir;
irE s'il iert quil volsist enprendre,
«rL'on poroit lui e son cors prendre,
1 is65 (T E sanz guaires i mètre entente,
ftQue il gist tôt sels en sa tente. 7)
Ce fu un jor d'un samedi, itimmrmmRi-
Selonc l'estoire que jo di, "^ ^^^
Que la vile fu reoovree *••«• »«»* ■•*•
1 1370 E des Sarazins délivrée, nêitm ^«oi«é9.
Que merveilles i orent fdtes
E qui tozjorz seront retraites.
Car il orent Jaffe reprise,
E la gent crestiene ocise
1 1376 Malade qu'il orent Irovee;
Si fu la vérité provee
Qu^en la vile lanz pors troverent,
Que il ocistrent e tuèrent,
Que ço fu une enfinité;
1 1 aSo E (0 est son de vertté
Que char de porc il ne manjuent,
E por ço vdentiers les tuent :
' Ne heent plos rien terriene,
El despit de fet cnstiéne ;
iia85 Si avoient mis e mellea
La gent e les pors lez a lez;
Mais li crislien les cors pristrent,
Cil qui por Den s*en entremistrent,
Les eristiens toz entererent
11990 E les Samzins hors jetèrent
Qu*au samedi ocis avoient
Ovec les pors, qui tant pnoîênt
Qu'il ne pooieni endurer.
Elh vos que lî rois 6st ovrer poi. g, d.
119^5 Le diemaine e le lundi
Al mnr de Jaffe e le marsdi ^
La ou le virent depecié,
Tant que anques Forent redrescié,
Come sanz chalz e sanz mortier,
1 i3oo A défendre s'en fust mestier;
Mais Tost iert par dehors es tentes
Ou pins orent de granz atentes.
m-
cifrJi, VI, xvui.
Les man d«
Jafla sont r^-
rëi.
ii93i arbiestiers — 11 938 maimes — 11989 icele — ii9ào sert — 119&1 iert manqué — ii963 petix
— 119/^à il manqnê — 11966 i manque'-^ 11966 fa — 11967 Eth — iisSi Eth — 11 956 qui mmifuê —
11967 ^* ^^^^ mul ne mule — 11968 cbeuiKer nemue — 119S6 Qui g. — 11968 di d — 1197S prise
— 1 1978 Quil — 1 1 981 il numquê, maniouent -^11 989 taouent — - 1 1 986 Si fNon^ — 1 1 988 en moMfÊt —
1 1 995 dimaine — 1 1 996 As murs, mecreodi — ^ 1 1 999 Com — * 1 i3oi M. iost — 1 i3o9 gftat
303
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
M&
lUnerarium Ri-
etardi, YI, xix.
L«sTurespro>
jetteol de sur-
preodrc Richard
dans sa (ento.
lUnerarium Ri~
eardi, VI, xx.
Henri de
Champagne ar-
rite de C^rée
h JafTa.
Fol. 83 0.
Li Mamelon Salehadin,
Cil de Halape e li Cordia,
ii3o5 La legiere bachelerie
De la paiene gent haie,
A un parlement s'asemblerent,
E distrent tuit que honiz erent
Que por tant gent guerpi avoient
it3io ^affe corne li nostre estoient,
E qu il n'avoient nul cheval.
Ço distrent a mont e a val
Entr els tant qu'il s'enlrefierent
E tant que illoc se vantèrent
ii3i5 Qu'en sa tente le roi prendroient
E que aSakadin le menroient,
E fu Tovre ensi affiee.
Etb vos que en une gualee
Vint li cuens Henris de Champaine
11 330 De Cesaire, il e sa compaigne.
L'ost ert a Cesaire venue,
E s'iert mal grë sueu détenue
Por les Sarazins qui guardouent
Les flums o qui les pas guaitoient,
ii3a5 Si que li rois secors ne aie
N'ot de tote lor compaignie
Fors seul de son neveu le conte.
Onques n*i pot avoir par conte,
 trespasser la fort jornee
ii33o Que hom li avoit atornee,
Fors que tant seulement cinquante
Chevalers ou al plus seisante,
E serjanz e arbalestiers
Preuz e seurs de lor n^stiers,
11 335 E gent de Genve e gent de Pise
Qui por Deu s'ert illoc promise,
E autre genz entre deus mile;
Ne illoc puis que rescust la vile,
Ne pot aveir quinze chevals
i
Sid
ii3/io Assemblez entre bons e mais.
Dont il ot puis si grant sofraite
Que sa gent fust perie et fraiie
Se Deu ne Teust guarantie
Des Turs e de lor aatie.
1 i3/î5 Ore orez une grant merveffle,
Dont tôt li mondes s'esmerv6ille,
Que nostre gent fust tote prise.
Le mecresdi, par celé emprise
Que cil durent prendre le n»,
ii35o Si Deu n'en eust pris conroi.
La nuit, a bore de matines
Montèrent les genz sarazines,
Si conreerent lor batailles,
E puis lacierent lor ventailles
1 1355 E chevalcherent a la lune.
Iloques fist Dampnedeus une
De ses glorioses bontez,
E bien doit estre recontez
Quant il fait une bêle ovraine-
ii36o Estes les vos a val la plaine,
Chevalchant tut sereement;
E Dampnedeus nomeement
Leva entr'els unes tençons
Des Cordins e des MamelQUS,
11 365 Saveir mon li quels descendioienl
A pië e noz genz atendroient
Qu'il ne peussent revertir
Al chastel por els guarantir. Fol
Chescons disoit : (rVos desceadioiz,
11370 rr Mes vos. ?) rr Mes vos.^ (r Mes vos, c^est
[didis;
rNos devon mielz estre a ch6vd.i»
E vindrent tençant contre vttl,
E tant dura l'estrif illoques.
Des uns et des autres ovecques
11375 Qu'il orent le cler jor veu,
11809 tant de gent — ii3io com — Ii3i3-ii3i6 iniervertU — ii3i4 E tnanquê, stoant^nDt «—
ii3i8 quen — 11 33 a seuen — 11839 forte — it33i tant man^ — 11 333 arbiastiers — itd35,gHyM|i
de pise — 1 1887 genz bien entre — 1 1838 par quoi r. — 1 1889 P^^^ — 1 1860 Assembler — i|iM|i4bQ~
nen e. — 11 345 la gr. — 118^7 g. ne fiil t. — 11866 tendroient
»05
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
306
Si come Deus Tôt porveu;
E li l'ois dormoit en sa tente.
Oiez bêle aventure e gente
D'un Genevois qui s'iert levez
ii38o E ert a la berue alez
Tôt droit al point de Tenjorner.
Si com il voloil retomer,
Si oi les Turs qui venoient
E vit les hiaumes qui lusoient,
1 1 385 Si come son chief abeissa ;
Onques puis sa voiz ne cessa
De crier que noz genz s'armassent
E que tuit a armes alassent';
E li rois del cri s'esveilla ,
11390 Qui le jor puis mult tra veilla.
De son lit sailli sus en piez
E vesti, si com jo suspiez,
Un bknc hauberc fort e tenant;
Si comanda de mantenant
11395 Ses compaignons a esveillier;
'H«f«riwiiK. Si ne fait pas a merveillier
CcttUu. El- ^^ ^® ®^ ^®^^ suzpresture
Ot illoques contrepresture
A els vestir e a armer;
11^100 Car jo vos puis bien afermer
Qu'il furent si hastë illoques,
Le roi e assez autre oveques,
Que jambes désarmées nues
fol. 83 c. E descovertes fors des nues ,
ii6o5 E tels i ot tôt nuz sanz braies,
Qui i orent assanz e plaies,
Se comba tirent n jornee ;
Sis greva plus qu'autre rien née.
Si come nostre gent s'armoient,
11610 Eli Sarazin apresinoient.
Eth vos que li rois fu montez,
E n'ot 0 li d'omes contez
«ii*df Richard
dfM
roai|w-
M««
Fors dis a cheval seulement;
Si dit l'estoire finement
11 Al 5 Que li quens Henris de Champaigne
Fu a cheval e sa compaigne;
Si i fu li quens de Leicestre,
Koberz, qui bien i deveit estre;
E Bertelmeu de Mortemer
1 i/i9o Fu a cheval, al men esmer;
Si i fu de Mallion Raols,
Qui onc ne fu d'armes saols;
Si i fu de Chavigni Andréas,
Qui fort e preu fu a estreus ;
ii/ij5 Si i fu Girard de Fomival
Oveques le roi a cheval;
Si i fu Rogiers de Saci ,
Qui sist en un povre ronci;
Si i fu Guillames de TEstanc,
ii/i3o Qui ot un cheval trop estanc;
Si i fu Hue de Noefvile,
Un ardi serjant e nobile.
Henri le Tyois el conroi
Portoit la baniere le roi.
1 1 635 Eth vos nostre gent conreee
Contre l'ost cruel desreee ,
E par batailles eslablie,
Chescone a sa conestablie.
Li chevalers sor la marine
116/10 Furent por la gent sarazine
Vers Saint Nicholas sor senestre :
Illoques lor convenoit estre Fol. 83 d,
Quar li plus des Turs se traioient
E taburoient e braioient;
65 E par devant lor cortillages
Ot mis genz de plusors lignages :
Laot Pisanz e lîeneveis;
Si ne seroit dit eneveis
Ne recontë les envaies
116
f 1 38o beni — 11 385 com — 11 399 a manqué — 1 1 609 autres — 1 1 6o3 d. e nues — 1 1 606 v€r$ répété
km», — 11608 Si — 11609 com — 11619 E ma$kqu» — 1169a onques — 11696 Ouec — 1 1697 sacie
1 1698 ronde — 1 i63o trop manqué — 1 1635 conree — 1 1636 cruele e desree — 1 1660 Furen
90
tWrillfCIII aATIORALI.
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
m
> Que il orent des geai baies.
Li Turc comencerent a Iraire,
A huer, a crier, a braire;
La veissiez merveilles dreJtes
E noz bones geni mutt destreiles :
> A geneilloDS s'agenoiJlerent ,
E larges e escui drescieraat
Devant els, en lor mains lor paires;
E )i rois qui d'armes ert saives
Fiat desoi les taises mucier
> Entrei deus uu arbalestier
E un home qui li teudoit
S'arbaleate, e il li rendott
Quant il la U avoit tendue ;
Par ço fu l'ost mult défendue.
) Ënsi s'estoient aresté.
Or ne doit pas estre doté
Que cil qui en tel plaît esloienl
Contre tau Tors coma veoient
N'eussent peor do lor testes ;
> Si fu si voir com vos ci estes
Que li rois ala reerctunl
Les ebevaiers e prees<^nl ,
E Jahans de Pceals ovecques
Lor aloit sermonaut ituques ,
i E diaoîent: nOre i pavra,
irTastcome Deus son cors guarra,
tt Qui se |Hinera d& bien faire,
irQu'ore n'i a mes autre aifaire
T Fon de nox cors richement vendre
> n£.de nostre marttre atendre,
«Quant Deus te nos a envoie.
T Or «limes nos dreit avoié,
n QiiaDt il pu sa boaté meismes
"îios doneço que jios quaimes.
• irCi gisent «M droites soudées, n
Etb vos les batailles fermées
Ë les coureiz des Turs venir,
E nosUe geot tozjorz tenir
Lor jambes el sabion ficheei,
1 1 ^90 Totes les lances esloignees,
Ë apresté de recevoir.
Etb vos les ha tailles, movoir
De U fause gent sarazine
0 tel fraiote e.odtel miw
11695 Que ùnostre geut se meussiBot,
Que liit irfSjR'i-i'M.'/ les eusawt.
E avoit bien, que jo n'i famé,
Mil Turs en obescone batajjla;
E quant a meismes d'els furtnt
i i5oo Et il virent qu'U ne se muEMt,
Res « res d'els en sus gueochirent;
E arbalestiers desleudinEii^,
Que li Turc n'osèrent «toadre;
Et il les faiaoieat étendre:
1 1 5oû Es cors e es ohevals feroient;
E les eeehieles reveuoîent
E oalre foii les reprOQOisat
E flatisoient e toniowit,
E plusors foii eaà le firent.
ii5io Equant li rois e sa gaatvinpt
Gels qui tant a cIk^vuI l-sIol^hI
E que autrement ne feroioit.
Les fers des glaives abfiissieii
S'i feri cbeecons esleissiec
1 1 !ii5 Eut en mi liu de la graut prane
De lamescrsanl g^'iit adver^,
E si durement asseiiiblerent
Que trestut li conroî Irsnhlfvent
Deei que a la tierce guafde.
iSao Estes vos que U rois e^ando.
Si vit cheoir illoe sor dsstre
ii&5o Quil — 1
— I i46i que li -
ttàja prêtant —
— ii%s «es b. —
'ibi tr. e a -~ 11 hbU mult manque — 11 A55 E a — 11 160 AéM e deua u
11/169 Sabl«Ble, li indnfu« — 11 163 U monjtu — 11666 Ore — mA68 CMn --^
it'i76 com — iiâSs On — tt488 dstwùr — ii&goË (otes — ixJig^CNnr
'4»S g. neBi.— 11*97 •ûo'S'»' — hSm ■iWsrtiw» — 11 5*5 lin MWfM 'rnwiiA
quft— iiftaoElh-vM
309
L^ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
SIO
N. u f.
Le preu conte de Leicestre,
Qui dei chevai ert abatuz
Es'estoit très bien combatuz,
1 1595 Quant li preuz reis Taia rescore.
La veissiez tanz Turs acorre
Droit a la baniere al lion !
Eth vos Raols de Mallion
Que li Turc en menoient pris;
1 i53o E li rois son cheval de pris
Fiert des espérons es coslez
Tant qu'il fu de lor naains ostez.
En la presse iert li rois puissanz
Contre les Turs e les Persanz;
1 1535 Onques mes om fieble ne forz
.\e fist en un jor tel efibrz :
Car es Turs s'enbatoit dedenz,
E les fendoit desi quas denz,
E tantes foiz s'i embati
tibiio E a tanz cops s'en abati
E tant de ferir se greva
Que le cuir de ses mains creva.
Eth vos un Sarazin poignant,
E des autres Turs esloignant
1 i56r> Sor un destrier corant e rade :
C'ert li preuz Saffadin d'Arcade,
Cil qui fesoit les granz proesces
E les boutez e les largesces;
Cil vint poignant, si corn jo dis,
1 1 55o 0 tôt deus chevals arabis
Qu'il tramist al rei d'Engletere;
Si lui fist proier e requerre
Por ses proesces qu'il sa voit
E por hardement qu'il avoit
1555 Que par tel covent i montast,
Si Deu d'illoques l'en jetast
E sain e sauf, qu'il le veist,
Que aucon gueredon l'en feist :
Puis en ot il riches loiers;
1 i56o E li rois les prist Tolenters,
E dist encor meint autretel
De son enemi plus mortel
En'prendroit il s'il en venoit
A tel besoing com il avoit.
1 1565 Eth vos la bataille creue :
Onques tele ne fud veae;
Tote la terre esteit coverte
Des pilez b la gent colverte,
Que il eoiliouent a braciees.
11570 La veissiez tant genz blesdees
Que li galiot s'en fuirent
Es gualees dont il eissirent :
Qui en tel point fuit mult s avile.
Eth vos le cri devers ia vile
11575 Que li Turc a plain se metoient,
Qui noi genz sozprendre voloient
E par devant e par deriere;
E li preuz rois od sa baniere
I vint sei tierz de chevaliers
ii58o
E si tost com il i entra ,
En mi une voie encontra
Treis Turs de mult riche bernois.
E il les feri come rois
11 585 E encontra si durement
Que il guaigna erâument
Deus chevals e les Turs ocist,
E les autres a force mist
Hors de la vile , e passa lor,
1 1 590 E fist estoper des qu'en l'or
La porte par ont il entroient,
E mist gardes qui la gardoient.
Eth le Tos tôt droit as galees
Ou ses genz s'en erent alees
1 1 595 Par grant peor e par destresce ;
E Richarz, le filz de proesce.
Les raloit toz encoragier.
Itintrmrmm Bi-
emrii, VI , xioi.
Victoire com-
plète de Richard.
Foi. 86 d.
11 535 orne — 11 546 carcade — 1 15^7 le — 11 555 par tel iiumçiM —
redon ne len — ii56i encore — 11 563 venoient — 11 564 auoient >
11573 mult fauile — 1 1576 Que, nos manque — 1 1586 Qui! — 11589
1 1 556 difloc ne len — 1 1558 gue-
11569 Q^ — 11570 tantes —
— 1 1593 1«8 — 1 1596 Ricbai
•0.
311
LESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
»S
E refist a terre nagier,
E les remist tôt en comune,
11600 Si qu'il ^ ne remist en chescunc
Des galees que cinc sanz plus,
E s'en revint od le surplus
A Tost, qui n'ert point reposée,
E lors fist il la pointe osée :
]i6o5 Onques mes tele ne fu faite,
Que il poinst en la gent forfaite
Tfi\nt en parfont qu il le covrirent,
Si que nul de ses genz nel virent,
Si que por poi qu'il n'i alerent,
ti6io E qu'il ne se desconreerent;
Sis eussoms trestoz perduz :
Mais li reis n iert point esperduz,
Ainz feri avant et ariere,
Qu'il fesoit ilioc tel chariere
11 61 5 D'une espee que il tenoit
Que en quel liu qu'ele venoit,
Fust en cors ou fust en cheval ,
Qu'il detrenchoit tôt contre val.
La fist il le cop, ço me semble,
ii6ao Del braz e de la teste ensemble
D'un admirad armé de fer
Qu'il envoia droit a enfer;
E par cel cop que li Turc virent
Si large place puis li firent
1 iGa5 Qu'il revint, merci Deu, sanz perte;
Mais sa persone iert si coverte.
Son cheval e ses coverlures,
Des saeies as genz oscures
Qu'il oreut trait a entençon
11680 Qu'il resembloit un heriçon.
Fol. 85 a, Ensi se vint de la bataille.
Qui dura tote jor a taille
Del matin jusqu'à l'axespree,
Si cruel e si destempree
11 63 5 Que si Deus n'eust suslenue
Nostre gent, mar i fust venue;
Voirement i fu, ço veimes.
Quant onques orne n'i perdîmes
Cel jor qu'un ou deus seulement »
ii64o E il perdirent eralment
Plus de dis e cinc cent chevals.
Qui gisoient par mons, par vais,
E plus de set cent Turs oveques»
Qui toz gisoient mort illoquee;
ii6/i5 Ne por lot cel lor grant desroi
N'en menèrent il pas le roi.
Qui par devant lor genz haies
Ot feit ses grauz chevaleries^
Si que trestuit s'en esbahirent
ii65o De ses granz proesces qu'il virent,
E de tels qui 0 lui estoient
Qui desqu'a la mort se metoieot
QuantDampnedeusparsafjnnchise
Ot espernië en itel guise
11 655 Le roi e la gent cristiene
Del pueple e de la gent paiene,
E l'ost se fu ariere traite.
Une parole fu retraite
Que li soldans Salehadins
11660 Demanda a ses Sarazins
Par rampone de lor desroi :
trOu sunt cil qui ont pris le roif
crOu est cil qui le m'en ameineîi»
Un Turs d'une terre lointaine
11665 Li dist : «Sire, jol vos dirai ,
rr Si que de rien n'en mentirai,
rrOnc mes tel om ne fu veux,
trSi preuz ne si aperceui,
trNe qui mielz seit d'armes proYes :
lim
SiO»
M 81
ii6o4 lores — 11606 Quil — 11609 Si manqve^a^i ni — 11610 ne manqué — 11619 li
— 11 61 5 quil — 11616 Quen — 11617 le iecond (usi manque — ii6a3 icel — ii63A 1$ teeondû
ii6d5 nel eusl — ii636 i manque — ]i637deimes — 11639 fors unou d. — 116A9 mont — it6èl» té
manque — 116A6 Ne m. — ij^phS grani manque — 11660 Manda — 11 663 en manqm — - tgêê^
Onques, ome — 11669 ^"i ^fM^f^q^
-•.-<-/ifjf^ï-}i
313
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
3U
<•'. VI, IIT.
MaUdic
rburd.
11670 (tA toz les besoins iert trovez;
rrE mult nus nus entremeimes
frE assez granz cops i meismes;
:rMais onques nel poeismes prendre,
trCar nus ne Tose a cop atendre,
1 1670 rrTant est hardiz e maniables. ?)
Segnor, nel tenez mie a fables
Que li Turc bien nel coneusent
E que illoc pris ne l'eussent,
Ne fust Deus e ses granz visteces,
11680 Que il fist la iantes proesces
àt E tant soiTri le jor illoques,
E li autre prodome ovecques,
Qu'il chairent en maladie
Près de la gent que Deus maudie,
ii685 Que del fes de celé besoigne.
Que des puors de la charoine
Dont la vile ert si corompue
E lor nature si rompue
Por un poi que tuit n'i munirent,
1 1690 E li rois e cil qui i furent.
Illoques ou li rois estoit
Malades, e lui mesestoit,
La li manda Salehadins
Qu'entre lui e ses Sarazins
1 1695 L'iroient la ou il ert prendre,
S'il les osoit illoc atendre;
E li rois li manda anoire.
Se ço peust savoir e croire,
Que il illoques Tatendroit,
11700 E que ilja en nul endroit,
Tant com peust sor piez ester
Ne sor ses genoilz arester,
Ne lui fuireit plein pié de terre :
E ensi ert prise la guerre,
N.85c. 11705 E Deus savoit bien Taisement
*«^. VI, UTI.
SaUdio mr-
Baee Richard d«
'«>r l« prvodre.
Dont il parloit si richement.
Lors remanda il par le conte
Henri (ce dist Testoire e conte)
A Cesairc por les Franceis,
11710 Gels qui erent venu ançois,
E por Tautre gent qu'il venissent
E que la terre sustenissent;
Si lor manda de l'afiance,
Si lor manda la mesestance;
11715 Mais onques nel voldrent secure,
Ainz le leisserent tôt encure.
Se il n'eust la triuue prise.
Mais nul ne l'en deust emprendre,
1 1790 Car li Turc le venissent prendre
E de son cors li meschaist
E Eschalone il i perdist.
Que ele fust prise a droture
E Sur e Acre en aventure.
11735 Li rois iert a Jaffe en dotance,
A mcschief e a mesestance.
Si se porpensa qu'il feroit,
E que d'il oc il s'en iroit
Por la vile qui iert enferme
11780 E qui n'estoit ne fort ne ferme.
Lors manda le conte Henri,
Qui sa seror avoit nurri,
E si manda por les Templiers,
Si manda les'Ospitaliers,
11735 E lor ramentut son meschicf
Qu'il aveit al cuer e al chief,
E lor dist que li un alassent
A Escalone e la gardassent,
E li autre illoc remansissent
117^0 A Jaffe e bien guarde en preisent,
E il a Acre s'en vendroit
lliciianl ap-
pelle à son te-
coun les Fran-
çais, qui refasent
de v#>nir h son
aide.
Iti$ur»num Ri-
emrdiy VI ,xxrii.
Richanl rsi
contraint de %i-
jfoer a ne tréte
de trois ans
( a septembre
1 1677 ^ <!"®» conoi»ent — 1 1678 illoques — 1 1679 granx manque — 1 1680 Quil — 1 1685 Qui del fel —
1 1687 ^^ fnanque — 1 1 689 un tnanque — 1 1 696 les manque — 1 1697 '^ 9«cond li manque — 1 1 698 Que se
— 1 1 699 Quil — 1 1 70a SOI ces genoilz ester — 1 1 706 bien manque — 1 1 707 il manque — 11716 lewsent —
11717 Sil — 117»! li manque — 11739 il manque — 11738 Quele — 1 1738 i\ manque — 1 1780 quil nestoit
ne forte — 11781 Lores — 11788 E manque — 11784 Si m. por les — 11787 lors — 11760 bien manque
315
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
316
E médecine illoc prendroit;
Fol. s5 ti. E dit que il ne pot el faire.
Que vos diroie d'autre affaire?
1 17/15 Fors que Ircstut s'en cscondirenl,
E tôt en travers respondirent
Que J£t chastel ne guarderoient
Sanz lui, n'en guarde ne seroient,
E s'en alei*ent sanz plus dire.
1 1750 Elit vos le roi en trop grant ire.
Quant ii rois vit que tôt li mondes,
Qui n'est guaires liaus ne mondes.
Lui fu toi en travers failliz,
Lors fu troblez e niaubailliz
11755 E durement desconseiiliez.
Seignora, ne vos esmer\'eilHez
S'il fist del mielz que il savoit
Seionc le tens que il avoil :
Car qui crient honte e siui henur
1 i7r)o Clioisist de deus mais le menor;
Si velt mielz une triuue (juere
Que leisser en péril la terre :
Car tuit li autre la leissoient,
E a lor nefs a plain aloicnt.
ii7<)5 Lors manda il a Saffadin,
Qui iert frères Salehadin,
Qui molt l'amoit por sa proesce,
Qu'il li porcliaçast sanz peresco
La meillor triuue qu'il poroil,
1 1770 E il devers lui la donroit.
E Saffadin mult se pena ,
E la parole tant menu
Que la triuue fu devisee
De Salehadin e nomee,
Par tel covent que Eschalone,
Qui mult erl contre sa corone,
Seroit abatue e charoit,
11775
E que nus ne la fermeroit
Devant treis anz, mais lor Teust
1 1780 E refeist qui plus peust;
E Jaffe seroit refermée
E de cristiens repuplee;
E trcstut l'autre plain pais,
Ou nus n'ert lores estais,
117S5 Contre le mont e la marine,
Seroit en triuue estable e fine ;
E qui la voldroit droit tenir
Que sauf aler e sauf venir
Poroit le sépulcre requere;
1 1790 E que sans treu par la terre
Iroient les marcheandises.
Ensi alerent les devises
E ensi fu la triuue escrite
E reportée al rei e dite;
1 1795 E il qui estoit sanz aie
E si près de la gent haie,
E l'ost ert al mains a deus liaues,
Prist ensi faitement les triuues;
E qui autrement en diroit
11800 L'estoire, sien menliroit.
Quant la triuue fu aportee
Al rei, e il Tôt creautee.
Quant vit que il no pot el faire,
Lors ne pot son corage taire,
ii8o5 Ainz manda a Salehadin,
Oiant maint noble Sarazin,
E lui devisa par devise
Qu'il n'a voit celé triuue prise,
Ce seustil veraiement,
11810 Tresque a treis anz seulement,
L'un por aler s'en en sa terre.
L'autre por aveir gent 0 querre.
Le tieiT! por revenir e prendre
FoL86i
ÎÙÊBP ^
pdilciM cbc«i-
lemi|Mi «■*'•
Ricbaid «( ^
ladÎB.
17Û9 meBcino — 117/13 qui! — 117Û/1 d' manque — 1175a ne liaus — ^^1^1 quil — 11758 qnil —
11759 aint honte — 1176/1 E manque — 11765 E lore§ — ^769 meiHore — ^^111 Abatue 86rait
— 11779 1' mantjne — 11780 E le r. — 1178a Do crisliens e r. — 11788 plain pas — 11784 nos —
11787 qni si la — 11789 quero — 11790 que manque^, triuue — 11793 E si f. — 1179^ reporte —
1 1796 Que si — Il 797 Que lost — 1 i8o3 quil — 1 1808 nauoit fore celé — 11811 s'en manque
317
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
318
1. 86 b.
•mrmmRi-
VI. xui.
rbard h
•s (Kp.
rm-nmRi-
^I, xn.
!«■ Freo-
a-aller à
>i«fD.
La terre s'il Fosoil atendre.
ii8]5 E H soudans lui remanda
Par cels que il i comanda
Que par là loi que il tenoit
E par le Deu quil sostenoit
Qu'il preiset tant sa grant proesce
uHïio E son grant cuer e sa vistesce,
Que se la terre esteit conquise
A son vivant eu nule guise,
Que c'ert li princes quil savoit
De toz cels qu il veu avoit
1 1825 Qu'il mielz volsist qui la preist
Sor lui a force e couqueist.
Ensi quida li rois ovrer,
E le sépulcre recovrer;
Mais ne vit pas ne nentendoit
I i83o Iço que a Toil lui pendoit.
Quant cele triuue fu jurée
De deus parz e assieuree,
E les covenances retraites,
E les charties en furent faites,
1 ]835 E H bons reis s'en fist porter
Por lui guarir e conforter
A Chayphas sor la marine,
Ou il prist illoc médecine.
E li Franceis qui sujornoient
11 8^0 D'aler en France desiroient
Que en lor pèlerinage iroient,
E la triuue avoient blasmee,
E despite c mesaamee,
1 i8/j5 e ne voldrent JafTe rescore
Al besoing ne le roi sucore;
E quant al roi fu fait savoir
Qu il voloient conduit avoir
A faire lor pèlerinage,
ii85o E li rois prisi lues son message.
Si manda a Salehadin
E a Tadmirald Saiïadin
Qu'il ne leissassent cristien
Aler, joefne ne ancien,
11 855 En Jérusalem sanz ses ietres.
S'il voleient qu'il fust ior detres
Ou sanz les le conte Henri;
E i furent si très mari
Del mandement quant il le sorent
1 1860 Que li plusor a i'ainz qu'il porent
Se chargèrent e s'atornerent
E en France se retomerent.
Quant la presse fud départie
Des Franceis, la greignor partie,
1 1865 De cels qui le roi maudisoient
E qui plus destorbé Tavoient,
Onques ne s'i pooit fier,
E lores fist li rois crier
Que ses genz al sepuiore alassent,
11870 Ë que lor offreudes portassent
A Jaffe a l'aide des murs fere.
E que vos direie altre afaire ?
Fors que par très eonestablies,
Si com els furent establies,
11875 Alerent el sépulcre ensemble.
L'un conestable, ço me semble,
Si i fu Andreus de Chavignié,
Si a peor moine a Gloîgnië;
E l'autre fu Raols- Tessons,
11880 Qui mult amoit notes e sons;
De Salesbire li evesques.
Qui depuis fu faiz arcevesqoes ,
Mena la dereraine rote;
Iço sai jo Ires bien sanz dote.
11 885 Quant cil des Chartres saisi furent,
Eth vos que li pèlerin murent ,
E errèrent serré en turbe.
Fol. 8G c.
Départ d«s
Français pour
TEurope.
/(ùierarwin K»-
curéif VI, xxu.
Premier con-
voi de pèlerins
qui vont visiter
Jënualem.
iibib quil, I manque — 11817 quil — ti8ao E ftUMque — 11895 miels manque, quil — 11899 n'
noii^ — ii83o qua — 11 836 en numquê — 11 835 bons numquê — 118/10 Dater seo en — 118/1&
metimee — ii85o lues numque — 1 1854 oAcien — ii855 ses maiifiie — 11867 ne w p. — 11870 i
porUasenl — 11876 eles — 11880 noces— 1188s puk — M88d dertine — 1188Â Go — 11887 errent
319
rESTOlRE DE LA GUERRE SAINTE.
sso
Oiez corne peschié desturbc
Maintes genz qui bien volent faire
11890 En maint iiu e par maint affaire.
Kol. Si) d. Es chemins par ou il erroieni,
Es plains de Rame ou il passoient,
Eth vos que li baron parlèrent
llloc ensemble e devisèrent
11895 Que Salehadin manderoient
En Jerusalen qu'il venoient
Veoir le sépulcre e requere,
0 les briés le roi d'Eogleterre.
Cil qui portèrent le message
] 1900 Erent mult prodome e mult sage,
Mais lor pechié ou lor peresce
Lor dut empeirer lor proesce.
Li uns fu de Roches Guillames,
En qui chief seoit bien li hiaumes;
11905 L'autre iert Girard de Fornival,
£ Pieres de Preals. A val
Les plains de Rames chevalcherent;
Tant errèrent e esploiterent
Quai Thoron as Chevalers vindrent;
11910 La s'areslurent e se tindrent
For Saffadin que il queroient,
E son conduit aveir voleienl;
Sifu verte qu'il se dormirent,
E si lonc demorer i firent
11915 Que après relevée a bassee.
Si com la rote errout seree ,
E avoicnt passé la plaigne,
E erent près de la montaigne,
Ensi com il se regardèrent,
11920 Mis sire Andreus c cil qu'i erent,
Si virent cels qui lors venoient,
Qui message fere dévoient.
Quant il les virent e conurent,
11891 par manque — 11892 mies — 11897 ® que»*e — 11899 qui manque — 11900 prodom, k
mult manque — 11901 le tecond lor manque — 1 1 90A li manque — 11 905 Laulres — 1 1 909 al cheuder — •
11910 se manque — 11911 quil — 11918 vérité — 11916 E manque — 11916 corne, ert — 11917 pi*»*
— 11930 Missires — 11922 Qui lor m. — 11936 venu manque — 11927 aprodioient — 11998 àvnkù/t
— 1 1933 qui ne8t — 11967 tant manque — 11968 et si — 11966 icele ;
Trestut esbai s'aresturent;
1 1925 Si oissiez dire as hauz homes :
rrHa ! sire Deus, mar venu sûmes,
rr Si Sarazin nos aperceivent I
(rVeez la cels venir qui nos deivent Fd,%T.
tr Avant porter nostre message I
11930 frNos n'erroms mie corne sage;
trCar il apresme la vespree,
rr E celé gent desatempree
trDe Tost n'est mie départie.
trSi nos aloms celé partie,
11935 (tE nos n*i envoioms avant,
(tU nos vendront ja al devant,
(rSi avroms les testes perdues;
ctE nos genz qui sunt esmeues
ft E nos sûmes tôt desarmé, v
11960 Li messagier furent blasmé,
E neporquant tant les proierenf
Qu'el message les renvoierent,
E durement les hasta Tem.
Cil vindrent vers Jérusalem,
11965 E troverent dehors la vile
Des Turs logiez plus de deus mile.
L'amirail Saffadin tant quistrent
Qu'il le troverent, si lui distrent
Que nostre geot illoc venoient
11960 E que conduit lui requeroient,
E portoient chartres del roi,-
E qu'il en preist bpn conroi.
Mais Saffadin mult les reprist,
E dist que grant folie emprist
11955 E que fol conseil lor dona
Qui celé gent issi mena,
E que ior vies poi amûient.
Que sanz conduit issi erroieni;
E parlèrent illoques tant
:j:
321
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S22
1 r
rnon/b-
! . xtlii.
rovro-
960 Que il aloit ja anuitant.
Eth vos la rote illoc venue,
De bon conseil e d*armes nue;
E quant li Sarazin les virent,
Tel chiere e tel semblant lor firent
87 h, 1 1965 Que por veritë le vos di
Qu en la rote n'ot si hardi
Qu'il ne volsist od bêle chiere
Eslre a Sur ou a Acre ariere.
Dejosle un mur cele nuit jurent,
1 1970 Si sachiez que a grant dote furent;
E Tendemain li Sarazin
Vindrent devant Saiehadin
E a ses piez s'agenoillerent.
Si lui requistrent e-proierent,
1975 Si lui distrent : (T Ha I droit soudans,
fr Ore seroit bien droit e tens
(rDe vengier nos de la niaçacre
rrQue cist nos firent devant Acre.
trSire, lais nos vengier noz pères,
980 frNoz parenz, noz filz e noz frères,
fr Que cist ont mort e detrenchiez ;
ff Or puet chescons estre vengiez, n
Il respondi, si en ot droit,
Que a ses amis en parleroit.
1980 Devant le Soudan s'asemblerent,
E estroitement en parlèrent.
La furent li haut Sarazin
E li Mestoms a Saffadin;
Si i fu Bedredin Dorderons,
1990 Si distrent : trSire, nos dirons
(rÇo qu'afiert a vostre hautesce.
ffTrop par sereit ço grant iaidesce
(tE grant blasme a la loi paiene,
<rSe iceste gent cristiene
1990 trQui ci est soz nostre poisance
trE qui croit en bone créance
1 1
rrEstoit si faitement ocise
(rDedenz ço que la triaue est prise
(rDe nos e del roi d'Engletere.
laooo (T Cornent tendriez vos mes terre
(rSi vos faisiez tele fraiture
(rEn nul sens por nule aventure? Fol. 87 e.
(tE qui nos poroit ja meis croire ?«
E Salehadins totanoire
i3oo5 Prist ses serjanz e si manda
Por Saffadin, cui comanda
Que li cristien guardë fussent
E que son sauf conduit eussent
E al sépulcre e as veages
13010 A faire lor pèlerinages;
E assez plus les henorerent,
Tant que a Acre s'en tomerent.
Ensi corn il s'en retornerent,
E cil de nostre route errèrent.
1301 5 Tôt droit el point de Tenjorner,
Li soudans ot fait atomer
Sesgenz, qui les chemins guardoient
Quant li pèlerin trespassoient.
Si que aseur i trespassames
19030 E les montainessormontames,
E venimes a la monjoie.
Lors eûmes as cuers grant joie
De Jérusalem que veismes;
A terre a genouz nos meimes,
13035 Si come tuit le font par dete;
Si veimes mont d'Olivete,
La dont mut la procession
Quant Deus vint a sa passion.-
Puis venimes vers la cite
i3o3o Ou Deus conquist son heritë.
Cil qui avant chevalchë eurent
Le sépulcre seint baissier porent;
Si nos dist la chevalerie
hmtnarmm Bi»
eardi, VI, xzun.
Second cooToi
de pèleriot, dont
Ambrmte bit
pirtie.
11960 Qui! — 1 1963 emanqw — 11 966 lormimçttf — 11980 e manqtie — 1198$ Eilr. — 4 1-985 saflem-
Meroil — 1 1986 parieroit — 11990 Sili — 11999 çomoitçiM — ii99dlam<ni^ — 1199& Siceste — 11996
er. tueone cr. — i90o6qu*il — 13008 Emanée — 19013 aNumçitf, reioroerent — i90i3Sicoiii — 1909A
genoilions — i3095 com — 19036 le mont — 19098 Que — i9o3i avant maiifiM — 13089 Lef. aina
9f
»»M«BUt ■ATIOSAU.
323
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
33à
Qui fu eu uostre corapaignie
i2o35 Que celé sainte croiz sanz faille
Qui fu perdue en la bataille
Lor fist Salehadins mostrer
E baissier la e aorer;
E nos autres qui a pië fumes
Fol. 87 fi. 130^0 Veimes ço que nos peumes :
Nos veismes le monument
Ou le cors Deu nomeement
Fu mis quant la mort ot soffertc.
La ot aucune oiTrendc offerte;
laohb Mais H saraizin les pernoient
Quant nostre geuz les i uietoienL
E por ço petit i offrîmes;
Car as cheitifs le départîmes
Que illoc estient en liens,
iao5o E de Frans c de Suliens :
A cels portâmes nostre oiGrende,
Qui disoient : «rDeu le lor rende !>)
Illoc esteoient en servage.
Puis feimes autre veage
iâo55 Droit sur le mont Calvarie a destre,
Ou cil murut qui deigna nestrc,
lUoc ou la croii fti fichée
E la seinte char clofichee,
Car la roche se depesça
1J060 E fendi desqu en Golgatha.
Gel leu veimes e i)aisames;
E d'iloc si nos en aiames
En Monte Sion en Teglise,
Que iole guaste estoit remise.
iâo65 Un liu veimes sor senestra
La ou la mère al roi celeslre
Transi el ciel a Deu son père,
Qui de lui fist sa dolce mère;
Gel liu baisâmes en plorant,
13070 Puis nos en aiames oorant
A la seinte table venir
Ou Deus velt mangier e seoir.
Gelé baisâmes eralmenl;
Si n*i demorames granment,
1 9075 Gar li Saraizin nos embioient
Noz pèlerins e sis muçoient.
Ça trois, ça quatre, par les crotes;
G'erent noz peors e nos dotes.
Puis en aiames contre val,
lâoSo Gent a pië e gent a cheval,
En Josaphas sor Siloë :
Ensi nos fu dit e loë.
La veismes la sépulture
Del cors ou Deus prist nureture :
iao85 Gelé baisâmes volenters
Od piteos cuers e entiers.
Puis aiames 0 mult grant dote
En icelo meimes crote
Ou Deus estoit quant cil le pristrent
taogo Qui son precios cors ocistrent :
Gel liu baisâmes sani leissiers
Od pitë e od desiriers,
E plorames o chaudes lermes;
E bien en iert e liu e termes,
i!)09r) Car illoques ot les estables
As chevals as genz des diables
Qui les sainz lins Deu ordeoient;
E noz pèlerins nos hastoient :
De Jérusalem nos parlimes
19100 E a Acre nos en venimes.
La tierce rôle, li evesques.
Cil qui depuis fu arcevesques
De Ganterbirc la cite.
Cil ramena porvcritë;
i9io5 Si fu veirs que par sa proesce.
Par son les e par sa bauteaoe,
Li fist tant Salehadins faire
Fol. 88 <
,W,î
ii«atri
Imq.
laoAd la wumqtte — 19068 pariimos — ttoSa le manque — i9o55 sur le moii^ — iao66 mwa le roi
— 190180 h memii gent tnanquê — iao86 Des — 19089 quant il le — 19090 Que — 19091 Od pîtsis
cuers e — 1 909& h premier e mmtqm — 1 9097 lui , ordoient — 1 9099 nos enpartimes — 1 a 1 00 reoeaifliei —
1 9 1 09 qiii puis — 1 9 1 o5 sa mmtiqm
3S5
CESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
326
Denor com jo vos puis retraire;
Car enconlre lui envoia
19110 Ses genz, par qui il Ten proia
Qu il fust 0 lui a sa despense;
Mais li vesques ot tel défense
Qu'il respondi as Sarazins,
Por ço qu'il estoit pèlerins,
isii5 Que son cust nient n'en prendroii
»l. 88 //. En nuie fin n'en nul endroit;
E quant il son cust n'en vell prendre,
Si fist mult sa maisnee entendre
A honorer lui e sa gent,
13190 E lor firent maint biau présent;
E le fist mener par les lius
Ou hanta nostre sire Deus,
Puis le manda a parlement
Por yeoir son contenement;
19195 La seinte croiz lui fisiteoir.
Puis le fist devant li seoir,
E furent ensemble e parlèrent
Longuement e si demorerent;
E il comença a enquere
i9i3o Des tesches le roi d'Engletere,
E que noz cristiens disoient
Des sues que o lui estoient;
E li Tesques respondi : «Sire,
«De mon seignor bien vos puis dire
19135 «Que c'est li mieldres chevalers
irDel monde e li mieldre guerriers,
tr E larges e bien enteschiez.
rrGe n'acunt mie nos péchiez;
rr Mais qui avroit voz teches mises
191&0 (rOvec les sues e assises,
ftNos disons bien qu'en tôt le monde ,
(rTant comm il clôt a la reonde,
«rN'avroit tels deus princes trovez,
ftSi vaillanz ne si esprovez.D
l'àihb Li soudans l'evesqueescouta.
Si li dist : «r Bien sai que molt a
(T El rei proesce e hardement;
(rMais il s'embat si fol^nentl
trQuel haut prince que jo ja fusse,
1 3 1 5o ft Je voldroie mielz que jo eusse
^Largesce e sens o lot mesure
tr Que hardement o desmesure, ri
Quant Salehadins longement
Ot parle ensi faitement Fol. 88 c
iai55 A levesque par latimiers,
£ l'ot escotë volentiers,
Lors dist c'un don li demandast,
Quel qu'il volsist e comandast,
Tel con^ il douer li devroit,
laiGo E ço seust que il Tavroit;
E l'evesque l'en mercia ,
E dist : ((Par ma foi, ici a
rrGrant chose, qui le set entendre;
(rMais, s'il vos plest, jo voil atendre,
i9i65 «rE a Deu conseil. en prendrai
rr Anuit, e demain revendrai. t)
E li soudans lui otreia.
E cil el demain li preia,
Si fu grant chose qu'il conquisl :
13170 Que al sépulcre, qu'il requist.
Ou n'avoit point de Deu servise
Fors de Suliens a lor guise.
Que deus de noz prestres latins ,
Chescon jor, e seirs e matins,
12175 E deus diacres ensement
A estre lor soetenement,
Ovec les Suliens servisent
E des offrendes i vesquisseot;
E autresi en Belleem
19108 corne — 19110 par quil — 19119 li euetque — i9ii3alii. — i9ii5c nen nan pr. — 11196
linunqv» — i9i33 euesques — i9i3à hieamamqiu — iai36 le mieldre gneroierf — 191Â1 que trestos li —
1916& esparaei — 191Â9 jafmMfiM-*— i9i56E (ot e. — 19167 li manqw — 1 91 58 Que qpA — 19160 qui!
— 19169 manum^iM — 19168 E numtfU9 — 19170 Quai — 19171 Deumampiê — 1917^ jor aeir e matin —
19176 lOBiement — 19178 i manque
91.
336 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
amour; il fut le premier de tous les hauts hommes des terres de deçà la mer, dont
nous sommes. Puis le roi d'Angleterre lui-même s'ébranla pour le service de Dieu;
il y mit grande peine et grande dépense. Nul ne regardait^ pour prendre la croix, A
vendre son patrimoine. Ni les vieux ni les jeunes ne voulaient celer leur cœur et re-
noncer à montrer leur courroux , et à prendre vengeance de la honte qui était faite
à Dieu sans qu'il l'eût méritée : sa terre avait été ravagée, ses gens avaient été pris
de si court qu'ils n'avaient pas su aviser. Il ne faut pas s'émerveiller de la dé-
faite qu'ils subirent alors : c'étaient des preux entre tous ; mais Dieu voulait qu'ils
mourussent et que d'autres le secourussent. Ils moururent corporellement, mais ils
vivent au ciel, et autant en font ceux qui meurent là-bas et qui restent au service
de Dieu.
V. 87. Il y avait depuis longtemps entre la France et la Normandie une guerre forte et
//.»./?•>., II. III. cruelle et orgueilleuse et acharnée et périlleuse. La guerre était entre le roi Philippe
et le roi Henri d'Angleterre, celui qui avait la belle famille, la vaillante, la sage,
l'avisée, le bon père du jeune roi qui joutait avec tant d'ardeur, le père de Richard
l'avisé, qui était si sage et si subtil, le père de Joifroi de Bretagne, qui était aossi
d'un si grand mérite, et le père de Jean sans terre, qui lui causa tant de guerres et de
troubles. Un roi qui avait une telle famille, et qui se savait si puissant, pouvait bien
mener la guerre si on voulait la lui faire; et s'il avait fait ce qu'ils voulaient, tels qu'ils
étaient ^^K Ijes deux rois étaient en discorde, et nul n'avait pu les accorder jusqu'au
jour où Dieu les rapprocha dans l'entrevue qui fut si heureuse. Ce fut entre Gisors et
Trie, dans une prairie grande et belle. On dit là maintes paroles, tant de folles que
de sages; l'un n'avait souci que de la paix, et l'autre n'en avait cure; il y avait des
gens de toute sorte, et on ne savait comment la paix pourrait se faire; mais Dieu voulait,
je le pense, qu'ils se croisassent tous ensemble. On toucha, dans cette entrevue, k bien
des querelles, vieilles et nouvelles; il y en avait beaucoup de fort embarrassées, qui
excitaient la fierté et l'orgueil , et on les repassait longuement. C'était un jour oh le
temps était fort beau. Là vint de Sur un archevêque, sage et prudhomme, envoyé an
message par les Syriens qui connaissaient son grand sens; nous le vîmes se donner
beaucoup de peine pour mettre les rois dans la bonne voie. Dieu s'en peina tant, et
avec lui les prudhommes et les sages, que les rois se croisèrent tous deux, et que li
ils s'cntre-baisèrent. Us se baisèrent en pleurant, et ils adorèrent Dieu pour la grande
joie qu'ils avaient et pour le besoin qu'ils savaient que Dieu avait d*élre secouru. Vous
auriez vu là les chevaliers courir à l'envi pour prendre la croix, et vous n'anrîei pas
jugé que c'étaient des gens au courage défaillant; si bien qu'autour des arehevéqBesv-
des évéques et des abbés (ainsi Dieu puisse-t-il m'aider et me protéger!) je via là une
''^ Lacune de deui vers au moins.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 337
presse si grande et tant de gens accourir que peu s'en fallait, avec la chaleur qui était
là aussi grande qu'on la pourrait demander, qu'ils ne s'étouffassent.
Sous l'empire de la joie que causaient cette entrevue et la paix et la croisade, tous V. i55.
allaient prendre la croix, car nul ne pouvait se défendre et refuser le grand pardon
qu'on offrait. Mais le retard apporté au départ fut bien bl&mable, car le diable (it si
bien qu'il remit entre les deux rois la discorde, qui ne put être apaisée jusqu'au jour
où l'un d'eux mourut. Ce fut le vieux roi d'Angleterre, Henri, qui avait cru visiter ii,it.v.
le saint Sépulcre et répondre à l'appel de Dieu; mais la mort sut bien le prévenir.
Ambboise, qui fit ce livre, dit que celui-là est sage qui accomplit son vœu envers Dieu
son seigneur dès qu'il l'a voué. Après la mort du roi leur père , il ne restait plus que
deux frères : l'aîné s'appelait Richard, très renommé comte de Poitiers; le cadet avait
nom Jean sans terre, il était encore tout jeune. Richard, l'ainé, comme le veut la
raison, eut la couronne et les trésors et les richesses et les terres et les hommages.
Puisqu'il s'était croisé le premier, comme nous vous l'avons dit, il voulait se donner
du mal pour Dieu. Il fit donc préparer son voyage. Il passa en Angleterre, et, très peu
de temps après, il se fit couronner à Londres. Je vis là distribuer de grands dons, et
je vis servir tant de mets que nul n'en put savoir le compte; jamais en ma vie je ne
vis une cour tenue plus courtoisement. Je vis de la riche vaisselle dans la salle magni-
fique ; j'y vis des tables si pressées qu'on ne pouvait les nombrcr. A quoi bon vous en
faire un long récit? Chacun de vous sait bien ce qu'il en est, et quelle grande cour
peut tenir celui qui est maître de l'Angleterre.
La fête fut grande, riche et magnifique ; elle dura pendant trois jours sans diminuer, v. ao5.
Le roi fit là de grands dons et rendit à ses barons leurs fiefs et leurs héritages ^'^ et
accrut leurs domaines. Et quand la cour se sépara, chacun retourna dans son pays,
chacun partit pour sa maison; mais cela ne put durer longtemps, car le roi leur avait
envoyé à tous^ un mandement nominatif et leur avait ordonné de préparer par des em-
prunts, tels qu'ils voudraient les faire, leur voyage, parce qu'il était décidé à mettre
en mouvement sa flotte et ses équipages pour être à temps au passage et faire son
pèlerinage. Nuit et jour son cœur était tourné vers ses preux cpii l'attendaient, de Nor-
mandie et d'Anjou, de Gascogne, de Poitou, de Berri et de Bourgogne, dont beau-
coup prenaient part à l'expédition. Lors de son départ, il mit des archevêques et des
ëvéques dans ses églises d'Angleterre et de ses autres pays où il n'y en avait pas. Gela
fait, il ne voulut pas attendre l'hiver; il fit faire ses préparatifs de voyage et charger
ses riches trésors, qu'il savait si bien employer. 11 n'avait guère attendu sur le rivage
cpxand Dieu* lui prépara le temps dont il avait besoin : un beau vent le reporta droit
''^ Dans la théorie féodale, à la mort du suzerain tous les contrats de fie& sont dissous. Le successeur du
su'^'^în rentre en pleine possession de tous les fieis,et il les rend ensuite, par une nouvelle investiture, à ceux
qui les possédaient.
92 .
327
L'ESTOIKE DE LA GUERRE SAINTE.
328
I !!! 80 Fust fait coinin en Jérusalem,
E autres! eu Nazareht.
Li soldans volt que il fust fel
Tantcome meintendroil la Icre;
Ë ii bous vesques (ist enquere
i:!i>ir> Les provoires e fist chanter;
Si se pot Tevesques vanter
Que il rendi la chanterie
A Deu qui lors ne Tavoit mie.
13190
Fol. 88 (L I'^ fait orent ço qu'il quislrent,
A Salehadin congié pristreut;
De Jérusalem se tornerent
E a Acre s'en rclornerenL
itinerarium iii- 1 j 1 ().*> Quaut les gcnz fureut revcuues ,
^., ' ' ""' Totcs les ffrans e les inenues,
Malbenn qui ^ "
miitent les Del saiut sepulcre e repcirees,
Croiséfl pendant ^ r . «n
leur Toyogft de Lcs nes lurcut apanllces ,
'''*®"''' Li pèlerin dedenz enti'erent
i:v).oo E quaut vent orent si siglereuL
Les nés furent tôt départies
Ë dcpeciees par parties :
Li un vindrenl a salveté
Al port ou il furent jetë,
fisof) Li autre furent perillë,
Ë en plusors lius eissillié;
Si en mururent autre sor mer,
Si orent covertor amer :
Amer? mes dolz, que la dolçor
l'Aûio En sentirent al règne alçor;
E li auquant s'i engrolerent,
Si que onques nen respasserenl;
Li autre orent leissié lor pères,
Lor cosins germains e lor frères
1331 5 Morz ou d'armes ou d'enferté.
Dont il erent en grant nertë :
Tôt autresi corn li martir
G'on vit de cest siècle partir
Por Deu pristrent divers martire,
13330 Tôt autresi, os jo bien dire,
Orent cil diverses enjures
E mult diverses aventures
Qui cest pèlerinage enpristrent.
Mais meintes genz non sachanz
[distrent
13330 Puis plusors feiz par lor folie
Qu'il n'orent rien fait en Sulie,
Quant Jérusalem n'ert conquise ; Fd. 89 «.
Mais n'orent pas bien l'ovre enquise,
Ainz blâmèrent ço qu'il ne sorent
i333o E ço ou onques lor piez n'orent.
Mais nos meimes qui i fuimes.
Qui ce veimes e soumes
E qui covint les mais sentir.
Nus n'en devom mie mentir
13335 De ço que li autre soilrireut
Por amor Deu, quenoz eilz virent;
Si ûs dire, oiant cels qu'i furent «
Que tels cent mile home i mururent
Por ce qu'a femme ne gisoient,
133^10 Qui a l'amor Deu se tenoient,
Qui en cel point pas ne moreussent
Si lor abstinences ne fussent;
E si 03 bien dire en plevine.
Que d'emferld que de famine
i33/i3 En ot bien mort plus de trois mile,
Qu'ai siège d'Acre qu'en la vile;
E li prodome qui avoient
Ijor chapeleius e qui ooient
Lor servise, com un cvesques
13183 quil — iîii83 comin — 1218/i cuesqucs — 13190 // doit manquer deux ven — 1319G Toi —
13197 e manque, reperirces — 13301 loles — lasoC E manque — 13307 "'• lautro — lasog dolcor qua
— 1 a a 1 1 scngrocorent — 1 a a i s conques nen ircspassorcnt — 1 a 2 1 5 le pitmier ou magique — 1 a a 1 6 verte —
iaai8 Couiulde — laaig pernoicnt — laaai diuers — la^aa mn\l manque — iaaa3 Que cest — laïaSfeii
manque — laa^i n. ueimos — iaa3a Qui ice, sûmes -*- iaa3^ Nus manque, mie de co — laaSS De ço
manque — 13336 qui — i a a38 home man^utf — i a 3^ a abstinence — laa/j/idemfermetc — iss^obienimuifiie
329
L'ESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
330
ia*joo
khard ra-
GniHaam^
'ol. 89 6.
truimm Ri'
, TI , xixf II
rnicr.
ptrl de Ri-
I poor rOc-
l (9 octobre
laïioo
U com uns très sainz arcevesques,
E qui en tel vie moroient,
Issi corne li mal corroient,
Ci! seront 0 Deu a sa désire
El haut Jérusalem celestre;
E tels genz o le bien qu'i pristrent
L'autre Jérusalem conquistrent.
Quant Richarz li rois d'Engletero
Ot esté en la sein le terre
Tant que tens fu del retomer,
199 Go Lors fist son passage atorner,
E li fu sa nef atornee
Si que il n'i faillot rien née,
Gent ne armes ne guarnesture.
Lores fisl proesce e nature
19965 E que prosdom e que leaus;
Car por Guillame de Preals,
Qui por lui avoit este pris,
Leissa dis Sarazins de pris,
Qui mult rendissent grant avoir,
19970 Por le cors Guillame ravoir;
E par tôt (ist crier sa solte.
Qu'il ni eust plainte ne tolte,
E fisl tôt aquiter e rendre :
Qui lors veist al congé prendre
19970 Los genz qui après lui ploroienl
Tendrement e por lui preoient,
E regretoient ses proesces
E ses valorse ses iargesces,
E disoient : trHail Sulie,
19980 (tCom hui remanezsanz aie!
rDeusI se ore en fust la triuue cn-
[fraile,
rrSi come ele est mainte foiz faite,
(T Qui est qui nos garantiroit,
ffPuis que li rois s'en partiroil?'»
19985 Lors veissiez mult gent plorer.
E li rois sanz plus demorer.
Ses adieax h
lâ Syrie.
Qui encore ert mult desheitiez,
Entra en mer a lor congiez,
E fist al vent lever les veilles,
19390 E curut la nuit as esteilles.
Al matin a l'aube esclarcie,
Torna son vis devers Sulie
E dist, si que ses genz l'oirent
E que li autre l'entendirent :
13395 f(HeI Sulie, a Deu te cornant!
(T E Dampnedeus par son comant
rtMe doinst encore tant d'espace,
trSe lui plest, que secors le face !
cr Car encore te cuit secore. y>
i33oo Lorscomença sa nef a corre.
Mais ne savoitpas les nuisances, Maiiieurt qui
Y r * r I rallendent en
Les granz meschiefs ne les pesances Europe.
Qui devant les oilz li pendoient,
E les tormenz qui Tatendoient
i33o5 Par la traison porpensee.
Que de Sulie fud mandée
En France al roi des Hausasis, Foi. 89 c
Por quoi il fud jeié et pris
El conduit Deu et el veage,
133 10 Par quoi Ten prist son héritage
E ses chastels de Normendie
Par coveilise e par envie;
Puis fu rainza fin argent,
Dont il tailla tote sa gent
i33i5 E prist e croiz e filatires,
Calices, veisseis e matires
D'or e d'argent par les mostiers;
E il en iert si grant mestiers
Qu'onques n'ot Deu ne saint ne sainte,
13390 Dont il i a ja maint e mainte,
Qui sanz morir onques soifrist
Plus mal por lui que li rois fist
Dedenz la prison en Ostrichc
E en Alemaine la riche.
i935o très manque — 13353 com — iiaôs quil — I9i6h Lors — 13970 auoir — 13373 lant — 19378
E les — i93i5 h premier e manque — 133 16 C. e veisseis de matire — ia3i9 Quonques o deu s. —
18333 lui manque
331
CESTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
33S
i33s5 De iolice mot ne savoit;
Mais Deus qui servi ii a voit,
E son sen e sa grant largesce,
Sa porveance, sa proesce,
ia33o
E 11 baron qui Tostagierent,
Qui lor enfanz i envoierent,
Tant qu'il chaknja puis sa terre
Al rei de France e li mut guère;
13335 E tant fist puis e tant ovra
Que tant ou plus en recovra
Que Tom li en avoit toloite.
Ensi fait Deus si s ovre a droite,
Qui que travailt en son servise,
133/io Que il li rent a sa devise.
Si sachent tuil cil qui sunt ore
E tuit cil qui seront encore
Que Testoire en icel point fine,
Qui afiche por verte fine
13345 Que Tan que la croiz fu conquise
Ot mil anz e cent e uitante
E uit, e Tescrit le créante,
Desei qu'en Tencamacion,
335o Que le filz Deu prist nacion,
Qui od son père vit e règne,
Et qui nos toz mete en son règne.
Atntn,
ExpliciU
ifOofiÊt.
Fol. 89 1
i9339-3o II doit manquer deux vers — 19337 en manque — 19338 ri manque — i93Ao Qoil — 1934 loi
manque — 193&9 t qui en s — i93Â3 en tel — 19369 la camacion
TRADUCTION.
L'HISTOIRE
DE LA GUERRE SAINTE.
Celui qui veut traiter une longue histoire, il faut qu'il se donne bien garde de ne V. i.
pas commencer de façon à se surcharger une œuvre qu'il ne puisse achever; il faut
qu'il l'entreprenne et qu'il la fasse de manière à mener à bonne fin ce qu'il met en
train. Et, à cause de cela , j'ai commencé brièvement, pour que la matière ne soit pas trop
lourde. Je veux aller droit vers mon sujet, vers une histoire bonne à raconter, qui ra-
conte le malheur qui nous advint, et à bon droit, l'autre année, en la terre de Syrie,
par notre folie excessive , que Dieu ne voulut plus supporter sans noy s en faire sentir
les conséquences. Il nous les fit sentir assurément, en Normandie et en France, et dans
toute la chrétienté; qu'il y eût eu peu ou beaucoup de cette folie, il la fit sentir promp-
tement par la croix que l'univers adore, qui, à cette époque, fut enlevée par les païens
et portée loin du pays oii elle était et où Dieu daigna nattre et mourir ^^^ de l'Hô-
pital et du saint Temple, à cause de quoi plusieurs se lamentèrent, du sépulcre où
Dieu avait été mis, et dont le péché nous avait privés; non, ce n'est pas ainsi qu'il
faut dire : ce fut par Dieu, qui voulut ramener à lui son peuple, qu'il avait racheté,
et qui, alors, négh'geait son service.*
A la suite d'un si grand malheur, grands et petits par tout le monde furent affligés V. 35.
et eurent peine à reprendre courage. Tout le peuple chrétien en abandonna les danses,
les chansons, la musique et les paroles et toute joie mondaine, tant que le pape de
Rome, par qui Dieu a mené maint homme au salut (ce fut le huitième Grégoire, comme
on le trouve dans les livres), proclama, pour l'honneur de Dieu et la confusion du
diable, un pardon de grand profit : ceux qui iraient combattre les infidèles qui avaient
déshérité le Roi de vérité devaient être quittes de tout péché. C'est pour cela que tant
de rois et tant de comtes, et tant d'autres gens qu'on n'en sait pas le nombre, se
croisèrent pour aller chercher Dieu en Syrie, dans la terre lointaine. Tous les gens les
plus renommés du monde se croisèrent en masse. Richard, le vaillant comte de Poi-
tiers, ne voulut pas faillir au besoin de Dieu et à son appel, et se croisa pour son
'*) Il manque ici on morceau dont on ne peut apprécier Tétendue.
336 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
amour ; il fut ie premier de tous les hauts hommes des terres de deçà la mer, dont
nous sommes. Puis le roi d'Angleterre lui-même s'ëbranla pour le service de Dieu;
il y mit grande peine et grande dépense. Nul ne regardait^ pour prendre la croix,!
vendre son patrimoine. Ni les vieux ni les jeunes ne voulaient celer leur cœur et re-
noncer à montrer leur courroux, et à prendre vengeance de la honte qui était faite
à Dieu sans qu'il l'eût méritée : sa terre avait été ravagée, ses gens avaient été pris
de si court qu'ils n'avaient pas su aviser. Il ne faut pas s'émerveiller de la dé-
faite qu'ils subirent alors : c'étaient des preux entre tous ; mais Dieu voulait qu'ils
mourussent et que d'autres le secourussent. Ils moururent corporellement, mais ils
vivent au ciel, et autant en font ceux qui meurent là-bas et qui restent au service
de Dieu.
V. 87. Il y avait depuis longtemps entre la France et la Normandie one guerre forte et
//•n.f?i>.,]i,iir. cruelle et orgueilleuse et acharnée et périlleuse. La guerre était entre le roi Philip|pe
etie roi Henri d'Angleterre, celui qui avait la belle famille, la vaillante, la sa^,
l'avisée, le bon père du jeune roi qui joutait avec tant d'ardeur, le père de Ridiflid
l'avisé, qui était si sage et si subtil, le père de Joffroi de Bretagne, qui était ami
d'un si grand mérite, et le père de Jean sans terre, qui lui causa tant de guerres et <fe
troubles. Un roi qui avait une telle famille, et qui se savait si puissant, paatait him
mener la guerre si on voulait la lui faire; et s'il avait fait ce qu'ils voulaientt tek qaHii
étaient ^^K Les deux rois étaient en discorde , et nul n'avait pu les accorder josqufatt
jour où Dieu les rapprocha dans l'entrevue qui fut si heureuse. Ce fut entre Gkmê et
Trie, dans une prairie grande et belle. On dit là maintes paroles, tant de folles que
de sages; l'un n'avait souci que de la paix, et l'autre n'en avait cure; il y avait des
gens de toute sotte, et on ne savait comment la paix pourrait se faire; mais Dieu voulait,
je le pense, qu'ils se croisassent tous ensemble. Oh toucha, dans cette entrevue, à'Men
des querelles, vieilles et nouvelles; il y en avait beaucoup de fort embarrassées, <{QÎ
excitaient la fierté et l'orgueil, et on les repassait icMiguement. C'était un joor oë ie
temps était fort beau. Là vint de Sur un archevêque, sage et prudhomme, ewojré an
message par les Syriens qui connaissaient son grand sens ; nous le vfanes sa demiBt
beaucoup de peine pour mettre les rois dans la bonne voie. Dieu s'en peiaa tant, al
avec lui les prudhommes et les sages, que les rois se croisèrent tour denc, el que Jà
ils s'cntre-baisèrent. Ils se baisèrent en pleurant, ^ ils adorèrent Dieu pour la gravit
joie qu'ils avaient et pour le besoin qu'ils savaient que Dieu avait d'élre secouru;. Vow
auriez vu là les ckevadi^s courir à l'envi pour prendre la croix, et vous n'aurîas -paa
jugé que c'étaient des gens au courage défaillant; si bien qu'autear des amli8V^airi|<r
des évéques et des abbés (ainsi Dieu puisse-t-il ra'atder et me prot^er!) je vis là
(') Lacune de deux vers au moins.
m^
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 337
presse si grande et tant de gens accourir que peu s'en fallait, avec la chaleur qui était
là aussi grande qu'on la pourrait demander, qu'ils ne s'étouffassent.
Sous l'empire de la joie que causaient cette entrevue et la paix et la croisade, tous V. i55.
allaient prendre la croix, car nul ne pouvait se défendre et refuser le g^and pardon
qu'on offrait. Mais le retard apporté au départ fut bien blâmable, car le diable fit si
bien qu'il remit entre les deux rois la discorde, qui ne put être apaisée jusqu'au jour
où l'un d'eux mourut. Ce fut le vieux roi d'Angleterre, Henri, qui avait cru visiter ii,it-t.
le saint Sépulcre et répondre à l'appel de Dieu ; mais la mort sut bien le prévenir.
Ambroise, qui fit ce livre, dit que celui-là est sage qui accomplit son vœu envers Dieu
son seigneur dès qu'il l'a voué. Après la mort du roi leur père, il ne restait plus que
deux frères : l'atné s'appelait Richard, très renommé comte de Poitiers; le cadet avait
nom Jean sans terre, il était encore tout jeune. Richard, l'atné, comme le veut la
raison , eut la couronne et les trésors et les richesses et les terres et les hommages.
Puisqu'il s'était croisé le premier, comme nous vous l'avons dit, il voulait se donner
du mal pour Dieu. Il fit donc préparer son voyage. Il passa en Angleterre, et, très peu
de temps après, il se fit couronner à Londres. Je vis là distribuer de grands dons, et
je vis servir tant de mets que nul n'en put savoir le compte; jamais en ma vie je ne
vis une cour tenue plus courtoisement. Je vis de la riche vaisselle dans la salle magni-
fique ; j'y vis des tables si pressées qu'on ne pouvait les nombrer. A quoi bon vous en
faire un long récit? Chacun de vous sait bien ce qu'il en est, et quelle grande cour
peut tenir celui qui est raatire de l'Angleterre.
La fête fut grande, riche et magnifique ; elle dura pendant trois jours sans diminuer. V. aoS.
Le roi fit là de grands dons et rendit à ses barons leurs fiefs et leurs héritages ^^^ et
accrut leurs domaines. Et quand la cour se sépara, -chacun retourna dans son pays,
chacun partit pour sa maison; mais cela ne put durer longtemps, car le roi leur avait
envoyé à tous un mandement nominatif et leur avait ordonné de préparer par des em-
prunts, tels qu'ils voudraient les faire, leur voyage, parce qu'il était décidé à mettre
en mouvement sa flotte et ses équipages pour être à temps au passage et faire son
pèlerinage. Nuit et jour son cœur était tourné vers ses preux ([ui l'attendaient, de Nor-
mandie et d'Anjou, de Gascogne, de Poitou, de Rerri'et de Rourgogne, dont beau-
coup prenaient part à l'expédition. Lors de son départ, il mit des archevêques et des
ëvêques dans ses églises d'An^eterre et de ses autres pays où il n'y en avait pas. Cela
fait, il ne voulut pas attendre l'hiver; il fit faire ses préparatifs de voyage et charger
ses riches trésors, qu'il savait si bien employer. 11 n'avait guère attendu sur le rivage
quand Dieu lui prépara le temps dont il avait besoin : un beau vent le reporta droit
■
^'^ Dans la théorie féodale, à la mort du suzerain tous les contrats de fiefs sont dissous. Le successeur du
•luerain rentre en pleine possession de tous les fieCs^et il les rend ensuite, par une nouvelle investiture, à ceux
qui les possédaienl.
39 .
338 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
11. VI. en Normandie. Dès qu'il y fut arrivé, on le reçut à grande joie, vous pouvez biea le
croire. Il fit aussitôt hâter le départ, et il envoya ses gens en avant à Lion (sur m«r)
pour célébrer la fête du jour où Dieu voulut naître. Le roi tint sa fête à Lion, maison
n'y entendit guère de chansons de geste; il fit aussitôt écrire une lettre" qu'il envoya au
roi de France par un messager rapide, et, outre la lettre, le messager avait ordre 3e
dire qu'il était tout prêt à partir, et, si je ne me trompe, ils prirent pour cela rendei*
vous entre eux , et se réunirent à Dreux , à sept lieues d'Evreux. Gomme les deux rois pai^
laient et faisaient le plan de leur voyage, voici venir en grande hâte un messager qui
s'approcha <lu roi de France, la tête basse, et lui dit que la reine était morte. A cause
de ce grand chagrin, et à cause d'un autre bien cruel aussi, la mort du roi de PouilIOf
qui causa et cause encore grand deuil, tout le monde fut déconforté, et il s'en faUot
peu qu'on ne renonçât au voyage de Syrie. Mais, grâce à Dieu, il n'en fut pas ainsi;
on le remit seulement jusqu'à la fête de saint Jean, que le monde entier célèbre.
V. 277. Quand la rose répandait son doux parfum, vint lejerme où Dieu voulait qne ies
pèlerins se missent en marche et que d'autres se joignissent à eux, et que tous, avec
ce que Dieu leur avait confié de biens, fussent disposés à souffrir pour Dieu et prêts k
partir à la Saint-Jean. Si bien que, sans plus de retard, à l'octave de la fête, ent lira
à Vézelai l'assemblée générale. C'est alors que le roi de France quitta Paris et prit
congé de saint Denis. Il y avait bien des chevaliers d'élite qui n'étaient pas encore partis^
tandis que la plupart des barons français étaient déjà en marche. Le duc de Bourgogne
partit alors avec le roi pour l'expédition , et le comte de Flandres ne tarda guère k en
faire autant. U faisait beau voir, alors, les gens qui accouraient de toutes parts, et ia
conduite qu'on leur faisait, et, au moment de la séparation, une telle douleur et une
telle détresse, que ceux qui leur faisaient la conduite sentaient presque leur ceeur-
se briser.
V. 3o3. 1^6 i*oi Richard était à Tours avec tout son attirail de guerre; la cité était si jdeine
ii,Tui. de monde qu'on pouvait à grand'peine y tenir. 11 envoya promptement à la mer ton-*
voquer sa flotte; il fit mettre ses vaisseaux en mer et recommanda qu'on partit sans
retard. On compta cent sept navires quand ils furent entrés en mer, sans parler de crax
qui s'y mirent ensuite, qui tous se suivirent de près. Tous passèrent les détroits, les
passages étroits et difficiles, les périlleux détroits d'Afrique où la merèat et heurte tffûr
jours, si heureusement que pas un ne périt ni ne toucha. Et, par la grâce de Dieu,
ils cinglèrent tant qu'ils arrivèrent à Messine. Le roi Richard et ses barons parttreot
allègrement de Tours; il y avait là de bons chevaliers et des arbalétriers renommés*
Si vous aviez vu l'ost^^^ quand elle sortit de la ville! Toute la terre en frémissait; faMipf
les gens étaient dans le deuil pour leur seigneur plein de prouesse. Là pleuraient dames
0)
J'ai partout conservé ce vieux mot, que notre mot armée ne rend pas tout à fait exactenwiit.
;*
t.
, if
Utr^
■vV;flè
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 339
et demoiselles, jeunes et vieilles, laides et belles; le deuil et la pitié leur serraient le
cœur pour leurs amis qui s'en allaient : jamais on ne vit conduite plus attendrissante
et gens plus tristes au retour. Là il y eut bien des larmes répandues et bien des vœux
faits dans les prières. Ceux qui faisaient la conduite retournèrent ù la ville, et les pèle-
rins suivirent leur route, si bien qu'au terme qu'avaient fixé les rois, sans un jour de
retard ou d'avance sur ce qui avait été dit, eut lieu à Vézelai l'assemblée que Dieu
avait dérobée au diable. Dérobée ? Non : il la prit ouvertement, car c'est pour lui qu'elle
avait été convoquée.
A Vézelai, dans la montagne. Dieu hébergea sa compagnie, et il y avait aussi dans V. 3/17.
la vallée bien des gens qui y étaient venus pour lui, et dans les vignes et dans les ii^vm.
coteaux il y avait les fils de bien des mères. Le jour était chaud, la nuit calme. Dieu
avait réuni là la plus belle jeunesse qu'on ait jamais vue. Ceux qui y étaient avaient
abandonné pour Dieu leurs terres et leurs familles; ils avaient engagé ou perdu pour
toujours leurs héritages; ils s'en étaient laissé déposséder pour acheter l'amour de Dieu,
car on ne peut faire un meilleur marché que d'acquérir l'amour du roi céleste.
A Vézelai, où ils étaient, les deux rois se jurèrent un serment : quelque fortune v. 365.
qu'ils pussent rencontrer, l'un ne devait rien avoir à craindre de l'autre, et ce qu'ils 11, it.
conquerraient ensemble, ils devaient le partager loyalement. Ils prirent encore un
autre engagement : celui qui arriverait le premier à Messine, à quelque moment ou
dans quelque circonstance que ce fût, devait attendre l'autre. Voilà les conventions qu'ils
firent. Us partirent de Vézelai : les deux rois chevauchaient en tête, parlant de leur
expédition, et, partout où ils s'arrêtaient, ils se portaient grand honneur. L'ost mar-
chait dans une telle union qu'on n'entendait aucune réclamation. Je vis faire là aux
gens une courtoisie qu'on ne doit pas taire : le long de la route que suivait l'ost, vous
auriez vu, ainsi Dieu m'aide, des jouvenceaux, des dames, des jeunes filles, avec de
belles coupes et des cruches et des seaux et des bassins, apporter de l'eau aux pèlerins.
Ils venaient droit sur la route, tenant les bassins dans leurs mains, et disaient : c^Dieu,
«roi du ciel, d'où viennent tant de gens? Qu'est-ce que cela peut être? Où est née une
Rsi belle jeunesse? Voyez leur visage coloré ! Comme doivent être tristes maintenant les
«mères, les parents, les fils, les frères, les amis^ les alliés de tous ceux que nous voyons
«venir par ici!?; Us recommandaient l'ost à Dieu et pleuraient après le passage. Ils
priaient Dieu pour eux doucement, et lui demandaient du fond du cœur de les conduire
à son service et de les ramener s'il lui plaisait. Conduits par la grâce de Dieu, qui leur
fit et leur fera du bien , en grande joie et liesse , sans tristesse ni courroux , sans reproche
ni raillerie, ils marchèrent si bien qu'ils arrivèrent à Lyon sur le Rhône.
A Lyon, surleRhône à l'eau rapide , s'arrêta l'ost. Les deux rois se tenaient là pour at- v. &f3.
tendre les gens qui venaient encore. Jamais on ne vit telle merveille ni un si grand ébran-
lement de peuple. On comptait bien cent mille hommes, dont la plupart couchaient
340 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
par la ville. Quant aux rois, ils ne prirent leur herberge^^^ ni dans la ville ni dans l6B
jardins; ils firent tendre leurs pavillons au delà du Rhône pour attendre l'est, et ii
fallait bien attendre, car il venait encore beaucoup d'hommes; et ils les attendirent
tant qu'ils les virent tous arrivés et assemblés. Quand ils eurent tant attendu qirïb
virent bien certainement que l'ost était réunie tout entière, ils en furent très joyeiK. &
firent déplanter leurs tentes, si belles et si précieuses, tout le long de la sablonnière,
pour l'ost qui arrivait en grand nombre derrière eux. Les deux rois se firent la
duite tant que leurs chemins s'accordèrent, puis chacun, à grande joie, s'^n alla à
port. Le roi de France, Philippe, avait déjà traité de son passage avec les Génois, qui
sont habiles et sages en ces matières, et le roi d'Angleterre, Richard, côtoya la mer
tout du long et s'en alla droit à xVIarseillc, de par Dieu qui inspire toutes les bonnes
pensées.
V. /j/19. Quand on sut dans l'ost que les rois se mettaient en marche, il y en eut qû se
II, I. levèrent avant le jour, et les autres le plus matin qu'ils purent, pour passer le Rbtee;
ceux qui s'étaient levés avant le jour n'eurent point à souffrir : ils passèrent le pont
heureusement et sans encombre ; mais ceux qui passèrent au matin , et qui s'entassèrent
sur le pont, ceux-là furent en grand danger, car une arche du pont manqua, à cause
de l'eau qui était démesurément haute et peu sûre. 11 y avait plus de cent hommes sor
l'arche, qui était de sapin; c'était une trop lourde charge : l'arche tomba et ils tair
butèrent. Les gens se mirent à crier et à appeler; dans l'ignorance, chacun croyait avoir
perdu tout ce qu'il avait de plus cher, son fils, son frère ou son parent; mais4Ken
y mit la main, car de tous ceux qui tombèrent là il n'y en eut que deux qui périrent, an
moins que l'on put trouver, mais personne n'aurait osé s'en assurer, car eette eanert
si forte et si rapide qu'il n'y tombe guère rien qui en échappe. Si ceux-là furent perdas
pour le monde, ils sont devant Dieu purs et nets : ils étaient partis pour son sernœ;
il aura pitié d'eux, c'est bien juste.
V. 681. L'arche du pont était brisée, et les gens étaient tout égarés : ils ne savaient deqnd
côté aller, soit en amont, soit en aval. 11 n'y avait plus aucun espoir dans ce pont; on «e
trouva nul ouvrier, et dans le Rhône il n'y avait ni vaisseau ni barque asses gmnis
et assez larges, si bien qu'ils ne pouvaient suivre et atteindre, ceux qui étaient déjà
passés; et, ne voyant aucun autre parti à prendre, ils firent le mieux qu'ik purent:
ils passèrent outre dans .des barquettes bien étroites , oii ils eurent beaucoup de gAne
et de mal; mais ainsi va qui peine pour Dieu.
V. A97. Le passage dura trçis jours, et il y eut grand entassement. Tous alors se dirigèreal
vers le lieu de leur embarquement : au plus prochain port, à Marseille, il alla une
masse de gens ; au port des Vénitiens il alla aussi de très preux chrétiens ; il en alla
u)
Campement, logement militaire.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 3A1
aussi tant chez les Génois qu'on ne saurait les nombrer, et à Bariette et k Brinde tant
que Ton en faisait de grands discours. Et beaucoup, aussi, allèrent à Messine et y res-
tèrent jusqu'au moment où les deux rois y abordèrent.
Messine est une cité dont les auteurs anciens ont* beaucoup parlé : c'est une ville V. 5f i.
qui est située dans une "bonne et belle position, à l'endroit principal de la Sicile, sur Hi ».
le Phare, en face de Rise dont jadis Agoland s'empara dans son expédition. Toutes les
commodités abondaient à Messine, mais nous y trouvâmes les gens mauvais. Le roi
s'appelait Tancré; il possédait beaucoup d'or, amassé par ses ancêtres qui avaient régné
depuis Robert Gniscard. 11 y avait alors à Païenne une dame qui y avait longtemps
séjourné : elle avait été reine de ce royaume, comme femme du roi Guillaume; mais ce
roi si preux, si plein de vertus, était malheureusement mort sans héritier. Cette reine
était sœur du roi d'Angleterre, qui entreprit de lui faire rendre son douaire; si bien
que Tancré, qui s'était emparé et de la reine et du douaire, n'osa pas s'y opposer.
Vous qui avez de l'intelligence et de la mémoire, vous vous rappelez bien comment V. 535.
la flotte merveilleuse de nos énèques ^'^ avait passé par devant l'Espagne. Elle était arrivée ii , m.
à Messine, où elle attendait le roi Richard d'Angleterre ^^^. De ma vie je n'en ai vu une
pareille. Il y avait là des gens de toute sorte, des tentes, des pavillons, des bannières,
plantés tout le long du rivage, car la cité leur était interdite. Ils s'étaient tenus près des
vaisseaux jusqu'à l'arrivée des rois, car les bourgeois de la vilie, ramas de Grecs et de
ribauds, gens issus de Sarrasins, conspuaient nos pèlerins. Ils se mettaient, pour nous
insulter, les doigts dans les yeux, et nous appelaient chiens puants. Chaque jour, ils
nous faisaient des vilenies et ils nous tuaient des pèlerins, qu'ils jetaient dans les privés,
comme cela fut bien établi.
Seigneurs, c'est l'usage et la coutume, quand un prince de haut parage, tel que le v. 559.
roi de France, qui a une telle renommée dans le monde, ou le roi d'Angleterre, qui a n, un.
un si grand honneur terrestre, fait son entrée dans une cité, dans un pays comme la
Sicile, qu'il doit la faire comme un haut seigneur, à cause des dires de bien des gens;
car c'est un bon dicton, suivant moi, que celui qui dit : «Tel je te vois, tel je t'estime, v
Aussi, quand les rois vinrent, bien des gens y accoururent. Le roi de France arriva le
premier à Messine, et bien des gens y coururent pour l'aller voir, mais ils n'aperçurent
même pas son visage, car il n'avait qu'un seul vaisseau, et, pour éviter la presse et la
foule qui étaient sur le rivage, il se fit débarquer au palais même.
Quand le roi Richard aborda, il y eut aussi bien des gens, tant les sages que les V. ûSi.
jeunes, qui ne l'avaient jamais vu, qui se pressèrent sur le rivage, désirant le voira
eause de sa prouesse. Et il venait en telle pompe que toute la mer était couverte des
{'} J'ai cru devoir garder ce terme technique, qu'on ne saurait rendre exaetoOMtti par on mot moderne.
^') D'après la version latine et ea qni tuit, il faut «orrij^ au vers 54 1 dn tnte : Kikfn Bkhmrt mithdeit.
342 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
galères [quil amenait], pleines de braves gens, de combattants à mine hardie portant
pennons et bannières. Ainsi vint au rivage le roi Richard» et ses barons allèrent h sa
rencontre, lui amenant ses beaux destriers, qui étaient venus avant lui dans ses dro-
mons^^l II monta à cheval avec tous ses gens, et ceux qui virent le cortège disaieut
que c'était bien là l'entrée d'un roi fait pour gouverner une grande terre. Mais les
Grecs se courroucèrent et les Lombards murmurèrent de ce qu'il venait dans leur ville
en tel apparat et en telle pompe.
V. 6o5. Quand les deux rois furent débarqués, les Grecs se tinrent en paix, mais les Lom**
ii.ziT. bards querellaient toujours nos pèlerins; ils les menaçaient de détruire leurs tentes et
d'enlever tout ce qu'ils possédaient. C'est qu'ils se méfiaient à cause de leurs femmes,
avec qui les pèlerins parlaient; mais tel le faisait pour les vexer qui n'aurait jamais
songé à pousser les choses jusqu'au bout. Les Lombards et les bourgeois avaient tOQ-
jours de la rancune envers nous, parce que leurs pères leur avaient dit que nos an*
cétres les avaient conquis ^^\ Aussi ils ne pouvaient nous aimer, et ils cherchaient à
nous affamer. . J^^ Ils ne le firent pas pour nous être agréables, car ils firent hausser
leurs tours et creuser leurs fossés. Gela embrouilla beaucoup les affaires, avec les me-r
Il , xT. naces et les querelles qui surgissaient de tous côtés. Il arriva un jour qu'une fenmie qui,
dit-on, avait nom Emme, portait son pain à vendre par l'ost; un pèlerin vit le pain
tendre et chaud et le marchanda : la femme se fâcha du prix pour lequel il voulait
l'avoir, si bien qu'elle le frappa presque, tant elle était forcenée de colère. Voilà fe
tumulte commencé, si bien que les bourgeois s'en mêlèrent, prirent le pèlerin» le bat*
tirent, lui arrachèrent les cheveux et le traitèrent vilainement. La clameur en vint
jusqu'au roi Richard. 11 leur demanda de garder paix et amitié; il mit paix'entre eox
],xif. et chassa ses gens loin de là. Mais le diable, qui naturellement hait la paix par^-dessns
tout, réveilla le lendemain la dispute, qui ne se termina pas sans malheur. Les deoi "
rois étaient ensemble à une entrevue, si je ne me trompe, avec les juges de Sicile et
les principaux de Messine; ils s'entretenaient des moyens d'établir la paix. Préetté*
ment pendant que les deux rois parlaient de la paix qu'ils croyaient faire, voilà qu'on
leur apporte la nouvelle que nos gens étaient attaqués. Par deux fois, des messagers
vinrent dire qu'on les maltraitait fort, et après il en vint un troisième qui dit au roir
«Voilà une mauvaise paix, quand les hommes de ce pays mettent à mort les gens d*Att**
ccgleterre dans la cité et en dehors, v Les Lombards [qui étaient avec les rois], c'est Ui
vérité, s'en allèrent alors, disant aux rois que c'était pour apaiser la dispute; mais ils
mentaient : ce n'était que pour faire du mal. Jourdain du Pin et Marguarit (à qui toufli
les maux puissent-ils arriver ! ) , ces deux-là brassèrent le mal et en furent le commen««
(^) Drotnon, mot encore admis dans les dictionnaires, (rbateau de transporta.
'') Du temps de Robert Guiscard.
(') Il semble bien qo*iI y ait ici une lacune ; la version latine abrège ce passage.
•■k-i:;;!iiysd
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 3&3
cément. Le roi de France était là, et le roi d'Angleterre avec lui, et celui qui l'a raconté
y était aussi. Le roi d'Angleterre monta à cheval et alla pour séparer les combattants;
mais, à son départ, ceux de la ville l'injurièrent et lui dirent de grandes vilenies. II
courut s'armer et les fit assaillir à la ronde par terre et par mer, car il n'y avait au
monde tel guerrier.
Le bruit et le tumulte étaient grands, et la ville ^^^ était fort troublée. Les Français V. 687.
vinrent chercher leur seigneur chez le roi d'Angleterre, car la ville était dans une telle
agitation qu'ils n'espéraient plus le trouver. Il revint avec eux , et retourna au palais
oii il habitait. Les Lombards vinrent à lui et lui tinrent l'étrier gauche; ib lui firent
promesses et dons; ils lui abandonnèrent l'honneur de la journée, lui demandèrent de
les protéger dans la ville et de les considérer comme siens et ses sujets. Ils y mirent
peine et dépense, si bien que le roi s'arma promptement, et tel qui mérite bien d'être
cru nous rapporta qu'il aida ceux du pays plutôt que les gens du roi d'Angleterre.
Voilà le tumulte soulevé et le bruit grandissant par l'ost. Les Français étaient dans
la ville, jouissant de toutes leurs aises, et les Lombards se fiaient à eux, mais ceux
de l'ost ne s'en donnaient pas garde. Voilà les portes fermées; les gens de la ville
s'armèrent et montèrent sur les murs pour les défendre; mais il leur en fallut des-
cendre bientôt. Ceux qui étaient sortis de la ville et qui avaient attaqué la maison
de monseigneur Hugues le Brun combattaient péle-méle, quand le roi d'Angleterre y
vint : je ne crois pas qu'il eût vingt hommes avec lui en ce premier moment. Dès que
les Lombards le virent, ils laissèrent leurs menaces, tournèrent le dos et s'enfuirent.
Et le preux roi les poursuivit. Ambroise le vit alors, et il dit que, quand ils le virent
arriver, on eût pu se rappeler des brebis qui fuioqt devant un loup; comme des bœufs
tirent au joug, ils tiraient vers la poterne de la ville qui est du côté de Palerme. Il les
y poussa de force, et en abattit je ne sais combien. L'alarme fut donnée dans l'ost,
et tous montèrent à cheval pour repousser l'attaque des arrogants Lombards et des Grecs
perfides et pleins de rage. Mais ceux qui se défendaient étaient des gens qui avaient pris
maintes villes : c'étaient des Normands, des Poitevins, des Gascons, des Manceaux, des
Angevins, et il y en avait d'Angleterre plus qu'on ne le pourrait dire. Quand ils virent
leurs ennemis au haut des murs, ils les assaillirent hardiment. Us coururent tout autour
de la cité et ne s'arrêtèrent pas avant d'être dedans. Les autres jetaient, tiraient du
haut des murs, et leur faisaient grand dommage avec des arcs et des arbalètes qu'ils
avaient là sous la main. Ils jetaient cailloux et pierres, et frappaient grands coups sur
nos gens. Les carreaux, les traits volaient sur nos pèlerins, non sans leur nuire beau-
coup; ils nous abîmèrent trois chevaliers qui étaient entrés par une porte. L'un fut
Pierre Tireproie, qu'ils jetèrent mort sur le chemin; et avec lui, au même endroit, ils
«
'^' 11 faut lire au texte (v. 688) vile au lieu de notée.
33
(«rtmCKIC RâTIOlALt.
UU ^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
jetèrent mort Mahieu de Sauçoi; et Raoul de Rouvroi, c'est la vérité» fut aussi trouvé
mort. On les plaignit et regretta beaucoup : Dieu leur octroie son salut!
V. 769. Si les Lombards avaient été plus loyaux, les gens du roi auraient passé ua mauvais
moment; mais leur folle conduite leur nuisit, à bon droit, en nous enflammant contre
eux. Ceux qui défendaient la ville étaient plus de cinquante mille, sur les murs et sur
les tourelles, avec des écus longs ou ronds : vous auriez vu là un dur et violent assaut
Les galères étaient allées attaquer du côté du palais ^^^ ; mais le roi de France était là
qui se tenait sur le rivage, qui fit interdire le port aux galères et les empêcha île le
prendre. Et eux tirèrent tant qu'ils tuèrent deux rameurs , ce qui fut grand tort. Mais du
côté de la terre le roi d'Angleterre menait l'assaut ^ et' il attaqua si bien les Lombards
qu'il réussit. Vous auriez vu là ses gens monter, gravir les montagnes et couper les
fléaux des portes; il y eut là bien des gens pris et morts. Au milieu des rues s'élancèrent
plusieurs qui s'en repentirent, car les ennemis, des étages des maisons où îb se te-
naient, jetaient et lançaient, des traits. Mais ils eurent beau se défendre, ils furent
pris à cet assaut, et, quels que fussent les derniers, le roi fut un des premiers qui
osèrent entrer dans la ville. Il en entra bien dix mille autres après lui. Vousjataries
entendu là nos gens pousser de beaux cris ^^^ et déconfire et tempêter^ blesser,
abtmer et frapper à la tête. Ils eurent plus tôt fait de prendre Messine qu'un prêtre
de dire ses matines. Il y aurait eu là bien des gens tués si le roi n'en avait eo pitié.
Et vous pouvez bien savoir qu'il y eut de grands avoirs perdus là, quand la grande
presse fut entrée; car la ville fut bieïî vite mise au pillage. On brûla leurs galères, qui
n'étaient pas pauvres ni mesquines; on y gagna des femmes belles, sages et instruites.
Je n'ai pas pu tout savoir; mais, à toct ou à raison, avant qu'on le sàt bien dansToat,
les Français avaient déjà pu voir sur les murs, en plusieurs endroits, nos penoons et
nos bannières, ce dont le roi de France conçut une envie qui lui durera sa vie entière;
et c'est là que prit naissance la guerre qui, plus tard, fit ravager la Normandie.
V. 83 1. Quand le roi Richard eut pris Messine et mis ses bannières sur les tours, le roi de
11. xrii. France qui, ainsi que ses gens, était jaloux et chagrin de ce qu'il les y avait dressées,
lui fit dire jqu'il fallait que ses hommes abattissent ces bannières et fissent dresser celles
de France sur les murs de la citév et il lui manda qu'en agissant comme il avait fait
il avait manqué à son devoir envers sa suzeraineté et lui avait fait grand déplaisir.
Seigneurs, j'en appelle à votre jugement : lequel avait plus droit de les mettre « celui
qui n'avait pas voulu se mêler de l'assaut de la ville ou celui qui avait osé Tentre-
prendre? •
V. 869. Le roi Richard entendit ce message, et il ne daigna pas entrer en longue dis-
cussion, sur cette requête, avec l'autre roi qui s'en faisait un tel tracas; cependant on
(^) Le texte porte Devert lê$ paleù (v. 779), mais c*cst une faute; le latin a venvu palatium.
'') Il manque un vers. '
L'HISTOIRE DE LÀ GUERRE SAINTE.. 345
I
dît là bien des paroles folles et blessantes; mais Ton ne doit pas écrire ni mettre en livre
toutes les folies. A la fin, les grands elercs et les hauts^ hommes parlèrent tant delà
paix que chacun des rois eut ses bannières sur les tours et sur les tourelles. On s'oc- ii« xv>u
eupa aussi de mander promptement au roi de Sicile les nouvelles de la commune de
la ville ^^^ l'injure et Toutrage qu'on avait faits à eux et aux leurs. Les messagers du roi
Richard lui dirent, en son nom particulier^ qu'il rëdamait le douaire de sa sœur,
en sorte que sa part du grand trésor [daroi Guillaume] lui fût assignée justement,
et tout ce qui revenait à. la dame^et que ce serait .droit et raison. On nonmaa les
messagers y hauts homnles, renommés, de grande parenté, de grande seigneurie et
de grande importance, pour aller traiter cette affaire. L'un de ceux qui en furent
chargés fut le duc de Bourgogne , et l'autre Robert de Sableuil, haut homme, preux et
affable. Il peut y en avoir eu d'autres, dont je n'ai pu savoir les noms. Ils partirent ii
cheval et avancèrent tant leur voyage qu'en peu de temps ils purent conter leur message
au roi de Palerme.
Le roi Tancré, qui était très avisé, écouta les discours des messagers. U avait connu V. 89t.
bien des aventures, il était bon clerc en écritures, et il savait déjà bien l'affairOé II 11, xn.
ne réfléchit pas longtemps à sa réponse. U répondit, sans autre d^ai, aux gens du roi
d'Angleterre que, pour ce qu'il lui réclamait^ il s'en rapporterait. aux lois de sa terre,
aux coutumes du roi Guillaume et aux barons de atm royaume, et qu'il ferait ce que
tout le monde approuverait. Quant aux bourgeois de Messme, is'ils avment commis de
folles incartades et courroucé les deux rois, on es ferait une bonne réparation. Quand
les messagers entendirent cela, il y en eut plus d'un, parmi ceux qu'avait envoyés le
roi Ridbard,qui dit que jamais le roi n'accepterait de. plaider sur sa réclamation : il
y eut là-dessus bien des paroles échangées. Quant aux messagers de France^ on leur
distribua de belles coupes; les autres prirent patience. Entendei le grand tort, qu'on
rappela alors et depuis ^^^, que fit, dit-on, le roi de France. Il aurait, sur cette question
(je ne sais ce qu'il en espérait), mandé en particulier au roi Tancré de ne faire que ce
qui lui plairait et de bien défendre son droite et que jamais, pour le roi d'Angleterre,
il ne lui ferait la guerre, mais qu'il était lié à lui [Tancré] par serment. S'il en fut
ainsi, ce fut une triste chose; l'histoire ne garantit pas qu'il ait pensé une telle dé-
loyauté; mais, quoi qu'il en soit, le peuple disait tout haut qu'il l'avait mandé.
Ceux qui n avaient pas eu de coupes retournèrent le plus tôt qu'ils purent; ils re- 11, xi.
tinrent bien leur message et s'en revinrent à Messine. Le roi Richard faisait alors faire
un ouvrage qui lui plaisait beaucoup : c'était un château, Mategriffon , qui courrouça •
fort les Grecs. Les messagers vinrent au roi, ils lui dirent ce qu'ils avaient demandé au
roi Tancré et ce que Tancré lui faisait dire sur cette demande, c est-à-dire qu'il suivrait
^*^ n vaut mieux sans doute supprimer ia virgule qot, dans le Uite (v. 866), est après conniii*.
(*) Corrigez au texte (v. 918) acordeeesk recordm.
a3.
U& L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
les lois de sa terre , d'après la décision de ses barons. Le roi Richard répondit sans gudrè
attendre qu il ne plaiderait pas contre Tancré et qu'il chercherait autrement la satisfil»-
tion à laquelle il avait droit.
V. 961. Quand on sut la nouvelle qu'on n'avait pas établi de paix ni de trêve, on commeiipi'
à s'attendre à la guerre, à cause de l'appui que nos ennemis trouvaient chez le mile
France, caries astucieux Lombards s'étaient alliés avec lui. Voilà que les proTiaioM
nous furent coupées, si bien qu'il n'en venait plus rien en l'ost, et, sans l'aide de Diea
et la flotte, on y aurait mené une bien pauvre vie; mais il y avait dans les vaisseeia
des provisions en blé, en vin et en viande. La ville était gardée chaque nuit, et foet
aussi. Les deux rois étaient en discorde, par l'effet de l'envie qui trouble tout. Ce c'était
ni beau ni honnête : de hauts honnnes se donnèrent beaucoup de mal pour mettre la
paix entre eux. Ils chevauchaient du palais à Mategriffon, puis revenaient en arriim
par le même chemin; mais jamais ils ne purent en venir à bout, quelque peine ^'ik
11, XXI. se donnassent, comme le livre le témoigne ^^^ Enfin le roi de Sicile, qui savait
les torLs des gens de Messine, prit le fils de son chancelier et, avec lui, un chevalier
qu'il tenait pour preux et sûr et qui était, si je ne me trompe, son connétable* Il
l'envoya au roi d'Angleterre et lui manda qu'il ne tenait pas du tout à être en gUttrie
avec lui, et que, s'il voulait accepter de l'argent pour les réclamations qu'il présentait^
il en ferait volontiers la paix et lui donnerait, de son trésor, vingt mille onces dVir,
et que s'il voulait, sur l'avis de ses barons, parler d'un mariage, il donnerait à Arthur
de Bretagne une de ses filles non mariées , demoiselle jeune , belle et sage. Pour ese
mariage, il lui promettait sans fraude vingt mille autres onces d'or; seulement RiiAwrd
lui restituerait cet or si Arthur n'épousait pas l'enfant; en outre, il promettait à Riciiard
de lui rendre sa sœur. Quand le roi Richard entendit cela, il lui renvoya, sans {dus
attendre, d'autres messagers pour obtenir une paix ferme et stable. Le roi fitfànrêle
nïéssage à l'archevêque de Montréal, à celui de Rise, homme loyal, à l'évêque d'E?rei|Xf
Jean, qui souffrit tant de peine et de dépense : ils connaissaient bien la questioBif
d'autres encore allèrent avec eux. Ils allaient chercher la paix, ils la rapportèrentt et
ils firent amener l'argent dont j'ai parlé tout à l'heure. A leur retour, tout le monde
se réjouit de la paix; les chartes furent alors lues et copiées, la paix fut jurée et Ja
sécurité rétablie. On regarda et pesa l'argent, au grand plaisir du roi, qui désirait
beaucoup avoir de quoi dépenser au service de Dieu. On lui rendit aussi sa sosur, qui
valait bien d'être vendue cher. Le roi voulut alors que, sans plus tarder, on rendtt [ant
bourgeois] tout ce que ses gens avaient pris du leur : cela lui valut de grands éloges;
on le rendit par confession, et sous peine d'excommunication, d'après le bon et sagll
conseil de l'archevêque de Rouen. Voilà la ville en bon état, sans querelle et
(^) La lacane est sans doute de plus d*an vers, comme {^indique le latin; il est probable en outre qii^dle Mt
être placée après le vers 97 /î et que c'est le vers 975 qui devrait être remplaodpar des points.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 347
trouble f et si quelqu'un osait en soulever, on le faisait pendre ou tuer. Dans Tost ré-
gnait grande justice; bënie soit l'âme de celui qui l'y avait mise! Alors on recom-
mença à aller par les routes; il nous revint de bonnes provisions pour les chevaux
et les hommes : ainsi se termina l'affaire. Les bourgeois se réconcilièrent avec nous et
hébergèrent les pèlerins. Les deux rois reGrent amitié; mais ils devaient se diviser
encore plus d'une fois. Ils partagèrent entre eux l'argent, et chacun eut ce qui lui
revenait.
Les chevaliers qui avaient été là pendant tout l'été se désolaient et se plaignaient V. io5d.
des dépenses qu'ils avaient été obligés de faire. Les plaintes allèrent tant, haut et bas, n, nm.
qu'elles arrivèrent au roi Richard, et il dit qu'il leur donnerait tant que tous pour-
raient s'en louer. Richard, qui n'était pas chiche ni avare, leur donna de si riches
dons, hanaps d'argent, coupes dorées qu'on apportait à pleins girons aux chevaliers,
suivant ce que chacun était, que grands, moyens et petits le louèrent de ses beaux
dons; et il fut envers eux si libéral de ses biens que même ceux qui étaient à pied
eurent de lui au moins cent sous. Et aux dames déshéritées, qui avaient été chassées
de Syrie, aux demoiselles aussi, il donna de grands dons à Messine; et le roi de France
aussi donna largement à ses gens. Voilà toute l'ost en liesse pour tant d'honneur et
de libéralité et pour 1» paix qui s'était faite. On tint grande fête le jour de la Nativité; ii, an.
le roi Richard fit crier que tous pouvaient venir et faire la fête avec eux, et il réussit
à emmener le roi de France manger chez lui. La fête fut à Mategriffon, dans la salle
que le roi d'Angleterre avait construite par sa puissance, en dépit de ceux du pay».
J'étais dans la salle, à ce repas : je n'y vis pas une nappe sale ni un hanap ou une
écuelle de bois; mais j'y vis une si riche vaisselle, avec des ciselures appliquée» et des
images coulées, enrichie de pierres précieuses, qu'elle n'avait rien de mesquin, et j'y
vis si noblement servir que chacun était satisfait. La fête fut belle et honnête, comme
il convenait à un tel jour, et je ne crois pas avoir jamais vu donner en une fois tant de
riches dons que le roi Richard en donna là au roi de France et aux siens, en vaisselle
d'or et d'argent.
Le terme de notre passage arriva, et ceux-là furent avisés qui prirent leurs précau- V. 1109.
tiens. Depuis la Notre-Dame de septembre, si je compte bien, jusqu'à la fin du carême "^ »^^
fut à Messine, en repos, l'ost qui désirait ardemment le jour où elle serait devant
Acre avec ceux qui avaient osé en entreprendre le siège, et qui souffraient des maux
plus grands encore qu'on ne le savait, beaucoup de peines, de fatigues et d'épreuves
pendant cette demi-année. Quand on se fut assez reposé et que, grâce à Dieu, le voyage
fut préparé, le roi de France et sa compagnie entrèrent en mer un peu avant Pâques
fleuries. Le roi Richard ne pouvait encore s'embarquer, car il n'avait pas tout ce qu'il
lui fallait, ses galères et ses transports pour porter ses chevaux, ses armes et ses pro-
visions, avant d'aller attaquer les infidèles. Il lui fallut donc attendre et parfaire ses
3&8 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
préparatifs. Il accompagna le roi de France avec des galères, puis, traversant le Phare;
il vint droit à Rise, oii il avait reçu nouvelle que sa mère était arrivée, lui amenant
son amie. C'était une sage demoiselle, gentille femme, honnête et belle, sans fausseté
ni perfidie; elle s'appelait Bérengère, elle était fille du roi de Navarre, et celui-ci l'avait
remise à la mère du roi Richard , qui prit la peine de la lui amener jusque-là. Elle eot
ensuite le nom de reine ; le roi l'avait beaucoup aimée : depuis le temps oh il était
comte de Poitiers, son désir l'avait désirée. 11 fit mener à Messine sa mère, elle et ses
demoiselles; là il dit à sa mère, et elle à lui, sans restrictions, tout ce qu'ils voulurent.
Il garda avec lui la jeune fille qu'il aimait, et il renvoya sa mère pour garda* son paya
qu'il avait quitté, afin que son honneur n'eût rien à craindre. Avec elle l'archevêque de
Rouen, Gautier, qui est un homme très sage, eut la garde de l'Angleterre, et ii éat
beaucoup à y guerroyer. Et alors s'en retoucna aussi avec eux Gilbert de Wascueil, celui
qui [plus tard] laissa prendre Gisors. Le roi ne perdit plus de temps : il fit préparer
et charger ses vaisseaux et ses galères, il n'y eut plus de retard. Il fit entrer en mer
les barons, son amie, et avec elle sa sœur, et il les fit mettre ensemble, avec beaucoup
de chevaliers, dans un grand dromon, pour se conforter l'une l'autre. Il fit prendre
les devants à leur dromon, et les fit cingler vers Forient; mais les énèques agiles et
rapides ne partirent qu'après que le roi eut mangé. Alors s'ébranla, toute en rang, là
flotte merveilleuse. Ce fut le mercredi de la semaine sainte que la flotte quitta Messine
pour le service et la gloire de Dieu : dans cette semaine où Dieu a tant souflert pour
nous, il nous fallait aussi souffrir et les dangers et les veilles. Mais Messine, où l'on voit
se presser tant de navires, peut se vanter que jamais, à aucun jour que Dieu fit, ane
si riche flotte n'a quitté son port.
V. 1197. La flotte se dirigea en bon ordre vers la terre de Dieu, si malheureuse. Elle traversa
II . xxTn. le Phare , et vint , à la haute mer, de l'autre côté , sur le chemin d'Acre. BientM nous
atteignîmes les dromons , mais nous vîmes alors le vent tomber, si bien que le roi voubit
retourner. De gré ou de force il nous fallut rester là la nuit, entre la Calabre et Mont*
gibel. Le jour du jeudi saint, Celui qui nous avait enlevé le vent, et qui peut toutenle*^
ver et donner, nous le rendit et nous le prêta pour toute la journée. Mais il était faible,
et la belle flotte dut s'arrêter. Le jour de l'adoration de la croix, un vent contraire nous
accosta à gauche près de Viaircs ^^K La mer se troubla jusqu'au fond; le vent la couvrait
de flots énormes et reployés , et nous ne faisions que perdre la route. Nous eûmes grand
peur et grand malaise en tête, en cœur et en bouche; mais toutes ces souffrances, nous
les supportâmes très volontiers, et nous devions les supporter pour Celui qui, à pareil
jour, daigna subir la passion pour nous racheter. Le vent était fort, et il nous tourmenta
jusqu'à la tombée de la nuit. Alors nous eûmes un vent apaisé, favorable et doar«
^') Nom de lieu, sans dout«^ sur la c^te de Calabre, que je ne puis déterminer
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 849
Le roi Richard, dont 1q cœur était toujours prompt aux bonnes actions, en fit une V. is3B.
signalée. U voulut que chaque nuit on allumât isur son vaisseau , dans une lanterne, un
grand cierge qui jetait une lueur très claire. U brûlait toute la nuit^pour montrer le
chemin aux autres; et comme Je roi avait avec iui de bons mariniers habiles, et con-
naissant leurmétier à fofid^ tous lès^ autres se ralliaient au feu du roi et ne le perdaient
guère de vue. £t si la flotte s'écartait, il l'attendait généi^usement II menait ainsi
cette fière expédition comme une mère poule «mène aes poussins à la pftture ^ic'était
de sa part prouesse et bonnatm^el. Nous voguâmes ainsi toute la nu^t, sans tristesse
et sans souci ( ? )» Le Jkndemain , veille de Pâques , Dieu nous conduisit encore très Uen ,
et aussi toute la nuit et tout le jour de la grande fête. Pendant trdis jours, la flotte
avança à toutes voiles, le roi tenant la tête. Le laercredi, nous vtnles l'tle de Crète. Le
roi côtoya l'Ile de près; il y dormit,, ainsi que. la. flotte; mais cette nuit, vingt-cinq de
nos énèques nous perdirent, au grand chagrin: et déplaisir du rdi. Le lendemtp matin
jeudi, on dressa les voiles, et on marcha verS' Rhodes^ uneautre lie près de 4k Le vent
était grand, les vagues étaient bau tes. Aussi vite que vole l'hiromlelle allait le «na vire,
pliant son mât» Dieu nou&.mena Je long des côtés de Rhodes^, à^grandeallure etavec
une vitesse merveilleuse ,< montrant bien qu^il prenait pisâsir à l'entreprise' de se&fiervi-
teurs. Nous allâmes très vite jusqu'à, la nuit noire. Au matin v nous aitivâmes dans un
détroit; nous abatttmes les voilesiet nous fûmes hors de peine. Nous noes reposftmes
jusqu'au dimanche, et au matin nous étions à Rhodes, la cit4où Hérode naquit. >
Rhodes a été autrefois une grande cité ancienne, presque aùss& grande que Rome. V. 1287.
On aurait peine à en savoir au Juste la vérité, (»r il y a tant de maisons détruites, de
murs et de tours en^ raines, tant d'églises qui subsistent encore,Lè cause de Uîmasse
de gens qui y ont vécu pendant tant d'années et ;de siède» et dous tant .de seigneuries
diverses, que nul hommeiUe pourrait les compter sans grande peine , ni eà estimer la
grandeur et la noblesse. La ville est aujourd'hui ruinée par la,Ti^lles0e;< -cependant
il habitait là des gens qui. nous vendirent des aliments, et comme le roi é^at malade
et mal à son aise, il nous fallut ' attendre à Rhodes, il fit chercher «et demander où
étaient allés ses navires [perdus], et il attendit là ses galères, qui le ^suivaient lé long
du rivage. U s'enquit aussi du tyran qui possédait Gypre et qui arrêtait lest pèderinsi
Nous séjournâmes à Rhodes dix jours, et quand la flotte, voiles levées, sortit en u.n^.
rang de Rhodes, c'était le piemieR jour' de mat. Noos vînmes droit au gouflre de
Satalie : c'est un passage bien dangereuxi» il n'y en a de plus dangereux nulle» part
Quatre mers s'y livrent bataille et diacune exdée l'autre^ Nous allions entrer dfems ce
gouflre quand nous fûmes assaillis par un vent qui nous ramena le soir à l'endroit
par où nous étions entrés. Le vent, qui changé souveilt, se fit ensuite plus courtois pour
nous : il nous prit par derrière, et nous poussa si vite que chacun avait peur, à cause
du gouffre où nous nous trouvions et qui nous remplissait de crainte. Le vaisseau du
350 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
roi était en avant, suivant sa coutume. Le roi regarda la haute mer, et vit s'avancer
une bouce^^) qui revenait de Syrie. Et le roi, que cela intéressait, se fit diriger près
d'elle pour demander des nouvelles de la Terre Sainte. On lui dit que le roi de France
y était déjà et l'attendait devant Acre, et qu'il s'occupait chaque jour à faire des ma-
chines pour prendre la ville. Mais le roi Richard avait déjà en tête une autre entreprise.
La bouce passa outre, et le roi lutta contre le vent tant que Dieu l'amena devant Gypre,
près de la terre qu'il lui fit conquérir. Il trouva là ses gens, sa sœur, et aussi son amie,
v. i355. Ecoutez, seigneurs : cette terre de Syrie, avant qu'on pût lui porter secours, elle a
II, zm. souffert tant d'injures, tant de grandes mésaventures , tant de contre-temps, tant d'at-
taques, tant de délais et tant d'attentes, tant de peines, tant de désirs, tant d'assauts
et tant d'embarras ! Ce fut un bien grand malheur que la mort de l'empereur d'Alle-
magne, qui y allait en si grand appareil, et qui mourut si soudainement. Ce fut grand
dommage aussi pour la Terre Sainte que la mort du roi d'Angleterre, le bon Henri,
qui était si sage et qui avait tant de richesses qui auraient servi à soutenir le pays
et à conserver la ville de Sur. Ce fut encore une grande mésaventure pour elle que
la mort du bon roi Guillaume, qui l'avait secourue maintes fois : il y eut grand deuil
quand il mourut. Le royaume eut ainsi à souffrir bien des malchances, mais rien ne
lui avait apporté plus de mal , d'ennui et de retard qu une lie voisine de la Syrie :
c'était la riche île de Gypre, qui, autrefois, l'aidait beaucoup, et dont alors rien ne
pouvait plus lui venir, car il y régnait un tyran porté vers tout mal, plus félon et plus
traître que Judas ou Ganelon. Il avait délaissé les chrétiens, et était le bon ami de
Saladin, et on disait même que, pour s'allier, ils avaient bu le sang l'un de l'autre,
et on le sut plus tard certainement. Il se fit ainsi empereur, non vraiment, mais empi-
reur^^\ car il s'empirait lui-même. Jamais, quand il le pouvait, il ne cessait de faire
et de susciter le mal, et de poursuivre les chrétiens de Dieu. Il y eut là trois vais-
seaux du roi Richard, pleins de ses gens, brisés à la côte, de ceux qui avaient échappé
au naufrage et qui étaient en triste étal : l'empereur de Gypre les engagea d'abord k
rendre leurs armes et ensuite il les fit prendre par trahison. Il leur avait garanti une
sûreté qui dura peu, car le déloyal les fit aussitôt attaquer. Mais ils se défendirent si
bien qu'ils leur vendirent cher leur colère, avec trois arcs en tout, qu'ils avaient, et
dont les Grecs ne savaient rien. Là était Rodier de Hardecourt , compagnon et fidèle
du roi, qui, monté sur une jument recrue, leur diminua promptement leurs gens; et
Guillaume du Boisnormand, le bon archer, allait tirant des flèches, les frappant
devant et derrière et plus redouté qu'une pierrière ^
{') Le mot subsiste encore dans l'anglais 6tijj; il est à peu près synonyme de dronMH.
^-) Le jeu de mots oblige à conserver empireur.
(^) La lacune de notre manuscrit est comblée dans la version latine, où Ton voit que les trois croisés furent
«recourus par leurs compagnons, qui, les ayant Vus du rivage, vinrent les dégager et les nmenèrent aox vaiMetoi.
Il . xxni.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 351
si bien que, è la vue des Grecs, ils s'en allèrent jusqu'au dromon qui était dans le
port et qui avait amené la reine. Il y eut là grande bataille, où les prisonniers firent de
belles prouesses. Le roi, qui s'était arrêté au port, quand il sut cette perfidie et le danger
de ses hommes, qu'il vit le dromon de sa sœur qui l'attendait en grande crainte, qu'il
vit le rivage tout couvert de ces misérables Grecs, ne voulut pas chercher de pires Sarra-
sins que ceux-là. Il se fil conduire vers la terre : le tyran crut pouvoir la défendre
contre lui , mais il n'osa attendre le vaillant roi.
C'est un lundi malin que Dieu avait préparé l'affaire qu'il voulait que le roi fît : il V. 1639.
voulait qu'il recueillit les naufragés, qu'il délivrât sa sœur et qu'il menât son amie
ailleurs. Toutes deux maudissaient le jour où elles étaient arrivées là, car l'empereur les
eût prises s'il avait pu. Quand le roi voulut s'emparer du port, il ne manqua pas de
gens pour l'en empêcher, car l'empereur était lui-même sur le rivage avec tout ce qu'il
avait pu faire venir de gens par argent et par commandement. Le roi prit un messa-
ger et l'envoya dans un bateau à terre, priant courtoisement l'empereur de rendre leur
avoir aux naufragés et de réparer les torts qu'il avait faits aux pèlerins et qui avaient
coûté des pleurs à maints orphelins. Celui-ci se moqua du messager jusqu'à en perdre
la raison; il ne put pas modérer sa colère, et dit au messager : ctTproupt, sire!?)
El il ne voulut jamais donner une réponse plus honnête, mais se mil à grogner en
ricanant. Le messager revint promptement en arrière et le répéta au roi. Quand le roi
entendit le mol honteux, il dit à ses gens : «Armez-vous! n Ils le firent aussitôt, et ne
demeurèrent pas grand temps. Il leur fallut entrer armés dans les chaloupes de leurs
énèques. Il entra là de bons chevaliers et de hardis arbalétriers. Les Grecs aussi avaient
des arbalètes, et leurs gens étaient tout prêls sur le rivage, et ils avaient cinq galères
lout armées; mais, quand ils virent nos armures, ils se sentirent peu en sûreté.
Dans la ville de Limeçon, où commença la bataille, ils n'avaient pas laissé une porte V. i685.
ni une fenêtre, ni rien qui pût servir au combat, tonneau ni tonne, écus ni larges, ni
vieilles galères ou vieilles barques, ni poutres, ni planches, ni degrés. Ils apportaient tout
sur le rivage pour nuire aux pèlerins. Tout armés sur la rive, plus arrogants que gens
qui soient au monde , avec des pennons et des bannières d'étoffes précieuses et de riches
couleurs, montés sur de grands chevaux forts et rapides et sur de grands mulets puissants
et beaux, ils se mirent à nous huer comme des chiens; mais on rabattit bienlAl leur
orgueil. Nous avions grand désavantage; car nous venions de la mer, nous étions en-
tassés dans de petites barques étroites, tout étourdis des grandes fatigues, tout harassés
par l'agitation des flots et tout chargés de nos armes, et nous étions tous à pied. Eux
étaient dans leur pays; mais nous savions mieux la guerre. Nos arbalétriers commen-
cèrent l'attaque, et il y en eut qui ne manquèrent pas leur coup. Ils tirèrent d'abord sur
les gens des galères, qui ne savaient rien de guerre; ils les blessèrent et navrèrent si
bien que, de leurs galères, ils sautaient en mer quatre par quatre, et l'un culbutait
IMrriMLKlK ^«TlO^iLC.
352 L'HISTOIBE DE LA GUERRE SAINTE.
Tautre. Leurs galères furent prises et mises avec nos énèques. Arckers et acbalétcieis
se mirent à tirer dru, et ils firent reculer les Grecs. Alors vous auriez entendu nos ffm§
les huer comme ils nous avaient hués avant que nous eussions bougé. Des deux dMél
on tirait, on lançait, et nos rameurs avançaient toujours, et partout oit ib diuMl,
carreaux et traits pleuvaient sur eux. Toute la rive était pleine de ces gens aawrafw^
Vous auriez vu là une attaque hardie et des gens qui s'entendaient à la guerre. Et quMMl
le roi vil ses compagnons lutter pour aborder, il sauta de sa barque en mer, vînt ans
Grecs et les attaqua, et tous les autres sautèrent après luL Les Grecs se défendirent,
mais les nôtres allaient par le rivage, les frappant et les vainquant. Vous auriez vurU
voler les carreaux, et les Grecs mourir en masse. Les nôtres les choquèrent si bifln
qu'ils les repoussèrent dans la ville. Us les attaquaient comme des lions, feappant $ilt
eux et sur leurs chevaux. Devant la vaillante nation latine s'enfuyaient les Greca eiiaB
Arméniens. Nos gens les poursuivirent jusque dans la campagne si vivement qa'ikien
chassèrent l'empereur, qui prit la fuite. Le roi le poursuivit tant qu'il s'empara d*nn die»
val ou d'une jument, je ne sais, qui avait un sac attaché derrière la selle et. des ëtimi
de corde. D'un bond il fut en selle, et dit au lâche et perBde empereur : «L'empWBkff,
II, xxini. viens ! Joute avec moi ! » Mais celui-ci n'en avait cure. A la nuit, sans plus attendbe-t la
roi fit mettre à terre tous les chevaux qui étaient dans les énèques; l'empereur ne savait
pas qu'il en eût avec lui. On promena les chevaux car ils étaient tout engourdis, étow?
dis et harassés d'être restés un mois en mer sans pouvoir se coucher. Sans leur dottiiii
plus de repos , quoiqu'ils y eussent bien droit , le roi , qui poursuivait son enCrepett#*
y monta le lendemain. Assez près, dans un bois d'oliviers le long de la route, il y/avait
des Grecs avec bannières et pennons. Le roi les en débusqua; il se mit en tête le beanafe
d'acier, et les suivit en^ grande allure. Vous auriez vu là de braves gens. Ceux dedevaot
les mirent en fuite; les Grecs s'enfuirent, les nôtres les poursuivirent tant qu'iia vÎMit
le gros de leur os(. Là ils s'arrêtèrent. Mais dans la poursuite les Grecs poussaieirt.de
telles huées et de tels cris (c'est ce qu'ont raconté ceux qui les ont entendus) que feoH
pereur les entendit de sa tente, à plus d'une demi-lieue. Il s'était retiré là; il y avait
diné et dormait; mais ce bruit le éveilla. Avec ses gens, il monta à cheval et vint sur
le haut des montagnes pour voir ce que feraient ses hommes, qui ne sftvaient^iipw
lancer des flèches. Us tournaient toujours en criant autour des nôtres, qui ne bougeaiMt
pas. Là vint au roi un clerc armé, qui s'appelait Hugues de la Mare, qui lui dU HM
bas : «Sire, allez-vous-en : ils ont des forces énormes. — Sire clerc, dit le coi^ mttai*
«vous de votre écriture, et tirez vous de la mêlée, au nom de Dieu et de sa mèva.;
«laissez-nous la chevalerie! n Celui-là et d'autres le lui disaient à cause du nombra^ilit
ennemis qu'ils voyaient, et il n'y avait pas près du roi, à ce moment-là, plus. de: quÉ»
rante chevaliers ou une cinquantaine au plus; mais le grand roi courut sus aux Maor
mis, plus prompt que la foudre qui tombe, plus ramassé que l'épervier cpii foad^sitf
■ «
. iktiH^'^mâi
L'BISTOIRB DE LA GUERRE SAtMtE. SSS
l'alouette (ceux qui ont vu cette charge radmirenl beaucoup). Il se jeta au milieu de
ces méchants Grecs, si bleu qu'il les mit tous en désordre et bs aitaugéa de telle sorte
qu'ils ne tenaient plus ensemble. Cependant ses gens arrivaient, et dès qu'ils furent en
nombre, ils en tuèrent et en prirent tant, sans parier de ceux qui s'enfuirent honteu-
sement, que jamais on ne sut le compte des morts; ceux qui étaient k cheval s'enfuirent
par monts et par vaux, et les piétons, les petites gens furent tous tués ou pris. Ce fut
une rude bataille. Vous auriez vu là tant de chevaux étendus ou trébuchant avec leur
charge, tant de hauberts, d'épées, de lances, de pennons et d'enseignes! L'empereur
vit que ses gens ne pouvaient tenir, et que les nôtres croissaient toujours. H s'enfuit
dans la montagne avec ses Grecs et ses Arméniens, nous laissant tout le pays. Quand
Richard vit qu'il s'enfuyait ainsi, abandonnant ses gens, il frappa celui qui portait la
bannière de l'empereur, s'en empara et ordonna qu'on la gardât bien. Voyant leurs
gens en telle déroute s'enfuir comme un tourbillon , avec plus d'une plaie en corps ou
en tête, il ne les fit pas poursuivre, car il n'aurait pas pu les atteindre, et la poursuite
de nos braves Francs avait [déjà] duré deux lieues. Il s'en revint au pas; mais les ser-
gents ne lâchaient pas prise : ils prirent de la belle et bonne vaisselle d'or et d'argent,
que l'empereur avait laissée dans sa tente, son harnois, son propre lit, des étoffes dé
soie et de pourpre, des chevaux et des mulets chargés comme pour un marché, des
hauberts, des heaumes, des épées que les Grecs avaient jetées , des bœufs, des vaches,
des porcs, des chèvres agiles et mutines, des moutons, des brebis, des agneaux, des
juments, de gras et beaux poulains, des coqs, des poules, des chapons, de gras mulets
chargés sur le dos de bons coussins bien brodés et de beaux et précieux vêtements, et
de bons chevaux qui valaient mieux que les nôtres, qui étaient fatigués. Ils prirent
aussi le drogman de l'empereur, que j'entendis appeler Jean, et tant de Grecs et tant
d'Arméniens qu'ils encombraient les chemins, tant de bons vins et tant de victuailles
que personne n'en sait le compte. Le roi fit crier un ban, donnent sûreté, pour aller
et venir, à tous les gens du pays qui ne voulaient pas la guerre; quant à ceux qui ne
voulaient pas la paix, ils n'auraient de lui ni paix ni trêve.
Le samedi de la semaine où les Grecs avaient tant souffert, il arriva à Limeçôn trois V. 1701.
galères qui revenaient de Cypre : le roi de Jérusaleni y était, et on le regarda beau- n.nin.
coup. C'était le roi Gui de Lusignan, qui avait eu tant de peine et de fatigue pour sou-
tenir la Terre Sainte. Il était obligé de venir, parce que le roi de France, ce qui lui
causait grand chagrin, voulait lui faire tort en donnant la royauté au marquis de Mont-
ferrât. C'est pour cela qu'il avait abandonné le pays, et qu'il venait demander au roi
d'Angleterre de l'aider à maintenir son droit. Le roi fut très content d^ sa venue et alla
aussitôt à sa rencontre; et vous pouvez être sûrs qu'il le reçut de boâ cœur, car il était
de grand lignage, et ses parents, qui étaient là, n'avaient point l'air d'être des gens
de peu. Le roi lui fit grande joie et l'honora de maintes manières, et lui donna par
354 L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
grande courtoisie, de son trésor, environ deux mille marcs et vingt coupes, dont deux
H, iixT. d'or fin; ce n'était pas là un don mesquin. Le lendemain au malin, la demoiselle de
Navarre, la belle au clair visage, la femme la plus sage que l'on pût trouver ou sou-
haiter, fut épousée et couronnée à Limeçon. Voilà le roi en gloire et en joie de sa vic-
toire et de son mariage avec celle à qui il avait donné sa foi. Voici venir ses galères,
qu'il avait tant attendues, si bien armées et garnies que nous n'en avons jamais vu de
telles, et avec elles les cinq qu'on avait gagnées à Limeçon. Avec les autres, qui
étaient dans les ports, dont il tirait maintenant tout ce qu'il voulait, il en avait bien
quarante d'armées, qui en valaient cinquante. C'est ainsi que plus tard il prit le vaisseau
* merveilleux où il y avait de vaillants guerriers estimés à huit cents, Turcs et Persans
infidèles. Le roi en eut plus d'entrain encore à l'encontre des Grecs et des Arméaiens
II, xxxTi. maudits. Il fit préparer son ost et veiller les gardes par nuit, pour aller chercher Tem-
pereur et le prendre au cœur de sa terre.
V. 1765. Après cette déconfiture, où les Grecs avaient eu tant de honte, l'empereur avec sa
grande compagnie était à Nicosie, courroucé, dolent et éperdu d'avoir perdu ses
hommes et d'avoir été repoussé. Il ne pouvait s'en consoler; mais il était trop hai dans
son pays, et il craignait le roi d'Angleterre. Il lui demanda une entrevue pour lui faire
réparation et lui fit dire qu'il viendrait à lui, qu'il lui tiendrait loyauté, qu'il mènerait
avec lui cinq cents hommes à cheval jusqu'en Syrie pour le service de Dieu, et qu'il
ferait tout ce que le roi voudrait. Il ajoutait, pour que le roi n'eût pas de doute, qu'il
donnerait en gage ses châteaux et toutes ses riches possessions, et pour les pertes que
nous avions faites, il payerait trois mille cinq cents marcs d'argent, à condition que,
s'il le soldait loyalement, on lui rendrait sa terre en récompense. Le roi et l'empereur
convinrent de l'entrevue ; on prit un terme des deux parts et on n'attendit pas. Ce fut
dans un bois de figuiers, entre le port et la route de Limeçon, si je ne me trooape;
c'est là qu'ils se rencontrèrent (^) et on y dit des choses meilleures que celles qui furent
faites.
V. 1801. Le roi appela son conseil et les plus sages de ses gens, et il dit à ceux qui l'entou-
raient et qui désiraient beaucoup cette paix : ce Seigneurs, vous êtes ma main droite;
((voyez si cette paix peut se faire; gardez que votre honneur y soit sauvé et n'y soit en
ce rien compromis. Elle sera faite si elle vous plaît; si elle vous déplatt, elle né se fera
«pas. — Sire, dirent-ils, elle nous agrée et nous la trouvons honorable.') Ils retour-
nèrent en arrière, et s'accordèrent à la paix. Aussitôt l'empereur prêta serment au roi,
lui donna toute garantie et le baisa en signe de foi. Le roi revint à l'ost, qui était
tout près; il y fut bientôt. Il commanda, sans plus attendre, que Ton chargeât trois
. riches tentes qu'il avait prises lors de la déconfiture de ces méchants Grecs (elles appar-
'•^^ Cette traduction est conjecturale, le vers 1798 est altéré et incompréhensible.
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 355
tenaient à l'empereur et étaient de futaine), et beaucoup de riche vaisselle. 11 envoya
le tout, courtoisement, à l'empereur, qui prit la vaisselle et fit rendre les tentes, à la
place même où avait eu lieu l'entrevue dont nous vous avons parlé.
Ce soir même où la paix fut ainsi arrangée, il y avait avec l'empereur un chevalier V. i833.
calomniateur. 11 s'appelait Païen de Gaïphas; il était perfide et plus méchant qu'un ii, »xtiii. j^y ^
chien : il persuada à l'empereur que le roi voulait le faire prendre; mais c'est .un
mensonge qu'il lui fit accroire. L'empereur aussitôt monta sur un cheval rapide, qu'ils
appelaient Fauvel; il fit semblant d'aller se promener, et prit la fuite, laissant là équi-
pages et tentes, comme un homme qui perd la tête, et deux destriers forts et vites. Il
s'en alla le plus rapidement qu'il put. Le roi apprit qu'il s'était enfui, mais il ne permit
pas qu'on le poursuivit, car il ne voulait pas enfreindre la trêve, et [d'ailleurs] aucun
cheval n'aurait pu l'atteindre. Mais, voyant cette fuite, il ne voulut pas le tenir quitte , et
se résolut à le joindre par mer ou par terre. Ses galères s'ébranlèrent dès la nuit, et
arrivèrent, bientôt à Fomagouce. Il y alla lui-même pour presser l'affaire. Il dit au roi
de Jérusalem de l'accompagner le long du rivage, et de suivre l'empereur trattre et par-
jure jusqu'à ce qu'on l'atteignît. Le roi Gui se mit en marche; il vint en trois jours
à la cité de Fomagouce, dont les gens étaient partis. Le roi y était venu avec ses ga-
lères. Il fit surveiller par ses galères tous les ports, pour que l'empereur ne pût s'en
aller par mer sans les rencontrer, et elles restèrent là trois jours, après s'être séparées
des énèques.
Pendant qu'on demeurait là, vinrent deux messagers de France, Dreux de Mello et V. 1879.
l'évêque de Beauvais, pour presser le roi, et ils le pressèrent avec excès, d'aller promp-
tement à Acre, car le roi de France ne donnerait pas l'assaut avant qu'il y fût venu.
Ils le tourmentèrent et le pressèrent et allèrent jusqu'à l'insulter, tant que le roi se
courrouça et leva les sourcils en haut. 11 y eut là des paroles dites qu'il vaut mieux ne
pas écrire. Mais ils avaient beau le hâter, ils y perdaient leurs paroles; car il s'était bien
hâté de lui-même, et, ayant commencé avec les Grecs, pour la moitié de l'argent qui
est en Russie il n'aurait rien fait en Syrie avant d'avoir conquis Gypre, cette tie qui
fournit tant de provisions, et il n'aurait jamais voulu la laisser ^^^ avant de l'avoir prise.
Et ceux qui venaient le presser croyaient qu'il se reposait! Il partit donc avec son ost
et marcha droit sur Nicosie ; chacun porta là ses provisions et tout ce qu'il lui fallait
pour la guerre. L'empereur, caché près de là, le guettait. Le roi faisait Tarrière-garde,
pour qu'on De reçût pas de dommage par derrière. Soudain l'empereur sortit de son
embuscade avec environ sept cents de ses hommes , que leur couardise rendait impuis-
sants. Ils allèrent lancer des flèches à l'avant-garde, et on les laissa approcher. L'em-
pereur harcelait l'armée sur les flancs, comme un Turcdple, tant qu'il arriva à l'arrière-
^'^ Peut-être faut-il corriger ainsi le vers igoS : Ne il ne deignaet pat e'emprite.
w * '
356 L'flI5T0IRE DE LA GUERRE SAINTE.
garde que menait Je roi Richard, et lui lança deux flèches empoisonnées. Le roî fiMlit
des rangs, s'élança, et peu s'en fallut qu'il ne tirât vengeance de ce mauvais «mperMr;^
mais celui-ci était monté sur Fanvel, qui, aussi rapide qu'un cerf, le porta droit kmkk
château de Candaire, plein de deuil et de dépit. Quand le roi vit qu'il ne le preodmt
pas, il se dirigea vers Nicosie. Nos gens avaient gagné là de bons chevaux, et lâalmettéit
pris beaucoup de Grecs qui s'étaient trop approchés de nous. lis suivirent le roi, n'ayéftt
plus rien à craindre. On arriva au matin à Nicosie. Les bourgeois de la ville n'atten**
dirent pas : ils venaient de toutes parts au roi, le tenant pour leur vrai seigneur et imir
père. Le roi leur fit raser la barbe. Quand l'empereur l'entendit dire, il en ent ie|
courroux qu'il en pensa perdre le sens, et il maltraita ses gens et les nôtres; aux stefti^
qui venaient se rendre à nous, quand il pouvait les attraper, et aui nôtres qu'il pmth
vait prendre, ne pouvant se venger autrement, il faisait couper les pieds ou lespotdga,
crever les yeux ou trancher le nez. Le roi recevait les hommages des plus sages et des
ii,iim. meilleurs, qui abandonnaient volontiers l'empereur, qu'ils haïssaient. Il divisa Tost en
trois parties et fit assiéger trois châteaux , dont deux furent pris facilement. L'une ébê
divisions alla à Cherines^^^ dont on fut bientôt maitre. Ce fut le roi de Jérusalem qti^
donna cette place h Richard. 11 conduisit et ramena bien nos gens; il les fit armer près
du château , l'assiégea par terre et par mer et donna vivement l'assaut. Ceux du chAteM
n'avaient pas de secours; ils ne purent tenir et il leur fallut parlementer. Ils rendirent
au vaillant roi Gui le château, et aussi la fille de l'empereur; ce qui mit celuin» en 0i
grand émoi que rien ne put le consoler et qu il n'eut plus ni sens ni conseil. Le roi
Gui fit dresser sur la tour les bannières du roi, mit des gardes dans le château et méfia
l'ost à Didemus. >
V. J987. Didemus est un fort château, et on n'aurait pu le prendre par force; mais ceux q[U0
l'empereur y avait envoyés étaient si troublés des nouvelles qu'ils apprenaient qu'ils ré^'
sistaient à peine. Cependant ils nous envoyèrent à plusieurs reprises de grandes pierree^
Le château n'aurait rien eu à craindre sans la peur qu'avaient ces couards. Le roi Ouf
l'assiégea et y resta plusieurs jours, tant que l'empereur ordonna de le rendre et St
descendre de haut en bas ceux qui l'occupaient. Quand ils se furent rendus, à ce qtfeU
m'a rapporté, le roi Gui en prit possession. 11 ordonna que la jeune fille fût bien gard^
dans la tour, afin qu'on ne pût l'enlever. Puis il ramena son ost en arrière; mais {MHT
le pays il trouva une grande cherté.
V. 9009. Le roi Richard était resté malade à Nicosie; dès qu'il se sentit mieux, il assiégea Bu"-;
fevent, un château extrêmement fort. Ecoutez l'étrange aventure de ce méprisable éËlH'
pereur, que ses méfaits perdaient. 11 s'était enfermé dans Gandaire, plein de honte et é»
(0 Ce nom est donné par le lalin, et M. Slubbs Tidentifie à Ghyma. Il faut donc corriger ainsi le ven 1967 :
L'une oêt mala a ChêHneê.
Il . XI..
'■•i^'iii
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 867
deuil; il se voyait pris comme dans un piège. Quand il sut le siège de Bufevent, et que
sa fille, quil aimait plus que rien au monde, était prisonnière dans une tour, cela
l'engagea beaucoup à faire la paix telle qu'il pourrait l'obtenir, à quelque dommage
que ce fût. £t le dommage fut bien grand , quand on songe à tous les châteaux qu'il
avait et à cette grande richesse à laquelle il renonçait par sa lâcheté. Mais ce qui l'avait
perdu, c'est que tous les siens l'avaient abandonné. Il le fallait : il n'attendit plus.
Il descendit de Candaire, et alla se rendre au roi Richard, n'espérant plus se défendre.
Avant de venir, il lui fit demander d'avoir pitié de lui, lui promettant de tout mettre
en sa merci, sans rien garder, ni terre, ni château, ni maison, le suppliant seulement,
par honneur et par raison , de lui faire la grâce de ne pas le mettre en fers ni en liens :
et le roi, pour ne pas faire crier les gens, ne le mit que dans des chaînes d'argent. 11 vint
devant le roi, à genoux, s'humiliant, criant merci; le roi vit qu'il était sincère. Il con-
sidéra ses malheurs et ses pertes, comprit qu'il ne pouvait plus leur nuire, et que Dieu
avait conduit cette affaire. Il voulut la terminer : il releva l'empereur, le fit asseoir près
de lui et lui fit voir sa fille. Quand il la vit, il fut plus content que s'il avait tenu Dieu
par les pieds. 11 la baisa cent fois en pleurant. Que vous dirais-je de plus? En quinze ii, m.
jours, que je ne mente. Dieu ayant tout mené, le roi eut Cypre à sa disposition et au
pouvoir des Francs.
Quand le roi se fut emparé de Cypre, en bonne étrenne, pour le service de Dieu, V. ao65.
qu'il eut les châteaux et les forteresses dont il avait mis dehors les sales Grecs, il trouva
les tours toutes remplies de trésors et de richesses : de pots, de chaudières et de
grandes cuves d'argent, de coupes et d'écuelles d'or, d'éperons, de mors, de selles, de
pierres précieuses, si salutaires contre les maladies, d'étoffes d'écarlate et de soie (je n'en
vois jamais de pareilles), et de tous autres objets semblables qui conviennent aux grands
seigneurs. Le roi d'Angleterre conquit tout cela pour l'employer au service de Dieu
et k la délivrance de sa terre. Il envoya l'ost à Limeçon , priant ses compagnons de
hâter leur départ et celui de la flotte sans perdre un moment. Il chargea le vaUlant
roi Gui de garder l'empereur. Sa fille, qui était fort belle et toute jeune fillette, il la
fit envoyer à la reine pour qu'elle reçut une bonne instruction. L'ost vint alors droit ii, un.
à la flotte, se prépara et se hâta autant que possible. On remonta dans les énèques,
et on fit voile quand le moment fut venu, emmenant les reines et les dromons qui
étaient restés au port. Le roi laissa à Cypre des gens qui s'entendaient à la guerre,
et ceux-là envoyèrent des provisions, de l'orge, du froment, des moutons, des
bœufs, toutes choses dont l'île était bien garnie et qui rendirent de grands services en
Syrie.
Voilà qu'on apporta au roi, par mer, et qu'on lui raconta la nouvelle que la prise V. 1107.
d*Acre était en train et que la ville serait emportée avant qu'il y pût arriver. « Puisse
c(une telle chose ne pas advenir, dit-il, que nul la prenne sans moi!» Il ne voulut
358 r/HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
|)lus rien attendre, sinon que 9es compagnons Teiissent rejoint ^^^ Mais beaucoup
s'en mêlèrent. A Fomagouce il entra en mer et fit armer ses galères, et monta lui-même
dans une d'elles, merveilleusement belle, grande, forte et rapide. H n'y a pas sous le
ciel un port qui ne fût épouvanté en voyant approcher des galères si merveilleuses,
armées de gens si bellic|ueux. Voilà en route les galères, qui étaient toutes de preoiier
choix : le roi devant, suivant son usage, sain et léger comme une plume. Aussi vite
que courrait un cerf, il traversa la mer; il vit Margat, sur la côte de la vraie terre
de Dieu, puis Tortose, située sur une mer agitée. Il passa rapidement devant Tripe,
Infré et Botron, et ensuite il vit Gibelet et la tour qui domine le château.
v. 3i/ji. Devant Saette, près de Barut, le roi aperçut un vaisseau rempli des gens de Sala-
hadin. Saffadin l'avait chargé et rempli des meilleurs Turcs qu'il avait pu trouver. Us
n'avaient pu entrer dans le port d'Acre, et ils ne faisaient que tourner autour, attendant
une occasion. Mais leur dessein fut déjoué. Le roi fit pousser rapidement sa galère pour
les atteindre : quand il fut près du vaisseau, il le vit grand, large et haut. Il était mAtë
de trois grands mâts, et on voyait bien qu'il n'avait pas été construit hâtivement. Les
infidèles l'avaient couvert d'un feutre vert d'un côté et d'un feutre jaune de l'autre; il
était ainsi paré comme un ouvrage de fée , et si rempli de provisions de toute sorte
qu'il n'y en avait nombre ni mesure; et quelqu'un qui le savait, qui avait été h
Barut quand on avait chargé le vaisseau qui fut déchargé si honteusement, raconta
qu'il y avait vu porter cent charges de chameaux de bonnes armes aiguisées, des arcs,
des javelots, des carreaux, des arbalètes à tour, à roue et à main, et huit cents Turcs
d'élite, poussés par les diables, et des munitions et provisions qu'on ne pouirait
compter; et du feu grégeois dans des fioles, dont on parlait beaucoup; et on avait mis
dans le vaisseau deux cents serpents noirs et hideux (c'est ce que raconte l'histoire
écrite et celui qui avait aidé à les y mettre), qu'ils voulaient laisser courir parmi notre
armée, pour faire dommage à nos gens. La galère les approcha de si près qu'elle les
touchait presque. Nos rameurs les saluèrent, ne sachant pas qui ils étaient, et leur de-
mandèrent d'oi!l ils venaient et qui était leur seigneur. Ils avaient un interprète parlant
français, et ils répondirent qu'ils étaient Génois ^"-^^ et qu'ils voulaient aller à Sur. A ce-
moment se leva un vent d'Arsur, qui les éloigna de la galère. Un matelot avait regardé
avec attention le vaisseau et ceux qui étaient dedans, et qui auraient bien voulu s'écar-
ter. Il dit au roi : ccSire, écoulez-moi! Faites-moi tuer ou ])endre si ce vaisseau n'est pas
«un vaisseau turc. ^î Le roi dit : « En es-tu sûr? — Oui , sire , certainement. Envoyée tout
«de suite après eux une autre galère, et qu'on ne les salue pas : vous verrez ce qu'ils
«feront et de quelle foi ils sont. » Le roi donna l'ordre : la galère s'approcha d'eux, mais
ne les salua pas, et eux, qui ne se souciaient pas de notre approche, commencèrent à
'•^'' Lacune d'un vers.
■' Corrigez ainsi, d'après le latin, le ver» 2192 : Si distvent querent Geneveis,
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 359
tirer avec des arcs de Damas et des arbalètes. Le roi et ses gens étaient togt prêts pour
l'attaque, et quand ils les virent tirer sur les nôtres, ils les assaillirent vivement. Eux se
défendaient très bien, et lançaient leurs traits plus dru que grêle. La mêlée commença
des deux côtés. Le vaisseau avait peu de vent pour marcher, et les nôtres l'atteignaient
souvent, mais ils n'osaient pas y monter et ne pouvaient le réduire. Alors le roi jura son
serment qu'il ferait pendre les gens des galères s'ils se relâchaient et laissaient les Turcs
leur échapper : ils s'élancèrent, plongèrent corps et têtes, passèrent par dessous le
vaisseau, et, revenant de l'autre côté, attachèrent des cordes aux gouvernails du vais-
seau des infidèles, pour les gêner, les contrarier et arrêter le vaisseau. Enfin ils s'avan-
cèrent et grimpèrent si bien qu'ils se lancèrent dans le vaisseau même. Les Turcs, qui
n'étaient pas gauchers, se jetèrent sur eux pour les massacrer. Nos gens, qui s'enten-
daient à telles affaires, étaient montés de force sur le pont; les ennemis leur tran-
chaient pieds et poings et leur faisaient beaucoup de mal; mais les gens des galères ^^\
les poursuivirent jusqu'au port. Les Turcs, qui craignaient la mort, se résolurent à une
rude défense. Ils montaient sur le pont par escouades ordonnées d'avance : sans cesse de
nouveaux hommes, bien armés de belles armures; on se combattait des deux côtés et
on s'abattait dans le vaisseau. Enfin les Sarrasins firent tant qu'ils chassèrent nos gens.
Ceux-ci rentrèrent dans les galères et recommencèrent l'assaut. Le roi leur dit de
heurter le navire ennemi jusqu'à ce qu'ils l'eussent crevé. Ils s'élancèrent, ils le heur-
tèrent si bien qu'ils y firent plusieurs trous, et par ces trous le vaisseau coula. Voilà
la bataille terminée. Les Sarrasins, perdant cdbrage, sautaient en mer par dizaines, et
chacun en tuait tant qu'il pouvait. Vous auriez vu là le roi Richard lancer de fiers
coups, et en tuer plus d'un. Il en retint trente-cinq qu'il fit garder en vie, des émirs et
des ingénieurs fort habiles. Les autres. Turcs, Persans et renégats, furent noyés. Si ce
vaisseau était entré dans le port, jamais Acre n'aurait été prise, tant il y eât porté de
moyens de défense; mais Dieu qui pense aux siens l'empêcha, et aussi le bon roi d'An*
gleterre, qui était toujours aventureux en batailles. Les Sarrasins postés sur la mon-
tagne avaient vu cette affaire. Ils le mandèrent à Salahadin , pleins de dépit et de colère.
Quand Salahadin l'apprit, de douleur il tira trois fois sa barbe, et dit, comme un
homme éperdu : c^ Dieu! j'ai perdu Acre, et mes gens, dont je me croyais sûr. Vous
(t m'avez donné trop de malheur! 79 Dans l'armée des païens, à ce que nous contèrent
ceux qui l'ont vu , ils en firent tel deuil que les Turcs en coupaient leurs tresses et
déchiraient leurs vêtements, parce qu'ils avaient perdu, en ce vaisseau, leurs amis et
leurs seigneurs.
Quand le roi eut pris ce fort navire, et vaincu ceux qui le montaient, il n'eut plus V. 9399.
de désir que pour Acre. 11 s'y dirigeait de grand cœur, suivi de ses galères en bon m, 1.
^') La Gn du vei^ 3966 manqae, le scribe ayant écrit par erreur la Gn du vers suivant; du reste tout le pas-
sage est altéré et incoinplel; cf. le latin.
s5
nrumus ■ârtoBâta.
360 L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
ordre, qui s'étaient vengées du vaisseau ennemi. Gomme il avançait avec sa flotte, DJeu
lui envoya un vent du nord. En bonne disposition ainsi que ses gens, il passa la nmt
devant Sur. Au matin, le preux roi, le cœur de lion, passa devant Gandalion et GmiIt-
Imbert. De là il vit Acre à découvert, et, tout autour, la fleur des gens du monde «ntier^
qui campaient devant. Il vit les montagnes, les collines, les vallées et les plaines embr
vertes de tentes et de pavillons et de gens qui voulaient nuire à la chrétienté, et^i
étaient en trop grand nombre. Il vit les tentes de Salahadin et celles de Saphadin aob
frère, et l'ost des païens, serrant de bien près la nôtre. D'autre part, Quahadin, lewé'^
néchal des Sarrasins, gardait le rivage et faisait grande guerre aux chrétiens , leur
donnant souvent et volontiers de grands assauts et d^ grandes poursuites. Lé roi
aperçut et regarda tout, et considéra tout attentivement. Quand il vint près damage^
vous auriez vu le roi de France, avec tous ses barons, et des gens en grand nondNPe,
m, u. à sa rencontre en grand désir. Il descendit à terre : là vous auriez entendu les trompes
retentir en l'honneur de Richard le nonpareil. Tout le peuple était en grande joie de
son arrivée; mais les Turcs qui étaient dans Acre furent épouvantés de sa venue et de
le voir avec toutes ses galères. Ils comprirent qu'ils ne pourraient plus entrer et soitic,
ce qui avait fait tant de tort aux nôtres. Les deux rois firent route ensemble toojoais
côte à côte. Le roi Richard vint à ses tentes, et pensa avec grande attention au moyen
de prendre Acre le plus tôt possible.
V. 3355. La nuit était claire et la joie grande. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu et qpit'eii
puisse raconter une joie pareille à celle tju'on fit en lost de la venue du roi. OnmOh'
nait les timbres , les trompettes , les cors et d'autres instruments. Tout le monide se
divertissait à sa manière. On chantait dé belles chansons et de beaux airs; par les rMSt
les échansons portaient du vin dans de belles coupes aux grands et aux petits. Ce ^fa
réjouissait tant l'ost, c'est que le roi avait pris Cypre, d'où ils attendaient un ravkdlle^
ment abondant. Tous étaient pleins d'espérance. C'était un samedi soir. Je ne croisais
que vous ayez vu nulle part tant de cierges et tant de lumières; si bien qu'il seuAUt
aux Turcs de l'armée ennemie que toute la vallée était embrasée de feux. Quand ik
surent la venue du roi, à qui on faisait telle fête, ils firent semblant d'en êtteexàUê;
au matin ils emplirent la vallée, nous harcelant, nous lançant des traits, s'élançantsar
le fossé, et tourmentant l'ost autant qi/ils le pouvaient.
V. 9387. Nous laisserons pour le moment ce récit (ceux qui resteront auprès de moi me Ten-^
tendront bien continuer quand la matière le voudra); nous ne nous occuperons ph»
des deux rois et de leur arrivée , dont j'ai tant parlé que je les ai amenés à Acre. Ècmiifit
bien et faites attention. Je veux interrompre ce sujet et briser ici mon fil; mais il tira
renoué et rattaché plus tard. Les rois ne vinrent pas, en eflet, les premiers au siègOt
mais les derniers, et Aubroisb veut faire entendre et savoir à ceux qui voudront fap-
prendre comment la ville d'Acre avait été assiégée. Il n'en avait rien vu, et n'ensdit
'>''i^l?*Â: .^i
■f?i'im,kàà
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. S61
que ce qu'il en a lu. Vous allez entendre quelles gens l'assiégèrent et combien leur
entreprise fut hardie.
Vous m'avez entendu raconter, et il est bon de le rappeler, au commencement de V. 1609.
cette histoire, vous vous en souvenez peut-être, le grand dommage et la grande perte
qui étaient arrivés en Syrie au temps du roi Gui, qui eut tant à souffrir. Mais tout le
monde n'a pas su comment il avait été trahi par jalousie.
Il y avait dans la terre d'outre-mer un roi qui y avait été élevé. Il s'appelait Amauri. V. 9619.
De lui naquit le roi Baudouin le lépreux. Baudouin vécut son temps, et fut enfin livré (cr. 1, un.)
aux vers. Il avait pour sœurs deux demoiselles belles et sages. L'une était femme d'un
baron qui s'appelait Hainfroi du Toron; l'autre avait épousé le comte Guillaume
Longue-Ëpée, seigneur de Jaffe sur la mer, frère du marquis de Montferrat. Elle eut de
lui un héritier mâle, qui s'appela Baudouin comme son oncle. Le comte mourut, comme
le voulut le sort , et l'enfant vécut. Gui de Lusignan désira la comtesse et l'épousa.
Baudouin l'enfant fut roi; mais il ne le fut guère : c'est ainsi que Dieu gouverne le
monde. Quand l'enfant fut mort, le royaume revint de droit à la dame, et Gui se fit
légitimement couronner roi, ce qui fut cause de bien des guerres.
Entre Salahadin, dont j'ai tant à conter, et le déloyal comte Raimond [de Tripe], il Y. 9^67.
y avait depuis longtemps une alliance dont tout le monde parlait en Syrie. Raimond (c/. i,t.)
croyait pouvoir s'emparer du royaume, à cause de sa richesse , et parce qu'il était comte
de Tripe; mais. Dieu merci, il ne l'eut pas. A son couronnement, le roi Gui, auquel
Dieu avait accordé cet honneur, convoqua tous ses barons sans exception. Le comte de
Tripe y fut aussi mapdé; mais inutile de demander s'il se moqua de la convocation,
et s'il fit une réponse injurieuse. Le messager s'en retourna, et le comte se mit en route
et alla se plaindre à Salahadin , disant qu'il ne pouvait rester dans sa terre à cause
de la haine du roi Gui à qui le royaume était échu. Il lui dit et il lui mentit tant, que
la chrétienté s'en ressentit [Ului demanda], par l'amitié qu'il avait pour lui,
de l'aider à se venger. Seigneurs, c'est à cette entrevue que l'on convint de la trahison
par laquelle la sainte croix fut perdue et la chrétienté mise en grand émoi. Le comte
fut encore mandé à la cour, et on le pressa beaucoup d'y venir; mais il ne voulait pas
y aller, ni rien tenir du roi Gui. Le roi le manda une troisième fois, promettant de ne
lui faire que droit; enfin il y vint à la malheure, car il était déjà assuré de faire grand
mal au pays. C'est par lui que commencèrent les désastres; mais il en mourut honteuse-
ment, comme l'histoire le raconte.
Vous avez souvent entendu raconter que quand ce roi Gui fut couronné, il ne se V. «689.
reposa pas deux mois; mais il fit par toute la terre de Syrie chercher et convoquer ses (cr. i, a.)
gens pour qu'ils le vinssent secourir, car Salahadin avait déjà fait entrer ses coureurs
dans le pays; son armée y avait pénétré et avait déconfit les chrétiens, cent chevaliers
d'élite , et avait tué Jaquelin de Mailli , au grand chagrin du Temple. Cette défaite fut le
95.
362 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
commencement des malheurs qui, depuis, ont si longuement désolé la chrétienté. Le
comte de Tripe, qui avait la lippe pendante, manda alors au roi Gui qu'il viendraU
à lui et qu'il lui prêterait secours; il vint et se mit d'accord avec lui; mais le peu^e
raconta ensuite que c'était un faux accord, et qu'il le trahit, sans l'avoir défié-, dans la
grande bataille où ils furent tous deux, et où moururent tant de braves gens. Use
peut qu'il l'ait fait, il se peut qu'il ne l'ait pas fait; mais la plupart assurent quil letiiH
hit dans la bataille, et, s'il le fil, il aurait mérité d'être englouti en terre. SalahadÎD
avait convoqué ses gens dans tous ses neuf royaumes, armés d'arcs, de heaumes el
de hauberts; faibles et forts, tous y vinrent en grand nombre. Il y avait là beaucoup
d'émirs de nom, beaucoup de nobles hommes renommés, bien préparés, en quitttat
leur pays, à nuire à la chrétienté.
V. a53i. Le roi Gui et ses hommes, et avec lui des Vénitiens, ayant réuni toutes ses forces,
(Cf. I, f.) avait envoyé l'une des osts à Saforie et l'autre au port de Tabarie. Celle qui descea*
dit à Tabarie y alla à la bonne heure, car ceux qui y perdirent leurs corps y len*
dirent leurs âmes à Dieu. Le comte de Tripe les conduisait, qui ne s'occupait que de
les trahir. Nos gens ne se gardaient pas de lui, et faisaient tout ce qu'il leur disait»
Il dit et fit tant que leur ost poussa la nôtre jusqu'à la mer de Galilée. Gomme 3s
n'avaient pas d'autre eau , le traître leur fit boire de celle de la mer, qui est d'aflleiiis
douce et bonne à boire; mais quand on en vint au combat, et qu'il aurait dû se com^
porter le mieux, il s'enfuit, et les autres restèrent et y laissèrent la vie du corps. Je ne
sais pas qui frappa et qui fut frappé, qui échappa et qui périt : je n'étais pas à la lia»
taille; mais ce que je puis vous dire sûrement, c'est que c'est I)ieu qui arrangea tout
cela, car il avait reconnu qu'il y avait au monde tant de péchés et de vices queUefi
peu de gens, sans ce moyen, auraient pu venir à lui. C'est à la Maréchaucie, près de
Tabarie, que le roi Gui livra bataille et renversa bien des Sarrasins. Mais déjà les
nôtres étaient tous blessés ou morts et décapités, et il n'y avait plus de ressource. Les
ennemis vinrent en foule sur le roi, tant qu'il fut renversé par terre et rudement nud-*
traité et battu. Il avait embrassé la sainte croix, qui, sans cette étreinte, eût souffert des
outrages quand on la prit; mais Dieu montra bien qu'il en avait soin.
V. 2679. Quand la bataille fut terminée, suivant la décision de Dieu , que le roi fut pris, la ci^
prise, et que presque tous les nôtres furent tués (ce qui décida tant de gens à se eroi*^
ser et à quitter tous les biens de la vie), Salahadin saisit tout le pays (ainsi Dieu donne
et enlève sa terre) excepté seulement Sur, Ëscalone et Jérusalem, qu'il ne tarda pas à
(Cf. 1, Tin.) prendre aussi. 11 alla assiéger Ëscalone, pensant l'avoir sans peine; mais ceux de la
ville tinrent contre lui avec courage et obstination, et il y mourut bien des Sarrasîiia
avant qu'il pût s'en emparer. Enfin il fit amener le roi devant la muraille et le leur
montra, proposant de le rendre si on lui ouvrait la ville; le roi leur fit dire de
résister et de ne rien faire pour lui; mais ils ne pouvaient résister davantagei ^9
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 563
leur fallut entrer en négociations. Ils rendirent Escalone, en échange du roi, et s*en
allèrent avec tout ce qu'ils possédaient. Le roi Gui fut donc mis en liberté, à condi-
tion, dit le livre, qu'il quitterait le royaume et s'en irait outre mer. En effet, il entra
en mer pour tenir sa promesse, et alla dans l'île de Tortose, ce dont ses gens étaient (Cf.i,ïi.)
fort en peine. Mais Salahadin, qui était un Sarrasin très sage, savait qu'il était mal-
chanceux et qu'il n'était pas, en guerre, âpre ni terrible. Il ne tenait pas à le
changer, et h avoir à craindre un autre roi. Il lui fit dire qu'il le quittait de sa pro-
messe. Le roi revint aussitôt à Tripe sur mer; il y trouva sa femme, et le comte
qui avait été son ennemi, et qui, dit-on, l'avait trahi. Il fit alors grand accueil
au roi, quelle que fût sa pensée de derrière; mais à quoi bon parler longtemps de
ce mauvais comte, de ce traître, qui mit la chrétienté en deuil et rendit tant d'en-
fants orphelins ? 11 paya cher son tort et sa trahison ; car. Dieu merci , il en mourut
subitement et vilainement. Je ne parlerai pas non plus du siège de Sur, qui fut pé-
nible pour Salahadin, où Guillaume de la Chapelle fit. tant de belles prouesses, où
les Frères de Tabarie, qui défendirent la ville, se Inontrèrent si loyaux envers le
Roi du ciel; ni du marquis de Montferrat, qui commença là par bien se conduire :
il venait d'arriver quand le pays fut conquis et il fit d'abord bon service à Dieu;
mais de ce bon commencement vint une suite mauvaise et déloyale. C'est au roi Gui
que j'en suis, qui sortait de captivité; je ne veux pas le laisser, et je m'attache à
ce sujet. Le roi Gui de Jérusalem était revenu à Tripe, au plaisir des petits et des
grands; mais il était pauvre et gén'é comme un homme qui sort de prison. Il ne prenait (cr.i.m.)
pas plus que son dA, car il n'avait rien au monde à prendre, et il était obligé de
dépenser. Il savait qu'Acre était prise, la clef de sa terre, et que ses gens étaient
chassés, et il ne savait à qui recourir. Il se plaignit à Dieu de sa triste situation,
et Dieu y pourvut très bien. Un matin, la cloche sonnante, le prince d'Antioche fut
à Tripe trouver le roi Gui et lui demander de consentir à aller à Antioche avec lui
et à y séjourner jusqu'à ce qu'il eût trouvé et rassemblé des gens et qu'il sût où il
pourrait attaquer les Turcs et leur reprendre quelque chose. Le roi s'en alla avec le
prince dans son pays, à Antioche; il y resta quelque temps, versant bien des larmes
sur la Sainte Terre qu'il avait possédée et qu'il voyait perdue sous son règne. Puis il
revint à Tripe, s'équipa et s'arrangea, et, avec l'emprunt qu'il avait pu faire, il fit con-
voquer et apprêter tout ce qu'il put avoir de monde, car il ne voulait plus arrêter.
Comme il attendait là et s'occupait de réunir des gens, voici venir son frère, Jofroi
de Lusignan, réputé pour le chevalier le plus preux de son pays et toujours nourri
dans la guerre. Il avait d'abord débarqué à Sur, mais il n'y avait pas trouvé d'amis,
car le marquis et ceux qui étaient avec lui lui interdirent l'entrée du port. Jofroi partit
donc et s'en vint à Tripe, où il trouva le roi Gui , qui fit grande joie à son frère. Quand
le roi eut rassemblé ses gens, ils s'équipèrent, et, suivant le rivage, ils vinrent à Sur.
364 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Il avait peu de monde avec lui; il trouva les portes fermées, et le marquis, pat
voitise et par arrogance , lui fit interdire l'entrée : c était une mauvaise inspiration qui
lui faisait interdire au roi son propre domaine. Le roi, voyant qu'on ne ie laissait fu
entrer, dit qu'il ne supporterait pas cet outrage : il fit planter sa tente sur le sable,. «t
y campa en ferme résolution.
Y. 3719. L'ost se réunit près de Sur, et sachez qu'il fut très pénible au roi de se voir interdire
la ville; mais c'est ce qu'avait arrêté d'avance le perfide marquis de Montferrat, le-ffis
du vaillant Conrad, qui avait été pris dans la grande bataille. Celui-là n'aurait pas a§i
ainsi, car c'était un loyal prudhomme; mais le fils était déloyal. Les gens de Sur ^
aimaient Dieu et qui s'en faisaient honneur quittèrent la ville et vinrent trouver jle nei
(Cf. I , xiTi.) dans l'ost. C'étaient les preux Allemands qui y tenaient alors grande place et les Frères
de Tabarie, les gens les plus loyaux de la Syrie, puis les vaillants Pisans qui, pour le
service de Dieu, avaient abandonné leurs maisons et leurs terres, et qui condaînreBt
leurs femmes et leurs enfants assiéger les Sarrasins dans Acre.
V. 3763. Le roi était joyeux d'avoir son frère. L'histoire véridique dit qu'il s'était reposé quatre
i, xxn. mois avant de camper sur le sable du rivage devant Sur, qui lui appartenait léf^&BOÊr
ment. Et quand il eut amené les gens qu'il avait réunis dans tout son pays, en coaq[4atf
ceux qui étaient venus avec son frère et qui tenaient une grande place , il n'avait ^e
quatre cents chevaliers et sept mille piétons à mener au siège d'Acre. Jamais un aolre
n'aurait eu pareille audace, et c'est prodigieux qu'il ait entrepris (si ce n'est qu'il eefiip**
tait sur la protection de Dieu) d'aller combattre des gens qui étaient plus de cent eeotie
quatre; mais Dieu voulait amener ce qui en advint et la grande armée qui se rassem*
bla devant Acre. Salahadin fortifiait la ville et s'en travaillait beaucoup, pensant bîett
qu'on essayerait de la lui reprendre. Le roi se lança dans cette aventure pour Dieu» &k
qui il se confiait. Il conduisit ce qu'il avait d'armée par un chemin qu'il connaissttlL
Entre Acre et Sur, il y a un passage difficile , qu'on appelle Candalion : le roi le pïMsa
rapidement avec son armée ; Salahadin ne le sut pas , car, s'il l'avait su , tout ¥at de
Russie n'aurait pas empêché les chrétiens d'être mis en pièces; mais Dieu voulait qu'A
en fût autrement, et c'était le commencement, qui depuis fut bien accrue de la revandM
des chrétiens. Voilà l'armée du roi venue devant Acre , au nom du saint sacrenleirit qoe
nous adorons : le roi monta sur le Toron.
V. 3787. Sur le Toron, devant Acre, vinrent les chrétiens qui venaient de Sur, et sadw
(CM uTiT.) pour certain qu'ils y montèrent par la nuit noire. Ils n'osèrent pas rester dans le bM
qui est au-dessous, et allèrent s'établir en haut. Au matin, quand les Turcs sortiireitt
d'Acre et les virent, voilà la ville en émoi et la chevalerie sur pied. Ils mandèfeil
à Salahadin qu'une poignée de chrétiens s'était follement jetée devant eux, et q«%ai
hfttât devenir leur couper la tête, car ils n'oseraient pas se défendre. Quand SalahadHf»
qui était occupé à mener vivement le siège de Beaufort, entendit cette noav^e^ H
jà,
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. S65
s'en réjouit beaucoup, il manda son arrière-ban et fit dire par ses terres que tous ceux
qui lui obéissaient vinssent en Syrie au butin. Il y vint trop de gens : que le Créa-
teur les confonde! Si on avait haché menu notre armée, il n'y en aurait pas eu une
pincée pour chacun d'eux. Il y avait trois jours que les nôtres étaient arrivés et se te-
naient en haut sur le Toron, où ils restaient en armes toute la nuit contre les attaques
des Sarrasins, quand voilà les troupes de Salahadin, Turcs, Persans et Bédouins, qui
occupèrent tout le pays. Le troisième jour de la semaine, Salahadin y vint lui-même,
pensant qu'il aurait bientôt les têtes des chrétiens. Ne vous étonnez pas si ceux qui
défendaient leurs têtes étaient inquiets et astreints aux veilles et aux fatigues sur le
Toron où ils se tenaient : les Turcs les attaquaient nuit et jour, les fatiguaient tant
qu'ils avaient peine même à manger. Là Jofroi de Lusignan se donna bien du mal
pour défendre l'ost; il était depuis longtemps hardi et preux, mais il conquit alors un
grand renom. Ils furent ainsi en péril depuis le lundi jusqu'au vendredi. Mais vous
allez voir comment Dieu protège ceux qu'il veut prendre sous sa garde : celui qui se
voue à son service, rien ne peut lui nuire. Comme le roi et tous les siens étaient en
telle crainte, qu'ils regardaient au loin en mer et suppliaient Dieu de leur faire quelque
secours, voici arrivée tout droit une belle flotte d'énèques, de gens qui venaient là.
C'était Jacques d'Avesnes, le Flamand: je ne crois pas qu'Alexandre, Hector ni Achille (Cf. i, mtiu.)
aient été meilleurs chevaliers et plus vaillants que lui; c'était Jacques, qui avait vendu,
engagé et dépensé ses terres et ses héritages pour mettre, en homme sage, son cœur,
son corps et son nme au service de Celui qui mourut et ressuscita. Il avait bien avec
lui quatorze mille hommes d armes renommés. Puis c'était la flotte de Danemark, et il
y avait aussi maints preux châtelains de la Marche et de Cornouaille, qui avaient de
bons chevaux bruns et bais, forts et rapides, à ce qu'ont dit ceux qui le savaient. Quand
ils furent près d'aborder, vous auriez vu la rage des Turcs. Ils couraient sur le rivage
et même entraient dans la mer, ceux du dehors et ceux d'Acre, et ils lançaient des
traits en grand nombre. Mais les nôtres descendirent du Toron et les combattirent
des deux côtés. Ils les pressèrent vivement ; les Turcs, à force de tirer, les repoussèrent,
mais néanmoins les autres réussirent à débarquer. Salahadin, quand il vit les nouveaux
arrivants, dit : (^ Voilà notre butin qui augmente. 79
Quand le haut Roi que nous adorons eut en si peu de temps grossi son armée , qui V. «885.
était près de périr et qui retrouva ainsi un peu de sécurité
ils reprirent courage tous ensemble et osèrent descendre du Toron. Ils dressèrent
des tentes et des feuillées, et assiégèrent la cité d'Acre; ils se trouvaient ainsi eux-
mêmes assiégés et attaqués de deux côtés. Les Pisans 'firent là prouesse. Us se logèrent
sur le rivage et le gardèrent contre les Sarrasins, afin qu'ils ne pussent prendre ni
endommager les vaisseaux qui aborderaient. Un vendredi au matin, il y eut du côté <a i,iinn.)
de Montmusart une fière rencontre y où on tua des gens des deux parts. Ceux de la
366 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
ville firent une sortie; ils ramenèrent par force dans Acre une grande caravane de
chameaux charges de provisions, et menèrent à Salahadin le butin quils y firent. Hi
sortaient d'Acre et y rentraient comme ils voulaient, car ils avaient la force.
\. 99 1 3. Les gens qui s'étaient enfermés dans Acre , sachez-le bien , n'avaient pas été pris à m
charrue ni à la charrette; on sut depuis qu'il n'y en avait pas de meilleurs parmi tÔQB
les infidèles pour garder et défendre une ville ou prendre de force un château. Il ne
1, XXIX. se passa pas plus d'une quinzaine que nous arriva le comte de Braine, et avec lui son
frère André, fils de bon père et de bonne mère; vinrent aussi le sénéchal de Flandrai,
et avec lui plus de vingt barons, et le landgrave allemand, amenant de bons chevaux^
d'Espagne; l'évéque de Beauvais, qui n était ni vieux ni infirme, et son frère le comte
Robert, chevalier adroit et agile; le comte de Bar, le plus courtois quon pût trouver»
et beaucoup d'autres, preux et sages, rejoignirent l'ost en même temps. Mais plus Sk
en venait, et moins les Sarrasins les craignaient. Ils leur livraient sans cesse des comr'
bats et venaient jusqu'à leurs tentes. Ceux de la ville faisaient des sorties, et les autres
croissaient toujours, et remplissaient tellement le pays que nos gens se regardaient
comme prisonniers; mais, néanmoins, ils n'abandonnèrent pas le Roi du ciel pour <|itf
ils étaient venus là.
V. 2967. Pas un prêtre, ni un diacre ou un clerc ne pourrait raconter les grandes peines
et le martyre qu'endurèrent les chrétiens à la guerre devant Acre, jusqu'à la vèttMi
des deux rois de France et d'Angleterre, qui en renversèrent les murs, avec les bravet
gens qui les accompagnaient, aimant Dieu et croyant en lui.
V. 3957. Un vendredi du mois de septembre, je me le rappelle, arriva à nos gens une àwté
et triste mésaventure. Les Sarrasins les attaquaient sans y manquer un seul jour; ies
chrétiens s'armèrent et se disposèrent en bon ordre, divisés en divers commandeménti
qu'on avait établis. D'abord l'Hôpital et le Temple prirent place sur le rivage, où ft
y avait de nombreux ennemis : c'étaient toujours eux qui commençaient. Au milieu db
l'ost, le comte de Braine et les siens, le landgrave et les Allemands, qui formaient un#
grande compagnie, restèrent près de la mahomerie, car il était bien juste
Le roi Gui et les Pisans, et d'autres vaillants hommes, étaient à droite sur le Torail
pour surveiller les Turcs. Les Sarrasins s'approchèrent avec entrain. Vous auriez vu là
de beaux bataillons: les Templiers et les Hospitaliers chargèrent, attaquèrent iespreir
miers rangs, les mirent en désordre, les percèrent, les mirent en fuite et les poursuis
virent. Puis les autres chrétiens en firent autant, et les Sarrasins lâchèrent pied* Mittf
il y en avait une telle masse que les chrétiens ne savaient de quel côté aller. Les Turol
ne pouvaient se rallier, lis étaient déjà près de la montagne, quand le diable s'en mSm
et causa la mort de beaucoup des nôtres. Le cheval d'un Allemand s'échappa : celuîtCt
le poursuivit, et ses compagnons aussi coururent après le cheval sans pouvoir l'atteindbe*
Le cheval s'enfuit vers la ville , et les Sarrasins crurent que nos gens fuyaient en
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 367
ils tournèrent, chargèrent à leur tour, et les arrangèrent si bien que ceux qui avaient
pour fonction de diriger l'armée étaient assez occupés de se défendre eux-mêmes, car
pour un des nôtres ils étaient bien vingt-quatre, cherchant à les renverser, et avec des
masses d*armes et des massues ils en tuèrent beaucoup. Là fut tué André de Braine : i, m.
que son ftme soit sauvée, car il ne mourut jamais un chevalier si vaillant et si secou-
rable ! Le marquis de Montferrat fut serré de si près par les ennemis qu'il y serait
resté si le roi Gui ne Teût secouru. Et dans cette même affaire fut tué le Maître du
Temple, celui qui dit cette bonne parole qu'il avait apprise h bonne école; tous,
couards et hardis, lui disaient, lors de cette attaque : c(Venez-vou»^n, sire, venez-
«vous-en! » Il l'aurait pu, s'il l'avait voulu : ^Ne plaise à Dieu, leur répondit-il, qu'on
fume revoie jamais ailleurs, et qu'on puisse reprocher au Temple qu'on m'ait trouvé
«fuyant! j) Et il ne le fit pas; il y mourut, car trop de Turcs se jetèrent sur lui. Et des
gens de peu, il en mourut bien cinq mille, dont les corps restèrent nus sur la place.
Quand ceux de la ville connurent la défaite des nôtres, ils montèrent sur leurs chevaux
arabes, sortirent des portes, et attaquèrent les nôtres avec une telle rage qu'ils leair
auraient causé grand dommage sans leur belle défense; mais les nôtres leur firent face,
et on vit là de beaux coups de chevaliers. Là fit merveille le roi Gui lui-même,
et Jofroi de Lusignan, qui eut beaucoup de peine ce jour-là, et le preux Jacques
d'Avesnes, qui fit tant d'exploits dans la Terre Sainte, et les autres, si bien qu'on les
repoussa et qu'on les fit ren.trer dans la ville.
Ainsi se passa cette journée, oii la fortune nous fut si contraire. Les Sarrasins Y. do55.
en reçurent tant d'encouragement (que Dieu les maudisse, et je les maudis!) qu'ils
commencèrent à vexer et harceler les chrétiens beaucoup plus qu'ils ne faisaient au-
paravant. Quand les prudhommes et les barons le virent, ils dirent : ce Seigneurs, i, nu.
«nous ne profitons en rien; il faut prendre une résolution qui nous protège contre ces
«gens du diable qui nous tourmentent toute la journée, et, la nuit, nous volent nos
«chevaux. 9) Voici la résolution qu'ils prirent. Ils firent faire un fossé grand, large et
profond, et le garnirent d'écus, de targes et de morceaux de ponts (?). Ainsi les terres
des deux côtés furent séparées. Cependant les Sarrasins les attaquaient toujours et ne
leur laissaient pas de repos.
Ecoutez un trop grand ennui : à la suite de la tuerie dont j*ai parlé, qui fut si dou- Y. 3077.
loureuse pour les Francs, le lendemain de cette aventure, oii l'élite de l'ost avait été
déconfite et où tant de pauvres gens, venus là pour Dieu, avaient trouvé la mort,
Salahadin fit pi^ndre tous les corps morts et nous les fit renvoyer en les jetant dans le
fleuve d'Acre. C'était une laide boucherie, far les corps descendaient à vau-l'eau, tant
qu'ils arrivèrent au milieu de l'ost, et à mesure que les monceaux de morts crois-
saient, il en sortait une telle puanteur que toute l'ost dut s'éloigner jusqu'à ce qu'on le^
eût enfouis. Et longtemps après qu'ils avaient été enterrés, on en fuyait encore l'odeur.
s6
nramcuB ■atiorau.
âeS L*H1ST0IRE DE LA G6EBRB SAINTE.
V. 3099. I^^ chrétilM trarailhneiit au feesë ^i leur servait de TeHport* Ht m
deçà qMnd id0 Sarrams veoaieiii les attaqwr, coanm îb le fmsnenl Uwa iea JOWK
qu'il fH froid aa qa41 fh cfaaad. C'était le iaosë quif ètatl le dbcmp de bataitter éet geii
de Dieu et de cet diiens. Les aôtref voutatent le crenier et les aotrea eswyaiedt'éa'iè
défaire. Vons awiex ru là plus^ de oiiiq oeot aâle fliebeé r
qtii ererusatent le fsesé les paasaîent à ceux qvî le défendaienlr Vcros aurifli ¥a 4et
eétés des gens hai^ et eonrageux. Vous «lariec m les combatlanta loiiilleF,
s^ouvrir le ventre, et (fer rudes cottps s'échanger. La »uit seule les séparait.
V. 3119. Depuis le eotBmeMet6»hi du siège d'Acre juscfoe vers laiiAte de la Toussaiof , jtii
9^s et je Vai entendu dire souvent, il ne cessa d'arriver de nouveaux veDW ^fA
tenaient bien leur place. Alors vifit le comte de Ferrières, qui tua plus dt eent Twi ,
car il était si bon archer qu'il n'y en avait pas de meilleur; et Gui de Dampiegya^ ifà^
possédait maint beau château; et l'évéque de Vérone^ que Ton estimait grandèaMM^
tous ceux-là vinrent devant Acre, et ils devimrent confesseurs et martjrrs, carfoeatieB
dire quecehii qui fut le plus à son aise j souffrit un martyre assez dur, les pemiit
les veilles et les fatigues de nuit et de jour; ils n'avaient jamais de r^ios, utils u^ésniMI
pas m prendre avant d'avoir terminé le fossé qui causait tant de eombats.
v. 3ià3. L'avanl^Veille de la Toussaint, il arriva dans i'ost une mésaventure predigieniSt^rip
I, xxxni. forte et tré^ pénible. Pendant que les chrétiens seuffraient tant de peines^ cem ffâ-m
tenaient sur le Toron regardèrent du côté de Galphae et virent arriver uns gfodi
flotte de galères qui venaient de Babylone, qui Mutint longtemps Acre. La fliMto iq^
prêchait en bon ordre , et la nouvelle s'en répaadit premptement dans Tost PkneMi
croyaient, Èidis personne n'en savait rien, que c'étaient des vaisseaux de Piw^-da
Gènes, de Venise, de Marseille ou de Sicile qui venaient aider au siège. PaaÉMÇ
qu'on se livrait à ces sappositions , les galères approchaient , et elles approAègiWt- d
bien qu'elles entrèrent dans Acre, et en arrivant elles s'emparèrent d^une étwm
énèqoes oii il y avait des hommes et des provisions : elle fut emmenée dons la ifiHaï
les hommes furent tués et les provisions prises.
v. 3175. Écotftex ce que firent tes Turcs, et leur grande injure à Dieu. Le jour de k^Ntode
tous les saints qu'il rassembla dans le ciel, de la grande fête oh on pleura Wat^^e
larmes, ils pendirent sur les mure d'Acre, par défi, les corps des chrélmsipilSi
avaient pris dans l'énèque et laés. Genx-4à partîcipèreiit à bon droit, les prédieaftNRS
peuvent bien le dire, à la i^rande joie qui dure et durera sans fin et qu'ont ctnxdhMl
on célébrait ce jour-là la fêle. *
v. 3191. Cette flotte dont je vuus ai psnié garda si bien le port et le cliemin pur S(ù alltl^
daient lés nôtres qu'ils n'osèrent plus s'en approcher, en sorte qu'il n'arrivailpkii^^e
Recours aux défenseurs de Dieu. L'hiver s'avança sans qu'ib eussent feit de proiMM
Us avaient terminé le fossé, mais il fut plus tard comblé malgré eux. Plauésat ait
4,
■j-JÊ
L^HSTOIRB »E LA GU£RRB SAHVTB. M9
ittrer, ils^onsintîâreBtdes ch&leaiuL, despierrières, ckf niango»ii^wac,^ai dbate^ 4«6
InMes, des cecclmes^ ils y travadiaMit -«aiiB cesse. Las autnas fortifiaî^iil aussi jeor
lâlle avec f lus de trente oôile ouvrieiB. Ils firent des portes^ cks lauri^W» de ^u-
veUes et solides liari)aoanas« et ils k rendirent si forte ^fu'elle défiait h mond^ entier.
Stfddiadin, qui ne voulait pas Tabandooner, y fit entrer tant de maogQn^eaux et de
pkrrièresi ^ d«&^Bs de toute sorte, et tant dUiabiles ingénieurs 4le ses ternes et
d'^aitteurs, et tant de f eu. (prëgeois dans des fioles, -ti tant d'autres maabines de giierre^
que jamais, on lersut depuîs/en^hAtoau ni on cité» il n'y eut autant de ressoMDces pour
k défense, autant d'armes ni de j^wvisîoiis. Ils paisiirwt ainsi rbiyer jusqiu'au doux
pckitempo. Pendant le tcaréaie, à oe4fà» raconie Anfiaoïas, les AUenwinds construisirent i, luoi.
k pnsmier mouMn à vont qui eût jamais été faU en Syrie « ^ous les yeux des eonesûs
de Dieu, qui k regardaient avec ëlo^oement «et s'en épouvantaient Jbeaucoi^.
Dans l'ost arriva une jiouvfdie qui fut d'abord heUe et boime, et devint onauite triste, v. 3 s 33.
amire ot efiÎBayaate : k boa empereur d'iilemagne •était venu par lerre en ipcande forças
au Saint Sépulcre pour obtenir la grice de Dieu; mais il mourut, ipe fiut^[rand dom-
mage, en passant iun fleuve, d'après la volonté de Dieu, a un gué qu'il n'avait ps fait
sasMler. Qnead oeux d'Acre surent ces nouvelles, ik m eumnt telle jok qu'ik fis^isaknt i. nnr.
des culbutas, aonnaiont leurs taboursel me pensaient pas à a«itre icèose : Si^^alMidin , qui
avait au ^es nouvelles, les leur avait mandées. Us monlaknt sur les toupeVes .pour
les dire à nos gens et ks kur crittent souvent à baute voix du jbaut des murs. Us nous
fiiunt dire par les renégats : «c Votre empereur est noyé ! ^ Il y <eut akss en l'ost une
tdk trislesae, une telle détresse et un tel décourogement, «qu'ik n^e se sonqiaknt ^us
de rien 5 si «e n'est de k jprodiaine arrivée et de l'espoir répandudejkvenv^ prochaine
et pronâsetdes paissants rois< dont nous sommes les sujets ,fdes rok.de France et.d'An-
gkftentt. <)uaAd ils vinrent, l'ost reprit courage.
Un peu après Pâques, voici arriver k nouvelle que ia flotte venait de Sur, et k V. 3968.
ioiià etftrée au port. Vous auriez «vu akrs quelque xbose dotsemblatde aux fourmis qui 1, uu^.
sortent de itous côtés d'une fourmilière : tout pareils étaient les Tiurcs qui sortaient de
k lâlk, plus de dix mille bommesarmés, tout couverts , eux nt leurs galères , de tapis
etid'étofles'detsoie, de bougran et de velours. Us attèrentitous contre ia flotte, que le
veotidu nord amenait le long du rivage. Us approcbaient.baadiment^feticeux de la flotte
ks attendaient. Us se jetèrent les uns sur les autres. C'était le marqukr, le seigneur de
Sur, qui, avec cinquante vaisseaux bien armés., bkn équipés fOt ^Jbkn $^uverts , .mar-
chait contre k flotte des Huros. Vous auriez vu k tantde bannières, tant 4)6 vailk^ts
hommes, adroits, hardis et prompts! Les Turcs commenoàxwt là tireriderkuiB a?ba-^
lètes, et k.bataille des flottes «'engagea. Il ne'ïalkitpAsJàdercauards.CeuXide Qè^es
et de Pîse tfurent assailliis'dans<kuis ruisseaux par: des gonafarméS'dWrbaiM^^ Qt de
larges. rUs se rappro^èsenide iios^geiM,retittrèrcotrsiJi>ien(qu*ik6i!e«yt reculer k floUf
•6.
370 L*H1ST0IRE DE LA GUERRE SAINÏR
des Turcs et emmenèrent de vive force une galère jasque duns le port. La jbui Ht
belle. Vous auriez vu les femmes s'approcher, tenant des couteaux dans lettrti ma&M/
saisir les Turcs par les tresses et les tirer de toutes leurs forcer, puis leur traneher «
tête, qu'elles emportaient à terre. Sur les deux flottes, la huée ne cessait ' pas. GhaeâM
cédait à son tour; souvent elles se rapprochaient, elles se lançaient du feu gcéf^mmi
les vaisseaux étaient allumés, puis éteints, et, quand ils se joignaient, se frappaienl
à Tenvi et se poussaient jusqu'au port. Jamais homme ne vit une telle bataille; mmàéè
furent nos gens, ceux de Tost de Dieu qui menait le siège, qui en eurent le ^w à
souffrir. Car les Turcs, plus nombreux chaque jour, transportés de colère à cause ds
la galère que les nôtres avaient emmenée, donnèrent au fossé un terrible assaut peifr^
dant la bataille qui se livrait sur la mer. 11 n'y eut pas un chrétien dans rost,* grand
ou petit, jeune ou vieux, si hardi ou si renommé qu'il fût, qui neût fort aSedrè là ié
défendre des Turcs; car ils se pressaient comme des mouches et s'efforçaient 1 i^
i,ixxv. mieux mieux de défaire et de combler le fossé. Toute la plaine, jusqu'au pied delà
montagne, était couverte, comme un champ d'épis, des Turcs, qui les attaquaient îaM
un moment de relâche, et qui se jetaient dans les fossés en si grand nombre qa*iisVjf
renversaient. Il y avait là une grande masse de gens hideux et noirs, ennenûa de. Dîéa
et de la nature, portant sur leur tête des coiffures rouges : Dieu n'a pas fait de pha
laides bétes ni de plus cruelles. En voyant les flots pressés de ces gens avec leurs léfea
coiffées de rouge, on aurait dit des cerisiers couverts de fruits mûrs, et il y avait tai^
d'autres Turcs qu'on les estimait à cinq cent mille. Ceux de la ville, bannières en téléj
faisaient des sorties et attaquaient les chrétiens de l'autre côté. L'ost fut tdlèoMiBt
harassée, ce jour-là et bien d'autres, que les chrétiens se demandaient s'ils poorràieut
résister à ces attaques incessantes. Les gens coiffés de rouge avaient un étendard ok Sk
se ralliaient tous : c'était l'enseigne de Mahomet, dont l'image était en haut, et au iONM^
de qui ils étaient venus combattre la chrétienté. Ces coquins se défendaient avea de
grandes pierres qu'ils apportaient. Voiià le combat que l'ost avait à livrer du eôté delà
terre. Du côté de la mer, la bataille dura toute la journée; à la fin , par lagftie
de Dieu, notre flotte eut la victoire; car on y avait établi, de jour en jour, desdifi*
sions de barons de l'ost qui se relayaient dans les galères, hommes vaillants et Imb
armés , qui combattirent rudement. La flotte chrétienne repoussa de vive force les gaietés
ennemies en deçà de la chaîne [qui ferme le port], et causa grand dommage
Turcs enfermés dans la ville et qui étaient alors quarante mille. Depuis ce jonr, il
purent plus recevoir de secours par mer ni sortir du côté de la terre, et, leurs péail»
sions diminuant, ils souffrirent beaucoup de la disette. **
V. 3395. Le jeudi de l'Ascension, le jour oii l'on fait la procession sainte pour raf^pdksr ^éè
i.xxxTi. Dieu monta au ciel, comme l'Évangile le raconte, nos gens voulurent monter . sur' ks
murs d^Acre au nom du Qorps sacré du Seigneur. Nous avions des tours delms |mi
..ir:-J
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 371
couvertes contre le feu grégeois des infidèles. II y en avait trois grandes, que trois hauts
hommes avaient fait faire : le landgrave, le roi Gui et le marquis avec les Génois :
tous trois étaient dans leurs tours quand on donna l'assaut. Les chrétiens attaquèrent;
ceux d'Acre garnirent les murs. L'attaque fut vigoureuse et la défense aussi. Les assiégés,
qui souffraient de la disette, se défendaient avec acharnement et nous faisaient payer
cher leur souffrance. II n'y eut jamais une défense comme celle de ces membres du
diable. Les uns sonnaient du tabour, les autres se pressaient à l'endroit où ils étaient
nécessaires, et les Turcs campés sur les montagnes accouraient de leur c6té en grand
nombre dès qu'ils voyaient nos gens occupés h l'assaut, venaient aux fossés et sautaient
dedans, si bien que les chrétiens devaient à la fois attaquer et se défendre. L'assaut
dura longtemps, du matin au soir; mais au soir il fallut le cesser sans que l'on eût pu
les forcer. Les Turcs jetèrent le feu grégeois sur les trois tours et les embrasèrent, si
bien qu'il fallut les abandonner et qu'elles furent réduites en cendres.
Les chiens d'infidèles furent pendant longtemps dans la ville en grande disette de V. 3633.
vivres; comme le temps s'écoulait, leurs provisions s'épuisèrent. Ils furent réduits k un i,uini.
tel point qu'ils mangèrent toutes leurs bétes, cous, têtes, pieds et boyaux. Ils mirent
hors de la ville des chrétiens qu'ils retenaient, les vieux gardant ceux qui étaient
jeunes et dispos pour travailler aux pierrières. Ils eurent tant de privations, de
peines et de soufirances qu'on ne pourrait le raconter, jusqu'après la fête de saint
Jean. Alors le diable leur envoya trois navires; ils se brisèrent, et une partie des
Turcs périt; mais les assiégés recueillirent les vivres qui y étaient. Gela leur rendit
du courage, et ils faisaient souvent des sorties, en sorte que nos gens se trouvaient
enfermés [de deux côtés].
La fête de saint Jacques fut une journée trop pénible pour les champions de Dieu. Le V. 3^57.
diable, qui ne se repose jamais, fit tant que l'ost fut très diminuée; je mens : ce n'est 1. "-
pas le diable qui le fit; c'est Dieu qui le permit, parce qu'il voulait recevoir plus de
martyrs dans son royaume céleste. La plus belle sergenterie ^^^ qui fût et qui soit sortit
de l'ost de Dieu sans se garder suflQsamment. C'étaient des gens pauvres, ayant de
grands besoins et poussés par leurs souffrances, car en ost on n'a pas ses aises. Ils
étaient environ dix mille; ils sortirent de l'ost tous armés en rang et en bataillons.
Ils marchèrent tout droit sur les tentes des Turcs : c'est 1& qu'ils se dirigeaient. Quand
les Turcs les virent approcher, ils n'osèrent pas les attendre; les sergents entrèrent
dans le camp ennemi et s'emparèrent de tout ce qu'ils y trouvèrent de meilleur. Quand
les Turcs les virent ainsi chargés, ils se jetèrent sur eux et en eurent bon marché.
Us en tuèrent plus de sept mille , qui ne furent pas secourus , si ce n'est par des chevaliers
en petit nombre, qui vinrent à leur aide, mais ne les empêchèrent pas d'être tués. Là
(^) Ce mot répond à |>eu près â iloire moi infontiriê, noik ftans une nuance qu^il a porH bon dé conserver.
9TS L'HISTOIAB DK LA GUERRB SAINTE.
mourut Torel'du Mceiiil, noa maa «voir fait 4e grands «x^ilf ; M le r«gr<tlK.hMM«
coup. L'ost eut «ette Rveatore et bien d'autres.
V. 3&g5. L'ost de Dieu etit Mulïrirde ses ennemis biea des astMits, bien <lt>iM|afM; Oim
souffrit par sa pitié bien de dwres eveoluret. U mettait s*D pevftle À Téprauve, mmmê
il a fait pour les saints, «fu'il éprouva par (aot de souSraacss, comme oa.ie'ftnlÉ»
amsi qu'on fait l'or dans k fournsiae. Ceux qui e'étaieat donnés  Dieu^afaîeal 4éjlk
bestueo)^ souRert là.
V. 35a5. Gomme ils étaient dans cette slluation difficile, voici venir les baron da Fmbnu
I. lu. fers le mois d'aoAt, au meilleur moment du passage qui est avant le teoD^ i'iûmL
Alon arrivèrent le eomte Henri de Ghampegne avec boaaeovp de monde, et le oiMto
Tibaud de Btow , qui M vécut pas troieinoisdepuis, et le comte otienne, qtti,iaÎBMH^
mourut peu «près son arrivée ; le preux ceaale de Glarmoot , qui plaisait i Diea lal Ml
monde; le comte de Cbâlons, qui était un bomaae fort, ^ndid «t hmiA. U.anèn Im|
d'autres prudbommes que oui n'en sut le compte.
V. 35ai. Devant Acre, pendant que les preux j restaient pour leur sebii et l'amour de fiÎM*
I . iLTD. il arriva beaucoup de grandes aventures que l'os a conservées par écrite et fao—a Bi|i
de miraeles, par l'effel de la puissance de Dieu. Devant et 4emèi<e les pieirièBÉs^^di
étaient oombreuess dans l'tmt, beauoeup de geae allaient -et venaieai, et U amMÏt
souvent des cboees <^ l'on tenait pour des mirades quand elles adftnaàeat. U janlt
dans la ville, l'histoire le raooiUe, beaneoi^ de pierTièi«s,-qnî lançaient si bâaa tfÊiêé
ne vit jamaia ds tf^ coups, U y en avait une ei paissante qu'elle netu causait fptàA
draosBagc : elle nous brisait «aos cesse a&% pierrières et nos cerdoias, car ba^iHonll
qu'elle lançait volaient comme si elles eussent eu des ailes : il fallait que deux haoïM
se missent, l'écrit le dit, pour tendre U froode^ et quand la pierre lancée ptr-hJiaaia
était twabée, il fallait bie» la diercher à un pied en terre. Gotte pierriàre ' frap^^li
homme par deiriève dans le dos : si c'eât été un arbre on un pilâer de mathm, dlf
l'auTatt coupé par le milieu, tout die était tombée droit dessus; «aïs le pi
ne la sentit mène pas, parce q»e Dieu ne le voulait pas. VoiUi uu aei^Mnr'qai;
qu'on croie en lui, et on miraele qui Impeee la foi! ^. i
V. 35fii. Conitna les jours passaient, il arrivait bien des i^oses. Dans le paasige.'d'aMÎlA
I, utDi. mai il advint une étrange aventure en l'ort. l^ sei^ent étaàl dsna le fcsaé.,,
oe^ de maittes et d'an haubert et d'une cotte piquée et riefaenent bvwléek
de Dieu tohsit ane adiaiMe i tour; ii visa le sergent par me menrÉrièmt'Otiie' Avril
&ia poitriae : le trait faussa la coiffe, perça 4a oottsv et paBsn.oato'la.hMlMrtQllHik
le sergent 'portait *a coo, Dien merci, ane inttre qni le présam,- caries 'flnall aaÂ
de £Hea y étuent dcrita^ «t cax -«pâ étaient li mont que, ^nndtb Jwat^hiwhtjJ
rebondit en arrière. Voilà ce que fait Dieu h ceux qui le prennent pour gardim : S|
n'ont rien h craindre.
L'HISTOIIE DE LA GUERRE SAINTE. t7t
Gomme les joim passaient» il arrmit biea des ckcMMs. Il arriva qu^on ehovalier V. 3583.
un jour adeesé au fossé, par dehors, pour faire une affaire dont personne ne i, xm.
peut se dispenser; Gomme il s'était baissé et mis en position, un des Tvrcs qui étaient
aitt avast«f0sles, et dont il ne ae donnait pas garde, se détadia des autres en cou-
rant : c'était vilain et diaeourtois de Youloir surprendre le chevalier pendant qûfik était
ainsi occupé. Le Turc était déjà loin des nens, et s'approchait du chevalier ia lance en- arrêt
pour le tuer, quand les nôtres se mirent k dire : «Fuyez, sire, fuyes, fiiyei!» Il eut ^
peîse le temps de se relever; cependant il put le faire, et n'acheva pas sa besogne. Le
Turc airiva aussi vite (pie son aheval pouvait le porter, cvoyani bien le renversa, nais ,
Dieu merci, il n'y réussit pas. Le chevalier se j^ de cèté : il prit en ses mains
deux pierres {écoutes comme Dieu sait bien se venger!) : comme le Turc avait fait
tourner son cheval pour revenir sur lui, le chevalier le visa bien, et, au moment où il
s'approchait, il le frappe, d'une des pierres qa'il tenait, au-dessous de sa coiffure, k la
tempe, et le Turc tomba mort Le chevalier prit son cheval et l'emmena par la bride,
et celui fui me l'a raconté vit le cbevaUer monter dessus et s'en aller joscpi'à sa tente,
oè A le fit garder en grande joie.
Gomme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Voici une autre aventure V. 3695.
qui mérite bien qu'on en parle. Beaucoup de gens attaquaient les murs d'Acre, cher- i^ &.
dmnt à combler les fossés. Il y en avait qui se lassaient, mais d'autres^ ne cessaient pas
de réunir des pierres qu'ils y portaient. Les barons en portaient avec leurs destriers
et d'autres bétes de somme, et beaucoup de femmes aussi trouvaient leur consda-
tîon k en porter. Entre les autres, il y en avait une qui y prenait grand plaisir. Un
Sarrasin, qui défendait le mur, vk cette femme occupée k décharger son fardeau
de son cou. Gomme elle voulait avancer, il la visa et l'atteignit : la femme tomba
à terre mortellement frappée. Aussitôt tout le peuple s'empressa autour d'eUe. EHe
se tordait dans l'agonie. Son mari vint la chercher, mais elle demanda aux gens
qui étaient là, prudhommes et dames, que, pour Dieu et pour leurs Ames, ils
se servissent de son corps pour combler le fossé où elle avait porté des pierres, car
elle ne voulait pas qu'il fût autrement employé, et elle s'y faisait porter quand
Dieu reprit son âme. Voilé une femme, dit l'histoire, dont chacun doit garder le
souvenir.
Gomme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Entre fdus de vingt ave»^ V. 8661.
tnres, et même beaucoup plus, que je\ne puis toutes me rappeler ni conter, en voici d ut.
une qui arriva dans lost. Un jour que les Turcs avaient vu nos gens aller en fourrage,
comme il le faut à la guerre, ils sortirent d'Acre, ayant à leur tête un émir, honmie pois-
sant, de haut parage, preux, hardi etrenommé, appelé Beilegemin. Les barons chargés
de la garde de l'est marchèrent contre les Sarrasins. Ge jour-là, l'ost fut en grand
émoi, car il n'y avait pas assez de garde : tant de gens étaient allés en fourrage que
374 L'HISTOIRE DE LA GURRRE SAINTE.
Vosi fut en grand péril par devant et par derrière. L'assaut fut terrible ^^^
mais nos gens les repoussèrent tous, excepté Témirseul, qui resta exprès, voulant brMer
nos machines, s'il avait pu s'en approcher, car il l'avait mis dans sa tête. 11 tenait dans
sa main une fiole pleine de feu grégeois, et ne pensait qu'à brûler nos machines. Mak
un chevalier voulut lui payer sa peine; il le frappa, et l'ëtendit par terre : sa fiole 86
répandit sur ses choses nécessaires, si bien qu'il eut ses génitoires brûlées par le feu gré-^
geois. Les siens voulurent l'éteindre, mais ils ne purent y réussir.
V. 3701. Gomme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Il arrivait souvent que lés
I, LV1. mécréants qui occupaient Acre contre Dieu venaient sur le haut des murs : ils appoiv
talent des églises les croix qui y étaient restées, ils les insultaient, les battaient, cra-
chaient dessus en mépris de la foi chrétienne : ils ne haïssent rien tant au monde. Uni
jour, un Turc était sur le mur; après avoir beaucoup battu et insulté une croix dehoii
qu'il avait trouvée, il n'en avait pas encore assez, mais il voulait la souiller, quand nd
courtois arbalétrier banda son arbalète et rapprocha le trait de la noix, voulant payer
suivant son mérite le Turc qui honnissait la croix. Il visa bien, et frappa le Sarrasin 9iâ
milieu du ventre, lui perçant corps et boyaux. Le Turc tomba mort, les jambes ea
l'air, ce qui remplit de rage les infidèles : Dieu voulut yenger ainsi la .croix qu'il àTàit
outragée,
V. 3781. Gomme les jours passaient, il arrivait bien des choses. Voici une aventure qu'AH^
I, tni. BRoisE raconte dans son écrit. Un jour, un Turc sortit pour tirer de Tarbalèté sur lël
nôtres, et ne voulait pas s'en aller. Un Gallois, excité par son obstination, alla dé eoli
c6té. Le Gallois s'appelait Marcaduc, il n'était fils ni de duc ni de roi, et le Turc hardi,
fort et puissant, s appelait Graîr. L*un se mit à tirer sur Fautre, le Gallois sur le Tare,*
le Turc sur le Gallois. Le Turc demanda au Gallois de quel pays il était. Il répondit':
«Je suis de Galles. Tu es fou d'être descendu ici.» Le Turc lui dit : «Tu ne tirés paé
«mal. Voudrais-tu faire une convention? Je tirerai, et tu attendras le coup sans te dé*
«tourner, et, si je manque, j'attendrai le tien de même, n II lui parla et le pria tant qoe*
le Gallois y consentit. Il tira sur le Gallois, mais il fit un faux mouvement, et le trait
ne partit pas. Le Gallois lui dit : «A moi de tirer; attends-moi, 9 II répondit : «Non^
« laisse-moi tirer encore une fois , et tu tireras sur moi deux fois de suite. --^ Volontiers,»
dit le Gallois. Mais pendant que le Turc cherchait dans son carquois un bon frait^ le
Gallois, qui était tout près et qui ne voulait pas de cet arrangement, Iftcba sa corde et
le frappa au cœur. «Tu ne m'as pas tenu rengagement, lui dit-il, et je ne te le tiens
«pas non plus, par saint Denis! »
V. 3771. Les Pisans et les autres gens de Tost qui connaissaient Les choses de la mer cou?,
slruisirent un chftteau sur des galères avec deux échelles grandes et larges. lis coq?*"
p
^
(*> Le vers manquant est le vers 3683 et non le 3686.
LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 375
vrirent tous, leurs vaisseaux de cuir, et en firent autant de la tour; ils assiégèrent la
tour des Mouches, et ils y lancèrent beaucoup de traits. Ceux de la tour se défendaient
si bien qu'ils se vendaient très cher, et il sortit de la ville, sur des galères, plus de
deux mille Sarrasins pour aider les leurs. Les ennemis lançaient des flèches et jetaient,
avec des dards aigus « de grandes pierres pesantes qui brisaient les écus et les lances.
Les gens du château assaillaient, et les autres ne se défendaient pas moins bien. Nos
gens firent maints beaux coups d'arbalète sur les murs : les traits pleuvaient, et les
Turcs étaient obligés de se cacher. L'assaut était donné par des hommes vaillants qui
se relayaient. On dressa les échelles et on les appliqua contre la tour è grand effort et
à grande |)eine; car pendant que les chrétiens les dressaient, les autres, qui ne lâ-
chaient pas pied, leur jetaient sur la tête de grandes poutres. Us revinrent en nombre,
et embrasèrent le château en y jetant du feu grégeois dans un dernier effort.
Sur la mer, on avait tué beaucoup de Sarrasins; mais ils réussirent h brûler le château
avec les échelles et les vaisseaux qui le portaient. Quand les Turcs virent leur succès,
ils en furent pleins de joie, et ils se mirent à pousser de grands cris et â huer les défen-
seurs de Dieu.
Ce fut un grand déconfort pour l'ost de Dieu; mais elle trouvait de la consolation V. 3819.
dans larrivée en Syrie de vaillants barons. Parlons d'abord de l'archevêque de Besan- i, ux.
çon. Il fit faire devant Acre un bélier, pour entamer et rompre les murs, qui coûta
très cher. Il était bien ferré, et protégé si solidement en haut et en bas, par derrière
et par devant, qu'il ne devait pas craindre une pierrière, car l'archevêque avait voulu
y employer tout ce que l'on met de meilleur à ces sorles de machines. Le comte Henri
en fit un autre, bien couvert et de grand prix, et les autres comtes et barons firent
plusieurs autres engins qu'on ne pourrait compter. Mais nous voulons vous dire ce
qui advint du premier, de celui de l'archevêque, quand il se présenta devant les murs.
Les barons de l'ost avaient préparé cet assaut après s'être entretenus des engins qu'ils
avaient fait faire. Chacun fit approcher le sien des murs. L'archevêque fit avancer le
bélier dont j'ai parlé, qui était construit à si grands frais qu'il aurait eu le droit de ne
rien craindre au monde. Il était comme sous une maison : au milieu, un grand mât de
vaisseau bien droit, sans nœuds, et ferré aux deux bouts. Par-dessous se tenaient ceux
qui devaient heurter contre les murs et qui étaient en sûreté. Les Turcs, nos ennemis,
y entassèrent du bois sec et y jetèrent le feu grégeois; avec leurs pierrières ils y lan-
çaient des colonnes entières de marbre et de liais, et y jetaient des arbres et des
poutres. Ils y lancèrent, à seaux et à bouteilles, â brocs et è cruches, du soufre, du
goudron, du suif, de la poix, puis de grands morceaux de bois par-dessus, et sur tout
cela le feu grégeois, si bien que ceux qui attaquaient le mur sous le bélier s'enfuirent
et l'abandonnèrenl. Les Turcs, pour attaquer le bélier, se découvraient sur les murs.
Vous auriez vu là de beaux coups d'arc et d'arbalète, de grands combats et des gens
IKPClWtRIC nATIOtitC.
376 L HISTOIRE DE LA GUBRfiE SAINTE.
blettes Mdteaéeux <Mie\ vouK auriez vu ^e bons vassaux courir pour défendre ieàrftw
et pour eniefer tout ce dout ie& ennemis lavaient dhar^ré; Voxiaïauries v«>v(mrflmindii
murs bien des Tures avec leurs beaux JtouclieBs peints. Enfin , ils fjetèpsnliefc hmàÉbM
tant qu'ils enfoneèrent le bélier et Inris^ent le toit lerréet toute i'antnsfgttniilHfffiill
recommeilcèrent alors à jeter le feu grégeois 4 si bien ^'ils nous ie brAUireiibJlo«l<ri
£sit Lebélier leur frit Tendttcher^ car ils perctirent qiialreMviagts)d!eti(iBfilieiBnr>«t««i
é»ir; mais ils Houe firent aussi du mal. Quand on vit 4pi?an «ne pèavait tBimneiiéi
béher iii>r4leiodr8,<l!Àssaut fiit suspendu v et des Sarrasins se mirent A nouahaeri^
v. 3897. A la fin du mois d'«ioût>mourat en Fost la r^nede Jérusdiem; oe fut dmwMWg»!
I. xin. car elle n'était pas encore Agée, et elle pissait pour une vaillante dame M}ae I)ieâ)>il
pitîéfde son émel Et aussi moururent deux ^iemoisell^stràs beUes, filles do ro^Aé#
Ces enfants qui moururent étaient les héritières légitimes du royaume, et pirlettf
mort le roi v<{ui avait tant soufiert peur ce royaume , le perdit.
V. 3909, En octobre, après septembre, près des calendes de novembre, arriva d'Akxmidm^
I " en grande pompe et en grand orgueil ^ une autre flotte. Ceux de Tost qui plus itttri
comptèrent les vaisseaux dirent qu'il y en avait quinze. Us venaient secourir led 'Ewit
qui étaient dans Acre, qui avaient supporté tant' de privations et de veiUias.(lileneière
la flotte venaient trois grands dromons; nos galères et: oeux qui les;moftlatent aM^
veillèrent lemr arrivée. Qi^md ceux desvaisseaux turcs les aperçurent, ils^euènt pew
et ils se troublaient; il n'y eut si preux ni si habile qui n'eût bien voulu étremlraiil
Il était d^ tard, il faisait sonjire, et il ventait terriblement, si bien quBfiaiittle
chrétienne n'osa pas aborder la païenne, car la tourmente leur donnait tartoéeiMai
que chacun avait assez à faire à s'occuper de soi^^m^me. Gomme les Sarrasinaiiypre*
Paient toutes voiles dehors, et passaient avec (acuité la chatiw pour aeoDaiM.ieiii
amis, il leur arriva ^ande honte, sans qu'ils pussent l'éviter, et grande pertes
dans le port d'Acre, sur les rochers. Dieu fit briser leurs navires. Toute Vmi
tienne les accablait de pierres; les navires furent mis^ en pièces et la piupairlidMj||flia
noyés. Alor&les chrétiens accounirent en poussant des cris sur le rivage ^ et^SttUBBÉié
à tuer ces chiens. Ils prirent une grande galère, qui était par force arrivées Ai éeumt ils
y conquirent beaucoupde provisions, et tuèrent toute la dbiennaille. Maisièe»(mriMil
vaisseaux franchirent la chatne, et les Turcs qui les attendaient kravement leur isii£mft
des lances et aUumèrent tant de lanternes qu'ilstrâissirentà aèorder.: GrAceieialSM^^
rasins qui venaient d'amver, ils purent se renouveler; ils mirent dehors eeuoDsfii
étaient sans forces et retinrent les vaillants.
V. 3961. Le jour de la grande lête de saint Martin» quand d^ la nourritore remjhiiiil»
1, Lxi. l'ost fat convoquée pour le lendeman», au nom du fils de Marie , pour matdMf we
les montagnes et combattre les Turcs. On fit là une* grande bénédictîoft«t unesabieN-
liiiion générale : l'arehevAque de Gantorbéry la donna aveed'^ulresérêqneftjjjèiiei
L*HISTOIRB DE LA GUBRRE SilJVtTE. 877
choÎBÎt et on disteibua les chefs, et ceux qui devaient avoir soin de fosb Noageoe mon-
tèrent le matin; on comptait là bien des batailions. La plus belle armée chi^enne que
jamais on ait vue sur terre s'avançait si étroitement serrée et rangée qu'on aurait
dit des gens enchaînés les. uns aux autres. Le front de l'armée étaik grand) et lange et
capable de Uen supporter de rudes attaques, et Farrière^ndte^ Caite de bons che-
valiers, était si nombreuse que pour en voir le bout il aurait fallu aller s'aase^r sur
une hauteur; on n'aurait pas pu jeter une prune qui ne tombât sur des gens vêtus de
fer éclatant. Les voilà marchant droit au Doe ; avant qu'on eâit eu le temps de cuire
un poulet, Salahadin avait appris qu'il aurait bataille s'il voulait atien^i» le» chrétiens.
Mais cette nuit il fit lever son camp et leur abandonna la montagne oii il était avec les
siens. Voici venir à notre ost un espion qui raconta que les ennemis avaient aban-
donné cette montagne et s'éloignaient, fuyant en grande hâte, lla'en fallut de peu que
nos gens ne s'élançassent; mais c'aurait été une grande folie de les poursuivre» car on
n'aurait pas pu les atteindre. Ne trouvant pas bataille, ils se dirigèrent tout droit vers i, un.
Caîphas, où l'on disait qu'il y avait des provisions, dont les assiégeants avaient grand
besoin. Les voilà arrivés à la Recordane : plus prompts qu'un autour qui poursuit un
canard accoururent lea Turcs pour les harceler. On les vit revenir, attaquer l'ost,
lancer des flèches en criant et en faisant sonner leurs labours. Ce soir-là, les pèle-
rins campèrent et att^idirent jusqu'au lendemain matin. Ils voulaient toujours aller
droit à C«phas; mais les provisions qu'on leur avait signalées n'y étaient pas : les Turcs
les avaient toutes emportées le matin quand ils étaient partis, et au joup> quand ils
regardèrent, ils virent à la ronde tous les Turcs du monde, à ce qu'il leur senJ>la, qui
avaient assiégé leur ost. La terre en était si couverte, en haut, en baa, à droite, à
gauche, queTost aurait bien voulu être ailleurs^ jamais on n'a vu tant de gens réunis.
Voila les nôtres promptement armés et rangés en bataille; mais les Sarrasins, cette
cbiennaille, n'osèrent pas les combattre, ni attaquer de si braves gens. Les pèlerins se
mirent en route pour retourner là d'où ils étaient partis; mais ils eurent encore bien
de la peine avant d'être revenus à leurs tentes. A la source du fleuve qui descend vers
Acre il y eut un grand carnage de chevaliers des deux c6tés avant que les deux armées
se séparassent. Dans cette journée de marche, les gens du roi d'Angleterre firent
l'arrière-garde avec le Temple, et ils eurent bien à se garder, car Dieu n'a pas fait
de neige ni de grésil ni d'averse en mai, quand il pleut, qui tombe plus dru que les
traits ne tombaient sur l'ost avant qu'elle fût partie de là. Enfin nos gens s'en allèrent
en bon ordre et s'en retournèrent vers Acre. Les nôtres marchaient à gauche du
fleuve et les leurs à droite; ils côtoyaient le fleuve des deux côtés et se harcelaient
toujours. U nous arriva des gens qui nous prêtèrent secours. Les sergents à pied qui
accompagnaient notre arrière-garde, et qui se tenaient derrière l'ost, marchaient la
tête tournée vers les Turcs; ils eurent bien à souffrir avant que l'ost fût en sûreté.
«7-
378
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
I, JLXUI.
Y. /io66. Au matin, au petit jour, nos gens s'étaient mis en marche pour retourner i^Awif
au siège; mais les Turcs s'étalent assemblés au pont du Doc, par oii ils devaient pâsseiw
lis s'apprêtaient k abattre le pont, quand l'ost arriva sur eux; mais ils avaient si bîeii.
occupé le pont que les pèlerins ne savaient comment ils pourraient le passer, tant Sk
y voyaient d'ennemis entassés. Alors Jofroi de Lusignan, sur son destrier qui était fritt,
et avec lui cinq bons chevaliers, les chargèrent, et les frappèrent si rudement i[ii%
en firent tomber plus de trente dans le fieuve , oii ils se noyèrent sous les yeoi 4t
l'armée ennemie; ils les frappèrent tant qu'ils passèrent tous de vive force, et les ûtoei
revinrent au siège tout joyeux d'être rentrés. i-
V. /iogi. On était à la fin de la saison du passage; il arrivait peu de renforts aux chrétieiiif
car ce n'était plus le moment favorable^ et cependant il en arrivait encore. A mesnre^pie
la foule croissait, les vivres diminuaient, et plus le temps avançait, plus ils décroissâimtl*
On n'avait de provisions que quand il arrivait des vaisseaux ; les riches n'en manqaaic^
pas; mais les pauvres, qui en étaient dépourvus, 4se plaignaient chaque jour de la dfr-
sette qui les tourmentait; beaucoup, ne pouvant pas supporter ces souffrances, vott^
laient s'en aller. Les vivres arrivaient bien à Sur, mais le marquis [de Montferrat]>kt
y retenait et les empêchait de venir jusqu'à l'ost. Vous allez savoir ce qu'avait fisiit W
perfide marquis. Il essayait, par de hauts hommes et par son argent, de se rendbê
maître du royaume; il fit tant, il travailla si bien par ses machinations qu^une sœw
de la reine qui venait de mourir, femme de Hainfroi du Toron, un des hauts Im^'
rons du pays, fut séparée de son mari, et qu'il la prit pour femme, en promettant qM
ses forces rejoindraient l'ost à Acre. Ul'épousa dans sa maison, contre Dieu eteo»(ril
droit. L'arcbevêque de Cantorbéry en fut très irrité, mais l'évêque de Beauvaia l&Ê-
maria; il eut grand tort, car le marquis avait déjà deux épouses, deux belles et jeîffilâf
dames : l'une, belle et noble dame, était à Gonstantinople, l'autre était dans son pajt,
et il en-prenait une troisième ! C'est pourquoi le bon archevêque et d'autres clercss^
évêques s'opposèrent à ce mariage, l'excommunièrent, et ne craignirent pas de dlfl^
qu'il avait fait un triple adultère, et que Dieu n'était pas présent à une telle unioi;i et à-
de telles noces. - j.*
Quand le marquis eut épousé celle qu'il désirait depuis si longtemps, il fit ses nocei
et ses feslins. 11 avait maintenant trois femmes vivantes, une dans son pays, l*autl^^
avec lui, et encore la troisième en réserve. D'un tel mariage devait venir du nialv al
il en vint le jour même, et du dommage; car quand ceux qui avaient été aux noetH^
eurent bien bu, ils allèrent se divertir aux champs, comme s'ils voulaient s'âmttrê»*
Des Sarrasins, qui étaient en embuscade, se jetèrent sur eux et les poursuivireitti'
A leurs cris, ceux de l'ost accoururent; mais les Sarrasins ne manquèrent pas 1^'
V. /il/45.
«■$;.
^^^ Mo! h mot ff car ils iaissaicut passer le passao^e».
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 379
coup; ils prirent Le Bouteiller de Senlis : nul ne sut où ils l'emmenèrent, s'il mourut
ou ce qu'il devint. Il y en eut vingt tant pris que morts : ceux-là eurent une belle fête
de noces! Les gens de Tost furent troublés, et les hommes sages en devinrent plus
inquiets. Beaucoup croyaient encore que le marquis leur disait la vérité, et que, sui- *' ""•
vant sa promesse, il ferait venir des vivres dans Tost; mais il s'en alla aussitôt, lui,
ses gens et son épousée, et, bien qu'il eût des vivres en abondance, il n'envoya plus
rien dans l'ost, où Ton en manquait tant, excepté à ceux qui, à grand tort, avaient fait
son mariage.
Seigneurs, sur la mort d'Alexandre, qui causa une telle rumeur, sur le message de ^- ^*79-
Balan, sur les aventures de Tristran, sur Paris et Hélène, que l'amour fit tant souffrir,
sur les prouesses d'Arthur de Bretagne et de ses hardis compagnons, sur Charlemagne,
sur Pépin, sur Agoland et sur Guiteclin, sur les vieilles chansons de geste dont les
jongleurs font si grande fête, je ne sais vous dire ni vérité ni mensonge, ni affirmer
ni contredire ce qu'on en raconte , et je ne trouve personne qui puisse me dire si c'est
vrai ou faux. Mais ce qu'ont vu tant de gens qui l'ont eux-mêmes souffert devant Acre,
les peines qu'ils eurent, les grandes chaleurs, les grands froids, les maladies, les
tourments de tout genre, je peux vous en faire le conte véridique, et cela vaut la peine
d'être écouté.
En hiver, au temps d'avent, qui ramenait les vents et la pluie, c'est alors que dans ^' ^'*°'^'
l'ost d'Acre étaient grandes les plaintes et les misères des petites gens et des moyens '»"*>•
pour la disette qui était arrivée, car elle croissait de jour en jour et ils se plaignaient
sans cesse. Tout alla bien, il est vrai, jusqu'à Noél, mais alors commencèrent la dé-
tresse, la famine et la misère. A mesure que le temps de Noël passait, la cherté allait
croissant. Un muid de blé qu'un homme aurait porté sous son aisselle pesait cepen-
dant bien lourd, car il coûtait cent besants : c'étaient là de dures nouvelles; le blé et la
farine étaient chers; le temps était si dur qu'une poule valait douze sous et qu'on ven-
dait un œuf six deniers; mais c'est pour le pain que se livrait la bataille entre ceux qui
en étaient privés. Alors ils maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si
mal en point.
Seigneurs, je le dis sérieusement, pour ne pas manquer de viande on écorcha les v. Aaag.
beaux destriers, et on les mangea avidement; quand on en écorchait un, il y avait grande !» "^n
presse à l'entour, et l'on payait encore la viande cher. Cette gêne dura tout l'hiver : on
vendait le morceau dix sous; on vendait un cheval mort plus cher qu'on n'eût jamais
fait un vivant. La chair leur en semblait savoureuse, et ils mangeaient même les en-
trailles. Alors ils maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si mal en point.
Le temps était cher, le besoin grand pour les petites gens et pour les* riches, et Y. &9â3.
pourtant ceux qui avaient de l'argent pouvaient avoir des provisions; mais même quand ""h
ils auraient voulu les partager, ils n'osaient pas le faire, parce que trop de gens
PS» ^HISTOIRE DE LA GUBRBB SAHVfE;
«
venaient en demander. Aus» chacun cachait ce qu'il avak^etitoui QMkU<yb«iteBAik
marquis, par la faute duquel ila étaient si mal en points .^.
V. &a53. Sans les herbages qu'ils plantèrent et les semenoes qu'iU mirent #ii tesre; B»eù tpêk
i,Lm. ils se faisaient des potages, ils n'auraient pu y résister. Vous aurîes ra là dr bttn
sergents, de vaillants hommes et bien nobles» accoutumés à la riohesseviqttif pteiaéi
par la faim, dès qu'ils voyaient Fherbe pousser, l'allaient manger et pattrcu AiâlPik
maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient ai mal en poiot.
V. 6a65. Il survint une maladie que je vais vous dire : à cause de pluies qui se migentàtoWNi
I, ixx. ber alors, telles qu'on n'en a janoiais vu^ si grandes que toute l'ost était no^ée ^Mu^
chacun se prit à tousser et k s'enrouer, et à enfler des jambes et de la (étev Uimi.ihAni
rait bien mille par jour dans l'armée, et, par l'enflure qu'ils avaiaut à U tét6i las-ilMrtft
leur tombaient de la bouche. Beaucoup ne pouvaient en guérir paroe qu'ils ne^UrMn
vaicnt pas d'aliments. Alors iU maudissaient le marquis, par la fauta ducpid ila Mûmâ, .
si mal en point.
V. 6379. Seigneurs, le besoin fait souvent faire des choses dont on est blâmé eir^ria, Oky
1, utni. avait dans l'ost bien des gens de tout pays qui avaient honte de demander leur fiiird
ils dérobaient le pain aux boulai^ers. . .... ^^^ Un jour, pour un fait de oe geara%*Ml
avait arrêté un homme, et le boulanger qui l'avait pris lui avait lié du mieux f^BBk
avait pu les deui mains derrière le dos dans sa maison, où il n'y avait rien poiur Talta*
cher. Les gens de la maison, occupés à enfourner, tournaient çà et là> et ne piraMiOl
pas garde au prisonnier. Dieu, qui protège les siens, rompit les liens qui alladiaiiifc
ses mains. U était assis sur un monceau de pains : pendant que les fans de la m^im
son regardaient ailleurs, il en mangea tant qu'il voulut, et en mit un goug sou htfthà
caché derrière un siège. Il ne se plaignait plus , et, quand il en vit le montent, M iM9P«^
fuit grand train et vint dire son aventure à ses con^pagnons qui mouraient iefmih
Ils se partagèrent et mangèrent le pain qu'il leur apportait, et qui les seutiut itfi Jf0fé
mais ce ne fut pas pour longtemps. Voilà la faim si déchaînée et la misère ai ao^ni.
qu'ils maudissaient le marquis , par la faute duquel ils étaient si mal ea point*
V. 43]5. Les gens de l'ost souflraient bien des tourments; personne ne pourjrailt Yops nr
i,Lzm. conter jusqu'où alla la misère qu'ils endurèrent et souffrirent à ce siège depoîa lamr
arrivée. Écoutez quel malheur et quel dommage, quelle perte et quelle hontia, qu'iiQBi
homme que Dieu a fait à son image le renie à force de souflrir! La disette de laHia
espèce de nourriture était si grande dans l'ost que beaucoup de nos geus is'ea nUféiiitr
aux Turcs : ils reniaient la fpi, disant que jamais il ne put se faire que Diau d#iga||
naître d'une femme, et la croix et le baptême, ils reniaient tout ensemble»
V. 4333. 11 y avait dans l'ost deux compagnons, pauvres sergents, qui n'ai^aieut à aw 4ê^
I , LXXT.
U) 1^ vers 6a8/i m'est obscur.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 584
qu'an tknier angevin et ne possédaient rien d'autre ni eomme aliment ni comme avoir,
fi ce n'est leurs armures et leurs Tétements; encore en tirèr«[it-ils mauvais parti. Ils
délibérèrent comment ils emploieraient le denier, quelle nourriture ils en achèteraient
•pour passer cette journée ; ils consultaient le sort par les poils de leur fourrure ^^) pour
savoir ce qu'ils en feraient. Enfin ils conclurent qu'ib achèteraient des fèves. Ik en
eurent treise, et dans le nomWe ils en trouvèrent une percée : pour la faire chauger,
il iaUut que l'un d'eux revint d'une distance de plus de sept arpents; encore le mar-
chand ne la lui cbangea-t-il qu'à grand'peine. Il revint et ils mangèrent, presque en-
ragés de f«m. Quand il n'y eut plus de fèves, leur détresse redoubla. Alors ils mau-
dÎNaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si mal en point.
'On vendait dans Fost une chose qu'on appelait des caroubes, qui était douce à V. /î36i.
manger et qu'on avait sans difficulté, une denrée pour un dénier; cela valait la peine i, Lmi.
d'aller les chercher. De ces caroubes et de petites noii bien des gens furent soutenus;
mais ceux qui étaient malades, qui buvaient souvent du vin fort, dont on avait en
grande abondance, étaient si fatigués par ce vin, outre qu'ils ne mangeaient que ce
qu'ils aimaient le moins, qu'ils mouraient par trois et par quatre. Ceux qui pouvaient
faire de l'exercice en revenaient : ils vivaient, mais ils n'avment pas de quoi manger, et
ils maudissaient le marquis, par la faute duquel ils étaient si mal en point.
On souffrit bien des misères dans l'ost avant qu'elle fût ravitaillée; il nest rien qui v. hSSi,
enrage plus que la faim, la disette de pain, car la faim tourmente plus tous les jours i. uxm.
ceux qui n'ont pas de quoi Tassouvir. Aussi mangèrent41s è toute force de la viande
en carême : ce fut un péché. C'était à l'entrée du jeûne, quand tout le monde doit
jeûner. Plus tard, quand le temps fut meilleur, ils en firent pénitence. Ceux qui man-
geaient ainsi de la viande, et qui songeaient au péché qu'ils commettaient,^ maudis-
saient le marquis par la faute duquel ils étaient si mal en point.
Tout l'hiver dura ainsi la grande disette que souffrirent les gens qui étaient venus V. 6397.
secourir Dieu, depuis Noël jusqu'au grand carême, je le sais exactement et non par
à peu près. On ne savait ce qu'on deviendrait, et dans l'est assemblée autour d'Acre les
gens voulaient à peine se voir les uns les autres. La charité était si refiroidie et l'avarice
était tellement accrue que les plus larges devenaient avares, et, par cette avarice et ce
manque de largesse, les gens mouraient de détresse ^ et maudissaient le marquis, par
la> faute duquel ils étaient si mal en point.
Cette misère dura tant , qu'on en murmurait trop fort ; mais Dieu éprouvait son peuple V. ââ 1 3.
pour lui montrer à l'aimer et è le craindre. L'évéque de Salisbury convoqua ses fils i,Lxnin.
et ses fpères en Dieu, et leur fit un sermon, leur donnant d'ailleurs le bon exemple.
L'évéque de Vérone, qui était bien digne de son ordre, ne fut pas paresseux de ser-
'') G'e^t ainsi que je comprends le vers &3A5, que le latin ne traduit pas.
382 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE:
monner, mais dit des paroles qui allaient au cœur. L'ëvéque de Fano, en LombardEi^
homme de sainte vie, prêcha aussi très efficacement. Peu de temps après, on fit dans
i'ost une quête pour ceux qui étaient trop misérables; elle monta à une grosse soouiiés
et chacun fit ses efforts pour rassasier les besogneux. Vous auriez vu là les paump
gens remercier Dieu en mangeant ce que les riches leur donnaient. Là , Guauqiielia
de Ferrières eut les mains ouvertes et non avares, comme aussi Robert Troussebottqvi-
y mit tout ce qu'il avait, le comte Henri de Champagne, qui y fit beaucoup de bien »,
sire Jocelin de Montoire, qui ne doit pas être oublié dans ce tableau, le courtois comtOv
de Clermont, qui y fut bon dépensier, l'évéque de Salisbury, qui n'eut pas les. maiiiff
chiches , et les autres qui craignaient Dieu et qui secoururent maintes gens. La coUecHîy/
fut sagement répartie et livrée aux petites gens comme aux grands, aux chevaliers, aox
sergents et aux pauvres qu'on voyait en avoir le plus grand besoin, à chacun seloiitce:
qu'il était et ce qu'il souffrait. Dieu vit que son peuple tendait au bien et que lachttsîlé.
le pénétrait, et à cause de cela il le regarda des yeux de sa miséricorde. . < :
V. /iA63. Peut-être avez-vous déjà entendu raconter le miracle que fit le Roi du ciel, el.tlH^.
i,L«n. ceux qui l'ont entendu doivent s'en réjouir. Au port d'Acre arriva une banjue^ rqw,
n'était pas trop longue ni large, remplie de froment. Vous allez voir comment) IMiM'
secourut les chrétiens et changea la disette en grande abondance. Ce n'est pas <{il0iï.
disette fût si grande : il restait beaucoup de provisions dans I'ost; seulement lesitthr-
chands les tenaient cachées pour les vendre plus cher; mais quand Dieu, qui est cliaijli
et source d'humilité, vit chez les siens ce mauvais esprit, il ordonna que la disette et^la
famine prissent fin, et fit baisser le prix du froment.
V. /i/j83. Ce fut un samedi avant trois heures qu'arriva la barque avec les blés; on ne pida;
pas beaucoup de cette barque qui était arrivée, excepté ceux qui vendaient le bié et
qui ne pensaient qu'à leur gain. Le samedi après midi arriva la barque; c'est Dieo «{tti
l'amena. Il prit le froment entassé dans les greniers, que ces gens vendaient cent beoeiHSf
et, du samedi au dimanche, il le mit de cent besants à quatre. Voilà un marcbeod.
comme il en fallait un, pour faire une baisse si grande et si prompte! • ^
V. /i/igS. Ecoutez Comment Dieu châtia un homme qui l'avait mérité, et ce ne fut pas grwd
I, L»i. dommage. 11 y avait dans I'ost un Pisan qui tenait son blé si cher qu'il n'en vendait. jpil
une mesure si ce n'est à un prix trop excessif , et Dieu, qui connaît tous les cœwaet
qui le voyait entêté dans son péché, l'en punit en telle manière qu'un incendie; €Plh* '
brasa sa maison. Tout ce qu'il y avait entassé sans raison fut perdu et brAlé».saii8 ^e
personne pût y porter secours. . t^^
V. 45 1 3. Quand on vit ainsi agir la main de Dieu, la charité s'accrut encore. Tous tes pmidr
t,Lxxu. hommes se faisaient les uns aux autres des libéralités. Les pauvres rassasiés rendlMAt-
grâce à Dieu. Tous ceux qui avaient mangé de la viande en carême se confessèrent rt
en reçurent pénitence, car ils l'avaient fait par nécessité. Chacun d'eux reçut sur. le 4o8
*. i-'WA
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 383
trois coups d'un bftton assez léger, que leur donna Tévéque de Salisbury, qui les corrigea
en bon père. Et à la Pàque close, après que Dieu eut ainsi agi, arriva véritablement ii, i.
dans l'ost le roi Philippe de France; et avec lui vint le comte de Flandres, dont la mort
fit tant de bruit; et aussi le preux comte de Saint-Pol, à qui Técu seyait bien au cou ; et
Guillaume de Gariande, en grande compagnie, Guillaume des Barres, bon chevalier,
preux et dispos; monseigneur Droon d'Amiens, qui avait prouesse et vertus; Guillaume
de Mello, un chevalier dont je me loue; le comte du Perche, qui mit là tout ce qu'il
possédait, et avec les Français, comme je l'ai appris, arriva le marquis. Que vous di-
rais-je de plus? 11 ne resta pas un haut homme en France qui ne vtnt alors au siège
d'Acre plus tôt ou plus tard.
Le roi de France, avec l'armée chrétienne, fut là de Pâques jusqu'à la Pentecôte, V. /i55i.
la noble fête, et alors le roi d'Angleterre, qui avait pris Cypre, arriva aussi. Je vais ui:u.
maintenant suivre l'histoire et rejoindre ma matière en racontant le siège d'Acre. Am-
BRoiSB veut achever sou conte, fournir complètement sa carrière, renouer et rejoindre
son nœud, dire comment les deux rois qui étaient venus à Acre se comportèrent pen-
dant le siège, et rapporter tout ce qu'il se rappelle de l'histoire, et la prise d'Acre, telle
qu'il la vit de ses yeux.
Quand ie roi Richard d'Angleterre fut venu dans la Terre Sainte, comme je vous l'ai V. 4569.
dit, il fit une courtoisie, une prouesse et une largesse qui méritent bien d'être racon-
tées. Le roi de France avait promis et accordé à ses gens que chacun d'eux, chaque
mois, aurait de son trésor trois besants d'or. On en parlait beaucoup. Quand le roi
Richard fut arrivé et qu'il entendit cette grande nouvelle, il fit crier par l'ost que tout
chevalier, de quelque terre qu'il fût, qui voudrait prendre ses soudées, aurait de lui
quatre besants d'or, et qu'il le leur promettait ainsi. Et c'étaient les soudées ordinaires
que l'on donne dans ce pays. Quand on entendit cette promesse, voilà toute l'ost en
joie. Les petites gens, et aussi les moyens, qui étaient là depuis longtemps, disaient:
«Seigneur Dieu, quand donnera-t-on l'assaut? Voilà venu le plus vaillant des rois de
((toute la chrétienté et le plus capable d'assaillir. Que Dieu fasse sa volonté! 99 Leur con-
fiance était au roi Richard. Le roi de France, qui était venu depuis Pâques et s'était in, ?.
très bien comporté, lui fit dire qu'il serait bon d'attaquer et de faire crier Tassaut.
Mais le roi Richard était malade : il avait la bouche et les lèvres en mauvais état d'une
maladie maudite de Dieu qu'on appelle léonardie. Il fit savoir au roi de France son mal,
ajoutant que sa flotte avec ses barons n'était pas arrivée, retenue par un vent, qu'on ap-
pelle le vent d'Arsur, qui l'arrêtait à Sur; que ses pierrières arrivaient; qu'elles seraient
bientôt là, et que, quand ses gens seraient venus, il mettrait volontiers toute sa peine
à prendre la ville. Mais le roi de France, si Dieu me protège, ne voulut point attendre
pour cela et fit crier l'assaut. Au matin on s'arma de tous côtés, en grand désir de
donner l'assaut.* Vous n'auriez pu compter tous les gens armés qui étaient là, tous les
98
mniaciii lATtOKALt.
38/ii ^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
beaux hauberts, tous les heaumes reluisants, tous les ehevaux aux belles formes ttonlMi
tes couvertures blanches, tous les chevaliers d'élite. Jamais nous n'avions tant vuxde
bons chevaliers preux, osés, fiers, hardis et renonunés, tant de pennons, tant.déJwi^
nières ouvrées de mille façons. On distribua les postes ; on désigna ceux qui deyiieaL
faire la garde aux fossés pour que Salahadin et ses gens n'entrassent pais dans Fest par
derrière. Les gens de Dieu s'avancèrent vers les murs et conimencèrent à lancer Jfli
traits et à attaquer. Quand les Turcs d'Acre virent que les chrétiens les assailtaâiiit».
vous les auriez entendus faire sonner leurs bassins, leurs timbres et leurs idbiMiaj
conune si Dieu y avait tonné. Il y en avait parmi eux qui n'avaient pas d'autre oceiipftf-;
tion. Du haut du palais, ils surveillaient rost,et étaient chargés de faire grand ImûL
et grande fumée : c'était pour montrer aux gens de Salahadin de venir les aeepaiir;
et vous les auriez vus accourir, essayant de combler le fossé avec des fascines; œak as
ne purent y arriver, car Jofroi de >Lusignan, dont la prouesse était toujours firabAtfi^
vint à la barrière, qu'ils avaient déjà conquise sur nos gens, et les repoussa de viYefûroe«.
11 en mit plus de dix en bière avec une hache qu'il tenait; il frappait tant de eaaj/fip
et de si bons, que depuis Roland et Olivier un chevalier n'a pas mérité dç pareiiifls
louanges. La barrière que les Sarrasins avaient enlevée fut reconquise, mais noiiMil^
grande mêlée, grande bataille et grands cris. Quant à ceux qui assaillaient la viUe^ et
qui avaient déjà rempli les fossés, il leur fallut reculer en arrière et prcoAii^
un autre parti : ce fut de se retirer vers leur camp(?) et de ne plus lancer deiratob
Voilà l'assaut arrêté; voilà tout le peuple à se plaindre, à crier, à regretter cette artin
vée des rois qu'on avait tant attendue. Chacun disait devant sa tente : «Beaujsire DièiU
quelle pauvre attente nous avons faite!" Nos gens allèrent se désarmer, au nôttoil)
des huées des Sarrasins, et pendant qu'ils se désarmaient les Sarrasins mireofc eftj'
core le feu aux engins et aux cercloies du roi de France. Il en eut telle doulMr'JUf
cœur, on le sut et je l'ai entendu dire, qu'il en tomba malade et ne put plua-nÙNDlinr
à cheval. >.; -
V. 6698. Voilà où en était l'ost, triste et pensive et morne et abattue, voyant les deux rois JM*
111, n. lades, qui devaient prendre la ville, et le comte de Flandres mort, ce qui causait giandl
découragement. Que vous dirais-je? La maladie des rois, la mort du comte, mireat
l'ost en si grande détresse qu'il n'y avait plus place pour aucune joie. Heureoaeomft:
une flotte d'énèques arriva en ce moment, nous amenant Tévéque d'Évreuxavec davaStn
lants hommes ses vassaux, et Roger de Toéni avec beaucoup de chevaliers; les.fieèiiib
de Gornebu , tous braves , fils d'un même père ; Robert de Neufbroc , le plus franc hômÉi^
qu'on puisse chercher; Jourdain de Homez, connétable de Séez; le chambellap kl0')ÏMf^
carville. Déjà avant était venu le comte Robert de Leicestre. Alors vint aussi :69b^
Talebot, un des plus preux de nos guerriers, et monseigneur Raoul Taisson^ qv11:M|
faut pas oublier; le vicomte de Ghftteaudun; Bertran de Verdun;.ceux de Tianelv
à.
' . - jsaïk
L HISTOIRE DE LA GUERRE SilNTE. 385
chevaliers hardis et courtois; Roger de Hardincourt, proche ami du roi; ceux de
Préaux, aussi des compagnons du roi d'Angleterre; Garin, fils de Gërod, avec belle
compagnie; le seigneur de la Mare en bel et riche équipage, et bien d'autres que je
ne nomme pas, qui vinrent secourir Dieu.
Les deux rois étaient dans leurs lits, malades, au siège devant Acre; mais Dieu voulait V. ^1736.
les conserver pour secourir la ville. Le roi de France fut guéri assez longtemps avant m, ^n.
l'autre. Les pierrières, sans cesser, battaient les murs nuit et jour. Le roi de France en
avait une appelée Maie Voisine; mais dans Acre était Maie Cousine qui toujours l'en-
dommageait, et il la réparait toujours; et il la répara si bien qu'elle brisa le mur prin-
cipal et elle fit aussi beaucoup de dégâts dans la tour Maudite. La pierrière du duc de
Bourgogne faisait bien aussi son métier; celle des bons chevaliers du Temple frappa
maint Turc à la tête; celle des Hospitaliers faisait des coups qui plaisaient bien à tous.
On avait établi une pierrière qu'on appelait la pierrière de Dieu : pour la faire, un bon
prêtre avait prêché, réjouissant toute l'ost, et il réunit tant d'argent qu'il abattit plus
de deux perches tout alentour du mur qui était près de la tour Maudite*. Le comte de
Flandres, quand il vivait, en avait eu une, la meilleure qu'on pût trouver; le roi
d'Angleterre l'eut après lui, et, avec celle-là, il en avait une petite qui passait pour
très bonne. Toutes deux attaquaient une tour qui surmontait une porte où les Turcs se
pressaient; elles la heurtèrent et battirent tant, qu'elles en abattirent la moitié. Le roi
en avait fait faire deux neuves, si bien construites que là où elles s avançaient elles
lançaient tout à couvert; et il avait fait dresser un beffroi qui inquiétait beaucoup les
Turcs : il était tellement couvert et garni de cuir, de bois et de cordes qu'il ne craignait
rien qu'on y jetât, ni pierres ni feu grégeois. Il fit faire aussi deux mangonneaux , dont
l'un était si raide que la pierre qu'il lançait volait dans la ville jusqu'à la Boucherie.
Ces pierrières lançaient nuit et jour sans s'arrêter, et il est vrai comme nous sommes ici
que l'une d'elles tua douze hommes d'une seule pierre , qui fut portée et montrée à Salaha-
din. Ces pierres avaient été apportées dans le pays par le roi d'Angleterre : c'étaient
des galets de mer, qu'il avait pris à Messine pour tuer les Sarrasins. Mais le roi était ton-
jours dans son lit, malade et triste. Il allait voir les batailles qu'on livrait aux Sarrasins
tout près des fossés, et le chagrin qu'il avait de ne pouvoir y prendre part l'attristait
plus que le mal qui le faisait trembler.
Acre fut rude à prendre, et il fallut y dépenser beaucoup à faire tous ces engins, qui V. 6809.
y suffirent à peine; car, quand nous n'y faisions pas attention, les Sarrasins nous les 111, tiu.
brûlaient. Le roi de France, à grands frais, avait construit un chat et une cercloie ri-
chement couverte, ce qui fut grand dommage. Le roi lui-même était assis sous la cer-
cloie et lirait souvent avec son arbalète sur les Turcs qui défendaient les murailles. Un
jour, comme ses gens surveillaient le chat et ceux qui y travaillaient, les Sarrasins je-
tèrent et amassèrent tant de bois sec sur le chat et sur la cercloie (Ambroise le vit bien)
98.
386 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
et après lancèrent avec une pierrière le feu grégeois si droit, qu'ils détruisirent le chal^
et la belle cercloie aussi fut là brûlée et mise en pièces. Le roi en fut si courroiuié
qu'il se mit à maudire tous ceux qui mangeaient son pain quand ils ne le vengeakiit
pas des Sarrasins. Il fit, cette nuit-là, crier l'assaut pour le lendemain. Ce jour dulett*
demain, il fit merveilleusement chaud.
V. hShi, Dès le matin se mirent en marche nos braves et vaillants combattants. La garde des
lu, a. fossés fut confiée à des gens qui n'avaient pas peur : tout alentour à la ronde c'étaient
les meilleurs chevaliers du monde; il en fut besoin ce jour-là. Salahadin avait dit
qu'on le verrait, et qu'il entrerait le premier chez nous; il n'y vint pas, mais les timB
y vinrent et descendirent à pied pour attaquer le fossé. On les y attendit de pied fermé,
et l'on y donna de bons coups d'épée et de masse d'armes. La bataille fut achamée;*eir
les Turcs du dehors étaient enragés à la vue de ceux d'Acre, qui les appelaient en lau
montrant l'enseigne de Salahadin. C'était l'émir Safadin avec les siens qui nous atlÉH
quaient. Ils réussirent à combler le fossé, mais nos gens les repoussèrent. Pendant ee
temps, ceux qui étaient allés à l'assaut attaquaient les murs de la ville : que Dieu lenr
en rende bon salaire !
t;1866. Les mineurs du roi de France, qui lui avaient fait promesse, creusèrent tant 0000
terre qu'ils trouvèrent le fondement du mur; ils le soutinrent avec des étançons anx^
quels ils mirent ensuite le feu, si bien qu'un grand pan de mur tomba; mais ce ne hi
pas sans danger pour eux, car, avant de tomber, il s'inclina, si bien que tout le mondb
eut grand'peur. Quant on vit le mur céder, les ennemis arrivèrent en grand noàil^tJ
Vous auriez vu là grande presse de ces maudits païens avec leurs bannières et leort
enseignes; vous les auriez vus avancer et nous jeter le feu grégeois; vous auriez mJn
lii, X. lutte autour des échelles qu'on appliquait aux murs. Là fut faite une grande prouefiae*
et c'est Auberi Clément qui la fit. Il avait dit que ce jour-là il mourrait ou il entrersii
dans Acre , et i] n'en mentit pas : il devint martyr. Il alla sur le mur combattre les Toie0v
qui se pressaient pour le renverser, et il en vint tant sur lui qu'il mourut en se défen-
dant; car ceux des nôtres qui le suivaient et qui étaient déjà sur l'échelle la cbar^
gèrent tant qu'elle plia et qu'elle se brisa en morceaux : ils furent précipités dan0 lé
fossé, aux'grandes huées des Turcs; beaucoup y moururent, et d'autres purent éttû
retirés. Mais toute Tost fut attristée à cause d'Auberi Clément, et pour le plaindre et
le regretter on laissa ce jour-là l'assaut.
V. 4909. Il ne s'était pas écoulé beaucoup de temps depuis la mort d'Auberi Clément qoai^
m, XI. les mineurs pénétrèrent sous la tour Maudite dont je vous ai parlé, et i'étançonnèiéntt
elle était déjà fort ébranlée. Les assiégés, de leur côté, faisaient une contre-mkiÉv
cherchant à atteindre nos mineurs. Enfin ils se rencontrèrent. Us se donnèrent mm**
tuellement trêve. Or il y avait parmi ceux qui contre-minaient des chrétiens, qui étaieni
là aux fers : ils parlèrent avec les nôtres, et firent tant qu'ils s'évadèrent Quand ieil
'A'-^éh^
L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 387
Turcs de la ville le surent, ils en eurent grande douleur. Us réparèrent et arrangèrent
le trou par où ils avaient passé.
Le roi Richard était encore malade, comme je vous l'ai dit; mais il voulut qu'un V. ^997.
assaut fût donné sous ses auspices. Il fit approcher des fossés une cercloie magnifique, ni, m.
où étaient ses arbalétriers, qui faisaient bien leur besogne. Lui-même, enveloppé dans
une couverture de soie, il se fit porter sous la cercloie pour faire donmiage aux Sarra-
sins; et de sa main, qui y était fort habile, il tira maint coup d'arbalète à la tour que
ses pierrières attaquaient et d'où les Turcs tiraient de leur côté. Ses mineurs, cependant,
creusaient et étançonnaient au fur et à mesure. A forée d'être ébranlée par les mi-
neurs et les pierrières, la tour s'inclina vers le sol. Alors il fit crier par son crieur, ni, un.
monté sur un mur à côté, qu'il donnerait deux besant d'or à quiconque arracherait
une pierre de la tour. 11 en promit ensuite trois et quatre. Vous auriez vu là les ser-
gents accourir, mais beaucoup y furent blessés ^^^ et il y en eut tant de renversés
qu'ils n'osaient plus s'approcher ni se fier à la protection de leurs targes. Le mur était
haut et large; cependant ils firent si bien qu'ils en enlevèrent plus d'une pierre. Quand
les Turcs virent qu'on enlevait des pierres, ils se pressèrent tant, pour atteindre ceux
qui détruisaient le mur, qu'ils s'exposèrent à découvert. Un Turc, qui s'était paré de la
riche armure d'Auberi Clément, se mit en avant avec une grande témérité; mais le roi
Richard le frappa si bien en pleine poitrine d'un fort carreau qu'il tomba mort. Les
Turcs, pour réparer le deuil qu'ib en avaient, se découvraient, frappant et tirant de
grands coups. Jamais ils ne s'étaient si bien défendus; c'est merveille d'y penser. Là
aucune armure ne servait, quelque forte et sûre qu'elle fût; les doubles hauberts, les
doubles gamboisons n'arrêtaient pas plus qu'une simple étoffe les carreaux des arba-
lètes à tour, car ils étaient de trop gros calibre. D'autre part, les assiégés creusaient
contre nos mineurs, si bien que les nôtres furent obligés de s'enfuir et de renoncer; et
les Sarrasins de les huer !
Quand cette tour, qui avait été si attaquée, fut enfin abattue, et que, la fumée V. 6989.
s'étant dissipée, on vit plusieurs accès libres, alors s'armèrent les écuyers preux et agiles, m, xu.
On vit là la bannière du comte de Leicestre et celle de monseigneur André de Ghavigni;
celle de monseigneur Hugues le Brun y vint aussi en belle allure, celle de Tévêque de
Salisbury et plusieurs autres. Il était l'heure du repas quand elles vinrent se ranger
devant la tour. Les preux écuyers donnèrent l'assaut ^^ Quand ceux qui gardaient
les murs les virent monter, ils poussèrent de grands cris, et quand on sut la chose par
la ville, elle s'ébranla toute, et les Turcs accoururent en foule. Les écuyers, qui voulaient
entrer dans Acre, avançaient rapidement : bientôt ils se rencontrèrent, et vous les auriez
vus s'attaquer, se frapper, se renverser les uns les autres. Nos écuyers étaient en petit
^*î Lacune d'un vers.
W Idem,
388 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
nombre, et les Sarrasins croissaient toujours; ils leur lançaient ie feu ardent, et l0s
noires, voyant ce feu approcher, n'osèrent l'attendre et redescendirent, et, dans eèttè
aventure, il en mourut je ne sais combien. Alors les Pisans, gens de grande proimae,
s'armèrent à leur tour et montèrent en haut du mur; mais les Sarrasins letnr tinriUt
tête. La bataille entre les Pisâns et cette chiennaillefut ^i fbrteet si acfaa^Iée*'^^i■l
n'a jamais vu si bien attaquer ni si bien défendre. EnGh les Pîsans' furent obiigét^
descendre aussi. Si Ton avait mieux connu l'affaire, Acre aurait été prise ce joor4à;
mais la plupart des gens de Tost étaient assis et prenaient leur vepas : tout avait ité
fait soudainement; ainsi l'assaut en resta là. . v . r>
V. 5o6t. Il y avait eu dans l'ost une assemblée à la suite de laquelle on établit entre 1# €«4
m, XX. Gui et le marquis un accord qu'on avait beaucoup souhaité. Le roi de France tJBMlt. '
pour le marquis et le soutenait, et le roi Richard soutenait le roi do pays, quiavaitM
couronné à Jérusalem. Gomme ils ne s'aimaient pas et qu'ils se disputaient ie ro^^iÉMf^
on décida que le roi Gui resterait roi, mais qu'ils partageraient entre eux ioates kv
terres et les rentes. Le marquis aurait immédiatement Sur, Barut et Saette, afiù iPétai»
blir une paix solide; et s'il arrivait que le roi Gui mourût le premier, le marqmB'afandit
la couronne, et Jofroi de Lusignan aurait Jaffe et Ëschalone. [Et s'il arrrivail qiié^
roi Gui, le marquis et sa femme mourussent, alors le roi Richard ^^)] disposerail^^
pays. Mais le marquis, tant ^qu'il vécut, porta envie aux deux frères. > * * 'i>*'
V. 5067. Les Sarrasins qui étaient enfermés dans la cité étaient des gens de grande et nm^
m, XT. veilleuse fierté. Si ce n'eût pas été des mécréants, on peut dire qu'on n'en aanitt |l^'
mais vu de meilleurs. Cependant ils prenaient grande peur en voyant cette merfe^r^
que le monde entier se réunissait pour les détruire, en voyant leurs murspereés, erefëb
et mis en pièces, en voyant leur nombre diminuer par les tués et les blessés. As étaMli
bien encore six mille. dans la ville, parmi lesquels le Mestoc et Garacois; mmêê
n'avaient plus d'espérance de secours; en outre, ils savaient que toute l'ost était dui#^
pérée pour la mort d'Auberi Clément, et que les chrétiens les baissaient profondâEtrisnt
pour leurs fils, leurs frères, leurs oncles, leurs pères, leurs neveux, leurs cousins igfeflN
mains qu'ils nous avaient tués. Ils savaient , à n'en pas douter, que nos gens mourndiltt
là ou qu'ils les prendraient de force; il n'y avait pas d'auti*e alternative^ Ils avaÎMtfiA
construire un mur au travers de la ville 4 et ils songeaient, j'ose bien l'affinnerili'Mi
défendre jusqu'à l'extrémité; mais Dieu les poussa à prendre unparti dont le réadMt
fut très honorable pour nous et pour eux nuisible et mortel, si bien que^ grâceè<eelié
résolution ,. Acre fut à nous sans coupiérir. - * i *'\'^ •
V. 5io5. Les Sarrasins qui étaient dans Acre tinrent conseil, et décidèrent qu'ils nou8^4l»
manderaient un sauf^conduit pour envoyer des messages à Salahadin, qui leâr ftfttt
(^) Ce qui est enlre crochets est restitué d'après ie latin , mais sans une certitude absolue. '
* # » if--
•»% héJs^ h^i'
^ -^fïf
LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 389
promis que, s'il les voyait en trop mauvais état, il ferait la paix qu'ils indiqueraient :
tel était son engagement Us demandèrent donc un sauf-conduit, et ils mandèrent à
Salahadin qu'il ne perdît pas à leur égard son renom de prouesse et d'honneur, et, la
grande loi que Mahomet avait établie chez leurs ancêtres, qu'il la gardAt d'être abaissée
et détruite par les chrétiens, qu'il pHt une prompte résolution et qu'il ne songeât è
autre chose qu'à délivrer les braves gens qu'il avait fait entrer dans Acre : ils l'avaient
tant gardée pour lui qu'ils en étaient venus k être à la merci de Tépée des ennemis;
ils le suppliaient de songer à leurs pauvres familles, qu'ils avaient laissées sans res-^
sources et qu'ils n'avaient pas vues depuis trois ans que la guerre avait commencé; ils
lui demandaient de prendre soin des leurs et de ne pas les laisser eux-mêmes mourir
par négligence, et ils lui (ysaient sans détour que, s'il ne tenait pas sa promesse, ils
feraient avec les chrétiens le meilleur arrangement qu'ils pourraient.
Salahadin entendit les plaintes de ces gens qui étaient serrés de si près; il connut leur V. 6137.
mauvais état, leur faiblesse, leur détresse et leur découragement. Il leur parla du mieux
qu'il sut, leur disant qu'il avait eu un message de Babylone, et qu'il recevrait bientôt,
dans des vaisseaux et des galères, de nombreuses troupes qu'il avait mandées depuis
longtemps pour secourir ses braves serviteurs d*Acre, qu'il ne voulait pas laisser périr.
L'amulaine lui avait mandé' qu'il viendrait dans la semaine, et il leur promettait par
sa foi que, si le secours n'arrivait pas, il ferait, pour les sauver, la paix avec les chré-
tiens. Les messagers qui étaient allés à lui revinrent. Cependant, tous les malheurs arri- m, x^i.
vaient aux assiégés : nos pierrières, qui ne s'arrêtaient ni jour ni nuit, brisaient les
murs, et les Turcs avaient une telle peur que dans la nuit, de crainte de pis, ils venaient
sur les murs et se laissaient tomber en bas. De nouveaux messagers allèrent et revinrent,
et firent entendre k Salahadin qu'ils étaient morts s'ils n'avaient paix ou secours.
Salahadin connut, sans doute possible, les grands maux, les grandes pertes et les V. 5167.
grands dommages de ses gens. Il prit conseU de ses barons, et leur demanda ce qu'il m. x^n.
devait faire au sujet de cette requête. Les seigneurs et les émirs, qui étaient parents et
amis de ceux qui défendaient Acre, et qui voulaient les en tirer, lui répondirent ou-
vertement qu'il n'y avait qu'à faire une paix , la meilleure qu'on pût faire, avant qu'il
y eût de plus grands malheurs. Quand le Soudan eut compris le désir de tous ses
barons, voyant la triste situation d'Acre, qu'il ne pouvait aider, bon gré, mal gré, il dit
aux messagers, qu'il connaissait pour sages et preux, qu'il consentait k rendre la ville,
puisqu'on ne pouvait plus la défendre; Alors, avant que les messagers repartissent,
on arrêta les offres qu'ils devraient faire aux chrétiens quand ils leur parleraient.
Les messagers revinrent, n'ayant pas l'air mécontent. Bientôt eut lieu l'entrevue des
nôtres et de ceux de la ville, qui venaient faire leurs offres. On imposa silence au
peuple.
Les Turcs firent dire par un interprète les offres qu'ils faisaient. Ils offraient de V. 5199.
390 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
rendre la croix en laquelle les chrétiens ont foi, et la ville, et deux mille captifs de haut.
rang, avec cinq cents de moindre condition, qu'ils gardaient depuis longtemps; Sala»»
hadin ferait chercher par toute sa terre leurs armes et leurs effets. Quand les Turcs 8or«
tiraient d'Acre, aucun d'eux ne pourrait emporter avec lui rien autre que sa cheinka.
U y avait encore une autre condition : ils donneraient deux cent mille besants aux émoL
rois qui étaient là, et ils livreraient en otage les Turcs les plus nobles et les plus esti*'
mes, que l'on choisirait dans Acre d'après leur apparence et le conuniin bruit. Nos
gens tinrent conseil, examinèrent ces propositions, et le conseil trouva la paix aceep»
table et l'accorda.
V. 5a95. Le jour où Acre fut rendue, si je suis bien informé, il y avait quatre ans, on le
111, xn. sut avec certitude, que les Sarrasins l'avaient conquise, et je me rappelle nettemMi
qu'elle fut rendue le lendemain de la fête de saint Benoit, malgré la race maudite,^
que Dieu puisse maudire de sa bouche, je ne saurais m'empécher de le souhaitor^B
fallait voir alors les églises qui étaient restées dans la ville, comme ils avaient motiié
et effacé les peintures, renversé les autels, battu les croix et les crucifix par mëpm'
de notre foi, pour satisfaire leur mécréance, et fait à la place leurs mahomeries! Maia>
tout cela ils le payèrent ensuite.
V. 59&5. A cette époque, si je ne me trompe, comme Acre venait d'être livrée et que hâ
m, zif. Turcs devaient nous rendre la croix, la nouvelle se répandit par toute Tost cpe le iw
de France, dont le peuple espérait tant, voulait retourner en France et faisait ses pré^l
paratifs. Eh! Dieu clément, quel retour! Ce fut une bien mauvaise pensée, à celui (fà-
devait diriger tant de gens, de vouloir s'en revenir. Il s'en retournait à cause de ta
maladie : quoi qu'on en dit d'ailleurs, c'est ce qu'il disait; mais il n'y a aucune autonlif
d'après laquelle la maladie soit une dispense suffisante de faire le service du Roi soinre^
rain qui dirige tous les rois. Je ne dis pas qu'il n'y ait été, et qu'il n'ait dépensé or et
argent, fer et bois, étainet plomb, et secouru bien des hommes, comme le plus hautToi
chrétien qu'on sache en terre. Mais c'est pour cela qu'il aurait dA rester et faire, saimdé^
faillance, tout son possible dans cette pauvre terre sans secours, qui a été si éprouvée.
V. 6979. La nouvelle se répandit par l'ost, toute sûre et toute claire, que le roi s'en retour**
nait, et il s'y préparait chaque jour. Voilà les barons de France pleins de trouble et
de colère, en voyant le chef dont ils étaient membres si décidé que leurs pleure^
leurs plaintes ne pouvaient le faire consentir à rester. Et quand, malgré tous lems^
efforts, ils virent qu'ils n'y pouvaient rien, je vous assure qu'ils le blâmaient; et pw;
s'en fallait, tant ils étaient mécontents de sa direction, qu'ils ne reniassent leur roi*
et leur seigneur. J
V. 6289. Le roi de France était sur son départ, et ne voulait se laisser persuader par pereoBMH
d'attendre davantage pour s'en retourner en France. Et, à son exemple, s'en retqlir^
nèrent beaucoup de barons et d'autres gens. Il laissa comme échange k sa place le.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 391
duc de Bourgogne, avec les gens de son pays. li fil demander au roi Richard de lui
prêter deux galères : les gens de Richard allèrent au port et lui en firent avoir deux
belles, vîtes et bien garnies; le roi d'Angleterre les abandonna libéralement, et il en
eut mauvaise récompense.
Le roi Richard, qui restait en Syrie pour secourir Dieu, se méfiait du roi de France, v. 53o5.
car la méfiance avait régné entre leurs pères, qui s'étaient souvent fait du mal. 11 lui iiu nu.
demanda de lui donner sûreté et de lui jurer sur des reliques qu'il n'attaquerait pas
sa terre et ne lui nuirait pas tant qu'il serait dans son pèlerinage, et que, une fois qu'il
serait revenu, le roi de France ne lui ferait ni tort ni guerre sans l'avoir fait prévenir
par message quarante jours d'avance. Le roi en fit le serment, et donna comme cau-
tions de bauls hommes dont on se souvient encore, le duc de Bourgogne, le comte
Henri et d'autres gens, cinq ou davantage; mais je ne sais pas nommer les autres.
Le roi de France prit congé, et je peux bien vous dire une chose, c'est qu'à son dé- V. ôSag.
part il reçut plus de malédictions que de bénédictions. Lui et le marquis s'en allèrent iii,xxin.
par mer à Sur, emmenant avec eux leur part des prisonniers sarrasins qui avaient été
partagés, entre autres Caracois : le roi espérait bien en tirer cent mille besants, dont il
pensait pouvoir entretenir ses gens jusqu'à Pâques. Mais les otages furent victimes de
l'abandon des leurs, et la plupart livrés à une mort douloureuse, si bien qu'on n'en
eut pas une maille ni rien qui la vaille. Les Français n'eurent que la moitié du butin
qu'on avait trouvé à Acre ; ils se plaignirent souvent de n'avoir pas eu d'autre payement, et
il y eut là de grandes querelles. Plus tard , le roi d'Angleterre, que le duc de Bourgogne
en avait requis, prêta au duc, sur leurs otages, cinq mille marcs de son argent pour la
solde de leurs hommes, leur faisant ainsi grand avantage; mais cela fut longtemps après.
Le roi Richard vit bien que toute la peine et toute la dépense le regardaient, puisque V. 5358.
le roi de France était parti sans vouloir rester. Il fit alors tirer de son trésor grande iv, i.
foison d'or et d'argent, qu'il donna généreusement aux Français pour les réconforter,
parce qu'ils étaient pleins de découragement, et à d'autres gens de plusieurs nations,
qui purent ainsi retirer ce qu'ils avaient dû mettre en gage.
Le roi de France partit, et le roi Richard, qui n'oubliait pas Dieu, prit ses dispo- V. 5369.
sitions. Il fil convoquer, par ban, toute l'ost; mais il resta encore là une quinzaine,
puis une huitaine après le terme fixé, car Salahadin ne voulut pas nous tenir l'engage-
ment qu'il avait pris, ou cela ne plut pas à Dieu, quoi qu'on en dise. C'est ce qui fit
attendre l'ost si longtemps. Pendant ce temps, le roi fit charger ses mangonneaux et ses
pierrières, de façon à être prêt à partir, car déjà l'été se passait, et c'est pour cela qu'il
préparait tout. Il fit refaire les murs d'Acre, autant et plus qu'il en avait fait abattre;
lui-même, pour se divertir, il allait voiries ouvriers qui y travaillaient, car il pensait
toujours à recouvrer le patrimoine de Dieu, et il lui déplaisait de tant se reposer, et
il l'aurait bien recouvré sans les machinations de l'envie.
392 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
V. 5393. Le terme arriva des engagemenls et des serments que les Sarrasîas avaient faits
IV, n. Francs. Les chrétiens ne savaient pas qne les autres les faisaient attendre poiir rien,
demandant toujours des termes et des répits nouveaux pour «ehercher la minte «tléBl
Nos gens en demandaient sans cesse des nouvelles, et quand elle, viendrait; maia'Daeo
ne voulait pas garantir ni protéger ceux en échange desquels on devait la rendre;»L*iui
disait : ccElle est venue! ?) L'autre disait : ce Un tel, qui a été dans l'ost des SarratÎMi
«Ta vue. 7) Mais on reconnut enfin que ce n'étaient que mensonges. Salahadin kÔMi
périr les otages sans les secourir ;« car il pensait faire, au moyen de la croix, une ^ak
plus importante. ' '••*
V. 5âi3. Pendant tous ces répits, les chrétiens envoyèrent des messages à Sur aq marquis,
TV, m. lui demandant de venir rendre les otages et recevoir la part qui revenait au retdè
France, c'est-à-dire la moitié de ce qui était promis. L'évéque de Salisbury, le comté
Robert, et l'un des frères dé Préaux, bons chevaliers, le preux et loyal Pierre, forent
les trois qui portèrent le message. L'enragé marquis leur répondit qu'il n'en feritt
rien, car il n'osait pas aller dans l'ost à cause du roi Richard d'Angleterre, qu'item-
gnait plus qu'homme du monde; et, par-dessus tout, s'il consentait à rendre les Tom
qu'il gardait, il voulait que la croix fût partagée et qu'il en eût sa part; et al<n^-il
les rendrait sans plus attendre. Les messagers entendirent les paroles entêtées de T^Aii^
minable marquis; sachez qu'ils l'en estimèrent moins. Ils firent tout ce qu'ils pttMH
pour l'adoucir, et lui dirent qu'un d'eux resterait en otage, et qu'ainsi il poim«yt
venir en toute sûreté devant le roi ; mais il jura par son serment qu'il n'y porterait fêi^
les pi^ds. Us s'en revinrent à Acre sans prendre congé, et racontèrent tout su- Ml
sans rien omettre. Le roi en eut honte et dépit. 11 manda le duc de Bourgogne,' DiMÊk
d'Amiens, qui était si preux et estimé, et Robert de Quinci; et quand ils furent vMus,
le roi leur exposa la déraison et l'arrogance du marquis et le prétexte qu'il dooMft
pour ne pas venir et pour garder les otages : il voulait avoir sa part du royaume 'SMI
porter écu ni heaume, et il avait si bien coupé les vivres qu'il n'en passait pas Me
denrée par Sur qui ne fût arrêtée et prise. «C'est une folie, dit le roi; sirè duc, îlj
ce faut aller. Si nous entrons dans la voie de la folie, nous ne ferons rien de bon.» Alors
le duc de Bourgogne partit avec Droon d'Amiens et le preux, le sage Robert de Quiiei;
Ils allèrent trouver le marquis à Sur, et le sommèrent de par Dieu et de par' le 'Pli
d'Angleterre de venir reconquérir et regagner la Syrie, puisqu'il en réclamait M ^pul.
Ils lui parlèrent en hommes sages, et il répondit follement qu'il ne mettrait ^«aiia
pieds dans l'ost, et qu'il garderait sa cité, qui ne craignait homme vivant. Ils diiqpo^.
tèrent longtemps, mais à la fin les trois messagers , ces hauts hommes, firent tant qii%
emmenèrent les otages dans l'ost d'Acre, où étaient les autres. :tî
V. 5^87. Ainsi arrivèrent les otages qui avaient été retenus à Sur. Cependant depuis ^ojaib
IV, If. jours, et même plus, était passé le terme des engagements que les Sarrasins ftfiieÉl
L'HISTOIRE DE LA GJJËRRÇ SAIQITE. ^93
promis de tenir à la chrétienté. Le soudan y avait failli; il se conduisit comme un
homme déloyal et méprisable en ne rachetant ni ne délivrant les siens, qu'il- livra à la
mort; il perdit alors sa renommée, qui avait été si haute, car il n'y avait pas eu une
cour au monde où on ne la célébrât; mais Dieu dépose son ennemi « après l'avoir toléré
iin temps, tandis qu'il maintient et élève son ami et dirige ses affaires. Pour Sal^ha-
din. Dieu ne devait plus l'élever ni le soutenir, car tout ce qu'il avait fait, toutes ses
conquêtes sur les chrétiens ne lui avaient réussi que parce que Dieu se servait de lui
et voulait, par son moyen, recouvrer et ramener dans la bonne voie son peuple., qui
était dévoyé.
Quand le roi Richard sut véritablement et comprit sans doute possible que Salahadin V.55i3.
ne faisait que l'amuser, il sentit un grand déplaisir de n'avoir pas déjà mis l'ost en
mouvement. Quand il connut bien la chose, et vit que Salahadin ne lui tiendrait rien,
et n'aurait pas égard au salut de ceux qui lui avaient défendu Acre, il assembla en
conseil les hauts hommes, qui délibérèrent, et l'on décida qu'on tuerait la plupart des
Sarrasins, et qu'on garderait ceux qui étaient de haute naissance pour racheter de nos
otages. Le roi Richard, qui avait tué tant de Turcs dans le pays, ne voulut pas s'en
rompre davantage la tête: pour abattre l'orgueil des Turcs, pour abaisser leur loi et
pour venger la chrétienté, il en fit mener hors de la ville, chargés de liens, deux mille
sept cents, qui furent tous mis à mort. Ainsi furent vengés leurs coups et leurs traits
d'arbalète; grâces en soient rendues au Créateur!
Voilà l'ost convoquée par les crieurs à l'heure oii le soleil se couche. [Il fut crié V. ssâ.'i.
partout qu'ils se mettraient en marche^^^], qu'ils chevaucheraient au moment voulu iv, t.
et qu'en invoquant le nom de Dieu ils passeraient le fleuve d'Acre pour aller droit à
Escalone et conquérir le rivage de la mer. Ils chargèrent des approvisionnements, du
biscuit, de la farine, des vins et des viandes; on avait ordonné que chacun portât des
vivres pour dix jours; les mariniers devaient venir avec leurs bateaux chargés et suivre
l'ost le long de la côte, et les énèques aussi devaient suivre promptement, années,
appareillées, chargées d'hommes et de vivres. Le plan était d'avancer ainsi en deux
corps séparés, l'un marchant par mer, l'autre par terre ; car on ne pourra jamais re-
conquérir autrement la Syrie maintenant que les Turcs s'en sont emparés.
L'ost était restée devant Acre deux hivers et tout un été, presque jusqu'à la mi- Y. 5567.
ao&t, à grande peine et à grande dépense, quand le roi fit l'exécution de ces Turcs, qui iv, n.
avaient bien mérité la mort par tout le mal qu'ils avaient fait à Dieu et à ses pèlerins,
dont il était résulté tant d'orphelins, tant de filles sans appui, tant de veuves, tant
d'héritages perdus, tant de hauts lignages abaissés, tant d'évéchés et tant d'églises
privés de leurs pasteurs. Ce qu'il mourut là de princes et de comtes, un bon clerc en a
^' Resliluë d'aprèfl le latin.
«9-
39& L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
écrit le comple, de tous ceux qui moururent dans l'ost et qui avaient quelque renon,
sans paiier des moyens et des petits; car s'il avait voulu les y mettre tous, iin'easenit
jamais venu à bout, II lui aurait fallu trop de peine et trop d'écriture. Dans le confie
qu'il écrivit de sa main, il trouva et dit qu'il mourut dans l'ost six arcbevé<pM,
douze évéques et le patriarche, sans compter les prêtres et les dercs, dont persôoDe.iH
pourrait dire le nombre, li y mourut quarante comtes, que le clerc nota eiactemoit,
et cinq cents hauts seigneurs terriens qui étaient allés là requérir Dieu. Que Oieui»
absolve, e( veuille bien les accueillir dans son royaume! Pour tous ceux qui moarurMit
là et pour tous ceux qui y allèrent, pour les gens de haut rang et pour les petites geu
qui soutinrent l'ost de Dieu, pour tous ensemble, nous devons prier du fond ducosar
que Dieu les accueille entre ses amis dans la gloire céleste, oii il sera merveilleui d'An
reçu, comme îl le leur a promis pour leur bien et pour te nAtre : que chacun en dite
un Pater noiûr.
Quand fut mise à mort la cbiennaille qui s'était enfermée dans Acre et nous y anal
donné tant de mal, le roi Richard fit porter et dresser ses tentes hors des fossés, poar
attendre i'ost prête à se mettre en mouvement. Tout autour de lui, dans des loges,
il établit des sergents à pied, à cause des perfides Sarrasins, qui venaient en gronde u>*
pétuosité et à chaque instant nous assaillaient arec des cris quand les nAU^s s'y aUm-
daient le moins. Le roi, accoutumé à ces alertes, sautait le premier sur ses anaes,
piquait droit ïur les ennemis et faisait de grandes prouesses.
11 arriva un jour que les Turcs repoussèrent les ndlres et commencèrent la Biâée.
Nos gens s'armèrent, le roi et ceux qui étaient auprès de lui, et avec eux un comtrde.
Hongrie et une grande bande de Hongrois. Ils sortirent contre les Turcs, et il y en Mt
qui firent merveille; mais ils poursuivirent trop longtemps et ils en eurent mauvaise
aventure. Le comte de Hongrie, qui était un des grands seigneurs de l'ost, fut pm,
et un chevalier de Poitou, nommé Huguelot, qui était maréchal du roi, fut emmené
par les Turcs. Le roi, voulant délivrer Huguelot, s'élonca h corps perdu; maïs il fat
emporté trop loin ; car les Turcs ont un avantage par lequel ils nous nuisent beaationp :
les chrétiens ont de lourdes armures, et les Sarrasins n'ont d'autres armes qu'oaus,
une masse, une épée ou un javelot acéré et un léger couteau; et quand on les peaf
suit, ils ont des chevaux qui n'ont pas de pareils au monde, qui semblent volero
des hirondelles. On a beau poursuivre le Turc, on ne peut l'atteindre, et il rei
à la mouche venimeuse et insupportable : poursuivez-le, il prendra la fuite;
il vous poursuivra. Ainsi celte race odieuse mettait le' roi en grande gène. Il les ^af
gcail, et ils s'enfuyaient; il revenait, et ils le poursuivaient. Souvent ils y avaient ili>.
la perte; mais d'autres fois ils avaient le dessus. j
Le roi Richard était donc dans sa tente, attendant l'ost; mais- les gens étaient p^
resseux k sortir de la ville, et le nombre de ceux qui avaient passé les fosa^ ne s'ae*
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 395
croissait guère ; pourtant la ville d'Acre ëlait si pleine de gens qu'ils pouvaient à peine
y tenir : tant dans la ville que dehors, il y avait bien trois cent mille hommes. On
s'en allait à regret, car la ville ëtait pleine de délices, de bons vins et de demoiselles,
dont plusieurs étaient fort belles. On s'adonnait au vin et aux femmes, et on se livrait
0
à toutes les folies. Il y avait dans la ville tant de désordre, tant de péché et tant de
luxure , que les prudhommes avaient honte de ce que faisaient les autres.
L'ost était convoquée, il fallut partir. Comme une chandelle abritée s'éteint si on v. 5687.
l'expose à un fort vent, ainsi force fut bien que la folie répandue dans l'ost s'éteignit
d'abord, car toutes les femmes restèrent dans la ville d'Acre, excepté les bonnes vieilles
pèlerines, les ouvrières, les lavandières qui leur lavaient le linge et la tête, et qui pour
ôler les puces valaient des singe^. Voilà, un beau matin, l'ost armée et bien rangée.
Pour qu'il n'y eût pas de surprise , le roi resta à l'arrière-garde. Ce premier jour, on
fit une petite marche. Dès que les gens maudits eurent vu l'ost se mettre en route,
vous les auriez vus descendre des montagnes par vingt ou trente; car ils étaient enragés
du massacre qu'ils avaient vu faire de leurs parents, étendus morts sous leurs yeux;
aussi suivaient-ils l'ost en la harcelant tant qu'ils pouvaient; mais, grâce à Dieu, ils
ne nous firent pas de mal. Nos gens partirent et passèrent le fleuve d'Acre; là ils dres-
sèrent leurs tentes et leurs pavillons, el attendirent que tous ceux qui devaient sortir
d'Acre fussent arrivés : il était si difiicile de les en tirer qu'on n'avait pas pu les faire
sortir tous ensemble.
L'ost des chrétiens passa le fleuve un vendredi; le lendemain c'était une fête ¥.5721.
où personne ne fit œuvre de ses mains, la fête de l'apôtre saint Barthélemi. Le lundi iv, z.
d'après, il y avait juste deux ans qu'avait commencé le siège d'Acre, enfin possédée par
les chrétiens. Le dimanche, au nom de Dieu, l'ost se mit en marche de grand matin;
les chefs montèrent et ordonnèrent les corps d'armée. Vous auriez vu là grande cheva-
lerie, la plus belle jeunesse, la plus vaillante, la plus choisie qu'on ait vue avant ni
après, tant de gens au courage assuré, tant de belles armures, tant de sergents preux
et hardis et renommés pour leur prouesse, tant de lances reluisantes et belles, tant de
pennons, tant de bannières richement ouvrées, tant de beaux heaumes, tant de beaux
hauberts! En cinq royaumes on n'en trouverait pas de tels. C'était, à la voir en marche,
une armée à inspirer la terreur. Le roi Richard, accompagné de gens qui ne connais-
saient pas la peur, faisait ravant-garde;au centre, à l'étendard, étaient les Normands,
qui en eurent mainte fois la garde. Le duc et les Français, la fière nation, étaient à
l'arrière-garde; mais ils avancèrent si lentement qu'il faillit en arriver malheur.
L'ost marchait le long du rivage; les cruels Sarrasins étaient à gauche sur les v. 5759.
dunes et voyaient très bien notre marche. 11 s'était levé un brouillard très gênant pour
l'ost; la file s'était éclaircie et presque interrompue à l'endroit où marchaient les
charretiers qui portaient les vivres. Les Sarrasins descendirent, se jetèrent droit sur
396 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
ies charretiers, tuèrent hommes et chevaux, prirent beaucoup de provi^ioûsVi^retit
en désordre ceux qui menaient le convoi et les poussèrent jusqu'à la n^r. Ils les y pour-
suivirent, et là ils coupèrent le poing à un sergent qui (Rappelait Evrard, à ée qaVm
m'a raconté, et était homme de l'évéque de Salidbury. Evrard ne se déconceHa fmi :
quand sa main droite fut coupée, il prit son épée de la main gauche, les attendit éé
pied ferme et se défendit contre eux tous. Voilà toute Tost en émoi, tandis; que le iHli
Richard n'en savait rien encore. L'arrière-garde était arrêtée, pleine de ttt>uble 0t de
désordre. Alors Jean, fils de Lucas, courut vers le roi lui dire les^ nouvelles; le itâ^vint
en toute hâte avec les compagnons auxquels il se fiait; il revint de l'avant-garde éà il
était, et se jeta au milieu des Turcs près de la colline. Il tomba sur eux cofàiM la
foudre : je ne sais combien il en tua avant même qu'ils l'eussent reconnu; s'il avait sa
la chose un peu plus tôt, il leur aurait fait grand dommage. Il y eut là un Frai^(iD^,
le preux Guillaume des Barres, qui renversa bien des Turcs par terre; il se condoiml
si bien ce jour-là que le roi lui pardonna une rancune qu'il avait contré lui, et né^tAi
sut plus aucun mauvais gré. Ils repoussèrent les Turcs vers la mrontague et en taftreot
je ne sais combien. Salahadin, avec de grandes forces, était tout près; mais quarid 3
vit ses gens reculer, il s'arrêta et ne fit rien. L'ost, qui avait été mise en désordMêt
reprit ses rangs et sa marche, tant qu'ils trouvèrent un fleuve et des citeriies ^t^t
on fit l'essaii Ils dressèrent là tentes et pavillons, dans un grand espace oii Salahadin
avait passé la nuit, et oii l'on -voyait bien qu'une merveilleuse armée s'était arrAé^.
V. 58a3. En cette première journée de marche , telle fut l'étrenne de l'ost que les Turcs flrmt
IV, XI. sur eux du butin ^^\ Ce sont là les aventures de la guerre ; Dieu le voulut pour lettf salM,
pour que l'ost avançât sans négligence , plus serrée et mieux en ordre qu'elle n'était
quand elle fut attaquée. Depuis lors, on y fit grande attention, et on la dirigea #irec
plus de prudence. Mais les difficultés grandissaient; car Salahadin et la chiénbéffle
infidèle s'en allaient déjà de l'autre côté de la montagne, aux défilés oh ils savalëàt
que nos gens devaient passer. Ils avaient pris leurs mesures de telle sorte q[ae f&Ét
devait être tuée ou prise, ou tout au moins mise en grande déroute. Nos gens parâriftt
du fleuve; mais ils firent ce jour-là une petite marche. Us allèrent camper sous Gàl^âiks
pour attendre les petites gens, qui n'étaient pas encore venus. ''*'•
v. 58^7- Sous Caïphas, le long du rivage, campait l'ost vaillante et fière, divisée en dènx
parties, entre la tour et la mer. Ils restèrent là deux jours à s'occuper des é^i^
ments et des approvisionnements. On jeta ce qui ne servait à rien, on garda ee'ijtii
semblait bon; car les gens de pied, les petites gens, s'étaient tellement chargée ée'pNh
visions et d'armes, et étaient venus avec tant de peine, qu'il fallut en laisser beàaéoilp
là, qui moururent de chaud et de soif.
0) On peut lire, au vers 58â5, tM lor guaaignwrent.
:^?^^éA
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 397
Quand i'ost de Dieu se fut reposée et eut pris ses arrangements sous Caiphas, ils V. 586 1
en partirent un mardi et établirent leurs divisions. Le Temple faisait l'avant-gardc, iv, m.
THApital Tarrière-garde. A voir les divers corps d'armée, on prenait de lost une
haute idée, et Tost était mieux conduite qu elle n'avait été la première fois. A cause
du repos qu'ils avaient eu, ils firent ce jour-là une grande journée; mais sur le rivage
ils trouvèrent de hautes herbes et de grandes épines qui gênaient les piétons et les
frappaient en plein visage. Toute, la terre était déserte. Vous auriez vu là de belles
chasses données au gibier qu'on trouvait en notasse sur le rivage, qui se levait entre
leurs pieds et qu'on prenait en abondance.
Le roi vint au château de Capharnaûm, qu'avaient abattu nos ennemis. Il descendit, V. 5883.
et dîna en attendant l'ost. Ceux qui voulurent dînèrent, et, après diner, continuèrent
jusqu'au Casai des Défilés, qui n'est pas large mais petit: arrivés là, ils descendirent
et dressèrent leurs tentes. Tous les soirs, quand l'ost campait, avant qu'elle fût cou-
chée, il y avait un homme qui criait, et toute l'ost y prenait plaisir, car sa voix s'en-
tendait partout; il criait : c^ Saint sépulcre , aidez-nous!» et tous criaient après lui, et
tous tendaient leurs mains au ciel et pleuraient , et lui il recommençait et criait trois
fois; et tous en étaient fort récréés.
Pendant le jeur, l'ost était tranquille; mais quand la nuit était obscure, ils avaient V. 5905.
fort affaire avec les vers piquants et les tarentules, qui les tourmentaient fort; les pèlerins iv, xm.
qui en étaient piqués enflaient aussitôt. Les hauts hommes leur donnaient de la thé-
riaque qu'ils avaient et qui les guérissait promptement; cependant les tarentules les
inconunodaient fort. Enfm des gens sages donnèrent un bon avis : quand ces vermines
venaient et qu'on les voyait, on faisait dans l'ost un grand bruit, j'en prends Am-
BRoiSE à témoin; on frappait les heaumes et les chapeaux de fer, les barils, les selles,
les panneaux, les écus, les targes, les bassins, les chaudières et les poêles. On faisait
un tel tapage et un tel fracas que les vermines s'enfuyaient en entendant ce bruit, et
quand on en eut pris l'habitude, les vermines se retirèrent.
Au Casai, où l'ost s'était arrêtée, elle se mit en mesure et en défense contre les cruels V. 5931.
ennemis qui depuis l'attaquèrent souvent. On avait là un large espace; il fallut y rester
deux jours pour attendre les vivres ; enfin arrivèrent les vaisseaux , barques et galères, qui
suivaient l'ost le long du rivage et apportaient les provisions. On était revenu au Casai; iv, u?.
le roi, qui avait couché au Merle, avait tout arrangé pour la marche. Il avait décidé
qu'il ferait ce jour-là l'avant-garde, de sorte qu'on n'eût rien à craindre par devant, et
que les Templiers feraient l'arrière-garde et seraient attentifs, car les Sarrasins étaient
près de l'ost, et ils la harcelèrent tout le jour. Le roi d'Angleterre chargea ce jour-là,
et y conquit grande renommée; sans la mollesse de quelques-uns, il eût fait de grandes
choses. Le roi et les siens poursuivirent l'ennemi; mais d'autres se montrèrent paresseux ,
et le soir en furent blâmés à bon droit, car, s'ils avaient suivi le roi, on eût vu un beau
398 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
fait d'armes. Toutefois il repoussa les Turcs, et Tost marcha sur le sable, doucement et&
petite allure, car il faisait une chaleur excessive, et l'étape, ce jour-ià, n'était pas coiurlef
mais grande et pénible. La chaleur les accablait tellement qu'il en mourait beaucoup^
qu'on enterrait aussitôt; et ceux qui ne pouvaient avancer, dont il y avait souvrat
beaucoup, ceux qui étaient lassés, épuisés, découragés et malades, le roi, en chef
compatissant, les faisait porter dans les galères et dans les barques jusqu'à l'étape.
(^elte journée fut pénible. Les fourriers allèrent jusqu'à la cité de Gésaire : les ennemb
y avaient été; ils avaient fait grand mal dans la ville et l'avaient détruite; mais à l'ar-»
rivée des nôtres ils s'enfuirent; nos gens y descendirent et dressèrent leurs tentes an
delà d'un fleuve qu'ils y trouvèrent. C'est un fleuve qu'on appelle encore aujourdlmi
le fleuve des Crocodiles : deux pèlerins s'y baignèrent et les crocodiles les mangèrent*
V. 0993. Césaire est une ville avec une grande enceinte, oh Dieu a fait de nombreux miradea^
car il séjourna beaucoup sur ce rivage avec ses chers compagnons. C'est là que le roi
ordonna à ses énèques de le rejoindre. Il fit faire une proclamation à Acre pour &ire
venir les retardataires, leur enjoignant au nom de Dieu de se mettre dans les éoèqueé
et de venir dans l'ost, et il en vint beaucoup avant que l'ost fût partie. La belle flotté
arriva un soir à Césaire; elle se joignit aux barques qui, chaque jour, accompagnaieDt
l'ost le long du rivage, et qui lui fournissaient des vivres en sufiisance, malgré lacbiear
naille sarrasine.
V. 6011. Un matin, à l'heure de tierce, comme Ambroisb l'a su exactement, l'ost fut année
et se mit en marche, très bien garnie et rangée. Il était décidé qu'elle ferait une petite
journée, à cause des Sarrasins, qui se jetaient sur les nôtres dès qu'ils bougeaienb
Ce jour-là, ils nous poursuivirent tout le temps; mais ils y perdirent un émir si fe«*
nommé pour son grand courage et aussi pour sa grande force que personne, disait-on,
n'aurait pu le renverser, et que personne n'osait l'attaquer ; car il avait une si grosse
lance qu'il n'y en avait pas en France deux plus grosses. C'était Aîas Estoï, je l'entràdis
nommer de ce nom. Les Turcs en menèrent tel deuil qu'ils coupèrent la queue de lems
chevaux. Ils auraient bien voulu emporter son corps, si les chrétiens le leur avaient
laissé. Les nôtres avancèrent tant qu'ils arrivèrent sur la rivière Morte, que les perfides
Sarrasins avaient recouverte; mais les nôtres la découvrirent, en burent, et campèrent
là deux nuits.
V. Co38. Après deux jours de repos, l'ost quitta la rivière; elle marchait doucement, sans se
"* i"^- presser, dans un pays pauvre et ravagé. Ce jour-là on alla par la montagne, car ^
rivage était si sauvage et si obstrué qu'on n'aurait pu y passer. L'ost était plus senée
qu'elle ne le fut en aucune autre occasion. L'arrière-garde était confiée aux Templiâi^
qui, au soir, se frappèrent la poitrine, car ils perdirent tant de chevaux qu'ils en étaiefert
tout découragés. Le comte de Saint-Pôl, aussi, perdit là beaucoup de chevaux, lausM
eut beaucoup à souffrir des Turcs qui le harcelaient^ Il montra tant de courage et se
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 399
mit tciiemcnt en avant que toute l'ost lui donna de grandes louanges. Ce jour-là le
roi d'Angleterre, qui allait voir les Turcs de près, fut navré au côté d'un javelot par un
Turc qu'il avait attaqué; mais la blessure n'était pas grave et ne l'empêcha pas de leur
courir sus. On pouvait voir là voler les dards, tuant ou blessant les chevaux : il y en
avait une telle pluie qu'on n'aurait pas trouvé tout autour de la place occupée par
l'ost quatre pieds de terre vide, et ce tourment qu'endurait l'ost dura toute la journée
jusqu'au soir, oik les Turcs se retirèrent dans leurs campements. Nos gens campèrent
près de la Rivière Salée et s'y logèrent. Vous auriez vu là un grand concours autour des
chevaux les plus gras qui avaient été tués le jour : les sergents en achetaient la viande;
ils la payaient très cher, et encore on se battait pour en avoir. Quand le roi l'apprit,
il Ri crier un ban, annonçant que celui qui donnerait son cheval mort aux sergents,
iLiui en rendrait un vivant en échange. Alors ils les eurent en abondance : ils les
prirent, les écorchèrent et en mangèrent de bons morceaux au lard.
Ils se reposèrent là deux jours, et au troisième, à l'heure de tierce, ils se mirent en ^- ^<>9»-
marche, rangés en bataille. On leur avait dit que les mécréants, la noire chiennaille, iv, xn.
étaient dans la forêt d'Arsur, et qu'ils voulaient ce jour-là l'allumer et faire un si grand
feu que l'ost en serait rôtie; mais elle suivit son chemin à travers la forêt, et je ne
crois pas qu'on voie ou qu'on ait jamais vu une plus belle marche que celle-là. Ils ne
rencontrèrent rien qui les arrêtât, et avancèrent sans encombre. Ils passèrent la mon-
tagne d'Arsur et toute la forêt, et vinrent dans la plaine ouverte. Ils campèrent sur la
rivière de Rochetaillée en dépit des circoncis, qui étaient venus là en si grand nombre,
au dire de tel qui les avait bien vus, examinés et comptés à son estimation, qu'ils pou-
vaient être trois cent'miile, ou il s'en fallait de peu. Et nos chrétiens, à ce qu'on esti-
mait, n'étaient pa? plus de cent mille. L'ost de Dieu coucha sur la rivière de Roche-
taillée; elle y campa un jeudi et se reposa le vendredi.
Le samedi au matin, chacun s'apprêta de son mieux pour défendre sa vie, car on V. 6ia6.
leur avait donné à entendre qu'ils ne pourraient pas avancer sans livrer bataille aux iv, im.
ennemis, qui s'approchaient de tous côtés et rangeaient leurs corps d'armée. C'est pour-
quoi l'ost chrétienne prit ses dispositions contre les païens, si bien que dans l'arrange-
ment des corps d'armée il n'y eut rien à reprendre. Richard, le preux roi d'Angleterre,
qui connaissait mieux que personne toutes les choses de la guerre, ordonna à sa guise
qui devait aller devant et derrière. On (it douze corps d'armée bien distribués, composés
des meilleures gens qu'on eût pu trouver sous le ciel , tous résolus dans leur cœur à bien
servir Dieu. Le Temple faisait l'avant-garde, et l'Hôpital l'arrière-garde; après le Temple
venaient les Bretons et les Angefins réunis; ensuite, comme je m'en suis assuré, venaient
les Poitevins et le roi Gui; puis chevauchaient les Normands et les Anglais, portant -
le dragon, et THôpital, chargé de l'arrière-garde, marchait en dernier. L'arrière-
garde était, ce jour-là, garnie de hauts barons; ils étaient rangés en bon ordre, bien
3o
&00 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
»
distribues, et s'avançaient si serrés qu'une pomme qu'on aurait jetëe n'aurait pu toHH
ber que sur un homme ou un cheval. Cette arrière-garde allait de l'ost des SarrasÛM
jusque tout près de la mer. Vous auriez vu là bien des bannières et bien des gen»^
bonne mine. Là étaient le comte de Leicestre, qui n'aurait pas voulu être aiileur», 4i
Huon de Gournai avec ses gens bien renommés; Guillaume de Borriz, qui était Al
pays; Gauquelin de Ferrières, avec des gens de toutes sortes; Roger dé Toéni, wet
beaucoup de chevaliers; le preux Jacques d'Avesnes, que Dieu reçut ce jour-là dttDÎ
son royaume^, le comte Robert de Dreux, avec ses gens en grand nombre; Tévécpie db
Beauvais, qui s'était joint à son frère; le seigneur des Barres, le seigneur de Garlattéd
y étaient en grande compagnie ; Guillaume et Droon de Mello n'en avaient pas mofliéi.
Les lignages marchaient ensemble et se retrouvaient, et ainsi l'ost était si bien oftli
qu'on aurait eu peine à la disjoindre. Le comte Henri de Champagne gardait P^ûil
du côté de la montagne ; il faisait fonctions de garde-côte , et chevauchait tout le tein|Nl
le long des rangs. Les sergents à pied étaient derrière l'ost et fermaient la mardiè;
les munitions, les provisions, les charrettes, les sommiers, les harnais, tout cela était
en bas sur le rivage, de façon à être moins exposé. • *•
V. 6âoi. Ainsi l'on marchait avec conGance, l'armée et les approvisionnements, douoémml^
IV, xvia. à petite allure. Le duc de Bourgogne, avec le roi et des gens hardis et preux, elM^
vauchait par devant, par derrière, à droite et à gauche, pour diriger l'ost et voû" Iw
Turcs et leurs positions. Ils eurent beaucoup de peine; car, une heure avant tierce, wn*
vèrent plus de deux mille Turcs tirant de l'arc, qui enveloppèrent IW. Apris eux vittt
un peuple noir, ceux qu'on appelle les Noirets, et les Sarrasins de la berruie^^ hidbvx
et plus noirs que de la suie, gens extrêmement agiles et prompts , allant à pied, perturt
des arcs et de légers boucliers. Ils tourmentaient l'ost sans lui laisser an moment de
repos. Vous auriez vu dans la campagne des Turcs en si grand nombre, tant de pM^
nons, tant d'enseignes, tant de bannières, tant de bataillons si bien rangeai PItia de
trente mille Turcs vinrent ainsi en bel équipement se jeter à toute bride sur Peet^
montés sur des chevaux prompts comme la foudre et soulevant des tourbillons de pont*
sière; devant les émirs s'avançaient ceux qui tenaient les trompettes; d'autres portaneÉt
des timbres et des taboulés, et n'avaient d'autre fonction que de firapper sur lenn lit
bours et de pousser des cris et des huées : on n'aurait pas entendu Dien tonner., tant
il y avait de tabours qui retentissaient. Cette chiennaille attaqua l'ost et la pîreiM
vivement. A deux lieues tout alentour, vous n'auriez pas trouvé plein mon giron de
terre vide ni de place oii il y eût autre chose que cQjtte race maudite. Dii c6té de le ^
mer et du côté de la terre ils les attaquaient de si près, avec tant de forée et tfmf^
portement, qu'ils leur faisaient grand donmiage, d'abord en tuant leurs chevaQX»doM
(*) Ce mot topique à dû être consenré; voir au Glossaire.
•»• •
L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. AOl
beaucoup lombaietit niorls. Ce jour-là firent grand service à l'ost les bons arbalétriers
et les bons sergents qui tiraient de l'arc et qui se tenaient par derrière. Nos gens se
crurent enfoncés, car ils étaient si vivement pressés qu'ils n'espéraient plus s'en tirer
sains et saufs, et sachez que les couards jetaient leurs arcs et leurs flèches et se réfu-
giaient dans Tost; et les vaillants qui restaient et qui protégeaient Tost par derrière
avaient une telle presse aux talons qu'ils marchèrent ce jour-là à reculons plus qu'au-
trement. Il n'y avait dans l'ost aucun homme si hardi qui n'eût voulu pour beaucoup
avoir fini son pèlerinage; et il ne faut pas s'en étonner, tant l'ost était serrée de près
à droite et à gauche. Jamais on n'a vu d'ennemis si acharnés ni une ost mise à une
telle épreuve. Vous auriez vu là les chevaliers qui avaient perdu leurs chevaux tirer de
Tare à pied avec les sergents, et je puis vous raconter (beaucoup savent bien si je
mens) que jamais pluie, neige ou grêle, au cœur de l'hiver, ne tomba plus dru que
ne faisaient là leurs carreaux» dont ils nous tuaient nos chevaux : on aurait pu les ra-
masser et les recueillir à brassées, comme on ramasse le chaume dans les champs, tant
étaient nombreux ceux qui tiraient sur nous. Ils se jetèrent avec tant d'ardeur sur les
bagages qu'ils les mirent presque en désordre. Les Hospitaliers mandèrent au roi que
les ennemis leur donnaient trop de peine, et qu'ils ne pourraient plus y tenir à moins
de les charger. Le roi répondit qu ils se continssent et qu'ils supportassent cette épreuve;
et, bon gré mal gré, ils la supportèrent, et péniblement continuèrent leur chemin.
Il faisait très chaud en ce jour, comme Dieu le voulait; la chaleur était grande, et V. 63o3.
l'ennemi, qui nous poussait par derrière, était acharné; et je dois vous dire qu'il n'y a
pas au monde de gens si hardis, s'ils avaient vu le nombre et la presse des païens, le
grand élan et l'emportement où le diable les poussait, qui n'eussent eu quelque crainte
en voyant notre situation difficile, s'ils n'avaient pas connu leurs coutumes. Car de
même que les forgerons frappent sur leur enclume à longs intervalles, ainsi leurs gens
frappaient par accès sur l'arrière-garde, que conduisaient ce jour-là les chefs les plus
preux . . .^^K Ils ne faisaient pas attention à eux comme ils l'auraient dû , et les nôtres leur
faisaient grand mal, les ramenant à coups de masse d'armes. Vous auriez vu là de
grandes places vides autour de gens qui auraient pu être ailleurs, mais qui ne voulaient
pas admettre que, pour les Turcs, ils abandonnassent leur poste ou se détournassent
d'un pas. Ils firent en effet tout autrement : ils combattirent avec courage; les Turcs se
lançaient dans nos rangs avec fureur; il ne faut pas s'en étonner, car de tout ce qu'il y
a de meilleur en paiennie, depuis Damas jusqu'en Perse, depuis la mer jusqu'en
Orient, il n'était pas resté de gens hardis, renommés et vaillants que Salahadin n'eût
recherchés, pris à sa solde, amenés et retenus par prière ou autrement; car il pensait
bien détruire alors le peuple d3 Dieu. Mais à eux tous ils n'auraient pu y suffire, car
(*^ n y a ici une lacune, lans doute de quelques vers, que le laiio n*iide |mi8 à combler.
3û.
• ♦ -•
402 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
la fleur de la chevalerie, le bon grain de la jeunesse militaire, tout ce qui éavatt le
mieux la guerre s'élait levé dans toute la chrétienté pour combattre les paiefis : i^éiait
Télile des preux, et celui qui l'aurait vaincue aurait bien pu dire que, dans le moiidev
rien ne pouvait lui résister.
V. 6359. La chaleur et la poussière étaient grandes; le peuple du diable était fier»
IV. IIS. Tost de Dieu était pleine de valeur et se défendait bien. Les Turcs étaient là amon^
celés, plus serrés qu'une haie; les chrétiens avançaient dans leur route, et les autres Jefl
poussaient dans le dos; mais ils ne purent leur faire grand mal. Les Turcs,, leegem
du diable, enrageaient. Ils nous nommaient cdes gens de fer?), parce que nous avione^îles
armures qui garantissaient nos gens, en sorte qu'ils craignaient moins leurs altik|p^ii
Les Turcs mettaient leurs arcs sur leur dos et nous attaquaient avec leurs masses* fly^W^
avait plus de vingt mille qui forgeaient ainsi sur les Hospitaliers, quand l'un de c^Ufeî
s'écria : c( Saint Georges, nous laisserez-vous détruire ainsi ? La chrétienté deyràît p6ûr.
ce de honte quand il n'y a personne qui ose attaquer cette chiennaille ! n C'était le matee
de THôpital, frère Garnier de Napes; il vint au roi au galop de son cheval et loi 'dit* t
ce Sire, on nous fait trop de tort et de honte; nous perdons tous nos chevaux» )» Le f>H
lui dit : ((Patience, maître. On ne peut pas être partout.?) H revint aux sieiiB> eiles
Turcs nous poussaient toujours par derrière, si bien que les princes et les eomlee^m
étaient tout honteux et disaient : ((Allons, chargeons ! On nous prendra powr>^de9
((lâches. Jamais on n'a vu une telle honte; jamais, par les mécréants, notre armée 0*a
<!( encouru un tel blâme, et si nous tardons à nous défendre, nous pourrons bien attedApè
((trop. 79 Dieu! quelle perle, quel malheur et quel deuil ce fut alors ! Tant de Saimpai
y auraient péri, si nos péchés n'avaient fait manquer la charge qu'on avait projeMpl.
On arrangeait cette charge, à laquelle tout le monde s'accordait; ils avaient déjà pris
toutes leurs mesures, qui auraient été bonnes si on les avait bien gardées. Il étnteoil*'
venu qu'avant la charge on placerait en trois endroits six trompettes qui sonaêraifii^
au moment où Ton devrait se retourner vers les Turcs, deux devant Tost, deux dar-.
rière et deux au milieu. Si on l'avait fait ainsi, les Turcs n'auraient pas échappé, liftui
tout fut perdu par la faute de deux hommes qui ne purent se retenir de charger. Ifeise.
lancèrent en avant et tuèrent chacun un Turc : l'un des deux était un cheYidier.^ie
maréchal de THôpital; l'autre était Baudouin le Caron, qui était hardi comme uh^Umî*
compagnon du roi d'Angleterre qui l'avait amené. Ces deux-là commencèrent Tatt^pe
au nom du Tout-Puissant en criant à haute voix : ((Saint Georges ! y> Les gens de Di^t
retournèrent leurs chevaux contre l'ennemi. L'Hôpital, qui avait beaucoup sotSact,
chargea en bon ordre; le comte de Champagne, avec ses braves compagnons, îJaeoiies
d'Avesnes, avec son lignage, chargèrent aussi. Le comte Robert de Dreux eliFAréfiie
de Beauvais chargèrent ensemble. Du côté d& la mer, à gauche, chargea le comte de
Leicestre avec toute Tarrière-garde, pu il n'y avait pas de couards. Ensuite ehargàreat
L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. à03
les Angevins, les Poitevins, les Bretons, les Manceaux et tous les autres corps d*amiée.
Et pour vous dire la vérité, les braves gens qui firent cette charge attaquèrent les Turcs
avec une telle vigueur que chacun atteignit le sien, lui mil sa lance dans le corps et
lui fit vider la selle. Les Turcs furent étonnés; car les nôtres tombèrent sur eux comme
la foudre, en faisant voler une grande poussière, et tous ceux qui étaient descendus^ à
pied et qui, avec leurs arcs, nous avaient fait tant de mal, ceux-là eurent les têtes
coupées. Dès que les chevaliers les avaient renversés, les sergents les tuaient. Quand
le roi vit que l'ost avait rompu ses rangs et attaqué les ennemis, sans plus attendre il
donna de Téperon à son cheval et le lança à toute vitesse pour secourir les premiers
combattants. Plus rapide qu'un carreau d'arbalète, entouré de ses vaillants compagnons,
il alla attaquer sur la droite un corps ennemi si rudement qu'ils furent tout déconcertés
et que nos chevaliers leur firent vider les selles : vous les auriez vus étendus à terre,
pressés comme des épis en javelle; le vaillant roi d'Angleterre les poursuivit. Il fit, en ce
jour, de telles prouesses qu'autour de lui, des deux côtés, devant et derrière, il y avait
un grand chemin rempli de Sarrasins morts, et que les autres s'écartaient, et lalile
des morts durait près d'une demi-lieue. Les Sarrasins tombaient de cheval l'un après
l'autre, et la poussière volait si épaisse qu'elle nous nuisait beaucoup, car quand nos
gens sortaient de la grande presse, à cause de cette poussière, ils ne se reconnaissaient
pas, ce qui doublait leur peine. Cependant ils frappaient h droite et à gauche. Les
Turcs n'étaient pas à leur aise. On voyait là donner de beaux coups, des gens sanglants
quitter le champ de bataille, des bannières et des pennons tomber. Vous auriez pu
ramasser là tant de bonnes épées tranchantes, de javelots acérés, d'arcs, de carquois,
de masses d'armes, de carreaux, de dards, de flèches! On en aurait chargé plus de
vingt charrettes. On voyait les corps des Turcs, avec leur tête barbue, couchés serrés
comme des gerbes. Ceux qui étaient restés se défendaient bien; d'autres, qui avaient
été renversés et avaient perdu leurs chevaux, se cachaient dans les buissons ou mon-
taient sur les arbres. On allait les en tirer, et on les entendait crier quand on les tuait.
Il y eu eut qui laissèrent là leurs chevaux, s'enfuirent vers la mer et sautèrent en bas
des falaises de plus de dix toises de haut. Ils furent là bien repoussés : à plus de
deux lieues vous n'auriez vu que des fugitifs, de ceux qui, auparavant, étaient si fiers;
car toute l'armée s'était retournée contre eux. Ceux qui gardaient l'étendard — c'étaient
des Normands, gens sûrs entre tous — ne se retournèrent, vers l'ennemi que très len-
tement, en sorte qu'il aurait. fallu que tout allât bien mal avant qu'on eût pu leur
causer un sérieux dommage.
Les guerriers de Dieu, après avoir chargé, s'arrêtèrent, et dès qu'ils se furent V. 6539.
arrêtés, les Sarrasins reprirent courage. Il en arriva plus de vingt mille, la masse
au poing, pour secourir ceux qui avaient été renversés. Les nôtres, qui revenaient
vers l'ost, furent là maltraités : les Sarrasins leur lançaient des flèches et les frappaient
/i06 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
de leurs masses d'armes, cassant les téies et les bras, et les inclinant sur les ac^QSt
Nos chevaliers revenaient à eux quand ils avaient repris haleine, et, reGommeD(attl
h charger, se jetaient dans les rangs ennemis et les rompaient comme des réseaux^:
Vous auriez vu là tourner les selles des Turcs, et eux-mêmes s'enfuir et s'éioigii€r«
Mais les nôtres étaient tellement pressés qu'ils ne pouvaient plus avancer, et ai toA
ne s'était pas arrêté, ii y aurait eu un désastre. Là était l'émir Déquedin, UQ des pa-
rents de Salahadin, qui avait peintes sur sa bannière d'étranges insignes : sa ban-
nière portait des braies ; telles étaient ses insignes. C'était le Tare qui haïssait le pim
la chrétienté; il avait en sa compagnie plus de sept cents Turcs d'élite, de la :ganlb
particulière de Salahadin , gens difficiles à vaincre. Chaque escadron avait une Imh^
nière jaune avec un pennon de couleur différente. Ils avançaient d'un tel élan et ëiteè
une telle ardeur, et en faisant un tel bruit pour charger les chrétiens qui revenajeat
vers l'étendard, qu'il n'y avait si preux ni si habile qui n'eût fort à faire. Nos gens «M*
tinrent l'effort, et il y eut là de beaux combats; mais on se sépara, et les nMrea reviiH
rerfl droit à l'ost : les Sarrasins les serraient de si près qu'il y en eut peu qui osèreal
retourner sur eux ^^^ et que tous sentaient leur corps tremUer des coups qu'ils reeevaieirt
sur les heaumes. Le preux Guillaume des Barres 6t là une charge que tous louèratnL
Il s'élança avec les siens entre les nôtres et les enpemis qui les preasaient, et il k^
frappa si rudement qu'il renversa je ne sais combien de Turcs, qui ne nous firent
plus jamais la guerre. Du côté de la montagne, Richard, le roi d'Angleterre, aveo m$
hardis compagnons, monté sur son Fauvel de Cypre, le meilleur cheval qu'on fât
voir, chargea de son côté l'ennemi, et fit tant de prouesses que c'était merveille de wîr
comment lui et les siens attaquaient les Turcs. Ils les repoussèrent et les retiarest-ft
bien que nos gens rejoignirent l'étendard et se remirent en ordre. Ils reprirent leur
chemin et chevauchèrent jusqu'à Arsur, où ils descendirent et dressèrent leurs tentes, jcar
il était bien l'heure de se reposer. Ceux qui , le soir, voulurent faire du biitin nareot
sur le champ de bataille et en firent tant qu'ils voulurent; ceux qui y allèrent racoéfi^
tèront que dans cette bataille il mourut trente*deux puissants barons ou émirs, dmÉ
ils vinrent plus tard reprendre les corps, et sept cents Turcs, sans compter eeiut <|ili
étaient blessés et qui tombaient morts dans la campagne. Et nous ne perdîmes fia
la dixième partie de ce nombre , ni même le dixième du dixième.
v. 663i. Dieu! quel grand malheur et quelle perte nous eûmes ce jour^là, quand les Sàrra^
IV,». sins revinrent sur nous! Dans ce mouvement, ils séparèrent des nôtres et tenierttiàcMit
un vaillant homme : ce fut le preux Jacques d'Avesnes; Dieu puisse4-il en fisira tm
saint dans son royaume! Ce malheur nous arriva par son cheval, qui tomba.; mais il.
se défendit si bien que, après la bataille, ceux qu'on envoya chercher son corps ételMfai
^) La traduction de ce passage obseur est dooaée d'après le latin.
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. ^05
au milieu de celte chiennailie, nous dirent qu'ils avaient bien trouve autour de ce corps
quinze Turcs mis en pièces, dont il s'était vengé. Il y mourut avec trois de ses parents,
et ils ne furent pas secourus par d'autres , dont on parla beaucoup, un des barons
français, disait-on, le comte de Dreux et les siens : tant de gens en dirent alors du
mal que l'histoire ne peut le démentir.
L'ost était campée devant Arsur, ayant fait grand mal aux païens, et elle les aurait V. ()65ç).
tout à fait déconfits si l'on avait eu une meilleure ordonnance. La nouvelle se répandit de
ceux des nôtres qui étaient perdus, non pas perdus, mais trouvés, car ils avaient com-
battu pour Dieu, et étaient morts dans le combat : c'est Jacques d'Avesnes et les siens.
L'ost de Dieu en fut toute pensive, et si troublée et si déconcertée que, depuis Adam,
on n'a jamais vu tant de plaintes et tant de regrets pour la mort Jun seul bommc; et
il méritait bien d'être plaint ! Il servait Dieu sans jamais faillir. Il avait déjà choisi en
paradis sa place à côté de l'apôtre saint Jacques, qu'il regardait comme son patron
et le nôtre , Jacques d'Avesnes le martyr, -qui n'avait pas daigné fuir devant les Turcs.
L'ost était campée devant Arsur, sur la grande rivière. Ils se reposèrent toute la nuit, v. 6C83.
car ils s'étaient grandement fatigués à donner et à recevoir des coups, et ils n'en bou-
gèrent pas jusqu'au troisième jour, qu'ils se retrouvèrent en bon état. La bataille avait
été un samedi, et le dimanche était la fête de la glorieuse Mère de Dieu, l'histoire nous
l'apprend, celle qu'on célèbre en septembre. -Alors s'armèrent les chevaliers de l'Hô-
pital et du Temple. Us emmenèrent de braves Turcoples, et beaucoup d'autres gens y
allèrent avec eux. Ils vinrent au champ où gisaient ceux qui avaient été tués dans la
bataille; ils cherchèrent par tout le champ et ne burent ni ne mangèrent tant qu'ils
eurent trouvé le corps du vaillant chevalier Jacques d'Avesnes. Enfin ils le trouvèrent,
mais il fallut d'abord lui laver le visage, ou on ne l'aurait jamais reconnu, tant il avait
reçu de coups mortels en so défendant de pied ferme contre les Sarrasins. Ils recou-
vrirent le corps, le chargèrent et s'en revinrent à Arsur. Vous auriez vu là une grande
foule de gens et de chevaliers qui allèrent à la rencontre du corps, menant tel deuil
qu'il aurait été impossible de les voir sans en éprouver grand'pitié. L'un regrettait sa
prouesse, l'autre racontait sa libéralité. Quand on le mit en terre, le roi Richard et le
roi Gui y furent, dans l'église de Notre Dame : puisse-t-elle prier son doux fils pour
l'âme dont le corps fut logé là ! Après la messe, les clercs en grand recueillement firent
à leur guise ce qui restait à faire ^^^ et les hauts hommes prirent le corps entre
leurs bras et l'enterrèrent. Ne me demandez pas s'ils y pleurèrent.
Laissons cette affaire et n'en parlons plus pour le moment : nous ne l'abandon- v. 673.5.
nous pas, car elle ne nous écarte pas de notre sujet; mais présentement nous reviens
drons en arrière et nous parlerons des ennemis qui nous avaient attaqués.
^'^ Lacune d\tn ver».
^06 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
V. 67^3. Cette race mécréaDte avait été repoussée, comme je vous Tai raconté auparavant,
IV. xu. [et ils n'avaient pas accompii^^^] ce dont ils s'étaient vantés au Soudan dans leùrarror
gance : car ils lui avaient dit que, sans aucun doute et sans vanterie, la chrëtirâté
serait cette fois-là vaincue et morte; mais les choses allaient bien autrement. Si vous
aviez vu la fuite de ces Turcs par la montagne ! Ceux qui là virent nous^ racontèi'»!
que, quand nos gens heurtèrent les leurs, ils les repoussèrent si rudement « eux el leur
bagage, que dans la fuite tant de chameaux y tombaient morts, tant de chevaux, tant
de mules et de mulets, par centaines et par milliers, et ils perdaient tant de monde,^
que, s'ils avaient été mieux poursuivis et serrés de plus près, tout le pays aurait été
gagné et peuplé de chrétiens.
V. 6769. Quand l'ost des Turcs se fut retirée après cette journée et que Salahadin, qui étéit
IV, xxn. dans la montagne, sut la chose, quand il vit la déconBture de ce qu'il avait de meillcfor
et de plus choisi, il se prit, tout plein de dépit et de courroux, à dire à ses émtri :
«Eh bien! où donc sont mes gens, ces vantards, ces enragés? Les chrétiens chevauchent
(c maintenant par la Syrie à leur plaisir sans que personne les arrête, et moi, je ne
^ sais où aller. Où sont maintenant ces grandes menaces î Où sont ces coups d'épée' el
«de masse d'armes qu'ils se vantaient de faire quand ils seraient aux prises? Oh aoni
« les beaux commencements des grandes expéditions et des grandes batailles ? Où sont
« ces grandes déconfitures qu'on trouve dans les livres et qu'on nous raconte tottô lèa
«jours que nos ancêtres avaient accoutumé de faire des chrétiens ? Voilà qui va tùîÀ
«Nous sonmies le rebut du monde en guerre et en bataille; nous ne valons lied âm
«regard de ceux qui ont été et qui ont beaucoup valu. n
V. 6799. Les émirs des Sarrasins entendirent Salahadin les blâmer ainsi; aucun ne leva ièf
yeux, excepté un, Sangui d'Alep, qui se redressa sur son cheval et dit : « Soudan ,'ett*
«tendez-moi. Vous nous avez vilainement insultés et trop blftmés; mais pourquoi neM
«méprisez-vous si vous ne savez pas la cause de ce qui est arrivé? Vous ne suivez paa4a
« raison. Ce n'est pas pour n'avoir pas bien combattu , pour n'avoir pas attaqué biiili»
«ment, tiré et lancé contre les Francs avec l'acier et le fer, ni pour n'avoir pu endfli^
«leurs grands coups; mais rien ne peut durer contre eux, car ils ont de telles armitflkll
«dont ils sont couverts, si fortes, si solides, si sûres, que nous ne pouvons leur faire ée
«mal plus qu'à une pierre; et quand on a affaire à de tels ennemis, comment peutniÂi
«s'en tirer? Mais ce qui est plus merveilleux encore, c'est un Franc qui est avec ielDr,
« qui tue et massacre nos gens. Nous n'avons jamais vu son pareil. Il est toojdim de^
«vaut les autres; on le trouve toujours prêt en tous les besoins. C'est lui qui fait parmi
«les nôtres un si grand carnage. On l'appelle Melec Richard, et c'est un Mehe eotùmb-
«celui-là qui doit posséder des royaumes, conquérir l'argent et le distribuer.» •
{»
Suppléé d'après le latin.
■.*■■
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 407
Dans cette colère où était Salahadin, il appela Sâfadin, son frère, et lui dit : c( Je veux V. 6835.
cr qu'on voie quelle confiance j'ai en mes gens. Montez à cheval et allez sans hésiter me
«(faire détruire les murs d'Escalone; ce n'est plus la peine de combattre. Abattez et brisez
«comme du bois la cité de Gadres, mais conservez le Daron, que mes gens puissent
«venir par là. Abattez-moi la Galatie, pour que les Francs n'y prennent pas un point
«d'appui; faites abattre le Figuier, pour qu'ils ne puissent pas s'y rallier; abattez-moi la
« Blanche- Garde, pour que nous n'ayons rien à craindre de ce câté-là. Abattez complète-
ce ment Jaife, le Casai des Plains, le Casai Moyen; abattez-moi Saint-Georges, Rames,
«la grande ville que nous avons conquise, Beaùmont, sur le haut de la montagne, le
«Toron, Châtel-Ernaud, et Beauvoir, et Mirabel. Abattez aussi , je le veux, les chftteaux
«de la montagne; qu'il ne reste rien, ni chftteau, ni casai, ni cité, qui ne soit détruit,
«excepté le Crac et Jérusalem. Je le veux : qu'on le fasse ainsi ! 79 Salahadin donna cet
ordre; son frère demanda congé, ayant entendu son désir; mais un Turc qui s'appe-
lait Caisac, Sarrasin puissant et renommé, parla hautement, et dit à Salahadin : «Sire, iv, mit.
«personne ne doit en croire sa colère et son dépit comme vous le faites. Envoyez vos
«espions et vos gardes dans les plaines de Rames, sur les collines, et que les espions
«reviennent ici quand ils sauront de quel cAté l'ost des chrétiens se dirigera. Ils pour-
« raient bien prendre tel chemin où Ton pourrait leur faire du mal. Par Mahomet que
«nous adorons, avant de blâmer les gens, il faut regarder au temps et à la raison. Vous
«ne devez pas nous mésestimer : ce sont les aventures de la guerre, où l'on a souvent de
«grandes déconvenues, et je ne crains pas de dire que, si j'ai de bons compagnons,
«je pense tenir les Francs de si court qu'ils regretteront d'être venus dans ce pays. Jt
Alors on choisit trente émirs, grands seigneurs de hautparage, dont chacun avait bien
avec lui cinq cents Turcs d'élite; Salahadin les fit partir et descendre sur la rivière
d'Arsur; ils y vinrent, guettant le moment où les chrétiens se remettraient en marche.
L'ost de Dieu, qui avait livré bataille et qui avait un peu abattu l'arrogance des v. 690:1.
Sarrasins, partit d'Arsur le troisième jour en bon ordre, traversant la terre si éprouvée
où ils chevauchaient pour venger la honte de Dieu. Ce jour-là, les Templiers étaient
à l'arrière-garde et la veillaient, car le vilain dit que qui est sur ses gardes n'est pas
pris au dépourvu; mais, cette fois-là, leur précaution fut inutile, car de tout le jour
les Turcs ne se firent pas voir, et ils ne se montrèrent qu'à la rivière où nos gens
couchèrent. Là, ils pensèrent leur faire grand mal, mais sans réussie à rien : ils tirè-
rent et attaquèrent, et cependant, ils finirent par s'en aller. Nos gens campèrent sur
la rivière d'Arsur. Au matin, les petites gens, qu'on avait peine à retenir, partirent avec
les fourriers et furent bientôt à Jaffe. Jaffe est sur la mer; mais les cruels Sarrasins
l'avaient déjà tellement abattue et détruite que l'ost n'aurait pu y habiter : elle campa
à gauche, dans une belle oliveraie. A quoi bon retarder mon récit? Il se passa trois
semaines entières avant que l'ost fût venue d'Acre là : ainsi étaient allées les choses.
3i
UirBIIIBtIB BATieilALt.
l
&0S L'HISTOIRE DB U GUERRE SAINTE.
Devant JalTe. dans roliveraîe, dans les bcauï jardïos, IW <le Dieu planta MS
bannières <". Là étaient les granda pâturages; là il y avait tant de raisins, de
figues, de grenades, d'amandes en grande abondance, dont les arbres étaient coafwtt
et dont on prenait à volonté, que l'ost en fut grandement rafraîchie. Voici vmir W
port la flotte; le» navires allaient et venaient de Jaffe à Acre et revenaient leur app*»'
tant des vivres, ce qui déplauait fort à reoneml. Salahadin , qui n'osait plus combaUn,
faisait renverser les murs et les tours d'Escalone. Un jour, vers midi, la aomdle
arriva dans l'ost par de pauvres gens qui s'étaient enfuis la nuit, qu'Esealone tMrt
entière était creusée et minée'^' par-dèstous, puis étançonnée. Les uns croyaienlt cM
nouvelles véritables; les autres n'y voyaient qu'un mensonge, un jeu et une révarie^
ne croyant pas que Salahadin, pour aucun embarras, eât jamais {lensé Ji âne Mfie
défaillance et à une tdle perte; si bien que le roi Richard envoya s'en informer, étm
une forte galère, Jofroi de Lusignan, qui souffrit beaucoup pour Dieu, GuilUnuM <la
l'Étang, preux et loyal chevalier, et d'autres gens avec eui. Us s'arrêtèrent ilerantlà
ville, tant qu'ilt surent certainement que vraiment on l'abattait. Ils revinrent «!'!• '
dirent, et les barons tinrent conseil pour savoir ce qu'Us feraient «t s'ils irainnt •■
secours de la ville.
Le conseil s'assembla devant Jafi'e, hors de la ville. On dit U des paroloa tm MM
divers, carcbaque homme a sa manière de voir et tous ne sont pas du même ige : Tva
voudrait faire telle chose oh l'autre trouverait trop à blAmer. U n'attrail paa (alla
qu'ils fussent en désaccord; il aurait fallu que tout le monde fâl du méou avia. htt
uns déclaraient '') qu'ils iraient tout droit à Jérusalem, et les autres auraient vont*, Il
c'était possible, sauver Esoalone dee Turcs, car c'aurait été une benne plaça liarifc.
Les nos reprocb»ent aux autres leur opinion, et tous étaient ia puiasants aeignewià
Alors le roi d'Angleterre, qui avait |»ratiqué la guerre d^wis son enbwe, dit au ^lUf
[de Boorgogne] et aux Français : «Seigneurs, je vois que nous différons de senttawMî
R cela peut flovs faire ^nd tort. Les Turcs foat détruire Ëmalone; ils n'aeent pasHM
«livrer bataille. Allons secourir la ville; il cne semble que cela est h*a k {aire, et tfit-
«tout Icrnoode devrait y courir.» Que vous dirai-jeî Les Français, dant^ueaapÂn.
repentâfCnt définis, répondimot qa'il niait mieux s^umer à Jtffe et la i>â|wnr, «I
que de le était le plus court chemin psur faire leur pèlerinage. Us donaèraot im Imw
mauvais coosei] en ressaut d'aller & Eacelone , car, s'ile avaient alors diélirré «MtB wHmt
h teire Umt «ntière aairait 6kt reooiM|aisa. Mail ils parlèrent tant, ^'fl« te ééûàmM
r^arfrialTe.
La dwse ainsi convenue, voilé IW arrdtée à Jaffe. On leva une p^nse taUle pMff
''l Lacune dSin ven.
™ Il n»ni|ue U un mot, qui devait élre i peu pr^ syaonyme âea dtsut lutrM.
'" Le letow iiwtwit, wtmhuée dtm le Iwtai rtmoimtia maawcril, e«t 4ontoWt f. 4. «wto.
L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Ii09
refaire cette forteresse; on redressa les fossés, on releva les murs tout autour. Voilà
Tost h loisir dans la ville, et de jour en jour y grandirent le pédié, le désordre et la
luxure; car les femmes revinrent [d'Acre] dans l'ost et s*y conduisirent vilainement.
Elles arrivaient dans les navires et les barques. Ah! miséricorde! quelles mauvaise»
armes pour reconquérir l'héritage de Dieu! Quelle faute commirent ceux qui retom-
bèrent dans le péché, et par leurs excès perdirent leur pèlerinage!
Ce fut vers la fm de septembre, et Jaffe, si je ne me trompe, était déjà quelque peu
refaite, quand on fit sortir l'ost des jardins. Les princes et les ducs dressèrent leurs
tentes tout autoui* de Saint-Âbacuc; mais l'ost était bien diminuée de ee qu'elle
était au commencement, car beaucoup s en retournaient à Acre et restaient Le dans le»
tavernes. Quand le roi sut la paresse et l'indolence des pèlerins, il fit dire à Acre^
par le roi de Jérusalem, que tous les pèlerins eussent à venir k l'ost et à tenir leur
engagement envers Dieu. Mais ils ne firent pas grand compte du roi Gui, tant que
le roi Richard lui-oième, cpii se donna pour cela grand mal, revint à Acre et prêcha
tant, qu'il en rameiu beaucoup de gens. U fit amener h Jaffe les reines et leurs sui-
vantes; pour faire venir tous ces gens il (ailot que l'ost restât là près de deux mois ou
SIX semaines, ce que nous payâmes cher plus tard.
Quand le roi eut tiré les gens d'Acre et les eut amenés à fost, elle en fut bien (or^-
Itfiée et devint plus nenibreuse qu'elle n'avait jamais été. Mais écoutez en quelle
épreuve fut l'ost es ce moment-là , comme le vit celui qui fait l'histoire. EUe aurMt
dû être perdue tout entière; car quand une ost perd son chef dans une terre loin-
taine et étrangère comme est la Syrie , elle se déconcerte et se défait. Je le dis paur le
roi d'Angleterre, qui était allé à la rencontre des Sarrasins ^^\ eepérant les surprendre,
mats la chose faillit mal tourner. Le roi avait avec lut trop peu ée monde; il s en-
dormit par aventure, et les ennemis de nature, les Sarrasins, qui ee tenaient sur leurs
gardes, étaient près et l'approchèrent ai irien qu'il fut à peine éveillé à temps. Seigneurs ,
ne vous étonnez pas s'il se leva en grande hâte; car un homme aenl que tant ^le gens
pressent n'est pas rassuré; nais Dieu lui donna la grâce de pouvoir monter à cheval; ses
gens mwitèrent aussi, ceux qu'il av4Mt, maïs il y en avait trop peu. Quand les Turcs
les rirent monter, ils s'enfuirent, poursuivis par le roi jusqu'à leur embuscade. €eux
qnt étaient cachés s'éUncèrent impéUieusefnent et voulurent saisir le roi par le «orps,
sur son cheval Fauveau, (|u'il montaitce jour-là^, mais il mit la mninàsonépée; les Turcs
se pressaient tout autour de lui, chacun voulait porter la main sur lui, mais nul n'osait
attendre son coup. Peut-être cependant l'anraient-ils pris cette foîs^là s'ils l'avaient
connu, quand un chevalier preux et loyal des siens, <ruillaume de PréanXy'se mit à
dire : c? Sarrasins, je suis Meleclj) Melec, c'est roi. Les Turcs le saisirent aussitôt et
<*^ Au vers 7098 , SaUàadim, kçon du maouMiit, doit élnt corrigé nw «n Salt/hmhn , mait «n le$ Sm^atmM ,
diaprés le vers suivant et le iaiin.
Si.
V. 7o5i.
IV, xxvn.
V. 7079.
IV, xxTni.
MO L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
remmenèrent dans leur ost. Là fut tué Renier de Maron, qui avait un cœur vailtantfrt
son neveu, appelé Gautier, qui, lui aussi, avait un cœur preux et loyal; Alain elLuetti
de l'Étable y furent tués, cest la vérité. Quand la nouvelle fut connue ^^^
contents et joyeux, dit le livre. On ne put poursuivre les Turcs ^ car ils s*en eUaienl
grand train, emmenant Guillaume prisonnier. Ils croyaient enmiener le roi; mais Diêfl
ne le voulut pas et le préserva. Les Turcs, qui croyaient emmener le roi, étaient é^
sur la hauteur : nos gens revinrent à Tost, mais le roi et toute Tost étaient en grand
souci de Guillaume. i
V. 71/17. Quand Dieu, dans sa bonté, eut ainsi épargné le roi, le chef de l'ost, plusieaiii^
qui connaissaient son courage, et qui avaient peur pour lui, se prirent à lui dirt:
«cSire, pour Dieu, ne faites pas ainsi; ce n^est pas votre affaire d'entreprendre de tdkt
((expéditions : pensez à vous et aux chrétiens. Vous ne manquez pas de braves geoftc
((n'allez pas seul en ces occasions. Quand vous voudrez faire du mal aux Turcs, meoei
((avec vous une compagnie suffisante; car de vous dépend notre vie, ou notre mort
((s'il vous arrivait -malheur. Si le chef tombe, les membres ne peuvent exister seub^
((mais bientôt ils périssent eux-mêmes, et une mauvaise aventure est vite arrivée. «Plot
d'un prudhomme mit grand peine à lui donner de bons avis; mais lui, quand, il coiH
naissait un combat, et on pouvait lui en cacher bien peu, il se jetait toujours sur ks
Turcs, et il s'en tirait si bien qu'il y en avait toujours de morts ou de pris, et que
l'honneur était à lui. Et Dieu le tirait toujours des plus grands dangers où le inettaieat
les ennemis.
V. 7177. Quand l'ost se fut bien équipée, non sans grande peine, on la convoqua, et Tail
IV, xxn. proclama au nom de Dieu qu'elle irait au Casai des Plains et qu*on en relèYerait bi
murs pour mieux protéger la tête de l'ost. Le roi ordonna qu'il restât à Jaffe des gsm '
pour s'occuper de fortifier la ville et pour garder le port, si bien que personne ne pét
s'en aller excepté les marchands qui fournissaient les provisions. Uévéque d^Evreox^ifl
comte de Chalon et Huon Ribole furent ceux qui restèrent pour cela et qui firent Um
les travaux. L'ost monta et se mit en route. Jamais on n'en a vu une plus belle ni
mieux équipée; mais ils firent une petite journée. Ils descendirent et dressèrent lean
tentes entre les deux casais. Je sais, par plusieurs indices, que ce fut la veille de It
Toussaint que nous campâmes là. L'ost des Turcs était à Rames, et de Ik ilsBOVii
firent de grandes attaques el de grandes poursuites.
V. 7S07. Notre ost resta bien quinze bons jours ou plus entre le Casai des Plains et le Ga*
sal Moyen que les ennemis avaient abattus. Le roi fit refaire le Moyen plus fort qu'il
n'était avant, et les Templiers se chargèrent de l'autre. Les Turcs nous tourmentaient
(') 11 y a ici, comme. le montre le latin, une lacune de quelques vers : on racontait Tanxiété des Groitésl
la première nouvelle de Tévènement, puis leur marche è la rencontre de Richard, qu^ib ramèneiit teontonlt
etjoyeuxT). •
1 • ■. i«(i>
I.*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 411
beaucoup. Un jour il en vint bien mille à cheval nous attaquer. Voilà Tost en agita-
tion comme une fourmilière qu'on dérange. Le roi et les autres montèrent à cheval et
se hAtèrent tant qu'ils purent. Les Turcs prirent la Fuite ^ que le diable les conduise !
car leurs chevaux allaient si vite, dans toutes les directions, que le roi eut beau les
poursuivre, il ne put les atteindre. Et en les poursuivant ainsi, sans les avoir atteints,
il vit à découvert Rames et Tost des ennemis, et il revint au camp avec ses hardis
compagnons.
Le sixième jour après la grande fête de la Toussaint que chacun célèbre, les écuyers v. 7333.
sortirent du camp pour aller chercher du fourrage. Les vaillants Templiers étaient iv, m.
chargés, ce jour-là, de les garder. Les fourriers se répandirent par la contrée, ayant
besoin de bonne herbe qui souvent leur fut vendue cher, car souvent ils la payèrent
[de leur sang^*^]. Les Templiers gardaient les fourriers. Au moment où ils s'y atten-
daient le moins, voilà quatre escadrons de Sarrasins qui tombent sur eux bride abat-
tue. Ils étaient bien quatre cents, tous à cheval, bien armés; ils vinrent du côté de
Bombrac droit sur les Templiers, ils les attaquèrent et ils les enfermèrent, car il n'y a
pas au monde de gens qui aient des mouvements plus prompts. Ils étaient arrivés de
plusieurs côtés, et les serraient de près. Quand les Templiers les virent si près d'eux,
ils descendirent de cheval et firent une belle vaillantise : ils tournèrent leurs visages
contre les ennemis; chacun avait le dos appuyé contre son frère, comme s'ils eussent
tous été les fils d*un même père. Les Sarrasins les attaquèrent si vivement qu'ils en
étendirent trois morts. Là vous auriez vu donner de grands coups, et l'acier des armes
jeter dû feu, et vous auriez entendu les heaumes résonner sous. les coups. Bien atla^
que, bien défendu. Les Turcs avaient cru les surprendre, et ils pensaient les prendre
à la main, tant ils les tenaient étroitement enfermés, quand arrivèrent en toute hâte
de nos gens sortis du camp. On dit, et c'est la vérité, qu'André de Ghavigni, avec
quatorze chevaliers, fut le premier qui secourut alors les Templiers; il se jeta sur les
Turcs avec grande force, et lui et ses compagnons se conduisirent là vaillamment. Ce
fut un beau combat, mais le roi ne le perdit pas. Il était ce jour-là occupé à faire re-
faire le Casai Moyen ; il y avait mandé deux comtes qui méritent d'être nommés dans
tous les bons récits, celui de Saint-Pol et celui de Leicestre, et, avec eux, le roi y avait
mandé Guillaume de Caïeu, qui ce jour-là tint bien sa place, et Oton de Trasignies :
c'étaient des gens de haut parage. Voici venir le bruit et les cris que poussaient les
fourriers. Le roi dit ou fit dire aux comtes d'aller secourir les Templiers, pendant
que lui-même irait prendre ses armes et y courrait aussitôt qu'il pourrait. Ils partirent
sans perdre un moment, et, comme ils approchaient de l'endroit du combat, voici bien
quatre mille Turcs, sortant d'une embuscade près d'une rivière, qui se séparent en deux
<» Suppléé diaprés le latin.
IV, XXII.
/il2 THISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
corps : les uns allèrent sur les Templiers, les autres se tou! r te e /ni
valent. €eux-ci se ourent eo bon ordre et se rapprochèrent pendMt
f|ue les Turcs s'arançaient contre eux.* Le comte de Saint-Pol pnipc_ le i vifllaat
oorote de Lekestre un jeu parti téméraire et fou : «Ou bien, lui ditnl, vous atlA*
c(C|uerez les Tunes par la droiie et je me chargerai de yous protéger, ou bien je bs
t( attaquerai et vous me garantirez où que j aille et quoi que je fasse, v Le comte de Leir
eestre accepta le jeu parti : accompagné des siens, il se lança au plus épais dm em^
mis, et il les at(a<|ua avec une telle vigueur que sa prouesse fut louëe et qu'il dégagea ,
non sans grande peine, deui chevaliers. Le combat était dans son plein quaid amva
le roi Richard. Il vit nos gens tout entourés par les païens : il n*avait avec lai ^oe fftm
de monde, mais des hommes vaillants et eh sis; plusieurs se romnt & lui dif#:
« Vraiment, sire, vous risquez une grande tav are; vons ne réussirea jpas k tirer (iê
«tiè nos gens, et il vaut mieux qu'ils succo seuls que si vous périssûa avec au.
« Retournez 4onc ; car, s'il vous arrivait , la chrétienté serait perdue. » Le MÎ
changea <le couleur et dit : «Je les y ai 01 je les ai priés d*y aller : a*ik f WM'
tarent sans moi, que jamais on ne m*appe roi! » (1 donna à son cheval les éperons #
lui lâcha le frein; plus prompt cpi*un épervier, il se jeta tout au milieu des
et ti perça leurs rangs avec une tdle impétuosité que si b taudre était tambéa
lieu d'eux elle n*y aurait pas fait pins de ravages. Il les poussait, les renversait,
naît sur ses pas pour les rattraper, tranchant les têtes et les bras. Us fuyaâant
au bétail. Beaucoup ne pureni 1 enfuir et furent pris ou tués. L^ nlIreslBs
seront si longtemps qu il fut l'heure de revenir au camp. Ainsi se passa cette j
V. 7867. Cependant qu'ils étaient occupés A relever les murs des deux casak^ le nsi lit ^|M
l'ost était pleine d'entrain et prête k combattre les maudits Sarrasins. Alors û mffUà
ses messagers, hauts hommes et sages; il les envoya à Salahadin ei k iinn friirfi *1afadin ,
leur faisant <ies demandes nobles et grandes k merveille. Il leur demandait la
de Syrie tont entier, de bout en bout, et tout ce qui en dépendait dki iemfê
lépreux, et le tribut de Babylone comme celui-ci l'avait eu^ car il rédamait ÉMrit ealâ
par conquête et par naissance. Les messagers trouvèrent le soudan et fifonl jbian iàÊt
message. 11 répondit qu'il n'en ferait rien et que le roi lui demandait teap; il. lai El
thre par aon frère Safadin, Sarrasin très sage, qu'il lui laisserait sans eonlesialian
toute la terre de Syrie, depuis le Jourdain jusqu'à la mer, sans y rien rédanÎMtt auttl'i
condition q[u'Escalone ne serait relevée ni par les chrétiens ni par les SaoramMu KaJA
ce qu'il lui manda par Safadin; mais le roi ne faisait pas attention tpjmvmfmttim
ennemis ne voulaient q*je gagner du temps «et l'oconper pendant qu'ils afaaAnant èi
châteaux; ainsi ils le trompaient : que leur ruse soit mauditel Safadin satni iMni
décevoir que le roi reçut ses présents. On vit aller et venir les messagers qui les po
taient, ce qui fit naître de grands blâmes contre lui et de mauvaises paralfli; mnm eV
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &13
que Safadin lui avait fait croire qu'il voulait sérieusement la paix, et le roi, si on lui
avait offert une paix honorable, l'aurait acceptée sans tarder, pour lé bien de notre foi,
et parce que le roi de France était parti, dont il se méfiait, sachant qu'il ne l'aimait
pas. Les messagers allèrent et vinrent et amusèrent ainsi le roi, tant qu'il comprit la
BMinœuvre des faux et déloyaux Sarrasins. Ce fut à propos du Crac de Montréal : le
roi voulait qu'ils l'abattissent et que ce fût une des conditions de la paix; et parce
qu'ils ne voulurent pas le faire , les pourpariers prirent fin.
Quand on ne paria plus de paix, voici qu'à droite et i gauche les Turcs revinrent V. "^k^g.
faire dans l'ost de grandes attaques, car ils ne cherchaient qu'à nous faire du mal;
et le roi les combattait et montrait par sa conduite, k ceux qui l'avaient blâmé à pro^
pos des présents qu'il avait reçus des Turcs, combien il était loyal envers Dieu et ont-
vers la chrétienté. Il les combattit souvent et il leur coupa bien des têtes, qu'il montra
dans Tost, et les présents qu'il avait reçus ne nous firent jamais aucun tort. Il eût dé-
livré b Terre Sainte s'il n'en eût été empêché par ceux qui trop souvent pillaient sa
bourse.
Quand les casais eurent été relevés, fortifiés et armés, et que le roi y eut mis bonne V. ^hh-j.
garde, l'ost fut convoquée et prévenue au coucher du soleil. Le lendemain, on monta iv, uzu.
à cheval, et l'ost, sagement disposée, chevaucha droit sur Rames. Dès que nous fAmea
en marche et que Salahadin sut qu'il lui (allait quitter Rames, parce qu'il n'osait livrer
bataille, il fit abattre toute la ville, et, prenant le preo^ier la fuite, s'en alla droit au
Toron des Chevaliers, ne sf fiant qu'à la montagne. L'ost avança dans la plaine. En
deux jours, sur les beaux chevaux bi^n repus, elle arriva entre Saint-Georges et Rames.
lÀ on campa pour attendre les vivres et ceux qui manquaient. lÀ bous subîmes de
nouveau de grandes attaques des ennemis, et de grandes pluies qui tombèrent nous
nuisirent et nous retardèrent beaucoup. Ces pluies nous obligèrent à nous loger dans
Sainl^Georges et dans Rames. Nous nous y installâmes, ot nous restâmes bien là six
semaines en grande géoe et incommodité.
Pendant que nous séjournions là, il y eut un beau oembat qu'on ne doit pas ou* V. 7679.
blier, près de Saint-Georges, sur la gauche, entre le preux comte de Leîceeire et les iv, uun.
Turcs qui étaient là et qui souvent s'approchaient de l'ost et l'attaquaient. Le comte,
avec petiie compagnie, sortit pour les chasser, le heaume d'acier sur sa tête. Par
devant allaient trois chevaliers qui s'avancèrent follement et se jetèrent au milieu des
Turcs. Tons les trois y seraient resAés sans le comte, qui, ne voulant pas les laisser
périr, poussa son cheval après eux, au milieu de plus de cent Turcs, et il fit si bien
qu'il les força de passer une rivière. Maia il avait poussé avec trop d'ardeur, car il
arriva bien quatre cents Turcs, portant des dards et des arcs, qui se mirent entre lui
et l'ost et voulurent le prendre. Déjà ils nous avaient renversé et vilainement battu
Garin le Fils Gerout. Vous auriez vu de beaux faits d'armes, là où tomba Garin. Le
kii L-HlSTOiRE DE LA GUERRE SAINTE,
comte y fut le plus malheureux, car ils ie renversèrent auprès de Garin et l'aceaUireiib
de coups. Ils renversèrent aussi de chevai Droon de FooteoU et Robert Keel. I! y en anôt
tant, de Turcs, de Persans et de renégats, autour du comte, noyé au milieu (feu,
qu'ils avaient à peine pu l'abattre. Vous aurieE vu là de beaux combats. Henri 1« F3l
Nicole fut avec le comte à une dure épreuve, et aussi Robert de Neufbroc : jantaû <a
n'a vu un homme plus doux qu'il n'était; il avait une haute taille, et tant de proaetw
et de coeur qu'il se jeta dans la grande presse des païens et donna son cheviâ tm
comte, se gardant et le gardant de déshonneur. Dans la compagnie du comte -ëtùent
encore Raoul de Sainte-Marie, Ernaud du Bois, qui ne lui fut pas inutile, Henri M.
Guillaume de Mailloc, qui reçurent des coups avec lui, et Saoul du Breuil. On n'a jte<
mais vu, je le crois, une plus belle vaillantise que celle de tous ces chevatiers, rftmmi
ils se tenaient ensemble contre tant de Turcs qu'il y avait là ; car aucun d'etu ne voyift
comment il pourrait s'en tirer, et 11 est vrai, le livre le dit, que le comte et ses cobh
pagnons s'étaient tant battus et avaient reçu tant.de coups, qu'ils ne pouvaient fdns
se défendre et que les Turcs les avaient presque tués. Ils les emmenaient, couchés mr
le cou de leurs destriers, droit vers le Toron, quand de l'ost, près de laquelle ikfiH-
saient, s'élança à toute vitesse une troupe de nos gens. Là étaient André de Chavif^
Henri de Graie, Pierre de Préaui, le bon chevalier, et beaucoup d'autres hommes A
renom qu'on ne m'a pas nommés. Chacun d'eux, quand il airiva, jeta son Tore pH*
terre. Le Turc que Pierre frappa «t qui perdit là corps et âme était si démesurément
fort qu'il donna grand'peine à Pierre, et quelque effort qu'il y mit, lui et tous eeoc
qui étaient avec lui, ils ne purent l'amener vivant, et ib eurent grand'peine à le tott.
Ecoutez, seigneurs, une étrange joute; if faut être vaillant pour jouter comme ie fil
monseigneur André. Il rencontra un émir et lui mit sa lance dans le corps, à biea <]m
le fer en ressortit; mais l'émir s'était jeté sur lui, tenant si droit sa pique que le Ar
était entré dans le bras"' d'André et le lui avait brisé. Voilà l'aventure qu'il eut : Tinu
tomba mort. Vous auriez vu là de beaux faits d'armes, bien des piques et des lanoB*
brandies. Les premiers auraient été maltraités si les autres n'étaient arrivés i lesr '
secours. Il fallait voir la résistance du vaillant comte de Leicestre : il frappait à dcHto
et à gauche, et il eut deux chevaux tués sous lui; des gens qui y étaient nous redÊreat
qu'ils n'avaient jamais vu plus grande vaillance en homme de son âge, ni un combd
mieux livré avec aussi peu de pertes que ce jour-là, au secours qu'on lui fit; ttt Ji
en arriva tant des nôtres pour aider lui el les siens qu'aucun n'y périt. Ils forent iê^
livrés et sains et saufs '^\ et ils mirent les Turcs en Jésonfa^ •
et les poursuivirent tant qu'enfm. lassés, ils les abandonnèrent et revinrent à laUff
tentes. ...■ ■
f) Il faut lire ft au lieu de « bu vpn 757g. '
'•■ Lacune d'un yen. ■'.'"'
L HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. M5
Salahadln sut et il vit bien que nos gens se préparaient et s'appareillaient chaque V. 7605.
jour pour aller vers la ville sainte. Quand on le lui eut bien rapporté et qu'il sut à iv. mif.
deux lieues notre ost, qui ne cessait de combattre la sienne, il fit abattre quatre ou
cinq tours et tourelles du Toron» et s'en alla, à ce qu'on nous raconta, fuyant droit
à Jérusalem. Les Turcs nous laissèrent la plaine et occupèrent la montagne.
Quand l'ost des Turcs se fut retirée et que la nôtre se fut rapprochée, on fit crier
par l'ost et on ordonna qu'on irait au pied de la montagne, et que là on camperait v. 7619.
et op ferait venir les vivres. C'est ce que l'on fit. On monta à cheval et on s'avança
en bon ordre. Voilà l'ost devant Bettenuble. 11 faisait alors un temps froid et couvert;
il y eut de grandes pluies et de grandes tempêtes, qui nous firent perdre beaucoup
de nos bétes; car il plut là avec tant d'excès qu'on ne saurait le calculer. La pluie
et le grésil nous battaient et renversaient nos tentes. Nous perdîmes là, à la Noël,
avant et depuis, bien des chevaux; bien des biscuits y furent gâtés par l'eau qui les
trempait; les viandes de porc salé y pourrissaient par les orages; les hauberts se
couvraient d'une rouille qu'on put à peine enlever; les vêtements s'y perdaient, et
bien des gens étaient malades par manque de nourriture; mais leurs cœurs étaient
joyeux à cause de l'espérance qu'ils avaient d'aller au Saint Sépulcre. Ils désiraient
tant Jérusalem qu'ils avaient tous apporté leurs vivres pour le siège. Le camp se rem-
plissait de gens qui arrivaient en grande joie, désirant bien faire. Ceux qui étaient
malades à Jaffe et ailleurs se faisaient mettre dans des litières et porter en grand
nombre au camp , l'âme résolue et confiante. Mais les ennemis venaient sur les che-
mins, où on les portait en les encourageant; ils les épiaient, se jetaient sur eux et
les tuaient : ceux-là étaient de vrais martyrs, qui quittaient ce monde en si bonne
foi et dans la ferme espérance qu'ils avaient tous, sages et fous, d'accomplir leur
pèlerinage.
Dans le camp régnait la joie la plus complète; on roulait les hauberts, et les gens
agitaient la tête en disant : ce Dieu, aidez-nous! Dame sainte Vierge Marie, aidez-nous! V. 707;).
«Dieu, laissez^nous vous adorer et vous remercier, et voir votre sépulcre! i> Il n'y avait
personne de fuché , de sombre et de triste ; on ne voyait partout que liesse et réjouis-
sance. Tous disaient : ccDieu, nous voilà enfin au bon chemin! C'est votre grâce qui
«nous dirige. " Mais il y en avait qui- ne faisaient guère attention à ces discours, et qui
voulaient retarder le voyage; c'étaient les sages Templiers, les preux Hospitaliers et les
Poulains, les gens du pays. Ceux-là disaient au roi d'Angleterre que véritablement, sui-
vant leur avis, si on assiégeait présentement Jérusalem, pendant que nous serions au
siège, Salahadin nous attaquerait, et les Turcs occupe^aient la route entre la mer et
la montagne, et nous serions dans une situation fâcheuse s'ils nous empêchaient de
nous ravitailler, et si même ils n'y réussissaient pas, et qu'ils ne pussent nous faire
de mal, et que la cité fût prise, ce serait encore une entreprise fort périlleuse, si elle
3t
IV, \lir.
V
tartiMKUi lATieiiAie.
Vjaltt®' î . . . attire» »" alievoAï® "^ rt^il et r ^^^^^ y\ « eo
V'»""'; ,tti ie*^" ;.. -8» t, X»»'^"' ; "• •• *"*' r. ««*
M.tteV» "» „^l .ot «'"„«. Ite **» „ „0l»e°'' °, todo»« f""' Llo
^ •»«^^«' Jus Ve^^^'^", Lv ne s eu ^^^; ,,aVcni su ^!^,^, cru^\««r
L^HISTOIRE DB LA GUERRE SAINTE. 617
aussi vrai que vous êtes ici, si on avait su le mauvais état de leurs personnes et de
leurs subsistances, ^'^ qu'on aurait tué les Turcs et pris la ville.
Cest k la fête de saint Hilaire que Tost eut cette affliction et ce chagrin de retour- v. 7811.
ner. Chacun aurait voulu être mort, et maudissait ie jour de sa naissance, puisqu'il v, u.
lui fallait revenir sur ses pas. L'ost était toute déconcertée; elle avait aussi trop de
fatigue et de peine. Ils ne savaient comment faire pour remporter les vivres qu'ils
avaient apportés; toutes leurs bêtes de somme étaient affaiblies par le grand froid et
la pluie, et atteintes de fièvre. Quand on les chargeait de provisions et qu'elles mar-
chaient dans la fange, elles tombaient par terre sur leurs genoux, et les hommes se
maudissaient et se donnaient au diable. Seigneurs, croyez-le bien, on n'a jamais vu
une aussi belle armée dans un aussi triste état; et dans les petites gens, il y avait bien
des malades que leur mal retenait et qu'on aurait laissés là sans le roi d'Angleterre, qui
les fit partout chercher, tant qu'on les amena tous. Enfin tout le monde partit en
ordre, et, le jour de ce retour, nous arrivâmes à Rames.
A Rames était l'ost, découragée conune je viens de le dire, et à cause de ce dé- V. 78 'i3.
couragement elle se dispersa. Beaucoup de Français, pleins de dépit, s'en allèrent d'un v. m.
côté ou de l'autre : les uns allèrent à Jaffe et y restèrent quelque temps; les autres
revinrent à Acre, où la vie n'était pas chère; d'autres allèrent à Sur, près du marquis,
qui les en avait beaucoup priés; d'autres, de dépit et de honte , allèrent droit au Casai
des Plains avec le duc de Bourgogne, et y restèrent huit jours entiers. Le roi, avec
ce qui restait de l'ost tout affligée, son neveu le comte Henri de Champagne et les
leurs , s'en allèrent droit à Ibelin ; mais ils trouvèrent de si mauvais chemins et au soir
un si mauvais (jtte, qu'ils étaient de fort méchante humeur.
L'ost coucha h Ibelin, morne et pensive, et, au matin, avant le lever du soleil, V. 7869.
partirent ceux qui allaient en avant pour occuper les places. On enleva les tentes, et
l'ost chevaucha tout armée; mais jamais un homme vivant ne vpus racontera une
journée pire que celle-là : la précédente n'était rien à côté. Ils y perdirent leurs vivres,
à cause des bêtes de somme qui tombaient; ainsi le voulait Dieu, qui les éprouva, et
qui leur montra clairement qu'il faut souffrir pour lui si on veut être en joie avec lui.
In peu après midi ils arrivèrent à Escalone. Ils la trouvèrent renversée et détruite,
et durent monter sur les décombres pour y entrer, et ils ne le firent qu'à grand' peine,
en sorte que, avec la dure journée qu'ils avaient eue, il n'y en avait pas un qui n'eût
besoin et désir de repos. Mais, par U suite, ils en eurent tant qu'ils voulurent.
Fiscalone est située sur la mer de Grèce, c'est ainsi que je l'ai entendu appeler, v. 7897.
et jamais, à mon avis, je n'ai vu une cité mieux placée, car le pays touVautour est ex- v, i*.
relient, si elle avait un bon port ou une entrée; mais la mer est là si violente et si
'^) Lacune d^au rnoiiK deux vers, dont le sens est à peu près : «il est certain, avec peu de peine et de dé-
pense -
3:1.
AÏS ^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
périlleuse que nul vaisseau n*y peut durer, et à cause de cela il fallut que nos geoi
souffrissent beaucoup, carde huit jours aucun vaisseau ne put y aborder, à cause de le
tempête, pour leur apporter des vivres, et ils n'eurent à manger que ce qu'ils avaient
avec eux. Par terre, hommes ni bêtes n'osaient bouger et s'approcher d'eux à cause des
Sarrasins. Enfin, par un beau temps, il leur vint des provisions de Jaffe; mais bientAt
recommença en mer une tempête si furieuse que les vivres enchérirentà l'excès; car les
barques et les galères qui étaient allées en chercher avaient été brisées, et la plaptrt
des gens qui les montaient noyés, et là furent brisées aussi toutes nos belles énèques.
Le roi les (it plus tard dépecer pour en faire faire de longs vaisseaux, dans lesquels il
pensait s'embarquer; mais il ne put mettre ce projet à exécution.
V. 7933. Salahadin sut par ses espions qite nos gens étaient revenus sur le bord de la mer;
V, V. alors il dit à ses Sarrasins de s'en aller dans leur contrée et de s'y reposer jusqu'à mUt
oii il serait temps de reprendre les combats. Ils ne se firent pas prier, et s'en allèrent
volontiers, après être restés quatre ans tout pleins en Syrie, k grand'peine, avoir soufiiM
du chaud en été et en hiver du froid, ce qui ne convient pas à leur nature, et ce
qui en avait fait périr beaucoup. Vous auriez entendu là les plaintes de tant de Turcs.,
d'émirs, de hauts hommes, de Cordins et de Persans, de gens de pays lointains, ^
avaient été si souvent en tant de guerres sans éprouver de revers. En se séparant* ih
se rappelaient leur grand dommage et leurs grandes pertes; chacun pleurait ceui des
siens qu'il avait perdus en Syrie. Jamais on n'en voulut et on ne fit de reproches i pei^
sonne autant que les Sarrasins à Salahadin pour les Turcs qu'il avait abandonnés aantf
essayer de les délivrer devant Acre, où il en périt tant. Enfin toutes leurs osts ses^pt*
rèrent, excepté les sujets directs du soudan, ceux qui étaient de son domaine propft;
V. 7967. On é.tait près de la Chandeleur, au moment où de notre ost et de la leur se së{Mi«
V. n. rèrent ainsi beaucoup de gens, allant de divers côtés. Le roi manda aux Français, qui
étaient partis les premiers, qu'ils vinssent à Ëscalone, qu'ils se réunissent aux «utreê et
qu'on délibérât et qu'on pourvût en commun pour savoir de quel côté on se dii%eralt
et ce qu'on ferait; car il valait mieux marcher ensemble que vivre en discorde elen
péché. Us firent dire qu'ils viendraient et qu'ils resteraient avec lui seulement }iiai{a*i
Pâques, étant bien entendu que, si alors ils voulaient s'en aller et qu'ils l'eussent dé-
cidé, il leur donnerait congé et les ferait conduire en toute sûreté par terre àj&creoi
à Sur. Le roi le leur accorda et consentit aux demandes de chacun. Voilà IW revenu
ensemble et la joie bien augmentée.
^' 799^- Quand i'ost fut ainsi de nouveau réunie à Ëscalone et bien d'accord (ce qui ne du
pas longtemps), elle fit là son séjour. Ils décidèrent qu'ils s'occuperaient k fortifier
cité; mais les barons qui séjoumTiient là depuis qu'ils étaient revenus étaient sipntivr
et la pauvreté de beaucoup d'entre eux était si apparente, qu'on ne pouvait la voir 1
grand pitié. Cependant tous se mirent à l'œuvre. Ils déblayèrent les fondations d
UHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &19
porte; tous y travaillaient si bien qu'ils s'émerveillaient eux-mêmes de la besogne qu'ils
faisaient. Les bons chevaliers, les écuyers, les sergents se passaient les pierres de main
en main; tous travaillaient sans relâche, et il y venait tant de clercs et de laïques qu'en
peu de temps ils avancèrent beaucoup l'ouvrage. Plus tard, pour le continuer, on en-
voya chercher des maçons; il fallut beaucoup de temps pour terminer.
Il y avait eu à Escàlone, mais elles étaient toutes détruites, cinquante-trois tours V. 8o93.
belles et fortes, sans compter les petites tourelles. Cinq étaient nommées d'après ceux
qui les avaient bâties : écoutez ceux qui les bâtirent, à ce que nous contèrent des
gens qui en savaient la vérité. Dans la. plus vieille antiquité régnait un homme appelé
Cham, puissant et renommé; il était fils de Noé, celui qui fit l'arche par laquelle tout
fut sauvé. Ce Cham engendra (qui le retiendra pourra le redire) trente-deux fils, qui
régnèrent après lui , et qui fondèrent Escàlone. Ces fils envoyèrent par les terres qu'ils
gouvernaient, par les cités et les bourgs, chercher de l'aide pour construire les tours.
On dit que les demoiselles bâtirent la tour des Pucelles; les chevaliers d'alors bâtirent
la tour des Ecus; on éleva la tour du Sang avec les amendes des délits et des crimes;
les émirs établirent la tour des Emirs; les Bédouins firent la leur, forte, riche et im-
portante. Voilà les noms que portaient ces ^inq tours et ce qu'en savaient ceux qui
nous les dirent. Les autres gens, chacun selon leur état, bâtirent les autres ouvrages.
Quand les maçons furent venus, on les engagea pour l'ouvrage. Le roi s'y mit le v. 8or)9.
premier avec grande générosité, et les hauts hommes l'imitèrent. Chacun en prit la
charge qui lui convenait. Là oii les autres n'arrivaient pas et où les barons ne faisaient
rien, le roi faisait travailler, commençait et terminait; et quand les barons se relâ-
chaient et ne pouvaient suffire, le roi leur faisait porter des secours pour les encou-
rager. Il y mit et il y dépensa tant, à ce que l'on sut bien, que la dépense des trois
quarts de la ville fut payée par lui. C'est par le roi qu'elle fut refaite, et c'est par lui
que plus tard elle fut détruite ^^^ par les Français, qui manquèrent à leur
devoir, quand, avec ses braves compagnons, il s'élança en mer à Jaffe de sa galère; là
sa prouesse se montra , comme nous le ferons voir en temps et lieu , et nous ferons si
bien qu'au moins suivant nos souvenirs l'histoire n'en mentira pas d'un mot ;
ainsi Dieu me donne sa gloire!
Ecoutez une étrange aventure, qui mérite bien d'être écrite; c'est sans doute un vrai V. 8089.
miracle.' Saladin envoyait à Babylone, escorté par ses gens, un convoi de mille chré- v, vu.
tiens captifs, Francs et Syriens. Ils étaient déjà au Daron; mais Dieu, qui ressuscita
Lazare, les secourut; écoutez de quelle manière. Une fois, après midi, le roi Richard
avec ses hardis compagnons étaient sortis d'Escalone et étaient allés voir le Daron,
qu'il prit depuis |)ar siège, car tant qu'il n'était pas pris les Sarrasins qui apportaient
''^ M y a certainement ici une lacune assez considérable. Le latÎD omet ce passage.
^Û0 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
les vivres de Babylone à Jérusalem y trouvaient un asile sûr oà ils ne craignaient jmk
cune attaque. Par là passaient ces malheureux que l'on menait à la honte et à la woêU.
Que vous dirais-je ? Quand le roi approcha avec sa vaillante troupe et que les Tnrii^
virent sa bannière, ils s'étonnèrent et eurent peur. Beaucoup se réfugièrent dans le
château, et ils n'osèrent pas retenir les prisonniers en voyant le roi arriver. Ces pauvret
gens, restés dehors, se mirent dans une église. Le roi vint, il les délivra, et il mil à
mort tous les Turcs auxquels il put couper la retraite. Il gagna là maint bon cheval, et
outre les Turcs qui furent tués il en prit vingt vivants. Si Dieu de sa main ne ravtit
pas amené là, lui et les siens, le lendemain les prisonniers auraient été conduits k
Babylone et seraient morts en captivité.
V. 8137. Après cette journée où Dieu délivra les siens qui étaient condamnés à mort, et e&
y, Tiii. il donna au roi Richard le pouvoir de saint Léonard en lui faisant briser les liens diit
prisonniers, ce dont on rendit bien grâce à Dieu, le roi manda au marquis de venir i
Escalone pour tenir sa place dans l'ost, comme il l'en avait déjà prié plusieurs fois, et de
mériter la part du royaume qui lui avait été attribuée, suivant l'engagement et le s«P-
ment qu'il avait prêtés devant le roi de France. Voilà ce qu'il lui manda; le marqm
lui fit répondre qu'il ne mettrait pas le pied dans l'ost jusqu'à ce qu'ils eussent parlé
ensemble. C'est ce qu'ils firent plus tard, au Casai Imbert, si je ne me trompe.
V. 8167. Pendant que nos gens séjournaient à Escalone, rangés chacun dans son ordret etreii
V, 11. relevaient les fortifications, il se dit des paroles mauvaises entre le roi et le diio de
Bourgogne, ce qui empira beaucoup les affaires. Les Français réclamaient au duc Imt
solde et l'en pressaient, et il n'avait pas de quoi la leur payer. Il alla donc troaver le
roi d'Angleterre et lui demanda s'il pourrait lui prêter encore plus d'argent qu'il â^
avait prêté aui^ Français en été sur leur part du butin d'Acre. Mais le roi ne vouhrl
plus faire de prêt, et pour cette raison et pour d'autres se dirent beaucoup de pandep
qui ne sont pas écrites ici, si bien que le duc s'en alla par dépit avec une part|e de^
V, X. Français. lis arrivèrent droit à Acre; là ils trouvèrent les Génois et ceux, de PiieveÉ
train de se battre; car les Pisans se tenaient loyalement au roi Gui, et les Gé&oîtit
ralliaient au marquis , ayant plus de confiance en lui parce qu'il était dans le semiMl
du roi de France. Voilà à Acre grand désordre, et la ville en mauvais point. Partout dte
gens tués, partout du bruit et des cris. Les Français, le duc et ceux qui étaient. li*
prirent aussi les armes. Quand ceux de Pise virent cela, ils se défendirent hafdinMîll
et firent grande honte au duc de Bourgogne, car ils tuèrent son cheval soiis lui et lé
mirent, malgré lui, à pied. Puis ils coururent fermer les portes, ne voulant pas e(M
fermer avec eux des gens qui auraient fait courir grand danger à la. ville; car les (Bdf
nois avaient envoyé un message au marquis pour lui dire qu'ils lui rendraient, la tJWir
Il y arriva avec ses galères et ses hommes d'armes, pensant surprendre la ville; mais
les Pisans se mirent, con^me des gens braves et hardis, aux mangonneau;ic etauxpier*
LHISTOIRfi DE LA GUERRE SAINTE. ASi
rières. On combattit ainsi pendant trois jours, tant que les Pisans envoyèrent en hAte
chercher le roi d'Angleterre. Celui-ci était déjà venu par terre à Gésaire, voulant,
comme je m'en suis informé, aller parier au marquis; les messagers le rencontrèrent :
il poursuivit sa route et vint à Acre dans la nuit noire, et quand le marquis sut que le
roi était arrivé, rien ne put le retenir là : il s'en alla promptement à Sur, car alors
soufflait le vent d'Arsur^'^. Le duc de Bourgogne y était dëjà avec ses Français. Quand
roi sut cela, à Acre, où il avait passé la nuit, il monta à cheval dès le lendemain
matin et prit l'affaire en main, de telle façon qu'il apaisa les deux partis et réconcilia
les Génois avec les Pisans, songeant que s'il ne rétablissait pas la paix il pourrait en
venir de grands maux.
Quand ceux de Gènes et ceux de Pise, qui avaient été si longtemps en guerre^ v. 8'j35.
furent ainsi mis d'accord, le roi d'Angleterre (it dire au marquis qu'il serait bon qu'ils \\ u.
se rencontrassent au Casai Imbert et parlassent ensemble, pour voir s'ils pourraient ar-
river à se mettre aussi d'accord. Ils y vinrent et se réunirent et parlèrent longtemps
ensemble; mais cela ne mena à rien, car le marquis manqua aussitôt de parole au roi
sur ce qu'il lui avait dit, tant à cause du duc de Bourgogne que de ses autres compa-
gnons, qui le détournèrent de la pai$ , si bien qu'ils l'empêchèrent complètement ^\
Et quand le roi sut cela, on lui conseilla, par jugement équitable, que, puisque le
marquis ne se souciait pas de mériter sa part du royaume ni de servir Dieu, il fallait
s'en prendre à ses rentes ei ne pas les lui payer. Et de là vint la grande discorde entre le
roi, les barons de France et le marquis, lequel attira à lui les Français comme il le fai-
sait d^à auparavant, et troubla si bien tout le pays que le roi d'Angleterre, pendant
près des trois quarts du carême, s'il m'en souvient bien , n'osa pas quitter Acre.
Deux jours avant PAques fleuries, des bacheliers de i'ost partirent de Jaffe et allé- v. 8271.
rmt droit à MirabeK Ils eurent la chance de trouver une belle proie, qu'ils emmenèrent v, m.
tout entière, tuant trente Sarrasins, et en prenant cinquante tout vifs, avec lesquels
ils s'en revinrent à Jaiïe. Us gardèrent la moitié de la proie, dont ils savaient à peine
la valeur, et l'autre moitié fut pour le comte de Leicestre. La part des sergents fut
vendue, à ce que j'appris, pour plus de quatorze cents besants sarrasins forts et de bon
poids. Le samedi suivant, tous ceux qui avaient des chevaux sortirent aussi d'Esca^
lone en bon ordre, pour une proie qu'on leur avait signalée. Ils réussirent bien cette
fois : ceux qui y furent racontèrent qu'ib poussèrent jusqu'en Egypte, quatre lieue^
outre le Darcm; ils prirent des chevaux et des juments, sept cents têtes de bétail gros
et petit, vingt Anes et trente chameaux; et ils prirent, à ce que je sais, plus de cent
(*) Le vers 8949 est évidemment corrompu (le itlin ne U traduit pas). Nous le restituons ici diaprés d'autres
passages (voir Amur à la Table) : Que adonc fu li venz d'Anwr.
^') La lacune doit sans doute être placée après le vers St53, «i eomprvndre plufieura vers ; 00 y rtoonUitque
le marquis se relira à Sur auprès de sa femme, renonçant à la guerre (voir le latin).
/
/i22 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
quatre-vingts mécréants, hommes, femmes et enfants. Ils revinrent pleins de joie tout
droit à Escalone.
V. 83o5. Vous avez entendu ce que je vous ai raconté de la discorde qui régnait entre les
V. xni. barons. Le duc et le marquis mandèrent de Sur à tous les Français qui étaient dans
lost à Escalone de venir aussitôt à Sur auprès du marquis et de se tenir tous à loi;
si bien qu'ils s'engagèrent tous envers lui, à cause de l'hommage qu'il avait prétié IM
roi de France. Et ainsi on connut bien et on vit clairement toute l'affaire, toute lauMh
nœuvre, toute la perfidie et la haine mortelle de ce félon marquis, et le serment qu^
avait échangé avec le roi de France quand celui-ci était parti. C'est k cause de cek
que les Français se séparèrent alors du roi d'Angleterre, qui ne cherchait que le bÎM
du pays, comme vous me l'entendrez raconter si vous voulez me prêter un p^tt d'at-
tention. ■ t-î
V. 8837. Le mardi de la semaine sainte , où les gens font pénitence, le roi revint k l'est ^^^ triatt
V, HT. et pensif, et le mercredi les barons de France se présentèrent à lui, lui demandidtt
de leur donner une escorte, comme il l'avait promis. Il y consentit aussitôt; il iaiff
donna pour les escorter de ses hommes, Poitevins, Angevins et Mancedui, et de Wa
barons de Normandie. Lui-même il les accompagna en pleurant, et, quand il a'al'rAH^
il les pria de rester avec lui à ses frais, et de ne pas se*séparer des autres; maîa Hk
ne consentirent jamais à rester. Et, quand il vit qu'il n'bbtenait rien et qu'ils n'^dM^
talent pas sa prière, il revint à Escalone, et manda aussitôt à Acre, sans perdi^-nk
moment, à ses lieutenants qu'ils empêchassent les Français de s'y arrêter. • • t
V. 8353. Ce fut le jeudi saint que le péché nous enleva ainsi les barons de France. Voilà faat
v, XT. fort troublée, découragée et morne, et bien réduite, ayant perdu plus de neptcmtn
chevaliers prisés d'armes, preux et forts ^ qui n avaient plus osé y rester. Que (te geoa
vous auriez vus pleurer sur ces discordes! Quand les Sarrasins lapprirent, saches ^c^
s en réjouirent fort; et des témoins ont raconté que Salahadin fit aussitôt faire ses lettiii
et envoya dire à tous les émirs des pays qu'il avait conquis de revenir en Syrie, €t'^[Ab
les Francs ne s'en empareraient pas, car il régnait entre eux de telles discordes, CmaMm^
il l'avait appris, que par son sens et sa richesse, il pensait ravoir Sur et Acre. CeuxHH
obéirent à ses ordres, mais ils vinrent a^ez mollement. Cependant il en rassemlàa
pour que, à mon avis, il y en eût trop.
V. 838 1. Le samedi de Pâques, m'a dit celui d'après lequel je le raconte, le sultan
v. xTi. était ^^^ à Jérusalem eu Saint Sépulcre. 11 y avait là bien des pauTres "chréliéiit
liés et enchaînés, des Latins et des Syriens, qui pleuraient tendrement et demandaiiNtt
à Dieu d'avoir pitié de la chrétienté tombée en détresse. Commç ils versaient ainsi Iran
prières et leurs douces larmes, voici venir le feu du ciel, tout ainsi qu'il a accoutuiné
(^) Il faut corriger le vers 8399 ainsi : Revint li nii a l'ost an«r$,
f*J Lacune d'un vers, *. .*
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &23
de venir, dans la lampe : avec la rapidité que met le regard de l'homme à monter, tous,
jeunes et vieux, Sarrasins et chrétiens, virent que la lampe s'était allumée comme elle
en avait l'habitude. A la vue d'un tel miracle, voilà tout le peuple ému. Les Sarrasins
s'émerveillaient; ils disaient et ils croyaient que c'était par enchantement qu'elle s'allu-
mait ainsi. Salahadin voulut en savoir le vrai; il ordonna qu'on éteignit la lampe , et ses
gens l'éteignirent aussitôt; mais ils ne réussirent pas dans leur projet [et ne purent
emp<^cher'^^] que la lampe ne se rallumât. Il ordonna qu'on l'éteigntt de nouveau, et
Dieu voulut, à l'honneur de son nom et de sa ville, rendre sensible la vérité, et la
ralluma une troisième fois. Quand Salahadin vit la foi des chrétiens et leur confiance,
il dit à ses Turcs que certainement il ne garderait pas longtemps la ville, ou qu'il
mourrait bientôt; et, autant que je le sais, il ne vécut depuis ce jour que jusqu'au ca-
rême suivant.
A Pâques, la belle fête, le roi tint une cour grande et plénière pour réconforter v. b/ijr).
les gens de l'ost. 11 fit porter et tendre ses pavillons hors d'Escalone, [et chacun put v, xtu.
y pénétrer et^^^] prendre la nourriture qu'il voulut. La cour ne dura qu'un jour, et le v, xtiu.
lendemain, sans plus de repos, le roi fit recommencer le travail des murailles et re-
prendre les ouvrages que les Français avaient abandonnés quand ils étaient partis. Il
Ht continuer et faire à ses frais tout ce qu'il y avait encore à achever. Vous m'avez en- v, xx.
tendu raconter tout à l'heure, ceux à qui il a plu de m'écouter, l'escorte fait.e par ses
barons de Poitou, de Normandie, d'Anjou et du Maine : ayant accompagné les Fran-
çais jusqu'à Acre, ils s'en revinrent. Écoutez maintenant comment les Français se
conduisirent à Sur, où ils allèrent, pendant le temps qu'ils y restèrent, quel proiit
vint de leur séjour, ce qu'ils y allèrent faire, quelles expéditions, quelles peines et
quelles misères ils y souffrirent pour Dieu. Ceux qui les y virent racontèrent qu'ils pas-
saient les nuits à danser et portaient sur leurs têtes des couronnes et des guirlandes
de fleurs. Ils s'asseyaient devant les tonnes de vin et buvaient jusqu'à matines; puis
ils revenaient par les maisons des filles de joie, en brisant les portes, en disant de
folles paroles, et en jurant tant qu'ils pouvaient. Tel était leur gouvernement. Je ne
dis pas que tous fissent et dissent de telles vilenies , car les gens de bien qui étaient
là et qui y restaient malgré eux, qui regrettaient la discorde que Dieu n'avait pas voulu
apaiser, ceux-là en étaient fort indignés; mais les mauvaises gens étaient très aises du
désaccord qu'il y avait entre les deux rois.
Quand le vaillant roi Chariemagne, qui conquit tant de royaumes, alla guerroyer V. ^^'179.
en Espagne, oii il mena les braves compagnons qui furent vendus au roi Marsile par
Ganelon, grande perte pour la France; quand il fat en Saxe, où il fit tant de prouesses,
^^' Lacune d^un vers, suppléée (l*après le sens.
t') 11 manque sans doute quatre vers entre 8433 et 8/i3i&; nous n^en suppléons que Tei^seDliel, diaprés k
latin.
33
V, x»i.
mrMWKMB ■«riesitc
&U L'HISTOIRE DB LA GUERRE SiINT&
vainquit (luîteclin et eitermiDa les Saxons à l'aide de maiotB vaillants hommes; qoaad
il meoa son armée à Rome, après qu'Agoland, avec tous ses païens, liit arrivé par tam
à Rise, dans la riche terre de Galabre; et à l'autre eipëdition d'oulre-meft quand h
Syrie fut reconquise et Antioche assiégée, dans les grandes gueires et les bataillas li-
vrées aux Turcs et aux mécréants dont on tua et vainquit tant, alors il n'y avait pu
d'intrigue ni de querelle: on ne se demandait pas qui était Normand ou Français, Pw-
tevin ou Breton, Boui^uignon ou Manceau, Anglais ou Flamand; il n'y avait poîot dt
médisances; on ne s'insultait pas l'un l'autre; aussi tous r^nportaient de l'boDDSur* fli
tous, de quelque couleur qu'ils fussent, étaient appelés Francs. Si, parleurs pécbéi,
la désunion se mettait entre eux, les princes les réconciliaient, et, comme les priotiM
étaient tous d'accord, les discordes duraient peu. Ceux de notre temps auraient à(k hàn
de même, et se conduire de façon à donner le bon exemple, au lieu de se décfainr
sans cesse l'un l'autre.
Après Pâques, au moment du grand passage, arriva au roi Richard un message <fû
. déconforta beaucoup l'ost. C'était le prieur de Hereford, un prieuré en Angleterre, ipô.
était venu trouver le roi en Syrie. Il lui apporta des nouvelles qui n'étaient ni bettat
ni bonnes, et des lettres écrites et scellées en grande nécessité qui disaient qu'on avûl
fait partir des châteaux les gouverneurs qu'il avait établis en Angleterre, et qu'il y avsft
eu à cette occasion des gens tués dans le pays, et cela le prieur l'avait vu lui-^oioMk
La lettre disait encore que son frère avait fait chasser d'Angleterre son cfaaoceliw «I
qu'il ne restait au roi, ni en palais ni en trésor, sauf dans les élises, rien que SM
frère n'eût fait saisir; et que, ne redoutant rien dans sa malice, il arait fait tant d'en-
nuis et de vilenies au chancelier, bien qu'il fAt mattre et seigneur, pr^re et évéqoe,
qu'il s'était enfui en Normandie. Et il y avait encore pis, car il voulait trahir k
roi pendant qu'il était en son pèlerinage, et recevoir les serments de ses barons $lttr-
gleterre, [et il avait tenté de s'emparer des rentes du roi'"] qui venaient k. l'échiquer.
(t£t à cause de cela, sire, dit le prieur, je vous supplie de revenir dans votre terra tf de
- «vous venger de ceux qui vous ont fait tant de tort, ou ils feront encore pis, et tow
R n'entrerez pas sans livrer bataille dans votre royaume, qu'ils pillent, i Seigneurs, M
vous émerveillez pas si le roi , qui s'était donné tant de peine pour Dieu dans UM
terre lointaine et y avait tant souffert, Fut troublé dans son cœur; car la crainte de
perdre son rang trouble et déconcerte tout homme d'honneur. La nouvelle w répea^ :
je ne crois pas qu'on ait jamais vu nulle part des gens plus tristes et plus abattus
pour le départ d'un homme; car si le roi était parti, ils auraient été en trop maumie
situation, tous dispersés et en désaccord; jamais on n'aurait pu accorder ceux de Siir
et ceux d'Escalone. Le lendemain , vers midi , le roi assembla ses barons et dit devant eoi
<" La iMune est taoA doule de deui verg; le latin permet de la combler. , H
L HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. AS5
tous qu'il avait reçu des nouvelles d'Angleterre; qu'on voulait lui enlever son royaume;
qu'on avait dépose le chancelier établi par lui qui le lui gardait et gouvernait > et qu'il
était obligé d'y aller. Il ajouta que, s'il arrivait qu'il fât obligé de partir, il laisserait
en Syrie trois cents chevaliers d'élite et deux mille sergents preux et vaillants, le tout
à ses frais. Enfin il dit qu'il désirait savoir, et qu'il les priait de répondre là dessus, qui
voudrait s'en venir avec lui. Il leur laissa le choix ou de partir ou de rester, car il ne
voulait contraindre personne.
Les hauts hommes qui étaient là réunis délibérèrent sur la question que le roi V. gfîor.
leur soumettait. Ils étaient tous en peine de savoir ce qu'ils devaient dire et faire. Enfin,
considérant qu'il n'y avait pas dans le royaume de chef suprême, mais qu'il était par-
tagé entre deux; que le roi Gui ne pouvait venir à bout d'occuper sa part et que le
marquis, quelque assurance qu'on lui donnât, ne voulait pas revenir dans l'ost et
restait avec les Français, si bien que tout était en discorde; ayant pensé à tout cela,
ils revinrent trouver le roi et lui dirent, sans rien celer, que, s'il n'établissait pas dans
le royaume un chef qui s'entendit à la guerre et auquel tous, de quelque côté qu'ils
vinssent, se ralliassent, ils s'en iraient tous avec lui et abandonneraient le pays. Et le
roi, pensant partir aussitôt, leur demanda sur-le-champ duquel des rois, du roi Gui ou
du marquis, ils voulaient, et duquel ils ne voulaient pas. Tous ceux auxquels il avait
adressé cette demande s'agenouillèrent devant lui, grands, moyens et petits, et le sup-
plièrent d'établir pour roi le marquis, car c'était le plus capable et le plus utile au
royaume. Quand le roi vit qu'ils le voulaient tous et que personne ne s'y opposait, il
blâma plus d un qui était là et qui lui avait dit du mal du marquis. Tout le monde fai- v. \Mr.
sant la même demande, il s'y accorda, et il voulut bien que de hauts hommes allassent
le chercher pour le ramener joyeusement, qu'il revînt avec les Français et que tout le
monde fût d'accord.
Cette élection ne fut pas une petite affaire. Tous, les fous et les sages, la voulurent. \ . 8H/17.
Les messagers se disposèrent à partir; le premier était le comte Henri de Champagne, .
avec lui monseigneur Oton de Trasignies (c'étaient des gens de haut lignage), et aussi
Guillaume de Caieu. Ils s'armèrent et allèrent porter leur message au marquis, et le
réconforter par de bonnes nouvelles, faites pour plaire à lui et aux Français qui étaient
à Sur. Ils montèrent à cheval et partirent, et vous allez entendre comment les choses
se passèrent quand ils arrivèrent.
C'est une vérité certaine que, quand les barons de France furent allés rejoindre le \. 8605.
marquis, le roi Richard le fit requérir plusieurs fois, comme nous Favons vu et comme
nous l'avons dit, de venir à Tost avec les autres, pour aider à reconquérir la sainte
terre; et il n'y voulut jamais venir, méritant ainsi qu'il lui arrivât malheur. Écoatez ce
qu'il avait dans l'idée et le tort qu'il voulait faire à Dieu : contrairement à l'honneur
de la couronne royale et à l'ost d'Escalone, il avait fait et juré la paix avec Salahadin ,
33.
k ;
436 L'HISTOIRE DE LA GUERRE .SAINTE.
lui promettant d'aller le trouver et de tenir de lui la moitié de Jérusalem. U avMt
déjà avancé cette vilaine affaire, comme on le sut : il devait avoir Barat, Saette et le
pays environnant, et avec cela la moitié du royaume. Salafaadin était d'accord pourfàire
cette paix; mais l'émir Safadin ne voulut jamais y consentir. On nous raconta plas tard
qu'il dit au soudan son frère : ccSire, ne plaise à Dieu que vous fassiez jamais une paix
«avec les chrétiens, quelque proposition que vous receviez, en dehors du roi d'Angle-
t( terre, qui est le meilleur de tous les chrétiens. Je ne vous le conseille pas, et je n'y
((Consens pas. ?) Ainsi l'affaire en resta là; mais on s'informa et on le sut partout, car
Etienne de Tournehan se trouvait à Jérusalem en message auprès du soudan quaod
vinrent les messagers du marquis, dont on a bien retenu les noms : c'étaient Balian
d'Ibelin, plus félon qu'un diable, et Renaud de Saette; ils venaient chercher et sollir
citer cette paix sale et honteuse; ils auraient mérité quon lâchât sur eux des chiens.
V. 8715. Les messagers du roi Richard, dont nous avons parlé et que nous vtmes partir pour
V, xxr. leur message, suivirent la route qu'ils s'étaient tracée et arrivèrent prompteihent à
Sur. Ils descendirent de cheval, allèrent droit au marquis pour lui dire^^^ ce qu'ik lui
voulaient. Ils le saluèrent courtoisement, et lui et ceux qui étaient avec lui les sa-
luèrent avec des éclats de rire. Alors le comte Henri prit la parole et dit de bonne yo*
lonté : c( Seigneur marquis, le roi et l'ost chrétienne d'Ëscalone vous ont décerna la
^ couronne et le royaume de Syrie. Venez avec votre armée et conquérez bravemeot
«(votre royaume.'' L'histoire dit qu'il eut telle joie dans son cœur que devant toutleiB
barons, levant ses deux mains vers le ciel, il dit ces paroles, dont le souvenir attiirta
plus tard beaucoup de gens : <( Beau sire Dieu qui m'as fait [et m as mis Pâme dans lé
t( corps (^)], toi qui es roi véritable et bon, comme tu sais, Seigneur, que je suis digne
((de bien gouverner ton royaume, fais que je m'en voie couronné; et si tu ne me sais
((pas tel. Seigneur, n'y consens jamais. »
V. 87^17. La nouvelle fut connue et se répandit par la ville que le marquis serait roi et que
toute l'ost le demandait. Voilà une joie merveilleuse, tous les gens en liesse et en grande
presse de se préparer, eux et leurs bagages, d'emprunter de l'or et de l'argeût poor
leurs dépenses, chacun se pourvoyant de son mieux. De tous côtés, on voyait saiwles
armures, revernir les heaumes et les chapeaux de fer; les écuyers fourbissaient letbeUes
épées et roulaient les hauberts; les chevaliers et les sergents prenaient déjà des.poaae
de combat pour frapper sur les ennemis. Il y avait là des gens de haute valeur, si Kea,
qui les connaissait mieux que nous, leur avait donné son secours. Enfin tout le monde
était en joie. Il est bon et juste qu'on apprenne et qu'on sache qu'on ne devrait jamak^
trop se réjouir d'une joie ni trop se douloir d'un deuil. Tous étaient en bon voidoîr et^
Y, ixTi. en bonne disposition; le comte Henri et les barons qui avaient fait le message- étaient
<^) Au Yen 879a il faut sans doute dire au lieu dédirent,
<*) Suppléé d'après le latiu.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE, 427
ailés emprunter de Targeni à Acre, où ils se préparaient et se disposaient déjà à aller
rejoindre l'osl, et voici en toute vérité l'aventure qui arriva à Sur. Le marquis avait
dîné chez Tévêque de Beauvais, en grande aise et en grande joie; il avait pris congé
de lui et s'en revenait. D était arrivé devant le change : écoutez comme en un moment
la joie se tourne en tristesse. Comme il s'avançait gaiement, deux garçons court vêtus
et sans manteau, qui portaient chacun un couteau, s'en vinrent en courant droit sur
lui et le frappèrent en plein corps, si bien qu'il tomba. De ces deux meurtriers, qui
étaient des hommes du Hausasis, l'un fut aussitôt tué; l'autre s'enfuit dans une église,
mais cela ne lui servit de rien : on l'en arracha et on le tratna par la ville jusqu'à ce
qu'il fût mort. Mais avant qu'il mourût ceux qui étaient là lui demandèrent pourquoi
ils avaient fait cela, ce que le marquis leur avait fait et qui les avait envoyés. Il dit, le
traître, et on le sut depuis sûrement, que pour faire le coup ils avaient longtemps ha-
bité près du marquis (mais ils avaient été empêchés de le tuer jusqu'à ce jour qui fit
couler tant de larmes) et qu'ils avaient été envoyés par le Vieux de Mouse,qui haïssait
le marquis. Or il fait tuer tous ceux qui encourent sa haine, de la manière que vous
allez entendre, si vous voulez bien écouter.
Le Vieux de Mouse a cette coutume, et elle se transmet d'hoir en hoir, qu'il fait V.bHio-
élever dans son palais beaucoup d'enfants jusqu'à ce qu'ils aient de la raison, de l'in-
struction et de l'éducation. Ils apprennent à se conduire et vivent avec de nobles et
sages gens, tant qu'ils savent les langages de tous les pays du monde. Et ils ont une
foi si sombre et si cruelle que, d'après les leçons qu'ils ont reçues, quand le Vieux
de Mouse les fait venir devant lui et leur ordonne, pour prix de la rémission de leurs
péchés et de son amilié, d'aller tuer quelque grand seigneur, ils regardent cela comme
une bonne œuvre. On leur donne de grands couteaux beaux el bien fourbis; ils s'en vont,
guettent celui qu'on leur a désigné, se familiarisent^'^ avec lui et entrent à son service,
ayant la langue bien affilée , jusqu'à ce qu'ils lui aient donné la mort. Ils croient ainsi avoir
mérité le paradis, ce qui certainement ne peut être. Tels étaient, seigneurs, les deux
hommes dont nous vous avons parlé, qui tuèrent ainsi le marquis. Ses gens le prirent
tout doucement entre leurs bras, le relevèrent de la place où il avait été blessé et l'em-
portèrent chez lui. Tout le peuple y accourut, menant grand deuil. Il vécut encore un
peu, puis mourut. Mais auparavant il avait pu se confesser, et dire en secret à la mar-
quise sa femme, dont il voyait les yeux mouillés de larmes, qu'elle pensât à bien
garder Sur, el qu'elle ne rendit la ville qu'au roi d'Angleterre en personne ou au roi
légitime du pays. Le voilà mort; on l'enterra, et le deuil fut grand des clercs et des
laïques. On l'enterra à l'Hôpital; là recommença un deuil si grand qu'on n'en avait
jamais vu de plus grand; mais Dieu l'avait voulu ainsi. Voilà la nouvelle répandue;
^'J Mol supplôi*.
/i28 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
voilà la grande joie détruite, après avoir si peu duré, dans ce pays qui lui avait doimé
sa foi et qu'il abandonnait sitôt. Voilà une terre toute troublée, et si pleine de deoiilet
de chagrin que personne ne saurait le raconter.
¥.8870. Ecoutez comment le diable travaille, et comment son travail réussit et multiplie
V, ixTif. pour le mal, et comment alors il le multiplia et l'étendit tout au long, au moyen d'une
parole qui fut dite par de maudits envieux, qui auraient mérité d*étre chassés, qui
haïssaient le preux roi Richard et dénigraient toutes ses actions. Ceux-là dirent que le
roi Richard avait recherché et machiné à prix d'argent la mort du marquis, et ils firent
dire au roi de France qu'il pouvait avoir grand'peur, et qu'il se gardât bien des Hao*
sasis, car ils avaient tué le marquis, et le roi d'Angleterre en avait envoyé quatre en
France, le doux pays, pour le tuer, lui. Dieu ! que c'est une chose horrible à dire, et
quelle vilaine action firent ceux qui envoyèrent ce message, à cause duquel tant^^ à»
gens furent plus tard malheureux et tourmentés! Car c'est à cause de cette méchanceté
que, par la suite, le roi Richard fut fait prisonnier par trahison, et à cause de Tenvie
excitée par les prouesses qu'il avait faites en Syrie.
V. 8909. Quand le marquis fut enterré, qu'on eut mené le deuil et qu'on lui eut rendu les
V, xiTui. derniers devoirs, les barons français se trouvaient dans leurs (entes, hors de la ville; ik
étaient plus de dix mille, tant grands que petits. Les principaux délibérèrent ensemble
et firent dire à la marquise qu'elle leur rendit la ville sans contestation, et qo'ib ht
prendraient en garde pour le roi de France. Elle répondit sans hésiter que qoaadt le
roi de France reviendrait, elle la lui rendrait très volontiers, si auparavant il n'y ftvini
pas un autre seigneur élu dans le pays. Ils s'en courroucèrent, et, pendant qu'ils se dit*
putaicnt ainsi avec elle et cherchaient à s'emparer de Sur, le bon comte Henri vint
dans la ville et descendit de cheval. Et celui de qui je tiens la chose dit qoe,^
qu'on le vit, on n'attendit pas d'autre terme et on l'élut roi, comme Dieu l'avait déeiéé.
Les gens vinrent à lui et le prirent et lui demandèrent instamment de reeevcôr la
seigneurie et le royaume de Syrie, et d'épouser la marquise, qui était restée veuve it
héritière du royaume. Il répondit aussitôt, sans demander plus de temps, que, piiiM|m
Dieu l'avait appelé et qu'ils l'avaient choisi pourgouverner le pays, il voulait avoir T^ip-*
probation de son oncle le roi d'Angleterre, et il lui envoya demander sa volontéat Ém
sentiment sur l'élection faite par les barons.
V. 8951. Ce fut en mai, quand les fleurs et les feuilles se renouvellent, que le roi RidittNl
V. XXIX. reçut la nouvelle de ce qui était arrivé au marquis, comme nous l'avoue racMiC.
Le roi était alors dans les plaines de Rames, occupé dans la berruie à poorsaivre 4hi
Sarrasins qui fuyaient devant lui, comme devant celui qu'ils craignaient par^eeM»
tout, car, depuis la création, jamais un homme n'a fait telle guerre aux Turcs et tf^
a tué tant à lui seul; bien souvent, après des courses faites contre eux, il rapportait a
l'ost des têtes de Sarrasins, dix, douze, vingt ou trente, comme si c'eût été do-gibm,
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 429
et causait ainsi beaucoup de chagrin aux infidèles. D'autres fois, quand il le voulait,
il en ramenait de vivants. Bref jamais, par un seul homme, il n'est mort tant de mé-
créants.
Voici venir les messagers, cherchant le roi. Ils le trouvèrent, le saluèrent de la part V. s^f.i
du comte, et lui racontèrent l'aventure du marquis et comment le peuple lui avait v. hut.
demandé d'être seigneur du pays ^^\ car petits et grands l'avaient élu et voulaient
lui faire prendre pour femme la marquise; mais le comte ne voulait rien faire contre
ta volonté du roi et l'intérêt de la chrétienté.
Le roi fut longtemps pensif en apprenant ces nouvelles, la grande mésaventure et la v. 89H7.
triste mort du marquis; mais il eut une grande joie de voir que le peuple désirait si
ardemment faire a son neveu un tel honneur. Il répondit aux messagers : ce Seigneurs ser-
«agents, je désire beaucoup qu'il soit roi, s'il platt à Dieu, quand la terre sera conquise;
te mais qu'il n'épouse pas la marquise, cette femme que le marquis enleva à son époux
Q légitime et mit dans son lit contre Dieu et contre la raison. Après une telle conduite,
^s'il m'en croit, il ne l'épousera jamais; mais qu'il prenne la seigneurie [et le rovaume
te de Syrie (^)], et je lui donne Acre en toute propriété, avec les rentes du port, et Sur
«et Jaffe et l'autorité sur tout le pays conquis; je consens ce qu'il garde tout. Dites-lui
;c qu'il vienne à l'ost et qu'il amène avec lui les Français le plus tôt qu'il pourra; car je
«veux enlever le Daron aux Turcs, s'ils osent m'y attendre. 79 Les messagers retinrent v, nu.
ce que le roi leur avait dit et, ayant pris congé, partirent sans plus de délai. Ils re-
vinrent à Sur auprès du comte, et lui redirent ce dont le roi les avait chargés. Que vous
dirai-je ? La joie fut grande à Sur pour le comte quand les messagers furent revenus.
Vous auriez vu là le grand empressement autour de lui des hauts hommes qui y étaient,
lui demandant tous de prendre la marquise pour femme. Malgré ce qu'ils lui disaient,
il n'osait le faire contre l'avis du roi d'Angleterre; mais c'était elle qui était l'héritière
du royaume et le comte la convoitait fort. On mena si bien la chose que la marquise
en personne, quoiqu'on l'en eât beaucoup dissuadée, alla remettre au comte les clefs de
la ville. Les Français ne perdent pas un moment : ils envoient chercher le prêtre, et ils
lui font épouser la dame^ et, par mon ame, j'en aurais fait autant, car elle était trop
belle et gente; aussi je crois, si Dieu me protège, que le comte fut bien vite disposé à
l'épouser. Voilà les noces et une joie telle que je ne crois pas que dans toute ma vie j'en
voie ou en entende de pareille; voilà une affaire réglée sans envie, sans dispute et sans
fraude; voilà le pays en bon état et en bonne espérance avec le comte de Champagne,
qui était neveu du roi de France et du preux roi d'Angleterre. Le comte envoya dans
tout le pays, à Acre, à Jaiïe et ailleurs, prendre possession des châteaux et des tours,
''^ Lacune d'un vers peu imporUnl.
^** Vew supplia.
A30 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
el se foire prêter hommage. Puis il fit convoquer son ost, et tous les barons fureat
invités à aller prendre le Daron.'
Quand le comte eut fait ses noces et rëunî tous ses gens, il voulut, sur l'avis de SM
barons et des Français de son lignage, mener tous ses gens à Acre pours'y barnscher,
s'y équiper et acbeter des provisions pour les hommes et les chevaux avant d'aller ren
Escalone. Il laissa à Sur de bonnes gardes, chargées de veiller sur la cité et sur iepti^
pour que les ennemis n'y entrassent pas. Le comte emmena avec lui sa fomme, plu
blanche qu'une perle. L'oït partie de Sur, la nouvelle se répandit à Acre que le comt*
arrivait. Chacun était si heureux de l'avoir pour roi qu'on calmait à grand'peine la
joie qu'ils menaient nuit et jour. Aussi vous auriez vu là une belle réception, Ira pnK
cessions réunies, les rues tendues de courtines, aux fenêtres et devant les maisons 1m
encensoirs pleins d'encens. Tous les gens de la ville, près de soixante mille ou plos',
sortirent d'Acre tout armés et allèrent à sa rencontre jusqu'à ce qu'ib l'eussent rai
montrant ainsi qu'ils se donnaient à lui et qu'ils te tenaient pour leur seigneur l^i^
tinie. Les clercs le menèrent à l'église, lui apportèrent tes reliques et lui firent baiser
la sainte croix, et il remit son oiïrande avec beaucoup de gens. Ils l'escortèrent JM-
qu'au palais, ou ils le logèrent. Le comte eut là un gîte magnifique : je voudni9 m
avoir toujours un pareil. ' -
Quand le comte fut en possession de Sur, d'Acre, de JalTe et d'Arsur, le roi Oui éb
trouva sans royaume, après avoir reçu tant -de coups et avoir tant souffert pour fao-
quérir. Il su voit maintenant tout dépourvu, après avoir essuyé tant d'injures et deii
grandes infortunes, et cela non pas seulement pour ses péchés, car aucun roi n'etttde
meilleures qualités. It n'avait qu'un défaut, c'était de ne pas connaître le mal, ce 4{aê
l'on appelle simplicité. C'était lui qui avait vaillamment assi^ la cité d'Acre après i]iie
les Sarrasins l'eurent prise. Avant le moment dont je vous parle, les Templiers avaient
acheté l'tle de Cypre au roi Richard, qui l'avait conquise; mais, depuis, ce marché Mt
défait, et plus tard le roi Gui en fut fait empereur et seigneur, ce qui lui fut ua gnnd
adoucissement.
A l'époque o£i le marquis fut assassiné à Sur, et depuis et avant, comme notU'W
vtnies plusieurs fois, venaient au roi d'Angleterre des messagers qui le tourmentaîégl
fort, car les uns l'inquiétaient et les autres le rassuraient. L'un lui disait de revaur*
l'autre de rester au service de Dieu; chacun parlait à sa façon. L'un lui disait que SM
royaume était tranquille et sans guerre; l'autre lui affirmait qu'il était complètenHH
troublé, si bien que, ce que lui disaient les uns, les autres le contredisaient. U M
faut donc pas s'étonner s'il ne savait quel parti prendre et s'il était en grande înquiéUiiéi
à cause du retour du roi de France, car on dit communément que nqai a maovaîi
voisin a mauvais matin».
Pendant que les Français, dont je vous ai parlé tout à l'heure, étaient k Acre,
V. XXXIX,
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE* Â31
s'équipaient et se harnachaient pour la guerre et pour aller au siège du Daron, ainsi
que le comte Henri, le roi, qui ne voulait pas tant attendre, sortit d'Escalone, au nom
de Dieu. H fit charger ses pierrières et les fit mener au Daron par mer; il fit armer ses
hommes et prit des sergents à sa solde, qu'il donnait richement. Il fit mettre dans tous
les châteaux des environs des gens auxquels il recommanda de les surveiller et de
veiller la nuit pour empêcher les caravanes de passer et les Turcs de se retirer au
Daron, comme ils en avaient Thabitude, ce qui leur avait permis de nous faire beau-
coup de mal. Le vaillant roi Richard monta à cheval et, accompagné seulement des
{jens de sa propre terre, il arriva au Daron un dimanche. Une fois là, lui et les siens,
ils se trouvèrent en si petit nombre qu'ils ne savaient comment s'y prendre pour l'at-
taque, car, s'ils s'étaient répandus tout autour et que les Turcs eussent fait une sortie,
ou que leur camp eût été attaqué, ils n'auraient pas pu résister et auraient été certaine*
ment défaits. Aussi se portèrent-ils tous d'un côté ^'^
et ils (les Turcs) firent tant en harcelant les nôtres qu'ils entrèrent tous dans le chft<-
teau, mirent leurs défenses en état avec beaucoup de peine et de soin et barrèrent soli-
dement la porte , dans laquelle ils avaient grande confiance.
Quand les Turcs eurent fermé leur porte et furent établis dans le chAteau , voici venir v. 9196.
nos pierrières, descendues des navires^^^. On les débarqua par morceaux, et le preux
roi d'Angleterre en personne, lui et ses compagnons, portèrent sur leurs épaules,
nous le vîmes, les bois des pierrières, tous à pied, le visage couvert de sueur, près
d'une lieue par le sable, chargés comme chevaux ou juments. Enfin voilà les pier-
rières dressées et remises aux connétables. L^e roi en commandait une, qui donna
l'assaut à la grande tour; les Normands, gens courageux, avaient la leur pour eux, et
les Poitevins, tous ensemble, en avaient une. Toutes les trois lançaient des pierres
contre le château; les Turcs en prirent grand'peur, bien qu'ils dussent se fier à la
force du château et à l'abondance de leurs provisions. Mais le roi faisait attaquer nuit
et jour sans arrêter, et il leur donnait tant de peine qu'ils ne savaient plus où ils en
étaient. 11 y avait dans le Daron dix-sept que tours que tourelles, belles et fortes; il y
avait une grande tour qui dominait les autres et qui était plus solide. Tout autour, il y
avait un fossé profond, qui d'un côté était pavé, tandis que de l'autre c'était le roc
vif; mais la peur troublait les Turcs, qui voyaient qu'ils ne pouvaient fuir. Le roi
Richard fit creuser sous terre très subtilement, si bien qu'on arriva jusqu'au pavé et
que, par force, on le brisa. Ensuite ils creusèrent le mur(^\ jetant derrière eux la,
terre. Les pierrières lançaient toujours contre les Turcs; elles leur brisèrent un man-
^*) La lacune, d'après le latin, doit être d'au moÎDS dnq vera; le poète y racontait la sortie des Turcs, qui,
après une escarmouche, rentrent dans le chAteau.
('' Il faut interveKir les vers 9197 et 9198.
^^ Le mur est ajouté dans le texte d'après le latia.
U
433 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
gooaeau qu'ils avaient dresse sur la mattresse tour, ce qui les découragea beaoeoup.
Voilà un château attaqué de bien des manières. Les Turcs se défendaient aux créoêMn
et aux meurtrières et frappaient nos gens au visage, car leurs dards pleuvaient 4ni; .
mais dès qu'ils bougeaient, nos arbalétriers, qui les guettaient à découvert, lirnoof
sur eux(^), et ils en frappaient et blessaient tant qu'ils osaient à peine se remo^et qiilb
n'étaient pas è leur aise. Bientôt la porte fut fendue et brâlée par le feu et abattue f&t
la grande pierrière du roi. Alors ils furent vigoureusement attaqués, mis en désoféi^
et mal en point, car on leur donnait tant de peine nuit et jour qu*ils en perdaient bMM
le courage.
Y. 9363. Le roi Richard et les siens assiégeaient ainsi le Daron; pendant trois jours, nuit fBft
jour sans arrêter, ils continuèrent l'attaque. Le quatrième jour, qui était un vendredKv
les Turcs virent qu'ils ne pouvaient plus résister ni endurer les grands assautu fpà les
décourageaient, que beaucoup de blessés gisaient par le château, qu'on les Mtaqnil ,
sur terre et par dessous terre, et que le roi était sur le point de les prendre. Akwiy.
sans attendre davantage, ils songèrent k leur salut, et firent dire au roi Ridiàrd, par
trois Sarrasins, qu'ils se rendraient à telles conditions qu'ils s'en iraient la vie amft
avec leurs femmes et leurs gens. Le roi leur dit de se taire, et de se défendre i^iIb (10a-
valent. Les voilà rentrés dans le château. A ce moment, la grande pierrière att^gpîtel
heurta une tourelle, ce qui empira beaucoup leur affaire, si bien qu'elle tomba aôr^ b
maîtresse tour : Dieu le voulut et cela arriva ainsi; die était toute rainée par deton»»
et leurs gens s'étaient caifuis. Noe gens s'élancèrent de tons cMés, s'armèrent, etlèi
attaquèrent; et les Turcs se retirèrent tous ensemble, ou peu s'en faut, dia» la
tresse tour. Mais ils firent là une grande malice : ils coupèrent les jarrets dé
chevaux pour que les chrétiens ne pussent les. prendre et ^en servir. Les nètras
tèrent dans le château, et voici ceux qui y entrèrent d'abord : le premier fut Segnn
Barré, et on écuyer appelé Espiard n'était pas loin de Seguin; le troistème (ml Kem
le Gascon, et il dut y en avoir d'autres dont je n'ai pas pu savoir tea non». Pas y
entrèrent les bannières de toutes sortes : la première fut celle d'Etienne de hoÊ^gàmmfi
qui n'était pas entière, mais était dépecée fortement; après celle-là y fut dteaaéa mit
du comte de Leicestre; sur le mur à droite fut mise celle d'André de QMvigni, #^ i
côté d'elle, fut plantée celle de monseigoeur Raimond, fils du Prince; ceux dbOèMt
et de Pise en avaient aussi de plusieurs sortes. On dressait nos banmàrei for lii
.murs et <mi jetait bas les leurs; vous auriex vu là égoi^er les Turcs M les t2ÊrÊm9»é$
haut des remparto, les attraper et les retenir, les frapper et ies tuer, si bien qaA^
(') Gepi8aage(v. 9a5o«9sSt)e8taltM; on ae voit pas à (|m as vtpp«rtCAk leamott: Uffêêmëêmm
cela doit s'appliquer aux Turcs (car il s'agit sans doute des largos à Vtbri daaquelief \m
la muraille), mais ne va pas avec le contexte.
^*) 11 faut lire au vers 9391 qu'en au lieu de que.
lî'âiia/.
L^HISTOIRE DB LA GUBRRE SAINTE. A88
le château, c*est la vérité, on en trouva soixante de morts : c'étaient ceux qui avaient
manqué la grande tour, qui n'avaient pas pu s'y réfugier à temps.
Les Sarrasins étaient dans la maîtresse tour; ils regardaient autour d'eux. Ils virent V. 9335.
leur château pris, leurs compagnons saisis et tués, et ils virent qu'on disposait déjà
et qu'on apprêtait les targes contre la tour, pour entamer la muraille par dessous
pendant qu'eux étaient au-dessus , et que l'émir qui devait les secourir, Sar-
rasin très renommé qui s'appelait Gaîsac, les laissait à l'abandon. Quand ils virent
clairement qu'ils ne seraient pas secourus, ils se rendirent au roi Richard le vaillant,
sans condition, comme captifs et esclaves, pris, vaincus et abattus. Il y avait bien là
quarante chrétiens, retenus et liés, qui eurent [ainsi] la vie sauvée et garantie. Le roi
fit garder et surveiller ces Turcs dans la tour toute la nuit du vendredi, et le samedi
matin, veille de Pentecôte, la haute fête, il les fit tous descendre du château et, sans
plus attendre, il les arrangea de telle sorte qu'il leur fit lier les mains derrière le dos
si étroitement qu'ils en poussaient de grands cris. Ainsi fut pris le Daron, au grand
honneur de ceux qui le prirent, qui auraient été bien fâchés et courroucés s'ils ne
l'avaient pas pris avant l'arrivée des Français.
Voici venir éperonnant , avec le comte Henri , les Français , qui croyaient bien y arriver V. 937/i.
à temps; mais ils venaient trop tard. Le roi alla avec les siens à la rencontre du v, ^l.
comte son neveu. Que vous dirai-je? Ils se firent grande, fête, et le roi, en présence
de tous, donna le Daron au comte et l'étrenna de sa conquête. Nous nous reposâmes
là le jour delà Pentecôte; le lundi, nous nous dirigeâmes versËscalone, et, en passant
par Gadres, nous arrivâmes droit à Furbie. Le roi et les »ens y passèrent la nuit, et
les autres poussèrent jusqu'à Escalone, où les Français menèrent grande fête.
Un peu après, à Furbie, vint au roi d'Angleterre un espion qui était allé épier les v. 9395.
Sarrasins du côté du Figuier. Il dit qu'il savait certainement qu'il y en avait, au v. lu.
Figuier, mille ou plus, avec Caïsac, qui mettaient le château en état de défense contre
les chrétiens. Sans plus attendre, le preux roi monta à cheval avec tous les siens. Us
couchèrent cette nuit-là à la Cannaie des Etourneaux. Le lendemain, par une belle
matinée, ils partirent au soleil levant et arrivèrent jusque devant le Figuier, que les
Turcs devaient défendre contre eux; mais ils ne le défendirent pas : on n'y trouva que
deux Turcs, qu'on emmena; les autres, avant de partir, avaient abattu et fendu les
portes avec le feu grégeois et étaient partis au plus vite, abandonnant le château, en
apprenant l'arrivée des chrétiens; car ils s'étaient rappelé le Daron, dont ils avaient
eu des nouvelles : ils savaient qu'il était pris et que leurs gens étaient perdus. C'est
pourquoi ils abandonnèrent le château, et nos geùs, arrivés devant, le trouvèrent
sans garde. Us montèrent sur les collines avoisinantes pour voir s'ils trouveraient
quelques Turcs à attaquer; mais comme ils n'en trouvèrent pas, ils rentrèrent au
gtte et revinrent tout droit à la Cannaie des Etourneaux.
36.
iU UHISTOLBE DE LA GUERRE SAlNtÊ.
V. 9^i33. L'ost campait à la Gannaie, si je suis bien informé, après être reveHufe du Figoiert
V, iLii. Là) dit celui qui raconte l'histoire, vint au roi un messager, habitant de Bon pays:
c'était un clerc, Jean d'AIençon. U dit au roi que toute l'Angleterre était ea discorde^
en trouble et en guerre, à cause de ses barons et de son frère, qui ne voulait^ quoique
lui dit la reine sa mère, faire que sa volonté, et que les affaires prenaient imeai
mauvaise tournure, grâce au roi de France qui envoyait en Angleterre des mefl8fl^[Bif
au frère de Richard pour ie détourner de la bonne voie et l'allier avec lui , qu'il osaitjHOtt
affirmer que, s'il ne s'en revenait pas promptement, sa terre serait* bient6t enlevée :&
ceux à qui il l'avait confiée; et c'est bien ce qu'il trouva quand il revint : encore woir
jourd'hui, on voit les maux qui en sont provenus, particulièrement dans la Normaiidie«
qui en a été appauvrie et ravagée. Quand le roi entendit ces nouvelles, qui n'étaieiit
ni belles ni bonnes, il fut pensif, morne et abattu, et il se dit à lui-même : «Si .ta ne
te retournes pas maintenant, vraiment, tu as perdu ta terre. 79 Le voil^ tout éperda dent
ses pensées. Enfin, il dit résolument qu'il allait partir pour tout de bon. Quand née
gens l'entendirent, sachez qu'ils ne s'en réjouirent pas. Les uns, dans l'ost, savueat
ces nouvelles; les autres ne tes connaissaient pas. L'un disait : «11 s'en ira.»L'Mlxe
disait : «Il ne le fera pas. 99 Ses ennemis le souhaitaient beaucoup, mais ses amis lie le
voulaient pas, car son honneur aurait été fort abaissé s'il avait quitté la terre aatrei^
ment qu'il ne le devait, et s!il ne lui avait plus fait de bien.
V. 9681. Pendant qu'ils étaient là, tous les barons s'assemblèrent. Français, Normands^
V, xLiii. Poitevins, Anglais, Angevins et Manceaux. Ils délibérèrent sur ce qu'ils devaient fttit*
Enfin ils dirent tous que, quoi que fit le roi Richard, 01^ qu'il allât et quoi qa'U dll|
ils iraient tous ensemble i Jérusalem. Je ne sais qui s'échappa du conseil, vint ani
gens de l'est et leur raconta que, dans cette délibération, les hauts honmies etlea
comtes avaient tous dit qu'on assiégerait Jérusalem. Voilà dans l'ost une grande joie
chez les grands et chez les petits, une telle espérance, une telle allégresse, m lèl
allégement et une telle gloire qu'il n'y avait personne, grand ou petit, jeune oil vieWt
qui ne menât une joie désordonnée, excepté seulement le roi. Il ne se réjouit pbifll}
au contraire, il se coucha tout affligé des nouvelles qu'il avait apprises. Quaiit au
gelis de l'ost, ils étaient tellement en liesse qu'ils se mirent à danser et ne se.tMt
chèrent qu'après minuit. . î^;^ »
V. 9509. En juin, quand le soleil à son lever détruit la rosée, quand tout se réjouit dttiaj^
V, iLiT. monde, l'ost, quittant la Cannaie, se mit en marche et descendit par les plainee.vefa
Ibelin de l'Hôpital, à côté d'Hébron , qui esl près de la vallée où naquit Mainte Anne^ia
mère de la vierge sainte qui fut mère et servante de Dieu. Là je vis l'ost toiii. ei|
liesse pour l'engagement qu'on avait pris d'aller vers Jérusalem et de l'assiéger; flnM
bien des gens, pauvres et riches, la désiraient ardemment qui n'y entrèrent japMW^
Ecoutez ce qui leur arriva là, un étrange martyre et une dure persécution «Jlvini.dÉÉI
u
■»
'1
1
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. A35
IW des moucheroDS, ce que nous appelons des cineeneUes, qui étaient petits et menus
comme des étincelles. Ils étaient dans le pays, et quand ils rencontrèrent Tost (ainsi
m'aide saint Gélerin), ils mordaient les pèlerins aux mains, au cou, à la face, au front
et h la gorge, si bien qu'il n'y avait pas un espace de la largeur de la main oh il n'y
eât partout de petites bosses causées par la morsure de ces moucherons. Chacun,
vieillard ou jeune homme, ressemblait à un lépreux, et il leur fallut se faire des
masques pour couvrir leur cou et leur visage. Ils souffrirent là cette peine; mais ils se
réconfortaient toujours par la pensée de ce qu'ils avaient entrepris et par l'espérance
qu'ils avaient sûrement. Le roi était toujours triste et pensif des nouvelles dont je vous
ai parlé. Il pensait toujours dans sa tente, et ne faisait autre chose.
Un jour que le roi était assis dans sa tente, pensif et silencieux, il vit passer devant v. 95r»:{.
l'entrée un chapelain de son pays. C'était Guillaume de Poitiers, qui aurait bien voulu v, xu
parler au roi s'il avait osé lui adresser la parole. Mais il n'osait rien lui dire, car il
n'en trouvait ni le lieu ni l'occasion. Le chapelain pleurait à chaudes larmes et était
en grande douleur; mais il n'osait pas dire au roi ce que les gens de l'ost disaient de
lui et ce dont on le blâmait : c'était qu'à cause des nouvelles d'Angleterre il voulait
laisser la Terre Sainte pauvre, sans secours et sans appui, avant de l'avoir remise en
bon état. Le roi appela le prêtre et lui dit : «Par la foi que vous me devez, dites-moi
«la vérité. D'où vous vient ce chagrin dont je vous ai vu pleurer? Dites-le-moi sans
«retard.?? Et le prêtre, sans attendre, lui répondit doucement, tout en pleurant ; «Sire,
«je ne vous le dirai pas avant que vous m'ayez assuré que vous ne m'en saurez pas
«mauvais gré.?? Et le roi l'en assura par sa parole, et lui jura que jamais il ne lui en
voudrait d'aucune façon et à aucun égard. Alors il lui dit : «Sire, on vous blâme*
«et par toute l'ost court le bruit de votre retour. Puisse ne jamais venir le jour où vous,
«exécuteriez un tel dessein ! Puisse-l-on n'avoir jamais à vous le reprocher ni près ni
«loin, ni ici ni ailleurs ! Roi, souviens-toi des grands honneurs que Dieu t'a faits si sou-
« vent et qu'on racontera toujours; car jamais un roi de ce temps ne souffrit moins de
«dommage que toi. Roi, rappelle-toi ce que l'on raconte, quand tu étais comte de Poi-
« tiers, que tu n'as pas eu un voisin si puissant, si renommé ou si habile, quand il t'a fait
«la guerre, que tu n'aies vaincu. Souviens-toi des grandes discordes et des bandes de
« Brabançons que tu déconfis si souvent avec peu de gens et de ressources. Souviens-toi
«de cette belle aventure de Hautefort, que tu délivras quand le comte de Saint-Gilles
«l'avait assiégé, et tu le défis et le repoussas honteusement. Souviens-toi de tonj*oyaume
'^que lu acquis en paix et sans obstacle, ce qui n'était arrivé à personne [avant toi], et
«sans avoir besoin de revêtir tes armes. Souviens-toi de tes grands combats, de tous les
«gens que tu as vaincus, de Messine que tu as prise, des grandes prouesses que tu (is
«quand tu domptas les Grecs, qui avaient pensé te prendre en bataille, au lieu que Dieu
«te délivra et les couvrit de honte. Rappelle-loi l'exploit de la prise de Cypre, où Dieu
436 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
"te montra sa libéralité, quand tu fis en tguinze jours cette conquête, que peisftuia
«n'osait entreprendre, parce que Dieu t'en donna la force, et de l'emperear qne-ta
R mis en prison. Roi . prends garde au pi^e oà tu vas tomber. Souviens-toi de ce grind
•T navire qui serait entré dans Acre si Dieu ne te l'avait pas fait rencontrer, que tes gaUm
«prirent avec huit cents hommes armés, quand lu noyas les seipents qu'il porUiL
K Rappelle-toi combien de fois Dieu t'a aidé et t'aide; souviens-toi d'Acre et dn li^o
« oîi lu vins à temps pour prendre la vilte, où Dieu te ât dépenser tant que la v^ ht
^rendue. Bon roi, n'as-tu donc pas compris pourcjuoi la maladie qui régnait pondMt
nie siège, la léonardie, t'a épargné, tandis que les autres princes en mouraient «api
«que les médecins pussent les secourir? Roi, aie bonne mémoire, et protàge c^to lene
«dont Dieti t'a fait le gardien, car il l'a remise tout entière à toi quand l'aiilre roîVea
«est allé. Souviens-toi des chrétiens que tu as délivrés au Daron, que lea Twiji
((emmenaient et qui s'en allaient en captivité, quand Dieu t'y fil venir it point Roi, tp
((devrais bien songer sans cesse à toutes les bontés que Dieu t'a montrées, et qai (éalt
K fait monter si haut que tu ne crains roi ni prince. Roi , souviens-toi du Daron qw tn
«pris en quatre jours : il ne t'en fallut pas plus. Souvien»-loi du grand danger okM
«mirent les ennemis quand tu t'endormis pour tes péchés, et comment Dieu t'es t|nu
«Nous voilà tous livrés à la mort. Tous, grands .et petits, tous ceux qui aîmeal inHi
«honneur disent que vous étiez le père et le frère de la chrétienté, et que à ww'k'
«laissez maintenant sans secours, elle est morte et trahie.» ' -
Le clerc avait terminé son discours et fait ainsi au roi une leçon et un sramMHle
roi ne lui avait tlit mot, et ceux qui étaient assis dans la tente n'ouvrirent pas aoofihf
la bouche; mais le roi réfléchit à ce qu'il avait entendu et le jour se Gt dam »tm9h
prit. Le lendemain, voici revenir l'ost, h l'heure de none, devant les portes* d'BseiJwi.
(ihacun croyait, les barons et toute l'ost, que le roi allait faire ses pr^aratifi» et ^flR
retourner; mais il avait changé d'idée, car il avait été averti par Dieu d'abordvîft
ensuite par le prêtre, qui lui fit voir la vérité sur sa situation. Si bien (i qurâ itoa
vous en dire plus long?) qu'il dit à son neveu le comte, au duc de fiou^gne edin
barons que, pour aucune autre affaire, pour aucun message ou poUr aucune MHr
velte, pour aucune querelle terrienne, il ne s'en irait, et qu'il n'abandonnerait [Mtf le
pays avant Pâques. Il demanda Philippe, son crieur, celui qui faisait ses baas, e^ tt^fil
crier par Escalone, au nom du Tout-Puissant, que le roi disait déâdéoieiit et-aflb'
mail en personne qu'il resterait jusqu'à Pâques dans le pays sans en paTtîr,st qtM-M*'
Re tinssent prêts, avec les biens qu'ils tenaient de Dieu, pour (Jler i J^nwdM-«t
l'assiéger. ,,:,.
<') Le oral bannu, »ii vcra 9699, eal évidemment dénué de sens. Le Utin dili i
la bonne lefoo etl-elle baiilei; ce rool, qui ngaifie frenceinle eilérieilren, ne k Irotite pM
^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 437
Quand les gens entendirent ce cri, ils en furent réjouis comme Toiseau l'est du jour. \ . 97.^ 1 .
Tous se préparèrent aussitôt; chacun de son côté s'adressait h v. ilv»
Dieifen haut dans le ciel et disait: «Dieu, nous pouvons bien vous adorer, vous re-
«mercier et vous rendre grâce! Enfin, nous verrons votre ville, que les Turcs ont trop
ft longtemps possédée; nous bénissons maintenant notre attente, notre séjour, les soucis
«que chacun de nous a supportés et la peine qu'il a soufferte. » Vous auriez vu là des
gens pressés et heureux de s'équiper; et les petites gens étaient si entrain que chacun
portait ses vivres à son cou et disait avec vérité qu'il en portait assez pour un mois,
tant ils désiraient mettre à fin leur entreprise. Que vous dirais-je ? Celui qui sert Dieu ,
rien ne lui coûte.
Ce fut après les fêtes de la Pentecôte, le samedi, si je ne me trompe, que l'ost fut v. iyjiib.
réunie, comme je l'ai dit, et tirée d'Escalone, d'où l'on n'eut pas de peine à la faire sortir, v, >tu.i(
car tout ce qu'on faisait agréait et plaisait à chacun. L'ost se mit en roule le matin,
et je ne crois pas qu'on en ait jamais vu une plus vaillante ni mieux équipée. Ce jour-là
ils avancèrent peu , à cause de la chaleur. On vit là des gens de haut rang faire œuvre
d'humilité, d'honneur, de charité et de courtoisie; car ceux qui avaient des chevaux
ou d'autres bétes de somme y faisaient monter les pauvres pèlerins et allaient à pied
après eux , hauts hommes et bacheliers. Que de belles et riches bannières vous auriez
vues là flotter au vent, et que de beaux pennonceaux! Que de fils de bonnes mères, que
de parents, frères et neveux! Que de gens armés jusqu'aux poings^ que de bons hau-
berts et de bonnes cottes, que de lances et d'épieux, que d'épées étincelantes, que de
beaux sergents de bonne mine ! On n'en vit jamais autant du temps de nos aïeux. On
voyait là cheminer tant de gens, tant de chevaux de toute robe, tant de mules et de
mulets, tant de chevaliers preux et sftrs qu'à mon avis ils auraient pu attendre quarante
fois autant de Turcs. Ils chevauchèrent et avancèrent si bien qu'ils passèrent uu('
rivière d'eau douce et que devant la Blanche Garde, sous la protection de Dieu, l'ost
campa cette première nuit. Le dimanche moururent dans l'ost un bon chevalier et
un preux sergent, dans l'espace de moins de deux arpents, de deux morsures de ser-
pents: Dieu reçoive leurs âmes, car ils moururent en voyageant pour lui!
Nous restâmes là deux jours; le troisième nous en partîmes, et l'ost s'avança à rangs y. ^-ç^;.
serrés, remplissant les chemins de gens aimés de fer, et arriva sans encombre et sans ren-
contrer personne droit au Toron des Chevaliers. Nous y couchâmes one nuit, et le len-
demain nous ne partîmes qu'après avoir mangé : alors le roi délogea avec ses gens, prit les
devants en personne, et bientôt planta sa tente à quelque distance du Châtel-Ërnaud .
à droite sur la hauteur. Le lendemain y arrivèrent les Français et les autres, et on
avança jusqu'à Betlenubic. Le temps était beau et clair. L'ost se reposa, là d'où elle
était venue en hiver, pour attendre le comte Henri, et je vous dirai pourquoi : le roi
l'avait envoyé à Acre aux gens insoumis qui ne voulaient pas venir dans l'oât, et, à
V. ILIZ
/i38 L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
cause de celle affaire, il nous fallul resler là un mois ou plus, près du pied de la mon-
tagne par oh passaient les pèlerins quand ils voulaient s'en revenir de la sainte cité
que nous avions perdue. Pendant le temps que nous restâmes dans cette vallée/il
arriva plusieurs aventures fâcheuses que nous voyions se passer, mais nous étions
obliges de nous contenir. Un jour il arriva qu'un espion, de ceux qu'on envoie pour
s'informer, descendit de la monjoie^^^ au roi, et je l'en vis revenir la figure joyeuse. Il
dit qu'il était sûr qu'il y avait des Sarrasins dans la montagne, qui surveillaient et
gardaient les chemins à cause de l'ost. Le preux roi monta avant le jour, et celui qui
nous le raconta était avec lui. Il alla chercher les Turcs, à leur dam, jusqu'à lafon-*
taine d'Emmaûs. Il les surprit au lever du jour, et il en tua vingt; il prit le crieur de
Salahadin, celui qui faisait ses bans : ce fut le seul qu'il épargna. Il y gagna trois cha-
meaux, de beaux Turcomans et de belles mules bien chargées de riches vêtements M
portant, dans des sacs, des épices et de l'aloès. Il poursuivit les Sarrasins à travers les
montagnes et, dans une vallée, il en atteignit un qu'il renversa mort de son chevd:
quand il eut tué ce mécréant, il vit en plein Jérusalem. On nous raconta qu'ils eurent
une telle peur à Jérusalem que, si le roi avait eu l'ost avec lui et qu'on l'eût fue^
Jérusalem aurait été délivrée et serait revenue au pouvoir des chrétiens; car tous les
Sarrasins, croyant que l'ost arrivait, sortirent de la ville et s'enfuirent, et on afiit
beau les menacer et les contraindre, il n'y en avait pas qui osassent rester dans I4 viUa
et la défendre. Salahadin avait déjà commandé qu'on lui apprêtât son meilleur chevdt^
car il n'osait plus rester là, quand il sut par un espion que la grande ost n'artimi
pas, car* ce n'était pas le plaisir de Dieu qu'elle fût, pour celte fois, si bien adressée»
V, 9885. Ce jour même (on le sut certainement) que le roi avait fait son expédition,* al
qu'il avait mis leurs gens en désordre, deux cents Turcs descendirent de la montagw
dans la plaine vers les tentes des Français; ils attaquèrent le camp avant que penoDÎM
eût bougé, et déjà avant ils nous avaient tué près du camp, c'était grand'hoate* 4mk
sergents qui étaient allés fourrager. Les Français accoururent, les Templiers «1 les
Hospitaliers, aux cris des sergents, mais trop tard. Les Turcs tinrent bon contfa eu^
appuyés à la montagne, car ils ne se risquent pas dans la plaine; mais ils se raUi^mt
si bien qu'ils jetèrent mort un chevalier, ce dont les Français furent graD^knSent
blâmés. Prouesse vaut mieux qu'or ni baume, et une grande prouesse fut faite là par
un chevalier de l'Hôpital, et un beau fait d'armes, s'il n'avait manqué aux r^;les dk' son
ordre; mais son courage l'emporta. Il s'appelait Robert de Bruges; il était vénn en
toute hâte aux cris, et il avait déjà dépassé l'étendard et s'était éloigné de ses fiArër
(^) et qu'ils ne se séparassent pas dé Fosf
(0 Voyei au Glossaire Texplicatioa de ce mot
^') La lacune contenait visiblement l^indication de la défense qui avait été faite aux Hospîtaltiri fÊt k Mal
de combattre isolément.
V. ti.
LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &39
Mais il fut si emporte par son ardeur qu'il se sépara des autres. Sur un cheval d'une
merveilleuse vigueur, qu'il avait, il se lança droit sur un Turc qu'il avait choisi, le
voyant fier et richement armé. Il arriva d'un si grand élan, tenant en main une forte
lance, qu'il lui perça son casingan jaune, et lui en mit une aune dans le corps; il eut
cette belle aventure. Le Turc tomba mort; mais son corps ne fut pas abandonné. Là*
dessus arriva en toute hftte le Mattre de l'Hôpital, Garnier, le chevalier courtois. Il
dit au frère : «(Descendez de cheval, frère, et apprenez comment vous devez observer
«(votre ordre. ^ Il lui fallut venir à pied jusqu'à la tente de l'Hôpital, et il resta là à
attendre son sort. Enfin, de hauts hommes supplièrent le Mattre; et, s'agenouillant
devant lui, lui demandèrent un don, qui était de pardonner au frère son infraction à
la règle, à cause de la prouesse qu'il avait faite, tant qu'il en eut pitié : «Mais, dit-il,
«(qu'il ne s'en avise plus!»
^^^Up mardi , si je ne me trompe, devait venir en l'ost notre caravane bien bar- v. 9967.
nachée et toute chargée de vivres, et ce jour-là, à ce qu'on nous raconta, devait la ^. «•"•
conduire monseigneur Ferri de Vienne : il remplissait cette charge en place du comte
Henri, qui devait conduire l'arrière^arde , et qui avait été envoyé à Acre. Monseigneur
Ferri avait prié Baudouin le Garon et Glarembaud de Montchablon de protéger la cara-
vane ce jour-là à sa place, pour que les gens ne fissent pas de folies; mais ils en firent,
et il y en eut qui le payèrent. Là étaient Manessier de Lille, qui avait un cheval gris
pommelé, Richard et Tierri d'Orques, qui remplaçaient Ferri, Philippe et les compa-
gnons de Baudouin le Garon, Oton et plusieurs écuyers, qui furent avec eux au moment
du combat : ils étaient leurs parents et leurs amis, et le leur montrèrent au moment du
danger. Geux de la grande bande, qui ne craignaient rien, marchaient à l'aise, comme
des gens qui n'ont pas de fardeau. Geux qui venaient derrière étaient chargés, et tandis
que ceux de devant allaient grand train, les autres, en gens preux et sages, les suivaient
tout bellement. Voilà que d'une embuscade sortirent les Turcs à cheval, qui se lancè-
rent à toute bride, à qui mieux mieux, sur ceux de l'arrière-garde; montés sur des che-
vaux rapides, ils se jetèrent si vivement au milieu du convoi qu'ils le rompirent. Là,
Baudouin le Caron fut renversé de cheval , mais il avait un cœur vaillant : il mit la
main à sa bonne épée, que les Turcs sentirent souvent et redoutèrent ce jour-là. Dans
cet engagement, ils abattirent Richard d'Orques, puis Tierri; Baudouin se défendit
si bien que les siens le remirent sur un cheval pris à l'ennemi. Vous auriez vu là de
rudes assauts, des coups bien portés et bien évités, des épées flamboyantes, des faits
d'armes intrépides, plus d'une belle et dangereuse rencontre, et bien des chevaux à la
selle vide. Les Turcs se lançaient sur les nôtres, qui se défendaient du mieux qu'ils
^'^ Il manque ici quelques vers (voyez le Utin) racontant la fin du combat où le comte du Perche joua un
rôle peu brillant et où Tarrivée de Tévéqued? Saliibury empêcha ff€uia une défaite.
35
fi&O L'HISTOIHE DE LA GUERRE SAINTE.
pouvaient. Quand les Turcs en abattaient un, ics autres se faisaienl jour au miiiea dé .
la presse et le remettaient à cheval : îis s'entr'aidaient comme de braves geiU' Uai» h
partie n'était pas ëgale, car les nfttres étaient comme noyés au milieu d'eai; aussi M
ne peut nier que plusieurs comtes n'aient été renversés et qu'ils n'aient beaucoup vont*
fert, car les dards des Turcs volaient et faisaient grand mal aux chevaus. Un de cm
coups fît de nouveau perdre son cheval èi Baudouin ; il fit descendre un sien sci^etft
qui ii'était vaillamment défendu; Baudouin monta sur le cheval, et il raconta bài*
môme que, bien peu de temps après, il vit couper ta tête à celui qui le lui avait prMt
Ils étaient U ainsi retenus. LÀ (iit pris Philippe, le compagnon de Baudouin, tpi
gagna grande estime de la part de tous ceux qui y étaient. Ils emmenèrent auffit , net
Philippe, un brave sergent qu'ils prirent de force, et ils tuèrent le frère de Richard*
La bataille élaît terrible. Ils étaient là en champ clos, Baudouin et aes compagnoni
Clarembaud de Montchablon les avait abandonnés et s'était enfui bri{le abattue d^
qu'il avait vu venir les Turcs. Baudouin luttait toujours; il fut de nouveau renreni,
et il reçut tant de coups de masse qu'il en fut presque tué; le sang lui sortait pari»,
nei et par la bouche; son épée était tout émoussée*, ébréchée et brisée; alors, éloTHll
la voit, il cria au preux Manessier de Lille, qui était habitué h vaincre les Tara i
aManessier, m'abandonnerez-vous?» .Monseigneur Manessier n'hésita pas : il alla i n
rescousse. Il accourut là tant de Turcs qu'ils renversèrent Manessier du dievaJ; ik k
battirent et le blessèrent tant qu'ils lui coupèrent le gros os de la jambe jusqa'iiv
moelle. Baudouin et lui avec étaient perdus au milieu de cette presse, quand Dûn
leur envoya le preux comte de Leicesfre, qui n'avait [)as su è tempe leur affaire. Ia'
comte, arrivant la lance en arrêt, frappa un Turc si durement que le Sarrana ndbalk
par-dessus le cou de son cheval, et Ançon, compagnon d'Etienne de Longcbamp, W
trancha la télé, qui vola à (erre. Monseigneur Etienne se conduisit vaillamment i^i* al
plus tard. Quand la nouvelle de ce combat fut connue, nos f;ens grossireot tant ^a^ '
les Turcs, voyant leur nombre s'accroître, s'enfuirent vers ta montagne, excepttf'MU
qu'on put atteindre. On plaça doucement sur les chevaux nos blessés «|ui fpuient Iti
el on ics ramena dans l'ost. Ainsi alla cette aventure, qui mérite bien d'être écrite.
Trois jours avant la Saint-Jean, pendant que l'ost était en repos, on lui i^p«fftt
une nouvelle qui lui fut une grande consolation. Un saint abbé l'apporta et consola tMt
le peuple. C'était l'abbé de Saint-ËUe, qui ne vivait que de pain et de raves; il a«aîl
une grande barbe qu'il avait laissée croître; il ressemblait bien à un saint honuBc. Udil
au roi qu'il savait un lieu, qu'il gardait depuis longtemps, oh était cachée une ersil
dont Dieu lui avait confié la protection. Il y avait dedans un morceau de la eùMi
croix, qu'on avait dépecée en plusieurs parties; et ce bon chrétien, qui n'était pas trop
vieux , l'avait tout seul mise et cachée là jusqu'à ce que In terre fât reconquise. Il anïl
payé cher son courage, carSalahadin la lui avait plusieurs fois demandée; asûrdiU
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 4At
avait su le tromper; cependant, il l'avait tourmente à cause de cela et l'avait fait lier
étroitement; mais, quelque mal quon lui fît, rien ne put le décider h la rendre ni
à dire où elle était : il soutint qu'il l'avait perdue lors de la prise de Jérusalem.
Quand le roi se fut bien enquis de cette affaire» il fit monter le saint abbé dont je
vous parle , il monta lui-même avec ses barons et beaucoup de bacheliers : ils se mirent
en route bien rangés et suivirent l'abbé ^^^ jusqu'à l'endroit dont, je vous ai parlé, oii
cette croix était cachée. Ce jour-ià, elle fut bien exaltée, car tant de gens allaient la
baiser qu'on ne pouvait les calmer. On l'apporta dans l'ost» qui en fut toute réconfor-
tée, et on pleura bien des larmes en l'adoranL
Il y avait déjà quelque temps que cette croix avait été exaltée et avait répandu dans v. 10137.
l'ost une grande joie; alors les pauvres gens de i'ost commencèrent à parler, disant : vi. i.
tcDieu! beau doux sire, que faisons-nous? que fera-t-on? Irons-nous à Jérusalem?»
Bref, ils se plaignirent tant que le roi et les hauts homnaes le surent et en parlèrent
ensemble, et délibérerai de plusieurs façons pour savoir ce qu'ils déciderai^it et s'ils
iraient à Jérusalem. Les Français requirent le roi plusieurs fois et lui dirent, au moins
plusieurs d'entre eux , qu'ils seraient d'avis d'assiéger la ville sainte. Le roi dit : k Ce n'est
91 pas possible. Jamais je ne serai le chef d'une expédition dont je serais blâmé ensuite,
91 et peu m'importe si on me le reproche maintenant. Sachez bien que n'importe où aille
« notre ost» Salahadin connaît notre marche et les forces que nous avons. Nous sommes
«loin de la mer, et si lui, avec ses Sarrasins, descendait dans les plaines de Rames et
«nous coupait de nos vivres, si bien que nous ne pussionaplu» nous en procurer, ce ne
«serait pas une bonne affaire pour ceux qui seraient au siège; je crois qu'ils en seraient
«victimes. Puis l'enceinte de la cité, à ce qu'on m'a dit d'une manière certaiae, est si
«grande de tous côtés qu'il faudrait y avoir tajit de genfi ^^^
« que nous ne pourrions secourir l'ôst si elle était attaquée par les Turcs : elle serait
«défaite et perdue. Et si je menais l'ost, et que j'assiégeasse Jérusalem dans ces condi-
«tiens, et qu'il arrivât une aventure fâcheuse pour elle, j'en serais toujours blâmé,
'^ mésestimé et honni. Et je sais bien, sans en douter, qu'il y a des gens, ici et en
((France, qui ont voulu, qui voudraient et qui désireraient beaucoup que je fisse une
«action de ce genre, qui me déshonorerait partout. Puis nous, gens de pays lointains,
«nous ^^) ne connaissons pas les routes, les chemins, les. . . . ^^\ ni les mauvais pas,
«ni les défilés ^^ qui nous permettrait de les
(0 Lates, au vers 10197, ^^' *" ^^ ^® I'aub9.
(*) Lacune d'un vers.
^^) Il faut sans doute Nat au vers 10199 au lieu de Qui
^^^ Le root lanroiz, sans doute altéré, est pour nous iniDtdligiUe. li n^est pas rendu dans le latin.
^*^ 11 manque au moins deux vers. Le sens est : «Nous ne pouvons rien faire de sérieux sans cette connais-
sance, n Le latin dit : Qaibuê cogmiU tutiui ]n'oc§d§nmm et cautiuê, fMAisMM of^tû gatêdtrmtmê êmBpêuîhmê,
35.
nui L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
«vaincre; mais il faut nous conduire par l'avis de ceux qui sont du pays et qui veolàlt
(«recouvrer leurs fiefs, et par le conseil des Templiers, d'accord avec les HospitalitflÉi
(COU de ceux qui ont été d'autres fois dans le pays, qui l'ont connu et qui le connaifMirat
R encore. Je voudrais qu'on s'en rapportât à eux pour décider ce qu'il faut faire, fil W
(( entreprendra le siège, ou si on essayera de prendre Babylone, ou si on ira à Bamt otf
(cà Damas. Ainsi nous nous mettrons tous d'accord, tandis que jamais gens ne fof^t
VI , II. (c plus en désaccord. r> ^^K Enfin on décida que quatre ou cinq Tcn^
pliers et autant d'Hospitaliers seraient chargés, avec des chevaliers de Syrie et autairf
de barons de France, de rétablir la concorde, si bien qu'ils étaient en tout vingt Où
décida qu'on s'en rapporterait h leur serment et à leur loyauté, et qu'on acceptei^ît e$
qu'ils auraient décidé. Après avoir délibéré, ils dirent que ce qu'on pouvait faire m
plus utile pour le pays était de conquérir Babylone. Quand les Français t'appriret^ ^
ils manquèrent à l'engagement et dirent qu'ils iraient au siège et qu'ils n'iraient pii
ailleurs. Quand le roi apprit ce dissentiment, que Dieu ne voulait pas apajser, et ^fi^
sut que c'était à cause des Français, il dit que, si les Français l'avaient cru, ils 9&ewM
partis pour Babylone. «Voyez, dit-il, ma flotte est toute prête à Acre, où je l'ai ttlifi
(cen état de porter leur équipement et tout ce dont ils ont besoin, le biscuit <tf It
cr farine. L'ost serait allée le long du rivage, et j'aurais mené à mes frais, d^iei jiM(^
(^ là, sept cents chevaliers et deux mille sergents. Et, en outre ^ ils peuvent être sAra^pHl
((jamais mon argent n'aurait fait défaut à aucun prudhomme. Puisqu'ils ne Teillettt
(cpas le faire, je suis tout prêt à aller au siège; seulement, par saint Lambert étf
(i Liège, qu'ils sachent que je ne les conduirai pas : je ne ferai que les accompagMr.f
Il ordonna aussitôt que tous ses gens s'assemblassent dans la tente de THApHal^^et
que là ils décidassent quel secours ils donneraient pour le siège, si on allait à JéntiHl^
lem. Ils vinrent là et s'assirent, et firent de riches promesses : tel offrit largement <^
avait bien peu dans ses coffres; mais, s'ils avaient attaqué la ville à ce monieiitv4i
auraient fait une entreprise trop folle, après que ceux qui avaient juré de leur *éiNf
la vérité le leur avaient en bonne foi déconseillé.
V. 10367. Pendant qu'ils étaient ainsi occupés à promettre ce qu'ils devaient donner pour id
VI, m siège, voici que Bernard l'espion revint de Babylone avec deux autres Barbaifsi
comme lui, habillés en Sarrasins. Ils ne servaient pas à autre chose qu*à épier '^Mt
ennemie, et je peux bien vous dire que jamais je n'ai vu de gens qui resseinblaflfiiskf
plus à des Sarrasins et qui parlassent mieux sarrasinois. Chacun d'eux, lors de leur
départ , avait eu du roi Richard trois cents marcs d'argent. Ils dirent au roi qu'ii i6
hâtât de monter a cheval avec ses gens, et qu'ils le mèneraient jusqu'aux caravailei
qui venaient, bien chargées, du côté de Babylone et qu'ils avaient épiées. Dèàque lef9t
(0
Lacune dans doute de quatre vers , oà l^on disait que le discôul^ de Ridiard fit de Teffet wt les feittti
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &&3
^entendit, il s'en réjouit dans son cœur, et fit dire au duc de Bourgogne de se joindre
à lui pour cette affaire et d'amener avec lui les Français. H le fit; mais auparavant ils
dirent qu'ils voulaient avoir le tiers du butin, et le roi le leur accorda. Alors ils mon-
tèrent à cheval et lui aussi. On comptait là cinq cents chevaliers bien armés et mille
sergents preux et agiles, que le roi menait à ses dépens; et lui, de sa personne, mar-
chait le premier. Ce fut un dimanche au soir ; ils marchèrent toute la nuit à la lune et
ne s'arrêtèrent que bien peu jusqu'à ce qu'ils arrivassent à la Galatie. Là cette troupe
hardie, toute prête au combat, se reposa. Ils envoyèrent chercher des vivres ù Esca-
lone, et restèrent là jusqu'au retour de leurs écuyers. Dès que le roi et ceux qui
étaient avec lui s'étaient mis en marche, un espion était allé à Jérusalem raconter à
Salahadin qu'il avait vu le roi monter à cheval pour aller s'emparer de ses caravanes.
Salahadin aussitôt prit cinq cents Turcs d'élite, les meilleurs qu'il eAt, et les envoya,
armés d'arcs et de dards, aux caravanes. Et quand ils furent réunis à ceux qui escor-
taient les caravanes, on les estima à deux mille à cheval, sans compter ceux qui
allaient à pied.
Voici venir un espion droit à la Galatie, qui pressa le roi de venir vite sans déranger V. loSag.
l'ost, lui disant qu'à la citerne ronde, tout autour, était arrivée une caravane, et que, ^* *^
si on pouvait l'arrêter, on y ferait un beau gain. L'espion était un homme du .pays,
le roi ne se fia pas en lui, mais envoya aussitôt un Bédouin et deux sergents, Tur-
copies preux et avisés, pour épier et s'enquérir; il fit entourer de linge la tête des Tur-
coples, à la façon du Bédouin et des autres Sarrasins. Us partirent dans la nuit, mon-
tèrent et descendirent les collines, si bien que, sur une colline, ils virent je ne sais
combien de Sarrasins qui faisaient le guet. Le Bédouin, accompagné de l'espion, s'ap-
procha d'eux pas à pas et dit à ses deux compagnons de se taire, pour qu'on ne les re-
connât pas, ce qui trompa les Turcs. Ceux-ci demandèrent aux nôtres d'où ils venaient;
le Bédouin entra en conversation et dit qu'ils venaient du côté d'Escalone, où ils avaient
fait du butin. L'un des Turcs se prit à dire : tiVous venez plutôt pour nous faire du
t^mal. Tu es avec le roi d'Angleterre.» Le Bédouin dit : «(Vous mentez.» Il poursuivit
son chemin et s'approcha des caravanes. Les Turcs, avec leurs arcs et leurs dards, les
suivirent quelque temps; enfin ils en furent ennuyés et les laissèrent, croyant qu'ils
étaient des leurs. Le Bédouin s'en revint quand il eut su la vérité et se fut assuré que la
caravane était venue, ce qu'on trouva fort avisé. Il revint au roi et lui dit qu'il savait
certainement qu'il pouvait prendre la caravane. Le roi, au nom de saint Georges, fit
donner l'orge aux chevaux, et nos gens mangèrent eux-mêmes, puis montèrent à cheval
et marchèrent toute la nuit, tant qu'ils arrivèrent à l*endroit où la caravane et les Turcs
couchaient. Là, ils s'arrêtèrent. On était en été, il faisait beau temps. Le roi et tous
s'armèrent et prirent leur ordre de bataille. Les Français faisaient l'arrière-garde,
le roi était à l'avant-garde. Il fit crier par toute l'ost que ceux qui se souciaient de
AM L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTR
l'honneur ne devaient pas penser au butin, mais songer toujours à dëconfirq çt k i^ere^
les Turcs, et à frapper de leurs épëes d acier. Pendant qu'ils étaient occupés à ptrendn^
ces dispositions, voici venir au roi, bride abattue, un aulr^ espion qui lui dit qw4è}
avant le jour la caravane s'était préparée, et qu'ils étaieut sur leurs gardes. Quand iei^
le sut, il envoya en avant des archers, des arbalétriers et des Turcoples^pQwbdroiliir
les Turcs et les occuper jusqu'à ce qu'il pât Venir. En effet, pendant qu'ils les barcefeiemlt
le gros des nôtres s'approcha , et arriva ^nfm tout près d'eu)(. QuaQ() lesTurca les vireott
ils se retirèrent vers le pied d'une montagne pour s'y adosser. lU étaient tout prête au
combat, quoiqu'ils n eussent pas beaucoup d'ardeur. Le roi avait divisé sa troupe W
deux corps. Au moment où il arriva, nos archers les harcelaient Qt leur lançaieut 4f9
flèches, aussi dru que la pluie. La caravane était arrêtée. Le roi, en hoxkW étt&9Mh
se jeta si rudement sur leurs premiers rangs, et lui et les autres iQ$ attaquèrtAit ii
vivement qu ils n'en rencontrèrent pas qu'ils ne jetassent par terre. Âucuu Ture'||*e|l
échappa, si ce n'est en fuyant, et ils ne se remirent pas de ce premier ctioc. Tout
comme les lévriers chassent le lièvre dans la plaine, ainsi, par la montague, U[0&g(Wi
chassaient les leurs et les mettaient en telle déroute qu'ils s'enfuyaient tout déconfite 6t
dispersés, laissant là la caravane; et nos gens les poursuivaient toujours, à droite tt ^
gauche , et ceux qui virent l'affaire dirent que la fuite des Turcs dans la vaste berruie fut
poussée si loin qu'ils tombaient morts de soif; et ceux que les cbevaliera atteigoaiwl»
ils les renversaient, et les sergents les tqaienL Vous auriez vu le des gens mal arraug^^
des selles qui tournaient, et de beaux coups donnés par le preux roi d' Angleterre.. Ne
croyez pas que je vous dise sur son compte des flatteries : tant de geus vireui a0ft fK*
ploits qu'ils m'ont obligé de m'y arrêter. Vous auriez vu le roi, l'épée d'acier au peÎBgt
poursuivre si rudement les Turcs que ceux qu'il atteignait, il n*y avait pas d'muwe
qui les garantit d'être pourfendus jusqu'aux dents; aussi le fuyaient-ils couuoQ 4ei
brebis qui voient le loup. Pendant que les premiers chassaient ainsi les Turts pw
la montagne et les mettaient en grande peine, une trentair^ de Sarrtsinft^ pleîm4a
rage et de dépit, arrivèrent par un sentier détourné sur Roger de Toéui, tuèreoA aw
cheval sous lui, et peu s en fallut qu'ils ne le prissent. Un compa£[Upn appdié iu<|Mi
du Maine attaqua les païens, mais il fut aussitôt renversé, et Roger, bien qu'il e^t 99
déjà beaucoup à faire, alla à pied à sa rescousse. Nos gens accoururent de drcûtftal
de gauche. Il y vint le comte de Leicestre, et, avec lui, Gilbert Malesmains avec deu>
compagnons ou au moins un, Alexandre Arsis, et quinze ou vingt chevaliers* U y
vint aussi Etienne de Longchamp, qui, tout au milieu des païens, Cutsi sec<|uraUel
Rbger qu'il le remit à cheval. Là vous auriez vu la déconfiture de ces gens diéuatUI^
vous auriez vu donner de grands coups d'épée, abattre des pieds et des poings, petu^
fendre par l'œil, par la bouche, ou couper des têtes, et tant de corps murta, gilMlt
comme des souches , qu'ils gênaient nos gens et les faisaient trébucher. Poiteviui^, Voi^
' %
-{Mt-A,
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. 4&5
mands , Anglais et Angevins y frappèrent de boue coups , et le bon roi , preux et hardi ,
faisait plus que tous les autres. Il y eut un tel massacre de Turcs que nos aïeux
n'ont rien vu de pareil. Ils étaient tellement abattus , comme on le vit clairement, que
le moindre petit garçon aurait pu en tuer huit ou dix. Les gens qui menaient la cara-
vane venaient se rendre prisonniers aux sergents et aux chevaliers, et leur amenaient
par la bride les grands chameaux tout chargés, et les mulets et les mules qui portaient
des biens si précieux et tant de richesses : of, argent, étoffes de soie et de velours
du pays de Damis, des mustabets, des étoffes de Bagdad, des ciglatons, des étoffes de
pourpre, des casingans^^^ des courles-pointefl, de beaux vêtements élégants « de beaux
pavillons et de belles tentes parfaitement travaillées, du biscuit, du froment, des fa^
rines, des orges, des électuaires et des médecines, des bassins, des outres, des échi-
quiers, des pots et des chandeliers d'argent, du poivre, du cumin, du sucre, de la cire
en quantité incalculable, des épices de tout genre, et tant d'autres choses précieuses,
et tant de belles armures, fortes, légères et sûres, enfin, une telle richesse, qu'ils di-
saient que véritablement, dans aucune guerre, on n'avait fait dans le pays un si grand
butin.
Quand la chiennaille fut mise à mort et la riche caravane prise, on avait fait beau V. 10539.
butin; mais on eut beaucoup d'embarras pour rassembler les chameaux de course, qui ^^ "-
donnèrent grande peine à lost, car ils s'enfuyaient si fort, quand les gens à cheval
les poursuivaient, qu'il n'y a rien d'assez rapide, cerf ou biche, daim ou gazelle, qui
eât pu les atteindre, s'ils avaient pris un peu d'avance. Ceux qui enfin les rassem-
blèrent estimèrent que les chameaux qu'on avait gagnés là montaient à quatre mille
sept cents; et il y avait tant de mules et de mulets, et d'ânes sârs et robustes, qu'on
ne put jamais les compter. Ils ne faisaient que gêner. On dit aussi que, dans cette
affaire, il y eut bien de tués, tant grands que petits, dans la vallée et dans la^mon-
lagne, mille et sept cents Turcs, sans parler des gens à pied qui furent tués sans avoir
bougé de place.
Ils marchèrent ensuite, d'après lesétapes qu'ils s'étaient tracées, tant qu'ils arrivèrent V. io565.
devant Bétafe, qui est h quatre lieues de Jaffe. Là, ils partagèrent leur butin, et, quand ^** ^
ils en partirent pour revenir, ils firent l'étape suivante jusqu'à Rames. Là les rejoignit
l'ost qui venait d'Acre, le comte Henri avec ses gens : tous se trouvèrent réunis. Il y
eut une joie et une admiration générales quand ils virent ces bêtes qui remplissaient
l'ost. Le roi partagea les chameaux, les plus beaux qu'on pût voir, aussi bien entre
les chevaliers qui avaient gardé l'ost qu'entre ceux qui avaient pris part à l'expédition. .
Il distribua aussi libéralement les mules et les maiets, et il fit donner aux sergenis tous
les ânes, grands et petits. Voilà l'ost si remplie de bêtes qu'on avait grand'peine à
('' Sur tous c^ mots d^origine orientale, voyez le Glosstire.
&&6 L HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
les garder. Mais on tuait les jeunes chameaux et on en mangeait volootien là ebair;
elle était blanche et de bon goAt quand elle était rôtie et lardée.
V. loSgS. Ainsi les bétes furent distribuées et répandues dans lost, si bien qu6 beaneMp
VI. TH. s'en plaignaient à cause de Torge qu'elles faisaient renchérir. Alors on recommença k
murmurer, ceux qui étaient très mécontents de ne pas assiéger Jérusalem, car ik
n'avaient pas d'autre désir, et ils ne se tenaient pas tranquilles. Mais ceux qui avaient
juré et qui avaient décidé qu'on n'irait pas leur répétaient leurs raisons» leur diaaBt
que , si on assiégeait la ville , on trouverait à l'entonr si peu d'eau que ni les bétes in
les gens ne pourraient boire sans danger et sans grande peine, pour peu que les
Turcs pussent les en empêcher. Car c'était autour de la Saint*Jean, quand la chalmr^
suivant sa coutume, dessèche tout dans le pays, et les Sarrasins avaient détruit et ereté
les citernes tout autour de la ville, si bien qu'à moins d'aller à deux bonnes lieaet«
dans un pays où nous n'avions que des ennemis, on n'aurait pu facilement trouver de
l'eau, cela fut su d'une manière certaine, excepté un petit ruisseau qui, du mont dee
Olives, coule dans la vallée de Josaphat : c'est Siloé; aussi ces gens ne conseillaieal-î
ils pas d'entourer la ville et de l'assiéger en été. Quand cette résolution fut révélée et
connue, qu'on sut qu'on n'irait pas à Jérusalem et qu'on reviendrait en arrière, icoQt
auriez vu les gens bien affligés maudire la longue attente qu'ils avaient &ite et im.
tentes qu'ils avaient dressées, puisque Jérusalem ne serait pas assiégée et ne pOBnft
être conquise; car ils n'auraient pas demandé à vivre un jour après avoir dâivfé
Jérusalem.
V. loGdg. Seigneurs, ne vous étonnez pas si Dieu voulait, comme nous l'avons dit, <{iit ki.
VI, Tin. peines de nos pèlerins fussent vaines, car maintes fois nous le vtmes véritaUeiM^tt
après une longue marche, le soir, quand on campait, les Français se séparaiesl dee
autres' et dressaient leurs tentes seuls d'une part. Ainsi l'ost se séparait; car, MM
mentir, l'un ne pouvait s'accorder avec l'autre. L'un disait : «Tu es ceci; » l'autre diw(li;
((Tu es cela; » et, ce qui empira beaucoup les affaires, Hugues ^^^ le duc de BovrgogMr
par grand tort et par grande arrogance, fit faire une chanson sur le roi, et la eliaoMAi
était vilaine et pleine de grandes injures, .et elle se répandit par l'ost. Péat^
blâmer le roi s'il chansonna à son tour ceux qui , par envie , l'attaquaient et lebi^MlttfOlff
Eh bien, de gens si outrecuidants, on ne chantera jamais une bonne chaneoav etIKapi
ne bénira pas ce qu'ils font , comme il le fit dans l'autre expédition dont on raeoMe
encore l'histoire, quand Antioche fut assiégée et prise de force par nos gens, à qpt
. Dieu donna la victoire, par Boémond et par Tancré, — c'étaient là des pMerine iné^
prochables , — par Godefroi de Bouillon et par de hauts princes renommés et les Mirer
qui y furent. Ils servirent si bien Dieu, qu'il les récompensa de leur service i lepr gr
(')
Corrigez, dans ie texte (v. io653), Henri en ffugueâ.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. kkl
et suivant leurs désirs : il rendit leur œuvre glorieuse et féconde; il les mit haut eux et
leur lignage, qui en est encore aujourd'hui illustré.
Dix ou douze jours, autant que je m'en rappelle la vérité, après la prise de la ca- V. io683.
ravane, l'ost se reposa de la façon que je vous ai dite; et quand ils virent qu'ils vi,u.
auraient beau faire, qu'ils n'arriveraient pas à aller adorer le Saint Sépulcre, dont ils
n'étaient plus (|u'à quatre lieues, ils en eurent grand deuil au cœur. Ils revinrent en
arrière si découragés et si tristes que jamais on ne vit des gens d'élite plus abattus et
plus troublés. Ils établirent leur arrière-garde; à peine étaient-ils partis, que les Sarra-
sins descendirent de la montagne et les attaquèrent, si bien qu'ils nous tuèrent un ser-
gent ; mais ceux qui étaient sur les bons chevaux les repoussèrent et les poursiiivirent
à leur tour. Puis ils se remirent en route et arrivèrent entre Saint-Georges et Rames.
Le jour oii nous fîmes ce chemin, il y avait cinq ans juste que le pays avait été perdu
par la guerre. Les Français étaient à gauche, le roi et ses gens à droite; ils conser-
vèrent cet ordre le lendemain. Ils revinrent devant le Casai Moyen; ils y dressèrent
leurs tentes et y restèrent. Il y en eut qui quittèrent l'ost et retournèrent à Jaffe à
cause des peines et des privations qu'ils avaient souffertes dans l'ost.
Quand Salahadin sut que nos gens n'avaient pu prendre une autre résolution que celle V. 10719.
de s'en retourner, il eut grande joie et fit belle chère. Il fit aussitôt écrire ses lettres, vi. x.
et, par de rapides messagers, il manda aux Turcs qui lui étaient dévoués que les
chrétiens s'en allaient, qu'ils n'avaient pu s'accorder, et qu'ils se séparaient les uns des
autres, et que ceux qui voudraient avoir de son argent n'avaient qu'à venir à Jéru-
salem, où il les prendrait à sa solde. Il s'assembla donc tant de gens, hors de la
ville et dedans, qu'on les estimait à vingt mille Turcs à cheval et bien armés, sans
compter les gens de pied qu'on aurait eu peine à nombrer, qui tous savaient bien ce
qui nous concernait et qui nous le montrèrent bien ^'^ aussitôt que
nos gens revinrent là oii ils s'étaient arrêtés.
De jour en jour, dans leur découragement, ils abandonnaient Post et s'en allaient V. 10743.
à Jaffe, car dans l'ost ils menaient une trop dure vie. Quand le roi les vit s'en aller vi. x..
ainsi et com[)rit qu'il n'était plus maitce de mener l'ost le droit chemin, que vous
dirai-je? Il manda à Safadin de parler à Salahadin et de lui faire* ensuite savoir s'il
pourrait maintenant obtenir la trêve qu'on lui avait offerte dans les plaines de Rames,
comme nous vous l'avons conté, jusqu'à ce qu'il fût revenu de son pays [où il voulait
se rendre]. Safadin alla le demander au Soudan; mais celui-ci, dès le premier jour,
avait su notre retraite, et il ne voulut plus accorder de trêve si Escalone n'était abattue.
La nouvelle en revint dans l'ost au roi, qui n'eil fit nul semblant et n'écouta même pas
ce qu'on lui en disait. Il fit monter à cheval aussitôt des Templiers, des Hospitaliers
-') Lacune probablement de trois vers, qui ne sont pas représentés dans le latin.
36
lurkiMriis ^ATio^Ait.
as L*HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
trois ceatB autres chevaliers ; il lear ordonna d'abattre ie Daron et de Caire ^f/Mtélé
grand soin d'Escalone, pour qu*il n y arrivât pas de dommage p«r mauvaise garde, ib
allèrent au Daron, Tabattirent, pais revinrent à Tost, et iW revint k Jafie, penshre et
accablée, puis de Jaffe à Acre; mais il resta en arrière, à Jaffe, beaucoup dliommef ,
tant de bien portants qae de malades, qui depuis y eurent grand*peur. Voilà Vmi n^
venae k Acre , par le même chemin qu'elle avait pris pour s'en éloigner, un dimandie,
abattue et confuse; mais c'est ce qui arrive à ceux qui se laissent gouverner par le pédié.
V. 10787. Dès que Salahadin etSafadin, son frère, surent que nous avions quitté Jaffe et <|iie
V!, m. nous nous étions éloignés tristement, coomie je vous Tai raconté, ils firent convoqMr
et réunir l'ostde leurs fiers psâens, et le soudan avait bien alors plus^ie vmgt nûila
Turcs à chevaL II avait l'émir de Bile et le fils du Hausasis, et bien cent six émirs, €t
tant de gens de pied de la montagne que cette ost couvrait toute la plaine. Elle é&h
cendii de Jérusalem et dressa ses tentes en bas dans les plaines de Rames. On paanit
voir là bien de beaux chevaux.
V. 10807. Le dimanche. Je jour même oii nous rentrâmes è Acre, l'ost des païens maniHi
VK lui. campa devant Jaffe, et, le lundi, ils attaquèrent; [les nôtres sortirent de la viHe^] : flt
se rencontrèrent dehors, dans les jardins. Nos gens leur résistèrent toute la joiinMfo»ii
bien qae ce jour là ils n'approchèrent pas du château , tant ils furent barcdést ni li
lendemain, qui était mardi, ni le troisième jour. Mais, le jeudi, la ville fut êmitgkf
ioat k l'entour, et les gens qui étaient dedans se trouvèrent en grande peine. SaUhidiÉ
fit dresser quatre pierrières légères et fortes, et deux mangonneaux pour TaMaque. jUmni
vous auriez entendu ies lamentations des chrétiens restés dans la ville, qui 4taiaiikflÉi
de cinq mille , ou bien portants ou malades au lit; tous se lamentaient et diaaieftt 1 «Airl
(( roi d'Angleterre , qu'es-tu allé faire k Acre? Chrétienté , comme lu es ruinée! alii
attaqués avec une telle force et une telle vif ^ueur, il y eut tant de gens toéa et
ils se défendirent si hardiment, montant et descendant sans eesse, qu'on
les voir sans en avoir grand' piiîé : ies {Herriàret et les mangomeaux ne
tirer. Ceux du dedans avaient bien des pierrières ; mais ib ne savaient pas if«Q
Les Tur^s tirèrent sur la porte du côté de Jérusalem , tant que, malgré aa aoMdilé^ li
arches d'en haut tombèrent, ce dont les nôtres furent éperdus, et le mur de 4feilé iv
brisé : il en tomba deux perches. C'était le jour du vendredL Ce fut une nnb ÉÉtail
quand les Turcs entrèrent dans la ville; il y eut une mêlée; mais les TartSt ffddM
croissaient taujours par les renforts qu'ils recevaient de f ost, devinrent ft mâriHn
qu'ils mirent les nôtres en désordre et les chassèrent jusqu'au Toron, devant là low. Ce
grande horreur k voir que les malades qui étaient coochés dans les maisens et ^qm
Turcs tuèrent : il y eut là de bons martyre. Beaucoup de (gens, se eépamU dee«ttf
U)
Suppléé diaprés ie iatiii.
LHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. &A9
s'enfuirent vers la mer. Les cruels Sarrasins prirent les maisons et les pillèrent; ils em-
portèrent tous les blés et répandirent tous les vins. Les uns attaquèrent le Toron , où
étaient les gens de Dieu, qui se défendaient vigoureusement; les autres coururent à la
mer, aux vaisseaux et aux barques qui y étaient, où nos gens voulaient monter pour se
sauver : beaucoup de ceux qui étaient les derniers y furent tués. On vit là Auberi de
Reims, qui était le capitaine du château, se conduire comme un vilain et an couard :
il était déjà entré dans une barque pour s^enfuir par ia mer, quand les prudbommes
poussèrent de tels cris qu'ils le firent revenir en arrière et le contraignirent è rentrer
dans le Toron, si bien qu'il dit : «Puisqu'il ne peut en ôtre autrement, mourons ici
«(pour Dieu! 9» Tout autour d'eux, à droite et à gauche, au pied du Toron, il y avait
tant de Turcs qui assaillaient que les nôtres ne savaient de quel c6té se défendre. Les
traits tombaient là plus dru que gréle; car ils étaient péle-méle et pied à pied. Le
combat dura toute la journée; mais nos gens n'auraient pu résister aux grands assauts
et à la grande presse; heureusement Dieu avait fait rester le patriarche nouvellement
fait, qui, pour rien au monde, n'aurait voulu renoncer à sauver ceux qui étaient là et
qui combattaient jusqu'à ia mort. Il manda à Salahadin, le Sarrasin libéral et vail-
lant, et il pria Safadin de lui demander, qu'il leur accordât une trêve seulement jus-
qu'au lendemain, et il s'engageait, si avant le soir il ne voyait pas arriver de secours
d'Acre ou d'Escalone ou du roi Richard qu'ils avaient envoyé chercher, à donner en
otage sa propre personne et d'autres gens de haut parage à mettre en fers ou en liens,
pour garantir que chacun des chrétiens qui combattaient dans le Toron payerait à Sa-
lahadin, pour être épargné, dix besants d'or, et qu'on donnerait de même cinq besants
pour chacune des femmes et trois pour les petits enfants. Comme il l'avait demandé.
Salahadin commanda que l'engagement fût accepté et tenu. Voilà le messager revenu ,
voilà la trêve accordée et la chose arrêtée ainsi. Ils livrèrent aux Turcs deux otages
qui allèrent avec le patriarche; l'un était Auberi, l'autre Tibaud de Troies, qui était
preux et hardis : c'était un sergent du comte Henri [de Champagne] , qui avait élevé
son père, et il peut y en avoir eu d'autres, dofit je n'ai pu savoir les noms.
Vous m'avez entendu vous parier et il est bon de le raconter, à cause du grand bien v. 10935.
qui en advint, de l'ost qui revint à Acre tout abattue et découragée et accablée de cha- vi, m.
grin. Tous pensaient s'en retourner et aller droit à leurs vaisseaux. Le roi Richard lui-
même, nous le vîmes de nos yeux, avait déjà pris congé du Temple et de l'Hôpital; il
avait vu à ce que ses galères fussent bien préparées. Il devait y monter le lendemain ,
dit le livre, pour s'embarquer et aller par Barut avec ses gens, et il avait déjà en-
voyé ses galères, qui avaient donné l'assaut à ceux du château, si bien qu'ils s'étaient
enfuis et qu'ils ne l'auraient pas attendu s'ils avaient vu arriver d'autres galères. Un
soir, comme le roi était dans sa tente, dans les dispositions que je viens de vous dire^
voici venir en toute hâte une barque qui aborda dans le port. Ceux qui en sortirent
36.
âSO L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE,
vinrent au roi saos alteodre, et lui dirent que JafTe était prise et que les cfarétieai
étaient assiégés dans le Toron, et qu'ils étaient perdus, comme je vous l'ai racoDlé,
s'ils n'étaient pas secourus par lui. Le preux roi , dans sa générosité, renonça k tout 8QB ,
projet, et dit : «J'irai vraiment.» Il fit de nouveau convoquer l'ost; mais les Françak
ne voulurent pas lui obéir: ils répondirent, ces envieux, qui en eurent grand Uâme,
qu'ils n'y mettraient pas les pieds et qu'ils n'iraient plus jamais dans l'ost avec loi; M
en vérité, ils ne le firent plus , ni avec lui ni avec personne, mais ils moururent [lâen
peu de temps après}. Cependant, ceux qui craignaient Dieu, de quelque paysqo'ib
fussent , Templiers, Hospitaliers et beaucoup d'autres bons chevaliers, se préparèroatt
montèrent à cbeval, et allèrent par terre droit è Césaire.etle vaillant roi d'Angletom
alla par mer sur ses galères. Il s'arma richement, ainsi que les siens, si bi^i qa*ilf.B*
pouvaient ^trc mieux. Là étaient le comte de Leicestre et André de Chav^ni et Rofor
de Saci; on y vit aussi Jourdain du Homez, qui mourut cette année, et Raoul de Hmt
léon, qui porte un lion dans sa bannière, Auçon du Faï, qui attaqua maint SarmÎBi
les seigneurs de Préaux, qui étaient des compagnons du roi, et beaucoup d'aatnt
hommes renommés dont je n'ai pas su les noms. Ils partirent pour le service de Vitm.,
et avec eux ceux de Gènes cl ceux de Pise, qui rendirent de grands services au besoîik
Ecoutez comment les choses se passèrent : ceux qui allaient par terre àJaffe, eiqui
croyaient y arriver tout droil, s'étaient arrêtés à Gésaire et n'y étaient pas depuis toB^
temps quand on leur dit que S^lahadin faisait garder les chemins, si bien qu'Ul.M
trouvaient là enfermés : c'était le fils du Hausasis, qui s'était porté entre Gésùn.M .
Arsur. Les autres gens, qni allaient par mer, furent entravés par un vent contnu'e,
le roi et ceux des galères, si bien que de trois jours ils ne purent bouger de Csiphaa
où ils s'étaient arnîtés. Le roi disait : «Dieu, pitié! Pourquoi m'arrêtez-vous ici! Cflit
nen votre service que je vais.» Enfin Dieu eutpitJé d'eux et leur envoya un venldanml
qui amena le roi avec sa flotte au port de Jaffe dans la nuit du vendredi. Le samadi^i
minuit la trilve expirait. Les chrétiens auraient été perdus et livrés à la morl si DÏM
ne les avait délivrés par le roi', comme nous vous le conterons brièvement. ; ..
Le preux roi et ses nobles tompagnons avaient couché dans leurs galères la Qott'da
[vendredi, et au matin du] samedi >" il s'arma cl ses gens aussi. Ecoulez ce qui enétaitdc
iaconventionquiavaittïtéfalte.comment nos gens étaient bien garantiset quelle b
les Turcs avaient ourdie contre ceux qui avaient cru se mettre en sûreté avec les b
qu'ils avaient promis. Ils les mirent, ce malin-là, en demeure de payer: iUpaysieat,'flti
mesure (ju'ils paj aient les Sarrasins leur tranchaient la tête. Ils croyaient ainsi bien&int .
mais honnie soit une telle foi de chien! Ils en avaient déjà tué sept et les avaient ioléi
<'> Les vers 1 1037. 1 1 o38 dtaienl sana doute ainsi rançus ; Toute la nail M venditidi, E al matinddm-
rMilii le copiste a passé le premier dtl et les mote compris entre les deut del. Le latin ne doiUM pu dW
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. A51
dans un fossé, quand ceux du Toron s'en aperçurent. Ceux qui étaient là ont raconté
qu'on vit alors une grande pitié, en haut dans le Toron , devant la tour : se voyant con-
damnés à mort, ils avaient grand'peur; ils pleuraient, se mettaient à genoux, priaient,
se confessaient et battaient leur coulpe, et ceux qui étaient dehors se rejetaient de-
dans, au milieu de la grande presse, pour mourir le plus tard possible; car tout être,
quand il voit la mort qui le poursuit, cherche à avoir un peu de temps et d'espace.
Ils n'attendaient que le martyre, et nous pouvons bien dire en vérité qu'on pleurait des
larmes qui, pour Dieu, avaient grande saveur, car, dans la détresse de la mort, elles
venaient du plus profond de leur cœur, qu'ils tendaient vers lui en attendant le mo«
ment de mourir, et, dans leur cœur, ils n'avaient plus rien à attendre que la mort.
Cependant les Turcs aperçurent les galères qui étaient arrivées dans le port : à pied ai
à cheval, ils descendirent au rivage, qui en fut bientôt si rempli qu'ils y tenaient à
grand'peine. Ils portaient des boucliers et des targes, et tiraient jusqu'aux barques et
aux galères du roi. Ceux qui étaient à cheval se lançaient impétueusement jusque dans
la mer et tiraient sur nos gens pour les empêcher d'aborder. Le preux Richard lit
mettre tous ses vaisseaux ensemble pour parler aux siens. Il dit à ses hommes : rrGen-
^tlils chevaliers, que ferons-nous? Faut-il nous en aller ou aborder? Et comment
?r pourrons-nous le faire?» Il y en eut qui répondirent qu'à leur avis c'était chose vaine
d'essayer d'aborder ni de prendre port, car ils croyaient sûrement que tous les gens
du château étaient tués; Pendant qu'ils se demandaient ce qu'ils feraient, voici que le
roi d'Angleterre vil sauter en mer, du rivage, un prêtre qui vint droit en nageant au
roi et fut recueilli dans sa galère. Il lui dit : (^Gentil roi, les gens qui vous attendent
ï^ici sont perdus si Dieu et vous n'en avez pitié. — Comment? dit le roi, bel ami, y
^en a-t-il encore de vivants? Où sont-ils? — Oui, sire; et, rangés devant cette tour, ils
rrattendent leur mort, w Dès que le roi sut ce qui en était, il n'attendit plus. «Dieu,
«dit-il . nous a fait venir ici pour endurer et souffrir la mort, et puisqu'il nous y faut
•^ mourir, honni soit qui n'y viendra ! » Il fit approcher ses galères, et, les jambes toutes
désarmées, il sauta dans la mer, à la grâce de Dieu, jusqu'à la ceinture. Il arriva à la
terre sèche le second ou le premier : c'était sa coutume. Jofroi du Bois et le preux
Pierre de Préaux, compagnon du roi, et tous les autres ensuite, firent de même: ils
vinrent aux Turcs dont le rivage était rempli et les attaquèrent. Le preux roi lui-même
les tuait avec son arbalète, et ses gens, hardis et dispos, le suivaient par le rivage; les
Turcs n'osaient pas l'ajïprocher et s'enfuyaient devant lui. Il mit la main à son épée
d'acier, les poursuivit en courant, et les pressa tellement qu'ils n'eurent pas le loisir de
se défendre. Us n'osèrent pas l'attendre davantage, lui ni ses vaillants compagnons, qui les
frappaient comme des fous. Ils les frappèrent et les poussèrent tant qu'ils débarrassèrent
le rivage des Turcs et les mirent tous dehors; après quoi, ils prirent des tonneaux , des
pièces de bois, de grandes planches, de vieilles galères et de vieilles barques, en firent
VI . xr.
i&S L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE,
un rempart sur le rivage, «nlrc «ui et lea Sarrasins. Le roi y mil des chevaliers, 4m
arbalétriers ot des sergenlâ, qui combattaient les Sarrasins; ceux-ci criaient «tbuaUnk,
et s't^loignaient bien malgré eux. Le roi monta alors par un escalier tournant qui n •
dans la maison des Templiers; il entra là le premier dans la ville, oi^ il trouva plus di -
trois mille Sarrasins occupés à piller à et tout emporter. Richard , le plus bardi roi in
monde, dès qu'il fut on haut du mur, lit déployer ses bannières et les 6t toarMr du-
c6té des chrétiens assiégés, tant qu'ils les virent. Aussitôt qu'ils les aperçurent, toQI
s'écrièrent : «Saint Sépulcre!» Ils prirent leurs armes et s'armèrent sans attendre.
Quand l'ost païenne vit nos gens descendre du mur, elle fut toute troidilée. Vtot
auriez vu là tant de Turcs à terre, que le roi y abattait! Aucun n'attendait son coup
qui n'y perdit la vie.Voilà nos gens descendus au milieu des rues. Vous auri«t ni là
bien des gens mis à mal, tués et taillés en |>ièces. Là furent veogés les malades qa'ik
avaient trouvés dans la ville, qui ne pouvaient remuer, et qu'ils avaient tués. Noa geni *
arrivaient de toutes parts et faisaient aux Sarrasins grand'bonte. Que vousdiraï-jelToys *
ceux qui furent atteints dans la ville, tous ceux qui ne purent en sortirai temps, foreat
aussitôt tués. Voilà la ville délivrée et les Sarrasins livrés k grand'hontc.
Le roi sortit de la ville à leur poursuite, après avoir déjà fait tant d'exploit). H
n'avait alors que trois chevaux; et jamais, même à Roncevaux, aucun hommfrjeaiM
»u vieux, chrétien ou Sarrasin, ne se comporta comme lui. Quand les Turcs virent st
bannière flotter, ils frémirent de tous cAtés; aucun couard n'aurait voulu âtre Ut, MV
Dieu n'a fait neige ni pluie, quand elles tombent jusqu'à lasser, que les dtrdl et lei
carreaux ne plussent là plus dru entre les rangs des chrétiens. La nouvdle fut porlis
à Salahadin que ses gens étaient ainsi assaillis , et lui , ce maudit païen , qui était (dne
enragé qu'un loup, en eut la fièvre de peur. Il n'osa plus rester là, mais Bt détendre
ses tentes et ses pavillons et les fit reporter dans les plaines en arrière. Le roi, avec M»
braves compagnons, les suivit et les serra de si près, avec les ariialétriers qui les tra^
paient et leur tuaient leurs chevaux, qu'ils reculèrent de deux grandes lieuee. L»ni
lit dresser sa tente à l'endroit même où Salahadin n'avait pas osé Tstleodre. Là caiMW
Richard le l^agne.
Après cette journée et la retraite des Turcs, leur ost se sentit honnie et 09olbUB
d'avoir été chassée par des gens de pied qui étaient en si petit nombre contre ttat .de
Sarrasins qui étaient là: mais Dieu y avait mis la main pour empêcher la d^ùte 4n
siens. Salahadin fit appeler ses Sarrasins et ses Turcs du plus haut rang et leur dé*
manda : « Qui vous a mis en fuite? C'est donc Cost d'Acre qui est revenue et qoi a mai
K traité mes gensf Étaient-ils à pied ou à cheval , ceux qui se sont lancés sur vous! aSi faiM
qu'un traître, qui le savait, et qui avait vu le roi, lui dit: «Sire, ils n'ont pour monM
« ni cheval ni mule, si ce n'est trois chevaux que le vaillant roi a trouTés à Jaffe. Tnll.
B ce qu'ils en ont et peuvent en avoir, et rien de plus. Et si on vonUit reotropreube^M '
L'HISTOIRB DE LA GUERRE SAINTE. iSS
ft pourrait le saisir aa corps, et cela saoe trop de peine, car il couche tout seul dans sa
« tente. »
D'après l'histoire que je vous récite, ce fut un samedi que la ville fut recouvrée et y. n^C;.
délivrée des Sarrasins. Ils y avaient fait des merveilles qui seront toujours racontées, vi, &ni.
à U reprise de JaiFe : ils avaient tué les chrétiens malades qu'ils y avaient trouvés, et il
est certain qu'ils tuèrent dans la ville tous les porcs qu'ils y trouvèrent et tant que ce
fut une infinité, car on sait certainement qu'ils ne mangent pas la chair des porcs, et
a cause de cela ils les tuent volontiers: il iiV a rien qu'ils haïssent plus, en haine de
la foi chrétienne. Ils avaient mis côte à c6te, et mêlés, les chrétiens tués et les porcs;
mais «ceux des nôtres qui en prirent la peine pour Diep enterrèrent tous les chrétiens
et jetèrent dehors les Sarrasins qu'ils avaient tués avec les porcs, qui puaient tant
qu'on ne pouvait l'endurer.
Le dimanche, le lundi et le mardi, le roi fit travailler au mur de Jaife, là oii on v. 1129/1.
vit des brèches, si bien qu'on le redressa un peu, autant qu'on le pouvait sans mortier vi, xm.
et sans chaux, pour se défendre s'il en était besoin. Mais l'ost était dehors, sous les
tentes , oii il semblait plus nécessaire de veiller.
Les Mamelons de Salahadin, ceux d'Aiep, les Cordins, les troupes légères des mau- v. ii3u:
dits païens se réunirent en assemblée, et dirent qu'ils étiiient déshonorés d'avoir aban- vi, m.
donné Jaffe devant des ennemis aussi peu nombreux et qui n'avaient pas de chevaux.
Après avoir beaucoup discouru , ils se lièrent par serment et se promirent dç prendre
le roi dans se lente et de le mener i Salahadin. Voilà è quoi ils s'engagèrent.
Voilà que le comte Henri de Champagne vint de Gésaire avec les siens dans une y. nSis.
galère. L'ost était venue jusqu'à Césaire et y était arrêtée malgré elle à cause des vi,».
Sarrasins qui gardaient les fleuves et guettaient lea passages, si bien que le roi n'eut
aucun secours d'eux tous, si ce n'est du comte son neveu. Et pour résister au grand
danger qu'on lui préparait, il n'avait en tout que cinquante chevaliers, ou au plus
soixante, et des sergents, des arbalétriers preux et habiles, dos Génois et des Pisans
qui se donnaient là au service de Dieu , et (f autres gens jusqu'à deux mille. Et depuis
la reprise de la ville, il ne put avoir plus de quinze chevaux ramassés [comme on
avait pu] , de bons et de mauvais. Ce manque de chevaux aurait fait périr ses gens si
Dieu ne les avait garantis des Turcs et de leur entreprise.
Écoutez un grand miracle qui mérite qu'on s'en Merveille, que nos gens n'aient v. ii3/i5.
pas été tous pris le mercredi, lors de cette conjuration faite pour s'emparer du roi, vi, su.
si Dieu ne l'avait protégé. La nuit, à l'heure de matines « les Sarrasins montèrent à
cheval. Ils lacèrent leurs heaumes, se mirent en ordre et chevauchèrent à la lune.
Là Dieu fit une de ces bontés qui augnsentenl sa gloire, et, quand il fait une belle
œuvre, il est bon de la raconter. Les voilà dans la plaine, chevauchant serrés; Dioii luw
même iit surgir une querelle entre les Cordins ot les Mamelons pour savoir lesquels
liU L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
descendraient à pied et arrêteraient nos gens pour les empêcher de rentrer dans la viUe
of d*y trouver un abri. Chacun disait : çç C'est à vous de descendre. — Non, cert i
''VOUS. — Non, c'est à vous. — Non, c'est à vous par justice; nous avons plus le droit
'T (l'être à cheval.'' Us chevauchèrent ainsi en se querellant, et leur discussion jura-â
longtemps qu'ils virent arriver le jour clair, comme Dieu l'avait arnangé. Le roi donntit
dans sa tente. Ecoutez une belle aventure d'un Génois qui, juste au point do joar^
s'était levé et était allé dans la berruie. Comme il voulait revenir, il entendit les Turcà
qui arrivaient , et , baissant la tête , il vit les heaumes qui reluisaient. Aussitôt il cria» sanft
s'arrêter un instant, à nos gens d'aller tous aux armes et de s'armer. Aux cris, le roi
s'éveilla, qui eut ce jour beaucoup de fatigue. Il sauta de son lit sur ses pieds et endossa,
VI. xui. je le suppose, un haubert fort et brillant. Il ordonna qu'on éveillât aussitôt ses consh
pagnons. Il ne faut pas s'étonner si, dans une telle surprise , ils mirent quelque trouble
à se vêtir et à s'armer. Je peux bien vous assurer qu'ils furent si bâtés > le roi et beau-
coup d'autres avec lui, qu'ils durent combattre, ce jour-là, les jambes désarmées,
nues et couvertes par le ciel seul. Il y en eut même qui étaient tout nus, sans braies»
et qui reçurent des plaies et des coups, et c'est ce qui leur nuisit plus que tout. ;
V. 1 1/109. (Jomme les nôtres s'armaient, les Sarrasins approchaient. Le roi monta à cheval; il
n'avait pas avec lui plus de dix hommes à cheval. L'histoire dit que le comte Henri de
Champagne était à cheval en sa compagnie; le comte Robert de Leicestre y était aussi,
et c'était justice. Bartélemi de Mortemer était à cheval, si je suis bien informé» et Raoïd
de Mauléon, qui n'était jamais las de combattre, et André de Chavigni, qui était so^
lide sur ses étriers; et Girard de Fournival, accompagnant le roi à cheval; et Robert de
Saci, monté sur un pauvre bidet; et Guillaume de l'Etang, qui avait un cheval
recru: et Huon de Neuville, preux et hardi sergent. Henri le Tiois, au milieu d\
portait la bannière du roi. Voilà nos gens mis en ordre contre l'ost de nos cmek
ennemis, et divisés en corps, chacun avec son commandement. Les chevaliers étaient
à gauche, vers Saint-Nicolas, sur le rivage, pour arrêter les Sarrasins. C'est lii q^'â
leur fallait être, car c'est là que la plupart dos Turcs se portaient avec grands eris et
grand tapage. Par devant les jardins, on avait mis des gens de plusieurs nations; il y
avait là des Pisans et des Génois, et il serait difficile de vous raconter tous les assaoto
qu'ils eurent à subir. Les Turcs commencèrent à tirer avec grands cris et grandes buées;
vous auriez vu là une chaude affaire, et nos bonnes gens serrés de près. Ils se mirent
à genoux, dressant devant eux leurs écus et leurs targes, tenant leurs lances dans leaif
mains. Le roi , qui s'entendait à la guerre, fit cacher sous les targes, entre deux bommeèv
un arbalétrier et un homme qui lui bandait son arbalète, et qui la lui passait qosttd
il l'avait bandée. Par ce moyen , l'ost put se défendre. Il ne faut pas douter que ceiù
qui étaient dans un tel danger, et qui voyaient devant eux tant de Turcs, n'eussentpewr
pour leur tête; mais, aussi vrai que vous êtes ici , le roi allait au milieu d'eux » les passAnt
^î<
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. W5
en revue, les exhortant, avec lui Jean de Préaux qui les prêchait aussi. Ils disaient :
«C'est aujourd'hui qu'on verra ceux qui s'efforceront de bien faire tant que Dieu leur
«préservera leur corps. Il n'y a plus à pensera autre chose qu'à vendre chèrement notre
«vie, et à attendre le martyre, puisque Dieu nous Ta envoyé. Nous sommes bien dans
(tle bon chemin, puisque, par sa bonté, il nous envoie ce que nous sommes venus
«chercher. C'est ici que nous attend notre vrai salaire. 99 Une fois l'ordre bien établi
voici venir la masse des Turcs, nos gens tenant toujours leurs jambes fichées dans le
sable, toutes les lances en arrôt, et prêts à les recevoir. Les escadrons des Sarrasins se
lancèrent avec un tel élan et un tel fracas, que, si nos gens avaient bougé, ils eussent
été rompus. Il y avait bien, si je ne me trompe, mille Turcs dans chaque escadron, et
quand ils furent près des nôtres et qu'ils virent qu'ils ne bougeaient pas, ils tournè-
rent bride en longeant les nôtres. Alors les arbalétriers tirèrent, et les Turcs n'osèrent
pas les attendre, car ils frappaient leurs corps et leurs chevaux et les renversaient.
Puis les escadrons revenaient, se rapprochaient d'eux, s'arrêtaient court et tournaient.
ils le firent ainsi |)lusieurs fois. Et quand le roi et ses gens virent que ces Turcs, qui
étaient si nombreux a cheval, ne feraient pas autrement, chacun s'élança, et, le fer des
lances abaissé, se précipita au milieu de la grande presse des mécréants, et ils les
attaquèrent si rudement que tous les bataillons en tremblèrent jusqu'au troisième
rang. Le roi regarde à droite et voit tomber là le preux comte de Leicestre, qui, après
s'être très bien battu , venait d'être renversé de son cheval quand le roi vint à sa rescousse.
Vous auriez vu lu tant de Turcs se lancer sur la bannière royale, qui portait un lion!
Us emmenaient prisonnier Raoul de Mauléon; mais le roi donna des éperons à son
cheval , tant qu'il Tôta de leurs mains. Le vaillant roi était au milieu de la presse des
Turcs et des Persans; jamais aucun homme, fort ou faible, ne fil tant de prouesses en
un jour. Il se lançait au milieu des Turcs et les fendait jusqu'aux dents. Il s'y lança tant
de fois, leur porta tant de coups et se donna tant de mal, que la peau de ses mains eu
creva. Voici venir un Sarrasin qui, sur un destrier rapide, s'écartait des autres Turcs:
c'était le preux Safadin d'Arcade, celui qui faisait les grandes prouesses et les grandes
libéralités. 11 arriva grand train, comme je vous l'ai dit, avec deux chevaux arabes
qu'il envoya au roi d'Angleterre, et il lui fit demander, pour ses prouesses qu'il
voyait, et pour son grand courage, d'y monter à telles conditions que, si Dieu le
tirait de là sain et sauf, il lui en rendrait quelque récompense. Il en eut plus tard un
riche salaire. Le roi les prit volontiers, et dit que, dans le grand besoin où il était, il en
prendrait encore bien d'autres de son plus mortel ennemi, s'il lui en venait. La bataille
grandissait toujours; on n'en a jamais vu de telle. Toute la terre était couverte des
dards des Sarrasins; on les ramassait à brassées. Il y eut là tant de gens blessés que
les rameurs des galères s'enfuirent dans les galères où ils étaient venus. Fuir dans un
tel moment, c'est grandement se déshonorer! Voici le cri du côté de la ville, que les
37
t«r«iatiui vtziovALS.
A56 L'HlSTOtRE DE LA GUERRE SAINTE.
Turcs y arrivaient en masse, voulant surprendre nos gens par devant et par derrièn.
Le preux roi, lui troisième de chevaliers, y vint avec sa bannière .."),
et, d^s qu'ii y entra, il rencontra dans un chemin trois Turcs richement montés. 111m
frappa royalement, et leur donna une si rudeatteinte qu'il le» tua, et il gagna 1& d«ax
chevaux. Il chassa hors de la ville les autres Turcs, fît boucher, de haut en baat^
• porte par où ils étaient entrés, et mit des gardes pour la garder. Ensuite, il alla dieit
aux galères où ses geus s'étaient sauvés dans leur angoisse et grande peur; et lUçImd*
le fils de prouesse, leur rendit à tous le courage. 11 les décida à revenir à terre et iw
remit avec les autres, si bien qu'il ne resta dans chacune des galères qae qn^
hommes. Avec le surplus, il s'en revint à l'ost, qui n'avait toujours pas de repos. Gftt
alors qu'il fit cette charge audacieuse dont on n'a jamais vu la pareille. II se laaga.oa
milieu des mécréants si profondément qu'ils le recouvnrent et que ses gens ne le TÎnot
plus. Il s'en fallut de peu qu'ils ne se jetassent après lui et qu'ils ne rompissent lepc*
rangs; ils auraient tous été perdus. Mais le roi ne se troublait pas. Il frappait annt.tf
arrière , et avec l'épée qu'il tenait il se frayait passage partout où il la menaÏL QuH
frappât un homme ou un cheval , il abattait tout. C'est là qu'il fit, si je ne me troai|>9>
le coup du bras et de la tSle ensemble d'un émir armé de fer, qu'il envoya irtnt an
enfer. Et, quand les'Turcs virent ce coup, ils lui firent une si large place qu'il rwnjit,
Dien merci, sans dommage. Mais sa personne, son cheval et son caparaçon éltûentq
couverts des flèches que les ennemis lui avaient lancées à l'cnvi, qu'il ressemblait i 8ft
hérisson. C'est ainsi qu'il revint de la bataille, qui dura toute la journée, d^uule
matin jusqu'au soir, si cruelle et si furieuse que, si Dieu n'avait pas soutenu les nAlnii
ils auraient été perdus; mais il était avec nous, nous le vîmes bien, puisque ce joiia^
nous neperdtniesqu'unou deux hommes, et ils perdirent plus de quinze cents chennHKi
qu'on Voyait étendus de tous cAtés, et, avec eux, plus de sept cents Turcs qui gtaaMDl
là, morts. Et, malgré tous leurs efforts, ils n'emmenèrent pas le roi, qui avait fattlk«
devant leurs yeux , ses grandes prouesses. Ils s'ébahissaient tous des faits d'armes i{K%
lui voyaient accomplir, à lut et à d'autres qui, avec lui, s'exposaient k la mort.
Quand Dieu , dans sa bonté , eut ainsi délivré le roi et les chrétiens du peuple pallU.
et que l'ost se fut retirée, on raconta une parole du Soudan Salahadio. Il demantUi
ses Sarrasins, pour les railler de leur déconfiture : kOÙ sont ceux qui ont pris la'njir
nOù est celui qui me l'amène ?n Un Turc d'un pays lointain lui répondit: «SiretjafDlli
nie dirai sans mentir de rien. On n'a jamais vu un tel homme, si preux, si avisé el,M
R éprouvé aux armes. Les siens le trouvaient prêt h tous leurs besoins. Nous nous MBHMi
«donné beaucoup de peine et nous avons frappé de grands coups; mais nous n'iiMI'
t jamais pu le prendre, car personne n'ose attendre son coup, tant il est adroit et hardL»
''' Lacune d'un vers hdb imporlancc. , ;
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. iil
Seigneurs, ne doutez pas que les Turcs ne le connussent fort bien et quiis ne Tcussent
pris là sans Dieu et sans sa grande maitrise d*arnies; car il fit tant de prouesses, et il
y peina tant, lui et les autres prudhommes, quiU en tombèrent malades, tout près vi. xxt.
de nos ennemis maudits, tant de la fatigue de cette journée que de la charogne dont la
viiie était si infectée et leur santé si atteinte qu'il s'en fallut peu qu'ils n'y mourussent
tous, le roi et les autres.
Pendant que le roi était à Jaffe» malade et en fâcheux état, Salahadin lui fit dire V. 11691.
qu'avec ses Sarrasins il viendrait l'y prendre s'il osait l'y attendre. Le roi lui fit répondre vi , wn
aussitôt que , s'il pouvait croire cela , il l'y attendrait, et que nulle part, tant qu'il pourrait
se tenir sur ses pieds ou s'arrêter sur ses genoux, il ne fuirait devant lui un pied de
terre. Il acceptait ainsi la guerre, et Dieu savait bien pourtant dans quel état il était
quand il parlait si noblement! Alors it envoya, dit l'histoire, le comte Henri è Césaire
chercher les Français, ceux qui étaient arrivés auparavant, et les autres gens qui y
étaient, leur faisant dire de venir et de défendre le pays. Il leur rappela leurs enga-
gements et leur fit savoir le triste état où il était. Mais ils ne voulurent pas le secourir,
et ils l'abandonnèrent à un danger dont il ne serait pas sorti s'il n'avait accepté la
trêve : [cette trêve fut blâmée de plusieurs ^^\] mais personne n'aurait dû l'en blâmer,
car les Turcs seraient venus le prendre, il y aurait souffert dommage de son corps, et
Escalone aurait été perdue. Ëscalone aurait certainement été prise. Sur et Acre auraient
été en grand danger.
Le roi était à Jaffe, inquiet et malade; il jxensa qu'il s'en irait de là, à cause de la V. 11735.
faiblesse de la ville, qui n'offrait pas de résistance. Il fit venir alors le comte Henri, le vi, hth.
fils de sa sœur, les Templiers et les Hospitaliers. Il leur exposa le mal qu'il avait au
cœur et à la tête, et leur dit qu'il fallait que les uns allassent à Ëscalone pour la garder,
et que les autres restassent là et gardassent Jaffe, et que lui s'en irait à Acre pour se
faire soigner. Il déclara qu'il ne pouvait agir autrement. Que vous dirai-je ? Tous s'y
refusèrent, et répondirent tout net que jamais ils ne garderaient de places fortes sans
lui et n'y tiendraient garnison, et ils s'en allèrent sans en dire plus. Voilà le roi bien
courroucé. Quand il vit que le monde entier, qui n'est guère loyal ni pur, lui faisait
complètement défaut, il fut troublé, déconcerté et dans un grand embarras. Sei-
gneurs, ne vous émerveillez pas s'il fit du mieux qu'il put selon le temps où il était;
car celui qui craint la honte et cherche l'honneur de deux maux choisit le moindre. Il
aima mieux demander une trêve que laisser la terre en grand péril, car les autres
l'abandonnaient tous, et gagnaient ouvertement leurs vaisseaux. Alors il manda au
frère de Salahadin, Safadin, qui l'aimait beaucoup à cause de sa prouesse, qu'il s'oc-
cupât sans retard de lui obtenir la meilleure trêve qu'il pourrait, et que de son
''^ Vers suppléé d'après le la lin.
37.
â58 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE,
càté il racce|iteroit. Safadio s'eD occupa beaucoup, et il conduisît si bien les choiM
que la trêve fui déterminée par Salahadin aux conditions suivantes : EscaioDe, q«i
lui était trùs importune, serait rasûe, cl personne no pourrait la fortifier jusqu'à trai
ans; mais alors celui qui serait le plus fort l'aurait el la relèverait; Jaffe serait fortifia
de nouveau et repeuplée par lescbréliens; toutleresle de la plaine, le long delà dm^
tagnc et de la mer, où personne n'habitait alors, serait en trêve loyale etsAre, et eau
qui voudraient observer ta trêve pourraient, en toute sûreté, aller visiter ie Sépakre
et revenir; les marcbandiscs parcourraient le pays sans payer de Iribut. T^es fortiBt
les conditions. Ainsi fut écrite la trêve et reportée au roi, et lui, qui était suu i^ '
cours, et si près des ennemis que leur osl n'était pas à plus de deux lieues, occâp^ )■
trêve dans ces conditions, et celui qui raconterait l'bistoire autrement en mwtùVÎL
Quand la trêve eut élé apportée au roi, et qu'il l'eut ratifiée, voyant qu'il nepoor^it
faire autrement, il ne put taire ce qu'il avait surlecœur. IlmandaàSBlahadiD(etiiwiiito
Sarrasins l'entendirent] et lui fit dire expressément qu'il n'avait pris celle trêve, ea
toute vérité, que pour trois ans, l'un pour s'en aller dans son pays, l'autre pour IM-
semblerdes hommes, le troisième pour revenir et conquérir le pays, s'il osait t'lilteii|ir«.
Le Soudan lui fit répondre par ceux qu'il envoya pour cela que, par sa loi etle Dien
qu'il croyait, il prisait tant sa prouesse, son grand cœur et sa vaillance, que n 1k
terre devait être conquise de son vivant, Ricbard était de tous les princes qu'il co»t
naissait celui qu'il aimerait le mieux qui la conquit et qui la lui enlevât de force. Le toi
|)6nsait bien faire ce qu'il disait , et recouvrer le Saint Sépulcre ; mais il ne voyait tk IW
savait ce qui lui pendait h l'œil. ■ '
Quand celte trêve fut jurée et ratifiée des deux parts, que les conditions furent 1mm|
établies et que les chartes en furent faites, le bon roi se fil porter à Csïphas, sm, la
bord de la mer, pour se guérir et seremellrc, el il y prit des remèdes. Les Françaû.qyî
séjournaient à Acre désiraient retourner en France ; [toutefois ils déclaraient d'abord'^
qu'ils iraient faire leur [lèlerinage ; et cependant il avaient blâmé et raillé la trAn,.il|
avaient refusé de défendre Jaiïe el de seconrir le roi. Quand le roi sut qu'ils voakà^l '
avoir un sauf-conduit pour faire leur pèlerinage. Il envoya aussilât ses mesugen 4
Salahadin el à Safadin, leur demandant de ne laisser aller aucun chrétien, jeane floi
vieux, à Jérusalem, li'il voulait qu'il tînt les conditions de la trêve, sans ses lettres {Ml
celles du comte Henri. Quand les Français connurent ce message, ils en furent à flh
chés que la plupart, dès qu'ils le purenl, préparèrent leur bagage et s'en retournerait
en France. , - :
Quand la plupart des Français furent partis, ceux qui avaient dit le plus de nial.4!l
roi cl qui l'avaient le plus empêché, auxquels il ne pouvait avoir aucune conl
''' Sup|ilév il'apK'S le lalinj il niiini|iie peiiL-étrc trois vers.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. A59
il fit faire une proclamalion portant que ses gens pouvaient aller au Sépulcre, et qu'ils
devaient porter leurs offrandes à Jaffe pour aidera refaire les murs. Que vous dirai-je?
Ils allèrent au Sépulcre ensemble en trois corps, sous le commandement de trois conné- vi. xtu.
tables. Le premier fut André de Ghavigni : il y a à Cluni des moines qui ne le valent
pas; le second fui Raoul Tesson, grand ami des chansons et de la musique; Tévéque
de Salisbury, qui depuis fut fait archevêque, conduisit la dernière troupe. Je sais tout
cela pertinemment. Quand les chefs furent en possession des chartes, les pèlerins se
mirent en marche et partirent en rangs serrés. Ecoutez les malheurs qui arrivent souvent,
et de bien des manières» aux gens qui ont les meilleures intendons. Comme, dans leur
voyage, ils passaient par les plaines de Rames, les barons parlèrent ensemble et déci-
dèrent qu'ils enverraient dire à Salahadin qu'ils venaient à Jérusalem, avec les lettres du
roi d'Angleterre , pour visiter le Sépulcre.
Ceux qui portaient ce message étaient sages et prudhommes; mais toute leur ¥.11899.
prouesse faillit mal tourner par leur négligence ou leur péché. L'un était Guillaume
de Roches, sur la tâte duquel le heaume seyait bien; les autres, Girard de Fournival
et Pierre de Préaux. Ils descendirent à cheval par les plaines de Rames, et s'avancèrent
jusqu'au Toron des Chevaliers. Ils s'arrêtèrent là, cherchant Safadin, dont ils voulaient
avoir le sauf-conduit. La vérité est qu'ils s'y endormirent, et ils y restèrent si long-
temps que, beaucoup après relevée, les pèlerins marchaient en bon ordre, ils avaient
passé la plaine et étaient près de la montagne quand ils se retournèrent, et virent
venir, seulement alors, monseigneur André et ceux qui étaient avec lui, ceux qui
devaient faire le message. Quand ils les virent el reconnurent, ils s'arrêtèrent tout
ébahis : ce Ah! seigneur Dieu! dirent les hauts hommes, nous sommes perdus si les
«ç Sarrasins nous aperçoivent! Voici venir ceux qui devaient porter noire message. Nous
trne nous conduisons pas sagement, car voilà le soir qui approche, el l'ost des Sar-
(trasins n'est pas licenciée. Si nous allons de leur côté sans les avoir fait prévenir, ils
ce nous attaqueront, el nous y perdrons la vie; car, nous et nos gens, nous sommes
(t partis tout désarmés.» Ils blâmèrent les messagers, et cependant les prièrent et les
pressèrent fort de reprendre leur voyage. Ceux-ci allèrent vers Jérusalem; ils trou-
vèrent plus de deux mille Turcs campés hors de la ville. Ils cherchèrent tant l'émir
Safadin qu'ils le trouvèrent, el lui dirent que nos gens venaient, portant des chartes du
roi, et qu'ils lui demandaient sauf-conduit et protection. Safadin leur fit de grands re-
proches, et dit que c'était une folle entreprise, et que celui-là avait donné un conseil
insensé qui avait amené là ces gens, et qu'ils tenaient peu à la vie, pour marcher
ainsi sans sauf^conduit. Ils parlèrent tant ensemble que la nuit commençait déjà. La
troupe des chrétiens arrivait, sans armes et sans direction. Quand les Sarrasins les
virent, ils leur firent une telle mine que je vous dis en vérité qu'il n'y avait pas dans
la troupe un seul homme si hardi qui n'eût été heureux de se retrouver à Acre ou h
m L'HISTOIBE DE LA GUERRE SAINTE
Sur. 11$ passèrent cette nuil-Ià près d'un mur, et sachez qu'ils étaient eo grande crainte.
Le lendemain, les Sarrasins vinrent devant Salahadin, et s'agenouiilant à ses pieds, ill
lui firent leur requête et prière, lui disant : «Ah! sondan, il serait bien juste «t^
«opportun de nous venger maintenant du massacre qu'ils ont fait des nôtres i
«Acre. Sire, laisse-nous venger nos pères, nos fib, nos frères et nos parents i
ftceux-tà ont tués. Chacun de nous peut maintenant se venger, n II répondît, c
de raison , qu'il en parlerait à ses conseillers. Ceui-ci s'assemblèrent devant le soqiImi
et examinèrent de près la chose. Là étaient les plus hauts des Sarrasins, le MeelM
avec'" Safadin et Bédreddin Dorderon.IIs dirent: s Sire, nous vous dirons ce quicôiH
«vient à votre grandeur. Ce serait une trop grande vilenie et an grand blâme pour
«la loi païenne si ces chrétiens, qui sont ici en notre pouvoir, et qui ont plrim
a confiance, étaient tués de cette manière, pendant qu'il y a trêve entre nous et le ni
ffd'Angleterre; si vous faisiez une telle infraction, pour quelque raison que ce soit,
«comment pourriez-vous jamais tenir terre, et qui pourrait jamais se fier à noBB?«
AuBsitAt Salahadin prit ses sergents, et fit dire, par Safadin, qu'il ordonnait qne le*
chrétiens fussent protégés et qu'ils eussent un sauf-conduit pour aller et venir M
Sépulcre et faire leur pèlerinage. Et on les traita encore plus honorablement jisq^i
ce qu'ils reprissent le chemin d'Acre.
Comme ceux-lè s'en revenaient, ceux de notre bande arrivèrent. C'était juste au peint
du jour. Le soudan avait fait placer des gens qui gardaient les chemins quand les ptte
rins passaient, si bien que nous passâmes sûrement. Nous franchîmes les montagM^
et vînmes à la nion/'oïc l^'. Nouseâmcs alors grande joie au cœur, de Jérusalem queoMM
voyions : nous nous agenouillâmes h terre, comme le font et doivent le faire tooseeui
qui viennent là. Nous vîmes le mont des Olives, d'o^ partit le cortège qui menait Dien fcn
sa passion; puis nous allâmes vers la cité oil Dieu conquit son héritage. Les chevalîcn
qui étaient dans la première troupe avaient pu baiser le Saint sépulcre, et, quaod Mt
furent avec nous, ils nous racontèrent que Salahadin leur avait montré et fait baiMT-tt
adorer la sainte croix qui avait été perdue dans la bataille; mais nous autres qni élÏMl
à pied nous vîmes ce que nous pûmes. Nous vîmes surtout le monument oà fut ani
le corps de Dieu après sa mort : on y lit quelques oiïrandes; mais ce que nos geOBf
mettaient, les Sarrasins le prenaient; aussi nous y oiïrimes peu, et nous distribtilflHi
l'argent aux captifs francs et syriens qui étaient là attachés et en servage. Noua leor
portâmes notre offrande, et ils disaient: «Dieu le leur rende!» Noua fîmes entoito
une autre visite : nous allâmes à droite sur le mont du Calvaire, là où mourot ciUI
qui daigna naître pour nous, lâ oti la croix fut plantée et la chair divine percé* '■4»
'> Il Taot lire o dans le lotie au lieu de a.
I Vo*eiai] GlosNura l'eifdicatioa de ce raa< (cf., n-demu, p. ùSS).
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. - 461
clous, là où la roche se brisa et se fendit jusqu'au Golgotha; nous vîmes ce lieu et
nous le baisâmes. De là, nous allâmes à l'ëg^ise du mont de Sion, qui était restée
toute ruinée. Nous vîmes, à gauche, le lieu où la mère do roi des cieux fut portée dans
le ciel à Dieu son père, qui avait fait d'elle sa mère : nous le baisâmes en pleurant. Puis
nous courûmes voir la sainte table où Dieu s'assit et mangea : nous la baisâmes aussi;
mais nous n'y restâmes guère, car les Sarrasins nous volaient nos pèlerins, et les ca-
chaient dans les cavernes par trois ou par quatre; c'était là notre grande peur. Nous
descendîmes ensuite, les gens à pied et ceux à cheval, suivant le conseil qu'on nous
avait donné, dans la vallée de Josaphat jusqu'à Siloé. Là nous vîmes la sépulture du
corps où Dieu prit naissance : nous la baisâmes volontiers, le cœur plein de tendresse
et de dévotion. Puis nous allâmes, toujours très inquiets, dans la grotte même où était
Dieu quand il fut pris pat ceux qui mirent à mort son saint corps. Pleins de pitié et de
désir, nous baisâmes ce lieu et nous pleurâmes à chaudes larmes, et il y avait bien
de quoi, car lu étaient les écuries des chevaux des serviteurs du diable, qui souillaient
les lieux sanctifiés et menaçaient nos pèlerins. Nous partîmes enfin de Jérusalem et
nous revînmes à Acre.
La troisième troupe fut amenée par l'évéque, celui qui plus tard fut archevêque de v. laioi
Cantorbéry, et il est vrai qu'à cause de sa renommée, de son mérite et de sa dignité, vi, «ht.
Salahadin lui fit faire tout Fhonneur que je vais vous dire. Il envoya des gens à sa ren-
contre pour le prier de vivre avec lui à ses frais; mais l'évêque s'en excusa et répondit
aux Sarrasins que, comme il était pèlerin , il ne pouvait pas accepter d'être défrayé.
Alors Salahadin ordonna à ses gens de prendre le plus grand soin de l'honorer lui et les
siens; il lui fit maint beau présent et le fit conduire par tous les lieux où notre seigneur
Dieu a passé. Ensuite il l'invita à une entrevue pour le connaître. 11 lui montra la
sainte croix, puis il le fit asseoir devant lui. Ils restèrent longtemps ensemble et par-
lèrent. Salahadin se mit à lui faire des questions sur les qualités du roi d'Angleterre, et
il lui demanda ce que les chrétiens disaient de celles qu'il avait lui-même. L'évêque
répondit : rSirc, quant à mon maître, je peux bien dire que c'est le meilleur chevalier
t^etle meilleur guerrier du monde. Il est libéral et rempli de bonnes qualités. Je ne
^ tiens pas compte de nos péchés , mais si on pouvait réunir ses qualités avec les vôtres,
«nous disons bien que dans le monde entier on ne trouverait pas deux princes pareils,
t( aussi vaillants et aussi éprouvés. » Le Soudan écouta l'évêque et lui dit : ^^ Je le sais, le
«roi a beaucoup de vaillance et de hardiesse; mais il se lance si follement! Quelque
«haut prince que je fusse, j'aimerais mieux avoir de la libéralité et du jugement avec
te de la mesure, que de la hardiesse avec de la démesure. y> Quand Salahadin eut ainsi
parlé longtemps à l'évêque par interprètes, et l'eut écouté avec plaisir, il lui dit de lui
demander un don, celui qu'il voudrait, tel qu'il pût le lui donner, et qu'il sût qu'il
l'aurait. L'évêque le remercia et lui dit : «Par ma foi, c'est une grande chose, si on la
VI , ïxxr.
662 • L HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
t( comprend ; mais , s'il vous plait, j'attendrai : j'en demanderai conseil à Dieu ce soir, et je
(«reviendrai demain, n Le soudan le lui permit. Le lendemain il fit sa demande, et ce Ait
une grande chose qu'il obtint; il demanda qu'au Saint Sépulcre, qu'il avait visité, et où
Dieu n'avait pas de service, si ce n'est de Syriens qui l'honoraient à leur façon, il y eât
deux de nos prêtres latins qui, tous les jours, matin et soir, y fissent le service comme
les Syriens, avec deux diacres pour les aider, et vécussent des ofl'randes; et qu'il en fât
à Bethléem et à Nazareth comme à Jérusalem. Le soudan voulut qu'il en fût ain^
tant qu'il posséderait le pays. Le bon évéque fit chercher aussitôt les prêtres et les fit
chanter [leurs messes]. Il put se vanter d'avoir remis Dieu en possession des chants
qu'il n'avait plus. [Quand ils eurent visité Jérusalem (')] et qu'ils eurent fait ce qu'ils
avaient voulu, ils prirent congé de Salahadin, partirent de Jérusalem et s'en retour»
nèrent à Acre.
V. laig^. Quand les gens, petits et grands, furent tous revenus du Saint Sépulcre, et que les
vaisseaux furent prêts, les pèlerins y entrèrent et mirent à la voile dès qu'ils eurent da
vent. Bientôt les vaisseaux furent séparés et jetés de côté et d'autre. Des pèlerins, les
uns arrivèrent à bon port où ils allaient, les autres firent naufrage et se trouvèrent en
grand péril en des lieux divers. D'autres moururent sur mer et eurent une sépulture
amère. Amère? non, douce, car dans le royaume d'en haut ils en sentirent la douceur*
Quelques-uns y prirent des maladies dont ils ne guérirent jamais. D'autres avaient laiirf
en Syrie leurs pères, leurs frères, leurs cousins germains, morts dans les batailles on
de maladie, dont ils avaient grand deuil. De même que les martyrs ont souffert pour
Dieu des martyres divers et ont ainsi quitté ce monde, de même , j'ose bien le dire,
ceux qui entreprirent ce pèlerinage eurent des soufl*rances diverses et passèrent par
diverses aventures. Mais beaucoup de gens ignorants ont dit depuis, follement, q[a%
n'avaient rien fait en Syrie puisqu'ils n'avaient pas conquis Jérusalem. Ceux-là n'étaiÔBl
pas bien informés : ils blâmaient ce qu'ils ne connaissaient pas et ou ils n'avaient pal
mis les pieds. Mais nous-mêmes, qui y avons été et qui avons vu ce qui se passa, el qui
avons connu les maux qu'on eut, nous ne devons pas mentir sur les maux que nous
vîmes de nos yeux soufl*rir aux autres pour l'amour de Dieu; et j'ose dire, en prenant
à témoin ceux qui y furent, qu'il mourut bien là cent mille hommes parce <pfili
s'abstenaient de femmes : c'étaient des gens qui s'en tenaient à l'amour de Diea, et
ils ne seraient pas morts sans cette abstinence. Et j'ose bien encore vous garantir qiie,
tant de maladie que de famine, il en mourut bien plus de trois mille au si^ge d*Acre
et dans Acre même. Et les prudhommes qui avaient leur chapelain, qui entendaient
leur service [chaque jour], comme un évêque ou comme un saint archevêque, et <pâ,
atteints par les maladies qui couraient, mouraient au milieu d'une telle vie, eeQx4A
(0
11 rofinque deux vers, auxquels ne répond rien dans le latio.
L'HISTOIRE D.E LA GUERRE SAINTE. àùi
4
seront à la droite de Dieu dans la Jérusalem cëleste : de telles gens par leurs bonnes
actions ont conquis l'autre Jérusalem.
Quand Richard le roi d'Angleterre fut resté dans la Terre Sainte tant que le mo- V. laaS;.
ment de partir fut venu, il fît préparer son passage : son vaisseau fut équipé de telle vi. xxxn.
sorte que rien n'y manquait en hommes, en armes, en approvisionnements. Il se con-
duisit alors en homme preux, généreux et loyal, car, pour Guillaume de Préaux qui
avait été fait prisonnier pour lui, il rendit dix nobles Sarrasins qui auraient rapporté
beaucoup d'argent; mais il y renonça pour ravoir Guillaume. 11 fît crier partout qu'il
payerait ce qu'il devait, afin qu'il n'y eût ni plaintes ni exactions, et il fit tout rendre
et acquitter.' Quand il prit congé, vous auriez vu les gens le suivre en pleurant ten-
drement, en priant pour lui, en rappelant sa prouesse, sa valeur et sa libéralité. Ils
disaient : ç^Ah! Syrie, comme tu restes maintenant dépourvue d'aide! Dieu! si la trêve
î^ était maintenant rompue comme elle l'a été mainte fois , qui serait là pour nous défendre ,
«une fois le roi parti?» Là pleuraient beaucoup de gens. Le roi, qui était encore très
souffrant, ayant pris congé d'eux, entra en mer sans plus attendre et fit ouvrir les
voiles au vent. 11 vogua pendant la nuit aux étoiles. Au matin, quand l'aube parut, il
tourna son visage vers la Syrie et dit, ses gens l'entendirent et les autres le comprirent :
r? Ah! Syrie, je te recommande à Dieu, et puisse Dieu me donner encore, s'il lui plaît,
tt assez de temps pour que je te fasse secours! Car je pense encore te secourir.» Alors
son vaisseau l'emporta au loin; mais il ne savait pas les grands maux, les ennuis et
les peines qui lui pendaient devant les yeux, et les tourments qui l'attendaient par la
trahison préméditée qui fut mandée de Syrie en France au roi, au sujet des Hausassis.
Il fut ainsi pris et jeté en prison, étant en pèlerinage et sous le sauf-conduit de Dieu,
ce qui permit de prendre son patrimoine et ses châteaux de Normandie par convoitise
et par envie. Ensuite il fut racheté moyennant une rançon d'argent pour laquelle il
lui fallut tailler son peuple et prendre dans les églises les croix, les reliquaires, les
calices, les vases, et l'or et l'argent. Il en était en si grand besoin que, de tous les saints
et saintes de Dieu, il n'y en n pas un qui, sans mourir, ait plus souffert pour Dieu
que ne fit le roi dans sa prison en Autriche et dans la riche Allemagne. Mais Dieu
(|u il avait servi ^'^ et son sens, et sa libé-
ralité, sa prouesse et sa prévoyance, et les barons qui envoyèrent pour lui leurs fils
en otage, tant qu'il revendi(|ua sa terre sur le roi de France et lui fit la guerre, et
il fit si bien qu'il recouvra autant ou plus qu'on ne lui avait enlevé. Dieu conduit
toujours si bien ce qu'il fait qu'il rémunère équitablement celui qui a souffert à son
service.
Sachent tous ceux qui sont maintenant et tous ceux qui viendront que l'histoire finit V. i<)3^if.
''^ l\ parait y avoir une lacune d'au moins deux vers, qu^on ne peut combler avec sûreté.
38
t»l>CIU7.r.lC H4TIU1£ir.
&6& . L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE,
ici, et assure comme vérité certaine que l'année où la croix fut conquise [et prise çn
les Sarrasins'"] il y avait mille cent quatre-vingt-huit ans, ie livre l'aHirine, depnis
le temps de l'incarnation, où prit naissance le tîls de Dieu, qui vit et règne avec
son père. Puisse-t-il nous mettre tous dans son royaume! Amen.
' Vers manquant rcslilné par conjecture.
GLOSSAIRE.
38.
[^ Gloasnire (|ui suit nn eonlieiit i>as tous les moU du texte : on y a compris tous ceui qui n'edi-
(eiit plus en français moderne ou qui se présentent dans )e texte avec uue forme ou un sens MKs
difT^reDls de ceux du français moderne pour cr<!er une difScult<! au lecteur, et en outre qadqnes oMls
dont il a pani inti'ressant de noter l'apparition dans un Icxle litttîraire dès le xii" siède.
Les télés d'articles oITrent les mots sons la forme qu'ils ont dû avoir dans la langue de Tanteiv
et qui est constatée dans l'introduction grammaticale; quand cette fonne n'est pas représentée dant
le manusciit, elle est placfe entre ciocheLs. Les formes du manuscrit sont plac^ h leor onira à-
phabétique , avec renvoi h la forme normale (on l'a souvent négligé quand la forme fautive ocrapenil
le même rang alphabétique que la forme restituée). Toutefois , sauf un petit nombre d'eieeptîonB, on
s'fst contenté d'enregistrer, comme articles à part, l'infinitif des verbes et l'accusatif aingnli^ des
noms ou pronoms.
Tout substantif est enregistré è l'accusatif singulier, tout adjectif ii l'accusatif mascidin ringalief,
sans que ce soit expressément mentionné. La note pi. seule indique que le mot est à l'accuuttf ^»
riel, la noie/, qu'il est eu féminin. La note s. indique que le mot est sujet (ce qui n'impUqae pM
toujours qu'il ait la forme du nominatif). Le singulier est toujours donné avant le pinrid, le mue»-
lin avant le féminin, la forme du régime avant celle du sujet.
Dans les verbes, l'infuiitif est toujours mis en télc de l'article. Tous les temps, sauf indication eon-
Iraire, sont b l'indicatif; ils sont ainsi marqués : ^r. — présent, l'm^. = imparfait, ^.^^ftiUt,
/u(. = futur, ntiK'.s'Condilionuel, Les modes autj-es que l'indicatifsont ainsi marqués : tn^iér. =âaf6-
rntif, tbj. ^ subjonctif Un p. seul désigne le participe passé. Le participe présent et le génwidïf WPt
égalemeiit marqués |>8rg'ér.=gémndif. Les personnes sont marquées par les cbiffres 1,9, 3, 4,5.6.
les trois derniers chilTres désignant les trois personnes du pluriel.
Dans les vci-bes comme dans les noms , une indication donnée pour une forme s'applique anm k b
forme suivante, si celle-ci ne poi-te aucune indication nouvelle; quand elle porte seulement UDeiot»*
indication, il faut suppléer l'indication plus générale qui précède. Ainsi >rful. 1 tarât, k JWtmh*^
signifie que tirai est la première personne du singulier, laruais la première personne du phuid et
futur de hier; -rp. remis, f. remise, pi. mnûesn' indique que remis est l'accusatif mascidin MlgB-
iiei', remise le féminin singulier, remises le fiiminin pluriel du participe passé de remaneir.
(Juand la traduction d'un passage cité contient les noms et verbes aux mêmes nombres, gaantt
fonctions, temps, modes et personnes que le texte, ou que ces données résultent clairement dslk
traduction, les indications ci-dessus expliquées sont omises. Ainsi "descoieretu, détoumèranta , mm
nimpf. 6 desvoleient, desvoloient , pf. 6 desi^ldivnt, ne pas vouloii*, se refuser b".
Pour plus de clarté , on a introduit dans le Glossaire l'usage du tréma pour distinguer tù, «, m. S,
uê, eu, oâ en deux syllabes des diphtongue.^ ni, ei, oi, ie, ue, ou : pais , feis , roïUier, eritr, Ùr»
seûr, pour.
GLOSSAIRE
A, à. Avec le, art. masc. sg., a se combine en al,
avec les, art. pi. m. et f., en om; on (rouve cepen-
dant au V. 63 a 5 a /et maee»; cf. Tobler, Le Ven
fronçait, p. 36. — A contenu dans al nVst pas
répété, comme on s^y attendrait, v. 6i : Al beeoing
Deu e sa elamor, — A peut exprimer entre un sub-
stantif et un autre le rapport de possession : H pères
aljœfne rei 96, la /este a toz les sainz 3179. — 11
signifie avec : a iço U^-j^i a ço 7^69, 8577, avec
cela. — 11 désigne la manière : agrantjoie A/io;
a force 735, i63o, as&i, a3oo, 3766, etc., avive
force 33o6, 6690 (ms. éd. a unef), — Assemblent
a nos 3067, en viennent aux mains avec nous. —
Berbiz fuient a lou 731, fuient devant un loup. —
Deu vint a volenté 39^4, fut dans la volonté de
Dieu. — /lt?oiV a père iiA5, a non lîhU, avoir
pour père, pour nom; avoir a chier 3^71, aypir en
amitié; se tenir a liôh, se regarder [à bon droit]
comme ; quil saveit a tneseûrus 9617, qui le connais-
sait pour malchanceux. — A devant un infinitif au
sens de «pourn : De vitaille a l'ost sustenir 7910.
— Au V. 1998 a est incompréhensible et sans
doute fautif.
Aagb. Voir Eagb.
Aaisiir : s*ert aaisiez 3690, s'était mis à son aise;
p. aaisié, commode : vent aaisiê 1 aSa , vent propice.
Aamez. Voir Mbsabsmbr.
Aatie, ahatie, attaque, 6087, ii3ââ; granz aaties
3876, violentes attaques; par aatie 3737, par pro-
vocation, par défi; i65, à Tenvi.
Aatirb 906, comme Aatie.
[Abaissier], sbj. impf. 3 abeissast 6689, baisser (de
prix).
Abardoiibb i3o^, céder; s'abandoner 3871, 6969, se
mettre en avant, s'exposer (dans un combat);
10359, s'ouvrir, parler avec abandon.
Abassbb, devenir bas (au sens de tardif) : relevée
abusée 11915 (: seree), heure avancée de Taprès-
midi.
Abatbîz 7891, amas de choses abattues.
Abatbb i59o, i568, renverser; pf. 3 abati hk^'j
( ms. éd. emhati) , faire baisser de prix.
Abbs 10093, s. ^abé, abbé.
Abbissibr. Voir Abaissibb.
Abitbb, habiter, p. abité 8808, fréquenter, converser;
abitee 6768 , 9869, habilse 9066 , habitée; que nuls
n'i aveit abité 9618, ce que personne n'avait réa-
lisé (?).
Abrivbr : s'abrivoient 8996, s'efforçaient; p,(,abrivee
10959, lancée avec force.
Abbochibr. Voir Atbocbibr.
Absolu. Voir Asoldbb.
AÇAIÏITE. Voir ACBIIVTB.
[Acbi5ite], açainte 5993, 10171, enceinte.
ACBHBBHB5T. Voir AcBSHBBHB^IT.
AcBNER 6858 , appeler par signes.
AcBBTBB 9196, reconnaître avec certitude.
AcESMé 9999, pi. acesmez 6997, f. acesmee 9161,
orné, paré.
[Acbsvbbmbtit], acemeement 6999, élégamment, en
grande parure.
AcHAiso!! ûkhh, 5456, cause.
AcBAHAiLLié io859 pi. S., cogagés dans une mêlée,
aux mains.
Achat : de grant achat à8i6, de grand prix.
Acbatbi 369, impf. 6 aehatoient hiZk (1. Si Vaeha-
Uneni eneor chier), acheter.
Achbhbb 6977, réduite à la condition de chiens, misé-
rable.
Acboisibr. Voir Aqobisibi.
[Acuibiib]: (ie/<iroi#a> 5765 , éclairde, lâche.
Acoiu Voir Acobil.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
AcniNTENENT 7A0& , iîaîson , connaiEsancc que l'on fait
AcoLEz 7550, enlaures dos bras, embrassds.
AcDii l'Aie ^i«R : l'acompaigniermt Goo-j, ee mirent de
compagnie, k rtunirenl ^ ammpaignitft 17^9,
ini9i>9 dans )a même compagnie, jointeg.
AcoMPUB 3199, terminer.
AcoKDini. Voir Acdndvibe,
[AconDCiHi], acon^ire toi5, convoyer.
AcoiisiTHE 170, Igo [acuBiivre), 1C6&, 9388,
3ooo, pf. 6 acoiuuirent 11197, P- P'' «cofuett
55i&, 870&, aconimg f. 7789, all«indrc.
AcoKTE, amnte 6786, pi. atontti 5696, romple.
[Acohtib], pr. 1 aeunt I9i36, Taire entrer en
cfflnpte.
AfOPEB ; (oui ifudel drtit apipee 3a56, tant elle s'y
arrAla (y tomba) droit; la iert la baliûHa ofoptt
A856, Il la bataille ëlait arrêtée.
AcoBDi 110, 96g, I1&61, accord, pacification.
AcnnoEMiiiT aSi.l, accord, arraDgemcnt; a un aeor-
dement 56o5, ensemble, d'accord,
AcoiDii : t'acardtnnl 10A9, tombèrent d'accord;
atorde» 918, i. rttordtt.Vtnt Recobdib.
AcoBEiT 1586, ]. alorm'l. Voir ATonaan.
AcoKEE : «n ocorant 8793, en courant dessus.
AcosT» 6069, approcher de câlû; acottte 6oo5,
arrivée â cftte.
AcoTER : al thatir jm l'aeota A875, au milieu de sa
chute il resla suspendu en s'appujenl.
AcniiHE aiS, acroi» S-j^k, emprunter; fat acroiri
Aghoihe. Voir Achei»e.
[Acdiil] : de grant acml 88& , lrè« iccueillant.
AcDis. Voir Aqvis.
AcDHsiTiu. Voir AconsivEE.
AcD-<TE. Voir AcoiTE.
AcctiTiE. Voir AcoBiEa.
Adicebies 1789, i865, pour de bon. sérieusement;
5167, avec certitude.
Adhiiad, lufiniroif, admirald, admirai», admirak, ad-
ffltVali. Voir Ahieil.
A^aKC 7&0, alors.
Ados io^iiA, endroit où l'on s'adosse; lit adatta
a tel adot 9365, (fig.) les mil dans une telle
AvossER 9365, acculer; t'adoner 3ioo, 358(1, s'a-
dosser, toumi^r le do<.
[Adrecemsi], adracaiitni 1776, réparaljun, redres-
[AonECiBR], adreicier t33g, sbj, il
]^6o, 6 adreêçattmt ifiQ3, p. fl. airtmei go8,
I AgS, dresser; iSSg, diriger; 908, 1 A60, réparer,
redresser.
[Apiut] : adroilt ia33S (éd. a imtt), droite, biM
Adbeschiiit. Voir Adiigihiht.
Adeescii*. Voir Admciik.
Adiibei 166G, endurcis (Gg.).
Adiiesi ii5i6. Voir Ensais.
AiEHiii (S') 3688, s'attacher.
Apaise ôSA (masc.), n^oirt 880, l'affain 3o6g (ta
sujet, rém.], affaire, entreprise; d» grmt afiln
879, 3I10S, de grande conséquence.
AriiTiEa.pC 6 a/nMrenl A996, arranger; p. ». rftèm
5976, bien appris, lage.
[AriiLBiEa] : afibloim ^S»3, affaiblie*.
Afebmiu. Voir Afeueier.
AriinB. Voir Ahitiu.
ArEBia.pr. 3 afart -jg^^ , imp{. 3 ^«rrà gji. im,
afenàt 5Utg, convenir, appartenir.
AriRMEK &191, affinner.
ArriiBi. Voir AriiaE.
Aruiici 11713, promesse, engagement.
Aficbibb, pr. 3 ^he laUi, p[. S afaU 6a*&,
p. ajiehii 61/16 : isSAï affirmer; i'o/EoIm 68ttt,
s'affermit; pi, s. afickié 6t'i6, bien décidét»IPB-
firmes dans leur résolution.
AriLits 3170, aUGIÉea.
Afolib i5&6, impf. 6 t^ohùnt 758, pf. 6 tfibnÊt
759, p. pl. a. a/i>U9569, détruire, perdrai t»M
être détruit, perdu.
Apoudee 3963, coulée A fond.
AoBiiEsii 686S, r. pl. i^nicmiM* 1991, jeté bM,
écroulé.
AoHBtB, impf. 6 agrmit <|75à, agréer.
Acii, pl. ogiii ^7^7< B'S"*
. AooiiiT A157, 709), embutude.
ADi'«inBB, pr. 6 agitailtM 8889, épier.
Ahiitieb 5365, mettre de bonne bumeur, « kMH
disposition.
As» 983, 1010,1119, 1708, 9836 (AaiM),p«H(
fatigue,
A BATIE. Voir AiTii.
Abebkescbeb, Voir Aheiwcbieb. ,'
AbEBKESCIIIE* 9068 (oAfTTKKW), p. f. (
71 77- ggS*'' armer, équiper;
Aide 1 1871, aide, eoniribulion.
GLOSSAIRE.
469
AiDABLB 8636, pi. aidabUê 3960, capable d^aider, de
rendre service.
AiDiEB, imp. aïe 5898, sbj. 3 ait 1/19, aider; taint
tepulcre aie 6898, saint sépulcre, aide-nous I
AïB 799, i369, 16/18, 9610, 3861, aide, secours;
de grant aie 876^, de grande valeur militaire.
Ame 179^, 3538, jamais.
AiRCBis 993, ainzeie 5 180, einceie 3696, 9766, ain-
çoii lih2y 9016, anceù 1907, ançoU 9111, avant;
1907 mais; ei to$t com il pora ainçoie 9016, le
plus tôt qu'il pourra.
AiAçois. Voir Ai^cceis.
Ai» 3/j5, 379, 585, einz 35i, 9119, avant; ainz
jor hbZy avant le jour; cinz icel contefnple, avant
ce temps; i7 ne cessa (suppr. la virg.) Ainz les ot
passez 7699, il ne s'arrêta pas avant de les avoir
lait passer; ainz que 833, i363, 9037, 67/19; a
Vainz qu'il porent 93A, 11860, le plus vite qu'ils
purent ; qui ainz ainz 3339 > 9985 (q, a, anz) , à qui
arriverait le plus tôt.
Ai.nzEis. Voir AmcEis.
Aîb : de grant air 3763, d'une grande force; 6673,
avec une grande violence.
Aise 63o3, facilité, aise; 517, commodité «"^bien-étre;
en aise ùihç^y dans un lieu favorable (au débar-
quement): a aise 710, ayant leurs aises.
Aisembut 11705, commodité, bien-être.
Aisié, s. aisiez 3i35, qui est à l'aise.
AiVE, aïeul; el tens noz aivès 9776, el tens nostre aive
io5o/i, au temps de nos aïeux.
Ajobkeb, pf. 3 ajorna 1195, faire jour.
Ajosteb, pf. 3 ajosta 111, réunir, rassembler; 6 $*a-
jostouent 33 17, se rassemblaient; s*ajosta 97 19 f se
rassembla.
Alcon. Voir Auco.
Alçob. Voir Ai'çon.
[Aleier] : s*alier 6800, se rallier, s'appuyer sur.
ALEMA5DB, pi. aleinundes 69^7, amande.
Alee, pi. alees 3930, marche (en parlant de plu-
sieurs vaisseaux).
Albgieb : p. alegié âoii, allégé, rétabli.
Albinb : grant aleitie 7378, d'un grand élan.
Alboib, pi. aleoirs 9338, chemin sur le haut des
remparts.
Albr, impf. Il alioim 1330, cond. 3 ireit 5o, sbj. pr. 3
ah 8, aller; lor entrées ereni alees 3366, ils avaient
perdu tout moyen d'entrer; les fèves furent alees
6357, furent finies; la gent est alee 11116, est
perdue; que sa vie n*enfust alee iii85, qu'il ne
perdit la vie. Aler construit avec un gérondif 1 1 90 ,
9096, 6068.
Albûrb 6969, allure; grant aleûre 1976, i585,
5393, 5791, vite, grand train; petite fiieùr» 5965,
à petite allure.
Alibr. Voir Aleibb.
Almaillb. Voir Admâille.
Almb. Voir Ame.
[Alob], aloue 1695, alouette.
ALoi 9857, aloès.
Aloeb, p. aloé 9858, loger, colloquer; s^ert aloez
669, avait fait un contrat de location.
Aloighibb. Voir Esloignieb.
ALOsé, 8. alosez 9838, 3335, pi. r. aloseï 396, loué,
célèbre.
Aloub. Voir Alob.
Alquânt. Voir Acquârt.
Alsi. Voir Ausi.
Amarteûb. Voir Ambntbvbib.
Amitib : amatie 166, accablée, abattue.
Ambbdci. Voir Ansdous.
Ambbs. Voir Ans.
Ambesdocs. Voir Ansdous.
[Ame], anme 1063, 3658, aime 9861, 3909, pi.
aimes 956o, 3653, âme. La rime à'^alme, ahnes
avec dame, dames (3909, 3659) indique la même
prononciation pour les deux mots.
, Amebdbb, sbj. 3 ornent 9798, pf. 6 amendèrent 6996,
réparèrent , remirent en état ; si Deus m'ament , ainsi
puisse Dieu m'améliorer !
[Amekteteir], p. f. amanteûs 55oo, rappeler.
Amibail 3685, 9363, 10798, 11967, amiralt 7577,
admirait 3891, admirald 11 859, admxrad 7576,
11631; pi. amiralz 3671, 6860, 6563, admirait
9373, 3597, 6333, 6696, 7583,8699, admirais
6799, s. admirail 8o59 , chef sarrasin , émir. La rime
d'amiralz avec halz (3671) indique pour le sing.
amirail ou amiralt; le premier est préférable. Le d
de plusieurs formes est dû à l'influence d*admirari.
Amibalt. Voir Amiral.
Amo!«B8teb, pf. 6 amonesterent 5679, 9098, conseiller
(gouveniè le datif).
Ahob 63/ 9998, etc., amour (fém.).
Amobdbb 9910, se prendre à (comme le poisson à
l'hameçon); gart ne s*iamorde 9965, qu'il fasse
attention à ne pas s'y laisser tenter.
Amulainb. Voir Mclairb à la Table des noms propres.
An. Voir On.
AncBis. Voir Aikgbis.
470
L'HISTOIHE Dis LA GUERRE SAINTE.
[Anceisob], pi. ■. aneitur 5ii, Ci8, 6791, ancêtres.
[Anciisoiii], anceiterit 87, oncMom 5 1 1 7, temps des
ancêtres, aatiquiié.
AsclLEB, anctié SgAA f
Abcisoh». Voir AïcuBOBiE,
Anctscn. Voir Anciisan.
AaciÉii 333A,«ieux (d'âge).
Anpois. Voir Aincsis.
Aadrgs*(e : l'andegrave 3997, s. l'andtgrave 1973.
l'amUgravet 3Ao5, le landgrave. Cette forme, tin^ii
de l'ail. lonl^M où i'I a élé prise pour rarlîde.sc
retrouve dans la Saintt Etiiabeih de Rustebeut et
danslefloinnnda/fflin,elne doit pas être corrigée.
A<ii A008, caoïrd.
AiDci. Voir Ansdois.
AitiBS. Voir Emiiie.
AiicEiin /i335, A3&I, deoier d'Anjou.
[Aneoissm], inipf. 6 anguitoient A009, \i{. 6 <in-
guâêermt i889,seiTor de près, tourmenler.
[Angdissos], r. aaguiiiuie a&iA, anguiiott 8993,
lounnenlé, plein d'angoisse.
AlIGVtBDS. Voir AsiGDlBDI.
Arcdisos. Voir ANeoissos.
AnaiiBBM. Voir Anooissm.
AnHE. VoirAïa.
[Ans], f. arnica i79<ii tous deux.
Amirr. Voir EnEiHE.
[Akoitiii], pf. 3 anuita laSo, gér. anuiiaHl 1 t^Go,
AnoiE liha, 90C9 {ma.aaeine), provisions de ImitcLc.
[Aksdous], Bj. ambedui iS-j, andui 6A'i6, (. ambtt'
(ioM ilifiS, 3953, loua deai.
AiDiT 19166, cette nuit.
AnuiTiBi. Voir AnoiTitn.
Am. Voir Aim, AicicDiHDf.
AMeciBtit 6ii7(in9. dd. aBZ,giiarde),anguar<lt35Qi,
3597, avant-garde; anguarde 9985, pi. anguardel
6878, g/iaS, hauteur, éminence.
[Aoiu], pr. 3 aâre ai, p. f. aûree laiA, adoi'er.
Afiieb, p. pi. B. npaié 9083, réconcilier.
ApiBCBTim. V[
ApiBEiLLEB. Voir Ai
[Apiueiluer], préparer, mellre en élal t apardllrr
ton tire 18 j, sbj. impf, 6 apanlleuent tir aire 917,
faire ses préparalir» de lojage; aparillrr ton otl
1761, mcllrc son année sur le pied de guerre.
ApiBtlsTnB, paraître; n'fltil nul apariiiant 179&, il
ne eemlilait pas.
APIBILLEB. Voir AplRBILLIEIl.
AriBTBBiB,pr. Goporlùnenlsi
fMuinl AG9, oporlnant 399, qui a
Apbudbe, impr. 3 ^tmdoil 6&9, ccnd.
SodA, appartenir féodalement, être sujet; ■*<
avec le marquit, se mettaient daa» aoo parti. .
ApEBaiB(S') :pr. 3 l'opcn» A978, songer i(MM^^
ApBBcitBiB, f.aptrçtù ig6o, apercevoir, recoUMBra;
B. oparcBÛ 1 (668, avisé, intelligent.
Apmt, r. aprrU aAiA, 597^, clair, viiilile; •.ifpsn
9939, 5^70, adroit, habile au inéli«- d«s •niMB|
geat apirte 5ç)0, de même.
Apjcticiib : p. S. aptliàtt 5078 , 7067, rédoite. Hait-
Aplovi» 998, çflvnaiT 5oii, aplwMr iiigt, ilipt
6(if>loi>oumit6oi7, p. î.apitât^l l3, arriitrCMim
la pluie. Cf. Esploibii.
Apldvoib. Voir Aplotei».
ApLUiiia. Voir Apioviia.
Apoul. Voir Apoiiil. - •.
[Apoucl], apomi gSA , appui.
[Apoiehutt], npui'nwnl 197&, appui.
ApoiNPel, impr. 6 apoigtmmt fioii, jnquer bot, W-
Apo.idbe 896, ajouter.
APoniEB : lor dcii, it oih noi apurUiutM 653, ib BMB
menaient leurs doigts soui les jeux.
ArosTiE. Voir Apostm.
[Apdstoilb], apottoillt &3, pape.
Aposioilli. Voir Apostok.!.
Aposthe 6679, apotlh 579C. npôlro. La rima anc
nojli's (Q679) établit la formr,
Apbe. Voir AspBi.
ApBEiDnE. Voir Apbieubbe.
Aprimibe : aprii de giurri i536, expert àum fai
A PUES 8383 , d'après.
Apresbek, pf. G ajimin-ml 5711, serrer de pc^~
[ArniEMgns], aprutndre hliib, déprimer. La riniaanc
enembri (ms. eritndre) élaUit la forme «t h amâ.
ApBiSMiEn. Voir ApnoiSNisa.
[ ArnoisiiiEa ] , api-innin- iiiAS, impf. 6 àprùmmiÊl
3167, pr. 3 aproima 8197,6 apnm^rsM 3 168, ap-
procher.
ApBosHiEa. Voir ApBoisaiiH. 1
Apviehi.nt. Voir Apoibhekt.
[Aqubisiib], pf. G achoittrait 5A&0, opaïier, oAmT.
Aquis /i9i8, Aafia, Ù399. A96&, Aa78, %tt4,
GLOSSAIRE.
471
636o,638o, A396 (acuu), 6/113, io5o5, o^utte
6761, réduit à une condition fâcheuse, malmené.
Aqqitbi : t7 aquiterent lor gage* 5368 , ils retirèrent
ce qu^ils avaient mis en gage; p. f. aqnitee 6768,
9869, délivrée. La rime avec habitée, aux deux
derniers passages, indique la forme.
AiABi 680/1; pi. arable 11550, arabiz 3o39, arabe
(en parlant d'un cheval); 680/1 cheval arabe. La
lîme du sg. avecf Halabi et du pi. (1 i55o) avec di$
indique la forme.
Araiso?ier 9559, interpeller, adresser la parole à.
Arbalcste 9171, etc. ( ms. arbîoite, arbelaêle) , arbalète.
Areblaste, arblaste. Voir Arba leste.
Arc, pi. 8. arc io8â5, arche, voûte.
Arcbibe 656o , portée d'im arc.
Arcbierb 3571, pi. archi''re8 9^45, meurtrière.
Ardbir 3/i33, 3687, 3693 (ms. ardeier les trois fob),
p. art 3698, 38i 1 , pi. f. arses 817, brûler.
Are, sec; (fig.) s. ares /i538, svelte, dispos.
Aresteme5t 656, 1173, 61 o5, arrêt, retard.
Arbster ( S' ) , pf. 6 8*arettureni 58 1 3 , 11910, 11936
(: conurent)y s'arrêter.
Abibre 11 58 (: chiere)^ artères 181 3, en arrière.
A BIERES. Voir Arirre.
Abiver 58o (ms. a anner), ij38, 3871, pf. 3 aviva
589, i35o, 6 ariverent 33 3, 5io, p. pi. s. avivé
6o5 (ms. arme) y aborder; 58o $*ariver, de même;
1 35o faire aborder.
ArmeCbe ii3i, pi. anneûres i683, 57&0, armure;
ii3i ensemble d'armures, armement.
Arochibr, pf. 3 arocha 3963, attaquer à coups de
pierres, lapider.
Arofidb 1373, 5656, hirondelle.
Abosteb, p. f. arostee 6099, rôtir.
Abotbb, pf. 6 aroterent 7656, 101 35, p. f. aroutee
3i58, 5769, mettre en troupe.
Abooter. Voir Aroter.
Ars. Voir Ardeir.
As 5o5, etc. Voir Le.
[Asaillie], assaillie 3683, attaque.
AsEBiR 8 1 o6(iMfeo{r ) ,pf. 3 asist 1 973, 6anitr0nf 3608,
p. f. assise biZ y 3606; 5i3 asseoir, situer; 1979,
9 Û06 , 3608, assiéger ; 8 1 66 par asseoir, par siège.
AsEGiER 1965, 3591 (asiegier), pf. 6<Mt>^>rtffi<3899,
atiegerent ^'J'J'J, p. pi. s. asiegié 3019, 3893, as-
siéger.
AsBGiR, sbj. impf. 6 asegissent 10366, assiéger.
[Asemblaille], pi. assimblailles 6166, union.
AsBMBLEB, pr. 6 astmblenl 3067, impf. 6 assewhlomt
66 1 0 , Rbj. impf. 3 assemblast 7316, cond. 3 assem-
blereit 73 16, attaquer, en venir aux prises.
[AsERs], assené 8966, 10900, approbation.
AsBÛB 368, asseùr 9991, etc., en sûreté; 9686 en
certitude. Au v. 6 1 75 pour àkseûr 1. a Sur ne,
[Aseûrbr], impf. 6 asseûrouent 9i36, pf. 3 asseûra
i8i7,p. f.aMeurM 1033,3887; 1099,9887,9136,
rassurer, tranquilliser; 1817 assurer, rendre sûr.
[Asrz] : auez plus 766, sensiblement plus; assez
mielz 1800, bien mieux; d'assez 6769, 6806.
7500, de beaucoup.
AsiBGIER. Voir AsBGIBB.
[ Asoudrb], pf. 3 assoit 3970 , sbj. pr. 3 a$soille 5599 ,
absoudre; juesdi absolu 1907, 8353, jeudi saint
(où Ton donne Tabsoute générale).
[Aspbb], s. après 9618, âpre, ardenL
Assaillie. Voir Asailue.
Assemblaillk. Voir Asemblaille.
Assembler. Voir Asembleb.
Assers. Voir Asexs.
Asseoir. Voir Aseeir.
Assbûr. Voir Aseûb.
AssbCrbr. Voir Asbûbbb.
Assez. Voir Asbz. •
AssocDBE. Voir Asoudre.
[ATAiGNARTMEirr], ateignanttnent 6697 (ms. ateigna-
ment), d^une manière forte, pénétrante.
Ataindrb, ateindre 1901, 6990, impf. 6 ateignouênt
1 53, gér. ateignanz 6 69 6 , m ataignant 1 0070 , p. f.
atainte 9i53, 10616, ateinte io58, 1901, 9i53,
gagner, rejoindre; i ateignouênt , y arrivaient; atei-
gnant, pénétrant; en ateignant, en piquant droit
dessus; 6930 , profiter, servir; atainte 10616, ateinte
io58, manifestée, connue.
[Atainte] : de hante attinte 9 1 53 , de grande puissance.
Atist. Voir Tant.
Ateignahtmeiit. Voir Ataignarthert.
Ateirdbe. Voir Atiirdbe.
Ateirte. Voir Atairte.
Atempbeb 1 665 , modérer ; p. f. atempree 1 836 , réglée ,
arrangée.
Atehdrb : s*atendeit 5o73, se préparait.
Atbrtb, attente : sanz plus atentes 1891, sans plus
attendre ; en atentes 5o56 , en attendant. Cf. Erterte.
[Atertbibb], p. f. atencoiee 5766, amincie, édaircie.
Atertoibb. Voir Atbr? bieb.
Atebmirbb, pf. 6 aterminerent 1793, fixer k un terme
précis.
Atocbibb, pf. 3 atoeha 9186, toucher.
39
472
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Atob : pi. aiun 3oâ, équipements de gaerre; dolz
ator 1 1067, spcclade (propr* arrangement) doux à
voir; hùdoê alur ]o858, spectacle hideux ; defoi't
aiur /igSâ, de forte fabrication. Les rimes avec
tor= turrim (io858, 1 1067) indiquent la forme.
Atorsbr ii3A, irapf. 3 atomoit 6376, pf. 3 atorna
9^64, a686, C alomermt 3oo5, cond. 3 atorreit
A586 (ms. éd. acoreit)^ gér. atornant 6068, p.
atome 938, 1193, pi. atomez 9766, f. pi. ator-
neeê 1169, arranger, disposer; s'atoi-ner /io68,
5976, se disposer.
Atbairb 1990, 6963,8396, s'approcher; /i878 céder,
s'incliner; atreitrmt 6961, tirèrent; atraite 355,
A389, amenée.
Atrait 365/i, atreit 3339, 3879, /i655, fascines, ce
qu'on jette dans un fossé pour le combler, sur une
machine pour la brûler.
Atraper 9399, attraper.
Atrater : alravee 10809 (ms. trouée^ éd. atrovee)^
campée (1. a Jaffe pour de Jaffe),
Atrocuibr (S') : ne m'atroc A719, ne m'attache (le
ms. porte ne natiîroe, l'éd. ne m'abroc, mais atro-
ckier convient mieux pour le sens qu^abrockier et
s*éloigne moiiis du ms.).
Atroybr. Voir Atrater.
Atur. Voir Ator.
AcBERG. Voir Hacsbbrc.
[Aucoh], aleçn 98A9, quelque; 9/119, quelqu'un.
[ AuçoR ] : le règne alçùr 1 9 9 1 0, le haut royaume ( le ciel ).
AuGTOR 5i9 pi. s. , les tuteurs, spécialement les poètes
anciens.
AuMAiLLB, plur. collectif a/m/it7/ff 8998, pi. aumailîes
9 1 06 , gros bétail.
AkCer 9699, pf. 6 aûnerent ^91, p. aâné 9706, pi. f.
aûneeê 9676, 9750, rassembler.
Auquart : s. Hauquanl 19911, alquant 6 1 68 , quelques-
uns.
AuQUBs 9887, 5586, 7053, un peu, quelque peu.
Aires. Voir Aorer.
AdsBR : ë*aû»erent 5999, s'accoutumèrent.
Acsl com 739, aUi corne io366, ainsi que.
[ Acter], autier» 5939, autel.
AoTRESi 85, 3975, 19181, aussi; auireii grant cam
1989, aussi grand que; autre$i comm 19179, ainsi
que.
AcTRETEL 9109, 8867 (pi. s.), Semblable; 3776
(neutre) toui* autant.
Aval. Voir Val.
Avaler 6900 , pr. 9 avale$ 3768, descendre; en avaUr
686, en descenduit; s'avala s538, dai96Q4il; 9**-
valou:'nl 1 0 1 65 , descendaient. ^
AîB, qui est en échec : prié 9 amqmâ § mi|f f gip
9359. Ce mol se rencontre toi^oan npppodié de
mat (voir Godefroy), ce qui ne permet pat de le
confondre avec haoe. Cf. Atbb.
AvBiBR, avoiee 5869, mettre en route; «'««oie itSBt
se dirigea; ê'aveierent 638, marchèrent de
Atbib (pour les formes, voir l'Introductioii)»
n'iavrtil atendu 5636, on n^attendnit pes) nU
cort eii« 5699, il n'y avait pas en de cour.
AvBiR, oroir 816, 986, oMtrs 610, avoir,
aveir 1 656 , pour de l'argoiit.
AvEiR. Voir AvBR.
AvESEMBNT 9369, arrivée.
Avenir , pf. 3 avint 1 9 , sbj. impf. 3 avini^t 8679 ndvfidVt
arriver; aon avenant 8o63, ce qui loi ninimnii.
AvEKT : pi. in avenz 69 o3, dans le temps do iVfprf»
AvESTURB : que l'aventure ini car ut 94*369 P^ lnH^
fut la fortune; st rom Vaventure eurui 5of 4« CUpffl
le voulut le sort; ee mUt en l'aventm^ fiti^ 49!l9i
se livra au bon plaisir de Dieu.
[AvBKTOROs], aveniurus dj guerre aeSe, biStt^mt A
la guerre. *
AvBQUEs. Voir Ovubc.
AvBB, s. aver io69,atetrt 6608, L pi. H|MHW Mf^t
avare .
Aver, mettre en échec à : Vo$t. . , ot li| f^nC jipîiili
avee,et tote Vemtelfail maU 666o,r9elnrai|Jn|H||i
un échec ^ la race païenne, et éà% Tw^UffM*
piètcment matée (expr. fig.). J^q df MfVfU ^
par M. Godefroy, écrit haver et Ç|^ fj^ l|ip|pfe;
mais ici la mesure du vers esldVraqordaifelilp»-
phie du ms. pour établir la fon|i^ 4Pff.. ÇK^ .4*4»
Avers 7879, au regard de. Cf. EktIM*
Avertir : t'avertirent 5916, firent. ^Itçutjep»
AvBSPREE 1 1633, commencement d(f|fi f||iféj|^
[ Avillibr], pr. 3 avile 8686, déchoir, d(|e||lif|lp4pi
sable. La rime (Marêille) indiqoe l|^ fbtipo*
Avis : ettoit avi$ 9377, semldait
Aviser, pf. 3 avisa 36 13, 3796, 6 piMUwWi^ 5y6.
garder, apercevoir.
Aviver, gér. avivant 9096, proiMr, rendff iflf^
Avoé 176, patron, protecteur,
AvoEME 5988, patronage, sq^rémMie.
AVOIER. Voir AVEIBR.
Avoir. Voir Avbib.
Avoltiri(. Voir ^yodtibb.
4 A vodtirb] , avoltire 6 1 6 9 9 adidUvfk
GLOSSAIRE.
473
B
[Bâcbsibb], pi. s. bacheliet* 69, 9767, jeune homme.
La rime avec alei', venteleTf indique la forme.
Bachblerib 35/1, 635o, 8379, ioia6, ii3o5, jeu-
nesse guerrière.
BiCHBUKR. Voir Bacueler.
Baci.x 389, 3()3, pi. bacin* U6h'j, bassin.
Bagott, pi. s. bacont 7661, morceau de pore salé.
Bijr, f. boive 6670, 7790, 9330, déconceiiée, éba-
hie.
Baille, pi. baillei 9693 (ms. ëd. barons) , retranche-
menl avance, enceinte fortifiée.
Bailler. Voir Baillier.
Baillib : de sa baiUie A93 9 , dépendant de lui ; de grant
iMÙllie 778, avec un grand déploiement de foi-ces;
debaiilie 6673, 8593, de choix.
[Baillier], p. baillé ii/ifi, livrer, donner.
Baillir : mal bailli 4 09, mal en point.
Balce?it. Voir Bauce^ic.
Ba!i 1690, /i.383, han , proclamation.
Ba.ido!! : a bandon i35i, 1933, de toute sa force,
sans se retenir.
Bawbbe. Voir Baniere.
Bahieib 6565 etc. , pi. banitres 593 etc., baneret 566 ,
bonnière.
Bamb : banie 3963, 7179, convoquée; ê'oil bonis
1 907, son armée régulièrement convoquée.
Ba5ISseor 97 1 o(baneisor) , 9869, proclamateur,crielur.
Baptistire. Voir Batbstire.
Barat 83 17, 9o5i, tromperie, intrigue; 563o, pi.
s. baraz 9833, petit combat, échauflbnrée.
Babatb 5991, bruit, tumulte; 636, 687, 707, ]o38,
81 85, tumulte, ccliauflburée.
Barbari?!, pi. r. barbarins 10371, homme de nation
barbare. Oriental.
Barbekaxe, pi. baibekanes 33o8, barbacane.
BARGAiGNiEn, pf. 3 baifraigno 63 1, marchander.
Barge, 1690, 10909, 10961, p\, barges 687, 33oi,
barque, vaisseau distinct de la n^ot de la gaUe.
Bargbte 1539, pi. bargetes 1675, bargeite» 693,
i5o5, chaloupe.
Bargette. Voir Bargete.
Bar!iage 333, 992, 1173, 333^1, 9708, elc, ré-
union de barons.
Baro?i 9637, pi. barom 06j3, s. baron 9696, baron,
seigneur; barom de terre 6693, soigneurs terriens.
Au V. 9699 barons est une faute et doit sans doute
être corrigé en baUlst,
Barohib 966, 3n63, 3891, assemblage de baroiis.
Barre 6669, 6667, barrière.
Barril. pi. barris 5996, baril.
Bas 3336, de basse condition.
Basmb 9906, baume (: blasme).
Bataille, pi. bataittss 5866, division, 6brps d^armée ;
tomer bataills 7860, diriger sa marche (militaire).
Bataillbros, f. botailUroËe 1756, pi. bafeilleruses
9196 (ms. cotnbateiUentêes)^ belliqueux.
Bateillerus. Voir Bataillbros.
Bateïz 5931, acibn de battre, tapage.
[Batbstire], baptistire 633 1, bëptémc.
Batre, pf. 6 bâtirent 7519, battre; gér. bâtant 307,
9096, vite, droit.
Bacçant. Voir BauceivC4
Baucesc, bavçant 9966, pi. r. baucens 3870, bauçann
6761, balcenz 9780, blanc et noir (en pariant d*un
cheval).
Baudequin, pi. baudeqmnt io5i9, étoffe de soie pro-
venant de Bagdad.
Baot, s. bauz 10930, f. pi. boudes 63i8, plein d^en-
train; por boude», comme des (gens) bien en train.
Bbivrb 3569, boire. Au v. 955o beivrs est une faute.
Voir Sbitrb.
Bel : n. estrsbel i3o5, 6860, plaire; 60/1667,6736,
pris adverbialement, de belle manière; si qu'en ssm-
blast o chesçtm bêle 906 parait signifier : de façon
que tout le monde l'approuvât, bek étant pris au
sens absolu qu'il a parfois (cf. Bribp); toutefois cet
emploi semble ici forcé.
Belbme.it 1670, 10983, d^une l^elle manière, cour-
toisement; 3i55, en bel ordre.
BB^Eîçoif 3967, pi. beneiçfms 5339, bénédiction.
Be5igiie, s. bénignes 8761, bon, bienveillant.
[Berfrei], berfroi 6781, tour de bois servant dans un
siège.
Berproi. Voir Berprbi.
Bbrroe. Voir Bbrrcib.
Bbrruib 10666, beruie 8957, berrus 6917, bei^e
1 i38o, lande, plaine non cultivée (terme propre à
la Syrie). La rime B\QcJuis (8957, 10666) et suie
(6917) indique la forme.
Berce. Voir Bbrrdie.
39.
474
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Bmdie. Voir Behioie.
Bfu 753& , berceau.
Besiri, pi. bttant &«i8, 8385, 10915, betanl,
moimue d'or grecque.
BiaCDiT 555o, 76.I9, bUcuîl.
Beboiohi tai, »g/i, ^79, 3587, 3590, nëceMilé;
beKttu 889, A75A, besogne, affaires, serrice;
bt*oiiut 8A55,pemea, fatigues.
BiMiemni, sbj. impf. 3 baoignatl 189g, Iravailler,
s'occuper de; pr. 3 bttoiat 3588, faire besoin, âtre
nécessaire; ço bmigm &80, il le faut.
[BuoiOHOt], («MÛnu hU33, besogneui.
BuoiKE. Voir Besoibh.
Bnoifii : a gmnl booing 8598, en grande nëceBailé.
BjMoiHin. Voir BisoieniiB.
Besoirds. Voir Beboibhos.
Biw : bitn* A518, S'i5i, bonnes qualités.
BriBE, pi. biirtê 3i96, cercueil.
Bis, f. btM 6690, de couleur Mtnbre.
Bise io5A8, biche.
BliIng itSgS, relujunt, briltant.
Bliui* 608, pr. 6 blacmni i5i7, blesser (propr'
meurtrir).
Boci i336, espèce de vaisseau.
[Bocel], pi. bvctU 10597, cu'l'B-
{Bocn*], pi. boeettei 953g, pelile boss«.
BoctTTi. Voir BocETt.
[Boel], pi. buda Zlilio, boysui.
BoiEi 9oâ6, enlravei, chaînes.
Boire (F<nl dt) a3o6 (: uloire), 3a8% (; »(orw),
iioill (i uunn), vent du nord (Borée).
[BoLOBOiu], pt. bidiMgùrt tiaSZ, boulanger.
Bon. Voir Bun.
BoREIIEIlT. Voir ButRiMtlII.
[Boouirim], pi. tufturuM SgSn, étoffe de Bokbara.
[Bdrc], pi. buri 8o't3, bourg.
Bot, pi. boax. 3853, bout; a bot hUba. juaqu'an
bout, complète oienl.
[BoTiiLLiu], buteiUitT &i6t, boulciller (charge ho-
iiDriGque de ccur).
BoTBi, pf. 3 bvia i39g, pousser.
[Bocge], pi. bHgf 9808, petit sac.
Bont. Voir Bot.
BRiftiLiR 673, action de brasser. Cf. Bsicin.
Bnici, pi. hraeii 655o> lei deux bn*.
BiAcin, pi. brtuiti* 11569, (("omm 6199, 1
[Bbiciee], brasMT ; braça At 16, (nnilU; 1
ta hraeaiUt 673, ourdirent ta nwcbinatioo.
Buibir, f. braidîve 653 1, arrogant (propl' t^tift •
pariant d'un cheral).
Bail ES 6567, ii&o5, braies, calefons de loila. .
Bbhiiie âot9. 6936, impr. 6 bramiaM ili&&,tntf
(ne se dit que des Turcs).
Bmrt 711 a, épée.
Brict 889, court; «n britm 5968, en peo de tanfl.
(cf. Bai,).
Beiep 95i, 955, 3575, pi. briA 11898-, JMfi .
8368, lettre.
B11EFMI11T 7, brièvement.
BaiaiEB. Voir BalltllB.
BiON. Voir BanK.
[BatioiLLE], bndmitU g&Ai, disaenBon.
[6HDi3in],iinpr.6bnuoifiil 3788, pf. 3 inM«7fiCo,
gÉr. britant 8^65, briser,
Bbcii, pi. ironi 3870, brun; 6ruiw 3
d'armes brunies.
Becsisb. Voir Bacmaa.
BucEt. Voir BOCEL.
BccuE. Voir Buschi.
[BoRii] : frons quim* joun 7907, Inen
dt lor boiu 358A, de leurs metifinit tmimÊ, '
5o63, ferait son bon plaiiif. La rime âvee.sMM
(5o63) ludique la forme.
[Bderiueit], ionenwnl 5A77, ave: bamM îaUoliia.
BdIl. Voir Boil.
Bme ; butr i ala a5Z-], y alla sous de bons eu^hw,
pour son bonheur.
BVCE. Vob BODBE.
BmsiRE, pi. baùinei 6334, bmiim s3S9. U|t>.
trompette.
[Boisson], pi. hiùunf 63ig, pdil bois.
Bdiscr. Voir Boissor.
BcLOKGiiR. Voir Boi/lNGlEa.
BcociBiB. Voir fioQDiBia.
[Bdscbi], bucht 3857, ^^'^< ^" ^« cbtuE^
[ BuscHiEB (Se) ], pf. 6 M bucW*nl77Bi, l'et&boifMn
GLOSSAIRE.
475
Ça : fa trèiê ça quatre hSfjby 6707, par groupes de
trois ou de quatre; de m. ça vint, ça trente 6707.
Cake. Voir GnAPis.
Cahoie. Voir Gbaubie.
CAifiiiB 9907, 99^8, 995^4, io335, 1037/i, pi.
carvaneê 9169, 10986, ]o3i9, io393, io39G,
10367, caravane.
Cape jeû^b 6389, commencement du carême.
Gaple. Voir Ghaplb.
[Gaioele], pi. quarobleê 6369, caroube.
[Gaeolb], pi. charolet 39, danse en rond.
Gasbl 5889, 5931, 5963, 6856, 6863, 7181,
7908, 7909, 7790, 7731, 8i56, etc., pi. s.
ca»eî ']khq, r. caselt 7199, 7368, casai, petit
chAteau.
Gasingar 9935 (ms. ca\san\ pi. cojinganf io59i (ms.
cahngatu)^ casingan, cotte de mailles rembourrée
de coton, portée par les Turcs. Voir la note de
M. Slubbs, Itin.RîCy VI, v.
Gâteau 3865, goudron.
Gelestiêlmeut 8/4 , d'une manière céleste.
Gblestee 366, 393, Û666, 6607. La rime constante
avec estre indique la forme.
[Gerchieb], pf. 3 cercha 1857, ^ cercherent 197,
cherclier.
Gebcleib 6897, cercloie 6817, 6895, 6931, 6936,
pi. cercleieê 39o3, /1688, abri fait avec des claies
pour protéger les machines de jet.
Gebpoïb, p. f. cerfote 6965, 9993, entourer en creu-
sant, fouir tout autour.
GERioE io336, cercle.
Cebt, s. cers 5696, cerz 66 6 '4, certain. V$ et le z
sont également attestés par les rimes clert et Rù-
berz (peut-être au premier passage pourrait-on lire
GcRTES : a certes S069, sérieusement, pour de bon.
Cesses, pf. 3 ceua 1168, dilayer, perdre du temps.
Gestes, pr. 3 ceite 9766, broncher, trébucher (fig.).
Ghaatie. Voir Guabike.
Chace 8958, poursuite.
[Coacier], pf. 3 chaça 9998, 6 chacerent 9880, pour-
suivre (trans.); chaça 7110, chacerent t588,
1599, 9986, 5637, poursuivre (inlrans.), donner
la chasse.
Gbad. Voir GiiACT.
[Ghaeinb], chaaine 9008 (chaîne), chaane 3387,
3935, chaîne fermant le port d*Acre; les rentes de
la chaaine 9008, les revenus des droits qu^acquit-
taient les navires pour être admis dans le port. La
rime avec demaine (9008) indique la fomoe chaeine;
la rime avec criHiane (3387) ei paiane (3935)
semble indiquer une autre prononciation.
Gbabib 355o, pr. 3 chiet 676, pf. 3 chat 790, p. f.
chaeite 1 3oo , chaete 8399 , tomber; ol chaeir 355o ,
dans sa chute; moul bien l'en chat 790, cela lui
réussit très bien.
[Ghaitip], pi. cheiiifs 36/49, prisonnier ( Richard tra-
duit ici par captivos),
[Graitiveisos], pL cheitivisons 9653, 8i35 (ms. chei^
ti/sons), captivité (le pluriel au sens du singulier).
Ghaleib : ne ptiet chaleir 9699, on ne peut se pré-
occuper; ne vous chaiUe 71 56, ne vous mêlez pas.
n*ayeE pas Fidée.
Ghalbngier, pf. 3 chalenja 19333, revendiquer, re-
prendre.
Gbambeslesc, s. c^am&er/eru 671 5, chambellan (terme
de service féodal).
Gbame. Voir Gbaumb.
Ghaveil, pi. chameils 9908, 6760, chameau.
Gbamblee, pi. chamelees 9169, charge de chameau.
[Ghampaigke], champaine 6109, campagne. Sur la
rime, voir Plaigne.
Gbampai?ib. Voir Cbampaiobe.
Gbanceler, pf. 6 chancelèrent 6591, chanceler, plier.
GflARÇOB 10666, pi. chanrons 60, 9363, chanson.
[Graisdbilb], chcuideille 5688, chandelle.
Gbakdbille. Voir Gbatsdeile.
Ghase, cane 5659, 7578, 7586, pi. coites io396,
elianes 7009, canne, lance légère des Turcs.
[Ghaneie], canoie 9607, 9631, 9^33, 95i9, lieu
planté de cannes, de roseaui.
Ghasgb i398, changement, échange; 8785 change,
lieu où se tiennent les changeurs.
Ghanterib 19187, <^i>nl habituel.
Grapbl, pi. chapels 5993, chapeals 8758, chapeau
de fer, sorte de heaume.
[Ghaplb] : tenir copie 65 1 5, soutenir le combat, la
mêlé?.
[ Gharche] , charge 66^6, 1 0895, faix , poids(de la lutte).
La rime avec arche et patriarche indique la forme.
/i76
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
[Charcuier], pi. 6 chargèrent 9879, charger (au sens
militaire). La forme est indiquée par chareke,
Charere. Voir Cuariere.
Charge. Voir Cuarcue.
Chargiir. Voir Gbarchier.
GniRiERB 11 61 4, charrtere 6Â87, charere 973, voie,
chemin.
[CnAROiGNs] , charoinê 1 1 686 , assemblage de cadavres ;
3655 cadavre.
Charoli. Voir Cirolb.
GuARTRE, pi. charlreê 1019, ii83/i, charte.
CnASTEL, pi. chastels Saoi, 3aoi, 36oi, château de
bois servant aux sièges.
Chastblaifî 9866, châtelain, seigneur d^un cliàteau.
Chastelet a 1^0, petit cbâteau-forl.
[Chastiibr], choêiier 7167, reprendre, corriger.
Chat /i8i5, 68a/i, A897, /i83i, pi. chais 3ao3,
chat, machine de siège. Cf. Itinerarium Rteardi
(III, 8) : mêtritnientum quoddammuriê ascendendtM
appUcandinn, unde et illitd catium nommant, eo
quod, more catti êubrependo, muro inhasreat occii-
pando.
Chat. Voir Chaut.
Chatel, pi. chatel* 9606, avoir, bien; iaU lor cha-
teli, les biens saufs.
Chaude. Voir Chalt.
[Chaume], chames 3366, chaume, tige de blé.
Chaut, chat 7966, chad 586o, 5996, chaud; 796a
chaleur; chau pa$ 6679, 71 95, 101 93, d^un pas
pressé, vite , aussitôt ; pris subst. pi. f. chandii 63 1 7,
temps pendant lequel le fer est chaud et on frappe
dessus. Voir Tobler, Vermischte Beitrâge znr fran-
zôtiichen Gi'ammatik, p. i58.
CuBiTir. Voir Chaitip.
Chbitiviso». Voir Ghaitivbison.
Chehaille 11 39, 3 106, 3633, 3786, 6o39, 5o3o,
56i3, 5836, 6010, pi. chenaillee 6806, cliicn-
naille, amas de chiens (terme de mépris applique
aux Sarrasins).
Ghbre. Voir Chiere.
Chbscon , s. cheecons 9 1 9 , 9 1 3 , f. cheêcone 1 3 9 9 , chacun.
Cbbvalcheûrb, chevalchure. Voir Chbvauchbïrb.
Chevalchee. Voir Cubtadchieb.
Chevalerir i9o33, société de chevaliers; 2796, en-
semble de chevaliei-s, de gens de guerre; 161 5,
activité guerrière, guerre; pi. chevaleries 5698,
6607, 11668, prouesses.
Chevalier, pi. s. chevalier 9856, guerrier*.
[Chbvauchbûrb], chevalcheûre 6388 (ms. chevalchure)^
I
)t
11957 (^^ ™s* ^ ^^^ I^on altérée), pi. dk«Ni^-
cheûres 7891, monture.
[CmEVAucBiEB], pi. chevalchee 9887, chevaldumBh^,
chevauchée , expédition à cheval.
CabVeitaigiib. Voir GiiE?vrAnii.
Gbbvblbb, pf. 6 ehevelermU 630, tmebev let
veux à.
Cueventairb. Voir Chbvbtaiiie.
[ GHBVBtAiif b] , chevêntaims 7087 (fém. d'api^ès 1»
chetmtaigne 8608, pi. s. ehcteUâm 776s»
taine, chef. La rime avec Tifains^ hmUM9f ^tgtu
laisse U forme incertaine.
[Chiche], s. chinchet 1099 (: i-ichêsy^ einefae*
Chief : a/ chiefde Sicile 5] 6 , à niK^ des citrémiiél et
la Sicile; al chief de Caifha» 3i5o^ da «M dte
Gaïphas; al chief del Jlam 6089, i la noûrob-ém
fleuve ; de chief en chief *j^'jH, d'un biMt à FiiÉre;
venir a chief ^0^6, 9668, venir à bout; jNWHftv
mal chief 7606, mal finir; en nul cki^ 8§fl«
d'aucune façon.
G hier : mult trova la terrs ehi:r3 9008, ii Uoam4ÊBâ
le pays une grande cherté; adv. ekier ft^39^
Chiere 3579, 5876, pi. chiereê A971, 9*oè, 9si6«'
face, visage; Lvsr la chiere 680», lever k téle;^Wf9
bile chiere 9697, faire bonne mine; 0 Ugehifr^B^é^^
joyeusement; yhirj laide chiere 5i9&, avoir
mine renfrognée; od peneive éhierê 83do, Vm
cieux; od Lon?s cJieret 9778, de bonne aHaBi éf
hardies cliier s 590, à la mine hardie.
Cbibrté i8a8, amitié, tendresse; 899^ dierl^.
GnixcuB. Voir Chichb.
Choche. Voir Çocue,
Cnois, choix : a chois 5o89, à même.
Choisir, pf. 6 choisirent 768, apercevoir.
Cho>changr. Voir Cosichangb. • »
Chose :fnd chose sms 9916, on sut; chamn98 5Mè,
chose quelconque.
GnosBR, pr. 3 chose 6a8o, réprimander, bièaier*
Ci : ci ad maie pès 669 , voilà une mauvaise pwb QL
Desci.
CiGL4T0!v, pi. ciglatons io590, étofiede prix dt §Êf
brique grecque.
[Ciscenble] : muschetes que nu§ eipskmë
9539, cousin, moustique.
CiRGB 1937, pi. cirges 937b, cierge.
Clavbr i856, impf. 3 clamât 5676, pf. 3>
6378, p. f. clamée 1169, crier; 11&9 êffêtt;
i856 clamer quite, déclarer c[iiiUe; bk^ té-
clam er.
V-v
..v^'iiA^H^-
GLOSSAIRE.
477
Gui : cd la eUrt façon 1738, au visage brillant, ra-
dieux.
Clbbc : s. hont elert de$ ttcripiwre» 89A , sachant bien
lire et écrire.
Ci.BBGié, s. clergiez 67*8 (avec le verbe au plur.),
réunion de clercs.
[CioncBiia], p. f. clofichee iflo58, attacher avec des
dous, crucifier.
GtoBi, pr. 3 dot iQiAa, enfermer; donnent 6196,
fermaient (la marche de) Tannée; a clois PenieooiU
97&8 , à la (In de la semaine de la P^itec^te.
Ço 53, etc., cela; ço davant dariere 6637, ce devant
derrière.
CoÂJiDBR 10878, gér. coai'dant 38o3, se conduire en
couard, avoir peur.
GoABDisB 1918, lâcheté, couardise.
CoAiT, f. coarde 1996, lâche, couard.
GoG, pi. coê i683 (rimant avec da$)^ cjo<i,
CocATBn, pi. qnoquatrtz 6999, s. cocairii 6990,
crocodile.
[Çocbb], pi. choche$ 10696, souche.
CoBiis. Voir GouTTB.
Coi. Voir Qcbi.
GoiPB 3567, coiphe 3573, vêtement rembourré qui
couvrait, sou« le heaume et le haubert, la tête et les
épaules.
GoiLLBiTE /i/i3 9, 6651, collecte.
GoiLUB 363a, 6289, ramasser; eoiUtretU une taiUe
7o36 , perçurent une contribution.
GoaTB 6937, pi. coiltes loSai, coitêi i685, couver-
ture; coHtes parpointeê, couvertures piquées.
[Goilvbbt], colvert 79 3o, culvert 9863, pi. s. colvert
a 160, r. coherz 3^io>j, f. colverts iâ3^, euherte
ai 58, terme de mépris; proprement homme de
condition intermédiaire entre Tesclave et Thomme
libre.
[Goilvbbtaille], cuvsrtaillj 6i3o, ramas de gens mé-
prisables.
Coi.\TB 6583, avisé, adroit; f. pi. eointee 1686,
io5aa, élégantes.
Ck)rrB. Voir Coiltb.
[Goitier], pf. 3 ciita 1939, pousser, presser.
GoLEB : $8 cola 3635, s'écoula, s^enfuit.
CoLOMBB, columpn^ 3554, colembâi 386o, colonne.
CoLP. Voir GoLP.
GoLTBL. Voir GoUTKL.
GoLUMP5B. Voir Colombe.
COLVBBT. Voir CoiLVERT.
CoM 46, etc., comm i453, iai8o, cum lao, etc.,
corne 18a, etc., cume i^3û etc., comme; sicom 46,
etc. , comme ; corne dl gui 738 , comme il est na-
turel â des gens qui; cum en e$té ]o386, comm?
il est naturel en été; corne eanz chalz 11999, ^^^'
bien qu'on peut le faire sans chaux.
GoMANDBB 4oi : a /Kjii te conuuU 19995, je te re-
coHimande à Dieo; a diabUe $s eotnandouent 7899 ,
demandaient aux diables de les emporter.
GollA^T 19396, commandement.
GoMBATBE : le combatant 1978, le belliqueux.
GoHB5çuLLB 676, 3997, pi. f. comentailleê 6787, ini-
tiative ,c on mencemenL
[Gohb!icibb] : sbj. pr. 3 coffMiul 3, commencer; alco-
msncer 7a3, au commencement.
GoHB?iT : cornent que 933, quoique.
GoHPANOR. Voir GoKPAiioir.
GOMPBSSIOB. Voir GOKFBSSIOH.
GOMPORT. Voir CoifPOBT.
GoMiN io5a9, cumin.
Comm. Voir Gom.
GoiiovBiB, p. f. comeûi 9796, ébranler.
[Compaicrb], compaine 9974, eompainiâ a840, com-
pagnie. La rime avec Ahuuiigns (9976) indique
la forme.
GoMPAiGNiB 4739, compainie 5634, compagnie.
GoMPAïQiiOK : s. compainz h roi i4i6, 6699, pi. r.
cotnpm'gnons reiah 6730, compagnon du roi, titre
que Richard d'Angleterre avait accordé â quelques
chevaliers d'élite attichés â sa personne.
GoMPAiNB, compainie. Voir Gompaioke.
CoiiPAi?(iB. Voir C0HP41GMB.
GoMPARBB, pf. 3 cwnpjra a 63 3, 6 comparèrent 7943,
p. s. comp.rjz 38S9, payer, expier; tant ad eeté
compare! 5979, elh a coûté si cher; impf. 6 ii h
compcroieut 5667, p. comparé Feùeeent 770, pay^^r
lei frais de Ta (Taire, y avoir le dessous.
GovpAssBR 5096, établir, arranger.
GOMPERER. Voir COVPAREB.
CoMPissiER 3718, salir d'urine.
CoMPLiHDBB 7968, impf. 3 ne complainoit 4io3, ^u>
plaindre.
GoMRLAiRTB 49o6, lameutatloo.
COMQOBBBB. VoiP GoRQUERBB.
GOMQUBSTBB. Voir Go?(QOBSTBR.
Coiiu5, pi. 8. tôt eomuH 790, tous ensemble.
GoHuiiB 61 5, 864, commune, réunion de bour^aois;
en eomuns 11599, ensemble, en bloc.
GoMDRBiiBXT 934 1, d'ftccord, unanimement.
GovTSBsiB. Voir Cokvbmbr.
A78
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
CoNBATRB. Voir CoMBATRB.
Go!(CHANGE : ctUiu! avrtl et mai en conchange 3563, au
moment du passage d'avril à mai ; en cel chanchange
5295, en celtn occurrence.
Co5ciLB 5595, 6990, 7763, concilie 5195, réunion
politique, assemblée. Le mot est fém. 6990, masc
ailleurs. La rime avec vile (5i95, 6990) indique
la forme.
CoNDos ]o/ii3, pente, condos.
GoxDUiBB 7988, sbj. impf. 3 conduisiet t86â , escorter.
Go!iDciT 7987, escorte; 5107, 5ii3, 118^8» 11913*
sauf-conduit; el conduit Deu 19309, ^^ ^^ ^^^~
conduit (qui aurait dû le rendre inviolable) de
Dieu.
CoxESTABLi 981, s. conettûbles 11876, pl« coneetablet
9*io8, ordonnateur, directeur; 981, maître d^b6-
tel; à'jik conestable de Sez : voir Sebz a la Table
des noms propres.
GoKBSTABLiB 11&38, pL conestobliêM 3965, 338a,
11873, section , division.
[Goupanon], covrfanon 9919, étendard servant de
ligne de ralliement.
GoNfàs : (ee) faire coifèe iio63, se confesser.
[Gonfbssion], comfetsion 9597, épreuve (terme em-
prunté au langage de Tbagiographie).
GoRroNDBB : Deu le$ confonde 9811, que Dieu les
perde I
[Gonfobt], comforl 1989, reconfort, encouragement.
(iONFORTER, conforter 38, consoler.
CoHCiÉ, congé; pi. $anz congiez blkli6\ a ton congié
8789 , a /or congiez 19988, ayant pris congé de lui ,
d'eux.
GoFIISATtCBS. Voir GONOISSANCE.
[Gokoissancb], pheoniêancei i6Aâ , marque distinctive
que les chevaliers portaient sur le heaume ou Tar-
mure.
Go:<iQi?ERRB, gér. comquerani i5â/i, vaincre, battre.
GoKQUEST 7386 , 938/i , conquête.
GoRQUBSTER, pf. 6 conquesterent 9910, p. f. comqueilee
9199, conquérir.
GoNRBER, pf. 3 conreia ]63o, Ao3i, 6 conreerent
996 A, p. conreé 9706, 3A37, /io53, f. conreee
5700 (conree), arranger, ordonner; se c, s 7 06,
996/i , s'ordonner; ie c, de bataille âo3i , se mettre
en ordre de bataille; «t conreé 3637, en tel état;
tels let conreia i63o, les arrangea de telle façon.
Go^REi o3() etc., pi. conreiz 9066 etc., arrange-
ment; conreiz 9966, 9986, 3676, 7967, divisions
de combat; gent conrei 9989, belle ordonnance;
conrei de bataUle 1910, équipement d^
prendre eonrei 53o, 869, ii35o, 8*arraqgar de.
façon , prendre soin.
GoifsEiL : par conseil 1609, pour le conseiller; àéfr*
conseil hgi^ autre expédient.
GoNSBfLUBR (Se) 77, se tirer d^aiïaire^
GoRSBRTiR : pf. 3 consenti 3 à 6/1 , permettre; li «M m
voleit Vautre consentir 1 o65o , Tan ne Yooittil pes
faire de concessions à Tautre.
GoNTB 9&/17 etc., s. euens 59, 178, 995, s63Sil&,
quens 963o etc., coens 9971 etc., pi. s. cesUé §3,
comte.
GoNTE 56, compte; de quel conte 9818, dans ^pwBei
conditions.
GoifTBMPLB : en cel contemple 3o9i, 36i8, §#46,
7937, en ce temps; einz celcontenqtïegiig^ MMÎt
ce temps; el contemple que 91179 dantletenqitoè*
GoRTMEiiBirr 8896, 19196, contenance, manièw
d'être.
GoRTERiR, pf. 6 se contindrent 6566, 84So,- |k* a.
s'estait contenuz 66o9 , se comporter.
GoRTBRZ 905 1, discussion, querelle.
GoNTBR , p. pi. contez 11619, compter.
[Gortrailb], contraiUe 6938, dépit, contranélé. ter
la rime, voir Pailb. C'est une autre forme deCiV-
TRAIRB.
Gortraille. Voir Gortrailb.
GoRTRAiRB 1936, 7819, dépit, contrariété; et
TRAILE.
GoHTRALiiBR : impf. 6 contrtdiouent 10661,
contrarier.
Goi^TRB : contre val 565 (éd. contreval), etc*, en hÊÊt
contre /if 6801, au lit.
GoNTRBDiRB : pf. 6 contredistrent 6i39, s'oppo— ' é;.
GOKTRBPRBSTURB. Voir CoRTRBPaBSORB.
[Go?iTREPRESDRB], confnprtfsture iiSgS, presae*
GoRTRBQUERRB , p. contrsquis 88 1 o , f. caiUretpdaê 9ol6t
requérir.
GoRTRBscRivRE , p. f. pi. contrescrites loio, eoféen*
GoRTRESTER, pf. 6 contrcslerent 10816, résbterè*'
GONTREVAL. Voir GORTRE.
GoHVBBR. Voir GonVBIBR.
GoRVBi 999, 335, accompagnement.
GoRVKiBR 3oi, Il 35, eonveoienl 6395, accompi||HWV
faire la conduite à.
GoRVBiEOB, pi. s. 339, celui qui BCCOUïpÊgaB» -
[ GoNVEBSBR ] , comverser 6958, séjourner.
Convenir. Voir Goverir.
Cor VIVE, pi. convives 6167, festin.
./
GLOSSAIRE.
479
Copi. Voir Coupe.
[Coi], pi. conu 9860, cor.
0011018735, cœur, âme;3a/i (<^«rffg<?), 1791,8969,
dispositions; 6998 (curage) ^ caractère.
CoRiiLLB 3736, entrailles.
CoBAJOs, pi. f. corajose$ 3ii6, coregêus 7161, coura-
geux.
CoRDBLB i56o, corde.
CoRBciBR : pf. 3 Me corera 1891, p. s. ccreciei 19C7,
pi. coreciez 907, f. pi. corecien 836, courroucer,
Olcher.
CoRBB /laAo, entrailles.
CoREGBus. Voir CoRuos.
CoRîJ. Voir Cor.
CoROMPRB, p. r. cfyrompue 1 1G87, infecter.
CoR05B â/Ï9 9, tonsure cléricale.
CoBPORBLMBNT 83, corporelleuient.
CoBRB , cuire 9 1 83 , courir ; einsi Vavenlun eunU 9436 ,
ainsi le voulut le sort ; coranz 1 1 3o , rapides.
Cors, personne : le con le rei 9009, le roi; «û con
7816, lui-même; en appositioDi'/tw cors 836 0, lui-
même, ele $iê cor» 9086 , elle-même, /t rete $iê cor$
Aemaine 1 1 1 38 , le roi on propre personne; en con-
struction dépendante : /i reit dieeii, son cort nome€-
ft^^f^i 9716, le roi s'engageait nominativement; lui
et ion cor» 1 1 966 , lui-même.
Cors : a cor» 98/17, lot a cur» 5o86, clairement, sûre-
ment; tôt le dreit cort 9860, tout droit.
[Cobsibr] : chamelz curtiert io563, chameaux de
course , rapides.
Cort 863o, curt an , 8635, cour, assemblée tenue
par un roi, fête; curt 9676, cour royale en fonc-
tion judiciaire.
Cort, court : tenir curt 9678, presser: cort 7966,
adverbialement*
[CoRTBis], aimable, gracieux; plu» curteis change
1898, changement plus agréable.
CoRTEiSBiiBNT i658, polimout, courtoisement.
[Cortbisie], cortoi»ie 383, chose aimable, courtoise.
CoRTiLLiCB : cortillage» i ]665, jardins, potagers.
COBTOISIB. Voir CoRTEISIE.
CosT 19 110, 13117, cu»t 709, 1010, dépense; a
»on cust 8091, à SCS frais; de grant co»t 8897, de
trop grant co»t 6816, ayant coûté très cher; od
grant cu»t 7896, chèrement (fig.).
CosTB 6196 (ms. éd. encoste pour en co<f«), cote, ri-
vage.
CosTBiER, pf. 3 co»teia 666, gér. co»teiant 1976, cô-
toyer; lejlum cosleierent 6057, suivirent lo cours
du fleuve; coeteiant 1991, suivant (Tarmée) sur les
flancs.
CosTBB,^ coûter; la haute feete qui tant cotte 6556,
9869, si précieuse, si sainte; t7 li cotta 9790, il
lui fut pénible.
CosTiERB 9188, 5867, côte, rivage.
CosTiL, pi. cottiz 85 1, cotaau.
[Costumier] : quin (ms. éd. 9111) iert cuêtumer» 5695 ,
qui en avait Thabilude.
Coup, pi. coU 756, coup.
[Coupe]: co/>et batre 1 io63, 9e frapper la poitiîne en
s'avouant coupable.
Coûte L, pi. col tel» 83io, couteau.
CovEiTiBR, impf. 6 coveitouent 6876, convoiter; la
coveita»is coveitier» 1 159, son désir la convoita.
CovBiTisE 9711, convoitise.
CovBiTOS 1095, désireux.
CovEifARCB 1788, 9619, 5999, 5377, ^^90« pl* ^^'
renonce» 5898, convention, pacte.
CoTRRAFiT 9619, 3769, pi. covenanz 5691, engage-
ment, promesse; ]9ar covenant 6171, suivant son
engagement.
CovERiR , pr. 3 covient 9 , impf. 3 conveneit 695,1710,
pf. 8 covtn( 716,1188,1906, sbj. impf. 8 conveniet
8590, falloir; les en mitt en convenir 8598, leur
laissa la décision, le choix.
CoTBRT : tontir covent 7066 , tenir parole; par tel codent
61 98, à condition.
CovBRTOR 19908, couverture (fig*)*
CovERTURB, pi. corerftiret 663o, 1 1696, couverture de
cheval , housse.
Craaictbr. Voir Crbarter.
Cras. Voir Gras.
Crbarcb 9908, croyance, foi.
Crbanter, pr. 3 créante 198)68, certifier; creantee
11809, craantee 7081, ratifiée.
Créature 5865, nule crealura 59 10, rien au monde.
Crbistbb pf. 3 crut 910, 9789, p. f. creiM 708,
9886, 9886, accroître (trans.).
Cresmé, pi. s. 1758, baptisé, oint du saint chrême.
CRBSTé, crête : Veve creetee 616, Teau rapide, dan-
gereuse.
[Crestiibii], eriêtien pasa., f. ûrittiane 69,989 3, chrétien;
Cri : pcr cri de gent 9 06 5, de crainte des cris, des
protestations des gens.
Crirb 6670, cris; 7998, 9791, cri public, procla-
mation.
[Cribmbrb], criendre 383o, 8869, 6616; impf. 3
crewteit 563o , cremoit 1776, ôcremaent 99S8 « p. s.
60
mVKIKtttl ■ATlOaâlt.
m
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
crmui I A 3 « , craindre. Les (bnnet lulrcs que l'in-
finîlifindiqueot pour celui-ci «rûmira; la rime avec
Bpritmbn Ità 1 6 e«t en fiirear de la même forme.
CiitKBH. Voir Cbiinbbe.
Ch[ëi 5379, convoquer ptr cri public; p. t. eriie
799^1 crier une proclaoïalion.
ClISTIÀN, critliên. Voir CiUTiiiii.
Cmillmmt. Voir Ciolukekt.
OioiHHEiT 56, croisade.
[Ckdluhhit], pi. crotflmiwHii&oS, agitation, secoane.
('loLLBi In tMU* 7676, secouer li tète.
CiOT>, pi. erolei 19077, g^olle, carême.
r.MiL,f. a8ge,crud.
Çnc» 10599, >uiTe.
Cdifh. Voir Coiiti.
[CDiD»i],pr. icuri7i9, i356, 986&,imp(.3f¥i<i(il
(67, io36 , 9765 , 6 quidoiimt 983o , qmdtitat 690 ,
pf. 3 qaida iâ37, «Ï5), s835,39ii, 6 gmdtrmt
3oo3, 3i5g, croire, a'ima^ner.
CniBi : (Gg.) mu «Khaufa pur «U «air* 779, nou»
■nia» pour leur perle.
il que Ton M
Cditieb. Voir Coitier.
CuiiRE G39â , 6373, eni
Cdiih 637A, earquoi».
{CciiiEiEi], p. f. euknim 3363, mer,
CoitBoiEi. Voir CuiTiiiiB.
CuLTiEt. Voir C011.THT.
Cuu. Voir Coa.
Cvm. Voir Co>.
CoiADC. Voir Conioi.
Cdriilli 6795, balayurw, rebnL
Cou 1 1 7, 1 1 6, )768,pensée
Cdkie. Voir CoiiE.
Cuis. Voir Cois.
CuESiM. Voir CotSIER. -
Cdkt. Voir CoM.
Cdit. Voir Co*T.
CuiTEIg, Voir COETH».
Can. Voir Cotr.
ClETDMIk Voir CotTDItlK.
Cdtebt. Voir COILTIST.
GnvEETtiuE. Voir Cihiteitiium.
DiaiGi 660, 769, etc., s, Zaii damagt, dom-
nwfje; metir tn ilamegt 368o, nalraeoer, endoin-
[DlNlSEEiasE], damajerau 35Ao, qui fait dn mal,
dooinugeabl*.
Dabueiehe. Voir DimoEattsE.
[DiHittEL], iij. damîult 9^91, damoiMU 9SI1, jeune
homme, garçon,
[DiHUSILl], pi. ianaitU$ 567g, iamaUtht «AaS,
jeune Glle, demoiadle.
DiUiaiL. Voir Dimeuil.
DiiHiiEui. Voir DiMEiacLE.
DianiBEo, 9. Dampnedmu 1^98, le seigneur Dieu,
DiMOMEL. Voir D*aEIBEL.
DlNOKBLB. Voir Dl>EI»II.I.
DiapiiEDiD. Voir D<ih:<edeu.
DuiaiH: a gnuti dangùr hSbtt , en faisuit de grandes
àitSa^tèaiionzdangiir (i36â, 6088, tans rencon-
trer d'obslacle, de difllcuUé; atn m daagûr de
)6io, ifinr à rcdouler.
Di*T, pi. dan 3787, dard.
DE,de4 9&,49,etC, par; tâi,A6i,t9gâ, 9010, ele.,
i CMwde; AA, )93oG, etc., au Eujel de; >o8i,
pour;j>reit li* a56, a83, UmtfffétpoBrt ]■*■■*'>
9i8o, M préoccuper de; lam'r it fMm titttt
avoir reipérienee de la guerre ; *• mmmm* 4r gtmrt
916, parlir «1 guent<; i( fat taU étmt ^dgWa
fiCA] , il se défendit ai bien; jirMil* iSSg.fiarf.
lier avec; «rrol d» irei rf« mM i>9i,amtp«'^
vent pour le faire marcher ; d( fo ^ tt «i,/iH»t Ul,
par sa maoîtrc d'agir. — Sur l'iwMn^ tta it*
ciprimant la poaaesaion, detant on non i» ftt»
sonne , voir Tlntroduction. — LocntioBC t êi ^ut
acoil, d'tmctmrit, d» grtnt haUUê, itjt, Jk kftt,
d* nient, dt gra»t ovroûw, à» prmm, ii frtttii
(ol, is veir, vnr ces mot*. — Da «mfi^tfM
p/iu i388, etc. — 0( i»6A, oerr. Â)a. - '-
Debâtm ta tetU 5533, k dotmer do Mud, N.MM
la Ulc. ■ T.- .
Deioist:». Voir DisEDitTia*. '
Deebisier, p. f. (UrtnM 68A&, détruira, brJMr.-
Deç* 6A (éd. df fa), de dtça 787, igoS, daMtW-
ci; 787 d'occident, ptr <^po>tlioa 1 la Sjrih
Decieiei. Vmr DEaciilEi.
DiCLia : mitt a decfi'n 8&88, ruina dana iMTfdi-
DKOLn, p. iteM 9570,
GLOSSAIRE.
481
Dioufz : ceU dêdenz 9601, cil dedenz 9876, ceux de
riotérieiir.
Dbdoim : §e deduiant iHk6, se promcnaat pour son
plaisir.
DiPiiLLiR 9965, impf. 6 defatllouent 9969, d63o
{^ff-)j pf* 3 défailli 3768, cond. 6 defailUreient
8960, p. s. defailliz 5698, manquer; 9905, p^srdre
courage, lâcher pied; te defmllir 363o, manquer
(à une habilude); 5698, manquer (à ses engage-
ments); il Ven dfiffaillereient 8960, ils lui en fe-
raient défaut, ils ne les lui serviraient plus (ses
revenus).
DepALTE. Voir Depaute.
I Depaute], deajaule 38i5, échec; tant défaite i^^k^
sans faute.
Dépendre 539, refuser.
Depeusable, s. 6362, pi. s. 36i5, capable de dé-
fense, résistant.
DiPBRSB 9979, dejfeme 0991, matériaux de défense;
defen$e 19119, manière de défendre, excuse.
Deppaillib. Voir Dbpaillir.
Dbppbksb. Voir Defe?ise.
Depire, desjire 965q, pr. 6 deJUenl 716/1, sbj. pr. 3
detfiêe 1808, manquer, défaillir.
Dbpubleb. Voir Desfuoleb.
Dboarocuier 3939, se briser; degarocha 39Ûi,biisa
(trans.).
Debbit. Voir Deshait.
Debbt. Voir Dbshait.
Deignier, pf. 3 deigna 85o , sbj. impf. 3 deignatt 61 4 ,
1903, consentir à.
Dejo8TE i58o, 9o55, 9 566 (éd. de joête)^ près de.
Delaiemekt 55 16, délai, retard.
Delaier, p. f. delaiee i38o, relarder (trans.).
DftLicios, delicioie 5G78, délicieusement abondant.
Délit /i8o9, plaisir.
Delitier, impf. 6 te delilouent 5689, se donner du
plaisir.
Deuvre 903, 1079'!, s. deliwet 9607, 75/i3, pi. s.
deUtre 6960, délivré, quilt'»; a59, 1079/i, agile,
prompt.
DEUfRBMENT 9:Jo/j, promptemeut.
Délivrer (Se), pr. 3 te délivre 179, s*acquitter.
[Dblurer] : le fondement delurerent d'une porte 8010
(Richard traduit : portât tmtjont altiut fundamenta
ronfodiendo perquirente» j u»qne ad iptiut macei'iei
toliditatem dejccei'unt directam lapidum congeriem;
il doit manquer quMqiie chose dans le français).
Dewa^ieis 37'i3, inconlinenl.
Demain : el demain 667, 1953, 1677, 8997, le len-
demain.
Dbmbi3ighb 10807, faute d'impression pour Dib-
MElIfCHB.
Dbmeinb 1673, etc., liBJiuitiM 701, etc., 1673, 1895,
6573, 7965, propre; as pUcet demaùuê 11937, à
la propre place ; tit cort detname 1 1 1 38 , en propre
personne, aSsû, A/191, lui-même; m demaine
3o65, 9007, en propre ; «mon imiuiMM 701, 971 A,
en sa possession; de ton demaine 7966, 9807, de
son domaine propre.
Dbmenbr, pf. 6 démenèrent 6âo, traiter; p. pi. s. dé-
mené 1570, promener, dégourdir.
Dbmbkter, impf. 6 te dementownt io55, 98/18, sV-
fliger, se plaindre.
[ Dbmbrtibrrs] , demêtttét^ 56 1 3 , tandis.
[Dbmbntibrs], dementêrt i639, tandis.
Dbvbsler. Voir Dbsmbslbr.
Dembtrb (Se) 3919, renoncer.
Demorancb 1879, 5991, séjour, attente.
[Demorbe], demuree 3591, séjour.
Dbmorer 9576, pr. 6 demuerent 86, pf. 3 detnora
996, gér. demurant 9060, attendre, tarder; 86,
rester (au service de Dieu, y mourir).
Demorbe. Voir Demobbe.
Dbmobbr. Voir Demorer.
Denier, pi. denert /i993, denier, monnaie d'argent,
douzième partie du sou.
Dbnree 958, 6365, ce qu'on a pour un denier;
6099, 6176, pi. denreet 1066, provisions de
bouche; a chieret denreet 6081, à très haot prix.
Départir 6588 , séparation.
Départir 3oo, 679, pf. 6 départirent 3i 17, p. f. de-
partie 911, 879, 6191, pi. departiet 916 (ms.
partiet)^ 1966, séparer; départir la mellee 679,
séparer les combattants; al départir 3oo, an mo-
ment de la séparation; 3i 18 se séparer (intrans.);
879, 916, attribuer comme part, donner; te dé-
partir granz coût 3117, se distribuer de grands
coups.
Dbpbcrier. Voir Dbfbcibb.
Depecisr, depecJtier 3896, impf. 3 depeçoit 356 1,
depatçoit h^k^y pf. 3 dêpetça 6750, 19059, 6 de-
pêiciereiU 8959, depetehierent 365o, p. f. depecie
6836, mettre en morceaux, déchirer; te detpera
19059, ^ brisa.
Dbpbrmib, pf. 6 deperdirent i965, perdre, perdre
de vue.
Dbpbschibr. Voir Dbfbcirr.
60.
hSi
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Dbpbscieb. Voir Depecibr.
Dbpobt 33o8, divertissement; a gi'ont déport ^/io, en
grand plaisir; toz 1$$ detpcrz 1763, tonte la jouis-
sance.
Déporter (Se), impf. 3 te déportai 3638,6 sedepor-
teient 710, pf. 3 te depwta 3636, se divertir,
prendre plaisir.
Déposer, pr. 3 detpose 55o], p. detpote 8585, dépo-
ser (de son rang); p. pi. dépotez 3o, dépouiller,
chasser.
Depreibr, sbj. pr. 3 deprii 6796, prier.
Dbrbraih aSgg (ms. ibratn), pi. dereraint 801 , 10875
(ms. deraine), dernier.
DBRBRAiNBMERt 1 1066 (ms. derainement) ^ en dernier.
Derierb : en deriere 8618, par derrière, en secret;
qw que il pentatt en deriere 3698, quelle que fût
son arrière-pensée : en deriere 778/i parait opposé
à arrière, comme marquant plus nettement la re-
traite, la reculade.
Des 5a 9, depuis. Cf. Dbsci.
Dbsabkgier 5535, déraciner (fig*).
Dbsalbibr, pr. 3 detalie 7090, p. f. deealtêè 6190,
débander, désunir.
Dbsarebr, p. pi. s. detareé 3638, en désarroi.
Dtskstu^LMyip.Ldetatemblee 7998, désunir, séparer.
Desatemprer : celé gent detaiempree 1193a, ces gens
mal dressés, indociles, sauvages.
Dbsaûsbr : la gent de bien detaÛMee 6763, la race qui
n*a pas Tusage, la pratique du bien.
Desbarbter, pf. a detharetat 9613, défaire (à la
guerre).
Dbsbauchier , p. f. detbauehiee 9888 , mettre en dés-
ordre.
[ Drsboistirr] : p. pi. s. dethottU 1 5o8 , dehoittié 1 57 a ,
éclopés, détraqués (en pariant de chevaux).
[Desboscdier], pf. 6 dethucherenX 7119, sortir d'une
embuscade.
Dbschargibr i566 (ms. charger) ^ débarquer.
Deschater 36 1, déposséder (prov. detcaptar),
Desciievaugbier, detchevalchier 669/i, pf. detchevau-
cherent 9990, renverser de cheval.
[Dbsci] i93o (de ti), 1980 (de et), 99/16 {de si),
2936 (de ci), 3399 (de II), 3369 (deti), 6919
(de si), 6606 (de ci), 7o58 (de it), 9805 {de ti),
10966 (det ci), depuis ici jusque; dans Tespace :
detci qu'ai port, qu'at porz, qu'ai Far, qu'ai pié
de la montaine , qu'a Ypre; ou dans le temps : detci
qu'ai teir, qu'a la nuit, qu'a la Nativité, qu'aprèt
mangier; par exception , la limite est placée en ar-
rière : de ti que de iert comenci»e 70S7. — Gel ad*
verbe, composé de iet et et, pourrait 8*éenfé en
deux mots, et c*est ce qui a été fidt daas le ti9ile«
mais les variations graphiques entre de «1, 4i=ieat
det ci montrent que les deux éléments ëtaienl éini*
tement liés.
[Disgiribr], impf. 6 deàrouent 9996, déchirer.
DxscLOBB, pf. 6 detclottrent 3885, ouvrir de foreSt
[Descombrbi] : qu'il n'eûtt grant a dê9eimbrmr tA0
( : nombrer) ; le sens de ce vere est obscur, j*ai eam-
pris: «sans quMl àùi prendre beaucoap de peiae»;
mais il faudrait sans doute remplacer
par encombrer et changer tout le vers.
Dbscombribr. Voir Dbscomrmr.
Descompire. Voir Dbsconpirb.
Descompiturb. Voir Dbscokpitdri.
Dbscomport. Voir Dbsgoiiport.
Descokpirb 807, pf. 6 detconfirent 985, p. f.
9699, déconfire, défaire (àlaguerre);pf. 6
confirent 9988, sbj. impf. 6 m deteoi^eùtmtté^k^
(ms. detconfittent), lAcher pied, plier.
Desco>piturs i893,(/efcom/?(tira 1766, aSoS,
fiture, défaite.
Desconport 967 (detcomfort), 95o9, pL'
6698, déconfort, affliction.
Dbscouporter, impf. 6 detconfortouenl 9id3, p»
confortée 37, décourager, affiger. * .
[ Desconrebr] : pf. 3 detcunreia 1 699 , inilendéaaitol\
6 te detconreierent 11610, quitièreot lenm ramM^
mirent en désordre. -.''■'■
Drscoxrbibr. Voir Dbsconrbbr.
DEScoxsBiLLié, f. detconteiUm 7817, pL iaacoMiiHîilÉ
5 198, sans direction, désorienté. >y
Descordarcr 8961, discorde, désaccord. 'v
Dbsgordb 109, discoru'e; a deêcordê 965 « en diUB»*
cord. • . 1
Descordbe 917, 535o, 83o5, 8363, iÛMriiaMflî
discorde, désaccord. . -^
Desgorder, pr. 3 detcordê 966, p. dêêCordé 9ê%§\
brouiller, mettre en discorde; deteotitnHt té|0|
furent en désaccord.
Desgorder, impf. 6 deteordoient aaiS^ pf. 3
3768, lâcher la corde (de Tare), déooehflfv lil
Dbscotenub 35, malheur.
Dbsgovrir : p. f. detcoverte bû'jS , révélée;*
93i3, à découvert.
Dbscrbistrb, pf. 3 detcreut 6096, gér.
6097, décroître; ({^fcretiai6i8, dàCtfdiinMev
décrue. * *l
♦•■
r*
. -k- .-^màim
GLOSSAIRE.
A83
Dbscicchiib, pf. 3 dêtcrvcha 10071, renverser, jeter
à bas; voir Deicrunquier dans Godefroy.
Dbsdbigiiier, pf. 3 m dnieigna 639, se fâcher, s'in-
digner.
DssDUGROB 8926 , courroux, dépit.
DisDinB 6658, impf. 6 de$ài$eiênt 91Â/1, contre-
dire.
Dbsbbtb. Voir Dbssbbte.
Dbsbbvib. Voir Dbssbbvib.
DBSPiinB la tençon 669, apaiser la querelle; dnfaire
1 o4o, imp. 5 desfailes aaoo, mettre à mort; p. s.
deB/aii 9930, accablé par Tâgc.
Despiutb. Voir Dcpautb.
DBSPBnivé. Voir Dbsfbstu^.
DBSPBSTcé, f. deêfestivee 10939 (corr. deêfnluee), cha-
griné, désappointé; voir Godefroy.
Dbspicbibb a 33, dépiquer, lever (en parlant de
tentes).
DupiBB. Voir Depire.
[Dbspcblbr]: p. defublié 8790, déban*asaé de son
manteau.
Desgdabrir : denguamie âioa, dépourvue.
[Dbshait], desheit 5iâo, dethiit 78/15, dehet 3â58,
6 s 06 , dehei 7813, découragement , tristesse.
Dbshaitieb 5366, s'attrister; dethaite 1810, déplaît;
19987, P* <^^<^^t<>^ 3o8o, pi. (isfAmltex 5975, f.
dêêKaitiee 3936, desheitiee 971, 7785, 78^3, deS"
heitiê 6906, découragé, attristé.
Dbsheit. Voir Dbshet.
Dbsbeites. Voir Dessaietes.
Dessbitieb. Voir Deshaitier.
Deshbt. Voir Deshait.
DBSiRi?(CE 3 336, désir.
Dbsirier 1 3099 (ms. éd. dêMirùrs)^ denrer 586, s. de-
ftrterj 93oi, 19099, pi. desirert 966, i359, dé-
sir.
DBSJonDRE 9918 , séparer; w detfointiêêent 9916, se
séparassent.
[Dbslbial], s. desliaus 9798, déloyal.
[DssLEié], p. s. deiliez 8806, pi. f. dêiloeeê S'joh^
sans loi, scélérat.
Deslial. Voir Dkslbial.
DESLié. Voir Dksleik.
Deslok. Voir Desleié.
Dbsloeb, pf. 6 deêhereni 10966, déconseiller.
Dbslooibb 9806, lever le camp, déloger.
Dbsmesleb, p. f. detneaJee 1 66 , dênnelke 668 , arranger,
pacifier (une querelle).
De8mbscre(A) 669, 161 1, ^)0i3, i3i53, avec excès.
DBSMBSDBi, f. deêmêMureê io663, présomptueux, qui
manque de modération.
[Dbs^obib], pf. 6 de$nurirent 7666, dépérir par
manque de nourriture.
De8?idbir. Voir Dbskobib.
Dbspbrdeb 1096, «669, /1810, etc., pf. 3 dnpmdi
9 858, dépenser.
Dbspbksb : a $a deipenêê 19 m, à ses frais; 3999,
3619, 9918, provisions de bouche; pwre et de
grant de$pen$e 3669, pauvre et coûtant très cher à
nourrir.
Dbspibb, p. f. detptte 11866, traiter avec mépris.
Dbspit : el de$pit al diable 68, e/ de$pit defei crietiane
3711, en haine du diable, de la religion chré-
tienne.
Dbspobt. Voir Dbpobt.
Dbsposbb. Voir Déposes.
Desqub 3191,8996, ii659, jusque.
DisBAisoN 5655, 9009, tort
Dbsrbbbhbiit 6980 (ms. deereement), avec impétuosité ,
furieusement.
Dbsebbb : §e deereerent 7699 (ms. se deerengierent) ^
sortirent des rangs; deereee 5o3i (ms. dstree)^
acharnée, furieuse; ehierté Hant deerees 65o6
(ms. detree)^ cherté si excessive, si déraison-
nable.
Dbsrei 663], action de rompre les rangs, désordre;
a dserei ^6hh^ avec impétuosité; 1886 avec trop
d*ardeur; a teldnroi 96, avec tant de fougue.
Dbsbbxgibb, pf. 3 deerenga 1997, sortir des rangs.
Desboi. Voir Desrbi.
[DesboIllieb], pf. 6 detroiHeremt 7666, se dérouiller.
[ Desboter ] , p. f. dtiroutee 5 8 1 6 , faire sortir de Tordre
régulier.
Dessaietes : cil traùi a lui doue taietee entuchieet en
dee heites 1996, la veûsitz en deesaietet plu$ de einc
Cjntmih eaietee 3109. On a évideipment dans les
deux passages le même mot, qui doit être : en det-
saietti; mais le sens n^en est pas clair: sans doute,
nen un moment, aussitôt??. Le mot se retrouve
seulement, à ma connaissance, dans le Roman de$
Franceis d*André de Coutances, où il a le même
sens : En deeeeîu (éd. ^luietestet) t'fftormt ( Jubi-
nal, Nowo. Ree,, II, 6).
[Desserte], pi. detertee 6866, ce qu*OQ mérite; en
deêertee 1 790 , en récompense.
Desservir 8957, sbj. impf. 3 deserviêl 8167, mériter,
gagner.
[Dessor], i20tffr9693, 8170, sur.
&84
L'HISTOIRE DE ILA GUERRE SAINTE.
[Dessus], detttt 5i5, sur; que ne Valttêêe» en de$u$
960a , que lu ne le surmontasses; el deeua 9976, à
même.
Destairdre. Voir Desteindre.
[Desteihdre], pr. 3 destaint 6689, sVHeindre.
Destbhpbbr : destempree 11 636, déréglée, acharnée;
destempi'ot 7639, se gâtail par Thumidité.
Destihdri, impf. G dtîtLndoient 9si8, pf. 6 deelen-
dirent ii5o9, lâcher la détente, ûrer \ dettendre
3999, lever ies tentes.
Destireb, p. f. deëtince lA^c, a 58 o, fixer d'avance
(en pariant de Dieu).
Destobber 9935, pr. 3 deeturbe 1 1 888, p. f. deetorbes
i38o, gêner, noire à; impf. 6 dettot-bouent 7/1/15,
ip, î. dettorbee 566 1, 7661, entraver, arrêter.
Destobbieb, pi. djttorbiert 1367, trouble, entrave.
Destorkbt, petit détour : le$ dtfstomsz 7761, par des
chemins détournés. On pourrait aussi regarder 4ii's-
lomez comme le pi. de deitomé<, en sous-ent. ehe-
mm; mais je ne connais que le fém. deêtomee (sous-
ent. voie) qu'un emploie de cette manière.
Destobreb, p. f, dstiomee 93, enlever, dérober.
Dbstbaiiidbe, Voir Destbbihdbb.
Dbstbe : deetre et tenettre 65oi, à droite et à gaudie;
a deetre 9979 1 à droite.
[Destbege], dettreece 3oo, 3358, 6383, pi. deêtretcee
3 3 1 9 , ffêne , souffrance.
Dbstbbiiidbb 3698, deetraindre 6972 , forcer, réduire;
pr. 6 deetreinent 6106 « 5969, presser, tourmenter.
Distbbit, f. deetreitJ 663o, tourmenté, malheureux.
Dbstbeit, destreiz 3i5, 317, détroit; en une deêtreit
1989, dans un lieu resserré, un défilé; position
difficile, gêne : Ven miit en deêtreit 101 13, le
tourmenta à cause de cela.
DESTBEnrE : en destreites 696 , à la gêne.
Destbbsce. Voir Dbstrbge.
Destbieb, pi. dettriere 3633, cheval de guerre.
DisTBOissiEB, p. pi. deetroiêiiez 7755, abattre?
Dbstubbeb. Voir Dbstorbeb.
Desob. Voir Dbssob.
Desvb. Voir Dissus.
Dbsveieb, p. s. dêiveiez 55i i , f. deevoiee 689 , égarer;
dsevoiee 6738, perdue; detvoiant 1990, perdant le
chemin; deêvoierent 8a5i, détournèrent.
Desver 9879, perdre la raison, enrager; p. f. denee
635, pi. desveeê 3798, furieux, enragé; lapaiene
gent detvee 1 08 1 0 , les païens insensés; $e deevouent
6857, enrageaient.
Desvoier. Voir Desvbibb.
769»
tf»
^
DEsrox.BiR, impf. 6 dmwoUieiU 86i8 , dnvoiêimi %k^k
pf. 6 deMvoldrmU 8638 , ne pas vouloir, ie rcifum ^
Dbtb : par dêle 1 sot 5 , Buivaiit le devoir. ,, <
Dbtekib, p. f. détenue 6to8, arrêter, retenir; in|(l 6
se détenaient hZ iS ^ reaiêieni, ;.,.'
Dbtob, s. detrm ii856, débiteur.
Detobtbb : impf. 3 se detortoit 3668, se lordaîtè
Dbtbencbibb 9939, ^^^à, 6 detren^êreimU fi^f^fw
pi. s. detrenchié 5539, tuer (prc^* coii|Mir 4|
morceaux).
Detbbs. Voir Dbtob.
Dbtriêb, impf. 6 detri&snt 7A01,
iarder.
DETRiés 1559, derrière.
Dbvaxtbb, pi. devmnteeê ioé6, de <{iioîteiiiplirle|^
ron, le devant d^une robe.
Dbvbib, devoir. Ce verbe s'emploîe dma^es
variés, se ramenant à peu près à ceux de «élpe Joilit
naturel, probaUe» : cil durent e$êr8 malèeiiBi\k6§k
ccux-li furent bien près d'être perdae; HMWi.lpr
folie lor dut nuire 771, mais il était juste ^pM
folie tournât contre eux; ja ne Mê m#
9119, qu'il ne sdl jamais dit que edi mmtttÊi'i
qu'il durent laiêeier en l*oet eurre ti83» lp%
avaient l'intention de laisser courir dans fatti^t
quant il durent ariver 9871, et quand fkt
sur le point d'aborder; quê e^ dnui
défendre 5 606, qu'U fàt dit qu'^ tiifii^pril
c?ux; ^((1 mult dut Voet avmr grêeaê §7.Mti4||ii
faillit faire grand tort k l'ost Dans mmk %m§^.i
deut poindre d*a*99z 7500, le sens ett anet
elle à rendre; c'est à peu près: «M s'avençi
plus qu'il n'aurait dû".
Dbvbrs 736, 9903, etc., du oàté de.
Deviner, impf. 6 devinoient 3i65, faire 4ee
tures.
Devise 606, opinion, plan : «put aUrmU Jat
1 1799 , telle fut la base des négociatione;
tiez oïr reter let une a» autreê Ur defdeei 'jCifi&g^
uns reprochaient aux autres leur opiniesf mm
parlouent par deviseê 91 38, ils parinent
vaut leurs idées; car tout quidaaeni
iiio5, car tous croyaient sûremeut (piO|li^
penser qu'il y eut là une question doateilM,4*l|fh
nion); ior V angevin fui la dmtê «n qutl
viande en eeroit achatee 636i, la <pieilioa
savoir comment, avec ce deaier« on
la nourritui-e; a ta devise isoo« lySe^àMH jlfétt
à son goût; la plus sage fèm m Mat j^l^Al
^iii^a&^jÀ
GLOSSAIRE.
485
femme la plus sage qu^on pût imaginer; lui devtêa
par devûe 1 1 807, lui expliqua clairement.
DifisiHBRT 798^, arrangement.
DifisiR, p. pi. 8. devisé 9g65, f. deviseet 1966, pf. 6
M dêwiêeretU 1 07 1 9 , diviser; 3 deviia 36i 6 , 6 de-
viêereiU 384 1, avoir en intention, projeter; devi-
êoitemt hr eire 369, 378, formaient le plan de
leur voyage; lui devisa par devise 1 1807, Itii expli-
qua clairement.
DiAiLi 3o66, etc., le diable (empl. sans artide); pi.
8. diafde 36/19, les diables.
DiisAniB 11995 (ms. dimaine)^ dâtkneinge 6699
(ms. dimeinge)^ diémeinehe 10807 (^* demeindte,
ms. ditHeincke)^ dimanciie. La forme du commen-
cement du mot est attestée par la mesure, mais il
n'y a pas de rime qui en détermine la fin.
DiORit. Voir Disais.
DiGRiTé 8568, rang, dignité.
DlMiiRCHi, dimeinge. Voir DiéHAiiiB.
Diti pris subst. : pur lor dires 567, pour leurs dis-
cours.
DiscoiDiB. Voir Discordes.
DttHi 6699, dixième partie.
[DiSHBs], digner 5888, pf. 3 digna 5886, 6 di-
gnerent 6887, p. digne 1599, prendre le premier
repas.
Dit : l'em en diseit granz diz 5 08, on en faisait beau-
coup de discours.
DiTOt : pi. s. /• ditor tant en saveient 8o56, c'est ce
qu'en savaient ceux qui en parlaient.
DivBis, f. diverse 3369, divers.
DoBLit : qui la dobla 1318, qui la fit se gonfler (la
mer).
DocTiiRB 9099, instruction.
DoBL. Voir DoBL.
DoL. Voir DiBL.
DoLiiB, doleit 1713, souffrir; impf. 6 S9 doleient
6106, de mémo.
Dou. Voir Docz.
Do?i. Voir Donc
Do?(C 34o, 3751, alors; don n*as tu 9668, n'as-iu
donc pas?
DoPB. Voir Di'NE.
DoKBR, pr. 3 done 189, donner; t't dorra 9390,
conviendra.
DoivT 396, i336, 9189, 5069, 9575, d'où..
DoRBB. Voir Durer.
DoMn (Sb), pf. 6 se dormirent 11913, dormir.
Dotahcb, doute : en dotanee 1786, en doute; sanz
dotance 17, i36i, 9789, sans aucun doute, silro-
mont.
Dots 1969, 3865, crainte.
Doter (Se), impf. 6 ne dotaient 3365, pf. 6 se dou-
tèrent 6 11 , avoir peur.
DouTBB. Voir DOTEK.
DoGB : Francs la dnlee terre 8897, le doux pays do
France; dolz ator 11057, voir Atob.
DoTos iSig, i390, dotose 3935, qui cause de la
peur, redoutable.
Dbasor 61 56, enseigne des Normands, en forme de
dragon (regium vexillum dans Ricbard).
Drap, étoffe : pi. chiers dras 1 698 , e dras de seie e
dras en graine 1676, dra9 d'eseharlete e de snj
9077.
Dreit, direct, droit : s. dreiz heire 3906, héritier lé-
gitime; un dreit pilet 3765, un trait bon, conve-
nable ; merveilles dreites 1 1 6 53 , des choses vraiment
merveilleuses; subst. pi. ses dreiz 9689, ce i quoi
il avait droit; a dreit 879, suivant le droit; adv.
dreit 391, droit; dreit de eoruz 7858, par la suite
immédiate de leur dépit; toC droit 619. Sur droite
19338 voir Adreit.
Dbbitori, 19, 873, 8955, justice; a droture 1 1793.
sans manquer, certainement.
Dbbitvbibr , f. dreituriere 9768 , dreitttrere 9 1 33 , légi-
time, qui appartient légitimement.
Drbturb. Voir Drbititrb.
Droit. Voir Drett.
Dromout 1177, pi. dromonz 596, 1179* i90i, ba-
teau de transport.
Drotcrb. Voir Dreitore.
Drue 1160, amie, bien-aiméc.
Drugemafi 1689, drogman, truchement.
Duel, doel 3o9, s. dois 970, deuil, douleur.
DuiRB, enseigner : duife de bataille 635 1, experte à la
guerre; se dttire 9863, s'habituer, se faire une loi
de.
DuKB, dones 5761, dunes 7730, dune, monticule de
sable. La forme est attestée par la rime avec brtme»
(7790).
Dures : eûst poi de durée 9888, aurait pu résister
peu de temps.
DcBBMEirr 778, 1973, 9968, 9766, fortement, ri-
goureusement.
Dubbb : fut. 3 dorra 8t8, cond. 3 daroit 85i6, 6 lio-
rotMfil 3366, p. s. iert durez 1666, dorer; durer
a els 6816, leur résister; la durer 9970, résister
(cf. it la durare, la pris absoi*).
Ase
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
E
-.-.<*!
.i
Ë 5, 7, 19, tg, 3^1, 97, 36, /io, etc.; et 18, 19,
96, Ao, etc., et (la forme e est la plus fréquente
de beaucoup, sans qu'il y ait d'ailleurs de raison
visible pour ie choix de e ou et) : dû e dii 9 s 66,
dix par dix; e bkik, loAio, commence la propo-
sition principale apr^ une phrase incidente; voir
Dicz, Irad. fr., III, 3 17- — Et ne se fond en
erme, enn 195.
Eagb 699/1 , pi. aagei 36o , âge; par tanz aage$ 1 996 ,
pendant de si longues périodes de temps.
ECRIËB. Voir ESCBIKB.
Epporz. Voir Esporz.
EpPBBim. Voir Esfbbbb»
Ebt. Voir Es.
EiRCBis. Voir AiRCBis.
EiRBiSS, fl56, 969, 1199, iiSâ, 9/1^5, etc., oire
917, 378, chemin, voyage; atoimer ion tire ii3â,
9^65, faire ses préparatiCs de voyage; Deu9 oi lor
être atome 1193, Dieu avait tout préparé pour
leur expédition; ^'tre wr son être 6989, 8696,
âtre sur son départ; en lor eirff aprochierent 888,
. ils furent rapprochés du terme de leur voyage; bon
eire 8991, bon tr^in. Voir Ebbibk.
EiB 598, 9Û33, héritier, pi. s. dreiz heire 3906, hé-
ritiers légitimes (il s'agit de femmes); au fém. eir
8960; peut-être de même oir 89^5, mais ce pas-
sage semble altéré.
EiRER. Voir Ebbbr.
Eissi. Voir Issi.
[Eissil] : tome a eesil 1/106, naufragés.
EissiLLiBB, impf. 6 eiiêilloient 1 1 169, dévaster, piller;
p. pi. s. eiuillié 19906, maltraités.
E18SIB, pr. 6 iȐent 39 7/1, impf. 3 isBeit 397, 6 it-
ioient 9911, pf. 3 eisti i3i6, 9/191, 6 isiirent
9900, gér. eiêsant 1796, sortir; s'en eiêtir 397,
9905, de même.
[Eissub], pi. issues 1119, sortie.
El. Voir Lb.
El 1908, 6095, autre chose.
ËLHE. Voir Huche. ,
Eh. Voir Ok.
Embatre, pf. 3 embati 73$, Ùetnbatirent 15^7,3386,
pousser de force; embatre 681 9, au sens de s* em-
batre; s*emhatre 3986, 6696, pr. 3 s'embat
19168, pf. 6 s'enbatirent 796, p. pi. s. s*wfent
embatu 9799, se lancer, arriver k TimproviBle. An
y. 6/197 embati est une faute pour abàti» ' ? '
ËHBbBB 366, 368, pr. 6 embknt 3o68, p. t.êmèim
S006, dérober, prendre en secret; s'embkr 9&flD«
se dérober, partir furtivement. .
[Embordbîjbb], enbordeûre 3886, bordure, eomkn^i
ment. i
Embbacibb, enbracier 71 13, saisir dans ses bcas; |i*£l
ênbraaiee 9676, entourer de ses bras; pour
çant 6916, il faut embraiant.
Embbiibb, gér. embraiant 6916, attaquer,
[ Embcschbvbiit ] , enbuschement 7111,
1916, embuscade, cachette, ■ r'!
ËMPAirr. Voir Erpart. :\]
EmrtKri. Voir ËRPsaTét ^hl
Emfes. Voir EiFART, t;»;
Emplb. Voir Enple. -rui
Empairdbb. Voir Empbindbe. ».'.1
Empabbhtk, s. enparentez 1793, apparenté. • *fi\
[Empbecbibr], enpeêcoient 10697 (ms« «n pmmnÊljf^]
entraver, embarrasser. ^
Empbirdrb 309, empaindre 91 Si, pousser.
Ehpeireor, empeireûr 1396, empireor, mot fof^é-pMf
Tautcur pour faire un jeu de mots. :. .
Ehpbirieb, pf. 3 en^eira 696, gAter, eiiipiref$>f^?Ck
empeiriec 6769, endommager; cofid. 3 mnpértftk
53i6, faire tort à; set meîsmes en^iirêt j397ylt
se nuisait à Igi-méme, ji ij
Empebcier, p. enpercié 6967, percer, enfoncer* < i
Empreigrier, pr. 3 empraine 6, concevoir (|n»|iif4ii<
gros de); impf. 6 empreignouent ftiHft (In iimajlf
ce verbe ici est obscur). . <î
ËMPRERDiB 868, enprendre 1116, abj. pr.3 emfttilKt
5 , pf. 6 enpristrent 9608 , p. f. enpri99 7a t» i|#9«
entreprendre, commencer. .' 'I
Empressibb, impf. 3 empressait ^Zati , presser,
près; pf. 6 empressèrent 7963 (: lais$êrmi$ :
rent); s'enpressisr 9553 (ibeissier)^ s^oocoper iVit
ardeur. ,. . ^.i?
Empri8e,i366, 1903 (lire : net/ fis dêigmuiPffm$i^ét(i
prise) , entreprise ; par corn faite enpriiê tàoS^dhfll
queUçs conditions; a ieele emprise 7809* àÔklMl
d'armes; hardie emprise ]535, fait d*aivaesj|9ltt[
JoU emprise 9719, 5666, témérité; iNp^Veipii
5i6, en exécutant son dessein; éê;pimt^2Êi$f$9$
i « 11' Ttiriîfat
GLOSSAIRE.
487
9978, 5os6, très cnlreprenanl; genz de tt granz
impriiêê 7006, hommes si entreprenants.
Empromtib. Voir Empronteb.
Emproxt 9688, enpront ai 8, 877/1, emprunt.
Emprortbr, tmprovïter 8754, emprunter.
Ew. Voir Ok.
Er avec porter , mmer, etc., est toujours séparable.
Cf. Si.
E5, en : muHtn en un cheval i8â3, monta sur un
cheval.
E.^BATRE. Voir Embitre.
E.1B0BDBLRE. Voir Embordeûrb.
E^iBBACIBR. Voir EU1BRICIER.
E.iBccHEVE^T. Voir Embuscheme^t.
Erbuschembxt. Voir Ehbuschemert.
Ercairagio!! 193/19, incarnation.
Ercersieb , pi. encniien 9087, pot où brûle de Fencens.
Ekcbbchieb : gér. encerchanz io3â9, habiles à s'in-
former, pénétrants.
ExCHACIEB. Voir ERCiiilClER.
Erchalz. Voir Ekciuoz.
EXCHASCIBB. Voir ËXCUAUCIER.
Ercuaucieb, impf. 3' enchasçoit 63o6, 6 enchaçouent
<)366, 6399, pf. 3 enchaça 9546, 6 enehaueerent
6019, 736/i, ii93o (ms. enckacerent)^ 11 933,
enchacierent 9 346 (au v. 9 a 45 enchacerent par er-
reur da^s le ms.), etichacerent i553, 1687, 3683,
/il 58, 5699, 6991, poursuivre. Le ms. donne
plus souvent enchacier, mais le sens appelle plutôt
partout enchaucier, comme le montre notamment
le V. 1 i93o.
E5CHACZ 16C6, 9 33o, enchah 3io3, 7906, pour-
suite.
E?iCHBRiR, impf. G encheriisouent 10596, faire en-
chérir.
Krcli.^ : teite encline 965, tétc baissée.
Ë5CLIIIER, imp(, 6 euclinoient 655 1, faire baisser, cou-
cher.
Ekcohbatre. Voir Kscombatre.
ETtcoHBRiER, pi. encombri.i'M i36o, enconbrisrt 9801,
embarras, diilicuUé.
[ Er GOMBROS ] , encumhrote» it)5, embarrassé, dillicul-
tueux.
Erico.*«bribr. Voir Eiocombrier.
E^ico.'iTRB 5i5 (ms. encotte)^ en face de; 9 336,
9337, 93/io, ù la rencontre.
Ercortre iooo5, rencontre (en bataille), fém.;
qu'enconire n'i eiitt 1876, sijns tnmver quelqu^un
en face de luL
EifcoHTREB i394, rcncoutrer.
E5C0BE. Voir OxcoRE.
Ercobe. Voir Ekcobbb.
EncoBRB 5âio, 7338, 7/196, encore 5t48, 7895,
encinre 21 84, encurj 796], pr. 6 eneurent 7699,
pf. 6 encorurenl B996, 534 1, sbj. pr. 5 eiteurgùz
7339, sbj. impf. 3 eneoreust 5o59, p. f. enecrae
10966, souffrir un dommage, proprement à la
suite d'une faute, comme les otages que Salahadin
laisse eticorre 534 1, 54 10, 7961; puis en général
être victime, périr 9996, 3o90, 5i48, 7338,
7339, 7496, 7599; la geni iert morte e encorne
1 0966 , eenz plue encore 7595 , sans souffrir de plus
grandes pertes; a la noêtre gent faire encurre
91 84, pour faire du mal à nos gens. Au v. 5o59
le même verbe a un tout autre sens : e ei le tenê
»i encoreutt, s'il arrivait dans la suite du temps.
E?icoBTiNEB, p. f. pi. encortineet 9086, tapisser.
Ekgostb 1969, près de (6194 1. en coete),
Ercuhbros. Voir Ehcohbros.
E?(cuBB. Voir Ejicorri.
Encubre. Voir Ercobre.
Encoseob, eneuteùr i836, dénonciateur.
Erccseb, p. f. encueee 4019, signaler, annoncer.
Endriiaik : Vendifnain 593o, le lendemain.
Endihantibbbs. Voir Endriibbtimbs.
Erdbhrrtbrs. Voir Erdembntibrs.
Erdbmbiitib^bs b3']g,endemnntiere$ 6938, cependant,
dans rintervalle.
Erdbmbhtibbs, endementerê 3t65, 3764, 64o9,
8995, etc., pendant, tandis.
Erditeb, p. endité 7610, 8901, indiquer, faire savoir.
La forme est attestée les deux fois par la rime avec
cité,
Erdbbit 9995, 54o9, justement; n endreit 6737, ici
(précisément ici); endreit oel afaire 374, sur ces
entrefaites ; endreit eU 5 1 ^ 5 , à leur égard ; endreit
elt 9879, de leur côté.
ENDREIT : m nul endreit 1887, en aucune façon.
[Eseirr], enneirj 703 (ms. en neire)^ aneire 955,
i4o9, 1719, i849, 4o3o, 8695, 9039, anoire
io34o, 11697, i*oo4, promptemcnt, aussitôt.
Eneire est composé, de en et eire; l'intimité de la
soudure est montrée par les formes enneire aneire.
Exbkb. Voir Esnbkb.
EifBRHi, f. enermie 5877, ^f^^^^^f^ 6o45 (ms. kemue),
désert, dévasté.
Eresbb. Voir Esrbbb.
Errveis 5o6, ii448, mainteoant, cette fois.
ht
ntritiBCiuB sirieiriit.
â88
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Enfant, s. emfea 2^35,. 9 A 89, enfant; fëm. enfant
ggfi^emfttnt 1000.
Enfer, f. enferme 11799, faible, noti fortifié.
[Enfebgibb], p. f. enfiergiee 8978, aliacher ensemble
par des fers, river.
Enfermitb 9076, pi. enfermetez &900, maladie.
fRFiBTK 1 99 1 5 , emferté 6607, 139/4^, maladie.
Enfibrgibb. Voir Enfebgibb.
EiiFuriTé 11977* inGnitë.
[Evflb], em^ /i973, enflure.
Ebfoîb, pf. 3 eifei 3096, 6 erfairent 8097, enfouir,
enterrer.
Enfondrbb, pf. 6 enfondrerent 9969 , 3886 , sbj. impf.
6efi/btu2nu«n(996o, enfoncer, défoncer, briser.
[Enfobcibb], impf. 6 enforçouent 39 o5, pf. 6 enfor-
eerent 8909, fortiGer; impf. 3 enforçot 9768, ren-
forcer.
Enfbauidbb, p. f. efifraUe 996^1 enfreindre.
Enfuir. Voir ënfoîr.
[Engbigneor], pi. engineore a 978, engineùn 39i5,
constructeur de machines de guerre, ingénieur.
[Engeignos], enginuê 97, avisé, habile.
Engin /1116, sage conseil; s. 9685 ruse (du diable);
engins i3/i5, 9976, machines de siège.
Engin EOR. Voir Engbignbob.
Enginelr. Voir Enobionbob.
Enginvs. Voir Engeignos.
[Engordi], pi. s. engurdi 1671 (ms. dêigurdi)^ en-
gourdi.
Engraine, pi. engrainea 1698, étoffe teinte en rouge?
Engregier, impf. 3 engrejot 5833, devenir plus diffi-
cile.
EngbIs, f. engrestê 1698, 9386, 8018, 6889,
5668, 5899, acharné, hostile.
Etegrbsseb, pf. 3 engreiêa 62/11, 6 engrenserent 5711,
(jér. engreêtant 3o59, presser, serrer de près.
Engrotbr (S*) , pf. 6 t'engroterent 19911, tomber ma-
lade.
E?sGL'RDi. Voir Engordi.
Enhaitier : p. f. enhaitiee 7786, en train, bien dis-
posée.
Knhcbhi. Voir Enermi.
Enjornbr : a Vanjomer âo]5, 6i95, a Vanjomant
lioù']^ au point du jour.
Enjure 1867, pi. enjures i855, ^1200, 19991, souf-
france, tribulation.
Enn. Voir Et.
Enneire. Voir Enbirb.
Eknoble 9816, nuageux^ sombre.
[Enoios], f. enuiose 3936, pi. enuioêm 1096* dét»
agréable; ^tittfses 85^, blessantes.
Enorer. Voir Onorbr.
Enpainarb. Voir ëmpaindbb.
SnPARBNTÉ. Voir ElIPARBRTé.
Enpercibr. Voir Empercibb.
Enprainibr. Voir EMPtaiGNin.
Enprendrb. Voir Empbbndrb.
Enprbssieb. Voir Empressibr.
Enprisb. Voir Emprise.
Enpront. Voir Empront.
Enqubbe. Voir Enqubrrb.
Enqcbrrb 1810, enquere 1806, i339, pf. $■
1810, rechercher, s'enquérir de; fo fmà^-
enqitùe 5237, c'est une chose dont oo tfk
Enragibr : enraga del mmi 1951, perdit la liiiiKi tjf
enragier 1 &6& , devenir enragé.
ENiAisNié, p. f. enreisniee 88&9, disert « kdM»'!
parler; pi. enraianeet 1809, de bon
Enrbisnié. Voir Enraisni^.
Enribvbb, enrievret 1680, mutin, indocfle.
Enrievreté 5/187, indocilité, rébdUon.
Enroeb, impf. Zenroot 6970, s'enroaer.
Ensaih. Voir Ensbing.
[ Ersbignibb] : etueigneeM 890 , bien élevéot, il
[Ensbing], pi. entaimz 7901, indice, manigm -
Ersement 1675, 1171, s59/i, 179s, sST&t t«97«
85i3, 38i9, 6788, h^bt, etc., de
iement.
Enskrbr. Voir Ensbbbbb.
Enserrer, p. f. enteree 9196, enfermer;
9017, s'enferma.
Ensi 1120A, ainsi. > >
Ensivbhbnt 965o, suite. .*-
Ensitre 169, fut. 8 ensivra 5669 , suivre, pomÉhm»
Ensorqdetot 543 1, surtout.
Entalent^, s. eiUaîentez 10866, f. enUtUmUÊ-^êÊli^
en disposition, désireux.
Entasseïz 6868, entassement, amas. •. . ?
Entassbr, pf. 6 entoêêêrent 3o5li, refooier — **-* '
Entegdié : s. bien entechiei 597 , 967e, doué éê-
qualités; nùeh entediiez 9119, doué de
qualités; pi. r. malemenf entheehkz 956e « dei
vais naturel. '*
Entbis 8790, action de tendre (une aibalèle^- .- : •
Entençon : a ent^ifon 11699, exprès. * ,r
Entbndbb 936, 3Ai8, 6585, impf. 3 mrsiiAitiiét?
9699, pf. 6 entendirent iiios, lee^A, eÉrf»3
entendreit /i6i8, 6 entendraient S7669 ^.é^ték-
.-£!^u4iÙ»*
GLOSSAIRE.
489
Â3o, f. entendue BaaC, entendre a a36, iShh,
9692, 9766, 3hi3, entendre de A6 1 8, élre occupé
à, s'occuper de; n'etmetU auet a entendre 6585,
nVussent fort à faire (de quoi 8'occup?p); 1110a,
avoir une opinion sur, enlendrc (une affaire); al
r/iien «ntom^re 5 a /i 5 , 97 83 , autant que je Tentends , à
mon avis; /li3o , 5a a6 , comprendre ; «« ^n$ VeHreni
et II autr3 V entendirent 1939/1, les siens Tenten-
flironl et les antres comprirent bien ce qu'il disait.
Ekteiitb : t ot mi» i'entente ao63, s'y fut appliqué;
mitt grani entente* a3ia, s^appliqua beaucoup;
en bone entente 3718, en bonne intention; ïa eretU
lor ententes 3/178, c'était là le but qu'ib se propo-
Haienl; a lor entente» a3i9, tant quiis pouvaient;
entente» i357, ii3oa (ms. éd. atenie»)^ soucis,
diflicultés : livrer entente» 3939, 56i5, donner du
souci; mnlt eurent entente 6037, ^^* eurent bien
de la p:*éoccupation ; a la meie entente 1596, dans
mon opinion; perdre »es entente» i8/t8, perdre
Tentendoment.
E^TERiMMBKT 8oOa, pleinement, sans conteste.
EsTCSTBR 808, frapper sur la léle.
ExTHRCQiK. Voir Ertechik,
ExTiBR : cner entier 7i3o, s. cuertentier» iao86, cœur
lovai, ferme.
ENTiEnEMSivT fî59/i, formemenl,
Ejitor. Voir Ton.
EsTORXEE : en l'eniornee G069, à ta ronde.
[E-TTOscHi], enlusche 5()6o, venin.
[Ektosgoier], p. f. pi. entuchiee» 1936, empoiip
sonner.
E'iTBABATBE (S'), impf. G «*«n(ra6ofoten( 3 ^54 « 33^8 ,
se rciTverspr inutuellementp
E^Tl\coBSlVRs (S'), pf. 6 »*entracon»ivirent 3i4, s'al-
tr^indrc muluellcmonl.
EimiAFiBB : pf. 6 »*entrafierent 375, »*entrefiirent
1 i3i3, s'engagèrent mutuellement.
E!<{TRAÎDiER (S'), impf. 6 »*entraïdo lient tooia, s'entr-
aider.
[EjrTRAiiER(S')], iinpf. 6 »*etitreamouefUbobi , s^aimer.
Emtrassaieb. Voir K^TREss\IBR.
[E?iTBATAi!«iDRE (S')] : ïm^{. G s'entrûteignoient 33jo,
s'atteignaient l'un l'autre.
Ettbe : entre bon» e mah t i3^o, tant bons que ihau-
vais.
Kbtriambb. Voir Ertr\mer.
Ebtrebaisibr (S'), |)f. G »*eulrcbai»ierent i38, se
baiser réciproquemont.
E^lTBECHEVALCaiER. Voir E^iTRECHEVAUCIIIER.
[ Entreciib?adghibr] , entrechevalchier 8 1 97, intercepter
eu se mettant à cheval sur le passage de.
E.'«iTREC01l?0IEB. Voir EMRECOflVBIBB.
E>TRECO?IEISTBB. Voir E?iTREC050ISTRB.
[Entreco^oistie(S')], impf. 6 f'enfrwiOlitftJfetenf 6/^98 ,
se reconnaître.
Ertreco?itrer (S'), pf. 6 t'enireeontrerent 6917, se
rencontrer.
[Ektrbcobveibr (S')], pf. 6 t'entreeonvoierent 437,
i'entrecomvoiei-ent 33^9, se faire mutuellement la
conduite.
[ E^TBBcosTEiBR (S')]: »* entreûottoterent 335o,se tin-
rent compagnie de prt's.
Entredoner : t'entredcnerent ^91 8, se donnèrent
mutuellement.
Entbbdotbb (S*), pf. g »'entredoterent 53o9, se méfier
l'un de l'autre.
E?(TREE, pi. entrée» 33^7, entrée, faculté d*enlrcr;
entrée ai 35, entrée de port.
ExTOEFAiRB, impf. 6 »*entrefa»oient 378, pf. 6 t'en-
trefirent 83a 1, se faire mntuellement.
Ebtrbfbbir (S'), impf» 6 i'entreferoient 339 1, se fra|>-
per réciproquement.
EivTREnÊR. Voir ErtrapiM.
E?(TRBGRBVBR (S'), pf. 6 i'entregveverent 53io, se
faire réciproquement du mal.
EirrRBnBRDBiBB (S'), pf. 6 9'entreherdeierent âo58, se
harceler réciproquement.
Ektrbjurbb : t'entrejnreretU 366, jurèrent l'un à
fautre.
Entrblancier : »*entrelanronent 33 19, se lançaient
nuitucllement.
Ektrimbtrb (S*) i33, 8&6, 976, 186a, pf. 3 t'en-
trmu»t 1 858 , 6 »*entrerm»trent 3118, impër. 5 vo»
entremetez 1 6 1 3 , s'occuper, se mêler.
E.'«trepbe5dre 85i8, empiéter, attaquer; entreprendre
a 898a, usurper sur; p. entrepri» 811a, 9338,
en mauvais état.
E?iTREpRBsuRB, pi. eiitrepreture» 8o5o, usurpation,
abus.
E?iTRERAMP05ER. Voir ElfTBBBAHPOSBBR.
[E5TBBHIMPO8RBR (S')], impf. 6 »*entreramponoueni
8507, se renvoyer des railleries.
Entrbrom>rb 3396, interrompre.
[EtiTRBssAiBR (S*)] : »*entnu»aierent 8309, 8*éprou-
vèrent mutuellement (en se battant).
Ertrbtbhib : t'entreteno tient 80 1 & , se faisaient passer.
ExTucHiBB. Voir Entoscbirr.
E5TUSCBB. Voir Ertoschr.
Al.
i90
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Ektur. Voir Tor.
E!<VAÎB 800, 3oa6, 593/i, clc, tttaque, charge; par
(>nvaïe 3 18a, par défi.
Ektaïr, pf. 3 envat 789, «nltaqucr.
ESTERS 7795, auprès de, en comparaison do.
Enterskr a 95 7, tomber à la renverse.
Entiz : a enviz 1 1 1 63 , à contre-cœur.
E>z 750, 9J97, dedans; enz s^ajoule à en pmir le
renforcer 3089, 36i5, 6790.
Eraoibr. Voir EsRiciEi.
Eralmknt. Voir Erradme5t«
Eraument. Voir Erradmknt.
Ermift : gent hermine 16604 gens d* Arménie; Vermine
i559 (sous-ent. gent), de raéme.r
Erracmert 9690, erralment 1 ^73, i557, 38i 1, erau-
ment 89&1, eralment i8i5, 3690, 36/i6, 5911,
591 6, promptement, aussitôt.
Errer i336, 5767, err^ 3]0f impf. 3 étroit s3o5,
errot 385, i85o, 9991, 0759, eirol 38i, pf. 3
nra 1967, h errâmes 1979, 6 errèrent 669, 88S,
rirerent 34p, gér. errant 607, cheminer, voyager;
eireee ioâ3, parcourues; tôt errant 77 tt, 936/i<
aussi loi.
[Es], eth voi a63, 636, 65A< 707^ etc.< etht vas
0785, eht vos iShHi 9669, 3997, 9930, voici 4
voilà; estes vos 7i3« 68614 7786, 10969, ^^
même; eth la vos 3371, la voilà; eth les vos 3a8t,
6007, 6701, este les vos 3677, les voilà; eth vos
Passait remaindve à6'j']i voilà que Tatlaque s^arréte ;
eth vos saillir 73o3, voilà que sortent; eth vos Sa-
razins a huer 6686, voilà les Sarrasins qui se
mettent à crier.
Es : en es le pas 6790 (ms. isnelpas), ignelepas 9779 ,
anssitèl (m. à m. dans le moment, le pas mén>e).
EsART. Voir ESSART.
lilSBAHIR. Voir ESBAÏR.
EsB\ÏR, pf. 6 esbatrent 6679, être étonne, intimidé;
K^enbafrent 11669, ^® même; esbate 6788, éton-
née, déconcertée.
I Esrakeier], esbaniër 61 55, se diverlir; pr. 3 s'esba-
noie 961 1, de même.
EsBANIÊR. Voir ESBAREIBR.
EsBVKoiER. Voir Esbarbibi.
EsBATRE, p. f. esbatue 10766, répandre; s*esbatre
6376, prendre ses ébaU, se divertir.
EsBAiJDiR : p. s. esbaudiz 1769, p). s. esbandi 3067,
.enhardi, en train; s*esbaudirent 9889, se mirent
en train, s'enhardirent.
EsBORLBR 3 1 1 6 , perdre ses boyaux.
EscHAEiR, impf. 3 escheiet 9668, p. «tdbatrà t6&i,
échoir, revenir par bërilage; p. n. es^êiêt 734s,
advenu; sifaitement lui esehai 758i, voilé ce tpi
lui arriva.
[Eschabitb], pi. escheeites 1377, r^^o*nt bon (ironi-
quement; propr* ee qui revieni ptr h^tafpe).
EscHAROB : en Feëckange saint Léonard 8iAo« i h
pbice, conrnre substitut de saint Léonard.
EscHiNGiRB 6087, donner en remplaoement
EscHAPim ; eêchapa a un AUman 9997, n^ëehappa des
mains d'un Allemand.
EscRAR 6999, Bscham 6f9, millene; <feifc«r i&63,
5669, indignation, dépit; d^esêiar\h^%^ de d^t.
EscRARiR, p. s. eschariz 679 , attribue, doonë^e» par-
tage; estiiarie maisnee 7095, suite restreinle; ^Ml
eschariê 7688, petite troupe.
EsGRARfLETB 9077, fine étoffe de iaine.
EscBARU. Voir ESCUAR.
EscHARNiR, railler, bafouer : qui est gsuarmz mt fmH
eslre eschamiz A916, proverbe : quand ont pris
toutes ses précautions, on ne risque rien.
EscHARS, s. eschars 1 739 « f. pi. esckarsea 8i8,cinditf
mesquin. ■
[Eschaugaitier], esehelgaitier tS^hf 9168, tmlsd .
gaitiee 966 , garder par des postes, des senliMHab
[ EsGHEc ] , esfrec 1 o56 1 « butii?^
EscREEiTB. Voir Eschabitb.
EscHEKiBR : eshékkrs 1 0597, échiquier; «BcMMrSS&lTf
réchiquicr royal , le fisc du roi d^Angleierre.
ESCRBLGIITIBB. Voîr ËSCRAOGAITIER.
EscHBRMiB 10893, combat.
EscBiBLE 3976 , pi. eschieles 3676, 8776 « oorps d'ar-
mée, division de combat. •
Ëscniu i f. eschive 566, interdite, înabordaUe; m. t»
esquift 3658, chétif, misérable.
EscBiTBR 579, esquiver; ewhivez fS^o^ abendoBiéi;
eschivoient 3196, évitaient, n'osaient n^tnjpiproéà»
.de^ eschivier 3938, se dérober.
EsGHOLB. A'oir Escolb.
EscHOPiRr Voir Escopir*
EsciÊnf : mien escient 981, 6690, 97^9 « «ulMilfM
je sache.
EscLAiRiER : si f ad sa pen$ee esdarie 9689* la hnrière
se fit dans son esprit ^ la joie fiid mmU sschiww
7996 , la joie fut augmentée (rendue pins brîllanle).
EscLARDRB , s. esclandre 6 1 80 , esclandre 65da , brajl«
sujet de paroles.
EscLARciR : a l'aube esclarcie 19991, en pk^ ma-
tinée.
GLOSSAIRE.
â9l
EscuaiBB. Voir Esclaibibb.
EscLATB, pi. etclavet qSSi, esclave.
Esclbucbibb, pi. s. eêclenchier aa^o, gaiicber.
EscoBB, pf. 6 etcoerent 6o3o, mutiler en coupant la
queue.
EscoLB : Unir a eicole 9689, sermonner; qui lui vint
de la preuz e»chole 3o3^ , qu^il avait apprise à bomie
école; a dure etchole yôaa, à une rude épreuve;
d'autre» etchole» 32 18, d^autres sortes ;/yar e»chole»
8 169, chacun à son rang, à son ordre.
EscoLEB, pf. 3 e»cola 3â36, se consumer, manquer.
EscoHBATBE, împf. 6 »'e»combatoient 730 (ms. «fm-
combatoient) y pf. 6 »'e»combatirent 8776 (ras. éd.
»*eneombatirent) y se battre. Le verbe »*e»eomhatre est
attesté (voir Godefroy); au contraire, t'enamhatre
est plus que douteux : dans les trois exemples
donnés par M. Godefroy, il faut lire s'en combatre.
EscoMEifGiBB, pf. C e»comengierent Jiiho, excommu*
nier.
EscoRDiBB : »'en encondirent 117/15, sVn excusèrent,
s'y refusèrent.
EscoKSE .^)688, cachette, nbri.
EscopiB, impf. 6 e»chopoient 8710, cracher sur, con-
spuer.
EscoBDEMB.iT i!io3 , 56o6, du fond du cœur.
EscoBBE, sbj. impf. 6 eicu»»e 768/4, agiter, secouer;
slij. impf. 6 €»coû»»ent 7009, p. f. e»co»»e 7097,
enlever des mains d'un autre, délivrer.
EscBiBB, impf. 6 encnouent 5693 , pf. G écrièrent 38i 6,
huer, crier contre.
EscBirroBE. A'oir Eschitube
EscBiBB. Voir EscnivRK.
[EscarroBE], etcripinre 3596, 8090, 10088, écri-
ture, écrit; enz en encripture» O790, dans les livres;
en i'escripture ^'^Zh , dans son écrit (Ambroise dé-
signe ainsi son propre poème).
EscBivBE 856 , eicrire 361, écrire ; la forme est attestée
par la riinc.
EsccBBB. Voir Escorre.
Esro.'iDBE 99G3, clioc.
EspoBciEB (S'), impf. 3 n*e»forrot 976/1, pf. 6 »*e»for-
cierent 9 3 55, se donner de la peine « s'efforcer.
EsPOBX : par etfort 1988» par force; par nul e»forz
/i3 38, quelque effort qu'on fit; par e^forz 3391,
de toutes leurs forces; a efforz 8063 , a grant effort
1 85o 4 de toute sa force ; od grant efforz 9595 , avec
de grandes forces; a ton enforz de Sarrazin» 58io,
avec ses forces (ses troupes nombreuses) de Sar-
rasins.
[Espbbëb], p. f. effreiet 6788, troubler, déconcerter.
EsPBBi : en effroi ^789, troublés; ad etfrei 9981, en
tumulte.
EsGBOiGXiBR : e»groinee ioo5t, ébréchée.
ESGBOINEB. Voir EsGBOlG^ilEB.
ESGIIIBD. Voir ESGUABT.
EsQUiBDBB, pr. 3 e»guarde i335, pf. 3 e»guarda
9 33i, C enguarderent 393 1, regarder; p. f. e»guar-
dee 559 /i 4 pf. 6 e»guarderent 5599, résoudre après
délibération.
ËsGOABBB : eiguaree 6971, dénuée de secours, mal-
heureuse.
[Esguabt], par e*guard /i659, avec un juste égard
aux conditions de chacun; a Ve»guard de 9&G,
d'après le jugement de; /aire Ve»guard i09o5,
prendre la décision.
Eshaiicibb 55o6« pr. 3 e»kauee 55oâ, élever, faire
prospérer; e»haucie A 6 06, accrue, montée.
EsjABBTBBf pf. 6 e»jareterent 93oo, mutiler (un
cheval ) en coupant les jarrets.
EsioîB (S*), impf. 6 »*e»jomeient 7686 (ms. sm'crr-
seront), pf. 3 »'e»joî 98oii, se réjouir.
EsEEc. Voir EscBEc.
ESBBKIEB. Voir ESCHEKIBB.
[Esl%I8SIBb], p. pi. s. e»lei»»ié 7/193, f. e»lei»»iee
1967, 3998, lancé, de plein élan; pf. 6 »^enlai»»e'
reni 9 96 1, se lancer; pf. 3 »*e»leiua a 7697, 6 sVs-
lei»»ereM a 3/»85, se jeter sur, si lancer contre.
Eslabgir: »'e»largiceit 65i5, se montrait libéral, fai-
sait des générosités.
EsLEBciEB : p. s. e»leeciez 95o3, pi. s» e»letcié 8/176,
réjoui.
EsLEiciBB. Voir Eslebcibb.
EsLEissiBB. Voir Eslaissieb«
Eslibb, p. esleû 989, 9198, 9173, f. e»hte 80,
6779, choisir; shj. impf. 3 »*e»leti»ent 980, se
choisir^
EsuTB : a e»lite aBoo^ d'élite; del mieh de Vo»t tôt
a etlite 3o83, de ce qu'il y avait de meilleur (du
meilleur choix) de l'armée.
EsLoioxiBB, p. f. etloignie 3697, laisser loin, s'éloi-
gner de.
ESLOIGRIBB. Voir EsLORGIBB.
[Eslongibr] : esloignie 3598, allongée, baissée (sa
lança).
Esmaibb : p. pi. 8. etmaié ât6G, O'i&i, f* esmaiee
9960, abattu, découragé; impf. 6 »*e»maioHent
9969, se décourageaient.
EsMB : al mien etme 1111, 8967^ à mon avis, d*après
rm
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
mon calcul; par atne UUoa , par calcul, par appré-
ciation.
EsMEn, pr. 3 esme Saaô, impf. 3 esmot 3359, P* P^* ^*
esmé 619,1757, apprécier, calculer; p. amé 993 1 ,
vLser.
EsMEBé : or esmeré 5âO, or raflinc, pur; pi. s. enneré
10673, purifie, parfait.
EsMovBiB 5Gi8, p. s.estneûz 217A, pi. s. e$msû 3399,
f. etmeûe A 18, 3795, 55i9, ébranler, mettre en
iiiouvement; harate esmene 707, tumulte soulevé,
pf. 3 9*esmut 3aA, G »*eêmurent /i79t 1859, 9955,
56oa , sbj. impf. 6 s'eimeûseiU 979, p. f. s^iert es-
mmti 3/16, se mettre en marche, s'ébranler.
KsMVETB : par t'ennuele 6393, par l'impulsion qu'il
donna.
[Esrekk], etieskj 3i8^, pi. eneket 536, 1 181, 1/175,
1878, 9097, 985i, 3170, A703, 5557, 7997,
enequet 196/i, t599, navire de transport, plus
large et plus lent de marche que le dromon.
Espace 5936, intervalle, arrêt.
EspAiRGRE 9063, espargne 96 69, action d'cpar[rncr,
grôce.
[Espaibgnieb], p. espctTiîé 1160/1, épargner.
EsPAKDBE, p. f. e»pandtte 6663, répandre; la grant
i-itiere etpandue 6684, la grande rivière large; tê
ftttt espandue 7716, se serait dispersée.
ESPABG!«E. Voir ESPAIRGNE.
EsPABTiB, pf. 6 s'espartirent 7850, p. f. espfirlie
10/139, disperser.
Espèces 9857, io53i, épiccs.
EsPEiB 569, attente, opinion.
[Espeissb], etpoiae 6309, épaisseur.
EsPEBDRE, p. f. esperdue 8873 , perdre; wtperdre 8567,
perdre la possession de soi-même, être éperdu ; p. s.
e$perduz, f. esperdue, éperdu; s*esperdirent 6o59,
furent éperdus; eh enperdre 3839, se conduire
comme des gens éperdus, s'alToler; experdre 795 A
(ms. espndrcy éd. etprendr^), de même.
EsPEBER * tel Vespeir 570, je m'attends à te voir tel.
ESPEBKIBB. Voir ËSPAinCNIBR.
Espàs 636/i, épais; pi. s. etpès 3348, dru; la pro-
messe quija iert espesse 3363 , la promesse qui avait
déjà pris de la consistance.
EsPESEMBNT. Voir EsPESSEMkMT.
EsPESSEMENT 3876, 6385, espesement }533, dru.
EspiB 3995, pi. espies 6877, 6880, espion. Le mot
est féminin; il, au v. 6881, s'accorde avec l'idée.
EsPiiER : expiée 8391, dénoncée par des espions.
EspiNRi 587/i , fourré d'épines.
EspiBiTEL 3395, spirituel, cciesic.
EspLEiT 801/1, ouvrage accompli.
[Esplbitieb], pf. 6 espleteretU 8019, mploiÈmmd
11908, ^.esploitié 8686, f. uj^mtiêe goS^t w»
comphr par son travail.
Esplbtbb. Voir Esplbitub.
EspLoiTiBB. Voir Esplbitub.
EsPLOvsiR 5706 , tomber comme k pluie. Cf. Aploi luu
EspoBiiTER , pf. 6 s'espoenUreni a3àh (ms. mpontmwt) ,
333a (ms. eaponteraU), p. f. espoeiUe* 9196 (aw.
espontee)^ épouvanter.
EspoissR. Voir Espeissb.
EspoKDRB, sbj. pr. 3 esponge A 193, expliquer.
EsposAiLLBs kl US y noces, épousailles.
EsposE : femme esposê 596, épouse.
EspBBNDBB : esprise de Ulibg^ bien en train dei £§-
prendre 795A doit se corriger en e$perdr9 {ffi^
corr. prendre en perdre),
EsPRBssiBR (S'), pf. 6 s'espresserent 6993 (en lîne
avec plaisiierent)^ se presser avec force. CL 8k^
PRBSSIER.
EspRovE. Voir Esprubve.
EspBovBR U'jà , vérifier.
[Espbubvb], ^«p/-ore 3/199, 708/i, épreuve.
[Espucibr], espacer 5698, dter les puces.
EsQuis. Voir EJschid.'
EsRAGiBn, pf. 6 eragerent /i356, devenir fou.
EssAii$B : essaier al rei 8166, essayer auprès du. rai |
chastel essaie a prendre 99^9, château qu'on • m^
sayé de prendre.
Ess AMPLE h II '2 0, fém., exemple.
[Essart], place défrichée dans un bois; (6g.) dm!m^
fait esart 683 1, il renverse beaucoup des aftatk
EssiL. Voir EissiL.
EssoiGNB 5960, empêchement valable, excuse léfats,
EsTABLE : pi. estahles 19095, écuries.
EsTABLE 5o58, 11786, solide, durable; 989,
stant, ferme.
EsTABUE 900, 965, constitution, coutume;
33/19, séries i^glées d'avance.
ESTAGB. Voir ESTBACB.
EsTAGE, 8. estage 5390, repos, arrêt.
EsTAGiER, s. estagiers 9^38, habitant.
EsTAïp, s. estais 771/ii 1178a, fixe à demeura.
EsTAiM 5365, étain.
EsTAL : a estai bjSd , de pied ferme ; Unir e$tal 1878 «
/i853, 7^88, 100/i/î {ras, éd, ntor) y rembf éÊÊd
3oA/i , A85/i , résister, tenir bon ; gvrpir ssAsI 63t9«
muer estai i535, lâcher pied; ^iit ai ^tmI ssltl
^.i - f*
GLOSSAIRE.
h93
l'en teneient 1 906, qui Ten preesaicnt beaucoup (la '
traduction est inexacte, voir aux Atld. et Corr.).
EsTARC ii/i3o, fatigué, recru.
ESTARGBÏIBR. Voir EsTANÇONEa.
EsTARçoR, pi. eitançoM 6871, étançon.
EsTAKÇoifCR, impf. 6 eitaneenoient Â9A&, pf. 6 atau-
çonerent ^1871, p. f. e$tanç(mê9 ^9^5, 69C6, élan-
çonner.
EsTARDARD 5753, ctc. , étcudard royal, servant de
signe de ralliement. Cf. Dragor.
EsTATi, état; bone estate 1087, teleetlate Ii6g3^dreite
e«(afe666Q, semblent attester le féminin, malveis
estate 688, 8186 le masculin; mais, le mot com-
mençant par une voyelle, ni Tune ni Tautre gra-
phie n'est probante; toutefois le mot est sans
doute masculin.
Este. Voir Es.
Estei5dre 586o , mourir; atêez en i ettomrà 6970 , il en
mourait beaucoup; t'esteignouent ibh^ s'écrasaient.
Estbrcelb, pi. estenceks 903 1, étincelle.
Ester DBB, pf. 3 i'ettendi /iû3i, monta.
Ester 1 1701, p. esté 157 A, se tenir debout; (rig.)pi'tf
en ettant 835o, sans perdre un instant; etturenî
66a6 , 8&5a , furent; bien lor ettut As 1 1 , cela leur
réussit; lor eêteiUt malement 8069, cela eût mal
tourné pour eux; impf. 3 e'eeto't 782, pf. 6 ê'et-
turent 606, i'estercnt 81/19, se tenir.
Estitb, pi. ettives a 860, chalumeau.
Estoble 336^1 , 6391, champ de blé moissonné.
Estoire 3o8, 536, 6o3, ii85, 1187, 1196, 1197,
i3i3, ia/i5, 19^7, iâ58, 196a, i3i6, 1896,
93o5, 3i59, 3i6i, 8911, 8939, eetorie 909/i,
985i, 2865, 8970, 3981 (rimant avec hoire),
8919, ^1703, 10985, pi. estoriee 8398, flotte.
Estoire. Voir Estorie.
EtrroivER, p. f. extonee Ugih, /i9â6, 6960, ébranler.
Estoper 1 1590, pf. 6 entoperent 11157, boucher.
Estordir, pi. s. estordi i5o7, 1579, étourdir.
EsTOREMEM, pi. e«/ore»ien2 555i , approvisionnement.
EsTORER 8198, s'approvisionner.
Estorie. Voir Estoirh.
Estorie 1, 999, 3536, 6658, 9/186, 10669, ^totre
10, 9i8t, 3659, hhhtx (rimant avec MtmJtoire)^
&565 (limant avec m^inoir^) , 11968, ifi8&8, pi.
ettoircn ^6, histoire.
Estor 6786, s. ettorz 16/11, combat. — Pour «tor
io/i/i, il faut corriger entai,
EsTORMiE 5878 , attaque.
Estormir, pf. 6 eêtarmirenl 9899, 10968, p. pi. s.
estormi 1 600 , f. eetmtme 6976 , attaquer en sursaut ;
eêturmie 691, 8677, 6785,7917, agitée, soulevée;
s'esturmi 787, s'ébranla pour le combat.
Estortre, pf. ù etlontrent ]/io3, p. f. eetorte /176,
échapper..
ESTOTEIBR. Voir ESTOUTKIER.
EsTOTtB. Voir ESTOUTIB.
[ Estocteier] , p. pi. eetotoiez 6806 , traiter de sot , ra-
valer; p. pi. s. eitnteté 1990, abrutb, abattus.
[Estoutie], estolie 8/195, insolence.
EsTovBiR, pr. 3 cituet 9176, 7/168, impf. 3 eetuveit
9898 , ^769 , pf. 3 ettout 1 976 , 9606 , ettttt 9o83 ,
5871, falloir ; />ar e»toveir 8796 , pai' ettovair 6969 ,
par nécessité; (subst.) ettoveù^ 1 128, eetovoir 990,
ce qu'il faut, le nécessaire.
EsTBACB, de maU estrace 69Û6, de race mauvaise; de
plue haute eetraee ( il faut sans doute corriger ainsi :
haut eitace) 1 19/19, ^^ P^'^^ haute naissance.
ESTBAIRB. Voir ESTREIRB.
EsTRAiRB, p. f. eetraile 856, tirer; entraite 65 1, issue.
EsTRAROEMBRT 8981, étonnamment, beaucoup.
EsTDB, pr. 3 eet lo, /i6, 66, etc., k sûmes 66,
8966, etc., impf. 3 ert 76, 117, t90, etc., tert
i5i, i85, 399, etc., esteit 78, 80, 91, etc., 6
ercnt 1 09 , etc. , ierent 990 , etc. , esleient 1 08 , etc. ,
pf. 3 /tt 9 9 , etc. ,/«d 93 , etc. , 6/ure/tt 89 , 83 , etc. ,
cond. 3 sereit 69, etc., sbj. pr. 8 seit 7706.
7707, etc. , être; (subst.) Peslre 6769 , la situation ;
lor estre 9980, leur situation; de plus fart eslre
9996, d*une situation plus forte.
EsTRE 3i8, 6698, 8i3o, hors, outre.
[EsTRBaBR], pr. 3 es&esce k3%h ^ se réduit, se raréfie.
EsTRBB, pL estrees 10199, route.
[Estibirb], ce qui commence, inaugure : Ui estraine
58 9/1 , a bone estraine 2066 , 1 06 98 , iia mole estraine
9686.
EsTREfT, pi. fs/retr 3i6, étroit; (adv.) 9, étroitement.
Estrerrr, pf. 3 estrena 9886, élrcnner, régaler (au
début d'une nou\elle situation).
Estrss 9088, rour de maison.
Estrbscibr. Voir Estrbcibb.
[EsTRiBo], pi. estriuM 1660, estrtus 11696 (: An-
drsitf), étriers.
EsTRir, pi. estri/s 85oo, 10916, querelle.
ESTSID. Voir ESTRIBU.
EsTRivBB 1687, impf. 6 estriwment 607, 5o59, estri-
voignt 8996, pf. 3 estrwa 689, 1869, se disputer ;
estriver 1 1 09 1 , s'opposer.
EsTROBB 6076, trouer; eslroez ]io56, I. «sfMr.
hn
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
KSTBOSEBIIKNT. VoiP EsTHOSSBÊlIINT.
[ Estro88eêmr5t] , dlroieément 9^67, 97 1 3 , avec assu-
rance, décidément.
[ EsTUKB ] 1 p* pi* ettuez 1 1 0 5 ^ ( nis. éd. Mli'oez ) , cacher.
KSTURDI. Voir ESTORDI.
EsTEDTBB 5576, réduite à Tétai de veuve.
KsvEiLLiER (S*) : 9*etveUe 6a 8 4 (rimant avec graisle)
parait être une faute.
[EsviGonBR (S')]: i'esviçura de 169, s'efforça ayec
succès de.
EsviGUREB. Voir EsTI00tlR«
Eth, «rfc/. Voir Es.
EiJR 367, 7106, foKuDe; mal eùr isgà, mêutnie
■ chance; a mal eùr i/i83, k la maie heore.; A
maint eûr 367, par une chance ou par une airtri.
EUTARGBILLE. VoÛ* Euf AIIOILLI.
[Edvaiioillb], etÊvangeiUê 3898, fém., évangile.
Evi 390, etc., etoe ^76, a5/i8, 3091, eau.
Ewb. Voir Eté.
[EwBTi], ewette loGai, petit cours d^eau.
Façon : od la clere façon 1738, à la figure brillante.
Fade, aiïadi : f. pi. boche et lèvres fades 6606.
Faillarcb : sanz faiUance 11 33, a6ii, sans faute.
Faille, manque : sanz faille 931, 10^6, 3619, sans
ïauie; faire faille A 176, faire défaut, manquer;
avoir faille i!iaa6, être privé, manquer; dont out
meiniê faille &006, dont on manquait souvent.
Faillie &60, a65a, manquer; estre f aillant 60, être
en défaut; sijofail 37.^3, si je manque mon coup;
faillir de covenant 8a/j8, manquer à son engage-
ment; ip, failli i5Ga, f. faillie iiaaa, indigne,
méprisable.
Faindrb. Voir Feindre.
Faire, pr. 3 ySn't 3 1 , G/o/i( 85,pf. 3/<< 17, h'jy ia8,6
firent 1 637, sbj. impf. dfetst 16,1 07, p. f./ai/e 35 ,
faire; bien le firent 1697, se comportèrent bien;
ainsi faite 35, si faite 86oa, telle ;/atre a retraire
3i, a creire 706, lAio, 356o, a escolter Aaoa, a
plemdre 7667, mériter d'être l'apporté, cru, écouté,
plaint; faire a meroeillier 3837, mériter qu'on s'en
émerveille.
[FAis],y^« 36^1, faix; (fig.) 11 685, fatigue.
[Faisrier] enchanter, ensorceler : qui coard'se aveit
feisnee 1918, que la couardise avait [comme] en-
chantée.
FiLiiEMEmyfeitement, n'est jamais employé seul : sifai-
tentent 376, 758a, issi faitement 7995, ensi faite-
ment 11798, iai5/!i, ainsi, de cette façon.
Faiture 3867, fabrication; 7035, stature; faitures
i^6a9, formes, figures.
Falbisb, ip],faleites 659 5, falaise.
Fane 9588, renommée.
Faos 7^0, Ç.fause ii&3, perfide, faux.
Fauvel, favel 66o5, cheval de couleur fauve. Voir
aux Noms propi-es.
Favel. Voir Fauvel.
[Fnhtcz] ^fiehlesee 5iâo, faiblesse»
Febleibr 1 oooA , faiblir.
Feb : ovre dêfee a 1 6a , travail do fée,
[Fbible], s,fiebles laia, pLfiebles aSaG, fulibt
[Feie], /oie A8a8, fois.
Feieb 336A, foiee 5870, SoUB^fiéè SaSA, pL
i993i Sg6h^ fiées 8708, fois.
Feindre 3io ^faindre 5370, 10898 (rimant anree f»»
maindre); se feindre 10898, se soustraire à Tilkii-
gation, manquer (à un devoir); êonzfmmin 310* r
5970, sans défaillance; ^\. feignant 4&i3,
seux, manquant d'empressement.
Feisnbr. Voir Faisnibb.
Feitbment. Voir Faitembht.
Fel. Voir Felok.
Felenessb. Voir Félon.
Félon 1387, s./e/ <838,/i^ii« a6i8 (rimeavee
reus)\ (ém, felenesse 90, a 386, ^^^^ . mi 1 imm,
cruel; 1387, pei-fide, traître; 9618, açbafiié (|All*
tôt dans un sens favorable).
Fendre, gér, fendant 3383, fendre.
Fen ESTRE 1&87, fenêtre.
FERé. Voir Ferb£.
FeREÛBE. Voir FEBBEÏiBE.
Ferir, impf. Q feraient 756 ,ytiiotMiii 9876, pCillJirî
390, frapper; 330, heurter (inlr.); m firéÊtà
387/i, se jetaient; ferani 8978, 9984, Oi Mi
( proprement frappant [ le cheval ] )• x
Fermer 7186, impf. 6 fermouent 81 58, loftifisr;
fermées 1 1^86, établies, rangées.
Fermeté, pi. /ermet» 3067, forteresse. '
Ferrant, pl./<?rranz 9780, de coidedr de tet, t
[Ferre] : gentferee 9800, gens couverls de imtétiM
grant Uuuesferea 65a8, s. d. deux gnndti iHlii|i
itumâ
GLOSSAIRE.
&95
de chemin ferré : on appelait proprement chemini
ferrét les routes empierrées avec les scories des
mines de fer, comme Tétaient très souvent les
voies romaines; puis yèrre devint une épithète ba-
nale de chemin.
[Fbbrsûbb], f. fereûre 3885, {jarniture de fer.
Fbrbo5, pi. s,ferron 6817, forgeron.
Fbbvbstu, î.fervestue 3986, vêtu de fer.
Fbs. Voir Fus.
FesTEiBB 9&6, célébrer une fête.
Fecs. Voir Feloîi.
Fbutrb 9157, a 160, tapis de feutre.
[FBVB08],/ecreii« iiaaA, ûcvreux.
Fi : défi 81 3, sûrement, en toute confiance.
FiA?(CB A 599, confiance; 6109, 5iia, pi. fianeei
539a, assurance, engagement.
[Piancibb], p. (.fiancée 9520, promettre, garantir.
FicRiBB, pf. 3 ficha 69^/1, p. f. pi. fichiees 5 û 5, fi-
cher, enfoncer; p. pi. s. fichié6gà^j plantés; bien
fickié en Deu iervir Gi65, bien affermis dans la
résolution de servir Dieu; pf. 6 ie fichèrent 8167,
s^inlroduirc vivement, pénétrer.
FiB, pi. /ef 69/16, figue.
FiBBLBscE. Voir Feblbge.
FiBE. Voir Feieb.
Fié, phfiez 209, 10197, fief.
FifM, fier a68, pénible, cruel; Lfiere ao5, noble;
9903, sérieuse, meurtrière.
FiiB : i7 i*ertfiéz 17/1^4, il s'était fiancé.
FiBRBMENT a593, 8788, avec courage, bravement.
[Figcbbeib], ^igu^oie 1795, plantation de figuiers.
Fil, fils; s, filz de mère a356, homme; r. al fih $a
mère 370/1 , à son frère; s. le fih de proece 1 J 696 ,
le preux par excellence (Richard).
FiLATiBB, pLfilatiree iâ3i5, reliquaire.
Fui, s. fine 5/io8 (rime), conclusion; me(r«jin 5983,
conclure la paix; fin de paii 5o58, la meilleur fin
5i36, conclusion de paix.
Fis, Cm; fine reriez 8779, vérité pure, sans alliage
d'erreur.
FiNBMBïiT 878/1, en loulc vérité.
Fihbb, p. (. finee 3679, terminer (trans.); impf. 3
finot 1898, pf. 6 finerent 8198, cesser (iutr.);
impf. 6 finouent 1668, pf. 6 finerent 760, 179/i,
s'arrêter (inlr.).
[Fliibl], pi. /rflirti/» 798, fléau d'une porte, barre
qui la tient fermée.
FuMBBiBB 10008, tlamboyer (au fig.),
[FuoB],y2aàr 8098, odeur.
FiàTiR 58o9 , 756a , tomber à plat; impf. 6 flatUoient
1 i5o8, faire reculer, rejeter à plat.
Flâëb. Voir Flaor.
[Flor] , fleur : (fig.) laflur de chevalerie 6369 ; laftur
de la gent del monde 9818.
Flobib. Voir Pasqub aux Noms propres.
Flcm 8089, /io56, 6067, fleuve.
Fldminiire 8a43, 6o85, 7808, fleuve.
Flor. Voir Flou.
[FoIor], pi. Sn/uëùr 8870, fouisseur, mineur.
FoiB. Voir Fbib.
FoïB. Voir Feiee.
FoiBB. Voir Fbibe.
[FoiLDRB],/o^r0 GiSi, foudre 169/i, fém., foudre.
[ FoîR ],/t<tr 9989, impf. 6fuioient 6968, fouir, creuser.
Fol. Voir Fcbil.
Fol, fou; lee folee meechinea 8666, les filles de joie.
FOLPRE. Voir FODDRB.
[Yole] ^ fuie 678, foule.
[FoLOR ],/o/ur ioa63, folie.
[Fovde], funde 3566, 3568, fronde, cuiller dans la-
quelle on mettait k pierre que lançait la pierrière.
FoKDRB, p, f. fundue 5986, détruire; fundre a59i,
se perdre, s'abimcr; gér. fondant 1636, fondre
comme la foudre.
FoRAGB : en forage 8679, 7985, en fourrage, pour
fourrager.
FoRPAiRB 6891, pf. 6foffirent 5718, p, forfait 8557,
faire du mal, du dégât; p. f, forfaite 76, 5579,
mériter par sa conduite mauvaise (un mal, un châ-
timent).
[ Forfait], /oi/«ï 36i9 , 8558, mauvaise action, tort.
[Forfaiture], ^\, forfeturet 8069, crime, action illé-
gale.
FoRPBiT. Voir Forfait.
FORPBTCRB. Voir FORFAITCRI.
Forge : (fig.) estre a forge 6877, frapper à grands
coups.
FORIBR. Voir FORRIBB.
Forment, s, forment 9io5, froment.
Forment. Voir Fortmbnt.
FoRMi, pi. /onnû 8978, fourmi.
FoRMiiBR, pr. dformie 7918, fourmiller.
FoRMiLUBRB 8978, 79 18, fourmîliére.
[FoRRAUijf/onieiM 35o9, fournaise.
[FoRRBisi], impf. 6 fomeouent 6999, enfourner
(intr.).
FoRXBiSE. Voir Forhaisb.
FoRRBSTUBR 969 , foumiture, approviBÎonnements.
â96
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
PoHBiBR, pi. g. 7939, pK formé 79 A5, fourrageur.
FoBs 670, sauf; 1990, 91&8, /i383, sinon; 396o,
si ce n^esl; U n'i aveit fon de paie faire 6178, il
n'y aTail autre chose à faire que de faire la paix.
FORSAN. Voir FOBSBH.
F0B6CLOBB, pf. SfifrêcloetreiU 6635 , séparer des siens.
FoBSGLOsB, p\, for$clo$e$ 3&55, sortie.
[FoBSBN],/oiniafi 5978, fureur, déraison.
FoBT 5718, difficile.
[ FoBTMBRT ] , forment 36 1 3 , fortement
[Fossbob], pi. s,fo$ieur 3i 1 1, fouissenr, homme qui
creuse un fossé.
F088BÛB. Voir FossBOB.
FOUDRB. Voir FOILDBB.
Fbaibdbb, p. î.frailê 11 3^9, détruire.
Fbaibtb. Voir Fbientb.
Fbaitubb 19001, infraction ( à la foi jurée).
Fbabgeis 9191, français. Voir aux Noms propres.
Fbanchbmbiit i9/i5, 53o/i, avec bonté, libéralement.
Fbarchisb 7167, 11653, bonté, libéralité; 8180,
noblesse de cœur, sentiments élevés.
Fbbibobb, pi. freiduree A 199, froid, froidure.
Fbbis âo8o, &658, frais, dispos, non lassé.
Fbbit, froid îfreide noivele 6990, nouvdle triste, qui
glace.
Fbbmib, pr. 6fremiê$eiU 3s8, tressaillir, être ébitaié.
Fbbob i&39,yMr 1980, trouble, frayeur.
Fbbûb. Voir Fbbob.
Fbbrb, pi. s, frère 96/11, 1735, frère.
[FRiBirrB],/ramrtf 6579, tihgà, hnodi de
en marche.
Fbiqcieb, pr. 3 fri^ 3 18, battre, Ii8arttr(ii
[FnBiL],/o/5590, feuillet.
Fobb 633 , prix, marché : a eelfuer 3767, à
ditions.
FuBBBB, /titre 3669, fourrage.
Fubùb. Voir Fobob.
Fdib 7991, fuite ; 8958 , troupe do fuyards.
Fdîr. Voir Foîa.
FuiBB. Voir FnBBiB.
FuiTir, î.fuitive 6599, fuyard.
FuLB. Voir Fou.
Fbrdb. Voir Fohdb.
FuNDRB. Voir Fordbb.
PosT 1093, 3715, bois; 1A91, ptèœ de bab; |Ljf^
3866, Ii78&(rime),>tte 38o9,386e,
bois.
FcsTAiNB 1896, étoffe de coton.
FosM. Voir FcsT.
Fdb. Voir FusT.
Gabbb, p. gobé 1019, se jouer de (Irans.).
Gacble io568, gazelle.
GAiGifOR. Voir Gdaigror.
Gairbs. Voir Goaibbs.
Gal. Voir Jal.
Galbb 1 hgo, etc. ,gualee 9 1 85 , etc. , ^Lgaleee 590, etc. ^
gualeei 783, etc., gualîeei 9193, 3i66, galiei
93o3 , gualiei 779 , galère. La forme en m est seule
attestée par les rimes.
Galie. Voir Galbb.
Galiot, s. galioz 9196, pi. galioz 786, i5i5, 9997,
s. galiot 3187, rameur de galères.
Gabçon, s. uni peiizgarz io5o7, un petit garçon.
Gabçoraillb 55 1, ramas de gens de rien.
Gabison. Voir Goarison.
Garlardescbb : garlandeechee 8/160, guirlandes.
GaBDB. Voir GCTABDE*
Gabdbr. Voir Guarder.
GaRRISTOBB. Voir GuARIIBStURB.
Gabe. Vdir Gabçor.
Gast. Voir GuAST.
Gastbb. Voir Goastbb.
Gaudor % e tant trùtur e eenz gauâon I95e,
aigni6cr <r contrariété , obstade i>.
Gatelb. Voir Javblb.
[ Gbioros ] , ginui 98 , apiritud , afiaë.
Gelirb 1968, ^999) pi. ifvtinéf i6834 poide.
Gbhhb 9076 , pierre prédeufe.
Gbreillohs. Voir Gbiioillors.
Gbritairbs 3698 , partiea génitales.
[Geroillors] : a geneilUnu 1 iâ55, à genoitl.
Gert : s. gent 36, 58 (rime), 76, 399, ele.«
9907, pi. getu 5o, genz SgA, etc^;
d'hommes, gens; geiU au sg. gooveraevii
au plur. 58, /116, i3of , 9765, «987, 4t67|fteil
toujours féminin au singulier; fémima an pltfb yf4,
79&, 1/18/1, 1809, 1871, 9366, f4i7,Soti<il«
genz pour geiU), etc., tantee gêna loi5 (âlBi^lMt
genz 39^ , d« est soofr^ntenda); fMS • WMmÊàtÊÉk
ce cas le sens dVhommean : fh» de éiÊ$.,miÊÊfjfiili
GLOSSAIRE.
&97
armê$$ 8977, toi H plui de» genz tmref Sgkh ; de
ce sens eftt venu l*einploi de genz avec des adjectifs ^
masculins, qu'on trouve déjà : gène mon 990&;
an v. 65oA il faut s. d. lire genz iangknz pour
gent êonglent,
GuT 9989, s. genz 7339, noble, élégant*
GiKTiL, f. s. 4 1 34, gentil, de bonne naissance.
GiiPiR. Voir GoBRPiR.
GstlIlB. Voir GCIRRIEB.
GisiR, jetir 1674, impf. 3 gùoit A90, 6 gieoient,
19989, pf. ^jut 9000, sbj. pr. 3 gise 1807, P* £^^
9010, être couché , se coudicr ; geeir afeme 1 9989 ,
avoir commerce charnellement avec des femmes.
Geste : chançom de geste A 189, chansons d'un carac-
tère historique; chanter de gette 95o, chanter des
chansons de ce genre.
Giriis. Voir Jiteîs.
Gbter. Voir Jeter.
Geûreb. Voir jEû^ieR.
Gibet 3oii, bâton.
Gis. Voir Jot.
GiEC. Voir Jeu.
GiLB. Voir GuiLE.
GiBCs. Voir Geioros.
GiBOK 6aUii, giron.
GiBTB : a giête 9680, à Tendroit où Ton couche.
Giu. Voir Jeu.
GuivE 8954, 57/i/i, 7676, 7585, 9775, 11457,
ii5i3, grande lance; fém. 7575, 9775, masc
576/1,7585; 38io, io5o8, massacre, destruction;
a glaive de faim mureient 4 8 06, mouraient de fa-
mine (au sens 6gurc , glaive est toujours masculin).
GoBBLn 8710, gnome, mauvais esprit.
GoFBE i3i8, 1893, i38i, le tTgouffre» de Satalie
(voir Sartalee à la Table des noms propres).
GoLosER : pf. 8 golo$a 2687, P* ^' 8^1^^ 4iA6, dé-
sirer avidement.
[Gote], gule 3855, 7618, goutte (renforcement de
la négation).
GovERKEL, pi. govemeU 9988, gouvernail.
[GoTBRHER],giiremer 85 16, diriger, gouverner.
Graanter : impf. 3 graanlot 5187, pf. 3 graanta
10997, accorder, assurer; impf. 6 graantouent
9546, pf. G graanterent 5934, ratîGer.
[Gbaciieb], gracier 45 18, graziér 6 436, remercier,
rendre gréces h.
Gbaestbb. Voir Graanter.
Gbaeb, pf. 3 graa 1 791 , accorder, trouver bon; pr. 3
grée 1811, agréer, sembler bon.
[ Gbàiohob ] , s. groMiirs 7 1 7 4 , greirulrs 1 09 93 , grttn-
dret 177, f. greignar 54is, greinur i59, 6i44,
greinor 6078 , 8633 , plus grand ; trop greignon que
il ne êoveient 1118, bien plus grandes qu'ils ne
savaient.
Gbâuidu. Voir GaAiaRoa.
Gbah : H grain» de la bachekrie 635o, Télite de la
jeunesse guerrière.
Gbainb 1674, teinture rouge.
Gbaisle 6983, grêle.
[ G BAISSE ] : de greinor gre»»e 6078 , qui étaient les plus
gras.
Gbardismb 8809 , très grand.
Gbardob 1999, grandeur.
Gbahmbrt. Voir Gbabtmbrt.
Gbart, grand; f. s. gnuU 36; grant 1998, beau-
coup; grant ten» 8098, beaucoup de temps.
Gbartmebt 996, 1474, 8989, granitMfU 1076, gran-
dement.
Gbas 1689, era» i684, gras.
Gaé : mal gré »tien 8196, quelque mauvais gré qiï'il
en eût, malgré lui.
Gbbcbis. Voir Gbszbis.
Gbbgibb : p. gregié 9896, f. gregiee 1879, 4o65, en-
dommager, faire souffrir : t7 n'aveit en el» qve gre-
gier 7868, ils étaient affligés de toutes façons.
Gbbig?iob. Voir Gbaigkob.
Gbeuidbb. Voir Gbaiobob.
Gbbuiob, greinur. Voir Gbaighob.
Gbbhbtb : pome» grenete» 6967, grenades.
Gbbsillb 4o47, 7685, grésil.
Gresse. Voir Graissb.
Gresieis. Voir Grezbis.
Gretembrt 53a 1, dommage.
Grever 3, 61 3, pr. 3 grieve 95io, impf. 6 grevoient
9819, grevoueni 9944, sbj. impf. 6 greva»»ent
9900, p. grevS 454 , endommager, faire tort à; mi
grever 3, se faire du tort, se surmener.
Gbeseis, f. grezesche i434, gre»ze»eKe 1698, grec;
feu greiei» 9177, 8917, 34o9, 8699, 8691,
8699, 8807, 3858, 386> 4884, 9416, feu
greeei» 33] 8, 4786, 6899, feu grégeois. Voir aux
Noms propres.
Gbibp, f. ^00^4505, lourd.
Grief 3576, dommage, mal.
GaiEriBiiT 8 , péniblement.
Gbibvb 10619, difficulté, peine.
Gbifaui : gent grifaigne i65o, grecque (avec une
nuance de mépris).
49.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
GuFomULi 5â(|, 9613, ramas de Grecs {terme mé-
priuDt). Voir am Noms propres.
Grisli 9f)66, de coulear grtse (en parlant d'uo ehc-
[Giociïs] : pf. 6 grocerent 60a , grogner, murmurer.
(Gboissor], f. pi. gi-aùfun 6oa6, plus gros.
Cjnoisnjii. Voir Gloiason.
Gkonpiii t&68, gronder, grogner.
[GoiAieiiiBii]. pi. guaignenet 6g&5, pitursge.
[Geiusb], gaaïng aSio, liulïn.
GoiiaKiMi. Voir Goiiianinii.
[GuAiojioii], gaignon i838, dogue.
Gi'Ainc. Voir GviMKD.
[GuAinss], gairti ahSg (rime avec o/ntm), guères.
GuAiTz, pi. guaila 1763, 6S76 (rime avec^ilM),
7151 {de même), sentinelle, ^clfûreur; fera.
GiriiTiH, pf. 6 gueUrenl 6901, faire le guel; p. f.
guitttte g53, garder; gueitier 3980, impf. 3 gwà-
li)l 1911, épier; ^u<u'fi>r 9 , faire altcnlion.
Gdilh, gaatlti. Voir Gun.
Gdamdi : l'mant garde 1919, l'avanl-gurde; la riire
garde 1993, lajjvaidt riere 1 91 3 , la guardt aritre
5756, l'arrière-garde ; la litrce gaarde ]i5l9, la
Iroinème ligne; ■'(■ étirent tout* guaid» Aotô, îts
eurent (ouïes raisoiis de se tenir sur leurs gardes;
ti ehaiteti n'tâil point de guardt 1995, le cbjleau
n'aurait rien eu à craindre.
GoianicoaTi 6193, fem., corps de troupe qui prol%e
les flancs d'une armée en marche. Cf. GpitDË.
GiAapiH, sbj. pr. 3 gard^gh^, prendre garde , împf.
Ggardoutnt 38^7, pf. fi ^nonfomit 3 i5o, regarder.
GuARin, p. f. guarie aôUt , protéger, sauver.
[GiAaisoK], gtaiion 5817, protection, nlut.
GniaRKSTDM ai63, &iog, B3A6, 6197, loapj,
11963, gamùtur* 961, appnniwHUtenieal, nmâ-
lion complète.
GuARMR, p. r. pi. gtiamùt 17&7, garnir, qipnnwiw-
ncr; gaanù d« hatmll» S^63 , prêta pour le ataltÊti
guamit a for Um taùtitr sSig, tout j»^Mrét à
renoDcerè leur terra; pf. 3 u guariùnKt 6glJ,
p. s. guamix 69 1 3 , SB préparer, se prëeulîOBMn
Cmn, f. gtuuta 9A60 , 1 106A , gatU 6oAa , àénM,
désert.
Goism, p. t. gttailM jb, gatte» 83o, rmga; ét-
laster; (i. guaiteet 1991, miner; fpàatttr aoMt
impf. 6 ffuailatwnl 1896, perdre, ga^aller.
Gui 3943, gué.
GuiiTiin. Voir GoiiTtca.
Gdmcb» 6S5S , pf. 6 gua>c}>innt 7806, 1 t&O», rf^
impf. 6 ganiclteïuenl S33a, se déloamer.
GnanEDan 8833, 11 558, récompmw.
GuBHtDOKEB, p. [. pi. gVLtndetutt &3o3, titataftaÊtr.
Gciaiiia : pf. G guenùarent 5895, mot aHM Mt
rcali lue.
GuHPiB, pr. 6 gerpÙMitt G399, împf. S ffitWfUmi
i6bh,f{.3gaerpii-jih,6gtteTpin*ta'}St,ijM,
cond. 3 guerpireit 9610, abandomier.
Gdehhui, gvrrier 686 (gemier), gmrrim laiH
{gaeroiert), gaerrier, combattant.
GoKiEB. Voir GnAitial.
[GujLi], ^'ie 997, tromperie.
Gdis* ; Bn nuis gui» 17&0, CD aneuM bçotu
Gem. Voir GoTï.
GvTiaaiB. Voir Gotirfib.
Hun. Voir Aaix>
HtaiTta. Voir Aaitin.
HtcaiEK. Voir Uascuiie.
Hiïa : la gmt haie 3817, etc., les Sarrasins; haeil la
jonut 1/1A5, maudissait le jour.
[Hait], joie, entrain; pi. ai gram heà 878IÏ, en
grande allégress".
Haitiik, réjouir : il haitiec H ta gtm haiti» 1807, lui
et se» gens remplis d'allégresse.
Halt. Voir HiDT.
HiNAP 1093, pi. honiu to63, coupe.
Hi>TEa 119a, pr. 3 hantent 88s5, impf. 6 hûMoumt
lf]']li, hanter (intr.), renir fréquemment; pT. 3
haaia 1 0639 , se répandre (en parlant d'OM dÉO-
aon); impf. 6 haaloiunt 568) ,banler(liua.),«Mir
un fréquent commerce avec
Hahmiiiiit 6oiti 7585, igtA7, iai6«, flMngii
hardiesse ; aAoS , pi. kardtmtnt iH"}, actÏM W-
die, prouesse.
Habniscbib. Voir Htaniscnitai
HtscHiE. Voir UlSCBlU.
[Mascbikb], ^cUm 7178, effut, pône; JmÀm
8â56, tribulations, mîab«a.
UtsTM 9i5,pr. 3 Wla&385,pf.6liw(fP8atiiU,
p. t. hotlM 76, presser; A<u(m ai&fi, fnlst Jt
hite; en WtanI 3o8, i la bil«.
GLOSSAIRE.
/i99
Hastip 5 1 a t , prompt.
Hadbibc. Voir HAusBBnc.
Haucibr 6aa, p. f. kauciee 3a53, élever, hausser.
[Hausbibc], haubere (rime) 8667, aubère 367/1,
haubert i6/!i3, 1677, haubercs 6981 (rime avec
pert)^ haubert, vêtement de mailles de fer couvrant
la poitrine et le cou. Au v. 3567 la mesure atteste
Y h de hausberc; il vaudra donc mieux lire au
V. 357a Si qu^oltre le haubere pasia.
Haut, au 6g., de haut rang; H haut clere et li haut
home 867, haut homes 3a63, haït ne ba» 333â.
absolument que haut que bas io56o, grands et
petits; li haut 8916, les hauts barons; le rei hait
39/^6, Dieu; la vigilie haute ia53, la vigile sainte,
respectable; de haute ateinte ai 5^, de grand prix,
de grande puissance. Haut, en parlant du temps,
qui se rapproche de midi. Voir Tibbcb.
Hautbcb, hautesce 8/1 a, 5ii5, pi. hautesees a 080,
haut rang; hautece 588, éclat digne d*un haut
rang, magniGccnce.
Hautbmbrt 6870, haut, à haute voix;. 1 365, avec
magnificence; luiutement enparentez I7a3, ayant
des parents de haut rang.
Hautesce. Voir Hautece.
Heib. Voir Ein.
HiiTBs. Voir Dessaietes.
Heu. Voir Hait.
Hblme. Voir Hiacme.
Hb.^ob, henorer. Voir 0!«or, Ohobbb.
HE5CIUS. Voir E.>oios.
He5ub. Voir Onob.
Hëbbbbgeob, pi. s. herbergeor 6980, 6997, fourrier,
homme charge de préparer les logements militaires.
Hbbbebgieb , pf. 3 herberga 3/!i8 , 6 herbergierent 1 o/i8 ,
p. herbergié ûai, loger, héberger.
Herdbieb 10607, impf. 6 herdeioient a383; pf. 6 her^
dei:rent 9189; gér. herdeiant 19a a, escarmoucher
(inlr.); pf. 6 hcrdeiereut 595a, harceler (Irans.).
Hbbe, mine; pi. Jieres 6780, (mauvaise) mine.
Hbbitb, hérétique; (par extension) les gens hérites
5o , les infidèles.
HEBiTé laoSo, masc, héritage.
Hermine. Voir Ervik.
Hebneis 3o4, 1673, 577a, Il 583, hemès 18^7,
harnachement de guerre, armure.
Hbrnès. Voir Hbrneis.
Hebkbschier 9738, harnescher 8753, avec se non
exprimé, s^armer; impf. 6 se hemésehouent 916/1,
s'armaient.
Hiilme. Voir Hiaumb.
Hiauve 9106 (rime avec rea/me), Viaume 3908 (rime
avec reaume), hialme 6/160 (rime avec realme)^ l'elms
i684, pi. hiaumes 7636 (rime avec Guillaumes)^
8656 (rime avec Willames)^ 1190/i (rime avec
Guillames)f hialmes a5a/i (rime avec r«ium?«),
helmss 1677, 0767 (rime avec reaulmes)^ heaume,
casque. Les vv. i684 et 8908 prouvent que le
poète connaissait la forme sans h, venue du Midi;
les vv. 5A6o et 9106 prouvent qu'il connaissait
déjà la diérèse de hiaume en hi-^ume; les autres
vers attestent la forme hiaume,
Hisdos io858, isdos 6a 18, f. hisduse 33/19, l^i^icux.
qui inspire Thorreur.
HisDus. Voir Hisdos.
Hobelbb, impf. 6 hobeloient a38/i, houspiller, escar-
moucher.
HoBEB, pf. 6 hoberent 9189, remuer, se pousser.
HoBEBBL i6a5, hobereau, sorte de faucon.
HoRiB : honiz soit iiia6, honte à.
HoNOB. Voir Okob.
HonoBEBi Voir Onobbb.
[Hortage], ontage 9896, honte, déshonneur.
HoBB. Voir Obb.
HoBs, ors ao68, hors, dehors.
HucDiEB, pf. 6 huchijrcnt /166, appeler en criant.
HuKi 33i6, clameur.
Huer 8o5, i6a6, pf. 6 huèrent 169a, crier très fort:
pf. 6 huèrent 1601, p. hué i5a7, huer (trans.).
Huis. Voir Uis.
Humilier. Voir Umilieb.
HuBTBB, hurla 3a o, heurter (intr.); hurterent i5/i8,
heurter violemment (trans.), renverser.
I
Iaumb. Voir HiiiMÉ.
IcB. Voir Iço.
IcEL a 67, etc., f. icele ia65, 3^78, etc.; ce, cette
(en pariant de ce qui est plus éloigné )•
îpo 6, 369, etc., iee an a, die., ce, cela (neutre).
Idorqois 1076a, alors.
I021BL. Voir IsHBL.
IohbUpas. Voir Es.
500
L'HISTOIIIE DE LA GUERRE SAINTE.
lui. Voir IsLi.
Illig. Voir Ilvic.
lixicoau. Voir Ildeqois.
Illooa. Voir Ildec.
IlloiIDN. Voir Iluiquis.
Iloc. Voir Iluk.
Iiocqni». Voir iLotquu.
luH)DEB. Voir Ildequis.
Ilmc 663r>, iloc Ai5, i5o, 17981 ilhe 137, illwe
1579. u-
[Iloiouu], ifioffuei 675 (rime avec oveqau), tfof un
i38, 355, 63&,ilM!jttt 116&, iflogun 76&(rima
a>ec aMqutt), looa (rime arec ovtquei), 1877
[rime avec tmkrt), sSSa (de même), 3i6g (de
mime}, U,
IviSl Uiaa (: damage), pi. ymagaiet 5l38, ymaget
1096, image, figura sculptée.
Iqdil, e. iqutU io653, opposé ù ittl.
lu, colère: erein l'tn 68721, eo croire »a coière.
Urli, pi. iretei 388i, piice non identifiée de Tar-
mure des Turcs.
liii£ ts66, etf., 1. rmre 176g, tourroucé.
[Inos], f. iruM 635, «n cdire.
Iiiif . Voir Iiii.
Ibds. Voir Imm.
lsLiii7o, l'Ibiae*, i38i, ll«(>MtII*i38i,aril
le mol est fëm. 1370)-
laiiu. 1B&3, pi. ù>m1i ihgq, igMb i8ig, «788.
9988, f. pL tmrb* ll8*, 1680, 1^, niffU^
Voir Es.
IiiiiLiKiST ibh, iA6g, i885, 9800, 3iS6,iq{dtF
ment, promptemenl.
Issi 186, 593, 655, «Ml 790, aiiaL
Issu. VmtEimii.
IsSDI. Voir EiHC*.
Inht 363, ii36i,lBat
Im aoaS, >. ilvlt 59g, io65i. tel.
hnt, yuH« 1&17 (yn), 9*06 (: Kwm), fL i
SggG (: liium),
Iin.yMT 39i3(rii
3197, liiier.
Itihh. Voir Ite*.
[hiiMSi] :U Uni
Iwi. Voir ItiDi.
il 3993, etc., déjà.
[Jii.], f\. gam de m»r S799, galet.
JiLiT, pl.jabî 337^, {^alel.
JinsLite 85oG, bavardage nuisible, criaillerie.
Jabsi, pl.jarbei 65iA, gerbe.
JiBDiiiiiiiE ôgAa , ensemble de jardins.
[JiTELi], pi. ;arf/ei 6183, javelle.
Jes». Voir Gu».
JtaoDE. Voir Icsqut.
[Jetiïi], f. gelâice iog6, fondu su moule.
JiTEt, jeter; impf. 6 jetaient 761, getaieul 7g7, gér.
jettailÉi 3537, tirer, lancer (intr.); geUte 1073,
chassées , bannies.
Jniausi 353g, qui lance, qui tire.
[Jeu], \e.w\ gin foTti 375o, gini porli 7313, propo-
silion comprenant deut alternatives, dont celui à
qui on la fsit peut choisir l'uue ou l'autre; lifail
trop mal li giui parttz 8^76, la silualiun aurait été
tris rdcheuse; mat giit parti i5o3, mauvaise situa-
tion, danger.
JiHi-E. Voir CiPE jeBbe.
JiGnir, pr. 3 geùne A3go, jeûner.
JoiKT. Voir Joia.
Jomi. Voir JDEr:ii.
JOFKI. Voir iutTKB.
[JooLEoa], pi. itjugleûr hago,
de chansons de gMte. . .
Joirdue : p. s. Joint lâaS, joint 735i, rHMaf.ll
prêt i fondre sur son ennemi (comme nu {««•
sur sa proie).
[JoIe], jouir;;Minl 7i3B,beureui, jojeivh , li
Jour, f.joUce 5S&, do bonne hnmeor, Mgar.
Job, ;i>ni, jour: biUj'or laii, 3378,ll63«^Mt>ÉI>
3067, tout le jour.
Joi*. Voir Job.
JoBBEt 3A5S,. Idche, combat d'une jottrqéB;.ll|iL^a^
nêtî 8717, journée île aureb«; jm»»! Â-lknO
&ofi3 , chpmiD qu'on pBrcoDrt N On jfiiir.
JosTE. Voir Dejosti.
[ioett], jtule 7571, joui)?, combat de prêt.
Jdrteiee 635!i, 7939, guerroyer.
[Jo9TEB],jiui«r7579, pf. 3/Hsta7&73,joaUr(at*-
battre de près à la lance. ' . ^' I '
Jou 731 (rime aveclMi), joug.
Jou, ge,ji,gii 533o, je.
JoiisTi, pi. jovenlei 3
GLOSSAIRE.
501
[JoEnii], joejne 96, 333/1, joJnB 9090, (4. jotfnM
180, 3&63« 6i39, jeune.
J018DI 3395, jeudi.
JOOUIÛB. Voir JOOLIOR.
JuBiR : jurte 887a, liée par serment.
Jds 837, 199Â, fio3à,en bas; fiu«(/ttf 1067, 6097,
6^88, en haut et en bas.
JcsQiii, jeiqu9 s 84 0, jusque.
Jdstb. Voir Joste.
Jdstbb. Voir Josteb.
JusTisB 1061, justice; 65i, 835i, 8699, juge.
JUSTISER. Voir JUSTISIBB.
[Jostisibb], pf. 6 jttftiffrent 8069, gouverner (propr*
juger).
K\ Voir Que.
Kalbhdbs 3910, calendes.
Kab. Voir Kbb.
Kbb 5^9 , etc., kar 1198, etc., car.
Kebrel, pi. hemeaU 9365, créneau.
Kl. Voir Que.
La : (2ff 2a 73A, de ce côté-là.
Labor, pi. lahort /i6/ï8, travail.
Labobbb, impf. 6 lahoroueni 39o/i, travailler.
Lai, pi. s. (ot 8018, laïque.
[Laidece], laidesce 6393, 7060, 11999, action vi-
laine, houleuse.
Laioemert 660, 3669, d'une vilaine façon.
Laidb?(gbb. Voir Laidergier.
[Laidergieb], p. f. laidengee 1198, 373o, traiter
d'une façon vilaioc, outrager.
Laideb-, pf. 6 îaiderent 76 1 3 , p. f. laitUe 6939 , mettre
en piteux état, abîmer.
Laidesce. Voir Laidece.
Laidib 808, impf. 6 laidisteient 76/13, p. kudi 7606,
pi. ïaidiz 357'!, endommager, maltraiter; impt 6
laidiiêouent 555, insulter.
Laidube 1766, 3577, 3596, 8990, bonté, ontn^;
5683, infamie, action honteuses.
Laieb, impér. 3 lai 3761, fut. 1 larai 63o7, h lar-
rom 9387, laisser.
Laïs 6596, là en bas.
Laissier : tanz leissier 13091 (ms. éd. (etuiera), sans
perdre un niomonl.
Lait, f. laide 9909, 3960, triste, fâcheux.
[Larcieb], pf. 6 lancèrent i599, lancer des traits,
tirer; te lancèrent 3338, pénétrèrent violemment.
La5Boi, pi. lanroiz 10193, mot sans doute altéré.
LABoé, pi. lardez 6090, filet, morceau de viande
coupé sur le dos d'un animal de boucherie et propre
à être piqué de lard.
LiBGE, s. largee 6/108, libéral.
[Labobcb], largeic€ 6/109, ^S?^* etc., libéralité.
Laboesce. Voir Labgece.
[Laschece], îaêcketeê 691/1, 6679, découragement;
7069, mollesse, inertie.
Lascbesce. Voir Laschece.
Laschieb, impf. 6 b$ laechoient 9997, ** laêchouent
8069, se relâcher, faiblir.
Lasseb, pf. 6 louèrent 6087, fatiguer, harasser.
Latimieb 5199, latimer franceit ^tgi^ pL latwMrt
131 55, interprète.
Latih, pi. latine 8388, 19173, latin, de religion ca-
tliolique latine; la gent latine i55i, les îiStins par
opposition aux Grecs, Arméniens et Syriens.
[Lavardebb], pi. ktvendere» 5696, lavandière, blan-
chisseuse.
Latejidube. Voir Lavabdibbb.
Le, pron. : nel 3i, no 5637, nu 7387, 9676, ne le; $il
639, 1060, si le; ne» 30Q, ne les, ne le; ^i7 36,
qui lo; de veer le 583, 587, prendre le 1766,
trahir le» 3569, ravoir la 3766; le» »on frère 339 3,
ceux de son frère; la le conte 9317, celle du
comte; del lur ]o33, du leur; a» lur 866, aux
leurs; pa»m lor 1 1689, leor passa devant; la pris
absolumoit : la durer 970, résister.
Le, art. : al 68, etc., an; del 37, etc., du; a»
985, etc., aux; de» 96, etc., des; el 95, etc.,
dans le; es 66, etc., dans les.
Lé 3071, pi. f. Im» 3776 , large; f. U» ne large 6668.
Leal. Voir LiiAu
[Leece], l9e»ee 609, 6709, 8788, liesse, jme.
Lebscb. Voir Lnci.
502
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE-
Lbgier, léger; de îegier 1966, fkbgd^ 97^9 1 facile-
ment,
Lbial, pi. 8. îeaî 769, loyal.
[LeiA^iCB], îtance 6868, allégeance, engagement.
[Leiiument], liaument 370, loyalement.
[Lbiâutï^], liauié 1778, loyauté.
[Lkibb], Uër io366, lier : si com il lie 7878, autant
qu^il embrasse.
Lbissier. Voir Laissibr.
LBoninDiB /i6o8, 9660 (ms. len naudie)^ maladie des
croisés à Acre, que le Iraductciir latin appelle ar-
naldia.
Lebmb 968a, 839/i, larme.
Letre 975, a 181, 35/16, 5588, 5589, 10950, écrit,
document écrit.
Letuarie to596, électuaire.
Lec, 8. leut iiaa3, loup.
Le?er, p. 8. levez 957/1, f. levée 636, émouvoir, sou-
lever; impf. 6 levaient 636, pf. 3 leva 11 363,
s'élever.
Lez, côté; lez a lez 119S6, côte à côte.
Lia^ce. Voir Leiance.
Liaument. Voir Lbiaument.
LiKvii. Voir LBiAmé.
Lié, s. liez ao57, pi. s. lié /î3a, lotSi /1090, joyeux.
[LiEis], liaii 386 1, pierre de liais.
Lier. Voir Lbibr.
[Lieu], liu 9751, pi. liu* 9106, place, rang.
[Ligece], pi. ligescet 18/i, possession lige.
L1018. Voir LiEis.
Lion : baniere al lion 1 i5a7, bannière portant Timage
d'un lion.
LiPE, lippe, grosse lèvre : a qui toz jorz pend&it la lipe
95o8, qui faisait toujours la moue, qui était tou-
jours de mauvaise humeur.
LiD. Voir Lied.
LinuEi597, 6699, 9906 (rime avec ytttie),i4.iNraft
6598, 8999, 8995 (rime avec tifu«t), itiM» i665,
7611 (rime avec triuues)^ luet 10617 (de même)*
lieue; mi Uuue 1597, ™^^ demie (ms. dtmi) Mmu
6/193.
Livre, s. livre 'jiSb (rime), maÎB Uvreê s6o8 (rime),
75Û4 (rime), livre, source écrite consultée pir
Ambroise.
Livrer : livroient ententes 9989, donnaient de foeeii*
pation.
LoER, louer; $e loer 1 060, se louer, se féliciter; pr. 1
lo 8701, cond. 6 loereient 7766, approQver, eoii>
seiller.
LooiER 5690, pf. 6 iê logierent 9891, 9896, cmifar^
s'installer, propr^ s'établir sous des loges on ct-
banes de branches.
LoiER, luér 369/1, pi. loiers 1 1699, '>**<^' B899« lé»
compense, salaire.
Loi5Z, loin; en loînz ioâ/i5, au loin.
Long io65, selon.
Long, s. Iom 35 18, de haute taille.
LoROEMENT ùkU^, 3^95, 5637, longtemps.
LoR. Voir Le.
LoREs 36, 79, 38o, etc., lore 188, etc., don»
Los 6666, louange, gloire; al loê 99a, d'iftéi b
conseil; a Icr los 7770, d'après leur oonaeâ.
LosENGE 106 56, flatterie; 7603, tromperie.
[ LosENGiER ] , f. losengere 1 1 63 ^ menteur,
Lue. Voir Lidce.
LuËR. Voir LoiER. *
Lues 1 1 85o , aussitôt.
LuiER. Voir L01ER.
[Luisrrne], Interne i938, lueur.
LuMiKAiRE 9375 , éclairage; (fig.) 9698 , enl
LuR. Voir Le.
LCSERNE. Voir LciSERIIE.
M
Maaille 5363 , la plus petite pièce de monnaie, demi-
denier.
Maçacre 6790, boucherie; 3090, 6060, 11977»
massacre; la m. 6790, 1 19771 mais lait m. 3090.
Macs 6855, 565 1, 3oii (rime avec place)^ pi.
mace» 6395 (rime avec p/ocef), 6009 (de même),
6569 (rime avec traces) , masse d'armes.
Madle. Voir Masle.
Madré, s. madré» 6866, sorte de bois.
Maer. Voir MsiEif.
Mahaignier 6955, pr. 3 mahainê 6896 (ri
compaine)^ estropier.
Maromirii 9975, 5^63, mosquée.
Maien. Voir Msiir.
Mair : prendre en main 3689 , entreprendre;
main 5999, avoir à sa disposition, être lér ébk
Maix 7871, malin.
MaÏn. Voir Mbieh.
■ •
GLOSSAIRE.
503
Maixore. Voir Maxbir.
Maixe, grand; épithèlc de renipereur Gharlce trans-
portée par assimilation à d'autres héros : Richarz
li maines 1 1338.
Mai?is. Voir Meins.
Maint. Voir Mener.
Mai!itB5AM aGuiî, meintenant 670,0 ce momcnt-ià,
aussitôt.
[Maiktesir), meintenir J717, défendre, maintenir.
Mais : ne. . . mets 176, no plus (au sens lemporei);
ne... mais 671!, pas plus; ineit 3656,^0 mets
1 867, onc tneis 1 1 C()7, jamais.
MiisMEE, maisnce 9*3, meùniee io3, pi. meisnees 358,
famille; maisnce 1917, •-Î97I1 66 17, pi. maisnees
1801, ineisnees i^ioa, familiers, maison, entou-
rage intimo.
[Maistre], meslre 8G08, principal, en chef; si mestre
3995, si hj)bHe, si fort; f. tur meslre 9aa5, tour
principale.
Mal, f. maie GG-j, mauvais; maie A809, diiïicile.
MvL : par mal 817G, dans de mauvaise^ dispositions,
en mauvais lernu^s. i]ï. Mar.
Malage 6G09, maiadio.
Malaîços. Voir Malkïmi>.
Malbaillir. \ oir Maldvillir.
Maleeit 9oa7, oj.'Jîî, njandil.
[Maleïço:^], mulai\on 533 1, malédiction.
Malement 9^8, •îoG-.î, 'i33G, inauvaisoment.
Maleb : a champ malv ioo38, propr* dans un champ
clos et awc des conditions de bataille réglées
comme pour un combat judiciaire.
Malmetre. Voir Maimktrk.
Maltalem. Voir Mautalb.m.
Maltais. Voir M vivais.
Malvkis. Voir Mauvais.
Ma.^iacb G95, menace.
I Ma>acier], manaster 7.»6 , impf. G maM^ouent 608,
menacer.
[Ma.naideJ : pov Ml nu'isuade 3 '198 (lime avec laide);
pout-ôlre faut-il lire pu- sa manaide, par sa raisé-
licorde.
Ma.^a^itib : pi. maiianticH ao'jo., richesse.
Ma^a>tise a 0-29, riciioss-'.
Ma>ascer. Voir Ma>u:ieu.
Mandement 9/1G1, convocation.
Ma.nder : p. mandé r^'ia'i, livrei, remettre.
Ma>ecier. Voir Ma.nujikr.
Ma?ieir, mnindrc 2799, impf. 3 maneit i38.^, 6 wia-
ueient i3oi, pf. 3 mitt /1/17/1, 8963, 6 mestrent
9975 , mistrenl 167/1, demeurer, habiter ; pris subfit.
fnanair 9i3, hahitaiion, demeure.
Manière. Voir Manière.
Majigibr, pr. 6 manjuent iia8i, manger.
Mango.nel, pi. mnnoonels 6787, mangonvAt' 8202,
3a 1 3, mangonneau.
Makiablb, s. maniables 11G75, agile, adroit dans ses
mouvements.
Manier : f. pi. genz manières 8396, gens t^roits,
exercés.
Manière : en manere 6398, dans cet état; de mnlt
grant manere 8990,^ très riche, très beau; de ma-
nières i589, de plusors manières SaC, de diverses
sortes.
Manovrer, p. f. pi. manovrees io5a6, travailler à la
main.
Mar, malf à la malheure; mar i Just venue 11686,
cette expédition aurait causé sa perte; mar venu
sûmes 1 1937, nous sommes perdus pour éti-e venus
ici; mal le virent 10976, ceJa leur nuisit.
Marc, pi. mars 1781, 1788, marc, poids d'argent.
Marcubandisb, pi. tnarcheandises 1 1791, marchandise.
Marcrbant 6675, marchand.
Marciiib : grant marchié 6871, pi. bons marchiez
3686, achat à bas prix, bon marché.
Marguier 366a, s'avancer, faire un pas; impf. 6 mar^
chouent 7836, fouler aux pieds, marcher sur.
Marchis 9 63a, etc., marquis.
Mabeschal, s. maresclmuê 5668, mareschals 66a6,
maréchal, propr* chargé de la cavalerie.
Marescuaucie. Voir aux Noms propres.
Mari. Voir Marri.
Marine 1796, 2897, 9698, 9878, 9897, 9967,
boitl de la mer.
[Marri], pi. s. tnari 9878, fâché.
Martire 7892, fém. 9950, tribulation, souffrance
[Maslb] : madle 9688, mâle.
Mastbr, p. f. mastee ai 55, mater.
Mat, pi. maz 9359, propr' mat (aux échecs); de là
f. mate 6696, 7789, abattu, découragé.
Mater, pf. 9 matas 9698, vaincce, dompter.
M AT BRI E. Voir M ATI RE.
Matinbt 6067, P^*''!^ ^^1 jour*
Matirb 8, 9896, 965t (rime avec desfire), matirie
9656, matêrieg^ 6558, sujet d*un récit, matière;
pi. maitres 19816 (rime ^\ec filatires), matières
précieuses; de plutors matire» 5oo9 (rime avec
Salesbires), de diverses conditions (en pariant de
personnes).
63
larRiHKaïc SATieiALt.
504
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
!^Ugbiiu.ir : p. s. maubailHz 1 176/1, f. malbailUe
10178* iio3p, en mauvais état, mal arranf^c.
[Maumetre], p. r. tnalmise iia66, maltrailcr.
[Mautalem], maUaîent i/ii9, colère, mauvaise hu-
meur.
[Mauvais], f. maîvaise 2i5o (rime avec atte), mal-
veiête laaa (rime avec tneiaiae), malveites 5i8
(rime avec aises) , mauvais.
[Mbibn], maien 1067, maian ^SgS (rimo avec Van
= r«i), mam 8633, moyen.
M1ÏME8. Voir Mbïsiii.
Mbiks , mains 3â a , moins ; au v. 1018/1, lire mesaamez
pour mems aamez.
MEiitTENANT. Voir Maihtenant.
Meiktenib. Voir Maintetiir.
Meis. Voir Mais.
Mbishaoe. Voir Makaidb.
Mbi8i«eb. Voir Maisnibe.
Mbiskibe. Voir Mais?iibb.
Meïsme, meïsmes 88^7 (rime avec deïmes), tnetmes
3oa], précisément, justement; a meùme 6809
(rime avec paienisnij), à porlée; a metsmss d'els
1 1/199, à porlée d^eux; a meùnes le liu io383, à
portée, à proximité du lieu.
Mblbg 683a, 713/1, mot arabe, roi.
Mbllb. Voir Mbslb.
Mellbb. Voir Mbsleb.
[Membre], pi. menbres 9199, pièces; pi. s. li menbi^
al diable 3/ii6, les membres du diable (c'est-à-
dire les Ssirnimns).
Membrebment 9886, par mémoire.
[Membrer] : pr. 3 me menbiv 3967, je me souviens;
tnenbvee iio35, renommée.
Me?idi, f. mendie 9660, pauvre, mendiant.
Mendrf.s. Voir Menor.
Mbnbb, sbj. pr. 3 maint 6, mener. Cf. Mbrrbr.
[Menor], s. mendres 179, pi. s. tnenur 1067, p'"*
pctiL
Me^ii;, pi. mefi'uza656, petit; gent menue 9739, genz
menues a366, gens de pelile condition.
Mbnur. Voir Mbkor.
[Meolb], thoole ioo63, moelle.
Merc 3568, marque, signe.
Mercub /i5^^, borne.
Merci â8o, miséricorde, grâce; la merci Deu 97/1,
3a 1, 338o, ii6a5, la merci de Deu 3fi4o, Us
Qranz merdz al crealor 5 SA a, (par) la grâce de
Dieu; en sa merci ao39 , à sa discrétion.
Mercier 7680, remercier.
Merir 369/i , p. s. meri 3738 , p. f. merie S976, IN9M9
récompenser.
Mibbbb, pf. 3 merra 9018, p. 8. mêrrÊii 8968» pL
8910, seulement dans la locution merrmr l§ imfit
merrer son daeil, qui veut dire : 86 UvreràlM
deuil. Au v. 8866 lire merrerenl pour
Mbrvbillb 3 1 46 , 3 1 /i5 , chose surprenante;
veille 5oa , une foule énorme; la merwmttê im
enekes 537, ^^ merveilleuse flotte des ésèfMi;
merveilles oi qui 6978, celui-là entend des ûmm
merveilleuses qui ; merveilles grant a 1 aa , mfiUgéUtf
chah /i8/io, merveilleusement grand, ^ud,
Mbrteillier : me merveil 6373, je m*én[ierveiUi;jUl
a merveillier 3837, est de nature à éoierYettv.
Merveillos, f. merveillose 5o68, étrange « ei
naire; f. pi. meiveilluses aia3, admirdbiBê.
[Mbrtbii.i<08Bmeiit], mep9eillusement 3oAt« d*«n»
nière étonnante.
Mervi^illcs. Voir Merveillos.
Merveilldsbmert. Voir Mbrvbillosemiht.
Mbs 66 a, 51190, messager.
Mes. Voir Mais.
[Mbsaaisié], f. pi. mesaaisees 7835, mal à i'aifle»
Mbsaamer. Voir Mesaesmbr.
[Mesaesmbr], mesaamer 6888, p. pi. wietàaame Mo^
f?tetii« aamez 1. mesaamez 1018/1, C memawsti fWi>.
mesamee) xiShh, blâmer, apprécier d^QM tÊ0B
méprisante.
Mksaisb 1117, 1331, 3Û1Û, 3&38, 43ia, flWt.
souffrance.
Mesahbr. Voir Mbsxsmer.
Mesaverir 867/i , pf. 3 »nesavml 1373, arriver ntilMHC»
Mésaventure i356, a5o/i, 3959, malheari.
Meschaeir, meschaier 5 16a, pr. 3 meêdml. ^tjblb
pf. 3 meschaî hS^h, 6638, sbj. impf. 3
11731, tomber mal, réussir mal; gér. L pk
clieanz 1378, malheureux.
[Meschabite], pi. mescheeites 1378, maoYaîaa
turc, malheur.
Mbscheangb 64o3, malheur.
Mbsciieeite. Voir Mbscdaeite.
Mescbibf 2oa5, 3037, 3667, 11735, pL
3o5o , malheur, méchef; pi. a meechih Z^i^
son malheur; a me>c^t?/*648, à grand'peîwu
Mbschinb 30o/i, pi. meschines 1073, iiSA,. JA^^d
jeune fille. ..:
Mescontbr, pf. 6 mesconterent 5H 8, compter
Mbsgr barge 53^3, infidélité, impiété.
MEscRKiaB, pr. 6 mescrotent 3917, ne paa
GLOSSAIRE.
50S
fuser de croire ; gent mescreùe 6069 , infidèles, mé-
créant5.
M18DIBI, pf. 6 metdiiti'ent 689, dire des injures.
Mbsbl, me«e/« a^asi, qB/is, inenaut 7880, lépreux.
MiscRRER 5758, s'égarer, faire fausse route.
MisEsam , meêetma 6118, mal compler, mal eslimer ;
metame 101 58 (rime avec blâme) ^ mésestimer, blâ-
mer.
MesEsTANCB AAi3, 6533, situation fâcheuse, souf-
france.
Mbsestbe, impf. 3 mesesteit idoA, û/t58, 7809,
1 169a mal aller, ôtrc en mauvaise situation.
[.NfESEtROs], nieseûru^ ^617, malchanceux.
Mesfaire 8C7G, impf. 3 mesfeteit 86 a, méfairc, faire
tort.
Mbsguardb 5i3a, 570a, mauvaise garde.
Mbslek i63, 667, tnellee 680, brouille, querelle;
meilee /i669, 10018, mêlée; melteeê 608a, rixes.
[Mbslb pesle], melle pelle 10893 (rime avec grêile),
péle-méie.
Mespartir : mespartie 1001 3, mal partagée, inégale.
Mbsprbrdbe 856a, pf. 6 mexpristrent 786, p. metprû
958, mal agir, avoir un fort.
Mespriso5 i/ia8, 1660, a636, a66o, 5898, tort,
action fautive.
Message 139, pi. inettages 89a, messager.
Mbstikr besoin; /u(^ mult grans tneitert USà'jy on
5t* trouva en grande peine; aveir mestier 6979,
être utile, s^en fust mestier ii3oo, s*il en était
besoin.
Mbstraire 3768, mai tirer, manquer son coup.
Mestre. Voir Maistre.
Mrtre, mettre; 1676, se mellrc; de*qa*a la mêrt
ne metoient i iCGa, s'aventuraient jusqu^â la mort.
Meîr, pi. meurs 3357, mûr.
Ml, demi : mi Hutte 1597, demi-lieue; qui est au
milieu : en mi 997a, 6618, par mi 795, 1199,
au milieu do; par mi lor aie 799, au moyen de
l«»ur aide, avec leur nide.
Mie, propr* mielte : i7 wVn quittèrent trover mie 699,
ils pensai» nt ne pas trouver miette de lui, c'eet-à-
dire ne pas le trouver; t7 n*en volaient garder mie
3678, ils ne voulaient pas la garder; par extension
nel fud mie 376, ne Vavoit mie 19189, etc.; nom
mie O061, nullement.
MiELz. Voir MiEiz.
[MiEii]: le mich 3o83, le meilleur.
Mise : eslre en la mino 7086, courir grand risque,
<^tre en très mauvaise situation.
MmcBB. Voir Mihcibr.
[MnciBRJ, p. f. mineee 9818, baeher en menus mor-
ceaux.
MiRBOR, pi. 8. mineur 6867, "nn^^c.
Miracle 8091, fém., miracle.
Mire, pi. s. mirée 9659, médecin.
Mise 5a 16, condition; miee d'avoir 6978, mise dW-
gent.
MoiLLER. Voir Moillier.
[Moillier], moiller 3699, 8859 (rime avec fnmV/t^,
mouiller), épouse.
MoLLER 8769 (pour te moller), prendre une attitude
de combat, s'exercer les membres.
Mon, explétif: saveir mon 6987, 7766, 7977» 8261,
11 108.
Monde, mondée 11759, pi. s. munde 678, pur.
Monde, s. monde 677, 686, monde.
MoNJOiE 9887, émincnce; 19091, spéc' éminence
d*où Ton aperçoit Jérusalem.
Mont 356, 85 16 (rime), 11171 (rime), s. monz 99,
monde.
Mont, mont : a mont 1893 (éd. amont) ^ en haut; a
mont et a va/ 1 181 9 , en hant et en bas.'
Montée 8897, ascension; 6998, accès en mentant.
Monter Û3i8, 10688, pf. 8 monta 8966, servir à,
compter pour; que monte 909, k qnoi cela s*élève.
MooLE. Voir Meole.
Mobdrii, impf. 6 mordrieeoMnt 556, assassiner.
MoRiR, pr. 6 moerent 85, mourir; mort 9081, 95oi,
fait mourir.
MoRTELMENT 8645, mortellement. 4
MosGHETE, pi. muichêtet 9599, petite mouché.
MosTBB. Voir Mobtibr.
Mostibr, pi. moeien 1998, église.
MosTRBE 4659, démonstration, signe ostensible.
Mostbbr, cond. 8 mostereit ii85o, montrer.
Mot : mot ne savoit i568, il ne savait root.
MoTON. Voir Mouton.
[Moût], mult /i3<), etc., beaucoup.
[Modt], f. pi. multee 579, mutée 1889, nombreux.
[MocTon], pi. motone 1681, bélier; maton 3895,
8884, mwtan 8846, 8853, 8869, 8879, 8878,
s. motone 8889, muione 8894, bélier, nMchine de
siège.
MoTBiB 984, movoir 919, 997, 1197, pf. 8 mut 65,
287, 998, 996, 1669, i486, 6 imirviif 1181,
11 84, 9788, p. fiitftî 990, 999, mettre en mou-
vement; movant ii8b, agiles, remaantee; en eon
movoir 981, en se mettant en marche.
48.
506
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
MuciER 379/i, 11A59, p. r. muciee 10107, cacher.
MucRË, propr^ moisi, qui sent rhumidlté; (Hg.)
7680, 8386, triste, découragé.
MuËR, pf. 6 muèrent i5o3, changer; mtter estai i5a5,
changer de place, perdre sa position de bataille.
MuBTE 161, 5 3 9/1, départ, expédition.
Mui, s. mutï ^317, muid.
MuL. Voir MoR.
Mule 11968, pi. mules 9781, mule.
MuLST, pi. mulet 1686, mulet.
MoLT. Voir MouT.
Mu.NDE. Voir Moude.
Mur, pi. muls 1676, 9781 (rime avec Murt),
io555 (de même), mulet.
Mus. Voir Mur.
MusBB : pf. 6 miuerent hûg^^ 58ia, perte •!•
temps, muser.
Mustabet, pi. mutabez 10619, élofTc de soie bra^iée»
Mot. Voir Moût.
MuTOJ). Voir Mouton.
N
Nacion 12860, naissance.
Nafrbr, navrer 8876, pf. 6 nafrerent 161 7, pi. s. na-
frez 6061, blesser.
Nage : a nage 6976, en nageant.
[NageorJ, pi. s. nageur 1680, rameur.
Nageur. Voir Nagbob.
Nagieb i6/i6, 11698, transporter en bateau.
Naier. Voir Niibr.
Naïf, naïve 9339, natif, naturel.
Naistse t furent nées 896, naquirent.
Nature 11688, qualité naturelle; 1360, 1936A, no-
blesse naturelle; li enemi de nature 7098, la gent
oltre nature 1 0A99 , les gens dénaturés, les infidèles.
Natie, masc. aao, Cém. 809, 689, 969, flotte, en-
semble de navires.
Navire 3o86, comme Navie.
Navrer. Voir Naprer.
Ne. Voir Non.
Ne : n' î>.o/i/i, mais ne il non éiidé 3o/i6 (ms. m7),
ni; ne que 976/i, et que; ne gaires gros hoshy et
qui n^était pas fort gros.
Nécessaire : ses choses necensaires 8697, ^^^ parties
honteuses.
Nep 677, s. niej i833, pi. ncs 3i J, ^187, 667, na-
vire.
Neier, impf. 3 naiot A 9 69, pf. 6 naiereni A 086, p. s.
noiez 8366, se noyer, noyer; (iig.) p. pi. s. noté
7618, 10016, perdu (dans une foule).
[Neibr], p. neutre noie 100161 nier.
Neif 7808, 1 i2i3, net^ /jo47, neige.
Neir, f. neire 3790, noir.
Nbïs 11306, nis 1069, n836, A 3/17, même.
Nen. Voir No«.
Neporquant 868, 1801, 1997, 9883, 39/16, 8879,
36o8, ^09^, 11961, néanmoins, nonol)stant.
Nerté , noirceur ; ( (ig. ) 1 3 3 1 6 , tristesse.
Nés. Voir Le.
Nesun, f. nesnne 7900* aucim, nul. Cf. Ntî9.
Net, f. nette 6068, net, complet.
NsfiL, s. neùls 6038, nul. Cf. Nul.
Neule 6768, brouillard.
Neveu. Voin Nevo.
[Nevo], neveu 9879, s. niés 906a, 9066 , pl«
9773, neveu.
Ni^u. Voir Nevo.
NiEF. Voir Nef.
Nient, disyllab., rien : quil serveit de nient 36 « l|ll.Jll
le servait pas; nus par nient greinur dtmtmJÊ tSt,
il serait oiseux d'en demander uoe j^us grmthp
pur nient le demandez 3660, ne demtndfli fÊÊ\
nient Ju de. . . envers 7793, nient fud de, » m
7878, on ne peut comparer. . . à.
Niis. Voir Nevo.
Nis. Voir Neïs.
NoAxz. Voir Noauz.'
NoAus. Voir Noauz.
[Noauz], noalt 6180, noaus 7636, pm. .^
NoBiLE 1 1683 (rime avec n'/e), de noble fannlfey
NoER, gér. noant 11119, nager.
NoiER. Voir Neier.
NoiER. Voir Neier.
Noise 103, 687 {noise au v. 688 est fautif),
1698, noise, querelle tumultueuse. >
NoisiER /i66i, faire du bruit.
Noiz 873 1, noix de Farbalèle, Tendroitaik ealtfiiUe
la corde tendue et 011 pose le carreau.
Nom. Voir Non. ' ■ • '/
Nom. Voir Non. .'*
NoMBRER 8666, compter. U
Nomebhent 9716, 11869, isoàt, oomkuitiywMDi
GLOSSAIRE.
507
NoMiB : p. pi. nomez 9637, de renom, célèbre.
Non, nom : par nom a 16, nominativement; li non Deu
3577, les noms de Dieu écrits sur un parchemin
comme talisman.
NoH, non; non fesoient 9^73, n^étaient pas dans le
même cas; nom mie 60^1, nullement; dans la po-
sition atone devant une voyelle, nen 3333, 3391,
5i66 (8969 lire ne pour nen)^ et n* très souvent;
devant une consonne ne,
NoKB /i/i83, 6960, après-midi.
NoRPOABLE, pi. nonpoablet 3969 (éd. non poablei)^
impotent, inûrme.
NoHSAVANT i5i6 (éd. non savant)y ignorant.
NoRRiR, p. nnrri 9619, s. norriz 3696, élever.
NosTRB, f. pi. lei noz 1963, les nôtres.
Non, pi. notes 1 1880, musique.
Nou. Voir Le.
Noc, n«tt6569,pl.tio2i:^385i (rime avec 6otiz), nœud.
NoTBLB 6/j6o, chose cilraordinaire.
Na : nue 1 1969, dépourvue.
Noble 7630, nuageux, couvert.
Nue : pi. nues ii/jo4, nue, nuage.
NoisABLB 5 109, nuisible.
Nuisance 1/188, 1 9 3oi, dommage.
NoiTiBB 93o8, nuitie 6685, nuitée 9789, nuitée,
durée de la nuit.
Nul, s. nue 68, nuU 78, nul. Cf. Nkîl.
NURBIB. Voir NORBIR.
0
0 i5i, 989, 3oâ, etc., od 3o4, 38i, avec; od tôt
5556, 9660, avec.
OcciBR. Voir OCIRE.
OccisiOK. Voir Ocision.
Oceillb, pi. oceillei 3865 (rime avec aeillet), sorte de
vase. Cf. Orcelle.
OciRB, pr. 6 ocient 664, pf. 6 Oicistrent i63/i, p. f.
occiee 811, tuer.
OciSB 5571, 5709, tuerie.
[Ocision], occition 8078, tuorie.
Od. Voir 0.
Obs. Voir Ues.
OiB. Voir EiR.
OïR, fut. 5 orez 9 8 'm, entendre.
O1RE. Voir EiRE.
Oleir, impf. 3 oleit 977, sentir, exhaler une odeur.
OuvERBiE 1579, C935, plantation d'oliviers.
Oltbage. Voir Outrage.
Oltrer. Voir Outrer.
Om. Voir On.
On : Vom 660, /Vm ;ioo, 3i9, 384, 1706 (rime
avec Jeru*nlem)j Van A 5 9^1 (rime avec maian =
meien)^ on. C'est proprement le nominatif de orne,
Oxc. Voir O'^ouEs.
0?scoR 4 16 (ms. oncore)j uncoi' 990 (ms. uncore),
encor lîîgS (ras. encore)^ encore A 96, encore.
OscoRE. Voir Ojicor.
[Ondeier], impf. 6 ondeoient 3355, se presser comme
des flots.
Ofjor 1078, onwr 90/49, /lonor 1798, henor 56/i, he-
nur 1068, s. onors 1 160, henort 1807, pi. henor$
379, honneur. Le mot est toujours féminin : tant
henur 1068 équivaut à tant d'onor,
[Onorer], p. f. honorée 1819, henoi\e 3099, 7/11 4,
enoree 1 9 1 3 , honorer.
Onqubs, onc 3359, jamais; onquee orne n'i p^rdimen
1 1638, nous n*y perdîmes pas un seul homme.
Ot£ : par ont 3 193, 4077, 6755, 1 1591, par où.
Oxtagr. Voir Hontagb.
Ob 11590 (rime avec lor)^ bord.
Obainz 1016, pi-écédemment , tout à Thcure.
Obcelb, pi. orceles 388, cruche. Cf. Oceille.
Obdebr. Voir Ordeibr.
[Oroiibr], impf. 6 ordeoient 19097, ^'^'''
Obdeneb, impf. 6 ordenouent 10898, ordonner
(trans.); pf. 6 ordenerent 8971, prendre des me-
sures, d(% arrangements.
Ordorb 7089, ordure, impureté (morale).
Obb , heure : en poi d*ure 9 1 , en peu de temps ; en
ti poi d'ore 9886, en si peu de temps; uule hore
33/16, à aucun moment; tôle hure 5693, conti-
nuellement; tele hore iert. . . e tele hore 5667-68 .
il y avait des moments. . . et d'autres moments.
Obbb, gér. ùrarU 889/1, prier; p. f. pi. orei>n 338,
prononcer (en parlant de vœux).
OarBiré. Voir Orphertk.
ORPPHBirré. Voir OBPHB.iTé.
OaiBLBTé, 5/i38, horreur.
OBPHBifiif, pi. orphenÎM 1/169 , orphelin.
Orpbbiitb : orjphenté 9689 , orphelinage ; orf'ente 8899 .
orphentêz 95o6, au flg. deuil, désolation.
Obs. Voir Hobb.
508
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Out, f. orde 8711, f. pt. arJ«t aaSA, sale, impur,
Okub : reipre oicur 3937, soir obscur; ereanct «temv
f)939, cropnc? ciroDée, contraire à )b lumière, i
la vérilë; ta geM oietirt 73*9, lu gtni otcurtt .
11G98, cl Diânie H ntir otcur 6095, les) infi-
dèles.
Osé 3837, 3336, audadeux; l«»geiubra<res, hardis,
\agmt o»« 6039. ■
OsT, iéta. Z101, 39^'!, 3. Potl 38i, 385, Ai3,â3t,
787, 96i, aigS, l'M 1907; mais ton otl 1761,
dff jTanlotl9769 (8399 I. lirtii a l'ott), pi. oib
1589, 3535, armée, campée O'j en marche.
OsTiOE : tn mUtgtt 5âA3, en olajje.
Osiiciin, pf. 6 ottagieitnt i333i, fuiirntr des olagcs
pour quelqu'un.
OsTE 10103, bàlc, chargé de la gaiclc.
OsTti. G90, 719, habitaEîon provisoire; mitl prmàrt
6617, se loger.
Obteiii, pL ntttrvu loSao, riche c-lolTe orientale.
Osioa, pi. (ulari &008, uulour.
Otkiih, pr. 3 olritr 1763, iUrtim 37&S, ■)]).
olmi 766, Mcorder, donner.
Otiiu. Voir Otrdjb.
Ou, ob : 5903, 5A5«, « 76, u 71 1, M qui.
Ou, u 36o, ou ! u ^pm m ot mi jflmtlé »Û
jr en eât ou peu ou beaucoup.
[Odtmgi], oUrage 739, &178, 6iig, «cte
[OuTkta], impf. 3 oltreit ^3i■], lemMor, *ailK
Otic. Voir Ovuic.
OvicoBi^. Voir OvuK.
OiiqDis. Voir Oinic.
OiniiD}!! 996, 1363. 3o53, ii8t, aggl, <
100, fém.. Œuvre, alTairc.
OiaAiNE. Voir Ovaueni.
Oina. Voir Uirii.
OiiEH, pf. 3 otra ti-jo, irtTtillef, agir; ««nr
5966 , accomplir des prouewes.
[OiDic],oiiKii75,i>MfUM 676,1001,1166)
avêquti 763, osecquti 3759, avac
f*
PajII:i. Voir Piiu.
pAimiSBE. Voir Paimismi.
Paili, pt. patitt 5996, poéie.
Paib, Voir Pu EU.
Paisib. Voir Piiixii.
PtEsiai 6A78: te conleilc empêche de reconnaftre
ici une rorme de peeitre, â pied; paiilia est sans
doute un synonyme de paimi, formé par une ûn-
gulière sobslilulion de stiOiie.
Paunii. Voir Pmhie.
[Paiih], pi. paent ak, 9993, (. paaine 93a&, païen,
dit par eiteimion des musulmans.
[Paimis], piumïe aihè, 896S, paianù iSaâ, do-
maine des païens, des muaulmans.
[PumsHi], paimutne 58io, ensemble des païens,
des infidèles.
Piiii,payer;»l8n«Iapai^9o8t, élait content; iroo.
Ittpaioient 6^93, les frappaient; cU/urmldenucei
paie A 165, ils reçurent un beau souvenir de noces,
allusion ironique à l'usage de K donoer aoi nous
dcB souflleU de-ilinés è graver dans l'esprit des té-
moins du mariage le souvenir de l'ëvèneraenl au-
quel ils assistaient
Puu ^937, paiik to5i7, riche étoETe de soie.
Paihi. Voir PitHS.
■ : ptitt 1 h^ d«t Si
pALicai >i9g, la haute mer. ' ''
Palais 970, paleû 58o, 69a, 779 (I. (t^poarfet
p.), palais.
Paisîib, impr. 6 pahltma ii)6i, litnr ia paMl
combats, cstarmoucber.
PlLlE. VoirPicHE.
Paml, pt. pantU 5g3&, coussio [dacé bom 11 «Il
du chetal.
PAOE.pror ti99,paùr3i37, ^Dùr laai, Bysè.fMir
1996, pi. pwr» i33a, peur. i '■
Pas ^90, Ii35, etc., par; cJuieo» par ni StiIi'AÉ»
cun de son cAté: loi par «b giii, i «n teéH
par enlrt lor pitt 588t, entre leun p»di| ftrét
deut parliet ioii7, en deux parties; par Im^fUm
MochiMt 8A6'I, en passant par diei ka Hirii
joie; par 138, 160, A809, pris
servnnt i renforcer l'adjectif.
PiRAQi 3671, etc., famille ooMe.
PiKÇONisR 3i85, participant,
Piaco.TTEi 456d, achever de conter. '*
Pardon A 7, 159, indulgence accorda parkf^ii
pAnBuaAiLi3i87, étemel.
PiRiic, ibj. pr. 3 prv 6838, pudtav, m ténMéli
GLOSSAIRE.
509
PARB.vrAGB 877, parenté, famille.
Parescibb. Voir Pbrecier.
[Parpo^idbcb], parfondefce 1 1076, profondenr.
Parfondbscb. Voir Parfondbcb.
Parfort 387 1 , f. parfonde 1217, profond ; en par/ont
11607, profondément; adv. parfont 6a3, 35/19, .
profondément.
Parformr /i56i, acbevcr, fournir jusqu^au bout.
Parlancb 569, 345o, 6653, discours qu*on tient
sar une chose.
Pablembht 119, 133, i55, 367, 65o, 1776, 179I1
1793, 5o6i, conférence, rendez-vous pris pour
discuter une affaiixï.
Parolb ; parole faire 3638, parler.
Parpaikdre. Voir pARPOnORE.
pARPoiiiDRB, piquera Vaiguille : coile» parpointêê 168 5,
eoiltet parpaintet 1 oSs 1 , couvertures piquées.
Parfoirt 3568, 3573, pi. parpoins 97 7 3, <ioifef/>flr-
poinz 6981, vêtement piqué qu^on portait par-
dessus le haubert.
Parsivrb, pf. C) parturent 10700, poursuivre.
[Parsomb] : a la pernome 5/i83, à la fin du compte.
Pabt, part ; quel part 6 83 , 299 1 , de quel côté ; de che»-
conepart 390^ , de tous côtés; de part le conte 8976,
de la part du comte; de part Deu /i83, au nom do
Dieu; de part Deu et de part le rei d^Englelere
5472, de la part de Dieu et du roi d'Angleterre.
Partie : d'autre partie 9325, d'autre part; de deu9
partie» 389^, de deux côtés; celé partie 3738, de
ce côté; a ta partie /i 1 22 , pour lui.
Partir 5562, pf. 6 partirent io5i, û3o9, cond. 6
partireient 370, partager; mult i ot parole» partie»
91 3, il y eut beaucoup de paroles échangées;
p. pi. s. parti i5o/i, séparés; pf. 6 »e partirent
668, partirent 910, cond. 6 parliroient 8198,
partir (intr.); al partir 680, au moment de la sé-
paration, du départ.
Pas, pas : son petit pat 1667, lentement; iSao,
passage en mer; 2771, 5837, P^^^ffc dans les
montagnes.
Paschb. Voir Pasqub aux Noms propres.
Passage 32^i2, passage; 2986, ^091, spécialement
traversée de la mer d'Occident en Orient par les
croisés; 33o7, ^1098, moment favorable à cette
traversée; 336o, arrivag? des croisés par mer.
Passbmert /197, passage.
Passbb : t'en posta 1 89 , passa.
[Paomb], paume de la main : flatir a» palmes 58o9,
toml>er à plat sur les mains.
Paumieb 9835, pèlerin qui a fait son voyage et rap*
porte des palmes de Jéricho.
Padtombr 3373, coquin; tant estait li tins pau-
toner» /!i3 36, tant ce temps-U était méchant,
mauvais.
Paveillor, pi. paveillons 63a, tente ronde.
Paviment 9334, pavement.
Pbcribr, pf. 3 pjcheia 6900, p. t pecheiee làoi,
peçùiee 48 1, briser, metiro en pièces.
Pecheier. Voir Peceieb.
PBCRié : çofu péchiez 698, ce fut un malheur.
Pbçoieb. Voir Pecbibb.
[Pbirb] : ert en paine de 3699, s'efforçait de; a
paineM 38, 36o3, à grand'peine.
[Pbior], ptor 7876, pire.
Peis, ce qui pèse, ce qui contrarie : for le pois 1 090 ,
malgré; sor lor pei» 9081, »or lorpoi» 8^179, mal-
gré eux.
Pbise. Voir Paistrb.
Pbitaillb, pi. peitaUles 386^, sorte de vase.
Peu 3865, poix.
Pblbrih 390, etc., pèlerin; spécialement croisé.
.Pblbbikagb 703^1, peregrinage 6979, 7o5o, pèleri-
nage, croisade.
Pbleri.nb 5696, pèlerine.
Pblfrer, pf. 6 pelfrerent 10860, p. f. pelfree 816,
piller.
Pelicb, fourrure : a hr pelisces enqueroucnt â365,
peut-être : ils consultaient le sort en arrachant des
poils de leurs vêtements de fourrure.
Pelisce. Voir Pelicb.
Pelle. Voir Peslb.
Perdre, pendre; pendes 8759 et pendrai 3'jbh sont
peut-être altérés; iço que a Voil lui pendait 1 i83o,
ce qui allait lui arriver; qui devant le» oilz H pen-
daient i33o3, qui allaient lui arriver, qui étaient
imminents.
Peher : se pener 968, 1086, 11A7, 9367, 95/is,
3oio, sVflbrcer, se donner de la peine.
Petute^cier '.furent pmitenciê 6391, ils reçurent une
pénitence. 11 faut ajouter puis avant furent, peni-
lencié ne devant sans doute compter que pour
quatre syllabes.
P EnoyctL, pcnoncels 599, 895, 4635, etc., petit dra-
peau atiadié au liaut de la lance.
Pbhos, doidourenx : la semaine penose 1186, la se-
maine penuae 8328, la semaine sainte.
Pbrsb, pi. />efifM 9193, pentéc.
Persî 84 13, pensée.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
PdBKB, peitser; petuer d
c préoccuper de.
Piivs. Voir Pmm.
PiOMEB, p\. ptoniari 3754, CDmb.ittaiils k fieà; la
gmtpeoniere 5875, les hommes à pipJ.
PïOD. Voir PiOi.
P«R, égal; non per iS^o, non pareil.
PiinciiE, pi. pircAei A766, loHAS, mesure de ton-
PcncHisn. Voir Pinticn.
Percier, percer; insini perchieet fiA3S, iudIds targe-
(jemont ouvertes, prodigues.
PenoM 7953 (ms. dd. prendre); absoliiroent : qu'A n'i
pa-dûsent 191^, qu'il* n'y éprouvassenl du dom-
mage.
PEnii,s. j)fiTe97, per« 93, 101, pin-M gg , père.
[Pbbicï], pireicf ûgSii, paresse, mollesse,
[PïMCisa], pr. 6piimrùrent âgâS.scmonlrermou,
peu
lergjquc
re 5677, r
Pkbiços, f.jwTïfoie 600
éuergie.
Periçomimt 5671, perefuietnml 7067, mollement.
PeniÇDSIHKNT. Voir pEBEfOSEMtlIT.
PEniCXIMCE. Voir PlLEtllMCS.
Pekesce. Voir Peeece.
Phe»ço9. Voir Pereço».
PEMin» 3&5i, 6753, A759. /1760, pemVre 6830,
pei-ierre 383o, piirîert 3bo«, pi, pmWe» 3537,
35Ax, aeiS, 6966, 6157, pererei 39i3, 'i7A3,
Agli./iùiweaSSôg, piriem 3AAâ, pierrière, m«~
■ rlitne à laucer des pierres.
PsRiHRE. Voir Periehk.
pERiLLiEE, pf. 6 pet-illti-eitt 677, (Ire victime d'ml acei-
denl; p. pi. s. pei-illtz lAïs, s. periltié iaao5,
naufragés.
Pbhde. Voir Pbee.
PEnHttHE. Voir PEtllEIlE.
Peus ^983, bleu fonce, riolel.
Peeseciicjo!! Q^iG, Inforluns.
PiHsoMi. Voir PARSoiie.
pEisoni : gîte pertotie eipeidue itstii), comme un
liomme bors de lui.
pEsincE 71, 83A, chagrin, ennui.<
1'es£ii, p. psié loaS; sbj. impf. 3 petiut i9o5 , p. paé
ioai.êlredéiagréabic,déplaire;([ér.9.peianii6ii,
rude, pénible; f. peiaiu 3935. pénible, fâcheuse.
[PcsLEiiEsi.ij.p'f'c tnnie 3 3U0, péle-méle, embarras.
Cf. Mule PE8LE.
Petit i563, peu.
Petitit, r. pi.petitni«t i5vG, gô3ci, poËÛI
PeC'ii. Voir Pion.
PicuiEK, pi. pichitn 388, pol, crue
Pi£, pied; plein pié parfi ni 35^9, ù la profoa
d'un bon pied; fus tau pié n'ti
qu'il ne raeltrait pas les pieds; (lig.) fiii n
83So,sur-le-chomp.
PiEçi. Voir PiKl.
Pièce : iina pUu 7859, 8'i.')-j, un e^Mïc de l(
pMf'o s837(éd.pifra), fiôy», 5ii6, &9o6,i
il y a un certain tempi. ilepuit un CMlain Lt
PlEEE. Voir PïRI.
PiEHEEB. Voir PiaillE.
PlERlEHI. Voil- PuiBHi.
PiLET, 3765, 6061, [J. pxlti. •^\^i. 3793, 60I
6067, 8. pliai 757, t53i, Iruil d'irc
PmciiB 38i&, pincée.
Pioi. Voir Peioi.
PiEiERE. Voir Pemeee.
PiTEos 11086, ]Jein d'atleiidria^emenl.
[PiTos], pr'luj 335, digne de pitié, alleudrisunl.
P1TB8. Voir P1TO8.
Pit, poilHne : lt grot del pi: '1971, la poitrine U 4a3
elle est le pl)is large.
PuibiEiiCond. 3 ptaidertit gi3, ptaideroil (f^i),i
devaatdes juges, plaider.
PuiE. Voir Pleie. . . '
Puigkh 11917 (rime avec laanUagtit), fUm$ ^^.^^^
(nme avec champaiiw, champaigitt) , pUiiW.
Pliih, plan, G85fi. 8956, pûmt 6876, pUiiM., -'
Puifl- Voir Plew.
Plixbe. Voir l'LiloaE. ■*
En. Voi
Pi-itsiEn. Voir Pliissiie.
'liisii ; (On plaàir 1 1 55 , ce qui lui plnl.
pLAissEiz] , pleueit 636A , cUlure de
[Plussiee], plaiiier 3a35. pbiwrM
3o3i, donipler, accabler, ruiner.
'Li|T,pfei( 85a,discussiDni apkiCMii
parlementer.
Pleve 5333, caulioD; pi. *. pttgt 53i7,
ri97«.l
[P.
I19- pli-
pLEin ; a plein i65i, a plain 1A97,
fait, sans reslriclioD.
Plein. Voir P1.111.
PlBISIER. Voir PLilMIE*.
i57&, t
ilj^^
GLOSSAIRE.
511
Plut. Voir Plaît.
PiMKUM^ pkmen ao6, 1737, a^^i^ plmierei 9079,
7Bft7, complet
Puni «o, 199a, s3so, 3989, ^^79, 6879, abon-
dance, foison; aplenté 1897, 1939, a fprant plenté
9789, en abondance, en grande abondance.
Pusails. Voir PLiissBiz.
pLifuiB, plêvineê 371, engagement, convention; en
piktimê 10976, 10963, en le garantissant.
pLtna, garantir; pUfoiz 6109, engagé.
Plus : UpUu 991, /i 90 (avec verbe au sg.), la plupart.
Plumrs 696, plusieurs.
Pocis. Voir Pocciif.
PociRiBaB. Voir PovaiiiBBE.
PoiiB, pouvoir; puet cel entre 6663, peuU-étre; ipoeit
5676, t poeient 3o6, t porent 11086, y tenait, y
tenaient, y tinrent
PoiSTB 1088, puissance.
Poi 90, 91, 190, etc., peu; 676, rarement; a pot
3oi, por pot i56, par un poi 979, peu s'en faut;
pot despente 36i9, poi genz 6699, peu de provi-
sions, peu de gens.
Poi , petit : un poi espace 6666, un petit espace.
PoiGRBon 6539, poigneûr 9088, sg. s. poignerei
7558, combattant.
Poig!ie€b. Voir Poigheor.
PoiH. Voir Poing.
PoiRDBB, impf. 6 poigneieni 6910, gér. i^\, poignant
5908, piquer; broder, tracer au point : (6g.) doit
estre point en Vettoire 6666, doit figurer dans le
récit; charger, proprement piquer son cheval : pr. 6
poignomes 6396, impf. 6 poignoient 6000, pf. 3
pointt 1937, 6 poinstrent 1983 , 3oo5, sbj. impf. 6
poinsissent 66 13; inf. pris subst api'ès lor poindre
656 0, après leur charge; parjumir ton poindre
656i, achever sa charge, aller jusqu*au bout de
Télan imprimé au cheval, au fig. terminer ce qu^on
a commencé.
[Poi5g] : plainpoin 9798, une poignée.
Point : en quel point 373, à quel moment; tin point
n*i ot de 665o, il n'y avait pas un seul point, c'est-
à-dire il n'y avait pas du tout de; de même n'i
ateit point de retcotte 9571, il n'y avait pas de se-
cours possible.
Pointe 1636, 6608, 6610, charge à cheval; (a pomi^
otee 11606, Il charge audacieuse.
Pois. Voir Peis.
PoLAiN, pi. polaint 1689, poulain.
[ Popler] , sbj. impf. 6 publasent 7709 , peupler, remplir.
PoB, pour; 568, 587, à cause de; por ço que 666,
i3o3, 9653, etc., parce que; por vérité iS^o^ en
vérité ; porgent baudet 63 1 8 , comme des gens pleins
d'entrain; pat por pat io353, pas à pas; enveier
por 9060, envoyer chercher.
PoBcuACiBB, porchacer 1399, P^* ^ porehaça 663,
9565, tâcher de faire, travailler à; p. f. pi. por-
chacieet 9676, se procurer; cond. 3 te porckace-
voit 950, se pourvoir, s'arranger.
PoREE 6955, hachis de légumes.
[Porforcibr], purforcerent 39 10, rendre extrême-
ment fort.
PoBGUABDBB, ^. porguardé 6678, garder d'avance.
PoBJBTBR , pr. 3 te poijele 8688 , s'étendre.
PoBOFPBiB, p. f. pi. porojertet 6780, présenter; te
porojre de bataille 6389, se présente pour le
combat.
POBOQCBS. Voir POBOBQOBS.
PoBPABLBB : porparlee 9676, purparlee 9799, conve-
nue , arrangée d'avance ; com la vile etteit de
trtuton porparlee 11069, comme il y avait une con-
vention faite pour trahir la ville.
PoBPENSBBMBHT 3686, cxprès, à dessein.
PoBPERSBR, p. porpentê iio63, f. porpentee i93o5,
méditer, combiner d'avance.
PoBPOsEMENT 10969, dessein , propos.
PoBPBBNDBE 9899, p. pOTprit 6075, f. porprite 9963,
6096, occuper.
PoBSEBiR, p. pi. f. portite 5730, posséder.
Porter : vent portant 939, vent bien portant I939,
vent favorable, qui pousse.
PoRTRAiRB, p. portrait 6565, f,portraite 3370, tracer
(à l'aiguille), dessiner.
[PoRUEQURs], poroquet 3669 (rime avec ilioquet = il-
luequet) : la vjneit poroquet, venait la chercher.
Cf. PoB.
PoBVBANCB 19398, prévoyance, habileté.
PoBVEEiB, pf. 3 porvit 9339, p. porveù 9559, ar-
ranger iï avance ; porveûe 6016, pourvue, mise en
bon étal ; pf. 3 te porvit 1110, 9686 , se pourvoir,
prendre ses précautions.
Posa : une pote 55o9, un certain temps; gramt pote
896, 5357, longtemps.
Poser : te poter 3 160, s'arrêter.
PoûB. Voir Paor.
[Podcir], p]. pocint 1969, poussins.
[Pouciiiibbb] : geline pociniere t 969, poule qui a des
poussins.
Poi'TRBL 75 1 3 , jeune cheval.
66
mrMttKMC ««ftoviu.
512
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
PoTKBTB 8oo5 , pauvreté.
Pbambssb 3a6i, promesse.
Prambtrb, impf. 6 prometeient 10367, pf. 6 premi-
trjnt loaGo, p. pramis 56io, prometlre.
Precios, r. preciose 669/i, qui a du prix, saiut.
Pbbbcbibr, pf. 3 preecha 6761, prêcher.
Pbbib 988/i, agio, butin.
Prbisibb, estimer; proisie 58, estimée, louée.
PRBMERAiff , s. premerains 8o3, pi. s. premerain 9600,
premier.
Pbbmbtrb. Voir Pbambtbb.
Premier , s. première 63 , le premier.
Prendre (au v. 7963, 1. perdre) : prxetrent a dire
36oo, se mirent à dire; ne se pemeit paa guarde
3599, ne se donnait pas garde; êe al rei n^enfust
pitié prise 813, s*ii n*en fût pris pitié au roi.
Près 1389, presque; bien pretla/i/i, à peu prèfl, pres-
que ; près ne le» alocha 3 1 86 , peu 8*en fallut qu^eile
ne les touchât (m. à m. elle ne les loucha pas,
mais ce fut de bien peu qu^il s'en fallut); prêt que
{éd. presque) ^ presque.
Presse 565^i, 6916, pi. prenee 791a, presse, foule
serrée.
Prbst, i. preste /igâo, 11160, pi. prestes 3996,
dispos, adroit, prompt.
Prbstbmbht 5558, proroptemcnt.
Prbstre. Voir Proteirb.
Prbu. Voir Pro.
Pbiid. Voir Pro.
Pain, s. prrmt 1 ii33, premier.
Pbimes 9697, <2e primas 393/r, d*abord; (29 /irtmes i85 ,
le premier.
PaioRé 8533, fém., prieuré.
Pris, valeur, louange méritée : çû lui toma a pris
io33, il en fut plus estimé; monter en pris 966/1 ,
augmenter en valeur.
Prise : 1 903 lire ne il ne deignast pas s'emprise au lieu
de n*il ne la deignast pas tanz prise.
Prison 1^59, 9633, pi. prisant ^985, 4393, s.
prison 1/^37, maso., prisonnier.
Privé : s. privez de 1389, ami de; pi. ses privez $^98 ,
ses bons amis.
Privée, pi. privées 557, latrines.
Pro, preu 989, 3695, preuz ioo53 (rime avec
tuz)^ s.proz 537, SSk, preuz 3o5i, iii38, preu
iii36, pi. preuz 5o/i, s. preu UUh, 3733, f. s.
prod 5868, preuz 11/13, 1176, i586, 3o94,
6676, 9757, 1 11/10, 11338, r. preu 99/i, proz
39/1, pruz 9^1, pi. proz Z'jgb, pruz 830, preuz
9/196, prieuz 5167, preox, vaiilaiit CL PiOt
Pbodb, Pbodoiib.
[Pro] : prou granz ne preu largm 686, miiBmiWWnt
grandes et larges.
Pbod. Voir Pro.
Prodb : la prode gent 3599 ; la prud» gmi 690§9 Im
gens vaillants (en réalité c^est la pro il» gmiÊp téf
Ihmania, XXI, p. i93); prvdês omet, vor 9m^
DOME.
pRODOMB 1 3o , 8. prodom S797, 3557, |'*'Om(m> ASt5t
pl.proia» homes 365 1 , s. prodome 1 36, prndlMUM,
homme de valeur, notamment à la guerre^
est en réalité pro d^ome (voir Pbom); kt
prodom et prodes homes ou prodmemm
d^une interprétation erronée.
[Probcr], proese» i95o, itBgG, vaîUancet
Prorsgb. Voir Probce.
Proisier. Voir Pebisibb.
Pbombtrb. Voir Prambtrb.
[Pbqosbmbnt], proùsement 7979 (anppr. h i^anU à
tort dans Téd.), vaillamment.
pROSDOM. Voir Prodome.
Pbosprbmbkt /i55, heureusement.
Prou. Voir Pao.
Proùsement. Voir Proosbmekt.
Provbirb 90/10, pi. provoires I9i85, préfet; h^f»
s. prestre fait fonction de régime 969^ (1
e$tre),
Pbovoibb. V<nr Pbovbibb.
Pbovbb, p. f. pi. pruvœs 558, prouver; p^a.
d'skrme» 1 1 668 , qui a fait ses preuves oomm
rier.
Pau. Voir Pio.
Pbudb. Voir Pbodb.
Pruvbb. Voir Pbovbb.
Poblbb. Voir Poplbb.
PucELB 993, 11/^1, 1157, 9090, ^. pvmk$ il7f
jeune 6llc.
[Podhais], chiens pudneis 55à, chiens points. *
Pudnbis. Voir Pudnais.
Poiy pi. puiz 93i5, éminence, hauteur.
Pdi» 9/1/16, depuis; (adv.) puis que 19989 dipMl
que.
PooB. Voir Paor.
PooR, s. puun 3093, pi. puors 1 1686, paMliwrâ.
PURPORCER. Voir POBPOBCMB. ^
PORPABLER. Voir POBPARLBR.
PuTAiLLB 5835, amas de sales gens, rtenfie*
PcoR. Voir PooR. !
■h ^ ' mj t I ^»"^K 1 V W\ M
'-. t.
GLOSSAIRE.
513
QuAUQOB. Voir QUAM.
Quaut : n# toi quanz 786 , je ne sais en quel nombre,
je ne sais combien de; quant que â68, io3i, 9096,
écrit quanque /iSog, tout ce que.
QuARBL 37a], ^971, s. quarels 3679, pi. quareh
ihhb, {1171 {qttareh /1675 est s. d. une Caute du
ms.), 6988, quareh d*arbaU$tê 55/ii, 6^76, s.
quard 757, i53i, carreau, trait de Parbalèie;
quarel hç^^i^ pi. quareh h^Q^y ^<975, pierre
d'un mur (le sens de quareh ^976 est douteux).
QuABBSMB 39 a5, AAoi, masc., carême.
QuAssER, impf. 6 quassouent 5 167, ébranler, démolir;
au fig. quassee 7856.
QuB, 8. qui, f. s. que 161, 773, que : ki veint 897,
qui veut 1 337, si vous aviez vu ! ^ui asejoat 7696,
si on assiégeait; eut 11783 (^'), que; neutre
quei, que, quoi : por quei i3/i5; que pour quei
peut éKder son e : por qu'il h requereil 688 ; ce que :
qu'il dut aveir 1 00 a , ce qu'il devait avoir; /atr^ que
tagee 3860, /aire que/oh ^^hS, faire qu'afaitiei
5976, agir en sage, en fou, en bomme bien appris
(m. à m. : faire ce que ferait un sage, etc.); qu'il
aveit 1771, de ce qu'il avail; quê monte 90a, ce à
quoi cela s'élève.
QoB, Ip* 16, que : que que ieit 9678 (le premier que
est le pron. quei y le second la conj. que)^ qui que
ftut 80 1 ; il n*aveit en ehque gregier 7868 , ils étaient
affligés de toutes façons (mot à mot: il n'y avail
pomr eux autre diose que de l'affliction ) ; que . . . que
/ii6â, 5676, que. . .que.
QoBi. Voir Que.
[QuBi], s. eoi$ 955&, f. rotf 10889, paisible.
Quel, masc. et fém., quel : quel le fereit /iâoo, ce
qu'il ferait (m. à m. : une action de quelle nature
il accomplirait), de quel part que 1 589 , de quelque
c6té que.
QuBBBLB, pi. quereles 987, réclamation ; querele 9990 ,
affaire, situation.
QuBRRB, quere 689, impf. 8 quereit 987, poursuivre
(une rédamation); pf. 8 quitt 688, chercher à
procurer; quereit avoir 986, chercbait â avoir, avait
envie d'avoir.
QciDBR. Voir Goimn.
Qvis. Voir ht.
Qdrb, eeuê quite 8^95, à lui en toute propriété;
clamer quite 1 856 , tenir quitte.
[Quiré] : en quitié 8918 (rime avec eitié^cité), sans
réserve.
Quiteb, impf. 8 quitot 9631, abandonner, remettre;
quitee 9o63 (rime avec habitée)^ abandonnée en
toute propriété.
QUOQUATBIX. Voir COCATRIZ.
R
Rabardorbr : U nos fst bien rabandoner 1 9 1 0 , voulut
qu'il (le vent) nous fût de nouveau largement ac-
cordé.
Rabatrb, pf. 6 rabatirent 75i5, abattre d'autre part.
Rare, pi. rabes 10096 (rime avec abee), rave.
RAGOMroaTBR. Voir Racohporter.
[ Racohtorter ] , racomforler 8073, remettre en train,
réconforter. Cf. Rbcoforteb.
Racorrb, impf. 6 racoreient 8^90, accourir d'antre
part.
Rade 675, ii565, rapide.
[Rabrecibr], p. radrescié 7/168, relever.
Radrbscibr. Voir Radrecieb.
lUrBBHBR 7080, p. rafermé 7/^68, fortifier de nou-
veau. Cf. Rbfbbmbr.
Ragb 6383, désespair; 5^96, mauvaises passions,
méchanceté.
Raibibbb. Voir Rbiembrb.
Baïmbbb. Voir Rbibiibrb.
[Raisib], pi. reiiine 69^6, ratsÎD.
RAisifé. Voir RAisRié.
[RAtSRié], f. nùmee 9a (rime avec mmtfiM = main-
niee)^ disert, pariant bien.
Raisorablb 9^64, juste, raiaonnable.
Ralbr, impf. 3 raioit 11597, pf. 3 râla 5o6, 5o5,
7366, 6 rakrmt 609, aller de son cdté; pf. 6 râ-
lèrent 6fi68, aller en arrière; 9989, aller de nou-
veau.
Ralobr 939B, remettre en place.
Raluhbr, sbj. impf. 3 raiumoêt 84 1 6, se rallumer.
514
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Ramembbeb 3665, remémorer.
Bamekteveir, pf. 3 ramentut 11735, rappeler.
Ramper, pr. 3 rampe 8398, pf. 6 rampèrent saSy,
(jrimper.
Rampone. Voir Ramposne.
Rampo:(er. Voir Ramposkbb.
[ Ramposne ] , rampone 6 1 1 ( rime ave cRogne = Rosne) ,
11661, raillerie insultante.
[Ramposner], impf. 6 ramponouent 55a, 10663, pf.
6 ramponerent 1 890 , railler avec insulte.
Rardor : en unrandon 91 38, d'un seul élan, sans dis-
continuer.
Raoschb 3337 (rime avec muêche = mo8che)y presse?
attaque? importunité?
Rasailur, pf. 6 rasaillirent sa58, attaquer de nou-
veau.
[Rasaziibr], reoêsaztér 3958, rassasier.
[Ratai.idre], impf. 3 rateigneit 7358, rattraper.
Ratbindre. Voir Rataikdrk.
Rator!«br 7099, rarranger, remettre en état.
[Raveier], ravoier 55i9, remettre dans la bonne
voie.
Raveir, pf. 6 reûmea 10&6, sbj. impf. 3 reûst 1790,
avoir de nouveau, ravoir; impf. 6 raveient 61 86,
6186, pf. 3 rot 9/13/1, avoir de son côté.
Raverib, pf. 3 ravint 3697, 3663, arriver d'autre
part.
Ravirb : de grant ravine 393/1 , 0 grant ravine 5699 ,
avec un grand élan, une grande impétuosité; de
tel ravine 735A, avec une telle impétuosité.
Ravoier. Voir Raveier.
Real. Voir Rbial.
Realté. Voir Reiauté.
Reassaziêr. Voir Rasaziier.
[Rbboc], f. rebwke ioo5o (rime avec buche= boche)^
émoussé , qui a perdu son tranchant.
[Rebochier], pf. 3 resbucha 358o, revenir en arrière
sans pénétrer (en parlant d'un trait).
[Reborsons]: a rebursons 6968, à rebours, à reculons.
Reboter : se rebotouent 6966, se rejetaient, revenaient
précipitamment.
Rebuche. Voir Reboc.
Rebubsoks. Voir Rebobsors.
Recbteb 7003, impf. 6 reeelouenl 8107, se recelouent
1919, sbj. impf. 6 recelassent 9170, trouver un
refuge, séjourner à Tabri.
Reciurgeb. Voir Rechanoieb.
[Rechaixgier], p. f. rechangee /i35o, changer en re-
tour.
Rechafstbr, pf. 3 rechanta 10660, chanter de
côté.
Rechevalcobr. Voir Rbghevauchieb.
[RECHBVAucniBB],pf. 6 rechevalchêrent 690s,
mencer la marche à cheval.
Rbglambb : qui par Deu se recïamùHmU S730, ffd
étaient da parti de Dieu.
Rbcoillieb 6&00 (rime avec reprover = rtprûmt)^
mot altéré non restitué.
Recoillib, pf. 6 recoillirent 9906, faire entrer; «t
recoiUirent 9097, 933/1, se réfugier, entrer.
Rbcorfobtbb : se réconfortèrent 38i& , reprireol COQ-
rage.
Rbcortbb 9^90, /i559, pf. 3 reeonta S'j'jt p. C pL
recontees 9108, raconter.
Rbcorsivbb &558, rattraper, rejoindre.
Rbcorverib. Voir Rbgovxiiib.
Recobdbb, pf. 3 recorda 95i9, p. f. rêcordm 918
(ms. éd. acordee)^ rappeler, raconter; «t nOÊt
douent /i39^, se ressouvenaient.
[Rbcoverib] : nus reconvenoit 1191, il noot frifaitde
notre côté.
Recovrbb. Voir Rbcovbibb.
Rbcoîbeb 6636, impf. 6 recuwreieiU 654s, pt 6flV-
covrerent 9967, 6636, reprendre oonn^
combat, recommencer la résistance; ft
6188, se ralliaient.
Rkcovrier io/i33, ralliement, putative de
la résistance; recovrer 685 (rime «vee
ovrier)j moyen de salut.
Recrbartisb 3o3o, lâcheté, pusillanimité.
[Recbeeb], impf. 3 recnoit 5896, p. f. reeriièb^okf
récréer, conforter.
Recreire, renoncer par lâcheté ou par laaaMb s
recreû 901 5, lâche; recreùê 1617, lassée,
Recbibb. Voir Rbcbbbb.
Recubbe. Voir Rbscobbb.
Rbcuvbeb. Voir Recovbbb.
Redbveib, impf. 6 redevoit 8690, devoir
Redismb 663o, dime de la dtme, centième
Rbdorbb, pf. 3 redona 1076, donner de son ML.
Rbdoteb : se redoterent 9968, eurent peor.
Redbbgieb, impf. 6 redresçoimd 7368, rdever..
Redbbscieb. Voir Rbdbbcibr.
Reerchieb. Voir Rbhbbcieb.
Refaire 6996, amender, réformer; impf. 9
6756, pf. 6 refirent 3899, faire de son cM».
Refermer, impf. 6 refermoimt 7867, eond. îtt^fm^.
mereient 7189, fortifier de nonfetn. Gt
-fj
ij^us
GLOSSAIRE.
515
RiPiKiDBB. Voir Rbfbbioibr.
[Rbpbbidiib], p. r. rejreidee &&o5 (rime avec uhau-
de = enhauciee)^ refroidir.
Rbgâbdbr. Voir Rbguabdbb.
Rbgrb laSSa, royaume.
Rbgbtbb. Voir Rbjbtbr.
Rbobbt 6674, lamentation fanèbre.
Rbgrbtbr A907, impr. 3 regretot 6791, 6 regretoient
18877, p. regreté 767, louer avec larmes (un
mort ou SCS qualités); regreter 6679, déplorer;
regreier io8aâ, gér. regretant toSaS, se la-
menter.
[Regdaaignibb], reguainer 5/176, reconquérir.
Rbodaïner. Voir Rbgdaaignibb.
Rbguabdbr, pr. 3 reguarde 38&1, protéger, avoir soin
de; cond. 3 reguardereit 553 8, considérer, avoir
égard à; impf. 6 te regardouent /i8i3, fJEdre atten-
tion.
Rbhastbr, pf. 6 rehattereni 5o88, presser de son côté.
[Rbobbcier], gér. reerchant 1 1 A71, recorder, rappeler
(son devoir) à.
[Rbi], pi. roiz 6556, filet.
Reiâl : pi. compaignoni reiali U'jSOy compagnons du
roi, cf. Compaignon; s. real 770, les royaux, les
hommes du roi.
[ Rbi AUTK ] , realté û6hU, royau té.
[Rbibmbbe], p. raient 33, s. ramz ia3i3, racheter.
Rbisin. Voir lUisn.
Reissir, pf. 6 rcUsirent 8388, sortir à son tour.
[Rejeter], pf. 6 végétèrent 766, jeter aussi.
Rblbvbe, après-midi; relevée abasiee iigiS. Voir
Abasser.
Remaikdrb. Voir Rematieir.
Rbma?ider , impf. 3 remandoit 9^3 , mander en réponse.
[Rema.neir], remanoir 91 A, remaindre 1303, 3666,
4791, 3^27, A908, 5693, 5869, pr. 3 remaint
6811, impf. 3 remanoit 67, cond. 3 remandreit
3o/jo, pf. 3 remist hoUS, 5o/io, 5576, 7638,
pf. C rernestrent 3o36, remittrent 9553 (rime
avec mistrent), 5693 (rime avec miêtretU = tnes^
trent)^ 7 '9*^» 81 30 (rime avec mistrent), abj.
impf. 6 remansiuent 7186, p. remiê I&87, f. re-
mise Siih (rime avec église), 854o (de même),
89^10 (rime avec marchise), 1306A (rime avec
pglise), pi. remises 3708 (rime avec églises), 6986
(de m.), 558o (de m.), rester; 6699, séjonmer;
I90ÎÎ, 3697, ooûo, s'arrêter, cesser; 916, tarder;
ne remanoit a prendre 67, ne s^abstenait de prendre;
remist la pais 7/138, la paix ne se Ht pas; ne re-
maint pas par combatre 681 1, Tinsuccès de Tentre-
prise ne tient pas à ce que Ton ne combat point.
Rbmbâtbb : se rembateient 10010, se lançaient de
nouveau.
Rbmerer, pf. 3 remena i354, mener de nouveau.
Rbmire, s. remires 9136 (rime avec sires), remède,
consolation.
Remuer, p. f. pi. remuées 853 1, changer de place,
écarter, ôter ; remuer 6987, p. remué 1 698 , 9898 ,
f. remuée 33 1 6 , bouger.
Rbrdbb : rendi a ses barons lorJief^oS, accomplit la
formalité du renouvellement de Tinvestiture de
leura fiefs à ses barons; quant que chevalspot rendre
36o5, de toute la vitesse que pouvait fournir son
cheval.
Rerbié. Voir Rbhbibb.
Rbrbier, impf. 6 reneiouent A339 , renier; «« reneûment
/i398, aposlasiaient; p. pi. reneiez 3955, s. 9376,
renégat.
Rergibr, p. rengié 1 1 8/i , ranger.
[Rbrobb], renoier 6563, renouer.
Rbnoibb. Voir Rbrobb.
Rbnotblbb, pr. 3 renotele 8961, paraître à nou-
veau.
Rbrtb, pi. rentes 5o55, revenu.
RioRT. Voir RooRT.
Rbpâibb 9/167, retour dans son pays.
Rbpaibembrt 8&68, errement, manière de se com-
porter.
Repâibbb. Voir Rbpâibibr.
Rbpaibibb 6o36 , pf. 6 repairerent 986 , 3989 , revenir ;
f'en repairerent 671 A, s^cn revenir; sbj. pr. 3 re
paire 9/158, séjourner, faire sa demeure.
Rbpaiseb. Voir Rbpaisibb.
[Rbpaisibb], pf. 6 repaiserent toh*], apaiser.
Rbpasseb. Voir Respâsseb.
Repebdre, pf. 3 reperdi 6o5â, perdre de son côté.
[Rbplbier] : al reploiant 1919, au moment où h
vague se replie.
Rbplbitibr. Voir Rbsplbitieb.
Rbploieb. Voir Rbplbibb.
Rbpoirobb, pf. 3 repainst 66u3, faire de son côté une
chaire à cheval.
Rbpordbb, p. f. reposte 10101, cacher.
Rbpobtbb, pf. 3 reporta 3635, porter de son côté.
RiPosBB : par reposées 8796, par intervalles.
Rbpost: en repost 6i5o, en cachette. Cf. Rbpo?iobb.
Rkpkbrdbb, impf. 8 npemetâ 8969, prendre aussi.
RBniBscBiBB, pf. 8 rtprucka hkvj, prêcher missî.
5t6
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
[RipnocBiin], impr. 6 nproçoimt 11507, k rappro-
Repiocih. Voir Riptocaui.
RipnoïM pf. 6 reprDierwt 53Û8, p. rqjiW 3o3i,
rcprodier.
fiEPMtli. Voir BiPiDTii».
RiPBOTin 639g, reproche.
Riquibi. Voir RigcE«Ki.
RtoniRni Ssïo, iDipf. '3 refiwrnl 633. demander;
reqmre 55, i68,viûler;impr. 6 rtqutnirtU i61g,
allaquer.
RiH 19A8, raser.
Rig; rei a rti 1 t5oi, au ras.
RisuiÉi. Voir RcaiiiiH.
[Ruiiiier], rïiaziêr ibS'â, rassasier. Cf. lUiUllu.
lIisBiUDii: te ratbaudi 3A5i, se rB^^aillardil, reprit
RUBEGBIII. Voir RllOCBIH.
Rescoksii, pr. 3 racimi* 55&A. 7^53, se uieher, se
coucher (en parlanidu soleil).
]1iscoBt. Voir Rtscoasi.
RiscoaH, reteorv 1781, 5G45, 9678, 3878, rtteurt
|A3, pf. I rtKuuii 961 1 , 3 TtKiut 7977> raciul
7395, p. meus 7396, 7600, r. recuMU ■jHi,
tirer d'un mauvais pas, d^ga^r, doliirer.
Rescobbe a57t (rime avec torte), -jàBS (rime avec
atcuai* = acone), action de dégager, délivrance,
secours porté dans un combat d celui qui va suc-
comber.
Rescdei. Voir Risconai.
RuEiiB, pr. 3 ntkt 3 1 36, être situé de ton cAté.
RiSKOTiiB, pL 3 mmul 6A7, susciter de noDveau.
Resdrtir, pf. 3 mor(i358o, rebondir, ressauter.
RcarjtssEs, impf. 6 rtpaaiMmt Ï175, T^auomat
^■377, pf. 6 rtpafwrcnl 7600, rnpiuumil isiia
(ms. (rMfKunmit), p. s. rdpMira HyAi.goérir.
JRispliitiib], p. r. repltilii 979, ajourner.
Restoudbe 9059, prêter hommage, s'engager; at iws-
pondrt 897, k la réponse.
Rtsposs 85g6, réponse.
RwiEs, pf. 6 niturtnt ih-}i, rester,
Restorbi, p. r. nuit
RKTBB,pr. 3«>d
aussi , être de soi
Retaille». Voir Riuiluib.
[Retiillieb], couper, retraucber; p. T. ralatllm^lA'i,
enlever; ia gmt rttaiiUe Gi 19 . les circoncis.
Retes, accuser; rtUr lor dmàti 700A, attaquer,
cotnballre leur* propositions.
19 56, réparer.
1, 9'i77, 3900, r*/M 766, être
REToiiiiBE 69&3, 536o, -jAiZ, jUa., retour.
RnoiNU : al rstonur 336, aa retour; rstsmir ttkS,
tourner de (i et de U; llj. pr. 3 rtkrgt 6781,
faire retourna- (trans.); pf. 6 m tvlanursat jokt,
retourner.
RniiiBE 3761, fuL 1 rftrarat 3759, lirer de ■■•-
veau-, s'n-trMmù i5g8, l'étût retiré, «nfbi; b^C
6 M rtiroonmi 1969, se retirer, le détadhar; i«-
Iraiu 8o36, mise i V^xi, uuvée; rtinûn 10,
3i, pr. 6 rstmlrsnl 5919, p. ntrdtl 11, ijn,
neonler.
RiûsEB, pf. G rnatmt &811, reculer, se déroWH
combat; rtitran 3o53, 33o5, &863, 6980,
10703, p. f. rtûuB 1660, fi. niHÊt K*j, V^
pousser, foire reculer (tnne.).
Bbtiuu, pf. 6
RiTiBtiB : rtMrtirttit 760 i , i
tirtnt Uo5li, s'en retournèrenL
RicatuDii 11706, magaifiquemeot, nobtenali
11A79, i haal prii.
Riin, s. rimt A76, chose; s. tola Km 8i>36, ttttj,
touls chose; s'a rtnvt (pour rtn>) gi> «iW (719 >
il n'y a personne qui les edl vos; rim n lUit 79H1
personne d'aussi détesté; rtn ■•• â78fi, SsSi,
rUnvnant 9661, 8007, chose qui Boit; Mifarte «b
(«tu 9086, la moindre parcelle de temps;'
Rii» ; arrière; la gMorda rir-s igiS, In riere fMk
1993, cf. GaiRDi; U n*r* ioa SB07. 1
RioTE i935, embarras, géoe.
Robe, pL nhu 1686, 76&5,
Rosu, impf. 6 rehmitnt '}hh&, voler, piller,.
RoELi, pi. rwfn 776, 599&,bondiernHid; jd.nMlK
9179, rouet d'arhaléte; pi. tmIm 801E. pHili
tour ronde.
RoiLEi 3ii5, rouler.
[Rooeieb], impf. 6 n^tioiuii 3366, bire briUgr M
couleur rouge , rougeoyer.
Roi. Voir Ri:.
[RolLuia], pf. 6 roilf«r*)><76A3, se rouiller.
Route. Voir Rdiste.
BoiiiKS. Voir RoeuiB.
BoLLH 7675, 8761, roder (le ha obertpoar le Hcvir).
RoHPBi ; ronyw 1 1 688, riolemment âkmdée.
RoRci 11&98 (rime avec Saà), raonn, ehenl à»
petit prii; roncM 1&68, cbevtl mile.
RoEGis. Voir BoRCt.
Roo^T, rond : a la roûub 685, s I> rMMbaS.t>,i .
la ronde.
GLOSSAIRE.
517
RosiLUBB, pr. 3 rôtUk kokSt faire de la rosée.
RoTB 598, 6333, 8099, 9975, pi. roMlM 9606,
troupe; Unirent la rote 19&1, formèrent la bande;
en rote 698, 8988, en bande.
RoTi Û936 (rime avec rioie), petite mesare (cf. Du
Gange, Reta 7), mot arabe.
Ro€ht. Voir Rooirr.
RouTi. Voir RoTK.
RofUT, f. pi. rovtnlee 396, rouge, coloré.
RofEB : impf. 6 rotoient 6999; ^® '^' ^ Tetoient, il
faut peul-éti'e corriger vooient,
RuBLB. Voir ROELB.
RcÊB 9s68, impf. 3 mot 9969, loncer.
[Rgistb], pi. roiitee 3117, nide, violent
[RuiSTBcs], ntistetce 7393, rudeaie, violence.
RuiSTBBCB. Voir RuifTECI.
SâbIiO!!, 9717, 99o5, sable.
Sabloxbbbb. Voir Sablo:«ibbb.
Sablokiebb 9767, 5966, sabUmêrre 635, endroit sa-
blonneux.
Sachibb 9 1 5 1 , tirer en avant
Sacbbb, pr. 3 tacre 3 6 00, consacrer.
Saitb. Voir Saibtb.
Saob : sage ie/iâ&,99â9, expérimenté en ;/o/ ut êoge
6099 , formule habituelle pour dire personne.
Saibtb, pi. saietes 1995, saetes 3iio, 6963, eeeUe
65 1 1 , flèche.
Saillis 9183, sortie.
Saillib, impf. 6 sallouent 1619, sauter; pf. 6 satl-
Urent 3âio, s'élancer; p. sailU 1916, pi. s. êailU
717, sortir; fai7/t« 667, répandue.
Sai!it : tor $ainz 53i 3, sur des reliques.
Saibbbb^t 366, etc., ierement 85io, êerment 5399,
pi. ioiremenz 5396, etc., sermenz 855o, 10919,
serment.
Saisi.^e 533, 90 o3, 9596, possession; lee §m$me$
1 968 , la possession.
Saivb, s. iaivet 1169, 9616, 11&58 (rime avec
glake»), sage. Cf. Sacb.
Salf. Voir Sur.
Saluh. Voir Saillis.
Salvagittb. Voir Sactachb.
SlLVBlB^T. Voir SilfBMBIT.
Salteb. Voir SAifci.
SiLVETé. Voir Sicîbté.
Saiu 3980 (Hme avec tapiz)^ 10017 (rime fv^e
Fhmiz), pi., velours.
Saiglest 1669. C5o^ (cf. Gbbt), sangtaol.
Sap &6'i, sapio.
S4BAZ151, SarazineU. Voir aux Xoms propres.
Saccessio^ 8858, mot altéré non restitué.
[Sacp] : pi. mU lor ckaleU 9606, eo gardant ce
qu'ils pos^édaleot.
Sadp 1696, en sûreté.
[Sadvagirb], êalvagme 6879, gibier.
[Sauvbibxt], êolvement 3593, salut
[Sacvd] : sb). pr. 3 eiDeme me eaU 669 1 , ainsi puisse
Dieu me sauver I
[SAuvBTé], sai««(/ 768, saint; a eaioeté i99o3, sains
et saufs; a hr taheté 5i53, pour les sauver.
Savbib, pf. 3 »nt 77, savoir; us forml 9999 , ne pu-
rent, ne trouvèrent pas moyen de; taveir 1867,
pour savoir; eaveieni de la mer 3779, se connais-
saient dans les choses maritimes; qu'il uneit afroz
5 1 86 , qu^il connaissait pour vaillants.
SAVoaé, f. tavoree 6939, 10591, Mvoureox, de bon
goût; (6g.) pi. unoreee 11079.
SciBCBifBLB. Voir Cisceiiblb.
Sb, sei,se:seif»erç 10^86 (éd.lt«rc),Milirr£ 11579,
lui troisième, avec deux compagnons; tsi qmart
665 1, lui quatrième; eeiqMmzime 7976, lui quin-
xième.
Sb 1866, etc., si.
Sbbib, être assis; uoir 93i4, pf. 3 êiel 1997, étr«'
campé; pr. 3 tiH 5i4, être situé; atsil &536,
seyait , aHait bien.
Sbblbb, p. pi. eeelez 8597, sceller; pf. 6 Èeeiereni
9193, fermer complètement.
Seetb. Voir Saiete.
Sbi 586o, soif.
Sbigsob, 9. ïïim 567 (rime avec iinet), 9199 (rim«;
avec rnNtm), seigineiir, sire; Vœiel eeigmemr HagmM
719, la nMÎsoo de sire Hagoes.
SnssoBACB, pi. teigmormgee sio, 1996, possessioa
seigneuriale.
SflMsoBiACB 878, seigoeorie, qualité seigaeoriale.
SnasoBiB 9809, seigoeorie, dounoalion; 9998. ce
qa*il y a de pins noUe, de meilleor.
SttsscB. Voir Sac%oa.
.Sbiilb, pi.» MeilUt 3^9, 3863, seiUe, sean.
518
L'HISTOIBE DE LA GUERRE SAINTE.
|Sii>be], séçitré : donfU traitrei FM fitt ttitirf a55o
(lire ain^j au lieu de lorjîit btivrt), dont le traître
liiit l'armée ëcarldc.
Kelb liSoo, aiège; pi. nf» -^gaAi selle.
Sbls. Voir Soi.
SinBLiiiT : par lemblant 338), 565G, en apparence.
Semlib ; i( terl temblant 1377, on voyait bien.
Seioudki. Voir SaaonDiiB.
SlHPlIS 7161,811581161.
Seï i39, 8375, esprit, sagesse.
Sbr, Voir Smi.
Skesgiiil, 9. leaeichali aga&, sénéchal, oITider féo-
dal; Il tenfâchalt dt paianie aSsG, le chef des ar-
mées païennes.
SiMESTii 696. gauche; e deitrt e tennatrt liùa'], k
droite et i gauche; ai teitettret 1916, à gauche.
SiiiGLEKMT 13fio, simplement, sans autre chose.
SEnstsrni. VoirSERtSTni.
StEE ; phuon tau 7970 , en plusieurs sens , da divers
cAlés.
Sntt 10A70, sentier.
Se» 17, elc.,ien 55t5,saDs; i635, outre.
.Seoir. Voir S eus.
Seiekeict, Voir Siirehe;!!.
Se» : wrie 353, donce , calme ( on parlant de la nuit);
ed mtiz tfrû 9579, d'une voix douce, basse.
SEajtiiT, 3665, 3571, s. 3575, pi. terjonz 3A85,
8a83, 8593, s. terjanl 1G68 , combattant non che-
valier, soldai; pi. s. /■ lerjant de pii C195, les
combattants i pied (qui étaient tous des sergents,
mais il y avait des sergents à cheval); leignor ter-
jant 8gg5, formule polie employée par le roi Ri-
chard; nrjaaz i3oo5, serviteurs.
Seeiutebie 3^67, assemblage de combattants non
chevaliers.
Kl a 11 EU T. Voir SiiaiHEaT.
Sedhou s6A5, discours.
SEEHoiiEE, pf 3 termana 9688, p. ttrmoité g683,
adresser lui discours, une exhortation.
Sbrmosiee 3i86, pi. s., prédicateur.
SiECiKT, fém., pi. nrpmL 3180, s. wrTinit gSAt,
serpcnL
Sbememeut ii36t, en rangs serrés.
SEttAoi 13o53, servitude.
.Sebiib ; quii lerctit de miat 34, qui ne faisait rien
pour son service; /eimieMnlrffiofm^* 7(103, l'amu-
saient par de feintes promesses.
Seriise 65, 86, hoh, etc., service.
[Setehkki.] Voir aux Noms propres.
Sni>i*RSCE. Voir SiriHaiiCE.
Seul. Voir Sol.
Sxiia, pi. Mûri 3336, f. pi. ttirt» 5789, qtù a «n-
fîance en soi.
SivBrJ iûd8, garantie de sécurité.
Si Ai5i, etc., ainsi; n Dtui m'ait 1&9, à Dm wm .
voie 386, Il Dmt ma lalt &6ii, ainri puuM DÎM
m'aider, me voir, me sauver! *■' jm *o6&, »S'jh,
en sorte que; ti grant jtuqu'a lei mragitr ii6A,M
grand qu'il en perdit le sens; copule légèroneal id-
versative "197, 668, ele.,d« même (nigBielcj
II en ce seni élide son 1 SgA, etc.; n une m M
contracte en in &80, etc.
SiicE gG&li, etc. (rime), ntrt 33*6, siège.
SiBii. Voir Siiei.
SiGLi, masc.,Yoi)e:i^ln(JrM<»»ii66, ln>lM«a3«
levées.
SiGLEn 1180, impf. 3 tiglet iiSg, pf. h tjglmmm
i35i, 6 t^bmuSii, 9098, faire voile, ôi^hn
SiGLiûni 1376, acIioD de cingler.
SiL. Voir Le.
[SiHPLEcEJ, àrnpletee giiS, simplidlé.
SiarLiscE. Voir Sihpleh.
Sis. Voir Si.
SisTE7933,Biiième.
Sin 3865, suif.
SitB! aSy, etc., suivre.
Soivn 8B5i, doucement.
[Socqiaele], tumrahlt h-), 3o65, 663&, 1
SocoïEE, «ucorre 3^95, secourir.
SaDESMB:iT, i366, subitement.
[SoDEvmJ.iDiu&nunl igiS, ModiinemeaL
SoEF 60S 1 , titéf 377, I
SorratiTE. Voir Soniiri.
SorraixcE. Voir Soramci.
SorrBEiTVB. Voir SoraiiTOS.
SorntiTi iiSAi.io^raita 3iâ5, 3917, pi
[SoFSi^TOs], loffreitui 3hZh, privé, dénoé.
[SoraiHCE] : mûlreat tu taffrOACê gi6, priraal f*-
[SoraiRJ : lojrti 6389, P^tientei; tojitrmmt 1617^
aéraient capables de nisister k.
Sojet: laiyeiu 1901, soumise 4 lai,daiunii9Ak&
[Soies], suj'or i955 {rime avec jor), Mjtr 1K7S1
repos, arrêt.
Sojoaiiin, vijomer laoû, fut. 3 tcjorr» iSSg, flift
lujamant laoi, s'arriler; impf. 6 nnjm'imifÊil.
8157, pf. 3 «g'gmii 9(193, p. a. fictif Mmi%<jU,
GL9SSAIRE.
519
f. tefad iejornee 586 1, se reposer; pf. 3 sujoma
6g&, p. tujomé 5s A , séjourner.
[Sol], pi. r. êeU 7338, i j 966 , seul; adv. tmd i5]3,
90Â3, seulement
SoL&ciBB, p. s. êolaciez 177a, réjouir.
SoLiz 8784, réjouissance.
SOLOAH* Voir Sot'DAR.
SOLDKBR. Voir SOFDBIBR.
SoLDoiscB. Voir Soodbîz.
[Solbgibb], pr. 3 toliege 96/13 (rime avec«u*g0), p. »o-
liegié 96/13, aider.
SoLBiB, impf. 3 toleil i383, avoir coutume de; $ueU
3007, telt s5, fuelent 6793, présent avec sens de
passé.
SouBGiBR. Voir Solbgibb.
SouBB, pi. solier» 798, étage supérieur.
SoLoifcâ&58, sulonc 3566, selon; solunc que hitb'jj
8057, selon ce que.
SoLT. Voir SoHT.
SoLTB. Voir SOUTB.
SoLTiL. Voir SoTIL.
Son : en tum le 7/48, 10073, en haut du; en som les
3706, de tom leg 3956, en haut des; en tum des
753, en haut des; par en sum tuz io5o9, par-
dessus tous.
SoiB 1990, 65o6, fardeau.
SoMB i6/i5, /i565, somme, total.
SOMBR. Voir Son 1ER.
SoMBT : en someî 3370, en haut; pur en somet 3867,
tout en liaut.
[Somibb], pi. somert 3636, cheval de somme.
SoMORDRB 3o8, 9/193, 9689, p. f. somonse 5687,
semonse 7651, convoquer, mander.
[Somorsb], semonse 7691, convocation.
Son, pi. s. tons 1 1880, chanson légère. Cf. Sorbt.
Son, fém. sus 69, son; sue quilee 9o63, entièrement
sienne; son parjure, son Irtûtor 1866, qui était
parjure et traître envers lui; ehescon fiet son Turc
flatir 706 j, chacun abattit son Turc.
S05EI. Voir Son ET.
[So!ibt], pi. toneiz 9 363, chanson légère. Cf. Son.
SoR 85io, blond ardent.
SoR 610, etc. , tur f\ 63 etc. , sur; tor tote créature 666 ,
plus que personne; tor lor ciùi 606 , dans leur cité.
[Sorcdioance], torquidance 6905, arrogance.
[SoRcuiDié], pi. s. sor^fii(2^ 1696, arrogant, présomp- «
tueux.
Sordoleir], tordoloir 8771, ressentir avec eicès(un
chagrin ).
[Sordrb], pf. 3 surst 6o4o, 6 turttrerU 8160, p. f.
surse 966s, s^élever.
SoRB, sur : aler son 1 1 39 , attaquer; corir s&re a 166 ,
«lire a 'j2'j^ 3365, courir sus à, attaquer.
[Sorfait], f. surfaite 16, excessif.
[Sorfait], sorfeit 5656, tur/eit 865, 978, excès.-
SoRFBiT. Voir Sorfait.
[Sobhaucibr] , surhaucier 55o5 , pr. 3 surhauce 55o3 ,
élever, exalter. Cf. Sczhaucibb.
SoRJoÏR 8770, se réjouir avec excès de.
SoRMO^TBR 799 , pf. 6 sormonterent 1609 , monter au-
dessus de, gravir; surmonter 9996, vaincre.
SoROR, sorur 870, looj, 1175, turor i663, s. suer
1097, pi. sorurs 9695, sœur.
SoRQOBiiR : le sorquereit 7388, lui faisait des de-
mandes excessives.
SORQDIDARCB. Voir SoBCUlDAi^CB.
SORQDIDIBR. Voir SoRCOIDlBR.
SoBSALT. Voir SonsADT.
[Sorsaut] : pi. en sorsah 5o39, précipitamment.
SoRSB : a sorte 9579, avec impétuosité, avec élan.
Sorur. Voir Soror.
SoRVEBiB : «tiroetr 9697, pf. 6 sorvirent 3993, aperce-
voir; pf. 3 sortit 933 1, considérer.
SoRVBiLLB 3i63, avant-veille.
SoRVBRiR, pf. 3 survint 575, 6 eorvindrent 579, ar-
river.
SosPBCiBR, pr. 1 suspiez 11399, 3 sotpiece 6536,
soupçonner.
Sostbubmbxt 19176, aide.
[So8TBNiR],«iMtentr i995,pf. 6 sustenmêt 19 94, sou-
tenir.
SoTiL : f. pi. tutih 9531, ténues; pl.«o/lt7z 39 15, ha-
biles, subtils.
SoTiLMBNT 9933, habilement, avec dissimulation.
Soudan 11985, toldan 5 181, 5693, 6768, 6800,
7385, 7965, 8695, 8706, 10758, 11659, »•
soudant ii8i5^ 11975, 19016, i9i65, 19167,
toutant 8383, Soudan, sultan.
SouDBB, toujours au pi., toudeet 5369, 8166, solde;
droites soudées 6587, 11 685, juste solde; a $$$
soudées 9163, â sa solde.
[Soudbibr], pf. 6 tûkleerent 5356, soudoyer.
[SoudbIb] : soldoùeê 1095, appliquée par une sou-
dure.
SOUDBHUIT. Voir SOOSMBIIT.
[Sodt], toh 6999, sou; set sdt 6586, sa solde.
[Soutb], solte 19971, payement.
SoTBiiiR : vof peûtt iovêtiir 780, 3979, vous auriez
65
lartiuKRii RATioaitc.
520
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
pu (en voyant cela) avoir Tidée; de folie noê «o-
vient 5/166, nous avons de folles pensées.
SozpBSKDRB 11676, surprendre.
[Sozpresdbb], suzpretture 11397, surprise.
SuGOBRK. Voir SOCOBIB.
SUCUBÂBLB. Voir SOCORABLB.
SoB. Voir Son.
SoB. Voir SuiB.
Sdbb. Voir SoBOB.
[Suib], sue 691 s (rime avee bemte= berruie)^ suie.
Sdillbbt. Voir Sollbrt.
SujOR. Voir SoJOB.
[Sullbtit], f. pi. tuillentet 9904, couvert de sueur.
SOLORC. Voir SOLORC.
Sun. Voir Son.
SuB 3638, aigre (%.)
Sur. Voir Sor.
SUBDRB. Voir SOBDRE.
ScRB. Voir SoBB.
SuBTEiT. Voir SoBriiT.
SoBBAuciBB. Voir SOBB&UCIII.
SOBiDBBBB^ Voir SoiOlBBB.
SUBMO.ITBB. Voir SOBMONTBB.
SuBOB. Voir SoBOB.
Sdbveîr. Voir Sobvbbib.
SUBVBRIR. Voir SOBVBRIR.
Sus 1985, 91&0, en haul; sua ê juê 1067, A««7«
6688, en haul et en bas; vmur tua 960S, «Ufr*
quer; au contraire, m <fwe fus 783, «!•«• §%•«'
s'éloigner; «n «us 366 a, en avaiH.
ScsRAUCiBB 6s 1, pf. 3 euzhoMça 10679» roidre pmh
père, avantager.
SUSPBCIBB. Voir SOSPBCIBB.
SosTABGE : pi. sustaneet 7808 , profiaioiiff rai
SOSTBRIR. Voir SOSTBRIB.
SuTiL. Voir SonL.
SuzuAUCiEB. Voir Susbâdcibb.
SUZPBBSTUBB. Voîr SoiPBBSUBB.
.■*
Tabob, pi. tabun 6667, 6s35, lambourin.
Tabobbb âoi9, 6937, impf. 6 thaborouent 3s47,
taburoietU ittihk, gér. thabçrmU 3617, faire re-
tentir le tambourin.
Tabub. Voir Tabob.
Taburbb. Voir Tabobeb.
Tai 7896, boue.
Taillb: coniê m tmlie 196, 1696, compte ni esti-
mation; a taille 8878, 7696, 8669, too38,
1 1 639 , de compte fait, exactement, complètement ;
taille 7033, imposition.
Tailubb, pf. 3 tailla isSiA^ imposer.
Taiiidbb. Voir Tbirdbe.
Taisib 11 56, taire.
Talbbt 7895, désir; mal talmt &8o5, rancune,
mauvais vouloir.
Tambusteîz 5993, tapage«
Tabt, si nombreux; Itua 39i3, s, tant 53, etc.,
de teU tanteê 3538, de telles en si grand nombre.
Tant : tant maisons- j 991, tant genz 997» 894, tant
(ms. éd. tanz) pereree 8918, tant de maisons, de
gens, de pierrières; tant degent compot aveir 9687,
autant de gens qu'il en put avoir; a tant 9098
(éd. alant)y 9194 (de même), 9701 (de même),
8717 (de même), 38o4, 8898 (éd. afoni), 5198,
8790, 9849, à ce moment, ak>r
Tapu pi. 8979 (rime avec emniz)^ tapai.
Tabbrtb, pi. tarentee 6908, 5916, tarentaie. , ;
Tabgb 1489, 8079, pi. tarffm 776, 8$ot, ififf
large, bouclier long; (fig.) com malm torgm 7#ê4y
quels mauvais boucliers, quelles
[Taboibb], targer i565 (rime avee
chargier), tarder; te targerent 5767,
[Tabquais], torqumê 8766 (rimeavKjPwr),
Tastbb , p. pi. r. taettz 1 898 , tAter, éproowi
Tbchb 9118, 10619, iiiBa, têdtêê itiHg^
i9i3o, manière d*étre, habitude, ^Hilé'
00 mauvaise.
[TsnraBB] , taindre 8768 (rime avee otaNMin),
Tbirssub. Voir Tbsbb.
Tbisb, pL taises 6596, toise; ulatmm 5^4,«fe»{«*
tensité, vigoureusement.
Tbl, f. tel pass., tele it6o5, pi. f. talf
8548, tel; teU U» eomrma 1680, téU l»
8006, il les arrangea, ila let anamgèmit éb Idte
façon ; n'a téê 5655 , il n'y en t paa de pmdh|4
t ot tel qui dimt 9 1 1 , â y en afait qpii
tdi i ot fui 45o, 796, il y en eot qaît m
teli i aveit 81 59, il y en avait qiâ era
cerent a dire teli i en aveit 7884 , il y en Mril*^
commencèrent à dire ; téU i ot se wiiiélt ^Êttt^
i] y en eut qui se mirent. ^' <
9 \r> .
M.
i .
-■:i?v^
.L-k
GLOSSAIRE.
521
TiMPim, fém. le tempesU 7913, tempête; eams têm-
peste 1661, 2339, comme un ouragan, précipitam-
ment; au fig. en grant tempeite 85a, dans une
grande excitation.
Tehpistib 807, faire tapage; p. pi. tempeêtez i&3o,
victimes de la tempête, naufragés.
TiMPLK 3617, tempe; fud tirée mainte temple a8,
beaucoup s*en frappèrent les tempes (en signe de
douleur); êe grata le» templet 6o5o, s^égratigna
les tempes (en signe de douleur).
TiMPRBR, impf. 3 temprot 76Â0, tremper, mouiller.
Tbiptbb. Voir Tbhtbr.
Te.ncier, gër. tençant 11373, se quereller.
Tbjiçon 635, 669, io38, s. tençon 1/186 (rime), pi.
tençons 11 363, querelle, dispute.
Tbsdbb , impf. 3 tendeil 1366, se diriger; seJUt tendre
9809, fit dresser sa tente; êe tendirent âoi3, dres-
sèrent leurs tentes, campèrent.
Tendbe, s. tendre» 180, d'âge tendre.
Tkiieclb 8838 (rime avec iiecle)^ tenicle 7788 (de
même), sombre, moroe.
Tb!<iiclb. Voir Teniecle.
Te.mb : nel tenez mie a fable» 7830, ne prenez pas cela
pour des Cables; tenue» d*enferté 7836 , arrêtées par
la maladie; tenouent 6989, tenaient, résistaient;
tenant A 980, 6818, résistantes, solides; tenaient
3190, tenaient féodalemenl (intrans.); tins a autre
ne »e teneit i63i, ils ne se tenaient plus ensemble;
a Deu »€ teneient 3196, étaient du parti de Dieu;
(impers.) de lur bien ne lor teneit 3369, ils ne se
souciaient d'aucun bien ; d*e»torer ne lor teneit 3 1 98 ,
il ne leur était pas possible (?) de faire de provisions.
Tbbis, temps : par ten» 331, 1860, â6i6, à temps;
tut ten» tfiUti^ toujours; s. un» ten» â6i9, un
temps (un état de ralniospbèrc); lor ten» S098,
le temps qu'il leur fallait.
Tbtisement 35 1^1, iio^jo, défense, protection; deu
teneement 10917, pour la protection, la garantie.
Te;<seb, p. f. ten»ee tio^i, protéger; 8*e»toient tenté
1 loA/i, s'étaient assuré protection, s'étaient ga-
rantis; de ten»ier el» 9279 « de s'assurer protection,
de se garantir. Cf. Teser.
Tbssibb. Voir Tebsbr.
Tb»tb, tente; ti^nsion : a pot de tente 9377, à peu de
peine, avec peu d'oflbrt. Cf. Tbise.
TcRTEB, p. tetnptc 3a/j3, sonder, attaquer, barceler.
Teri\!i. Voir Teriie.x.
Tbbie;«. Voir Teriieii.
[Tbriie!«], terrestre : rei» terien» 6367, roi terrien;
joie teriane 61, joie d'ici-bas; rien terriane 3713,
chose terrestre, chose quelconque.
Tbrme : tin pot de terme 9681, un peu de temps.
TEBMBiRR,pf. 6 termeierent 54i3, délayer, atermoyer.
Termikb 3/J33, 3119, temps fixé, terme.
Tbrribr. Voir Tbbiibr.
Teschb. Voir Tech s.
Tbsbr, pr. h toison» 3654, tendre, 8*attacher; 6 tei-
êeni 10^35 (ms. éd. tein»»ent)^ impf. 6 r«fot«fi(
10Â68, gér. tétant 9976 (ms. éd. tentant)^ serrer
de près, poursuivre. Cf. Tbise.
[Tbsmoigribr], pr. 6 te»monient 9549, témoigner.
Tbsmoribr. Voir Tbsmoighibb.
Trst : »a maitnee preuz e tette 6676, mot inconnu,
peut-être altéré pour prette.
■ [Tbstemoigivb], teetimoine 5309 (rime avec e»»oigne),
témoignage.
[Testemoigfiier], pr. 3 teetemoine 975, témoigner.
Tbstbmoiner. Voir Tbstbmoignier.
Testimoirb. Voir Testehoigab.
TBSTiMONiiR. Voir Tbstimoviibb.
[Testhoiiiibr], tet(tmonier9453, témoigner.
Thaborbr. Voir Taborer.
Tharurbr. Voir Tabcrbr.
Tibre 661, tierç 3383, etc. (éd. titre), ûer 7717,
773a; f. tierce 3^81, troisième; tierce, la troisième
heure (neuf heures du matin) : endreit tierce 858o ,
entre tierce et none 6093; tierce haute 6011, la
partie du jour comprise entre tierce et none étant
déjà avancée.
Timbre, pi. timbi-e» 3359, 6^35, ttfmbre» 66^7, tam-
bour de basque.
Tirant i3ii, i385, s. (iratir 1A37, tyran.
Tire, file; tôt a tire 4333, d'affilée.
TiRiEB, tirer; a mal tirant i386, s'adonnantau mal.
Toiser. Voir Tesbr.
ToLiR 1909, pr. 3 tôt 3588, sbj. impf. 6 tol»i»»efii
770a, 7705, p. tolu i3o8, toleit, f. toloite 13337,
enlever, ôler.
Toloit, Voir Tour.
ToLTB. Voir Toute.
ToMBBi, impf. 6 tombouent 3367, faire des culbutes.
ToB 6883, tour; en tor 58^9 , 4845, en tur 1984,
9166, 9183, 9997, alentour; en tor ih^j^ i48, en
liir 9i4i (l'édition porte généralement entor, entur,
mais il vaut mieux séparer les deux mots), autour
de; arbnleete a tor 554 1 (rime avec creator), arba-
lette a tur 3570 ( rime avec creafiir), 4983 ( rime aver
atur)^ pi. arbateetêê a ton 9179, arbalète è tour.
45.
5S2
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SATNTE.
[Toui], tarb» 1 1887 (rime awc dtHurbt" dniorbt).
foule, masse.
ToMLi, pi. tprttet 3>07, lonrelle.
ToiaitiT, pi. fernwni i5o7, raliguen; larnuni SaiS.
choses nuisibles.
[Tormiutos], f. (urnimfi"e 9i36, 7go3. eo parlant
de la mer, agilée, tucaulliieiise.
ToaaiM. Voir ToannEn.
Toamiia, iDipf, 6 loramueiit A993, lonmer, aller ci
et \k; lomn'sr A 1 56, se promener, faire un tour.
Toanin, tourner; fuma ia6i, se dirigea; atffariiDtTiae
ail, emportée pilleurs; en loma 1196; l'nt lorna
ii55, ea partit; p> Ivi lorna a pria loSa, cela
augmenta l'cslinie qu'on faisait de lui ; a D*u l'tsrl
tonet 3457, s'était dirigée du c4té de Dieu.
ToaQCEis. Voir TAaqviis et TuaKiais.
To3i : jotjnet ioiet Ai3i, jeunes.lillellca.
[ToiiTi], toteli* aogo, petite fiilelle.
ToSEfTE. Voir TOSETE.
[Toasin], iinpf. 3 tuttti bifjo, tousser.
Tôt, lout; del lui 356, ii84, entièrement; lui le
rivage 9707, loutlelong du rivage; laijori 619A,
gSiS, ()55i, 96o(> (éd. lozfon), toiijouni.
[Todte], toile 13373, rapine, exaction.
Touoni. Voir Tor.
Taiaiiiii(Lii}7303, 7i3/i,Ib fête de loua les uinis,
la Toussaint; cf. 3i43, 3i8o.
Tpeodpt i(i66, ciclumalion d'injure et de mépris.
TaiîiiE7&3i, â3i7,S8i6,niachinalion, manœuvres.
Taiïaaii, p. s. traijtez 8799, Iratncr (sur la claie) de
foçon à faire périr.
T*«itii, tirer; Irans. Iraii ligoi. tirés en haut;lraire
3s, attirer; Iraire 379a, tirer (avec un arc); a
nient traoient 88B8, réduisaient à rien, dénigraient;
Iraire grant lermon aèib, faire un long discours;
lefil trtire ii36, se fit porler; inipf, 3 te Iraioil
La&S, pf. 3 le treiti 3t3, 6
vancer; întraus. (raira 8791,
nlicr; pr. 6 Iraiml aij'ou 783, tirer sous le joug;
frat'ml 9039, vont; frni'tnl nit 733, tirent, s'en-
fuient; en Ireitt a chiefiFiôS, en vint A bout; impf.
6 Iraiûieni -jSi, pf. 6 traitlrtnl 785, »88i, Ir»-
freni i5i5, gér. Iraianl lAso. etc., tirer de l'arc,
àe l'arbalète.
Tant 379a, ph. Irait 387A, coup, manière de tirer
(de Parc ou de l'arbalète).
Traitiii I, traiter; p. imitiV 3078, traiter (iatrans.).
TuïTOH 1387, traître (adj.); ion iroitiT 18G6, qui
était Iralire envers lui.
TatHKT», pf. 3 Iranûl gSS , 7873 , 6 tmràMMt tJl,
p. f, tramàe il 38, envoyer.
TaivaiL 1 190, pi. (ratMb 1 lao, agSo, h^maL ttth,
fatigue, peine.
TaiviiLun 1191, IronOùr 1819, 3l38, pf. t •»•
veilla 1 1 890 , peiner, avoir de 11 p
.(ri.
M6Gag,a
<l^63,mtÊtm,mm
1 km
167, de même; inlr. pd 3(r
baiailte), împf. 6 tnmaSImt
bSgj, fatiguer.
TilvEiLLEa. Voir TaiiuLLlEa.
TaATH, abriter lous des tentes
ta Irmtrtnt 5716, 5817, 1
Tatvna : loi an (ravan 1 17A6,
ménagement.
Tmveue : a Ut Irmtru eaUli 36o8, a
rencontre.
TnAiiLUia. Voir TuvAiLuR.
Tbeble Zii/ia, triple.
TaEBucH[>a SoSg, lancer, faire (omber; (
93 3 8 , impf. Irafruchwnl 1 6i5 , pf. 3 maiHdb* (9(7,
6 trAuchiertnt A65, tomber,
[TaEci],pl. ImcM 1195, 33M,tresK, OiUa.
Tair, pi. Ira A33, 5tA, 609, ii83, aSi7, «ib
1 1 9 97, espèce de tente munie d'ans pMin (pMife*
est le sens propre de fr«/)i In tnfi in fmitm
gaoS , tes poutres des pierrièree.
Tbeiri. Voir Teiike.
TaiBBicuiER. Voir TaBBOcaiia. "'
Taisca. Voir TaiCR.
TaiscBE, pi. inscAa 6à59, sorte de A
TnispAS i3i9, passage.
TaaapAssia : pf. 3 Irujiaaaa *l38,
(Irans.); Irapauouant '1093, dépassaient, )i
passer; iert trttpoMtei iiig, était pttiit kÊpL
3 Ireiposaot 5383, pf. 3 bfpatt» igo, fUn^Ê^
tertnt a93i, passer (intrans,). ,
TaBBPBBclEB.p. pi. lrtapfreiwili96,ttlT— Tif— ft
Taiaitu» 735, dès que.
TaiSTOH 10003 (rime avec «alitr), tovr fait{AainM
bataille) après avmr lancé le cheval.
TaiSToanin, pf 6 tmloriurml tiijo, i)hr «■ dt
lour;pf. Sireiforna ioû33,sed£tôanMr,éckifym
TaasTOT. pi. tmlu: 3087, a. MsMt 1&7, émlh-
ment ton t.
TiesTVT. Voir Thstot.
Taii 7881, 11790, tribut.
Thiaclc 5913, thériaque.
TaiEr. Votr Taar.
GLOSSAIRE.
523
Triigi /1070 : ce mol, qui signifie proprement sen-
tier» voie de communication, est souvent employé
comme terme de chasse an sens spëdal d^affût,
embuscade sur le passage du gibier, et c*est le sens
(fig.) quMl paraît avoir ici : les Turcs étaient à
Taffût.
Tbifoibb : mre trifoire 1096, travail à festons.
[TtisToa], triêlur laSa, tristeste.
Tristdr. Voir Tristob.
Tridue g59, pi. (nulles 1700, &918, 7611 (rime
avec Uuet)^ Iréve.
Troblb, sombre : la gent troble 6293, les Sarrasins;
pi. s. triple 33A3, assombris; (au moral) f. troble
7790, troublée.
Troblbr : troblee 6669, troublée, en désarroi.
Troî^ie, pi. troùies 3860, instrument de musique in-
connu.
Trompr, pi. trompe* sSSg, trompe.
Tromper 3839, sonner (en parlant d*une trompe).
Trop, trop ; 1 3 1 9 , 48 1 8 , extrêmement ; \ro}i greignort
1118, bien plus grandes.
Tbossbb, p. froM^ 1559, chargé; te troêêerent 368 1,
se chargèrent.
Trosseûbe, pi. troêieûret 6198, trusteûreê 10 938, ba-
gages.
Tbovbb, pr. 1 (rots A 198, trouver; 3 trove 7086
(rime avec esprove = espmeoe), composer poétique-
ment
Tbuib, pi. (rutes 39o3, tniie, machine de siège.
Tbdsseûbb. Voir Tbossbubb.
Tdb. Voir ToR.
TUBBB. Voir TOBBB.
TimcopLB. Voir aux Noms propres.
TuBMBirras. Voir Tobmbbtos.
ToBQURis 7609, torqueiê 6609, turc.
TussiB. Voir Tossir.
Tut. Voir Tôt.
Ttmbbr. Voir Timbbb.
u
Ue8, besoin : uet e»t 8670 , il faut; a Voe$ fe r«t 8919 ,
a uei Deu 3083, a oe» Deu 9066, pour le roi,
pour Dieu; a son ues 701, pour lui; a oes de
l*ovraine 1 363 , dans Tintérét de l'œuvre.
[Uevre], ovre 76], 1066, affaire, entreprise; de
greinur ovre 6 1 A ^1 , de plus grande valeur ; ovre tri-
foire 1095, travail festonné.
[Uis], huit 1A87, porte.
U1SSIER : uiseier» iisg, vaisseaux munis de portes
(pour transporter les chevaux).
UnANTB 193/17, qnatre-vingts.
UrrAVB : as uitaves 985, à Toclave.
UiTisMB 65, huitième.
[Umilibb] : humUiant 90&7, s'humiliant.
Un : a un 7976, 8666, ensemble.
Ubcobb. Voir Oncobb.
Ubb. Voir Obb.
UsEB,pr. 6 usèrent 6519, faire usage de; impf. usoil
5853, être utile, servir.
Vaiur. Voir Veine.
Val, vallée; a val aooo, 9878, 9877, 3568 (éd.
aval), en hns; a val Vevoe 8091, à vau-l'eau; a val
la marine 6166 , en descendant le long du rivage;
contre val la rive 8388, en descendant le long de
la rive.
Vallbt. Voir Vaslet.
Vastance 6769, vanlerie.
Vantbresse 6778, qui se vante (sert de féminin à
vanteor).
[Vaslet], pi. valiez 887, jeune garçon.
Vassal sOgô, guerrier.
Vassblaox 9895, pi. vasselages 7359, prouesse, action
de vaillant guerrier.
Vbage: el veage Deu 53 15, dans le voyage de Dieu
(fait pour Dieu).
VBBn , voir : si Deutme voie 386 , ainsi puisse Dieu me
voir, c'est-à-dire me protéger; mal le virent 10976,
ils virent cela pour leur malheur, c'est-à-dire cela
leur nuisit.
Vbbb, pf. 3 vea 9719, 9716, 6 veerent 9699, sbj.
impf. 3 reosl 9796, p. f. veee 957, 9791, pi. veees
9710, interdire.
Vbib , chemin : tote sa voie 385 , en suivant son chemin ;
5âii
L'HISTOIRE DE LA GUERKE SAINTE.
Jurent les votes eireet 1 0^3 , les chemins furent par-
courus; lor veies s*aveierent A 38, leurs chemins
marchèrent de concert; veie 373, voyage, expédi-
tion; totes veies ia39, 9881, 39oâ, 35/ii, 6998,
^^687, 59&1, toutefois.
[Veile], veille i958, i3i7, fém., voile.
Veille. Voir Veile.
Vbilliek 3918, veille.
[Veine] : «1 lui vint de malvaise vaine 9713, cela pro-
venait d'une mauvaise inspiration.
Veir , vroi ; de veir hSo^de veirs 1 o J 85 , par veir 9896 ,
en vérité; la veire 9896, 8918, 9679, la voire
1979, la (chose) vraie, la vérité; (prissuhst.) c'est
veir provez 766 , c'est une vérité éprouvée.
[Veire], votre 6690, vraiment, et par ext. même.
Veiremert 5091, véritablement.
Veisik, voisin; mal veisin 6798, ennemi redoutable.
Vengbor,s. vengieres 36 10 (rime avec pterei ), ven-
geur.
Venir, venir; (pris suhst.) 1718, 934/i, venue; t^nt
de venam /loo, tant qui viennent.
Ventaillb, pi. ventailles ]i35^, partie du haubert
qui se relevait devant la face.
Ve!vteler 9768, flotter au vent
Ver 3 99 à, printemps.
Vbrai, f. pi. veraies 6568, vrai.
VERàiEMENT 55i5, Vraiment.
Vergié a 99, verger.
[Vbrgoigne], vergoine bUh() (lime avec Burgoine
— Boi'goigne)^ honte.
Vergoine. Voir Vergoione.
Vergondbr, impf. 3 vergondeit 3799, 6 vergondoient
3709, p. f. vergondee 3|7i6, 1 1 9 4 1 , outrager,
honnir.
Vermine 9696, vers; pi. vermines 5917, 5997, 593o,
petits animaux nuisibles.
Vers 5573, envers.
VsRTé : de verte 5516, en toute vérité.
Vertir 10873, se tourner, se diriger.
Vertu : pi. vertuz de Deu 3598, pouvoirs miraculeux
de Dieu.
[Vbrtuos], f. pi. vertuuses 9076, puissant, doué de
vertus.
Vbrtcos. Voir Vertqos.
Vesconte, s. vescuens A793, vicomte.
Vbspre, fém. : il estêit tant vespre oscure 3937, il fai-
sait si sombre dans cet après-midi.
Vespree i395, i833, 11931, soirée.
Vesteiirb, pi. vesteûres àSho, vêtement.
Vede 3396, vue; a wm 365, 366 1, ouverlemeoL
YEZié. Voir \ttiiL
[VEZiié], vetié 966, rosé.
ViAiRE : al Muen viaire 6116, d'après aoo opimo,
d'après ce qui hii semblait.
ViiKDB 957, 1909, 3393, nourriture, proviâoBl de.
bouche.
ViELz. Voir ViÉs.
[ViKs], f. sg. vieil 1690, f. pi. rteb is6, itt56,
vieux.
V16ILIB 1953, 7909, vigile, veille de fêle (ne compte
que pour trois syllabes, l'accent étant enr le fé-
cond t).
Vigor 3938, vigueur.
Vilain, paysan; s. H vilaine dit 6913, formnk «ailée
pour annoncer un proverbe.
ViLAiNBMBHT 8685, d'uuo fsçon déloyale, bonteoie.
ViLAiNiB 3596, conduite groesière; gSo, inlinnie,
action basse; 681, 685, insulte.
ViLMENT 7067, honteusement.
Viole 3690, pi. violes 9177, 3917, fiole.
VioLETB 3696 , petite fiole.
ViRGiNB 7678 (compte pour deuxsyll. avec Taccentev
le premier t), vierge.
Vis 6066, visage.
Vis : ço lor fud vis 6096, il leur sembla; vit m*mi
7017, il me semble.
Visière, pi. visières 9563, masque.
VisTE, pi. vistes 9939, 3995, 6990, di^poa, alerte; '
as vistes chûeres 3663, od visiet ehierêi 6166» i U
mine gaillarde.
VisTECB, vistesce 11890, adresse; pi. vûtesosi 1 i679ff
agilité, qualité de cehii qui est di^XM; grmU fit-
tesce 9908 , acte d'un homme dispos et adroit; ai»
cuer ot en vistece i936, il avait le coeor dispofv
entreprenant.
Vistesce. Voir Vistece.
ViTAiLLB 193, io65, ii3i, i3o9, iôqS, 1909»
9175, 3369, etc., pi. vitaiUês s 1 o3 , proviskuis de
bouche, victuailles.
Viz i 1 166 , escalier tournant.
[Voa], restitution possible de vuz 338 {la oC «Mmlt
lerme ploree e meinte bone voe oreê) , vœu. Le leoi «I
en tout cas celui-là ; mais on ne connaît voê an itali-
que dans la locution archaïque maU vo§, démlit*
VoiDiBR. Voir VoiBR.
Voie. Voir Vbie.
[Voier], voidier 6659, vider, quitter. Cf. Voi.
Voir. Voir Veir.
r^.'ilîilâiÙ
GLOSSAIRE.
525
VoiBB. Voir Veirb.
Voit. Voir Vui.
VoLBiB, pr. 1 vcil 9, 3 veli 3s, impf. 6 voleUnl 70,
107, pf. 3 volt i5, 60, etc., sbj. iropP. 3, volmt
1 06 , vouloir.
VoLBKTÉ 33/j^, volonté.
Voo 173, vœu. Cf. VoB.
Vui, fëm. tttte 6068 (rime avec pluie) ^ voide Ga^iT),
voides G3s6, vide.
Viz, Voir VoE.
11;
•• ~ I
Ymage, ymagene. Voir Imagk.
YvBR, yvern. Voir Iîbr.
Ytbrxagb. Voir Ivbr?iagr.
YwB. Voir lues.
I
•I
..r
II
TABLE DES NOMS PROPRES,
I
ir
h6
Otfmnmtn xiTtoxAur.
La table suivante contient tous les noms de personnes ou de lieux qui se pr^ntent dans le texte.
Les personnages désignes par leur nom suivi d'un nom de lieu sont enregistrés an nom, et c'està eel
article que sont résumes les renseignements que le poème donne sur eux; le nom du lien esl en-
registré à part, et c'est à cet article qu'en est proposée TidentiGcation.
Les noms de personnes et de lieux contenus dans le texte sont, en tête de chaque artido, impriméi
en petites capitales. Les têtes d'article en italique sont des noms de personnages d&igoés dans le
texte par un titre ou un nom de lieu , mais non par leur nom personnel ; il a paru utile de faire figurer
ces noms à la table quand on a pu les connaître, en renvoyant au titre ou au nom de lieu qui les
daigne dans le poème.
La note s, indique que dans le passage cité le nom est sujet, la note r. qu'il est r^ime, sans que
cela implique qu'il ait dans le texte la forme du nominatif ou de l'accusatif. La rime des noms qin
figurent à la fin des vers a été indiquée toutes les fois qu'elle pouvait jeter quelque lumière sur leur
forme.
Les renseignements donnés par Ambroise sur chacun des personnages ou des lieux qu'il mentiomie
ont été résumés de la façon la plus complète possible. Pour l'identification des noms de lieux frmçns,
nous avons été très efiicacement aidé par notre savant confrère M. Aug. Longnon , que nous remer-
cions cordialement ici. Notre savant confi*ère M. Clermont-Ganneau a bien voulu nous fournir poor
l'identification des noms de lieux de la Syrie les indications les plus précieuses, que nous
presque toutes reproduites textuellement entre guillemets, en les disant suivre de ses initiales.
* ^ ■
'.■ .:.-4-'-^i-
•
TABLE DES NOMS PROPRES.
AcHiLLW 9855, Achille, célèbre par sa prouesse,
grâce au roman de Troie, de Benoit de Sainte-More.
AcRi iii5, laoo, i363, etc., l'ancienne Accon,
plus tard Ptolémaïs , aujourd'hui Saint-Jean-d*Acre.
Ce mot rime avec palacrê (taoo), diacre (9947),
maçacTê (3089, &039), Mcre (3399), ce qui
prouve qu'il ne prenait pas d's finale. Devant une
voyelle, Ve s'ëlidc d'ailleurs habituellement (t 885,
9109, sSoi, a3i9, 3343, etc.); cependant il y
a quelques exemples de non-élision (3960, â5oi,
4671). KLeflwnd*Acrê(ào3g^ /io56, 5566), auj.
le Nahr Na'mein, le Bélus de l'antiquité; Roi-^-
Am, donné par Stubbs comme nom de celte rivière,
signifie simplement la tête ou la source. — GI.-G.t)
— Acre est prise par Baladin en 1 187, est asnégée
par Gui de Lusignan (9769), que rejoignent suc-
cessivement beaucoup de chrétiens et les rois de
France et d'Angleterre. La ville est prise, après
un siège de près de deux ans, le 19 juillet 1191
(5995). Beaucoup de Français y reviennent en
janvier 1199 (7888) et surtout plus tard (8177);
les Pisans et les Génois s'y battent (8178), Richard
les paciGe (S'Jtab), Richard donne Acre k Henri de
Champagne après son élection comme roi (9007);
Henri y est reçu magnifiquement (9063).
Adam 6679 (s.), Adam.
Agolaïit 8691 (s.), Agoland 8&91 (s.), AgoUind
4 188 (r.), Agoland, roi sarrasin qui joue le prin-
cipal rôle dans la chanson de geste à^Afprêmont.
Agoland, dans cette chanson, s*empare de Ri^e
(Rcggio en Calabre), comme le rappellent les
vers 5i6 et 8691-8693. Le traducteur latin ne
connaissait pas la chanson; aussi a-t-il traduit
tout de travers le vers 5i6, faisant d'Agoland un
baron chrétien qui aurait été investi de Rise :
Rita quœ illi famoio Agolando dicitwr Jui$9ê olim
fTO mrvUio ano coUala (p. i54). Les vers Shgu
8698, étant plus explicites, ont été mieux com-
pris par lui , et il les a paraphrasés dans son style
oratoire, sans remarquer la contradiction avec le
passage précédent (p. 339). Les ailusiona d'Am-
broise prouvent que la chanson d^Atpremont était
très répandue à la fin du xii* siècle. Voir, sur ce
poème, Nyrop, Storia deU' epopêafraneeêe, à la bi-
bliographie, et P. Ifeyer, Romania, XIX, 901 ss.
Alaiv de l'Eitablê 7181 (s.), chevalier, tué avec son
frère Lucas, le 99 septembre 1 191, dans un com-
bat près de Jafle.
Alevaioiib : Alemamê i36&, 9997, 9978, 8988,
19896 (les rimes prouvent qu*â faut Alêmaignê),
Allemagne. Le bon empereur d^AUemagne (Fré-
déric I*'), qui venait en Syrie par terre, se noie
en passant un fleuve, à la grande joie des Sarrasins
et au grand deuil des chrétiens ( 1 866 et 8987 ss. ).
Voir Ahbigravi.
Alevah 9998 (sg. T.), AUman 9788, 8997 (pL s.),
Allemand. La rime avec on (9788) prouve que
le <i ou ( ne s'était pas encore, par fausse analogie,
introduit à la fin de ce mot. Sur les Allemands dont
il s'agit au vers 9788, voir Du Gange, Familles
d'outre-mer, p. 896. Ils construisent devant Acre le
premier moulin à vent qu^on eût vu en Syrie (8997).
Aliénor. Voir Erolitibi.
Alixardii 6179 (r.), AUxandres 9856 (s., rime
avec Flandreê), Alexandre de Macédoine, pris,
d'après les poèmes français, comme type de héros
incomparable. Les vers 9856-9855, qui parient
du grand eêclandre que causa la mort d'Alexandre,
se rapportent k la quatrième branche de la com-
pilation qui nous est parvenue. Voir P. Ifeyer,
Alexandre 1$ Grand, t 11 , p. 998 ss.
AuxARDBi 8911, Alexandrie.
530
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
ÀLiXAifDiE i4rm ioâ85 (s.,avccreé]idé,donc8an8f),
chevalier menlionnë dans le combat du 93 juin
1199. Le latin a Anic ou Arn, Ce personnage se
retrouve dans Guillaume le Maréchal (v. 67 1 9) , où
il est appelé d'Anic, C'était on Normand.
Amauii 9^90 (r.), Amauri d'Anjou, roi de Jérusalem
du 18 février 1169 au ii juillet 1173.
Ahbioise 5990 (r.), Ambroieee 798, 9&01, â56o,
/1898 (s., r« empêche Télision au vers 798), Am-
broite 171, 3996, 373/i, 6019 (s., Pélision de Ve
aux vers 3736 et 6019 prouve Tomission de Pi),
Ambroise, auteur du poème. Voir l'Introduction.
Ami. Voir Ehmi.
Avii58 6539, 565 1, 5669, Amiens, en Picardie.
Voir Diooff.
Amulaihi. Voir Mulairb.
Ançons 1007& (s.), Ançon, compagnon d'armes
d'Etienne de Longchamp {Anecontu ou Arucone
dans le latin, p. 376).
Aif DiGRAVB ( //) d'Alemaine, le landgrave ( de Thuringe ,
Louis). Il arrive en 1189 àQyani Acre (9997),
prend part au combat du 4 octobre (9973) et à
l'assaut de l'Ascension 1190 (36o5). Louis quitta
bientôt le siège pour retourner chez lui, à la suite
de difierends avec les Français, et mourut en route
le 16 octobre 1 190. Sur la forme andegrave, voir
au Glossaire; cf. encore HUtor, occ. dee Croûades,
II, 56o.
Akdiied de Braine, Andreu 9993, 3oi3 (r.), André,
frère du comte Érard de Brienne, tué devant Acre
le A octobre 1 1 89. Ambroise fait de sa prouesse
un éloge que le traducteur latin amplifie encore
(p. 71). André était seigneur de Ramerupl (D'Ai^
bois de Jubainville, HUt, des eomte$ de Champagne,
IV, 99, 53, 568).
Ardiieo de Chauveigni : Andriu 6997 (rime avec /tti),
9319, Andreu 7579 (r.), Andriu 7975, Andreu»
7555, 7573, 10991, 11/193 (rime avec fftrtftu),
11877, 119^0 (s*)* André de Chauvigni, l'un dos
plus fidèles et des plus vaillants compagnons de
Richard (appelé m(m seignor 6997, mis iire 7573),
monte a l'assaut d'Acre le 1 1 juillet 1191 (6997),
vient à la rescousse des Templiers le 6 novembre
1191 (7975), joute brillamment en décembre
1191 contre un émir qu'il tue (7573), prend
part à la prise du Daron le 99 mars 1 199 (9376),
va le 99 juillet 1199 secourir Jafîe avec Richard
(10901), prend part avec neuf autres au combat
livré par Richard le 5 aodt 1199 (11693), est
l'un des trois chefs qui, en septembre 1191, eon-
duisent à Jérusalem le premier convoi de pèlerias
(1 1877). — André de Chauvigni, devenu plus tard
seigneur de Châteanroux, joua un grand r5le dans
l'histoire de son temps; il est souvent mentionné
dans les chartes et les clironiques et nolanunent
dans Guillaume le Maréchal, Sous le nmple nom
de Chauvigntf, il est devenu Pun des prindpmx
héros du grand poème du xif* siède smr let Grai-
sades (voir l'Introduction; sur les aventares qm
lui sont prêtées, voir Journal dès Saoamis, 1893,
p. 636, 693, 696, 698). Ce poème en fait on
vassal du roi de France, au lien qu*ii était dès
l'origine vassal de Richard , comte de PoUiera, pnfa
roi d'Angleterre.
Affoiviff : Angevin 766, 6169, 665 1, 9686, loSoo
(pi. s.). Angevins 8338 (r.). Les Angevins sont
mentionnés comme sujets de Richard; ils mardwit
avec les Bretons, les Manceaux et les Poitevins. Snr
angevin, denier, voir le Glossaire.
Argletesb. Voir Enolitbbb.
Angov. Voir Anjou.
Anjo. Voir Arjou.
Ahjoo : Angou 995 (rime avec Mton), Xn/o 8667,
Anjou.
Anne (Seinte) 95i6, sainte Anne, mère de la l^eife.
Voir Ibblir de l'OspitaL
AHnocBB 9669 (rime avec elochê)^ 1678, 1680 ,
8696, 10667. I^ prince d'Antioche mentionné aux
vers 9669 et smv. est Boémood III (ii63-ii0i).
Au vers 8696 il est fait allusion au siège d^Antioehe
lors de la première croisade; aux vers 10667 «•
Ambroise renvoie clairement an poème innçait tor
ce siège fameux, «dont l'on raconte eneore Fliis-
toire)).
Ababi. Voir au Glossaire.
Abgadb 11 566 (rime avec rade). On ne sait ce <]ne
le poète entend ici par Arcade (le latin, p. ASg,
traduit par Archadia), C'est probablement nn nem
vague désignant un pays lointain, comme dans ce Tirs
à'Aleschans (8o36) : Nésju d^Areagê d'unmtremgM
régné. C'est certainemen .e mémo mot qne pré-
sente un vers de Gerart ae Blaiê : Et jNiit UJkt
donner un bon destrier étArquage (M. Godefrofi
qui cite ce vers d'après le ms., imprime dartrir
d'arquage et ajoute : «peut-être cheval qui se eoorbe
bien»). On peut encore rappeler l'Emenidos d'ar-
cade des Fuerres de Gaères, Arcage gnyoîsj «idîooie
grec», dans Gui d$ Bourgogne, doit se rattacher
TABLE DES NOMS PROPRES.
531
aussi à Areaêia. 11 faut toutefois noter que le latin,
p. i3, mentionne un Baffadmuê ÀrauHuâ, qui,
diaprés M. Stubbs (p. cix), serait Bohadîn ou
Infadin d*Arka.
Aasis. Voir Alixandbi.
Absdb 919&, &6i3 (i. Ànw pour artur)^ 6096,
6101,6108, 6669,6615 {{.juaqu^aÀrturoud.),
6683, 671Â, 6900, 6907, 8999, 910&, iioiS,
Arsouf, Tancienne Apollonias, ville de Syrie entre
Jafic et Gésaire , appelée ainsi d'ordinaire dans les
textes français. Ambroise mentionne la forêt d*Ar-
sur (6096, 6101) au nord -est, le mont d'Arsur
(6108) au nord, et la grande rivière (Nahr el-
'Aâdju) qui a son embouchure à qudques kilo-
mètres au sud de cette ville (6683, 6900). Le
«vent d'ArsuTD (9194, Â6i3, 8999) est le vent
du sud par rapport à Acre. Mais on ne s*explique
pas le vers 8999; voir la note p. Aai.
Abthdb : Hartur de Bretaine Ai 85, le roi Arthur «et
sa hardie compagnie^.
Abthub : Herturde Bretaignêggb (r.), Hertun 1000
(s.), Arthur, duc de Bretagne, neveu de Richard;
il fut tué par son oncle Jean le 3 avril i9o3.
AsciHsioif 3395, la fête de l'Ascension, 3 mai 1190.
Adbbri CUment &9o5, 6910, 6968, 5o86 (r.). Au-
beris Climenz /i888 (s.), chevalier français, com-
bat vaillamment et est tué dans un assaut A Acre
(3 juil. 1191); sa mort cause une vive douleur
(&905, 5o86); un Turc qui s'était revêtu de ses
armes pour insulter les chrétiens est tué par Ri-
chard d'un coup d'arbalète (6968). Le traducteur
(p. 9 93) l'appelle Albericuê Clemêntis,
AuBBBi de BeifiM 10876 (r.), Àuberiz 10999 (s.,
1. Auberi§)f commandant du château de Jaffe, s'en-
fuit, dans un moment de lâcheté, quand les Sarra-
sins prennent la ville, mais revient et se propose
de mourir bravement; il est envoyé en dépulation
aux assiégeants (10999). Le latin l'appelle de Bêmù
ou de Astfis; il était sans doute de Reims.
AucoBRs dêl Foi 10997 (Si), est un de ceux qui ac-
compagnent Richard dans son expédition pour se-
courir Jaffe, le 99 juillet 1199. Ce nom est sans
doute altéré; le latin donne Achut de Fay, qui n'ex-
plique pas le nom français.
AuTBiQUB 317, l'Afrique : lê$ deetrek d'Aufirique dé-
signent le détroit de Gibraltar.
AvBRz, temps de l'avent. Voir au Glossaire.
AfBSBB : Ave$mêê 9853 (atismai), 3o5i (attsmes),
Avêtne 6177 {f'*^*'^*» nmc ^v^c règne) ^ ùhiii
(ottame), 6637 {aueme, rime avec ngna), 6667
(otiama), 6681 (attame), 6707 (aiiama), Avesnes
( Nord). L'élision de l'i aux vers 664 1 , 6637, 6667,
6681, 6707 et la double rime avec regnê prouvent
que le poète ne mettait pas d's 6nale A ce nom; il
aurait sans doute mieux valu supprimer l's aux
vers 9854 et 3o5 1 . La rime avec regnê indique que
l'a devant n ne se prononçait pas; le latin écrit
Aveenie; la graphie ttueme(e) appartient an copiste.
Voir Jaeb.
Atâs EsToi 6097, émir d'une force extraordinaire,
tué dans le combat du 1*' septembre 1191* A la
grande douleur des Turcs. L'historien arabe Boha-
din le mentionne sous le nom de Ayâz §t-Ta,w(l (le
Grand) et parie aussi de l'impression produite par
sa mort (voir la note de Stubbs, p. 967). Le
traducteur l'a encore nommé dans la liste qu'il
donne, au début de son ouvrage (p. i3), des prin-'
cipaux guerriers de Salahadin.
B
Babilouib 3i53, 5i63, 7381, 7776, 8093, 8108,
8i34, 10908, 10994, 10934, 10973, 10987,
Babylooe (d'Egypte), nom que portait le Vieux-
Caire au moyen âge et déjà à l'époque antique.
Bâlar 4 181 (r.), personnage de la chanson d'ilspra-
numt, qui remplit, au début de ce poème, pour
son seigneur Agoland (voir ce nom), un message
auquel notre auteur fait ici allusion.
Bauan d'ibelin, Baliane 8709 (s.), Balian II d'Ibe-
iin , mari de la reine Marie , veuve d'Amauri. Am-
broise le traite de trplus perfide qu'un démon».
parce qu'il négociait directement au nom de Conrad
de Montferrat avec Saladin; le traducteur latin,
dans son introduction (p. i3i), lui prête aussi de
noires intrigues. C'est lui dont Técuyer Emoul a
rédigé un récit de la bataille de Tabarie et de la
perle du royaume de Jérusalem, qui est le plus
ancien texte historique en prose française qui nous
•oit parvenu.
Bab 9933, Bar-le-Duc. Le comte de Bar ici men-
tionné est Henri I*'.
Baibaiot. Voir an Gioataire.
63S
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Bailktb 507, Barielta, port d*Itaiie.
BAtié. Voir Sbgdih.
BABaB8(Let) /i 537, 58oi (dtf pour ddt), 6t83 (lie pour
</et), 65 9 6. Il y a des hameaux de ce nom dans
Loir-et-Gier, le Loiret, la Vienne, etc.; mais aucun
ne semble pouvoir être regardé comme le berceau
de la célèbre famille des Barres; M. Longnon, qui
autrefois avait rattaché cette famille au fief des
Barres, commune de Ghami, près Meauz {Livre
dt$ voMsaux dêt comtés de Champagne, p. 353),
est aujourd'hui porté à croire qu^elle tirait son
nom d'un «lieu-dit» de Tancien Paris. Voir Guil-
LlUVI.
Barolohieu : Bartholamêu 6796 (r., ms. Barthol'^
niftt), Tapôtre saint Bartélemi.
Baitolomieu de Mortêmêr; Barielmeu 11&19 (r.,
1. Bartohmeu en n^ajoutant pas £), Bartélemi de
Mortemer, un des dix compagnons de Richard dans
le combat du 5 août 119t.
Babut 9166, 5o57, 8686, 10109, 10951, Bey-
routh, Tancienne Bérytos, ville et port de Syrie.
Baudoin : Baudome sAsa, 9^93 (s.), UmêeeU 9&99,
Baudouin IV le Lépreux, roi de Jérusalem (11 73-
1186), fils d*Amauri.
Baddoin akU (r.), Baudouin V TEnfant, filsde Sébile
et de Guillaume de Montferrat et petit-fib d'Amaori ,
couronné roi de Jérusalem le 90 novembre 11 83,
du vivant de son oncle Baudouin IV, et mort à huit
ans.
Baddoir le Caron 9959, 9991, ioo39, iooÂ5 (r.),
BaudùwiM H Carong 6hû'],Baudoinê 9998, 10099,
1006Ô (s.), Baudoin 10039, un des plus vaillants
compagnons de Richard; il compromet la victoire
à Arsnr, le 7 septembre 1191, par sa fougue indis-
ciplinée; il fait de grandes prouesses et court de
grands dangers dans le combat du 17 juin 1199.
Il est mentionné dans Guillaume le Maréchal,
vers 4571.
Baudouin, Voir Cantobbibb.
Bedoir io3/i5 (sg. r.), Bedoin» io359, io359,
io365, 10379 (%^. s.), Bedoin 9890, 8o53
(pi. s.), Bédouin, Arabe nomade.
Bbdbbdiii Dorderon : Bedredin Dorderon» 11989 (s.),
un des émirs de Salahadin, Bedreddin Duldur
(Stubbs).
Bbllbbm 19179 (r*)f Bethléem.
Bbl Mont 6857 (r.), un des châteaux que fait
abattre Salahadin en 1191. On ne connaît pas de
château de ce nom en Syrie, et M. Stubbi sup-
pose que BelmonJt {BéUtim MmUem dans te telia,
p. 980) est une méprise pour Beiïort on MoolSMt;
mais c*est peu probable. «Monke, dans mm AtiM«
identifie Belmont avec le Modin des GroitéB, el k
place entre Beit-Nouba et Beit-Oâr. D'aprèa G. ftey
{Colom§§ françaieee , p. 383), ee sérail So^M* à
10 kilomètres à Touest de Jérusalem. — - CSL-G»»
Bbl Vebib 6859 (r.), un des châteaux que faitalMttn
Salahadin en 1 1 9 1. tr II est impossible de TideBlifivv
comme le fait M. Stubbs, avec Kaakeb d-Biira,
situé dans une région beaucoup trop âolgnéede o&t
que menaçait Richard. B^veeir, comme iee aHlrat
places fortes qui furent démantelées en ii^t, 4UÊL
dans Touest et non loin de Jérusalem; cf. d^wSÊmn
Paoli, p. &5, et Delaville Le Roolx, p. it5 :M-
veer, apud (1. oppidum f)JMXta /wns afan. >— Cm?^.»
Bbhbbit 5^3 1 (r.) : la fiete eaint Beiimii, la Ut» dt
la Translation de saint Benoit (1 1 joiUet).
Bbbbrgikbb 11&6, Bérengère de Navarre, fitacéB^
Richard, aussi belle et sage que possible (ii4lt
1738), aimée de Richard avant qa*il filt wtà
(ii5o), lui est amenée par sa mère à Regibs
Richard la fait venir à Messine (11 39 ts.); eBe
s*embarque en même temps que Richard, ifé, k
rejoint en Chypre (i354); elle manque d*élffe |ike
par Kyrsac (1 &3 1 , ihàh)\ Richard Tépoose i- U-
meçon (1735) le 19 mai 1191; on loi eoifii k
fille de Kyrsac pour qu'elle Hnstruise (1089 ^)|
elle quitte Chypre avec Richard (9099)1 ttk Ml
venir à Jafie en septembre 1191 (7078). Aprkk
mort de Richard , elle eut le Mans conmie éamSàê
et y mourut en 1999.
Bbbgoinb. Voir BoBOoieiiB.
Bbbnabt : Bernard 10969 (s.), Vupiê, SfnÊlk-ifà,
sert d^espion aux croisés.
Bbbbi 997 (r.), province de Franee, fournil de booh
breux croisés.'
Bbbtblmbu. Voir Babtolohbu.
Bbbtban : Beriran» de Verdon &79& (S.), Bertroi Ji
Verdun , chevalier, arrive devant Acre en 1 190; ?tir
sur ce personnage, qui fut ilinstre en ton Itiifit
Guillaume le Maréchal, v. 8996-8i39. *
Bbsbnçoh 3893 (r.), Besançon. L*archevéqiie âè JA*
sançon fait faire un bélier à grands firiis pour itt^
quer Acre en 1 190'. Cétait Tierri de MoalteiMBi
il mourut au siège.
Bbtafb 10567, à k lieues de Jaffe. Le kim (Ifi)
a Bethaffen. «C'est Beifr-'Aflè, à 10 lieoét^'IUh
{ho kilomètres) et non à & (à A d*Aieitoii)|-
> I
inf _
TABLE DES NOMS PROPRES.
538
cuiild'archdoL orient,, f, 385. Malgré cette errear,
ridenlification ne parait pas douteuse. — Gl.-G.»
Bkrbuobli 7629 (: nubk)^ 9813 (: tnnuhk), Beit-
Nouba, entre Jaffe et Jérusalem; le Utin l'appelle
Betênoble (p. 3o3) et Betenopolii (p. 369), à tort,
car les rimes prouvent que le mdt se prononçait
avec un u.
BiAuroBT a 80 5, château appartenant an seigneur de
Sayelte et situé dans la montagne au nord de Pa-
néas. Le latin donne (p. 63) Bellum forte ou la
mauvaise variante Beaufordum, «r C'est Kafat-ech-
Chaklf, au nord-ouest de Panéas. — CI.-G.9
BuuvAU : Biauveiz 9939 (rime avec deefaiz), 6465,
8783 ( rime avec heii), Biaveiz A 1 99 , Biavez 1 88a ,
61 8 1 ( rime avec trtz) , Beauvais; les rimes attestent
la prononciation du z final. L'évéque de Beauvais ,
encore jeune, arrive à Acre en 1 190 (9999) avec
son frère; il est envoyé en Chypre par Philippe
pour hâter Richard (1889); il marie Conrad de
Montferrat à Isabel de Jérusalem malgré Topposition
de Tarchevéque de Canterbury (Ai 99); il est placé
à côté Je son frère Robert de Dreux dans la marche
des croisés sur Arsuf , le 7 septembre 1191(6181),
et prend part au combat de ce jour (6â/i5); c'est
en sortant de chez lui , à Sur, que Conrad est as>
sassiné (8783). Il s'agit ici de Philippe de Dreux,
évéque de Beauvais en 1 176 , mort en 1 917 et bien
connu dans Thisloire de son temps. Richard de la
Sainte-Trinité dit de lui (p. 67) : Vir armie potiu»
deditu* quam armariië, qui gloriatur m militia, et
Turpino par eête contenderet si Carolum inveniret.
Notons ici qu'il fit traduire le Bestiaire par Pierre,
qu'employèrent aussi d'autres personnages men-
tionnés dans notre poème {^toit Bomania, t. XXI,
p. 963).
BiLB 10798 : ramiral de Bile est parmi les vassaux
de Salahadin qui l'accompagnent au siège de Jafîe,
en 1199. Le latin (p. /ioo) donne BÙa. Un pays
de Bile est mentionné dans quelques chansons de
geste (est-ce le même que la terre de Birie dans la
Chanson de Roland f), mais on ne sait à quoi l'iden-
tifier. Vu l'exactitude habituelle d'Ambroise, il est
probable que Bile désigne chez lui un lieu réel.
Blakchb Guardb (La) 6869, 9787, un des châteaux
que fait détruire Salahadin en 1191 (6869); les
croisés, marchant sur Jérusalem, y arrivent le
7 juin 1199. La Blanche Garde est aujourd'hui
Tell eUSafieh (cf. Guill. de Tyr, XV, 95). Le laUn
donne Blanchewarda (p. 980) et Candida Custodia
(p. 366). Il est à remarquer que le Utin rapporte
deux aventures de Richard à la Blanche Garde
(p. 199 et 3/16) qui ne sont pas dans Ambroise;
la première manque aussi dans le plus ancien ma-
nuscrit de la version latine. Voir Tlntroduction.
Bliis 35ii, Blois; voir Tibbaut.
Boànond d^Antioche. Voir Artiochb.
BoiLLOH : BwUhm 10678, Bouillon en Belgique; voir
GODBPBBI.
Bois (Le) 7533, iii33, nom de lieu impossible à
identifier. Voir Ebhaut, Gibfbbi.
Bois Nobhaiit (Le) 1&19. 11 y a de ce nom deux com-
munes dans l'Eure, Bois-Normand-la-Campagne
(canton d'Évreux) et Bois-Normand-près-Ure (can-
ton de Rugles), et dans l'Orne un village (c** et
canton de Laigle). Voir Guillaïïmb.
BoMBBAc 7951, lieu où quatre cents Sarrasins, le
6 novembre 1191, attaquent les Croisés et sont dé-
faits par Richard. M. Stubbs suppose (p. 991 ) que
ce nom, qu'on ne rencontre pas ailleurs, pourrait
être identique à el-Nimereek, à 3 kflomètres au Nord-
Est de Yazour. tLire Ihn Ibrâk, à l'est et non
loin de Jaffa. — Cl.-G.»
BoBGoiGRB : Borgoine ^753, 5395, 5668, 7807;
Bergoine 5996, Burgoine 997, 998^ 881, 5A5o,
69oâ, 8161, 8193, 8998, 9708, 10991,10653,
Bourgogne; le mouillement de l'n est attesté par
la rime fréquente avec heeoigne. Il vient de Bour-
gogne beaucoup de croisés (997). Voir Hcgoh.
BoBBiz 6179, semblerait être le nom d'un lieu en
Syrie, a en juger par le v. 6178 (le latin, qui a
conservé Borriz tel quel, ne tradmt pas ce vers);
mais il faut sans doute lire de la guerrejiùarde la
terre (cf. v. 9696); car il doit s'agir id du même
personnage que l'auteur de Guillaume le Maréekal
mentionne en ces termes (v. hSûi): Sinfu Gidl-
l[aumei] de Borriz] , En chevalerie norr{[z\, 11 s'agit
de Bouri (Oise), anciennement Borriz ou Buriz,
dont Richard prit le château en 1198 {Hietor. de
France, XVII, Ind, géogr,).
BoTBoit 9187, Batroûn, Tantique Botrys, ville et
port de Syrie, entre Triple et GibleL
BouTBiLUBB (Le) de Senliz, Voir Sbbliz.
Bbabbbçors 9606 (pi. s.), proprement Brabançons,
mais id routiers, gens de guerre se louant à qui
voulait Voir Du Cange, s. v. Brabaniionee,
Bbairb 9999, 9971, 3oi8, Brieone (Aube). Le
comte de Brienne mentionné aux deux premiers
passages est Érard II. Voir Ardbibv.
63a
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Brumi 507, Briodin. La rime «rec dk lUeile nu i
Gui, qui d'ailleun o'est pu joitifij.
BuHURR gg5, Bnlame 99, 4i85, Bretigue fnn-
çaue(9g, 9g5); Grande-Brela^e (&i85].
Bmmr 6ii9, GâSi, 85o3 (pL «.)< Bretons (de
Ordiil {L») : Saol dn Brutl 7687 (rime avec oW). Il
j ■ en Fraura tant de loealitëa de ce nom qu'il ett
impoMÎUe d'identifier ceUe-ô. Voir Soet.
BiDOM ggiii rille de* Piji-Bw. Voir Bonii. ■
BiDii (£«) 719, Soao. Voir Hoeoi,
BnriTin «on, aoig, l'un dw tnA eUXasi Ma
da l'Ile de Chjfm. Vcur CmIm dW Ck^nù, I4i4.
Bdmmoit 10671 (r.), Boteood, l'on dm hkmét
b première ennnde.
BaïuDii. Voir Boiuor.
Bnmoaiii. Voir BoieoisRi.
Bdtiillu. Vnr Bornioxin.
CatMiou : Q^antao» 5883 (rime avec bu>m). «Cetl,
non le Capharnaûm de l'Evaiigile, maille Captn»-
Wn que B. de Tudèle ngnale entre CbîBb et Cé-
urée; cf. Bohricbt, Rtgttia, p. la, "ji. — Cl.-G.n
Giiin 7*89, 865&, parait être Caieux-en-Sui terre
(Somme); le laUn porte i tort Cagm, Cn^m
ou Cagni (p. 9ga). Voir Giiludmi.
C*!rEu hooh, Caypkat 3i5o, £017, hili-j, 5869,
ChnpJui 1837, 110*0, Chayphiu 58&5, 11837,
Haïfa, ville et port de S^rie, *u nid et presque en
face d'Acre. Voir Piim.
CiliAC gloi (r.), 6871, g32>& (s.), nom d'un dei
principaai émin de Salthadin. irLe nom correct est
Caiiar (Alam ed-dln Kaiser), que donne Raoul de
Dicet(t. II. p. 8s); cf.£*c. d'oreA.orifnl., p.37g,
note — Cl.-G."
CiuMi 8âg3, Xeloftr* laoB, Calabre, province d'I-
talie; la rwh< [«rr* 8&<)3.
Cuviiia. Voir Mort Gilvibii.
CiirDAiM 1933, 1017, ChaBdairt ■o3A,rmi dea troii
cUteaui ferla de Gh;fpre, appdé la Caadairt duu
le* Gmtti dm Oiipnit, auj. Kanlam.
Càubuiou 93eg, Candalion 1773, ville da Syrie, sur
la mer, entre Sur et Acre, auj. ItkaDderouna.
Le déGlé ou pat dt Condalim est frauelii par le roi
Gni iSog (lire pai dt C, bu lieu de pais C);
■c'est la Scala Tyn'ortiin ou Rds el-Abiadh. - Cl.-G. i>
Le latin (p. 61, aïo) a aussi Canddim ou Couda-
lien, corrigé à tort par l'éditeur ta Scandalion,
Cuni u EsToiiiiLs (La) gA3i, g&SS, g5i3, ila
roseraie des étouroeaum , nom d'une localité située
entre Furbie et le chiteau du Figuier. Le latin
donne CamutiaH StunttllDrum (p. 358, 35g), et
tmefoii, par erreur, CauUumStumtllorum. «C'est
le Wâd el'KassAba (Vallée deirosesui), breocbe
du Wld el-Hesy, i l'est de Gaïa. — O.-G.o
Curaïaiu i«io3, CaKtariirt Ai«8, CmMH^
3g6g , Canteriniry, ville et archevécU iriiigiaÉli
(Kent). L'ardievéqne de Cantarfmrj molîiHrf
deux fois, nuit non nommé par AmbnàMt ^t^
pdait Baudouin ; il était archevêque da C dlprii
te 16 décembre 118&. U duine l'ab«d«liaa.<nx
croiaéf qui vont combattre le is nevemlM* aiy*
(3g6g); il proteste contre lo mariaga da-Gai^id
de Montferrat avec Iiabel de Jénmkm, ai U^
(Al 18); maiaAmbroiae nedit pat, conaN'Ia Mp
ducteur la lin (p. 11*), qu'il ait exeamaaaMblN
coalnctantt et ceux qui avaient coMenltMiaHaimi.
Ambroise ne raconte pas non {dus la mort é» fm-
cbevéque, arrivée le ig novembra 1190 -{JlMni
p.i 9& ). — L'autre archevéqne de GaoteriMHy-iaM-
tionné dans notre poème )
(iaio3), que depuii la c
Gautier, étéqne de Salisburj le aa oelôbra taCft
atcbevèque de Cle 3o mai iig3> Vim'&
Cl» iiùHiiCommeQcementducartmt
jtjuHU (p. i33). Voir au Gloasaire. .^
Ciitco» 6061, CorvcDÙ 5335 , KtnbHudi (Sfad*i)t
l'un des prÎTtcipaui défensea» d'Aera; il «t'Ml
prisonnier et tombe dans le loi du roi da Fnwa
(le latin, p. 33A, le dit eipreaaémenl, laBiiBii|N
notre texte, oii il y a saos doote uns laouN* aa
borne A J faire allusion); il ett «aatmtk^BÊr
(5335), où il monrut probaUemeoti cf. SMsa
CiaoR (£«). Voir BiDDD». - ,
CiBiL DIS DisTiui (Lt) 5e8g (r.), et cC ^ttéjbt
nom de ce eatal indique qu'il ae hwtnit ^M^at
d^Glé, ce que confirme le vers 6890 i
pai iargtt, dmù ttlrtà; il est donc m
le poète dise fixa loin (v. 6g35), en [laitall ètM
même lasaj .- Largtt isrt li fnu • ia ffarfciThMi
TABLE DES NOMS PROPRES.
5S5
fois, ce n^est pas une faute de notre manuacrit, car
le latin dit de même : uêquê ad Coêom Anguttarum
Viarutn : tbi quippe eoatiguiUUur meatui (p. s 53),
et pkis loin : ad CoiÂlum prœnommaium hiduo mo-
rabatur «xercituê ; ampluê 9mm erat locui H tafta oc-
eommodus (p. a5Â). 11 faut aans doute comprendre
qoe Tespace entre les montagroea, très reaaerré au
eoial même , s'élargissait aussitôt après. L^endroit
est situé entre Gaphamaûm et Merle (Mallaba);
d'après M. Stubbs, c'est probablement Athiit, qui
est appelé Dùiricium dans des textes latins. «Le
nom actuel est en réalité Kbirbèt Dustrey, qui a con-
servé l'ancienne dénomination. — G1.-6. n
GisBL DBS Pla»8 {Le) 685A, 7181, 7908, 7730,
7869, un des châteaux que fait abattre Salahadin
en 1191 (6856); Richard le reconstruit (7181);
c'est Yaiour, entre Jafieet Jérusalem (Stubbs).
Gasbl Imbebt a3i], Ca9êl Ymbert 81 65, 8a âo, châ-
teau situé sur la mer, entre Gandalion et Acre , en
latin Coitrum ou Ca9eUum Imberti, trEl Hamsi, se-
lon Rey; Ez-Zib, suivant Rôhricht, qui s'appuie sur
une charte de 1 i3o. — G1.-G.».
Gasbl Mbibr, Catel Maien 6856,7909, 7986, C^e/
Meien 10713, ^0 Maen 796, château situé près de
Yazour (voir vers 7199), abattu par Salahadin en
1191 et reconstruit par Richard la même année.
Gasbl Ymbbrt. Voir Gasbl Imbbbt.
Gatpbas. Voir Gaïphas.
Gblbrifi : seint Celerinë 9535 (s.). Sur les saints de
ce nom, voir l'Introduction.
Gesairb 5981, 5993, 6oo5, 891 3, 10985, 11009,
iioi5, ii390, ii39i, 11709, Gésarée, ville et
port de Syrie, entre Acre et Jafife.
Cbaaloiv 7191, Chaalom 35 17 (rime avec ^ont), Gha-
lon-sur-Saône (!'« du vers 35 17 est due à une
confusion de l'auteur). Le comte de Ghalon, dont
Ambroise mentionne la force et la haute taille,
était Guillaume II. Il arrive à Acre en juin 1190
(3517); il est chargé par Richard de garder Jafie
en novembre 1191 (7191); il reçoit la moitié du
butin fait le 97 mars 1 199 (8989).
Ghaîphas. Voir Caïphas.
Gham 8o33, 8037 (s.), Gham, fils deNoé, fondateur
prétendu d'Escalone et père de trente-deux fils.
Gbambbblbkig (Le) de Tancarville, Voir Tabcabvillb.
Gbampaigive 1 t6i5, C/uitnpatiMf 6639, 865 1, ii3i9,
Ghampagne, comté en France. Voir Hbrbi.
Cbarcblibr (Le), 8537, 8563, évêque, laissé par Ri-
chard en Angleterre pour gouverner le royaume.
est contraint par Jean sans Terre de s*enfuir en
Normandie. R s'agit de Guillaume de Longchamp ,
évêque d'Ely, chancelier d'Angleterre, qui mourut
à Poitiers en 1197.
Gbakdaibb. Voir Gahdaibb.
Gbardblor (La) 7967, la Ghandeleur, fâte de la Pu-
rification de la Vierge ( 9 férrier).
Gbafblb (La) 9689. Voir Guillaumb.
Ghablbhaigbb : Oiarlmnamêê 8679 (s., rime avec
r$gne$), Gbarlemagne, cité d'après les chansons
de geste.
Ghablor 6187 (r.), Gharies, c.-è-d. Gharlemagne.
Gbistblddh : Chastddon 6793 (rime avec Verdon) :
le vicomte de GhâCeandan, qui n'est pas nommé
(c'était Raoul)', arrive â Acre en juin 1 190.
Ghastbl Ebraut : 1$ ChaMtel Emald 6858 , le Ckastd
Emalt 9810, un des châteaux que Salahadin fait
abattre en 1191 (6858), situé non loin de Jéru-
salem, entre le Toron des Ghevaiiers et Rettenuble
(cf. Emâd cd-din, éd. Landberg, p. 391).
CBADViBRi : Ckaoigni 9319, 11693, CAaotngnt 6997,
6^119^1^7975, 7555 (rime avec Graié), 10991
(rime avec Sodé), 11877 (i^c ^vee Cloigmê)^
Ghauvigni, arr. de Montmoriilon (Vienne). Notre
manuscrit supprime toujours i'n de ce nom. Voir
A. Tranchant, Notice eommaire sur Chauvigmf de
Poitou et ui monmnenti. Voir Ardrieu.
Ghbbirbs 1 967 (c'est ainsi qu'il faut lire pour Ebetinet;
voir la note p. 356), château fort, sur la mer en
Ghypre (Gbyma).
Gbbvalibrs (Le Toron as). Voir Tobor.
Chypre, Gipbb. Voir Gtpbb.
GiBTBBRB BOORBB (La) io333, la Giteme ronde, en-
droit de halte des caravanes, à quelques heures
de marche de la Galatie. «r D'après les récits arabes,
le Bir (puits) KhtnMjé, à environ 38 kil. est-sud-est
de Gaia; cf. Ree, d'ar^. or., p. 387. — Gl.-G.»
Glabbmbàdt <^ Montehablon 9960 (r.), 10060 (s.),
chevalier français, chargé avec Baudouin le Garon
de protéger une caravane , s'enfuit quand les Sarra-
sins l'attaquent
Glbbc (Un bon) 5589, écrit de sa main la liste, vue
par Ambroise , de tous les personnages de marque
qui moururent an siège d'Acre.
Glbbhort 35 15, 6665, Glermont en Beauvaisis. Le
comte de Germent (Raoul) arrive à Acre en juillet
1191 (35 1 5); il se montre courtois et libéral lors
de la grande pénurie des assiégeants (6665). —
Il mourut devant Acre, avant la prise de la viHe.
47
nvranamn xatioiiau.
5S6
L'HISTO[RË DE Lk GUERRE SAINTE.
Clirut Ago5, Agio, Ag68, 5<*66 (r.), aimera
^868(8.)- Voir Adhii.
CuiiaRi : Chipûd 1 1 878 (rime airec Chmv^W), Cluni
(SaAne-el-ldire), siège d'une célèbre «bbaje.
Cocithib [Lifiutat tu) Sggo, fleuve des Crorodiles,
nom donné à une rivière entre Herle et Céaaire,
le Nahr Zerka (Stubbs), parce que deux hommes y
furent mangé* par des crocodiles, li semblerait ré-
nilter du texte d'Ambroiae que cet évéDement serait
nmië pendant l'eipédilioa mime qu'il raconte;
mais le latin dit (p. a56) : to quod eomériiU dmt
mititt* d«veravtnmt afin 161 batn*ante$, et c'est ce
qui Miuble aussi rësultsr de ces expression* d'Am-
broiae : uiujbmu qu'imeen ut dâ Ont hftumM , , ,
Ce ne peut âtre que par un accident fort nre qu'U
l'est trou>é, à l'époque historique, des crocodiles
dans une rivière de Syrie. irSepp (/ifruiaimt und
dai titilig» Land,l.\l,p. A76SS.) rapporte 1 ce sujet
des traditions diteraes de l'antiquité, du moyen Ige
et des temps modernes. — Cl.-G.»
CoBiT ï7ai (r), Conrad de Mootferrat, père du
marquis Conrad qui défemlit Sur contre SaUha-
dÏD. Ce nom est une erreur : le père de Conrad , qui
fut pris i Tabarie («795) et dont Ambroïse fait
l'ék^ par contraste avec son fils (9717-8), était
Guillaume 111. Il est curieux que dans la riironique
d'Emoul (p. &8 et lah) ce même GuiUaame soit,
par une autre erreur, appelé Booiface. Voir MoFit-
CnsDin ii3oâ (pi. s.},Carrfm« 7g5o, ti30& (pl.r.),
Kurdes,
CoSKKSi:. Voir ToSNESU.
Coshewiilu 1867, Cornooaille, partie eitréme de
l'Angleterre au sud-ouest.
GosTSUiisosLB ât33, Constantinople.
Cuc DE Mont Rui (Li) ^&^ll. \mr Hoiit«ul.
Cani taSo, l'Ile de Crète.
Ct»be i35i, igoi, *o6&, *368,66o5, giai.stf*]^,
Cgpnt hbb6, C^HV i38a, 1704, wM, VOé ié
Chypre, cooqniae par Hïdiard snr Fempertmt fne
IsMC Comnène (Kynac), lendne d'aboni p» U ,
aux Templiers (giio), puis immit i Guida Im"
ngnan. — L'empereur de Cbypra, Ismc Cooaitaa
(non nommé par Ambroïse, mais qoe d'MbOi
sonrces occidentales 4{^»dleDl KyrtM ^Vftm
loùJ»), est ilËé i Salabadin at ne fait que daiid
(i38g). Il bit (suiflir tnitreosemenl des «nMi
que U mer a jelis 1 h e6ta (iAo3), «t Téfmi
cbard (i'i57); il e«stfede l'oppoiar anMMPfM>
ment de celui-ci 1 UmofOD, miii cat iWgé àê
s'enfuir une jwemièro fois (i555), pmcima-w-
coode fois, en laissant son camp pMa <l« ridHMH
lifré au ^Uage ()5g6); il se réAigie i IBearft
(1616], d'ob il demande une eotrenie i MtAHd
(1765)1 la paii est presque conclM, maïi fOi^
reur par défiance s'enfuit sur son eiMJlawl Aéfri
Fauvel (i833). Il rerient attaquer Richard ()9«)},
uiais s'enfuit de nouveau à Candaire (tgU), «kl
se venge par de grandes eruantdi inr tat pvifrti
sujets (igAg). Désespéré par l'abandon daa 4ni
et par la prise de sa Nie i Cbennca (1980), 9
se rend i Richard , eo demandant 1 ne pan Mm
mis aux furs (9o33); Bicbsrd lui hit malr n
fille, c«quilerem|dit dejoie («oM); Ulaclmi
d'entraves d'si^ent ( ao45) et le renet i h iftièt
de Gui de Lmignan (9087). Mus tard, laMi iA
livré aux Templiers, qui l'enfermèrent A Umffk,
où il ne tarda pas 1 mourir (Has Latrie, Hkit A
Qijlprt, t. I,p. i&), — La fille de Kyraae aatas^
française.
Diais S9i3, 6338, loaog, Damas, ville de Syrie.
Diaiz io5i8 (r., rime avec umii), nom iacoanu.
Le latin ne le traduit pas. Je trouve U Irétar Oa-
mù dans le roman de In SsUs Hélèn» (voir Mim. dt
la Sec. néo-phUologi^ dt HtUingfari , 1 1, i8g3,
p.»3).
DiHPiSBRi 3iag, Dampierre (Aube). Voir Ghiom.
DiRiMiacBE a86&, Danemark.
DiaoH (£«) 68&5, 8097, 8tD5, 8995, 9015, go6a ,
9i56, gi6i, 9171. 9176, gi77, çaat, çnlt,
9383, gâao. gfiSg, g666, 1077a (p.), liHâwa
g36g(s.),b ZWon Siii (s.), le Duui, foflii
méridional des chileaux forts de MeatiMi'ti^
Deir el-Belab. Salabadin l'eiceple d« h daUtHtf^
qu'il ordonne en iigi (6BA5); il aart àt<JtlÊt
d'appui aux relaltoni des Samsias d'ilgjpt» al^ék
Sarruia9deSyrie(8o97M.); Richari MOgi kA*
emparer (goiD) et part pour TaUiqB^ffMa)! B
TABLE DBS NOMS PROPRES.
537
le prend (giSi ss.), et le donne à Henri de Cham-
pagne (9383); il le fait démolir (10779).
Dniis {Saint) s88, 3770, saint Denis; te roi de
France, en partant, prend congé de ce patron de
la France (988) à Tabbaye qui Ini était dédiée.
DiQuiDiR 6563 (s.), un des émirs de Salabadin et
son parent, Takieddin (Stobbs), dans le latin Te-
kedinut ou Takedimts; il porte une bannière avec
des braies. Voir Quahadir.
Dbstiiu {Le Ca$el àe$). Voir Gasel.
Diu 68, etc. (r.), Dexu H, etc. (s.), Dieu. Li non
Deu (3577), les noms de Dieu; préservent de la
mort un sergent qui les porte écrits dans un bref
pendu à son cou.
DiDBMUs 1986, 1987, un des trois châteaux forts de
rtle de Chypre situés dans Tintérieur des terres,
aujourd'hui Audino. Ce nom devint Deudamoure ou
Dieu d*amouri dans la langue des Français établis
en Chypre (voir Geetee deê ChiprwM, etc.).
Doc {Le) 3987, 6071, Tell Da'oûk, lieu où se trou-
vait le pont jeté sur le fleuve d*Acre (aujourd'hui
Nahr Nâ'mein); le latin ne contient pas ce nom,
qui figure dans le récit arabe de Bohadin.
DoRDBRon. Voir Bedbbdin.
Dbbc de Fonienil 7013, 7616 (r.), chevalier, est
renversé de son cheval dans te combat près de
Rames en décembre 1 191.
Dbbdb. Voir Dboo:<i.
Dbbdbs 369,61 79 (rime avec êeuee), 6655 (de m.),
Drttiet 6khàt Dreux (Eure-et-Loir). Au v. t6o,
la distance entre Évreux et Dreux {Qui e§t a »et
liuuêi d'Evreuet) est sensiblement trop faible (il y
a environ ào kilomètres), à moins qu'on n'admette
que la lieue d'Ambroise fût plus grande que la
lieue kilométrique. Voir Robbbt.
Dbbds. Voir Dboon.
Dboor d'Amienê 565 1 (r.), Dreuê 6539, ^^^9 (M
appelé ffi» tires (6539) ou danz (5A5i) et très
loué, chevalier français, que Richard charge d'un
message auprès de Conrad de Montferrat.
Dboob de Merlo : Dreu 6i85 (s.), Dreue 1881 (s.,
ms. à tort E dreu)^ dievalier français, est envoyé
en Chypre par Philippe pour hâter Ridiard (1 88 1) ;
figure avec son fils Guillaume et une nombreuse
suite dans le combat du 7 septembre 1199
(6i85).
DuBRS 3i 98 (rime avec hon$), nom de lieu impossible
à identifier, car il ne peut guère s'agir du village
de Dons, comm. d'Annœullin, canton de Seclin
(Nord).
E
Kbbtihbs, faille pour Cherineê. Voir Ghbbihbs.
Ebron 961 5, Hébron, ville de Palestiue.
EcTOR. Voir Hector.
Egiptb Sagfi (p.), Egypte.
Emal's : Esmal» 9866 (rime avec ma/i), Emmaûs,
près do Jérusalem. Ce nom au moyen âge est tou-
jours prononcé en deux syllabes.
Emmb : Amfi G38 (rime avec /ame), Emme, nom d'une
femme de Messine.
Empereur. Voir Albmaignb, Ctpbb.
Engleis 6i53, 85o5, 9686, io5oo (pi. s.). Anglais.
Ils marchent avec les Normands à la bataille d'Arsur
(61 53). Il faut lire Geneveis au lieu d^Engleiê au
vers 619a (voir la note p. 358).
Engletbrb 9*j, 167, 189, etc., Anglelere 6793, 853o,
Angleterre. — La reine mère d'Angleterre, Alié-
nor, mère de Richard, vient à Rise, lui amenant
Béren/rère de .Navarre, s'entretient longuement avec
lui à Messine, et retourne ensuite en Angleterre
(1 13^ ss.); elle essaye en vain d'arrêter son fils Jean
sans Terre dans sa mauvaise conduite à l'égard de
Richard absent (9666). — Voir Bbrbhoierb.
Erard de Brienne, Voir Braihb.
Ebmir : Hermine 1691, 1760 (pi. r.). Arméniens; la
gent ermine i559, les Arméniens.
Eb5Aut. Voir Chastbl Ebraut.
Ebbaut del Boii : Emaut 7533 (s.), chevalier, vimt
à la rescousse du comte de Leicester.
EscAiiORB 9591, 6959, 6966, 7009, 7779, 7779,
7897, 7973, 7997, 8093, 8060, 8106, 8988,
83o6, 8309, 8368, 8633, 8.^79, 9699, 9751,
io3ii, io36o, 10763, 10773, 10908, 11738;
Eikaknê 9587; Eêchalone 96o5, 5o69, 5568,
686f, 7013, 7015, 7096, 7396, 7887, 8i65,
8i58, 8678, 8799, 9157,9388, 9711, 11799,
11775, Eêchalùine 9070 (rime avec anone)^ l'anc
Ascalon, auj. Ascalân, ville au sud de la Pales-
tine; elle est prise par Salabadin après un siège
difficile (9591 ss.); est attribuée â Geoffroi de Lu-
sîgnan (5o69); ^ un des lieux fortifiés que Sala-
47.
538
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
hadin donne ordre de démanteler en 1 191 (686 1);
les croisés veulent empêcher cette destruction
(7009 ss.), mais les Français ne sont pas de cet avis
(7019 ss.); Salahadin ne consent à la paix qu^à la
condition qu'elle ne sera pas reconstruite ( 7 395 ss. ) ;
en janvier 1199, les Templiers conseillent encore
d'aller avant tout la rebâtir, et on s'y décide
(7768 88.); les croisés y souffrent de la famine a
cause de la mauvaise condition du port (7897 ss.) ;
légende sur les anciens fondateurs de la ville et de
ses cinquante-trois tours (80 9 3 ss.); on travaille
activement à sa reconstruction (8069 ss.); Richard
y tient cour plénière à Pâques de 1 1 99 ( 8699 ss. ) ;
il la quitte avec son armée le 7 juin {g'jhSss,); Sala-
hadin exige pour conclure une trêve la destruction de
la ville, ce que Richard refuse (10761 ss.), mais
finit par accepter (11773 ss.). — La forme EichaUme
pour Eicalone est sans doute purement graphique ; le
nom de l'échalotte, anc. etchakngnê, ne prouve rien
à rencontre, ce mot, qui existait déjà en latin avec
le même sens sous la forme atealonia, étant entré
dans la langue beaucoup plus anciennement.
EsMÂis. Voir Ehaos.
Espàiore: EtpotfM 538 , 9998 (rime avec i4/fmmVi«),
8 /Il 81 (rime avec eompaine)^ Espagne.
EspiÂBT : Etpiarz 9306 (s.), écuyer, qui entre le
second dans le Daron. Le latin a Oipiardo dans
le texte (p. 355), mais il faut adopter la variante
Eipiardo, que donne le ms. C; le traducteur latin
a d'ailleurs fait k tort d'Ëspiart l'écuyer de Seguin
Barré.
EsTABLB (L') 7199, nom de lieu non idfintiêé» Voir
ÀLiiH, Lucas.
EsTAKc (L') 6979, nom de lieu non identifié. Ydr
G01LUU11B.
EsTiimi. Voir Estiiri.
EsTiiHB : /t cusiif Eêtiefneê 35i3 (s.), le comle^
de Sanoerre; vient à Acre en août 1190, et
presque aussitôt
EsTiBHi de Longchamp gZiZ^ 1007$ ('")«
10077, 10Â88 (s., rime avec junsiiei),
de Longchamp, chevalier normand, met le
sa bannière dans le Daron (93 13); aooompiil ém
prouesses aux combats des 17 et i3 jain i*^
(10077 ®^ 10Â88). Etienne de Loogefaenip jeai
encore on rôle important après son retoori fijr;
Hiitor. de Fr„ t XXIII, p. 686, 693, et A. Le
Prévost, Mém.pour tsrw à Vkiêt. du iif.'i9fWmt$t
t. II, p. 39&. \,
EsTiBRi de Tomekan : EsHenee 870$ (s.), Étieanede
Turnham , chevalier de Richard, envoyé en wÈmmg^
auprès de Salahadin à Jénisaienk II foi plue twA
chargé d'escorter à Rome les reinei Bérenfère el
Jeanne, avec la fille de Kyrsac, quand eUei ^aill^
rent la Terre-Sainfe {Hiêtor. de Ftwiet, t XVM»
p. 569).
EsTORRBLs (La Caneie ae). Voir Cahbib,
EvBART : Evrardz 5778 (s.), sergent de Véfkpm d§
Salisbury; a le poing coupé dans le eoMbÉt éi
95 août 1191.
EvRBUBs 960 (rime avec Drsiiai), 1009» A7o6(taM
avec f ttsf ) , 7190, Evreux. Voir Jobjjk
Fa! (Le) 10997 (nmc avec envat). Le Fai; beaucoup
de lieux habités en France portent ce nom (Fage-
tum); on peut surtout songera Saintc-Uonorine-
du-Fai, cant. d'Évreci (Calvados). Voir AucoKfis.
Fahrbs, en Lombardie /i&95, Faoo, ville et port
d'Italie, sur l'Adriatique, à l'embouchure du Me-
tauro. L'évéque de Fano (Fanensie epiicopui dans
le latin, p. i35), homme de eeinte vie, prêche avec
succès devant Acre en 1 1 90.
Far (Le) 5i5, 1137, *^99t ^Q^^i ^® Phare de Mes-
sine.
Fadvbl i84â, 18&5, 1930, 7115, 7750, à la fois
nom propre et désignation par la couleur (el/avel
66o5) d'un cheval excellent, conquis par Richard
sur l'empereur de Chypre et dont il se
dant toute la croisade. On retrouve le noai 4b
cheval Fauvel de Chypre dans le poème
(traduit du français pour cette partie) de
CcBur de Lion,
Fblippb 91 (r.), FiUppeê àltt, 45s9(8.), Plâifpall«
roi de France, plus souvent désigné par aon lifra.
Il fait la guerre à Henri II d'Angleterre (91 fi.)|
il se réconcilie avec lui et se troav e A Ymtirwm iê
Gisors(iii ss. ); après la moH de Henri, il iteUMl
avec Richard pour la croisade, en 1190* àDvHKi
où il apprend la mort de sa première feniiNf(aM^
ss.); il part de Saint-Denis et se rend à .Venin le
1" juin 1190 (985 ss.); il jure à VéMl^ Al-
.-:*ffî:-rif
TABLE DES NOMS PROPRES.
539
tendre Richard à Messine, et de partager avec lui
tout ce qu*it pourra conquérir (365 sa.); il se rend
à Lyon (Ai 3). — 11 s^embarque k Gènes (6&i),
arrive le premier à Messine, le 1 1 septembre 1 190 ,
y débarque sans éclat et va se loger au palais (673
ss.); il est chez Richard, en conférence avec lui,
quand éclate le soulèrement de Messine (669 ss.);
il rentre chez lui cl ne prend pas part à la Inlte,
s^entendant avec les gens du pays (689 ss.); il in-
terdit même Tentrée du port am galères anglaises
(781 ss.); il est très mécontent de voir les ban-
nières de Richard sur les tours de Messine , et lui
en garde une rancune durable; il veut les faire
abattre, mais on convient qu*ib y mettront tous deux
les leurs (897 ss.); il est soupçonné d*un accord
secret avec Tancré contre Richard (917 ss.); il est
en désaccord avec Richard (956 ss.), mais ils se
réconcilient et partagent le butin (1069 ss.); il fait
des largesses à ses hommes (1076 ss.); il mange
chez Richard au château de Mategrifon et en reçoit
de riches présents ( 1 087 ss. ). — Il s^embarque pour
Acre le 3o mars 1191 (iia6) et y arrive le a 0 avril
(A597); il s'y comporte bien en attendant Ricbard
( 66oa ), mais il veut faire roi de Jérusalem Conrad
de Montferrat à la place de Gui de Lusignan(i7i 1,
5o65); il envoie dire .à Richard en Chypre qu'il
Taltend pour attaquer Acre (1879 ss.). — Il vient
à la rencontre de Richard quand celui-ci débarque,
le 8 juin (a335); il donne trois besants d*or par
mois à ses chevaliers (àb'jb ss.); il fait dire à
Richard de donner Passaul; celui-ci, malade, le
prie d'attendre, mais il attaque seul (â6ao ss.),
et, dépité de son insuccès, tombe malade (^1689
ss.); il guérit avant Richard {h']li^)\ avec sa pier-
rière Maie Voisine il abat un pan de mur de la Tour
Maudite {U'jhb ss.), et tire lui-même des coups
d'arbalète contre les assiégés (6819); on lui brûle
ses engins (/i8i5 ss.). — Acre prise, on apprend
avec indignation qu'il se prépare à retourner en
France, donnant pour raison sa maladie, ce qui
n'est pas une excuse valable (5a/i8 ss.); il charge
le duc de Bourgogne de la conduite des Français
(6995 ss.); il emprunte deux galères à Richard
(5998) et lui jure qu'il n'envahira pas ses terres
sans l'avoir prévenu quarante jours à l'avance (53o5
ss.); il pi*end congé, au milieu des malédictions,
le 1" août, et va à Sur avec Conrad, emmenant
ses prisonniei-s (5399 ss.); il se lie avec Conrad
par des serments (839o). — Richard est inquiet.
À bon droit, de ce qu'il peut faire contre lui en sou
absence (7616, 91 &7); on fait croire à Philippe
que Richard a envoyé des Hauaasis en France
pour le tuer, ce qui causa plus tard la captivité du
roi d'Angleterre (8893, ia3o7); il intrigue avec
Jean sans Terre (96^7 ss.); Richard, délivré, lui
fait la guerre avec succès ( 19333 ss.).
Feuppi ioo3& (r.), PêUppeê 9969, ioo3t (s.),
compagnon de Baudouin le Garon.
Fbuppk 9710 (r.), crieur du roi Richard.
Fbbibbis 3ia5, hU3'j (rime avec avert», lire p.-4.
entierei), 6173 (rime avec mofiMret), auj. Saint-
Hilaire, c** de Broglie (Eure) : Guauquelin de Fer-
rières était Normand, d'après Vltinerarium (p. 93).
— Le comte de Ferrières mentionné au vers 3i95
est Guillaume, qui mourut au siège d'Acre en 1 1 90
(ffûtor. de France, XVU, 5i a).
Fbbbi de KimiM 9968 (r.), Perriê 9958 (s.), Ferii
9953 (s.), Ferri de Vienne, qualifié de mee tires
9953, seigneur champenois, remet è d'autres le
soin, qui lui avait été confié, de protéger une cara-
vane. Voir d'Arbois de Jubainviile, Util, des comtés
de Champagne, t. IV, p. 68, 568; Longnon, Livre
des vassaux de Champagne, p. 963.
Fiibb(L«): kFierùSUg, 9397, 9399, 9611, 9^35,
le Figuier, nom d'un chAteau fort; Salahadin le fait
démolir en 1191 (6869); les croisés le prennent
le 97 mai 1 199 (9397 as.). Le latin l'appelle Cas-
trum Ficuum (p. 357, 358; au premier passage,
p. 980, il l'omet). C^est, d'après Stublis, un en-
droit entre Tell el-Hesay et Masjdeljaba; «rmais c'est
impossible en ce qui concerne Medjdel YAbA, qui
est situé très loin au nord; voir Bec, d'arch, or.,
p. 3oi. — Cl.-G.n Le mot a nécessairement deux
syllabes; il faut corriger le vers 68/19, où il n'en
a qu'une, en supprimant E au commencement.
FiuppB. Voir Fblippb.
Flambsc 85o5 (pi. s.). Flamands.
FLARoaBS 995, 9853 (rime avec AUxasidres)^ 653 1
(rime avec esclandres)^ 6697, 6767, Flandre 9995
(le ms. BjUmdres, mais Ye est élidé), Flandres;
on Toit que les formes avec et sans s étaient usi-
tées, mais la première était plus ordinaire. Le
comte de Flandres mentionné plusieurs fois est
Philippe d'Alsace : il se met en route («95); il
meuK è Acre le 1*' juin 1191 (653i), au grand
regret de tous les croisés (6697, 6767). 1^ séné-
chal de Flandres est mentionné au vers 9995.
FoHAaocE 1860, 1869, 9119, Famagooste, ville de
5&0
L^HISTOIRË DE LA GUERRE SAINTE.
Chypre. Vo parait attesté par la triple répétition ;
cependant on ne le trouve pas ailleurs; le latin
(p. 199) a Famaguita.
FoNTBifiL 7613 (r.), dans le latin de Pontenillo
(p. 3oo). On ne trouve aujourd'hui d*endroit de
ce nom que dans les Hautes-Alpes; on peut penser
au hameau de Fonteny, dans la Nièvre (c"* d'Ou-
coux, cant. de Montsauche, arr. de Château -Chi-
non), pour lequel on trouve au xvii* siècle la
forme Fontenyl. Voir Dbbu.
FoBNivAL iiâaB, 11 900, Foumival, cant. de Saint-
Jnst-en-Chaussée(Oise). VoirGiBABT.
FoBTDifS 3o56, la Fortune personnifiée.
Frahc 6895 (r.), Franc 6868,6879, 8609 (pi. s.),
Fratu 9066, 5395, 681 A, 6893, 8096, i9o5o
(pi. r.), France 1666 (pi. r.), Franc. Ce mot a
toujours clioz Ambroise le sens de Latin, Occi-
dental, par opposition aussi bien aux Grecs (1666,
9 06 6) qu'aux Sarrasins (5395, etc.). L'emploi de
ce mot dans ce sens par les Grecs et les Arabes
remonte au temps de Charlemagne.
Francs 18, 88, 953, 965, etc., France, royaume
de Philippe. Voir Felipe. Notez au vers 8897 l'ex-
pression France la dulce terre, empruntée par Am-
broise au vocabulaire des chansons de geste. —
La reine do France, femme de Philippe (Isabei
de Hainau), meurt le i5 mars 1190 (963 ss.).
Frarceis 58oo, 839o (s.), 689, 709, 896, etc.
(pi. s.), â/ii, 6566, 5365, etc. (pi. r.). Français,
habitant du royaume de France , sujet de Philippe.
Les Français viennent prendre Philippe à Messine
dans le logis de Richard (709 ss.); ils vivent tran-
quilles dans la ville pendant les troubles (709 ss.).
— Ils arrivent à Acre avec Philippe le 90 avril 1191
(6597 ss.); Philippe, en partant, confie au duc
Hugues de Bourgogne le commandement de ceux
qui restent (5995); ils se plaignent de pas avoir
eu leur part du butin d'Acre, qui devait payer leur
!«ol(lo ; Richard la paye (5385 ss.). — Ils font Tar-
riùre-garde dans la marche des croisés vers le sud ,
le 93 août 1191 (5755); arrivés à JafTc, ils re-
fusent do marcher sur Kscolone (7007 ss.); après
le premier échec de la marche sur Jérusalem, en
janvier 1199, ils se séparent des autres et s'en
vont à Jaiïe , à Acre , à Sur ou au Casai des Plains
(7863 ss.); en mars, ils consentent à rejoindre
llichard à Kscalone, mais jusqu'à Pâques soûle-
mont (7967 ss.); n'étant pas payés, la plupart se
retirent de nouveau, vont à Acre, où ils prennent
parti pour les Génois contre les Pisans, puis s'en
vont à Sur quand Richard arrive* à Acre (8167 a^),
et s'attachent étroitement à Conrad (8t6i tê,)\
sur l'ordre du duc de Bourgogne, ceux qui étaient
restés à Escalone partent pour Sur; Richard Uê
fait escorter par un corps de Normands, Manoeam,
Angevins et Poitevins, mais il fait défendra à aat
lieutenants à Acre de les accueillir (83o8 if.); à
Sur, ils se livrent à tous les désordrea (865o la.).
— Après l'élection de Conrad, Richard lui fidi
dire de revenir avec les Français (8665 la.); i|>rèa
l'assassinat de Conrad, les Français décident la
nouveau roi, Henri de Champagne, à ^xraaerat
veuve (9039 ss.); ils vont à Acre avec 101(9071 la.)
et se préparent k marcher sur Escalone (91 5i sa.);
ils arrivent au Daron comme il vient d'être pria
(9376 is.), et reviennent A Escalone à la joie gé-
nérale (9396 ss.). — A la fin de mai 1 19a, ila dé-
rident, d'accord avec toute l'armée, de marcher anr
Jérusalem (9683 ss.); le la juin, Os sont suiprii
par l'ennemi et presque mis en d^nte (9897 sa.);
ils pressent Richard d'attaquer Jérusalem (lOtSi
ss.); ils s'opposent 4 la marche sur TÉgypte, eon-
seillée par les délégués auxquels tout la monde 8*ea
était remis : Richard déclare qu'il continaera, a'ila
l'exigent, l'expédition sur Jérusalem, mais qu*fl re-
noncera au commandement (10a ad); ila prennent
part avec Richard, à condition d'avoir le tien da
butin, à une attaque heureuse contre une cara-
vane (10991 ss.); ils font bande k part dana lea
marches et se querellent avec les autrea (10639
ss.); dans la retraite sur Acre, en juillet 1 19a, ils
forment l'aile gauche (10709 ss.). — lis refioaent
d'aller secourir Jafle avec Richard (10979 sa.), et,
en septembre 1199, refusent de nouveau de se
joindre à lui (11709 ss.); après avoir blAmé la
trêve conclue par Richard, ils veulent néaomoÎDS
en profiter pour aller à Jérusalem; mais Richard
mande à Salahadin de ne laisser passer personne
sans ses lettres ou celles du comte Henri; beaueonp
de Français, dépités, s'embarquent anssildt nos
avoir fait leur pèlerinage (1 1839 ss.). — Ambroiae
blâme souvent la conduite des Français; il lea
appelle cependant la genifiere (5765), et il re-
connaît que souvent les torts étaient réciproquea
dans les discussions entre les sujets de Richard et
ceux de Philippe; il regrette le temps de la pre-
mière croisade, où, d'après lui, on ne se deman-
dait pas qui était Français ou Normand, Poitenrin,
TABLE DES NOMS PROPRES.
5&1
Breton, Manceau» Bourguignon, Flamand on An-
glais (85oa 88.):
Frédéric, Voir Alimaiohi.
Fduib 9889, 9395, Herbia, entre Escalone et Gaza.
Gâlatib (La) io3o7, io33o, Ut Gmlatiê 68/17, °°
des cliâteaux que Salahadin fait détruire en 1191
(68^7), Karatieh, près d'Escaione.
Galbis. Voir Gdalbis.
Galilbb {La mer de) 35/17. le lac de Tibëriade, dont
l*eau est douce et bonne â boire (ef. Emoul,
p. 16).
Gabacois. Voir Caracois.
Gablandb. Voir Gcablahdb.
Gascoiivb, Gascoirz, Gascor. Voir Gdascoinb, etc.
Gasdbbs : Guadret 68 A3 (rime avec madrêê), Gazra
9389 , Tancienne Gaza , ville et port au sud de la
Palestine, dont le nom était devenu Gazara, sans
doute par confusion avec Gazara ou Gadara de
Gélésyne trou plutôt avec la Gaztara de Palestine
{Gezer biblique, Montgitart des croisés), À une
soixantaine de kilomètres au nord-est de Gaza. —
GI.-G.;n une des villes fortes que Salahadin fait
démanteler en 1191 (6843).
Gauter. Voir Gcadtibr.
Gazrbs. Voir Gasdrbs.
Grrevbis 36o6 (pi. s.), Gênevoû 8189 , 8900 (pi. s.),
Geneveii 463, 5o5, 8179, 893 1, 11667 (lire en
outre Geneveii au lieu à^Engleiê au v. 9193), Gé-
nois, citoyens de Gènes. Les Génois sont experts en
navigation ( 66 6 ), et le roi de France traite avec eux
pour son passage ( 663 ), comme beaucoup d'autres
(5o5). — Les Génois construisent un chAteau de-
vant Acre avec Conrad de Montferrat (36o6); ils
sont attaqués dans leurs vaisseaux (33oo); ils sont
du parti de Conrad, à qui ils ont promis de livrer
Acre, et ils y bataillent contre les Pisans en 1 19a
(8178 ss.); Richard les réconcilie (8900); avec
les Pisans, ils aident à prendre le Daron(9393 ),
et vont avec eux et Richard au secours de Jafie
(11006, 11 335); ils soutiennent de rudes atta-
ques des Turcs (1 167 ss.).
Gerte 11006, 11 335, Gienvê 33oo, 8935, 9893,
Gènes. Dans tous ces passages , Ve final est élidé ;
il ne Test pas au v. 3i69 , et on pourrait admettre
un hiatus; mais il a semblé préférable dlntrodu ire
la forme Genve§, qui est très anciennnement attestée
et persiste dans le nom français moderne. On peut
eo faire «atant au vert 11 335, au lieu d'ajouter
gmi au texte du manuscrit.
GeojfroL Voir GiirBBi.
Gbobgb : saint Jeorge 6878 (voc.), êoint Jorge 6633 ,
io379 (9.), saint Georges, patron spécial des che-
valiers.
Gbblâhdb. Voir Guablarm.
Gbiout : G^rod k^Zi (rime avec oi, c-à-d. oui),
7607. Voir GuABm.
GiBBLR 9139, Jcl^l» rtndenne Byblos, ville et port
de Syrie, entre Tripoli et Beyrouth.
GiBTBBi de Bretaigne 99, Geoffroi, fils de Henri II
d'Angleterre et frère de Richard, duc de Bretagne,
mort en 1186.
GiBFBBi del Boi$ : Gitfroi iii33 (s.), chevalier, Tun
des premiers qui se jettent A la mer pour secourir
Jaffe en 1 199. Voir Ebraut.
GiBPBBi de Lueignan : Giefiré 9696 (r.), Jefrei 9835
{r,),JeJrei 6977 (r.), Giefreie 6079(8., rime avec
/ms), J^eis 6657 (a., rime avec ^ms ), Ge/rei
9701, 7733 (s.), Giefrei Sohg (a.), Jeffrei 5o69
(s.), Geoffroi de Lnsignan, frère aîné du roi Gui :
c'est le plus preux chevalier du royaume et le plus
expert en guerre ( 9696 ) ; il n'y a pas eu son pareil
depuis Roland et Olivier ( 6665). D vient retrouver
son frère à Triple en 1 188 (9701); il accomplit de
nombreux exploits au siège d'Acre (9835, 3069,
6079, 6657); on lui attribue, dans le partage du
royaume, Jaffe et Escalone (5o69); il est envoyé
par Richard ponr s'assurer si on détruit Escalone
(6977); il accompagne Richard dans le combat
du 3 janvier 1199 (7733).
GlLBBBBT. Voir GiSLBBBBT.
GiLLAMB. Voir Guillaume.
GiBART d$ Fernmal ,ii695,ii9o5(s.), chevalier fran-
çais, se distingue dans le combat du 5 août 1 199
(11&95); est l'un des messagers envoyés à Sala-
hadin en septembre 1199, et dont la négligence
manque d'amener de grands malheurs (1 1 899 ss.).
Le latin l'appelle une fois (p. 61 5) de Fumival,
et l'antre (p. 639) «ie FcmivaUit.
Girard de Bidrford, nom du maître dn Temple tué
devant Acre le 6 octobre 1 189 et dont on rapporte
542
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
(v. 3oa3 ss.) URC parole hëroiquc. Sur Thisloire
romanesque de ce personnage, voir Ernoul, p. iih
(où il faut lire chevalier, 1. 5, au lieu de clevc :
voir Journal de§ Savante, 189.3, p. 957, note 3).
11 avait ëté fait prisonnier à Hittin, puis délivre.
.M. Stubbs a imprimé à tort de Bidcjordia (Itin,,
p. 70) pour de Riddefordia, que donnent deux ma-
nuscrits. Voir Rôhricht, Berichtigungen und Zutàtze
zu Du Cange't Lignage$ d'outremer, p. 17.
GiSLBBERT de Waëcoil : Gilebert 1166 (s.), Gilbert de
Vascœuil, chevalier normand , quitte Messine en
avril 1191 pour retourner en Angleterre. Ambroisc
rappelle à ce propos que c'est lui qui plus tard
laissa prendre Gisors par Philippe; ce fait eut lieu
en avril 1193. Le traducteur latin, plus sévère,
accuse Gilbert de trahison (p. 176), et ce fut l'opi-
nion générale des Anglais (voir Roger de Hovedcn ,
éd. Stubbs, III, 906, et HUtor. de Fr. , XXIH, 69C).
GiSLBBEBT Maleimainê : Gileberz 106 83, prend part
au combat du 99 juin itga. Voir sur ce person-
nage Hiitor. de Fr., t. XXIII, p. 71 A, 716.
GiSLBBBRT Talebot: Gileberz Taleboz A719 (s.), un dos
plus preux parmi les croisés, arrive en juin 1191.
lie latin l'appelle par erreur Girardue de Taleboz
(p. 917).
GisoBz ii3, 1167, Gisors (Eure). L'entrevue de
Philippe II et de. Henri II en 1188 a lieu entre
Gisors et Trie (11 3); Gisors fut plus tard livré
à Philippe par Gilbert de Vascœuil (1167; voir
Gislkbert). Gisors, revendiqué par Phili{^, avait
été abandonné par lui à Richard dans le traité
conclu a Messine, et Gilbert de Vascœuil en avait
été fait gouverneur.
Godefbei de Boillon 10673 (r.), Godefroi de Bouillon ,
le principal héros de la première croisade.
GoLGATUA 19060, le Golgotha.
GoBRAi 6169, probablement Gournai-en-Brai (Seine-
Inférieure). Voir Hloti.
GRAié 75.56 (rime avec Chavignié) , Grave, cant. de
Ryes (Calvados). Voir IIobi.
(jdaïb 37 Al, Turc qui se fait tuer par le Gallois Mar-
caduc au* siège d'Acre.
GnEGK 7898 : la mer de Grèce, la partie de la Médi-
terranée comprise enlro la Grèce et la Syrie.
Gbecbis. Voir Grezeis.
Grégoire : liuitimei Gregorie» /i5(s.), Grégoire VIIl,
pape du 91 octobre au 17 décembre 1 187.
Greszesche. Voir Grezeis.
Grezeis 3317, 36o9, 3^199, 3691, 3699, 3858,
3867, greeeiê 33i8, ^786, toujours avec fêm,
grégeois; la gretzeeche gent engrmte i6s8, la mé-
chante race grecque.
Grieus : Griu i559, i58i, 1898 (pi. s.), Gnu 1766
(pi. s.), Griut i595, i5&o, i546, 1760, so68
(pl.r.), (rrj^on 601, 606, 9^0, tàth, i569, 1678,
1709 (pi. s.), Grifon» 7Â0, 1691, i8b6 (pi. r.).
Grecs; les deux mots Grinu et Grifime sont employéa
indifTéremmeni l'un pour l'autre (voir notamment
1760 et 17^9), et le second ne parait être qu'on
diminutif méprisant du premier; c'est par erreur
que M. Godefroy explique Griffon, Grifon par «nom
donné aux Grecs byzantins, et par extension aux
peuples d'Orient en général 9; il ne désigne jamais
que les Grecs par opposition aux Latins. Les Grecs,
habitants de Messine avec les Longebards, sont de
mauvaises gens (5 18); ils insultent les croisés
(569); ils murmurent contre Richard parce qa*i]
arrive en trop grande pompe (601); cependant ils
se liennonl en paix (606), mais ils se joignent
aux Longebards dans le soulèvement de Messine
(760); pour les tenir en sujétion , Richard construit
un cliAteau qu'il appelle, à leur grand dépit, tfsls-
grifon (9^0). — Les Grecs de Chypre attaquent des
croisés qui ont fait naufrage (i4iâ); ils sont chassés
de Limeçon ( 1 685 ss.), battus le lendemain (i579
ss.), et finalement expulsés de Ghypra (ao68). —
Ils sont appelés gent engrené 1698. de maU neUmr$
1896.
(jbiforaills 5/19, 9693, terme de mépris pour désir-
gner un ramas de Grecs. C'est à tort que M. Go-
defroy, en citant le premier de nos deux passages
et un autre de Florence de Rome, traduit ce mot
simplement par «r canaille ti.
GuADREs. Voir Gasdrbs.
Gdalais. Voir Gdalbis.
GuALATiE. Voir Galatib.
GuALBis 37^6 (r.), Gualeiê 37^4, 3766, 8759»
3763, 3766 (s.), Gualait 3789 (s.), GM» 3787
(s.), Gallois, habitant du pays de Galles.
GuALEs 3767 , Galles, région occidentale de la Grande-
Bretagne.
GUAQUELIR. Voir GUAUQDBLUI.
GiJARDB. Voir Blarchb Guabdb.
GoARiN le fitz Gerod 7507 (r.), Guarin 7511 (r.),
Guariiu le filz Gerod k'jSi, 7509 (s.), Garin Fil
Gerout, chevalier anglais, rejoint les croisés k Acre
en juin 1191 (6731), est renversé et frsppë dans
un combat en décembre 1 191 ; le latin a Gmimu
TABLE DES NOMS PROPRES.
5&3
JUitu Geroia, Ce Garin Fiz Geroul n'est pas un in-
connu dans rbistoire littéraire : il fit exécuter |Mir
son cierc, Guillaume de Briane, une traduction de
la chronique de Turpin (voir G. Parts, Di Pmiu2o-
Turpino, p. 60-61; Ward, Catalogué of Romancm
m Uie Department of Manuicriptê in tkê Britith Mu-
ieum, t. I, p. 589-099). n avait épousé Aélis de
Courci et mourut en 1918.
GuABLAHOB : Gorlande 6535, GerUmiê 6i83; Gar-
lande était le nom d*un fief situé dans Paris même,
et qui a laissé son nom k la rue Galande.
GcABNiBB de Napee tfrereê Guwrmen 6383 (s.), Guar-
niert 993 9 (s.), Gamier de Naplouse, mattre des
Hospitaliers, veut forcer Richard 4 charger les
Sarrasins le 7 septembre 1191 (6378 ss.); punit
sévèrement le frère Robert de Bruges, qui a chargé
malgré la défense faite, le 3 juillet 1 199 ; mais, k la
prière des hauts hommes, il se laisse déterminer
k lui pardonner (9930 ss.). Le traducteur latin,
ayant mal compris le premier passage où figure
Garnier, Ta distingué â cet endroit (p. 967) du
maître des Hospitaliers; cette erreur a embarrassé
M. Slubbs, qui, dans une note érudite (p. 379),
a essayé de reconstituer les dates de la maîtrise
de Gamier de Naplouse. Le texte français fait dis-
paraître la difficulté qui rarrétaii : il nous montre
Gamier maître en 1191 comme en 1199. D'après
M. Stubbs, Gamier était d'origine anglaise; il n'é-
tait pas maître avant 1 189, et on ne sait quand il
mourut. Gamier mourut probablement le 3i aodt
1 193; voir Herquet, Die Graumeieter dee Hoepita-
lerorden* wdhrend der Kreuzzùge (Berlin, 1880),
p. 96-35.
GuiscoiG^B : GaMcoine 996, Gascogne, province de
France, faisant partie des possessions de Ri-
chard.
Gi'AscoiNG : Ga$coinz 9308 (s.), Goêcon ^hh (pi. s.).
Gascon, habitant de la Gascogne; les Gascons sont
mentionnés à propos des combats de Mesaine (76 A )•
Voir PiERE.
GuACQUEUif (/« Ferieree : Guaq^êeUne 6173 (s.), Wa-
kelin» ItUS'] (s.), Gauquelin de Ferrières, cheva-
lier normand (voir Fbbiebbs), montre une grande
libéralité lors de la famine pendant le siège d'Acre
en 1190 (6637); P^^^ P^ k la bataille d'Ar-
sur le 7 septembre 1 191 (6173). il était arrivé à
Acre en septembre 1 1 90.
GcACTiER : Gauler 1169 (s.), Gautier de Goutances,
arche\(^f{uc de Rouen (de 11 84 À 1907), homme
très sage, fait rendre, sous peine d'excommuni-
cation, tout ce que les croisés ont pris à Mesaine
(1099 ss.); est chargé par Richard de gouverner
l'Angleterre en son absence; il eut â supporter
dans ces fonctions beaucoup de peines et de luttes.
Voir, sur ce personnage (outre les renvois du Ki-
perteire dêê eaurceê hiêtoriqueê du tnoyen âge, du
chanoine U. Chevalier), A. Le Prévost, Mém, pour
êêrvir à rhiet. dudép. de l'Eure, L U, p. 89; cf.
Hiitar. dêFr.,L XXIU, p. 695.
GuAUTiiB de Maron : GauUer 7199 (r.), chevalier an-
glais, est tué avec son oncle Renier le 99 septembre
ii9«-
G0111U.011 i388, 8Â84 (r.), Ganelon, le traître fa-
meux de la CKamon de Roland; son nom est rap-
proché de celui de Judas conune du pire traître
(i388).
Gdi. Voir GuiOH.
Gui de Sentie, Voir Senliz,
Goillahb. Voir Gdilladhi.
Gdillauhb : Guillamê 909 (r. , rime avec 1*00111110) ,
iZ'jk (r., rime avec reaime) ^ Gillame 596 (r., rime
avec reaime), le roi Guillaume de Sicile, dit le Bon ,
mort le 16 novembre 1189, au grand chagrin des
croisés (969, 1376), laissant veuve sans enfants,
la sœur de Richard (596). Son successeur, Tancré,
invoque les coutumes établies par lui (909).
GuiUaume Borrel. Voir Mabbscbal.
GuiLLAOMB de Borriz : GuUlamee 6171 (s.), chevalier
français (voir Bobiu), prend part k la bataille
d'Arsur.
GoiLLAUMi de Caieu : GuiUamê 7989 (r.), Willamêe
8655 (s. , rime avec hiaumee), Guillaume de Galeux ,
chevalier du Pontieu , se comporte vaillamment au
combat du 6 novembre 1191 (7989); est un des
messagers envoyés en 1 199 par Richard k Conrad
de Montferrat (8655). GuiUaume de Caîeux, vassal
du comte de Flandres, était cependant attaché par
un lien étroit à Richard : il fut un des plêgee du
traité conclu à Messine entre Philippe et Richard
{Hittor. de France, XVU, 53); il est un des com-
pagnons {ce$ de Caheu) auxquels Richard, dans sa
célèbre chanson , reproche de le laisser en prison ;
plus tard, il fut pris à Bouvines avec son seigneur,
le comte Ferraod , et il est un de ceux qui furent
mis en liberté, moyennant caution, en 1996 (Hiê-
for. de France, XVH, 10 5). Guillaume de Caîeux,
comme Garin Fis Gerout, s'intéressait à l'histoire
de Chariemagne : il fit traduire par Pierre de Beau-
timnniMi «atioxaui.
S&i
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
vais la légende latine du voyage de Ghariemagne
à Constantinople. Voir Romania, t. XXI, p. 963.
Guillaume de ChaUm. Voir Gbâalon.
Guillaume de Ferrièret. Voir FiaiBRis.
Gdilladmb de la Chapele : Guillamet 9689 (s.), che-
valier qui accomplit des prouesses admirables pen-
dant le siège de Sur par Salahadin en 1 187. Ce nom
ne se retrouve nulle part ailleurs (sauf dans le
poème cyclique sur les croisades, du xiv* siècle,
dont un fragment a été mis en prose au xv* siède
dans le roman de Jehan d'Avetnet : voir Hietùire de
Jean d'Aveenee [p. p. Louandre], p. 68; ms. B. N.
fir. 19573, f* 199-193; Journal de$ Savante , 1893,
p. i!î88), et n^est pas dans là traduction latine. On
pourrait croire que c'est le nom de ce guerrier espa-
gnol dont la chronique d^Emoul (p. 987, 95 1) ra-
conte également qu^il fit à ce siège des exploits in-
comparables, et qu^elle ne désigne que par le nom
de Vert Chevalier, que lui donnaient les Sarrasins
à cause de la couleur de son armure; mais le ma-
nuscrit de Lyon de YEracle, qui a sans doute une
bonne source, donne à ce chevalier le nom de
Sanche Martin {Hittor, oee. dee Croie,, II, 106).
Notre Guillaume de la Chapelle est-il le même qui
figura en 1900 comme Tun des témoins de Phi-
lippe II au traité du Goulet (Stappleton, II, clxxii)?
GuiLLADMi del Boiê Nermant: Guillamee 1^^119 (s.),
bon archer, se défend vaillamment contre les Grecs
de Chypre, qoi Tattaquent avec deux de ses compa-
gnons après qu*il a fait naufrage.
Guillaume de Garlande : Guillamee 653 (s.), chevalier
français, arrive, avec une suite nombreuse, à Acre
en avril 1191; figure à la bataille d^Arsur (6i83).
Guillaume de Gariande, nommé dans Guillaume le
Maréchal (v. 7676) et souvent ailleurs, est connu
' comme un des chevaliers les plus distingués de son
temps; il se fit remarquer notamment à Bouvines,
où il ne quitta pas le roi un moment.
Guillaume de VEetanc : Willame 6979 (r.), Guillamee
11639 (s.), Guillaume de TÉtang, chevalier preux
et loyal, vassal de Richard, va avec Geoffroi de Lu-
signan s^assurer que Salahadin fait détruire Escalone
(6979); combat près de Richard le 5 aoât 1199 ,
bien qu^il ait un cheval recru (11699). Il joua un
rôle important par la suite sous Richard et Jean ,
et fut souvent chargé de missions; il figure dans
Guillaume le Maréchal, v. 101 36.
Guillaume de Longchamp, Voir Chancelier.
Guillaume de Mailloc : Guillamee 7535 (s., rime avec
hittumee ) , Gmilaiime de MaiUoe , chevalier normind ,
frère de Henri , se distingue près du comte et Let-
cester en décembre 1 1 91. Le tradueteur lalm, ptr
une méprise sur le sens da firançaîs, fini de QnSir
laume le frère de Raoul du Breoîi et non de Henri
de Mailloc (p.3oi). Voir BUtor. de Fr. XXIII, §97.
Guillaume de Merlo : GmOamee 6i85 (s.), WUkmm
656 1 (s.), Guillaume de Mello , cheviEer fiwiçaisp
digne d^éloges, arrive à Acre avec Phâippe en Cfifl
1191 (656i); prend partie 7 teptembre à k
taille d'Arsor (6i85). Il fut plus tard fait
nier avec son fils par Richard (Htslor. dt
XVII, table).
GuUlaume III de Manifirrat. Voir GoiiT*
Guillaume de Pàtiere : Guillamee 9557 (s.), Cknttntatt
de Poitiers, chapelam de Richard, loi idrc— ttM
longue remontrance le 3 juin 1 19e , qonid eilaM
songe à retourner en Angleterre.
Guillaume de Preaue : Guillamê'ji^%\ 71 AS, if sM»
19970 (r.), GwUaumee 7199 (s.), Qnitfwww 4à
Préaux, chevalier normand, preux et loyel*
pagnon de Richard, arrivé à Acre avec
en juin 1191, se fait prendre à la place dai Bi*
chard en se donnant aux Sarrasins pour le «iiie
ou roi (7191 ss.); Richard donne ph» terd'&
prisonniers sarrasins de haut rang pour le ravoir *
(19966 88.). C^est par suite dHme emor de
Bromion (de Pureellte pour de ISniéUk) qe^ûm Vm
souvent appelé Guillaume dee /VrotUfta (StaU»,
p. 987, note 5). Guillaume de Préaux et aeeMftt
Pierre et Jean sont souvent mentioniiés d» FU»-
toire du temps.
Guillaume dee Barrée: Guillamee 58oi (t., rime €»M
palmée), 6596 (s., rime avec JU/mas), Willmmeê 4iif
(s.), chevalier français, céièln« par aa prooeiiet
arrive à Acre avec Phily>pe le 90 avril 1191
(6537); il se comporte si vaiUammeiit aa
du 95 août 1191 que Richard en oublie une I
qu*il avait contre lui (58oo as.); il n*est pas
brillant quelques jours après à la bataille dTAfwnr
(6596 ss.). L'occasion de la rancune de RidHvi
contre Guillaume des Barres est racontée lent m long
par Tauleur de la chronique attrilmée à Beseft de
Peterborough ( flûtor. de Frofiea^XYII, &i8)«tBe-
ger de Howden : Thistoire, où Ridiard ne joua pas
d'ailleurs un rôle très brillant, se passe à MeaÉM;
dans les récits du Ménestrd de ReÛDS, eOa ait
transportée à Acre après la prise de eetia fffla 4t
singulièrement amplifiée; die a pour
TABLE DES NOMS PROPRES.
5&5
UQ assaut donné par Richard et ies siens à l*h6tel
du roi de France. L'auteur de GuiUaumê le Ma-
réchal (vers AA99 88. et ailleurs) proclame que
Guillaume des Barres iormonta tôt Um hoem dé
France. H fut plus tard comte de Rochefort et
mourut en i933.
GoTLLADMB dâi Rochêi : GvUlarMê 1 1^03 (s., rime avec
hiaumet)y est un des messagers envoyés à Salahadin
en septembre iiga et dont la négligence faillit
amener de grands malheurs. Guillaume des Roches,
plus lard sénéchal d'Anjou, après avoir servi Richard
et Jean contre Philippe, passsa en 1907 au service
du roi de France et combattit le roi Jean. Voir
Beaiitemps-Beaupré, Recherchêi iw lêi andenneg
juridictiont de V Anjou, t. I, p. a 86 et suiv. (hau-
teur de celle savante Notice iur GuUlmmu dee
Roche» ne mentionne d'ailleurs pas sa présence
à la croisade); Dubois, RM. dé VÉe, de» charte»,
XXX, 1377; XXXII, 88; XXXIII, 6oâ.
Guillaume de TancarvUle. Voir Tahcabvilli.
Guillaume de Tyr. Voir Soa.
Gdilladme Longes Etpee : GuiUamê» 963o(s.), Guil-
laume de Monlferrat, frère de Conrad, fait seigneur
de Jafle et d'Escalone en 1176 par Baudouin IV
(Chron, d*Emoul, p. i!î8), épouse Sébile de Jéru-
salem et meurt peu après (9449 sa.).
GcioN de Dampierre: Guit 3 199 (s.). Gui de Dam-
pierre, chevalier français, seigneur de noaints châ-
teaux, arrive à Acre en s 189. Raoul de Dieet Tac-
ciise d'avoir reçu, ainsi que l'évéque de Beauvais
et d'autres, de riches présents de Salahadin pour
Iralncr le siège en longueur (Hietor. de France,
XVII, 687). Il joua plus tard un rôle important
au service de Philippe II.
(juioiH de Lungnan 1978, 9o88, 94 15, 948o, 9609,
965i, 9G7], 9708, 9776, 8904, 5o43, 7068,
8181, 8629 (r.), Guiot 9467 (r.), Gui» 1707,
1868, 1988, 1998, 9oo3, 9445, 9455, 9491,
a53i, 2667, 9607, 9657, •Q??» 3019, 3o49,
34o5 (rime avec marehi»)^ 5o53, 5o6o, 6i5i
(rime avec en^tiù), 6794, 8610, 9io5, 9194 (s.),
Guid u/i38 (s.), GuideLusignan, frère de Geoflroi;
il épouse Sébile, fille du roi Amauri, veuve de Guil-
laume de Monlferrat et mère de Baudouin V (a4i5
ss. ) ; Baudouin V mort , il devient roi et se fait cou-
ronner avec sa femme; il mande ses barons è son
couronnement, et parmi eux le comte Raimond de
Triple, qui, furieux de ne pas être roi, ne parait
qu'après la troisième sonunation et après avoir
conclu un pacte secret avec Salahadin (9438 ss.); il
se résout à attaquer les Sarrasins, et Raimond se
joint à lui , mais le trahit , au moins d'après l'opi-
nion la plus répandue, et Gui est vaincu et pris k
la bataille de Hittin ou Tabarie, le 4 juillet 1 187
(9489 98.). — Salahadin lui donne la liberté en
échange de la ville d'Escalone, quoique Gui exhorte
les défenseurs de la ville à ne pas céder (9597 ss.);
il s'est engagé à aller outre mer, et se rend dans
l'Ile de Tortose, mais Salahadin le dégage de sa
promesse , aimant mieux lui qu^un autre comme roi
(9607 n.); il va à Triple, oiî Raimond l'accueille
fort bien, et il y retrouve sa femme (9629); il est
dans une grande pénurie (9667 ss.); le prince d'An-
tioche l'invite k aller chez lui et il s'y rend (9669
ss.), mais il retourne à Triple, où son frère Geoflroi
le rejoint ( 9685 ss.); il va à Sur, dont le marquis
Conrad lui refuse l'entrée; il reste devant la ville,
où le rejoignent les chrétiens les plus locaux , Alle-
mands, Pisans, et les frères de Tabarie (9707 ss.).
— Il se décide, n'ayant que 4 00 chevaliers et
7,000 hommes de pied, à assiéger Acre (9749 ss.);
il vient camper sur le Toron, où il s'établit pour
tout le siège avec les Pisans (9977); il combat très
vaillamment dans l'affaire du mois d^octobre 1189
et sauve Conrad près d'être tué (8019 ss.); il
prend pari à l'assaut donqé le jour de l'Ascension
1190 (34o5); il perd de maladie, en septembre
1190, sa femme et ses deux filles (8897 ss.). —
Il se rend en Chypre auprès de Richard (qui était
son suserain en Poitou) pour lui demander son
appui (1707 ss.); il est chargé par Richard de
marcher par terre sur Famagouste (1868 ss.);
il s'empare de Cherines et de la fille de l'empe-
reur grec (1969 ss.); il est chaîné de la garde de
l'empereur (9088). — Après la prisa d'Acre, il
se fait un accord entre le marquii de Monlferrat,
soutenu par Philippe, et Gui, appuyé par Ri-
chard : on décide (97 juillet 1 191) que Gui aura
le titre de roi el la moitié du royaume (5o4i
ss.). — Il prend part, à la tête des Poitevins,
à la bataille d'Arsor le 7 septembre (6i5i); il
assiste le lendemain aux (unérailles de Jacques
d'Avesnes (6794); Richard l'envoie quelques jours
après, mais inutilement, à Acre, pour rappeler
les craîsés qui y sont restés (7068 ss.). ~r- Les
Pisans qui le soutiennent se battent à Acre contre
les Génois, partisans de Conrad (8181 ss.); les
barons de Tost, considénnt le dommage d*avoir
48.
5&6
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
deux rois et rimpuissance de Gui, demandent à
Richard d^établir un seul roi, et, oonsaités, ils dé-
signent Conrad , ce que Richard accepte (8601 ss.);
après la mort de Conrad, Henri de Champagne est
élu roi, et Gui se trouve tout à fait déshérité; mais
Richard lui donne Tlle de Chypre (9106 ss.). —
C^était, d'après Ambroise, un honmie essentielle-
ment malchanceux (3617); il avait les meilleures
qualités, mais il était simple d'esprit (91 1& sa.)
et manquait d'énergie ( a6 1 8 ) ; il éprouve betaoïNip
de mésaventures (9109) et souffrit de k trdhiMO
et de l'envie (aiiîiS as.). — Gui de Liit%nMi, de-
venu le premier roi latin de Chypre, moonil €n
119A.
GUISGHÂBT. Voir ROBBBT.
GciTBcuif âi88, 8687 (r.), nom de Witikind dnt
les chansons de geste françaises raeontant les gOMUM
de Chariemagne en Saxe.
H
HiiMPBBi dd Tharon : Raîmfrei 6119, Aiai (r.),
Raimfirùiz ûh^S (s.), Hainfroi du Toron, premier
mari d'Isabel, fille du roi Amauri (voir Mabghisi);
Rain^rei est une simple faute du copiste.
Halabi (Sangui» de) 68o3 ; on a sans doute ici le mot
arabe Halabi, signifiant crde Halape (Alep)j), et il
faudrait It£ifa2a6»f; mais d'une part la rime (Varàbi)
prouve qu'il n'y a pas d's, et d'autre part le latin
(p. 979) porte Samicunnui nomvM de Haiapia;
l'erreur parait donc être le fait d' Ambroise. Voir
Saiigui.
Halapb iiSoâ, Alep.
Haboxhcobt : Herdteort i4i5, Hardmcort ^797, Har-
dencourt, cant de Pad, arr. d'Évreux (Eure); il
est bien probable que Herdecort et Hardmcort sont
un même nom et que le titulaire de ce fief, appelé
Bodier (iâi5) et Rogier (^797), n'est qu'un seul
personnage (voir Rogibb) : au reste au vers i&i5
le ms. porte rodée, évidemment fautif, et il aurait
sans doute fallu corriger Rogier et non Rodier (Ro-
gerius les deux fois dans le latin). Le latin porte la
première fois Hardecurt (p. 186), la seconde Har-
deneourt (p. 919); M. Stubbs, qui la première fois
a admis à tort la variante Harecurt, a considéré à
la table ces deux noms comme identiques, sous
cette forme erronée. On trouve, au xiii* siècle, pour
Hardencourt les formes Hardencort et HardincorL
On pourrait songer, pour le premier passage, à Har-
decourt dans la Somme, mais le chevalier dont il
s'agit ici était sujet de Richard et non de Philippe.
Harsasis. Voir Hausasis.
Hartub. Voir Abthdb.
Hadsasis 10799 (sg. r., rime avec ni), 1101& (sg.
r., rime avec aeeU), Harêoeie 8796 (sg. r., rime
avec ocie), Haueaeie ia3o7 (pi. r.), Hanaeie
8895 (pi. r.); ce mot (qui prend, conune le |
montrent les rimes, une s même an siii^goiiir)
désigne proprement les HaekadU ou seetiinf dn
cr Vieux de Mouse» (8796, 10799, iioi4)» et
aussi ce chef lui-même (voir Modsi);
est une faute du copiste; Haueaeie (ou
Hauuaeeie) est la forme ordinaire des textes fiea*
çais. Deux jeunes Hausasis, envoyés par leur eei-
gneur, tuent le marquis Conrad au momeal Ék
il vient d'être reconnu seul roi de JérnsaleM (87S8
ss.); Ambroise donne à ce propos des déUila nr
la façon dont le Vieux de Mouse dreaie aea
et explique comment ils accomplissent lenr<
On accuse Richard d'avoir payé le Vieux
tuer Conrad, et on mande en France à Plîiqi^
de se garder, car Richard a fait envoyer ffÉÊÊn
Hausasis en France pour le tuer : caiennie qii eal
les plus ficheuses conséquences (8878 as., 11107).
Hautbfobt 9611 (au lieu d'ajouter E ei dé
haut fort du ms., il faut lire HanÊUfort)^
fort, chef-lieu de canton, arr. de Périgneox (Der-
dogne); le latin donne Hautefordiam (p. 36i)»
D'après ce passage, Richard aurait dâivré fini»*
fort, le château de Bertran de Bom, du ii^^p^
avait mis le comte de Saint-Gfflea ou de TwàôHtm
. (Raimond V); ce fait n'a laissé aucune antieUtoe
dans l'histoire; il doit se rapporter à Tamiée 11889
où Richard, alors comte de Poitiers, fit une
acharnée au comte de Toulouse.
Hbctob': EctùT 9855, Hector, fils de Priam,
par sa vaillance, grâce au roman de Trm*
Hbliirb Ai 83 (rime avec jpsîfis), HélèBe, ff
Ménélas; le poète rappelle ses amours avec
rendues célèbres par le roman de TroM. Lt
Heleine, avec ei, est celle qu'en^ploie Bottait if
Sainte-More.
Hbmbi 99, 1369 (r.), Henrie ifiS (••), HeOBjUt
t - .
<••
TABLE DES NOMS PROPRES.
5&7
roi d'Angleterre; on rappelle sa brillante famille
(93 98,); il fait la guerre à Philippe II (87 n.); les
deux rois se réconcilient entre Gisors et Trie et se
croisent le 91 janvier 1188 (111 as.); mais la
guerre reprend et dure jusqu^à la mort de Henri,
le 6 juillet 1189 (16a ss.); il était bon, sage et
riche (1369 s.).
Hbiviii io653, faute pour Hugua. Voir Huooii.
Henri d'Angleterre. Voir Rii (Is jotfnê),
Henri de Bar, Voir Bar.
Hbrbi de Champaigne 5396, 9817, 9955, 10931,
1 1708, 11731, 11857 (**-)) ^^^^ 35io, 3833,
6661, 6191, 865i, 8775, 8998, 9155, 1057A,
ii3i9, ii6]5 (s.), Henri 7863 (s.), Henri II,
comte de Champagne, fib de Henri 1** et de Marie
de France, sœur à la fois de Philippe et de Ri-
chard ; il arrive â Acre en juillet 1 1 90 ( 35 1 0) ; il fait
construire un bélier (3833); il se montre très li-
béral lors de la famine (&64i); il est un des pièges
des engagements pris par Philippe lorsquUl retourne
en France (5396). — Lors de la bataille d^Arsur,
le 7 septembre 1191, il garde le flanc de Tannée
en marche (6191 ss.); en janrier 1199, il s^en
retourne avec Richard et le suit très péniblement à
Ibelin (7863 ss.). — Il est un des envoyés qui vont
annoncer à Conrad son élection (865 1); au moment
de partir pour Sur, il apprend Tassassinat de Conrad
(8775 ss.); il arrive à Sur, et aussitôt on Télit roi
en rengageant k épouser la veuve de Conrad, et il
accepte sous réserve de Tapprobation de Richard
(89Q8 ss.); celui-ci est heureux de Télection, mais
le dissuade d'épouser la marquise (8973); les
Français Ten pressent tant et elle est si belle qu^il
Tépouse néanmoins (900^ ss.). — En juin 1199,
il est envoyé à Acre pour faire revenir ceux qui y
restent (9817 ss., 9955 ss.), et les ramène bientôt
à Rames (10576 ss.); il arrive par mer à Jaflîe
pour y retrouver Richard lors de la délivrance de
cette ville (1 i3i8 ss.); il combat ào6té de Richard
(1 1 Al 5); il est envoyé à Césaire, mais sans succès,
pour en faire venir les Français (11708); il est
consulté par Richard au sujet de la trêve (11731);
son sauf-conduit ou celui de Richard est exigé
pour visiter Jérusalem (11 857 ). — Henri de Cham-
pagne, devenu roi de Jérusalem, mais ne possédant
qu^une petite partie du royaume, mourut à Acre en
1 1 97, étant par accident tombé d*iine fenêtre de
son château.
Hb5ri de Graié : Henris 7556 (s.), Henri de Graye,
chevalier normand, prend part à un combat k
Rames en décembre 1191.
HiHRi dé MttUioc 7535 (s.), chevalier normand, prend
part avec son frère Guillaume à on combat à Ra-
mes en décembre 1191.
HiRBi le fih Nicole : Henri» 7591 (s.), Henri Fii
Nicole, chevalier anglais, compagnon du comte de
Leicester, prend part k un combat k Rames en dé-
cembre 1191.
HiHRi le Tieii : Henri le Tyoie 11 633, chevalier de
Richard, porte sa bannière à Jafle le 5 août 1199.
Heracle, Voir Pitriibcbb.
Hbbdbcobt. Voir Hiubhcobt.
HimiPoiD 8599, Hereford, rille d* Angleterre, chef-
lieu du comté de ce nom. Le prieur de Hereford
mentionné ici est sans doute Robert, plus tard
abbé de Munchelney (Stubbs, p. 333, note 6).
HéaoDi : Herodee 1986 (s.), Hérode, était né à
Rhodes. Ambroise a-t-il inventé cette circonstance
uniquement pour la rime? On ne la retrouve nulle
part, et le traducteur latin Ta omise.
HlBTCl. Voir AlTHUB.
HiLAiBB (Saint) 7811, saint Hilaire de Poitiers, fêté
le 16 janrier.
HoMBs 6713, le Hommet-d'Artenai, comm. de Saint-
Jean-de-Daie, cant. de la Périne, arr. de Saint-LÔ
(Manche); il faut rétablir de ou du Homez au lieu
de dee Omee au vers 10993; le latin a Humet dans
les deux cas (p. 917, 6o5).
HoRORBis : Hungreie 5636 (pi. r.). Hongrois.
H0116RIX : Hwngrie 5633 , 5639 , Hongrie. Le comte
de Hongrie mentionné là est sans doute le comte
Nicolas, dont Tarrivée k Acre en 1 189 est indiquée
dans Vhinerariwn Rieardi (p. 76); il est fait pri-
sonnier par les Turcs (5639).
HosPiTAL 97, 6377, 8867, g6î6, 9899, 9908,
10955, 10966 (r.; partout VOepiial, sauf iM H,
et al H, 10966); VOepitale 5866, 6i55 (s.),
rflôfntal de Saint Jean à Jérusalem , perdu en
1187(97); la maison de THôpital à Sur (8867);
Tordre . des frères de THôpital. Voir Hospitiubb.
ïbeUn de VOepiUd; voir Ibblih.
Hobmtaubb : OepUaUere 6696 (sg. s.), Hoepitalier
6697, 7^9* « 10981 (pL s.), Ho^ntaUeri^h'jb'jj
6886, 9931, i09i5, 10769 (pi. r.), Oi^ptfiilîsrt
10900, 1 1786 (pi. r.), Ho^ilalier, frère de l'Hô-
pital. Les Ho^italiers, le 6 octobre 1 189, prennent
position devant Acre, avec les Templiers, sur le
rivage de la mer, et chargent avec eux (9967,
5&8
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
99^3); iis ont une pierrière à eux (6757); ils
font rairière-garde à ia bataille d'Arsur (6i48 as.),
et demandent à Richard la permission de charger,
qu'il leur refuse (6996 ss.), mais ils sont serrés de
si près que leur maître, Gamier de Napiouse, va
solliciter Richard (6877 ss.), et la charge a lieu,
mais échoue par Tindiscipline de deux chevaliers,
dont Tun est le maréchal de THôpital (6696). —
Avec les Templiers et les Poulains, ils s'opposent en
janvier 1 199 à la marche des croisés sur Jérusalem
(7699, 7769); ib secourent les Français surpris
le 19 juin 1 199 (9899); Robert de Bruges, frère
de Tordre, ayant manqué 4 la discipline, est ré-
primandé par le maître (9907 sa.); Richard loue
Texpérience des Hospitaliers pour leur façon démener
la guerre en Palestine (10900); quatre d'entre eux
sont délégués pour décider avec d'autres, en juin
1199, ce qu'on doit fidre (1091 5); Richard ré-
unit le conseil dans leur tente (i0955); avec les
Templiers et d'autres, ils sont chargés de détruire
le Daron (10769); Richard prend congé d'eux
(10966) et leur expose les motifs de son départ
(11734^. Voir GiaiiiiB, Marisghal, Robibt.
Hubert GatUier. Voir Caiitibbibi , Salxsbbbbs.
Hdxs. Voir Hdob.
HuGB de la Mar$, Voir Hugoh.
Hugblot. Voir Huoublot.
HuooR : Huguêë H dits de Burgoine 1 o653 (s.), le duc
Hugues de Bourgogne. Il faut certainement lire
HUguêi au lieu de Henrii dans ce passage (le seul où
le duc de Bourgogne soit désigné par son nom);
mais il est singulier que le latin (p. 396) ait aussi
Henricui; dans les deux cas, la faute doit provenir
de ce que le manuscrit qui a été copié portait sim-
plement l'abréviation H. Le duc de Bourgogne part
avec le roi de France (993); il est un des messa-
gers envoyés par Philippe k Tancré (881); il a une
pierrière à lui devant Acre {U*jb3)\ Philippe en
s'en allant le laisse comme son remplaçant dans le
commandement des Français (6996) et en fait un
des pièges de ses engagements avec Richard (53 9 5).
— Envoyé par Richard à Sui* pour décider Conrad
à rejoindre l'ost, il réussit seulement k ramener les
otages sarrasins (565o ss.); il dirige l'ost avec
Richard à la bataille d' Arsur le 7 septembre 1191
(690/t ss.); Richard essaye vainement de le déci-
der à marciier sur Escalone (7019 ss.); en janrier
1199, dépité de ne pas marcher sur Jémsdem, fl
se relire avec béaueoop de Français an Gaaal àm
Plains (7867); il rejoint i'ost à Escafooe, iiiiis« en
février 1199, Richard ayant refusé de lui prêter de
l'argent pour solder ses hommes» ii se retire à Am
(8167 ss.); il y prend les armes cooUt^ les PiÉUM
et a son cheval tué sous lui (8190 as.); q>pi'dMiit
l'arrivée de Richard, ii s'en va à Sur «foe Ikf
Français (8993); revenil auprèa de Bîdbard apiii
l'élection de Henri, il reçoit avecd'autreé» le ijmà
1199, la promesse de Richard de ne pas quitter ht
Terre-Sainte avant Pâques 1 193 (9703); il eccom»
pagne Richard le 90 juin dans l'attaque d*lme
caravane (10991); il se montre arrogant él fill
faire contre Richard une chanson très injurieaie, à
laquelle Richard répond sur le même Ion (io65$
ss.). — Hugues ni de Bourgogne, fib d^Eackv II«
duc en 1 1 69 , mourut à Sur fort peu de temps après
s'éli*e séparé de Richard; Ambroise fisit une aHmîii
peu charitable à cette mort au vers 1 0978 (cL ti*
nerarium, p. ko h).
Huooif le Brun 6999, Hugtm 7i9<(r.)9 Bngnei le
Brun, comte de la Marche, frère de Gui et Geeflni
de Lusignan; son hôtel è Meesine est alteqaé pir
les gens de la ville (719); il prend part à TieHnl
d'Acre le 11 juillet 1193 (^999)*
HcGOB de la Mare: Huge 1608 (s.), Hugttei de k
Mare, cr clerc armé», conseille à Richard, à la ke*
taille de limeçon, de ne pas trop s'expoaer; le Ni
le renvoie à son «écriture». ' -
HuouBLOT : Hugdot 5645 (r.), Hngeht 564i («.)«
chevalier poitevin, maréchal de Richard, ert em»
meàé par les Turcs peu après la prise d'Acre^ et
Richard essaye en vain de le délivrer. Le Ittim
(p. 9^6) l'appelle simplement JEfugo.
Bugueê Camdavene, Voir Sairt-Pol. - '
HURGBBIS. Voir HONGBBIS.
HURGBIB. Voir HUHGBIB.
HooR de Gomai: Uuee 6169 (s., rime avec eaniMit),
Huon de Goumai, chevalier normand, igore è k
bataille d' Arsur le 7 septembre 119 1.
HooN de Nœfvile : Huê 1 i43i (s.), sergent HOfOMÉd,
(r hardi et noble», combat avec Bidierd kn-^ k
délivrance de Jaffe.
HuoR Ribole : dan Hue 7199 (s.), chevalier d*i
inconnu, est un de ceux que Ri^ierd, ea
1 191, laisse à la garde de laffe.
^^ •■.. . . fi
i ^
TABLE DES NOMS PROPRE».
5A9
I
Ibilir 7865, 7869, 8709, Yâlede Palestine, entre
Rames et Escalone, auj. Yebna (Stobba). Voir
Bauah.
Ibblir de VOspital : Ybelm 95i&, prèa d*Hébron et
de la vallée où naquit sainte Anne, Beit-Djebrin,
Tancienne Éleuthéropolis, d'après Stobbs; eette
identification fait difficallé, Beit-Djebrin n*étant
pas joste Effron, comme Tétait, d*après notre poète
(que confinne Bohadin), Ibelin de THôpitaL «Elle
semble toutefois confinnée par le récit d'Emâd Ed-
Dln et aussi par la tradition concernant sainte Anne
mentionnée par Ambroise, tradition qui vise la
belle basilique de (rSandabanna», tout près de
Beit-Djebrin. — Cl.*6.»
iMBtiT, Tmbêrt, Voir ComI hib9rt,
lirai 9187, ville et port de Syrie, entre Triple et
Botron, Enfôh (Stubbs); le latin (p. aoS) donne
Ntphyn, qui est la forme ordinaire (voir Gtêtêê
dn Chiffroû, S 899 , note b),
haae Conmènê, Voir GaTPaB.
liobel de Hainau. Voir Fbaiigi.
ImM de JénuaUm, Voir Jiaosiiuf.
IsLi (L*) ioo53, rWê 9965, peut-être Lille en
Flandre. Voir MAmsaita.
j
Jachb. Voir Jaqut,
Jafpb 5o69 , 6853 , 6998 , 6999, 69a 1, 6gH , 6989 ,
7099, 7080, 7089, 7053, 7074, 7185, 7658,
7861, 7918, 8081, 8978, 8979, 9009, 9067,
9106, io568, 10716, 107^5, 10777, 10779,
10780, 10790, 10809, 10968, 11097, 119^0)
11978, 11996, 11810, 11795, 117(10, ii8â5,
11871, Jaffre 11007, Jajpkê 9Â3i, Jaffa, Fan-
cienne Joppé, le port le plus voisin de Jérusalem.
Elle est appelée la marine (7918, cf. 6999), ou la
mer bat (a U3i), Elle est attribuée, dans le partage
de 1 191, à Geoffroi de Lusignan (6069). Salaha-
din, en 1191, donne ordre de la détruire (6858);
Tost y arrive le 1 o septembre 1 191 et y campe dans
les jardins devant la ville (6998 ss.); sur le conseil
des Français, on y reste quelque temps et on tra-
vaille à rebâtir les murailles (7099 ss.); les reines
y arrivent (7078). — Richard en partant pour Jé-
rusalem laisse pour garder Jafie Tévéque d^Évreux ,
le comte de Ghalon et Huon Ribole (7186 ss.);
beaucoup de Français, mécontents, y reviennent
en janvier 1199 (7851); des sergents partis de
JafTe font une heureuse expédition contre une ca-
ravane, le 97 mars (897 1). — Richard la promet à
Henri de Ghampagne, élu roi (9009), et celui-ci
en reçoit bientôt les hommages (9057, 9106);
Tost y revient en juillet 1199 (10716, 10745),
puis part pour Acre, mais beaucoup restent à
JafTe (10777 ss.). ^^^ ^^ bientôt attaquée et prise
par Salahadin, mais délivrée par Richard (10787-
11659); Richard y est malade (1 1691 ss.); il de-
mande vainement k d*autres de la garder (11789),
et fait donner par les pèlerins des offrandes pour
en rebâtir les murs (1 1870). Voir GunxAUMB.
Jaki {Saint) 3459 {r,)ji$intJakêl'apo$tr9 66'jg (r.),
saint Jacques le Majeur; sa fête le 95 juillet ( 8459 ) ;
spécialement vénéré par Jacquet d^Avesnes (6679).
Jaki d'Àvunêi 6667, 6681, 6707 (r.), Jakm %Sb'j.
8o5i, 6177, 644i (s.),/ii^ii«f 6687 (s.), Jaehê*
9858 (s.), Jacques d*Avesnet, chevalier flamand,
plus preux qu* Alexandre, Achille et Hector
(9858 ss.); il arrive avec quatorze mUie hommes
à Acre en septembre 1189, ayant tout engagé ou
vendu pour se consacrer an service de Dieu
(9857 ss.); le 4 octobre, il se distingue dans un
combat (8o5i); à la bataille d^Arsur le 7 sep-
tembre 1191, il est an premier rang (6177) et
prend part â la grande charge (644i); il est coupé
par les Turcs et tué avec trois de ses parents après
une défense acharnée (6681 ss;); sa mort cause
dans Tost un deuil comme on n^en a jamais vu
(6668 ss.); le lendemain on recherche son corps
SOT le champ de bataille et on Tenterre à Arsur
avec des regrets unanimes (6697 ss.). Emâd ed-
Dtn rapporte la mort de Jacques d'Avesnes, qu*il
appelle tir Djak. — Jacques d*Aveanes avait fait
au comte PhUippe de Flandre une gnerre dont
lea historiens du temps ont beaucoup parié.
5S0
L'HISTOIRE DE LA GUEBRB SAINTE.
liQtstiiji Jt MailU aboi {t.), roiréchil (lu Temple,
lue (au combat de Naiareth, le i" mai 1187) par
Salahadin. VRintrarium Rie. (p. 7) aous apprend
qu'il élail de la Taumiae et racoate m mort hé-
roïque. Voir Rôhricht, BeriehL und Ziuàlit m Du
Congé (Berlin, 1886, ia-à'), p. 19.
Jéannt d'AngiUtrrt, reiae de Pouïlle. Voir PoiUii.
JncaiLH 1705, i863, 1S89, 1657, 8899, SoJij,
6865, 7000, 7616, 76B1, 77711 7777* 7801,
8109, 8386, 8683, 8706, 9489, 95*1, 9719,
986^,9866, 101 19, icii&4,i 01 5o,ioi5A,i 0180.
ioi58, in3i6, 10S99, 10619, lofiSS, io638,
10731, io8o4, 108&A, 118GS, i>o*3, 11099,
■ •193, iai*7,ii9&t, ■■■56,AnMaJt>iiiS9S,
Jmualam 7063, Jtnahnt gftgi (ma. ItnaaUui),
Jénudem ; rime trèi souvent avec i'tm ( de m. /ani-
taUm rime avec l'am); la âaiiUe cilé (7609)- Gui
de Luaignan ]> est couronné ( a AIi5, Soig); dlee«l
priie par S(dabadiaesii87 (3aai.,Bo&g). — En
aeplembre 1 191, le* croisés songent i marcber aur
Jërumlem, mai» restent à Jaffe (7000)1 en décem-
bre, il( s'en approdient à deui lieue» et Salahadin
»'y retire (7606 a».); le» croisés se réjouissent de
marcher sur la *i|ie sainte (7651), mais, le i3 jan-
vier 1191, on décide, au grand regret de l'ost
(7761 ta.), de rebroosser chemin, ne sachant pas
la détresse et la crainte qai régnaient dans la ville,
qu'on aurait prise alors si on l'avait attaquée
(7799 '*')! '^ ^ avril, samedi saint, se produit à
Jérusalem le miracle du feu sacré (838i si.);
EtiHine de Toroelan, envoyé en message i Sala-
hadin, troQve i Jénisalem(87o6)de» messagers de
Conrad, qui pnqrasait i Salahadin de leoir en Gef
de lui la maillé de Jérusalem (8681). — A la fin
de mal 1193, on décide de reprendre la marche
sur Jérusalem, à la joie générale (9AB1 st., 971g
n.); on s'en rapproche, et Richard, en poursuivant
des Sarrasins, voit une fois Jérusalem du haut
d'une montagne (gSGA);! Jémsalero,on a grand'
peur et l'on s'apprête i évacuer la ville, et celle Toin
. encorelea cnntésauraientpula prendre(986&ss.);
les Français insisteni auprès de Richard pour qu'on
l'attaque; mais, sur l'avis dea gens les plus expéri-
mentes, on prend encore une Tois le parti de la re-
lraile(ioi4oss., io6otss.), au grand désespoirdes
p^erins (10696 ss.). Salahadin rassemblée Jérusa-
lem le plus de soudoyer» qn'i) peut (1073 1). — Par
la tr4ve conclue entre Richard et Sidahadin, les
pèlerins ont le droit de viailer Jérusalem (i 1 788),
mais avec des lettres de Richard ou du ccml« Henri
(it855)irédt de la visite det pèlOTna(it8U-
laigA). — On reproche itoK aux cTwaéi de n'anfr
rien fait de bon parce qu'ils n'ont pas rcfri» Jéi»-
lalem (1 1 1>3 s*.); en tant cas, beaDeonii ont nin
quia la Jérusslsm câesU(ii>53 as.). — LêTtidt
389g, Sébile, fille d'Amairi,»age, bonnaat bal*
(•Ik96), épouse en premièrw noce» Oïdlntmo it
Hontbrrat ( a iag ), est mèra de Baudouin V (aUS);
devenue veuve, elle ^uaeGui deLuiignaii(aiS7)
et devient reine par la mort de scu fils (lUa^
•on mari la retrouve à Triade, qnand il est aactïél
prison, en 118g (aSaï); elle meurt, MnflqM«M
deux fillei. m siège d'Acre ai aeptea^ire 119c
(3897 as.). — Sa »flNir Isahd, devraoB MÙH ^flB
elle, n'est pas appelée reine dans notro psèoMt
Ambroise étant opposé i Conrad, qui l'épauiKi aBi
était déjè mariée i Hainfroi du Toron (■Aa7),
et n'en épouse pas moina le marquis (&i 17 Bs.)t
die reçoit les dernières recommandatimu de GttÊtA
mourant (8858 sa.); die raluse, suivant ces ra^
commandalions, d'ouvrir Sur aux bararn Anfrfi
(8915 a».}', ceux-ci engagent Hsiri de ChMSfmM
i accepter le royaume et i éponaar la iBM^rin
(8981 S8.)i Ridiard dissuade son neveu f4pMMr
une femme que le marquis avait, eonlre lonl divil,
enlevée à son mari [8973 }; mais, dans l'inlsfulli,
la marquise porte i Henri les cleb de la vSt» it
BussiUt les Fran;ai» la lui font ^Nnuar, Ifnlat
plus fadlement qu'dla était pleine de benaU et di
grtee (9016 ss.). laabd de Jérasdem, tftiê i*
mort de Henri en 1197, se maria, povbfa^
trième fois (elle n'avait que vingt^inq ■■■),4'Ai>
meri on Amauri de Lnsignan.
JociLia dt Monbnn .- JoctJma hkhS (s.), chllJJM
français, se distingue par sa libéralilé lors 4e !■
disette pendant le ùège d'Aov.
JoBiM (Sotni) 376, 98&,3&48. 10089, io<i«(r.),
saint Jean Baptiste ; il s'agit dana loiii cm pMMgv
de la fête de sa nativité, le •& joiD.
JoHiK i6go (r.), Jean, drogman de Kyrew, prie Aw
le combat de Limeçon.
JoEkn 1009 (r.), évéque d'Evreux , qui aiq){wrta baia-
coup de dépenses et de fatiguas , est envoya pàRifr
chard en message à Tancré en 1 190. JaMi,MfH
en iiSo, mourut i JaSe le 1" jiun iiga.
JoBiK da fWui : Mm* 1 1 l^^S (s,), Jeen de Pi4mI,
(tin de Guillaume et de IHeiT«( se I
TABLE DES NOMS PROPRES.
551
de Richard et exhorte avec lui les croisés à mourir
vaillamment dans le combat du 5 août 1199.
JoHAR Ufiz Laea» 6789 (s.), Jean Fis Lucas, che-
valier de Richard, vient l'avertir, le 9 5 août 1191,
que les Turcs attaquent Tost en marche.
JoHAN tant terre 101, 179, Jean, dit «sans terre»,
quatrième fils de Henri II d* Angleterre. Il commet
toutes sortes d*usuq>ations et d*offenses envers Ri-
chard en son absence (8536 ss.), malgré les efforts
de sa mère {gkkk) et à Tinstigation du roi de
Franco (gàkS).
JoRDAR de Homez 67 1 3, dee (hnee 10993 (lire de
Homez; Jordan rime avec an)^ Jordan du Hommet,
chevalier normand, connétable de Sées, arrive à
Acre en juin 1191 (A713}; accompagne Richard
dans son expédition k Jaffe en juillet 1 199 et meurt
cette même année ( 1 0993 }. 11 avait été à Messine en
1190 un des garants du traité entre Philippe et
Richard (HUtor, de Fr., XVII, 607 B); il est qua-
lifié dans Facte de amitabulariuê noeier.
JoRDAH del Pm: Jcrdmu 671 (s.), Jordan du Pin,
un des principaux de Messine, joue un rûle
odieux dans les querelles entre les Siciliens et les
croisés.
JosAPHAs 10693, 19081, la vallée de Josaphat, près
de Jérusalem.
Judas i388 (r.). Judas Ischariote, pris comme type
du traître.
JuQuiL dei Marne 1 0&76 (r.), Juquel de Mayenne, un
des compagnons de Richard, est renversé dans le
combat du 9 3 juin 1199 et dégagé par Roger de
Tosni; le traducteur latin Tcppelle quidam eeetw
Jokelinue Cenomanneneie (p. 389), mais les va-
riantes donnent J$ikel et JokeL Sur ce personnage,
qui était vicomte de Sainte>Susanne, et qui, après
avoir été un ami dévoué de Richard, devint un des
pliu fidèles vassaux du roi de France, voir Hietùr.
de Fr., XVII (table des noms propres). Notons ici
que le nom de Juquel est très probablement d'ori-
gine bretonne et le même que Judicael.
Kalabrb. Voir Gaubrb.
I Kynae, Voir Gtpri.
L
Lambert {Saint) de Liegê loaSo, saint Lambert,
patron de la ville de liège.
Latin, latine 8388, 19173 (pLr.),g«iil latine i55i,
Latin, par opposition à Grec et à Syrien.
Lazaron 8098 (rime avec Danm)^ Lasare, que Jésus
ressuscita. La forme Lazaron est le latin Laxarutn
prononcé à la française.
Lbicbstrb A717, 6996, 6^47, 7987, 73i3, 7^83,
7689, 9317, 10067, 10689, 10990, 11617,
11 Sa 9, Leicester, ville d* Angleterre, chef-lieu du
comté de ce nom. Voir Robbrt.
Leizbignan, Lencignan, Lenzeignan, Voir Ldiziiohas.
Lborard (Saint) 8160, saint Léonard. Saint Léonard
passait pour délivrer les prisonniers qui lui étaient
dévots; c'est pour cela que, d'après notre poète.
Dieu avait mis le roi Richard en l'eeckange iaint
Léonard en lui faisant délivrer des captifs chré-
tiens.
Lbons a 1 3 , Léon» tor le Rogne 619, Lyon. L^s de cette
forme, qui ne parait pas généralement usitée en
ancien firançais, s*est maintenue dans Tançais
Lfme,
Lbors 946, 949, Lions-la-Forét (Eure; c*est par er-
reur que dans les manchettes on a traduit «Lion-
sur-Mer»); Richard y tient sa cour ie 9 5 décembre
1189.
LiDzxiiaiiAii. Voir LutziiesAii.
Libgb, Liège, ville des Pays-Ras. Voir Lambist.
Limbçor i485, 1703, 1737, 1797, 9o83, Limissoou
limassol, ville et port de Chypre, peut-être Tan-
denne Amathonte; Richard Tattaque et la prend
(i485 ss.); il y reçoit Guide Lusignan(i7o3 ss.);
il y ^use Bérengère de Navarre (1735 ss.); U s'y
embarque (9o83 ss.).
LiasiGHAi, Unzeignan, Litegnan, Voir Luuii6raii«
LoiRocHAMP. Voir Lorgcbamp.
LoMMBDii 4495, Italie.
Lomoibard. Voir LoaanART.
LoRBiis 191, Londres, capitale de TAngleterre.
LoiiecHAaF : Lnngehamp io488, Longchamps dans
49
mntiiiBRn sATKnAUE.
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
l'Eura («*° ifÉtrdpigDi). Vùr Eniui, Gatii»'
Lomi Stria. Voir Gduudki. H est «ogidier qii« es
flumom ùt loajoun é\é donné 1 dta GaiUBume.
Nous en canDiimHU cinq. Le pins ancien e»i le
second duc de Normandie; puis nous Irouvons un
GuiHaume Longue-Épte fils de GeoSroi le Bel,
comte d'Anjou (t ii6â], notre GailUume de
Hontrerrsl, le comte de Stdisburf, fils n«turd de
Henri It d'Angleterre, et son fils tué i la Ifan-
LoRBiun : Lonfftbard 607, Gi5, g55 (jd. s.), Lun-
piaiJ 667, 6g5, 71 1. 715, 769 (pi. 1.), Laatg*-
batd 60a (pi. ■.), ImgABn 739, 78g (pi. r.),
habitants de l'Italie méridionale et de la Siule
(cf. AnMonia, XIX, loo}. Ce sont, d'après Am-
bniiae. de mauvaises gens (5i8), qui ne peuTent
pardonner aux desMndants des Normands qui les
ont jadis canqnîs (61& ss.}; ils toML avK Aipt
l'entrée trioDSpkal* da Riebard i llaMiiw (Sm);
Us querellent et insultent le* pélorina (607 wL^
ils font des avance* au roi de Fiuee (69^ a*.) at
s'allient avec Ini (9SS); ils soal mi* «n AkmAt
par Riebard (707 sa.) à eanae da Unr iaMjMil
(76g); enfin la paix se fait et ta btiMM «rtMto
rerieot (1037).
liBiàn it "Datnufn. Voir Aloaeam.
Lncu (JuUn^). Voir Jobis.
LDCi's<{(f'£steib7i3i (s.), Lucas daritd4*,{(èM
d'Alain, est tué avec lui dans le e<Hnbat di sy M^
tembre iigi.
Louneiiiit 969A, LuâtÎMm 9h3^, Uugitmt^vj,
LmxtigiuBi &6&7, Luatgnai 3o&9, £M*aqfMM
«835 . LsâiffM» So63, Imuigwm hoi^tê^/fj,
Lmàgmm 7733, Losignan (Vimna). T«Br fl>i.
MiBic dtSaufei 763, chevalier de Richard, est tué
lors de l'oasaut de Messine.
MiHOMUis 9975, Mahomerie, nom donné i un lieu
prés d'Acre, où il y avait eu jadis une mosquée.
Au vers 59&3, mnAamms est un nom commun h-
gnifiant moiqu^.
MiHOHiT 3369, 3S68, 6885 (r.), 5ii8 (s.), Ha-
bomet, qui e établi la loi des Sarraains (6118);
la gtnl Mahomtt 3868, les Samnns; Ambroise
prétend, évidemment par erreur, qu'une image de
Mshomet était pciate sur une bannière aarraaine
(3369».], mais il faut remarquer que ce trait,
qui est aussi dans le latin (p. 83), appartient à
une partie de l'histoire dont notre auteur n'a pas
été témoin oculaire.
MiiiR. Voir CisiL HiiiH.
, Mailu a5oi, «ituéen Touraine.VoiriioDiuii.
HiiLLOC : iUufluc 7535, Mailloc, ancienne localité
dont le nom subsiste dans celui des trois comninnes
de Sainl-DenisMle-Mailloc, Saint- Jolien-de-Mailloc
et Saint- Paul-de-Mailloc, toutes trais dans le can-
ton d'Orbec (Eure). Le latin a Maiiee (p. 3oi).
Voir GaiixiUHi, Hinai.
Muai (/«) 8^47, te Maine, province de France bi-
•ant partie des possessions de Richard.
Hiwi (L«) 10&76 (rime avec jxiians), Mayenne
(Hajenne), qui s'eat appelée longtemps Hatne-la-
Jokd , sans doute è cause du nom de /tdW ■■ A^
quà, habituel dans la làaiilledeaaeàgHvadkBiK
Cependant la forme ial Mmm dana noln iÊÊÉH
aonble indiquer nne eonfiwDn avec la Hhbi la
m de la rilh, JUiwaa.m'M-~
>rAf«.
I. Vmt Ji
likmn.(U): d«l Jtfflu'n&gi, le Heanil; od Mpaat
dire laquelle des nombrauses locafiMa da <• MM
est ici désignée. Voir Toasi.
Maisth bb l'Hoitril. Voir Goikania ai Naaa.. .
HiWTia an Tiaru. Voir TaarLm*.
M*i,sCosiHBi7A6, Mauvaise Coaain*,aiBVOi»dMii
à nne pierrière des Sarraitna d'Acr*.
MiLa Vaisiia k-jUb, Mauvais* Voiàna, wnMOldMBl
i la pierrière du roi de Pranœ i icra.
HlLLOC. Voir HULLDC.
HtaiLOK: MamtlM ii3o3 (pi. s.}, 1
(pi. r. , rime avec Isnfcms] , Msn
on est assurée par la ri
fraoçaise* de GuiHaume de Tjrr, en lit H
ùce.du CnUaiMt.W, i93)et MaMb
Le trsdactenr latin (p. Aia) a In Miilaw, fA
rend par Memlona, et a bit du mot unnaRléB
HuiSBiia d« r/ilt tDo53, too&g (r.). Jl—ajaa
9965 (s.), Jfoaasnsr 100S6 (a.), looSi .(aM^i
•de nie (on penl-éha de Lilta iWk
ta
(.11 0).
TABLE DES NOMS PROPRES.
553
dres) , accomplit de grandes prouesses dans le combat
du 1 7 juin 1 199 et a la jambe tranchée.
Mahsil : Manul 'jhà^ ôâSa, 85oÂ, 9&8& (pi. s.),
Manselë 8338 (pi. r.), Maoceao, habitant du
Maine. Les Manceaux, toujours nommés avec les
Angevins, les Poitevins et les Normands, prennent
part aux combats de Messine (7&&), à la bataille
d^Arsur (G/iSa); font partie de Tescorte qm accom-
pagne les Français quittant Escalone le 3 1 mars 1199
(8338), et décident, avec les autres croisés (mai
1 199), de marcher sur Jérusalem (9&8Â).
Margadug 3739, Gallois, tue au siège d*Acre un Turc
qui Tavait provoqué.
Marchb : nufint preu ehattelam de Mar^ ê de Cor-
newaille ^866 ; le rapprochement de ces deux noms
prouve qu'il s'agit ici de cette «marche de Gallesi»
où s'étaient établis des chevaliers normands.
Marches (Le). Voir Mortpbrbat.
Mabgbisb (La), Isabel de Jérusalem. Voir Jibusalim.
Mabb {La) 1608. Voir Hnooii.
Mare {La), cil de la Mare 67 33, chevalier dont le
nom n'est pas donné et qui arrive à Acre en juin
1191. Beaucoup de lieux , an Normandie et ailleurs,
portent le nom de la Mare. Un Robert et un Guil-
laume de la Mare sont mentionnés dans GuUlaume
le Maréchal (vers i!Î707, 769 1); ils étaient frères
(voir la note de M. P. Meyer au vers 7591), et
c'est peut-être pour cela que le traducteur latin a
rendu cil de la Mare par iUi de Mara,
Mareschal : H mareechah Oepitaiiere 6&96 (s.), ie
maréchal de l'Hôpital non nommé est un des deux
chevaliers dont l'indiscipline fait échouer une
grande charge à la bataille d'Arsur. Il s^appelait
Guillaume Borrel. Voir Rôhricht, Beriehi, und Zui.
zu Du Cange (Berlin, 1886), p. 7.
Marbschaccib (La) 9565 (ms. marchtnuiê) , localité
près de Tabarie, où eut lieu, le h juin 1187, la
défaite du roi Gui par Salahadin. Ge nom se re-
trouve, en dehors de notre auteur et de Vltinera-
rium ( p. 1 6 , Marescallia), chex Raoul de Coggeshall
(p. Qa3), qui place la Mareecalcia à trois milles à
l'ouest de Tabarie ; on s*accorde à mettre à Hittin
ou Hotteîn le lieu de la bataille.
Margat ai 33, 91 35, auj. Markab, ville et port de
Syrie.
Marguarit : Marguariz (s.), un des instigatenrs du
soulèvement de Messine. Il ne faut sans doute pas
le confondre avec le célèbre Margarit, amiral de
Guillaume le Bon de Sicile, qui secourut efficace-
ment la Syrie en 1188 (voir R&mania, t. XTV,
p. &18.
MàME (Sainte) 1616, 396^, 7180, 7678, Marie,
la sainte Vierge.
Mabor 7197, peut-être Maron, canL d*Ardennes-
Saint- Vincent (Indre); ie latin (p. 98) a Marun.
Voir Gautiis, Rahiiib.
Mabsiillb hti'j (rime avec cofwsiZfe), MareiUe 5oi
(rime avec mervmUe) , di63, Marseille. Richard 8*y
rend (&Â7); beaucoup de croisés s*y embarquent
(5oi).
MABsnjj. Voir Mabsolli.
Mabsilli 8683 (r., rime avec oriUs), Marsile, ie roi
sarrasin de Saragosse à qui Ganelon, d'après les
traditions épiques, vendit Roland et les douxe pairs.
Mabtiii (Saint) 3961, saint Martin; la grande Jmte
êoint Marim, le 11 novembre.
Matbobipoh 939, 971, Matêegr^on 1087, nom donné
par Richard au château qu'il r4>nstruisit au-dessus
de Messine pour cr mater» les Grecs. On en voit
encore remplacement et quelques vestiges.
Maoditb (La Tour) &751, 6765, Â911, à Acre; elle
est entamée par la pierrière du roi de France, et
plus tard minée (&909 ss.). Elle se trouvait à
Tangle du grand mur qui, partant du port, re-
montait droit vers la nord (voir le plan d*Acre
dans Kugler, Geeeh, der Krmtxiûgê, p. aSi).
Maulioh, Mallion 10996, 11A91, 11698, Mauiéon,
auj. ChAtillon-sur-Sèvre. Voir Raoup.
Mbril. Voir Maisril.
Mbblb (Le) 59^5, chAteau appartenant aux Tem-
pliers, auj. Mallaha (Stubbs) ou Tantoura (Rey).
Mbblo &56i (rime avec 2o), 61 85 (rime avecpo),
Meilo 1881, Mello(Oise). Voir Dbooh, Guillaumb.
Mbsgbihbs 399, 609, 5t], 517, 539, 676, 809,
83 1, 905, 936, 107&, iii3, 11 53, 1187,
1193, ^799, 9691; Yi ne s^explique pas, non
plus que le groupe $eh; il faut surtout remarquer
qu^au vers 83 1 AfatcAiiiat est traité comme un plu- *
riel féminin; le latin a rétabli la forme classique
Mmoana. Messine est une ville célèbre, très bien
située, et remplie de commodités, mab peuplée
de gens mauvais (5 11 ss.); la flotte de Richard y
arrive arant lui, mais les croisés ne sont pas admis
dans la ville (399, 539 ss.); le roi de France y
arrive le 16 septembre 11 90 (673), puis Richard
ie 93, en grand appareil (58 1 as.); les habitants
attaquent les croisés et sont finalemoit vaincus, et
Ridiard s*enipara de la ville, mais eit obligé de
69.
66&
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
laiuer Philippe melire «usai tes bannières aux le«
mun (6o&, 6si n.]; il fut construire Htlegrifon
pour tenir Msscine en sDJétioti (987 u.]; l'imiée
M repoH i Hesnne juhju'iu ciréme (itii n.);
Richard j bit tenir m mère et sa fiancée (1 153),
et g'embarqae le menredi saint 1191 (1186 h.);
il en emporle de lourds galeta pour cbarf^ lea
pierrière»(Ù799).
Hmoc {U) ! b Mntolt boSi (r.), H Ufl»m>
i 1988 (a.), dans lelatin MmIm ou MalocA , un dea
prindpaui émirade Sala ha din , Metcfatoub ( Stnbba ) ;
il est arec Caracoia le chef dea déCmaeiirs d'Acre
(5o8i]; Hi ,<ront tons deai en message aaprèa de
Salahadin pour Ini demander d'ariaer au aalut des
assiégés (5io5 a*.; c'est le latin aeul qui dit ex-
pressément que ce message fut fait par eui); plus
lard, il est un de ceux qui dissuadent Salahadin
de faire du mal aux pèlerias venus sans Bauf-coD-
duiti Jérusalem (11988).
HiHiHL 6869. 77A3. 77^9, 8173 (r.), chïteau
fort en Paleatine, au nord de Rames, Masjdeljaba
(Slubbs) ou mieux Medjdel YUA (0.-0.); StW
badin l'eieepte, en septembre 1191, de l'ordre
qu'il donne de démolir un grand nombre de forle-
reaaea (6859)1 des Tnrea poursuivis par Richard,
le 8 janvier tige, près de Rames, s'y réfugient
(77&3 ss.); non loin de U,le 17 mars, des croisés
venus de iaflé font un ricbe butin.
HomriiiT. Voir MoHTrnaiT.
Mon. Voir Bai Mont.
HoRT CiLfiiii i>o55, le Calvaire.
HoRTCBiiLOR 9960 (rime avec Coran), MonEdulons,
cant. de Laon (Aisne), appela au m* siècle Mmu
CablMiit ou CabSonii, el plus tard Mmehablm et
Uonchmnlim. Voir CLiaiMaicT.
HoHTa Sion i9o63, le mont de Sion, i Jérusalem,
forme restée laline, qu'an retrouve souvent.
HoRTriaAT 3oi8, Monftral 1713, le Montferrat,
marquisat d'Italie, entre le Piémont, la Lombardie
et la Ligurie. Conrad de Montferral, qui joue un
grand rAle dans notre poème, n'y est jamais nommé
autrement que U marchi*. Il arrive en Syrie après
la défaite de Gui, en 1187, et commence par se
bien conduire i Sur ( i6â5 ss.) ; il refuse l'entrée
de Sur au roi Gui (9699 sa.); devant Acre (où
il était venu en septembre 11 89; toir le latin,
p. 68), il court de grands dangen dans un combat
et ne doit son aalut qu'au roi Gai (3oi7 ss.); il
fait reteuir i Sur les vivres destinés aux asaiégeants
(&107 aa.); il vent avoir le royaonie, et ^Mm.
malgré une vive Of^waitioa, la £Ha du n» AaèBÏ
(Isabel), saur de Sébile, qui vmt de wmA',
bien qu'dle fût déjà mariée .i Haintoi da Ton* <t
qu'il eill lui-même deux autre* feamas ( Ai 1 1 ».)i
après quoi il retourne 1 Sur et n'atTue da yntm
qn'è sea partisans (&168 *■.); aussi, dan* k dÎMlto
qui se produit bieutAt, eat-il Totqet dea uiJMfa-
tionsgénéralea(ia97, iaAi, &a6i, ia63,A9j7,
63,3). _ Il .«Tient i Acra, et, api^ b pise da
la ville, un accord intervient entre Connd, asa-
lenu par Philippe, et Gai, appuyé pu ïUdard,.ai
juillet 1 191 : il est convenu qne Conrad mon S^,
Sayette et Bamt, et sera r« s'il annit i (M
(5oAi as.); il s'en retonme i 9ur avec PUI^pa
(&39g aa.) et, comme on le au( pfos lard, (nod
avec lui des engageraenla secrets (8i84,'8SBa);
il refuse, i nn premier meaeaga de Rîcbard, 4t
rendre les otages serranns qne Pfadippe lui ndl
confia, mais qui excédaient aa pari Hgili«a»t tf
d'aller rejoindre Richard, qu'il craint trop '{Uit
as.) ; il fait la même répouM k une aaeoitda «i^a^
sade, maiai la£n laisBe partir le* olBgw(ti(i9aa.).
— En février ttga, Richard le fait da islMW
sommer de le rejoindre h Escaione, maia 3 raiM*
de venir jusqu'à ce qu'il ait CMtfiM avse'jo.psf
d'Angleterre (81 A3 sa.); il bit coi^wttK i Aen
le* Génois contre les Pisana (8178 a*.) \ nniiiainf
l'arrivée de Richard, il s'anfoit h Sur (SatS 1^}l
il a une entrevue avec Richard an Caid Intel,
mail ils n'arrivent pas i s'entendra, et Udpfd
saisit ses rentes, ce qui amène d* gmadga t^
cordes (8i38 ss.)i il rappeUe i Sur, an MM da la
foi qu'ils doivent au roi de France, t«u laa ¥t^
çais restés iEacalone(83D5 aa.). — Enanâiigat
toute l'ost d'Eacaloue, appranaat iea p«î«l> dt
départ de Richard, le aup[dia de faire Coond lid
rvi (S58o sa.); Richard, après un nuMMid da
surprise, j eonseut, et Henri de ChampagM « i
Sur, avec d'autres, porter cette nouvelle ib m^^
quia (SeSoas.), qui, pendant ce tempa, ji^piiât
avec Salahadin une paix particulière ( 887B ss^) t Si
lui annoncent son Section, el il «n maaln<Mt
grande joie, que partage toute [a, «Ole, MMlf
lendemain 98 avril il est aaaaasiné par deux fidiHv
du Vieux de Housa (B71& aa.); avant de v^^i
il recommande è sa femme de n'ouvrir k vijje fs'A
Richard ou au rm Intima (8856 a*.); il MteaUnd
i l'HdpiUl au milieu du deuil génini <Uflfi-M.).
TABLE DES NOMS PROPRES.
555
Mowt GiBEL i9o6, TEtoa.
Mort Musart 9903, liea voisiii d*Acre.
MoRToiBB Uhà^ (rime avec «ttotr»), Montoire (Loir-
et-Cher). Voir JoGBUR.
Mort Ouvbtb 1069a (rime avec êweiie). Mont tTOli-
veU 1 9096 (rime avec dête)^ ie mont des Oliviers,
près de Jérusalem.
MoRTBBiAL 1007, Monreale, près de Païenne. L*ar-
chevéque de Monreale fait à Tancré, de la part de
Richard , mi message à la suite duqud ils concluent
la paix.
Mort Reial : k Crac de Montrdal 7&fi&, la forteresse
la plus méridionale de la Palestine, Schobek; Ri-
chard fiait de sa destruction une condition de paix;
Salahadin s^y refuse.
Mobt (Le flum) 6od5 (r.), la rivière Morte; d*après
Stubbs, c'est le Nahr Akhdar, près de Gésaire.
tr C'est un nom générique : il y avait un flumên
mortuum près de Tripoli, un troisième près d'Acre,
le Na'amaio. 11 faut entendre par là une eau dor-
mante, un marais formé par ces fleuves. La contre-
partie arabe du récit d'Ambroise montre qu'il s'agit
en effet d'un grand birké, avant le Nahr al-Kasab.
On peut croire qu'il s'agit du birket Atd et du Nahr
Iskanderoùné, où sont les sources dites *Oyoun el-
Katab; l'embouchure du Nahr Iskanderoùné est à
19 kilomètres au sud de Césarée, ce qui répond
assez bien à la <r petite journée» d'Ambroise. Si
Ton prend à la lettre les indications d'Ambroise,
il faut trouver successivement trois fleuves entre
Césarée et Arsoùf : 1° le fleuve Mort; s* le fleuve
Salé; y ie fleuve de Rocbetaillée. Or ce terrain nous
oflre, du nord au sud : 1** ie Nahr el-Mefdjir; 9* le
Nahr Iskanderoùné; 3^ le Nahr el-Fâlek. L'identi-
fication de ces deux séries semble donc s'imposer,
mais eiie soulève quelques difiicullés. — Cl.-G.n
MoBTEMER 11/119, Morthemer, cant. de Lussac-le-
Château (Vienne), ou Mortemer-en-Brai, cant. de
Neufchâlel (Eure). Voir BABTOLomxn.
MoscBBs {La Tor dêt) 3777, la Tour des Mouches,
située sur un rodier, au milieu du port d'Acre;
cries historiens arabes parlent également de celte
Tour des Mouches, Bor^ «d-dhubbdn. — GI.-G.t^
D'après Richard de la Sainte-Trinité (p. 7&)« elle
devait ce nom à ce que du temps des païens on y
faisait des sacrifices qui attiraient beaucoup de mou-
ches. D'après les suites des chansons sur la première
croisade, elle aurait été appelée ainsi parce que
Baudouin I**, de Jérusalem, s'en empara en fai-
sant lancer des ruches pleines de mouches à miel
au milieu des défenseurs (ms. ir. 1 9569 , foi. 933 ) ;
mais ce récit n'a aucune valeur, confondant la
Tour des Mouches avec la Tour Maudite , et l'his-
toire elle-même est plus ancienne et a été sou-
vent reproduite (voir Pigeonneau, Le Cycle de la
eroUad», p. 199); le poème anglais sur Richard
Cœur de Lion lui attribue à lui-même ce strata-
gème au siège d'Acre. Elle est vainement attaquée
par les Pisans, à l'aide d'une tour flottante, ie
95 septembre 1190.
Mousx 88 1 & , 88 1 9, 883 1 , Gadamoùs , dans le Lilian ,
séjour du Vieux de la Montagne. Voir Vibil.
Molaire {La) 5i&9, en arabe moula-na, tr notre sei-
gneur d, nom donné avant Salahadin au calife fa li-
mite de l'Egypte (voir Rev%ie de l'Orient latin, t. i ,
p. 4/19 ); il faut lire ainsi et non amuUUnê (le latin,
p. fi3o, a AfttIsMu»), mais il est vrai qu'en français
ce nom , sous l'influence d^amuetant, amurqfle, etc. ,
devint plus lard amulame et désigna vaguement
un prince sarrasin, et même au xiv* siède un cheval
arabe (voir Godefroy, s. v. Atnulaine), M. Stubbs
(p. cix) croit à tort que le Mtdema du latin désigne
le calife de Bagdad; BabtfUmia est Babylone d'Egypte
et non Bagdad. Mais d'autre part ie titre de mou-
lana n'existait plus depuis que Salahadin avait dé-
truit la domination fatimite et tué le dernier calife
d'Egypte, en sorte qu'il faut admettre une erreur
dans l'information d'Ambroise.
N
Napbs 6383, ville de Syrie, l'anc. Sichem, puisNea-
poiis, auj. Naplouse. Voir Gdarribb.
NATifiié 1081, ^919, la fête de Noël.
N avare 1 1 /i5, Navarre. Le roi de Navarre mentionné
là est Sanchc VI (1 i5o-i 19a). Voir Bbrirgibbb.
Nazareht 19181 ( rime avec /ff ), Naxaretb.
Nul. Voir Robert.
Nicoloê. Voir Hororie.
NiooLi. VoirHiRRi.
NicoaiB 1767, 1908, 1935, 1963, 9009, ville prin-
cipale de Chypre; Kyrsac s'y réfugie après sa dé-
Caite (1767); Richard l'attaque et la prend (1907
556
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
S8.); les boui*geoi8 se soumettent à Itichard, qui
leur fait raser ia barbe (19&& ss.); Richard y est
malade (3009).
Noi 8o35 (r.), Noé, père de Gham, labricatear de
Tarche.
NoBL (U) hhoi, 7688 (r.), U Noék Uab (s.), la
fête de Noël.
NoiRR : noiret 6916 (pi. r.), nègre.
fiotiuknt : Normant 6753, 6i53, 6533, gaii,
loSoo (pi. s.),iVoniuiii 7&3,85o9, 9^83 (pi. s.},
Normand; les Normands, mentionnés d'ordinaire
avec les Angevins, Jes Manceaux et les Poitevins,
sont appelés la gmt ieûn (6533), la gaU de valur
(93/1); ils se croisent en grand nombre (995); ils
prennent vaillamment part aux combats de Messine
(763); ib sont chargés de la garde de Tétendard
royal le 95 août (5753) et le 7 septembre 1191
(6i53,6533); ils ont une pierrière à eux au siège
du Daron ; ils escortent avec d^autres les Français
qui quittent Escalone le 3i mars 1199 (8339);
ils prennent part au combat du 93 juillet 1199
(io5oo).
NoBMBRnii 18, 88, 995, 94o, 83o,8339, 8446,
8546, 9659, i93ii, Normandie, partie des d»*
maines de Richard; eHe est depuis kuigtempe m
guerre avec la France (88) ; elle est a£Qi^ de
la nouvelle de la prise de Jérusalem (t8); RiAuJ
y vient d'Angleterre le 1 1 décembre 1 1^ (*4o)t
le chancelier Guillaume de Longchamp, inquiété
par Jean sans Terre, s'y réfugie en 1199 (6546);
elle est ravagée et en partie conquise par Philqppa
(83o, 9^59, laSii), mais Ricfaaid réptr»<aei
pertes (i9336).
NuBFBBoc : Noêflroe 6711 (rime avec aitroe, voir M
Glossaire), 7593; il ne s*agii pas ici d*im dei m
nombreux Neufbourg de France (le iatîn, p. •17,
3oi, traduit A tort par de Phoo Bwrgû); ia riaeda
vers ^711 et la correction du ms. aa ven ^fSmt
prouvent qu*il faut bien Nn/Êfhme; il 8*agit «m
doute dVne localité d'Angleterre appelée Nmènkê»
Voir RoBBBT.
NuBPviLB : NorfvHê ii43i ; on ne peot dire laqorile
des innombrables localités iq»peléee Neml»;eil
désignée ici. Voir Huor.
0
OuvBTB. Voir MoHT Olivbtb.
Olivibb A665 (r.), le compagnon de Roland, dté
avec lui comme modèle de prouesse.
Ombs (!<«•)• Voir Homu.
Obient 6339 (r.), Texirémité orientale de Tempire
de Salabadin.
Obqdbs 9967,9997, auj. Saint-Denis-d' Orques, canL
de Loué (Sarthe). Voir Richabt, Tibbbi.
OsPITAL. Voir HOSPITÂL.
OSPITALIBB. Voir HOSPITAUBB.
OsTBicBB 19393, Autriche, duché de rKmfiiPiyK»
chard y souffre beaucoup en prison. ^
Otor : Otêê (s.); Oton, non autrement désigiié« ftmà
part au combat du 17 juin 1199; c'est pewlîétf
le même que le suivant. r
Otob de Tramigneu : Otes 7991, 8653 (s.), Oloii é$
Trazignies, seigneur de haut rang; il prend -f«i
au combat du 6 novembre 1191 (7991); il esl Mf-
voyé avec Heori de Champagne annoncer à
son élection (8653). Voir Tartide précédiut
Pachb. Voir Pasqdb.
Paibr de Chaîphai 1837 (r.), chevalier de Syrie, dé-
loyal et félon, devenu Thôte de Kyrsac, fait croire
à Kyrsac que Richard veut le prendre par tra-
hison.
Palebmb 593 (rime avec terme), 890 (rime avec
terme) , 73/i (rime avec poeteme); Païenne, ville
principale de Sicile. On voit par les rimes qu^Am-
broise emploie les deux formes Palerme et Paleme;
il avait sans doute appris ia première dans le ]ft^f
et il devait connaître feutre par iea chanecoe de
geste, qui mentionnent souvent cette ville et rap-
pellent PaUmê, probablement par asshhiJalîoa i
Saleme, connue plus andennemeni ( voâr Asmmmi»
V, 108). Palerme est le séjour de la veuve da ni
Guillaume de Sicile ( 593 ) et du roi Tancré (8f»)*
Pabis 61 83 (r.), le fils de Priam, ramani d*BéUBet
connu par le roman de Jrott.
'i^SjUk
TABLE DES NOMS PROPRES.
557
Pabis 987, Paris, capitale de la France.
Pasqui : Paaehê &601, àbû'j, la Ptuehê SaGg, 53 Ao,
7983, la grant POichê 1957, POiqwt 971 5,
Poichêi 6553, 85 19, 9707, a grant Poichei
838 1, a granz Pàichêi 8699, Pâques, la fête de
ia Résurrectbn de Jésas-Ghiist; Pa$ekê clatê ^597,
le dimanche de Quoiimodo; Paêchê floriê 1196,
Pachê flouriê 8971, le dimanche des Rameaux.
La graphie par d% est une simple reproduction
du lalin Poêcha ; le pluriel se trouve déjà en latin
{die9 Pascharum).
Patbiabcbb (Le) 5599, qui mourut au siège d'Acre :
c'est le célèbre Hérade.
Pbitbtiii : Poitevin 7&3, 61 5i, 6&59, 85o3, 99 13,
9683, 10A99 (pi. s.), Pfitevtiu 8337 (pl- >*•)»
Poitevin , habitant du Poitou; les Poitevins sont ex-
perts en guerre (7^3) ; ils se croisent en nombre
(996); ils sont avec Gui de Lusîgnan le 7 sep-
tembre 1191 et prennent vaillamment part au
combat (6i5i, 6659); ils escortent, avec d'autres,
les Français qui quittent Escalone le 3i mars 1 199
(8337, 8666) ; ils ont une pierrière à eux au siège
du Daron, en mai 1 199 (9913); ils prennent part
au combat du 93 juin 1199 (10699).
PiiTiEBs 59, 178, 1 i5i (rime avec eoveUim'ê)^ 9557
(rime avec voUntiên), 9600, Poitiers. Voir Guil-
laume, RlCHART.
Pritou 996, 8666, Peito 5669, Poitou, province de
France appartenant à Richard. Voir Huouilot.
Pbrtecostb 6553, 9361, 9768, la Pentecôte; ce mot
rime les trois fois avec eoitê, comme dans beaucoup
d'autres poèmes, ce qui indique une prononciation
diflerente de celle qui a prévalu.
Pepin 6 187 (r.), Pépin , père de Gharlemagne, héros
de chansons de geste.
Perche 6563, province de France appartenant à
Philippe. Le comte du Perche ici mentionné avec
éloge est Rolrou III. Il mounit devant Acre peu
apr-ès y être arrivé. Son fils Geoffroi, qui Tavait
accompagné , lui succéda ; c'est de lui qu'il s'agit
dans un passage de Vltinerarium Rieardi (V, li)
qui ne se retrouve pas dans notre texte, et d'après
lequel le comte du Perche n'aurait pas montré one
grande fermeté au combat du 19 juin 1 199.
Pbrsa?it : Pênant 9976, 9890, 7617 (pi. ».), ftr-
»anz 7950, 1 1536 (pi. s.), Persan, habitant de la
Perse; ce nom parait mis d'ordinaire un peu au
hasard , avec les Turcs et autres Sarrasins.
Pbrsie 6338, Perse.
Pbiuppb. Voir Fblipb.
Philippe éPAliocê, Voir Flahdibs.
PkiUppê iê Dreux. Voir Biauvaix.
Piiii de Preaui : Pieru 5696 « 7557, 7563, 7566,
11906 (s.), Pimre iii36 (s.), Piêm, l'un des
trois frères de Préaux, loyal (5696) et preux che-
vdier (7557), un des compagnons de Richard; il
est envoyé en message à Conrad en août 1191
(5696); il combat vaillamment en décembre 1 191
et renverse un Turc gigantesque (7567 ss.); il
saute après Richard de son vaisseau pour secourir
Jaffe (1 1 136); il est un de ceux qui vont demander
è Jérusalem les sauf-conduits pour les pèlerins, et
dont la n^ligence manque d'amener un désastre
(11906).
PinB Iê Guoêcmng : Pieru 9308 (s.), Pierre le
Gascon, entre le troisième au Daron le 99 mai
1199.
Pibbb TIrtrpms : A>nf 7trflproM76i (s.), chevalier de
Richard, est tué au siège de Messine en 1 190.
Pm. Voir Joidan.
PisAR 65oi (r.), Piêon 9895, 8771, 8180, 8910
(pL s.), Pi$an$ 5o3o, 8939 (pL r.),Pi«anz5o36 ,
8906, 11667 (pL r.), Pisan, citoyen de Pise; les
Pisans sont appelés vaiUanti et loués pour leur
dévouement au serrice de Dieu (9737 ss.) et leiur
loyauté envers le roi Gui (8179 ss.); ils accom-
pagnent Gui au siège d'Acre en 1189 (9737 ss.);
ils se chargent de prot^r le port (9895 ss.); au
combat du 6 octobre 1189, ils occupent le Toron
( 997 7 ) ; en mars 1 1 90 , leurs vaisseaux combattent
la flotte turque (33oo); ils attaquent vainement la
Tour des Mouches au moyen d'une tour flottante
(3771); ils donnent sans succès un assaut à la
ville, le 1 1 juillet ( 5o95 ss. ). — Fidèles au rot Gui ,
ils combattent â Acre, en 1191, les Génois, par-
tisans de Conrad , et font la paix avec eux par l'en-
tremise de Richard (8179 ss.). — Us mettent leurs
bannières sur le Daron (9393); ils vont avec Ri-
chard au secours deJafle(iioo6, 11 335, 11667).
Un Pisan qui, pendant la disette d'Acre, vendait
trop cher le blé qu'il avait accumulé est puni par
llneeodie de son magasin (6698 ss.).
Pm 9737, 9977, 3i6i, 33oo, 5o95, 8179, 8191,
8935, 9393, 11006, 11 335, Pise, ville d'iUlie.
Pums (Coiêl dit). Voir Casil.
Poillb: PmUê 969, Ponille, province d'Italie. Voir
Guulaumb. — La reine de Fouille, veuve de Guil-
teame le Boo et soBur de Richard, Jeanne, est à
558
L^HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Pderme sous la sajétion deTancré (593 ss.); Ri-
chard réclame sa liberté et son douaire (869 , 898) ;
Tancré la renvoie avec 90,000 onces dW (999,
1001, 1097); elle s^emlMirqae avec Richard à Mes-
sine (1175), le retrouve en Chypre (i335), 00
elle manque d^étre prise par Kyrsac (i&3i); Ri-
chard la fait venir d^Acre à Jaffe en septembre
1191 (7073).
Polain: Polain 7693 (pi. s.), Poulain, chrétien latin
né en Syrie; les Poulains sont d*avis, comme léè
Templiers et les Ho^italiers, en 1191» de ne piÉ
marcher sur Jérusalem.
Pbbaus : /VaoJt &730, 7199, 10999, 11A73, 11906,
19966, Prmali 5493, iii33, Frmmm 75S7,
Préaux, canL de Damelal (Seiiie->Iiifiérieiire)ii ^^
GuiLLADHI, JOHAH, PlNI.
Pbirci. Voir Raimoit.
Poilu. Voir Poillb.
QuAHADiR 9395 (s.), Kaheddiu, ienêêckal de paiani$ ,
garde le rivage contre les assiégeants pendant le
siège d*Acre. M. Stubbs lit ici (p. 91 1) Techehedmi,
avec un de ses trois mas. de Vltinerarium Rieardi,
au lieu de Kahadini que portent les deux autres :
k tort assurément, car Takieddin ou Dequedin (voir
Q
ce nom) n*est pas qualifié de séoéeha!
Kaheddin.
QuniGi 5&53, Qumci 5&70, Qdnci; il y t
Quinci dans TAisne, un en Sein»ei<llenie et
en Seine-et-Oise, sans compter plusieurs
Voir RoBiBT.
R
RAiemi, Rainerai, faute du ms. pour Bamfni, Voir
Haimiru.
Raimtmt de Saint GUê, Voir Sairt Gili.
Raimont kfilz 1$ Princê 9391, Raimond, comte de
Triple, fils de- Roémond III, prince d^Antioche; il
plante sa bannière sur le Daron. Il mourut en 1 196
(voir Chr. d'Emoul, p. 39 1).
Raimoht : RatnunU 96/17 (''-)« R^^^f^ont 9&5i (s.),
Raimond II, comte de Triple; U a de longue date
fait alliance avec Salahadin ( 94&7 ss. ); il convoite le
royaume après la mort de Baudouin V( 945 1 as.);
il refuse de se rendre à la cour du roi Gui, va de-
mander aide A Salahadin et condut avec lui sa tra-
hison ( 9455 88.); sommé une deuxième et une troi-
sième fois, il se rend à la cour (9677 ss.), mais
conserve sa rancune (95o8). Lors de fexpédilion
de Gui contre Salahadin , il mande au roi qu'il s*y
joindra, vient le trouver et semble être réconcilié
avec lui (9507 ss.); mais le bruit public dit qu^ii
le trahit à la bataille (95i9 ss.); grâce à ses per-
fides conseils, les chrétiens sont coupés de la mer
de Galilée, où ils auraient pu boire (v. 954 1 ss., en
corrigeant le vers 955o comme il est indiqué au
Glossaire , s. v. Seivre)^ quand la bataille commence ,
il s'enfuit (955i ss.). Au vers 3487, Ambroise dit,
d'après l'histoire qu'il suit, que Raimond mourut
a kontê, mais il ne raconte pes sa morl : le
de Triple mourut peu après la bataille« db
grin d'après la Chronique d'Emoul (pw 178* et
voir la note); cependant on le voit, aa vem sdat*
accueillir amicalement à Triple le roi Gai raieMOl
de Tortose après avoir été délivré de sa prisoBi Lh
accusations de trahison portées edntre
Emoul et par la source d' Ambroise
au nx>ins fort exagérées, et on voit en tool ces tfm
le roi Gui n'y ajoutait pas fin.
Raikaut de Soêtê : Rsnauz 8711(8.), Reneud de Seyillli
un des négociateurs de la paix d^oy^e qa» Gennl
essayait de conclure avec Salahadin. Voir sur ce per^
sonnage la notice des Ugnagm d'outrMMr,^ &8t.
Rairiib de Maron : Remûr 7197 (s.), Renier de !
vaillant chevalier de Richard, est pris avec
veu Gautier le 99 septembre 1191. •
Ramis 6855, 6878, 79o4, 7999, 7455, 74M,
7467, 7475, 7841, 7843, ioi65, io67t«
10705, 10755, ]o8o5, Rame 11899, Ti
Ramah, auj. Ramieh (le latin dit BmmUm)^
JafTe et Jérusalem ; l's finale est attestée par ffaM
sieurs rimes, mais au vers 11899 le mcioreee%e
Rame avec e élidé (bien que le ms. porte de mie)»
Rames , appdée la grande cité, est au nendiredie In-
téresses que Salahadin fait démolir en t t^t (685é)tf^
TABLE DES NOMS PROPRES.
559
Les Turcs y sont campés en octobre -novembre
(7906); Richard découvre Rames du haut d*une
colline en poursuivant des ennemis (7299); les
croisés marchent sur Rames, queSaiahadin évacue
(7655 ss.), et où ils s*établi8sent( 7 675,7861 ss.);
les croisés y reviennent en juin 1199 (10679).
Les pkUn» de Rames sont plusieurs fois mentionnés
(6878, ioi65, 10755, io8o5, 11899).
Raoup de Maulion : RaoU 10996, 11A91, 11698,
Raoul de Mauléon, chevalier poitevin, jamais ras-
sasié d* Armes (11691), accompagne Richard au se-
cours de Jafle le 1" août 1 199 (10996); il est pris
par les Turcs et délivré par Richard (11698 ss.).
C'était le père du célèbre chevalier et poète Savari
de Mauléon.
Raoup de Rovrei : Baole de Rovroi 766 (s.), Raoul de
Rouvroi, chevalier de Richard, est tué au siège de
Messine en 1 1 90.
Rioip de Sainte Marie : RaoU 7631 (s.), Raoul de
Sainte-Marie, chevalier normand (î), compagnon
du comte de Leicester dans le combat de décembre
1191.
Raoip Taiston : Roof Teii$on$ 6791 (s.), RaoU Tes-
Mons 1 1879 (9.), Raoul Taisson , chevalier normand,
fj^rand amateur de musique (11880), arrive à Acre
en juin 1 191 (6791); est un des trois « connétables t)
qui mènent le premier convoi de pèlerins à Jéru-
salem (1 1879). Voir sur ce personnage important
Histor.deFr.,\\\l\, 611, 637,683, 686,703,
706.
Raoul de Chdteaudun. Voir Châstildun.
Raoul de Clermont. Voir CLBaMOHT.
Roêchid ed-Din. Voir Vieil.
Recorda RE (La) 6007, lieu voisin d*Acre, Tell-Kur-
dany (Stubbs), trou mieux Tell et Khirbet-Kurdanè
(Cl.-G.)», où a lieu un combat en novembre
1190.
Rei (Le joefne) 96, Henri, fib de Henri H d^Angle-
Icrre, couronné roi du vivant de son père, excel-
lent jouteur.
Reine. Voir Kkglbtere, FaiHCi, JiausiLBM, Poillb.
Reinibr. Voir Raliibr.
Reins 10876 (rime avec dereramê)^ Reims en Cham-
pagne. Voir AiBERi.
Refait. Voir Rainaut.
RiBOLB. Voir UooN.
RicHART 181, etc. (r.), Richard 97, etc. (r.), Rieharz
60, elc. (s.), Richard 177, etc. (r.), Richard, roi
d'An(jie(erre (au sujet de la forme du nom, voir la
note du vers 3o3 , diaprés laquelle il est inutile de re-
lever ici tous les passages). Il est très souvent qualifié
de preux, de vaillant, de non per (936o), appelé
magne (11 938) par assimilation à Chariemagne, U
9iiori2s(ion(93io),et qualifié de sage etavisé(97),
et d*expert dans les choses de gnerre (6i38, etc.).
— n avait remporté, comme comte de Poitiers, de
grands succès sur ses voisins, défait des bandes de
Brabançons, et fait lever au comte de Saint-Gilles
le siège de Hautefort (9699 ss.); il aimait dès lors
Bérengère de Navarre (ii5i). — Il se croise en
1187, le premier de tous les hauts hommes d*Oc-
cident (69 ss.). — Il devient roi le 6 juillet 1 189,
se saisit du royaume sans opposition ( 96 1 5 ) et se
lait couronner à Londres, où il tient une cour ma-
gnifique (181 ss.). — Il mande ses barons pour la
guerre sainte (916 ss.) et rerient en Normandie,
où il tient, i Noël, sa cour i Lions -la -Forêt
(933 ss.). — Il se rencontre à Dreux avec Philippe
(969 ss.), se rend à Tours et ordonne à sa flotte
de le rejoindre à Messine en contournant TEspagne
(3o3 ss.); il vient retrouver Philippe à Véxelai
(393 ss.); les deux rois jurent de partager loyale-
ment toutes leurs conquêtes et se donnent rendez-
vous à Messine (365 ss.); ils se mettent en route
(377), arrivent à Lyon et campent près de la ville
(377); bientôt ils se séparent, et Richard va à
Marseille (6 67 ss.). — 11 arrive à Messine le 93 sep-
tembre 1190, en grande pompe, ce qui irrite les
Grecs et les Longebards (681); il calme un pre-
mier désordre (661); apprenant une seconde fois
qu'on tue ses hommes, il veut encore apaiser la
sédition, mais il est insulté, s'arme et attaque la
ville (665); il la prend après un combat (7 -ii ss.);
il empêche le massacre (819); il fait mettre ses
bannières sur la ville, au grand dépit de Phi-
lippe, et consent enfin à y admettre aussi celles
du roi de France (896); il envoie réclamer a
Tancré sa sœur Jeanne, veuve du roi Guillaume,
son douaire et sa paK du tr^r royal, et refuse
de se soumettre à l'arbitrage des barons de Sicile
proposé par Tancré (867); il fait construire le
château de Mategrifon (937 ); il est toujours en
dissension avec Philippe (966); il reçoit de Tan-
cré de nouvelles offres qu'il accepte : on lui rend
sa soeur avec 90,000 onces d'or (977); il fût
rendre aux Measinois ce que ses gêna ont pris
(1099), et se réconcilie aussi avec Philippe
(1069); il fait de grandes largesses i ses che-
5o
mPCIlUftlB ^ATIO^ALC.
560
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
valiere (io53) et donne à Philippe et à tous, à
Noél, une grande fête à Mategrifon (1081 as.);
après avoir accompagné Philippe qui sVnibarquc,
il va chercher à Riac sa mère et sa fiancée Béren-
gère de Navarre, et les amène à Messine (1 136);
il renvoie sa mère en Angleterre avec quelques
sages conseillers (11 58 ss.); il fait ses préparatifs
et s*emharque le 10 avril 1191 (1168 ss.). — H
prend grand soin de la bonne dii-ection de la flotte
(ia33 ss.); il touche la Crète (i960) et s^arrélc
malade a Rhodes jusqu^au 1" mai (i3o3 ss.); il
apprend d*un vaisseau rencontré que Philippe Tnt-
tend à Acre (1 335); il retrouve près de Chypre sa
sœur et sa fiancée (i35o); il épouse Bérengère à Li-
meçon le ta mai 1 191 (1735); il conquiert Chypre
sur Tempercur Kyrsac (i355-aio6); il est malade
à Nicosie (9009); apprenant qu^Acre va être prise
sans lui, il s^cmbarque le 5 juin (9107); entre
Sayette et Barut, il rencontre et prend un navire
sarrasin qui aurait sauvé Acre (91/11-9998). — H
arrive à Acre le 8 juin et y est reçu à grande joie
(9999 S8.); il donne aux siens comme solde
h hesants d*or (6569); il tombe malade de la léo-
nardie et ne peut donner Tassant avec Philippe
(46oo); plus tard, toujours malade, il fait dresser
ses pierrières, munies de gros galets rapportés de
Messine (6767 ss.); le 6 juillet, il se fait porter
sous une cercloie et pendant Tattaque lire des
coups d'arbalète meurtriers (^1997 ss.); il soutient
Gui de Lusignan contre Conrad el arrange un ac-
cord enire eux (5oAi ss.); après la prise d^Acre,
il prêle à Philippe qui s*en va deux galères et re-
çoit son serment de ne pas Taltaquer en son ab-
sence (5997 ss.); il prête de Targent au duc de
Bourgogne et fait de grandes largesses à tous ses
chevaliers (535i); il relève les murs d'Acre et fait
.ses préparatifs de départ (5369); il envoie deux fois
en vain à Sur sommer Conrad de rejoindre Tost
(5Ai3 ss.); Salahadin ne tenant pas les engage-
ments pris, il fait massarrer 9,5oo otages sarrasins
(5393 , 5^8 1 ). — Il part avec Tost pour le sud, le
99 août (5563 ss.); il fait Tarrière-garde (5701 );
le 97 août, il campe à Caîphas (5863); à la ba-
taille d'Ar^ur, le 7 septembre, il refuse au maître
de rUôpital la permission de charger (6385 ss.); il
y fait de grands exploits (6/i8A, 6609); il assiste
le lendemain aux funérailles de Jacques d'Avesnes
(6703); Sangui d\41ep fait à Salahadin Téloge du
melec d'Angleterre (689/1 ss.). Arrivé à JafTe, il en-
voie savoir s'il est vrai que les Sarrasins détruisent
Escalone (697^)* et conseille de lui porter secours,
mais les Français décident qu*on restera à Jaffe
(7007 ss.); il envoie sans succès à Acre et doit y
aller lui-même pour faire revenir ceux qui y restaient ,
et en ramène sa sœur et sa femme (7071 ss.); il
tombe dans une embuscade et serait pris sans le dé-
vouement de Guillaume de Préaux; on le supplie de
ne plus s^exposer ainsi , mais il ne peut s'en empê-
cher (7079 ss.). — En octobre, il va reconstruire
le Casai des Plains et le Casai Moyen , et poursuit les
Turcs jusqu'en vue de Rames (7 1 77) ; le 6 novembre,
il défait les Turcs (7933); il entre avec Salahadin
dans des négociations qui n'aboutissent pas et loi
font du tort (7 977 ), mais il se justifie bien perses
exploits (7^39). — Il marche sur Rames (7 447);
les gens expérimentés le dissuadent de pousser sur
Jérusalem (7A89); le 3 janvier 1199, il met en
fuite une troupe de Sarrasins (7717); il bat en
retraite (7761), vient à Ibelin, puis à Eacdone
(7861 ); en février, il décide les Français qui Pa-
vaient quitté à revenir, en leur promettant de leur
donner quand ils voudront congé et esoorte, et ii
fait travailler activement à la réparation d'EscaKone
(7967 88.); il délivre près du Daron 1,000 pri-
sonniers chrétiens (8089); ii somme en vain
Conrad de le rejoindre (8137) et a des diiBcidtéi
avec le duc de Bourgogne, qui le quitte (8167);
les Pisans le prient de venir remettre Tordre à
Acre : il y vient, et les réconcilie avec les Génois
(8910 ss.); il a avec Conrad, au Casai Imbert, une
entrevue qui n'aboutit pas, saisit les rentes de
Conrad et est obligé de restera Acre la plus grande
partie du carême (8935 ss.). — Il revient à Esca-
lone et est obligé, le 3i mars, de laisser partir les
Français, rappelés par Conrad (83a7); il célèbre
la fêle de Pâques et fait IravaiUer avec ardeur aux
fortifications (8^99). — 11 reçoit do manvaiseï
nouvelles d'Angleterre et annonce son intention de
partir, sur quoi l'ost lui demande de faire seul roi
Conrad : il accepte et envoie Henri de Gbampi^e
et d'autres à Sur annoncer k Conrad cette décision
( 85 1 9 ss. ) ; on l'accose d'avoir fait assassiner Conrad
et on avertit Philippe de se garder des Hausasis que
Richard aurait envoyés en France (8879); à Sur,
on élit Henri, qui veut attendre le consenlemeot
de Richard et le lui envoie demander (89&1);
Richard lui conseille d'accepter, mais de ne pss
épouser la veuve deConrad(8973); il donne Chypre
TABLE DES NOMS PROPRES.
561
i Gui (9119). — Il livre tous les jours des combats
aux Sarrasins (8961); il reçoit d'Angleterre des
messages contradictoires (9197); il va attaquer et
prend le Daron et le donnée Henri (91 5 1-9 383);
il va à Furbie, y apprend que Caïsac est au Fi-
guier et Ten fait déguerpir (9387 ss.); à la Can-
naie des Étoumeaux, il reçoit de très mauvaises
nouvelles d'Angleterre et pense à s'en aller (9à33).
On dc^;ide de marcher de nouveau sur Jérusalem
et on se met en marche le 99 mai (9481); Richard
est très perplexe, mais le prêtre Guillaume de Poi-
tiers lui rappelle tout ce qu'il doit à Dieu, et le roi
promet de ne pas partir avant Pâques (9609 ss.);
il arrive le 9 juin près du Ghâtel Emaud (9806);
le 1 9 , il surprend les Turcs près d'Emmaûs et fait
un grand butin (9835 ss.); le 99, Tabbé de Saint-
Élie lui remet un morceau de la vraie croix (10089
S8. ) ; il refuse de marcher droit sur Jérusalem , et
propose de s'en remettre à la décision de gens qui
connaissent le pays; sur le refus des Français, il
déclare qu'il les accompagnera s'ils persistent, mais
qu'il renoncera au commandement (10137 ss.); le
30 juillet, il fait avec les Français une heureuse
expédition contre une caravane (10967, 10699);
on décide de battre en retraite et on retourne en
mauvaise intelligence; le duc de Boui^gogne fait faire
une chanson contre Richard , qui répond (io65388.).
— Richard demande à Salahadin une trêve sans
roblenir; il fait détruire le Daron, garder Escalone,
et rcloumc à Acre (107^3 as.); cependant Salahadin
attaque Jafle, et Richard, qui se préparait i par-
tir, l'apprend i Acre, s'embarque pour Jafle, qu'il
trouve prise, et la délivre par des prodiges de va-
leur (10935, 11689); il y tombe malade, ce qui
ne l'empêche pas de répondre fièrement aux mena-
ces de Sahaladin (t i683 as.); toutefois, le 99 sep-
tembre, il conclut une trêve de trois ans, au bout
desquels il déclare à Salahadin qu'il compte bien
revenir (1 1796 ss.). — Il va à Caîphas pour se re-
mettre et empêche les Français, qui blâmaient la
IrtHe et voulaient en profiter, d'aller â Jérusalem
sans ses lettres ou celles de Henri (1 i83i ss.); eux
partis pour la plupart, il fait annoncer â ses gens
qu'ils peuvent s'y rendre (ti863 ss.); Salahadin
exprime à Tévêque de Salisbury son admiration
pour Richard, auquel il ne manque que la me-
sure (19199 ss.). — Il fait ses préparatifs de dé-
part, rachète Guillaume de Préaux et paye tout
ce qu'il doit (19967 ^*)^ ^' s'embarque le soir
du 9 octobre, et le lendemain, voyant la Syrie
pour la dernière fois, lui dit adieu avec promesse
de retour (19986 ss.); mais il ne savait pas ce qui
l'attendait, son emprisonnement malgré sa qualité
de croisé, sa dure captivité en Autriche et en Al-
lemagne, et la peine qu^il eut â rassembler sa
rançon (taSoi as.); toutefois il revendiqua depuis
ses possessions contre le roi de France, et, aidé par
Dieu, regagna plusquMl n'avait perdu (19396 ss.).
— On sait que Richard mourut au siège de Chalus
le 6 avril 1199 et qu'il était né le 10 septembre
1167.
RicHABT d^OrquBi : RicKard ioo36 (r.), Rieari 9967,
9997« chevalier manceau, combat le 17 juin 1 199
et est renversé. Voir Tiiaai.
Risi 616, ioo8, 1137, 8699, Rise, en ital. Reggio,
Tanc. Rhegium, enCalabre, célèbre parla chanson
de geste ê^Atpremont, où l'on racontait que le roi
sarrasin Agoland s'en était emparé (616, 8699);
Richard vient y retrouver, le 3o mars 1191, sa
mère et sa fiancée (1137); l'archevêque de Rise,
«le loyal n, est un des négociateurs de la paix
entre Richard et Tancré (le latin, p. 169, omet les
noms de ces négociateurs). Voir Agolâhb.
RoBBST <2ff Bruges 991 1, frère de l'Hôpital, enfreint,
par trop d'ardeur, le ta juin 1199, les ordres du
maître, est sévèrement puni par lui, puis gracié
â la prière des plus hauts hommes de l'armée.
Roain de Drtuet : Robert 9931, 6646 (s.), Rolfert
6179 (s.), Robert II, comte de Dreux, frère de
Tévêque de Beauvais, chevalier habile et dispos,
arrive i Acre avec lui en septembre 1189(9931);
il prend part i la bataille d'Arsur (6179, 6466),
mais on l'accuse beaucoup de n'avoir pas fait son
devoir et d'avoir laissé périr Jacques d'Avesnes
qu'il aurait p»' sauver (6667). — Robert se croisa
une seconde fois en 1911 et mourut en 1918. D
parait probable que c'est pour lui que Pierre, qui
avait exécuté plusieurs ouvrages pour son frère
Tévêque de Beauvais, composa la Mappemonde,
plutôt que pour Robert d'Artois, frère de saint
Louis (voir NoL et Extr, dm tnt§., IXXIII, i** par-
tie, p. 11, 36). H est mentionné avec de grands
éloges dans Guillaume le MarMuil (v. hkHg ss.).
Dans la manchette de la colonne 1&6, il faut lire
ff Robert de Leicestem.
Roain Guieehart 699 , Robert Guiscard, le fondateur
de la dynastie sicilienne.
HoMEKt de Leieettre: Robert 5&9i, 11617 (s.), Robert
60.
56!2
[/HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
A717 (s.), Robert, comte de Leîcester, arrive à
Acre en juin 1191 ( 47 17 ) et prend part i Tassant
du 1 1 juillet (6996); il est un des messagers en-
voyés à Conrad le 5 aoAt pour réclamer les otages
sarrasins (5&9i ; la manchette de la colonne i65
donne à tort er Robert de Dreux») ; prend part à la
bataille d*Ar8ur le 7 septembre (6667); se montre
témérairement brave, en novembre, à un combat
devant le Casai Moyen (72187 ss.); bat les Sarra-
sins en décembre (7683 ss.); il fait là des prodiges
de valeur et a deux chevaux tués sous lui (7689
ss.); met le second sa bannière sur les murs du
Daron le 99 mai 1199 (9817); secourt i temps,
le 17 juin, des chevaliers qui cdlaient être écrasés
par les ennemis (10067 ^*)î prend part, les 91-
93 juin, à Tattaque d'une caravane (10689 ss.);
va par mer avec Richard, le 1" août 1 199 , au se-
cours de Jafle (10990); il prend part au combat
du lendemain (iiâi7), est renversé de cheval et
sauvé par Richard (1 1699).
RoiBRT ^«0/ 761 A (r.), chevalier, est renversé de
cheval dans un combat, en décembre 1191.
RoiBRT de Nwfbroc : Rolterz 7893 (s.), Boberl A71 1
(s.), Robert de Newbroke, chevalier anglais de très
haute taille, doux (7699 ss.) et ttfntncif (67 19);
arrive é Acre en juin 1191 (6711); prend part
i un combat en décembre (7693).
Robert de Quinci 5/i53 (r.), Robert 6669 (s.), che-
valier français, preux et accompli, est envoyé en
message é Conrad par Richard en août 1191.
RoBBRT de Sablueil : Robert de Sabloil 883 (s.), Ro-
bert de Sablé, chevalier de Richard, haut homme,
preux et noble, est envoyé, en octobre 1190, par
Richard à Tancré pour lui exposer ses réclama-
tions. Robert de Sablé avait été un des comman-
dants de la flotte de Richard; il fut un des ga-
rants du traité entre Richard et Tancré. Plus tard,
il devint inaitrc du Temple. Voir Rôhricht, Zut.
und Bericktig, zu Du Cange, p. 17.
RoBBRT Trotiebot 4439 ('*)« chevalier normand {ht-
nerarium Rie, p. 98), montre une grande li-
béralité à Acre, en 1190, pendant la famine.
D'après Roger de Hoveden (//iifor. de Fr., XVII,
599), Robert Troussebot aurait vainement re-
vendiqué comme son droit héréditaire, à la ba-
taille d'Arsur, l'honneur de porter la bannière
royale, confiée par Richard à Pierre de Préaux
(voir ce nom). Ambroise ne dit rien de celte cir-
constance.
RoGHBs 11903 (!<«•), nom porté par beaucoup de
ocalités. Voir Gdillaumb.
RoGHBTÂiLLéB {l^flutH de) 6111, 6i9i, rivière ealn
la montagne d'Arsur et Anur. erOn ne Toit paa
bien pourquoi notre auteur doDne ce nom i eette
rivière. La Pèlra Incita des croisés était plus an
nord, i Districtum ou Athlit, entre Hdpfaa et Gi-
sarée. Voir Guillaume de Tyr (Bongan, I, 79i).
Cependant Oliverus Scfaolasticos (Ecctrd, II,
1 393) semble appder cette rivière fiumm Diêîrieti
(Stubbs, p. 969).» «C'est le Nafar el-Fâiek, au
nord d^Arsoûf , petit coars d'eau qui n^est dû qn*à
une coupure artificielle dans le roc, servant d'écou-
lement é un vaste marais, d'où son nom earactérii-
tique. — Cl.-G.» Voir Moir {Lejlum),
RoDBs 1969, 1974, l'fle de Rhodes; i985, ii87«
i3o5, i3i3, i3i7, la ville de Rbodea, autnfoii
presque aussi grande que Rome, et dont il reate
des ruines immenses, mais à peine habitée; patrie
d'Hérode (i 986); Richard y séjourne en avril 1 191.
RODIBR. Voir ROGIBB.
RoDLA?iD. Voir RoLLÂirr.
RoBM io35 (rime avec ôom), 11 61 (rime avec AoiM),
Rouen, capitale de la Normandie; sur rardbevéque
de Rouen, voir Goadtibb.
RoGiBR de Hardene(jrt : Rogiere de Hardmeerî 4717
(s.), Rodierê de Herdecori i4i5 (s. : nii. fin)^
Roger de Hardencourt (sur l'identité de eea deux
noms, voir Hârdbiicort), chevdiernonnaiid, com-
pagnon de Richard, fait naufrage sur la o6te de
Chypre, est attaqué par les Grecs et ae défend
vaillamment (i4oi ss.); il rejoint Richard à Acre
en août 1 191 ( 4797 ). Il n'a sans doute rien i faire
avec le chevalier flamand appelé Reiger de Harm-
deincort dans Guillaume le Marédud (v. ASgg).
RoGiBR de Saci: Rogiere 10999, 11497 ('*)t R<>8^
de Saci, chevalier normand, prend part avec Ri-
chard a la délivrance de Jafle en août 1 199.
RooiBR de Tœni 10489 (r.), Roger 10479 (r.),
Rogiert 4707, 6176, 10478 (s.), Roger de Toani,
chevalier normand, arrive à Acre en août 1191
(4707); prend part i la bataille d^Arsur (6175)
et au combat du 93 juin 1 199 , où il a son chevd
tué et est presque pris (10479 ss.).
RooKE. Voir RoMB.
RoLLAKT : Rodland 4665 (r.), Roland, le héroa de
Roncevaux.
Rome 43, 1989, 8690, Rome; Ghariemagne y
son ost en allant combattre Agoland (8490).
TABLE DES NOMS PROPRES.
563
RoNCEVALs 1 i9o6, Roiicevaux, la vallée des Pyrénées
où Roland péril.
RoR B : Rogne &i9(rimeavec ramptm» ),&i4,&a3,459«
487, le Rhône, Vev9 creiteê{àih); un pont sur le
Rhône s^écroule pendant que les croisés le passent,
en juillet 1190, et deui ou plus sont noyés dans
Teau périlleuse, haute et rapide (A5o ss.).
RossiB 1900, 9776, Russie; toi for qui ml en Rouie,
demi Vaveir de Roêiie, locutions provenant des
chansons de geste, où ilotsit n*a qn^un sens très
vague.
Rotrou, Voir Pibchb.
RoviBi 765 , Rouvrai , cant. do Veraon ( Cure), ou Rou-
▼rai-en-Brai , cant de Forges (Seine-Inférieure);
il y a d'autres Rouvrai dans TEure-et^Loir, le Loi-
ret, etc.
Sablubil: SabhU 883, Sablé (Sarthe). Voir Robbit.
Saci : Saci 1 1697 (rime avecron«t, ms« êoeiê, roneie),
Sacié 10999 ( rime avec Chavignié)^ Sassi, cant.
de Morteaux-Goulibceuf (Calvados); sur la forme
de la terminaison, voir T Introduction.
Sabte 9iAi, 6067, 8687, 8711, Sayette, Tandenne
Sidon, en arabe Saïda, dont les Français Grent
Saieley Saete, en latin SagiUa (voir A. de Long-
périer, Œuvres, t. III, p. 989), ville et port de
Syrie , entre Barut et Sur. Richard y rencontre un
vaisseau ennemi (9161); elle est attribuée i Conrad
dans le partage du royaume (6067) et doit lui
être cédée par Salahadin dans leur projet de traité
(8687). Voir Rai HAUT.
Sapadir : Saffadin 7874, 7889, 7898, 10761
10908, 11765, 11859, 11911, 11947, 11988,
1S006 (r.), Sajaadin 91 44 {r,) , Saphadin 9899,
^860 (r ), Safadins 869a (s.), Saffadin» 7411,
10788 (s.), Saffadin 7605, 11 546, 11771,
11953, Safadin, en arabe Saif-Eddin ou Malek-
el-Adil, frère de Salaliadin, appelé Safadin d* Ar-
cade (11 5/16), sage, vaillant et libéral (7889,
10909, 11567); ^^® Richard i cause de sa
prouesse (11767); campe devant Acre avec Sala-
hadin (3899); arme le vaisseau que prit Richard
(9 1/1 A); attaque le camp des croisés le 3 juillet
1 1 9 1 ( 6860 ; le latin , p. 99 9 , a ici Kahadino , que
M. Stubbs rend par Tatàeddin; cf. s. v. Qcahadih);
il sert d'intermédiaire, à trois reprises, dans les
négociations entre Richard et Salahadin (7874 ss.,
10761 ss., 11765 ss.), et enjôle Richard, auquel
il fait accepter des présents (7898 ss.); il dissuade
son frère de traiter avec Conrad (8699 ss.); il
marche sur Jafle avec Salahadin en juillet 1199
(10788) et sert d'intermédiaire dans les négocia-
lions avec les assiégés (10908); dans le combat du
3 août, il envoie à Richard deux chevaux, dont il
fut plus tard bien récompensé (1 1548 ss.; sur le
développement légendaire de ce rédt, voir Journal
dee Savante, 1898, p. 489); les envoyés de Ri-
* chard, chargés d'annoncer la venue des pèlerins à
Jérusalem, viennent le trouver (11911), et il les
blâme de leur témérité (11947); mais il est du
conseil qui détourne Salahadin de massacrer les
pèlerins (1 1988) et il est chargé de les surveiller
(19006). Ambroise ne dit rien des projets de ma-
riage entre Safadin et la soeur de Richard, Jeanne,
dont parient les historiens arabes. On sait qu'après
la mort de Salahadin son frère, plus connu sous
le nom de Malek-Adel, s'empara de l'empire au
préjudice de ses neveux; il mourut en 1918.
Sapobib 9585, l'anc. Diocésarée ou Sepphoris, auj.
Saflbilriyé, ville de Galilée, près de Tabarie; l'un
des corps de l'armée chrétienne s'y loge i la ba-
taille du 4 juillet 1187.
Saint Abacuc 7066 (Smil), monastère voisin de Jaffe,
auj. d'après Stubbs (p. 986) E^Keneieeh, à 5 kilo-
mètres environ au nord de Saint-Georges (= Lydda),
(rCela parait beaucoup trop éloigné de JafTa : l'ost
n'est même pas encore au Casai des Plains. Ce
devait être tout près de JafTa , au sortir des jardins,
peut-être à Cheikh MourAd ou au Sebil Abou-
Nabbait. — Cl.-G.n
Saiht Gilb 961 9 , Saint-Gilles, arr. de Nîmes (Gard) ;
on désignait vulgairement les comtes de Toulouse
par le titre de comtes de Saint-Gilles; celui qui
est mentionné ici est Raimond V (mort en 1 194),
qui fut plus d'une fois en guerre avec Richard;
mais on ne retrouve pas dans les documents histo-
riques le fait même auquel il est fait allusion ici.
Saint Hbltb 10096 (Stint), Saint-Elie, abbaye près
de Jérusdero (voir Hieior, occ, det Croi$ade$, 1. 11,
p. 619). L'abbé de Saint-Élie, saint homme qui
pratique l'ascétisme le plus sévère, révèle à Richard
56&
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
Tendroit où il a caché une parcelle de la vraie
croix quUl a refuse de livrer é Salahadin; on la
trouve et on la rapporte à Tost en grande joie.
Saint Jorge 7/175, 10706, SeirU Jorge 6855, 7666,
7^84, Saint-Georges, Tanc Lydda, auj. Ludd, à
5 kilomètres au nord de Ramlafa. Salahadin donne
ordre d^en détruire les remparts en septembre 1191
(6855); les croisés y arrivent en novembre 1 191
et s*y installent fort incommodément pendant six
semaines (7i!i66 ss.); ils y repassent en revenant
de Jérusalem le k juillet 1 199 (10705).
Saint Nicholas iii!i69, Saint -Nicolas, église située
près de Jaffe.
Saint Pol 4533, 6o53, 7311, Seint Pol 7987, Saint-
Pol (Pas-de-Calais). Le comte de Saint-Pol, que
notre poète ne nomme pas, était Hugues IV Quà-
davene. Il arrive le 90 août 1191 devant Acre avec
Philippe (4533); il combat très vaillamment le
3 septembre (6o53 ss.); il prend part au combat
du 3 novembre (7987) et propose au comte de
Leicester un «jeu parti» téméraire (7311 §s.). Le
comte de Saint-Pol, comme plusieurs des héros
de la troisième croisade, témoigna un intérêt tout
particulier i la chronique du prétendu Turpin :
il fut avec sa femme loland, sœur du comte de
Flandres Baudouin Y, qu'il avait épousée en 1 1 98 ,
le fauteur de la plus ancienne traduction qu^on en
ait (voir G. Paris, De Pietido-Turpitio , p. 45).
Saints Marib 7 53 1 : on ne peut choisir entre tous les
lieux qui portent ce nom. Voir Raouf.
Saiskes : Senêê 8488, les Saxons, vaincus par Gharie-
magne.
Salabadir 1 389, etc. (r,)^Sal$kadm 8680, 1 1 990, etc.
(r.), SaUadin ii3i6 (r.), SalaKadim 9987, etc.
(s.), 5a^À<u2m« 6343, etc. (s.), Saleadim 11011
(s.), Salahadin, en arabe Naser-Yousouf-ben-
Ayoub Salaheddin (la forme Saladin n'apparaît pas
dans notre poème, sauf par erreur du copiste, 9986,
9987, 9797), Soudan d'Egypte et chef des Sarra-
sins (appelé soldan 5493, etc.). Il était allié dès
longtemps avec Kyrsac (1389) et avec Raimondde
Triple, dont il reçoit les doléances et qu'il promet
d'aider (9448 ss.); il envahit le royaume de Jéru-
salem en 1187 (9496), est vainqueur i Tabarie,
conquiert le royaume et Escalone (9585 ss.); il
dégage le roi Gui de sa promesse de ne plus ren-
trer en Syrie (9615 ss.); il assiège en vain Sur
(2638); il laisse passer sans le savoir Gui allant
assiéger Acre (9775 ss.); il tourmente l'abbé de
Saini-Élie pour qu'il lui livre un morcem de k
croix qu'il a caché (101 lo). — Averti, pendait
qu'il assiège Beaufort, de rentrepriae de G», 3
marche sur Acre, et y arrive trois joiira qirèe
(9797 ss.); il regarde les assiégeants eomme «ne
proie assurée (9883 as.); il fait jeter dans le flenve
les corps des chrétiens tués le 4 octobre 1189
(3o77 ss.); U fait construire des machinée de
guerre (39ii); il fait annoncer aux dirétieos k
mort de l'empereur d'Allemi^e (SeSi se.); eo
novembre 1190, il abandonne, devant la ua/tàm
des chrétiens, la montagne oà il s'était réfogié-
( 3989 ss.); le 3 juillet 1191, il se vante à^maémàÊf
les chrétiens, mais il ne proid pas lui-même pvi
à l'attaque, qui échoue (4848 ss.); il reçoit ki
députés des assises et les exhorte à tenir enoofe,
mais finit par céder à leurs instenoee (5io5 et.);
il promet de rendre la croix, 9,5oo eaptifii el
9 00,000 besants d'or (6199 ss.), mais eomme fl
n'exécute pas ses engagements, 9,5oo otages
massacrés, ce qui lui attire de la part des
le blâme le plus violent (5493 as., 79^8 «.)» — -
Le 95 août, les croisés en marche vers Jaie battcMl
les siens, il ne les secourt pas, et Bidurd
où il avait couché (0809 ss.); il occupe
des montagnes (5836); i la bataille d^AfSur» k
7 septembre , les gens de sa maison , sons
munis de bannières jaunes, résistent
(6571 ss.); vaincu, il s'emporte contre ses bi
( 677 1 ss.) et donne ordre de démolir les
de Syrie ( 6865 ss.) ; il fait détruire Escalone (6f$7
ss.); il repousse les conditions de paix de RîdMvd
(7071 ss.); en novembre 1191, les croisés mut
chant sur Jérusalem , il évacue Rames iqprès Vwmt
détruite (7456 ss.); il se retire ensoite à Ma»
salem (7605 ss.); en février 1199, il congédkees
hommes jusqu'en mai (7933 ss.); le samedi siintt
il est témoin du mirade du feu sacré et prédit tpm
prochainement il perdra Jérusalem ou monm, el
en effet il ne vécut pas jusqu*A k fin du cailme
suivant ( 838 1 ss.); il négocie avec Gonivdt wêêm
Safadin le détourne de traiter avec lui ( 8685 se.);
le 19 juin, il est tellement effrayé de fsppreche
des croisés qu'il veut s'enfuir de Jéfuselem (9877
88.); le 90 juin, prévenu par un espion, il emtvk
des secours à la caravane menacée par RîÀefd
(io3i5 ss.); apprenant la retraite des erokéi,
il comoque tous ses hommes (10719 ss.); il f%^
pousse de nouvelles propositions de paii (tii7§n
«1.
•i
TABLE DES NOMS PROPRES.
565
8S.); il attaque, prend et reperd Jaiïe, du 90 juillet
au 3 août (10807-11659), et raille ses gens de
leur échec (11 653 ss.); il (ait défier Richard,
malade à Jaffe (i 1691 sa.); il accorde i Richard
une trêve de trois ans et lui fait dire i ce propos
des paroles courtoises (1 1773 sa.). — Il reçoit à
Jérusalem les messagers qui viennent, sans entente
préalable, lui demander un sauf-conduit pour les
pèlerins, et, sur Tavis de son conseil, refuse de
faire massacrer ceux-ci, les fait garder (1 1971 ss.)
et leur fait montrer la vraie croix (ito37); il a
avec Tévéque de Salisbury un entretien amical où
il donne son opinion sur Richard et accorde k
Tévéque une importante faveur (19107 sa.). —
Salahadin mourut le 3 mars 1193. Sur les récita
légendaires dont il a été Tobjet parmi les chrétiens,
voir le Journal det Savante de 1893, cahiers de
mai, juin, juillet et août. Au vers 709a, au lieu
de Salahadin», il faut lire Uê Sarazinê,
Skhi {Un flum) 6076, rivière entre Céaaire et Arsur,
Nahr Abu-Zabûra diaprés Stuhha (p. 967). Voir
plus liant Mort {Le flum).
Salb8berbs hhx'] (rime avec yrerat), hkh*] (rime
avec averti)^ /i595 (rime avec perea), 5491 (rime
Byccfreret), 5 7 79 (rime avec hêr$s)^ Sakêbires
5ooi (rime avec matires, I. maUm), SakMrê
(11881), Salisbury. L'évéque de Salisbury dont il
s^agit est Hubert Gautier, plus tard, comme le dit
Ambroisc (11889, 19109), archevêque de Cantér-
bury. Ambroise ne mentionne paa son arrivée i
Acre, qui eut lieu dans Tété de 1190 {lUn^r,,
p. 98). Lors de la famine, il organise avec les au-
tres évêques une collecte pour les pauvres (A4 17)
et se montre lui-même très libéral (4647); après
le raréme de 1 1 9 1 , il impose une légère pénitence
à ceux qui ont enfreint le jeûne (4595); il prend
pari â Tassant du 1 1 juillet (5ooi); en août, il est
un des messagers envoyés par Richard k Conrad
( 54 9 1 ). — En septembre 1 1 99 , il conduit i Jéru-
salem le troisième convoi de pèlerins; Salahadin
lui fait grand honneur à cause de son mérite et de
sa réputalion, lui propose de le défrayer, a avec lui
un long entrelien, et lui accorde le droit d^installer
des prêtres latins â Jérusalem, à Bethléem et i Na-
zareth (1 1881 ss.).
Sancerre. Voir Estibnb.
Sanche. Voir NAViaaB.
Sargui de Halabi (voirHiLABi) 68o3, Zengfai d^Alep,
répond aux reproches de Salahadin, après la ba-
taille d^Arsor, en septembre 1191. Le latin porte
ici Sonaciififitis de Halapia (p. 979), et Sanêcon»
Halahienêiâ (p. i3) dans une énumération des
émirs de Salahadin qui ne se retrouve poa dans
notre poème; le figurent aussi un Sonfcona de
Doûda et un Sangtiinuê, frère de HœHeaUnut;
M. Stubbs (p. ex) semble croire que tous ces noms
désignent un même personnage.
S AOL del Bniêl 7537 (s.). Saoul du Breuil, chevalier,
combat auprès du comte de Leiceatre en décembre
1191. Le latin (p. 3oi) a SauL
Saphadih. Voir Sapadin.
Sabaxihiis 7193 (1. ParUi e dût iorazimii), êorazi-
NOM 10979, langue des Sarrasins, arabe; beeanz
êorrazùrnê 8986, besants arabes.
Sabbaiir 3795, 7390, 10909, 10998, ii543,
11806, Saraùm io346 (sg. r.), Saraiim 9616,
3639, 93^^! Sttraemi 10079, Sarazm 6879,
7397 (sg. s.), Saraxin 9955, 9983, 9749, 9961,
9988, 3075, 3i09, 3956, 4o39, 4i57, 4i6o,
4686, 4895, 5o98, 5io5, 5998, 5899, 565o,
5769, 5951, 6o36, 6549, 6548, 6590, 6636,
7099, 7963, 8107, 8364, 84oo, 84o5,9ii8,
9335, 9871, 10081, 10699, iio48, ii4io,
11963, 11971, 11987, Sorotztfi 48i4, 5oi8,
10469, io6i3, 19075, Sarazinê 9988, 9981,
3oo9, 3o57, 4668, 5395, 7719 (pL s.), Sora-
zinê 55i, i435, 9965, 9568, 9818, 8676,
3896, 3957, 4659, 4684, 4838, 6988, 4988,
5336, 5597, 6017, 6917, 6489, 6699, 6719,
6799, 6905, 7099 (ms. éd. Salahadin), 79 48,
7870, 7775, 7960, 8977, 8959, 8966, 9980,
9889, 9859, 10979, 10978, io35i, 11161,
11970, 11990, 11898, 11660, 11694, 19118,
19968, Saraizine 54o7, 11948 (pi. s.), gent sa-
razinê 9898, 8988, 5691, 5760, 64o6, 6980,
7353, 7499, 7759, 7986, iii58, 11498, genz
êarazinêê 48oo, 11 359, Ml êorazine 61 63,
10975, Sarrasin, sectateur de Mahomet; Ambroise
emploie indifféremment pour désigner les Musul-
mana les mots Saraximê, Turê (voir Tuac), paiênn
954, 9998, 7910, Upaiitèê gênt 4889, la gênt
paienê 6660, 10476, 11677, la gênt Mahumet
3868, cêlê qui Dêu mêêoroiênt 9917, lêê mêiereanz
6095, 83oi, la gênt mêêcrêùê 6898, la gent re-
têdUêê 6119; comme équivalents nous signalerons
la gmU haie 3o46, 3i8i, 8496, 8817, 7189, lêê
gênz hmeê 6697, 7906, ii45o, 11647, lêê gênz
5o, Ut gêut emUrairê 6989, kê/auêêê gênz
566
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
diêloee$ 870/1 , la genl maldite 6706 , la gtnt que
Deuê maudii 1 1 684 , lee gen» de maie eetraee 6966 ,
la gent de bien detaiitee 67^3, la gent engreêie
5663, 9670, Vengrtue gent tant mesure 6899, la
paierie gent engreete 63ii, 7880 , 7698, Penuiose
gent engrené 6598 , la paene gent desvee 1 08 1 o , /a
gent a diable 3o66, le$ genz des diables 19096, le
poeple al diable 636 1, 6869, H menbre (U diable
34 16 , /et laides genz enemies 6608 , les laides genz
brunes 77 1 9 « Iss gent ascures 1 1 698 , la gent troble
6999, li enemi de nature 7098, celé gent oltre
nature 10499, les colverz 34o9, la gent eoherte
Il 568, le faus paple colvert 7980, la chenaiUe
3io6, 3433, 8454, 4o39, 56i3, 5836, 6094,
6941, 638i, 6644, la putaille 5835; malgré ces
injures, il rend plus d^une fois hommage au cou-
rage des Sarrasiiis. — Le nom de Saraceni{gr, £a-
poHYivoi) est à Torigine celui d^une tribu arabe ; il
était arrivé é désigner tous les Arabes, et ils se le
donnaient eux-mêmes au temps de saint JérAme,
qui, croyant que les Arabes prétendaient ainsi
se poser en descendants de Sara, propose de les
appeler plutôt Agareni, nom qui a été souvent
adopté par les écrivains latins (et grecs) du moyen
âge (voir Du Gange, s. v. Saraceni), Le nom de
Saraceni, en tant qu*employé par les chrétiens oc-
cidentaux à partir des invasions musulmanes, est
sans doute d^origine érudite, car les Arabes, qui se
le donnaient au iv* siècle, semblent ne plus Tavoir
employé au ni' siècle. La date moderae du mot
Sarazin en français est attestée par le traitement
du c : si le mot avait toujours vécu dans le latin
populaire, on aurait saraisin {sareisin, saroisin)\
la forme saraûn, où le z se prononçait dz et est
devenu s douce en français moderne, a dû passer
d'Espagne d'abord dans le midi, puis dans le nord
de la France. Il serait inutile de donner ici Tana-
lyse de tous les passages où les Sarrasins figurent
dans notre poème; ce serait presque l'analyser en
entier.
SiRTiLKB i3i8, Satalie, Tanc. Attalia, ville d'Asie
Mineure. Le tr gouffre (golfe) de Satalie», célèbre par
l'agitation de la mer et considéré comme très
périlleux pour les navires, a été l'objet au moyen
âge de nombreuses légendes, qui remontent peut-
être â l'antiquité.
Siucii : Sauçoi 768, probablement Saussey, canton
de Coulances (Manche). Voir Mahbu.
Sébile, reine de Jérusalem. Voir Jbrcsalbm.
Sbbz 4714 (L Qu'iert canestabU de Sen), Séei, «1
Normandie. Voir Jobbav.
Sbgdin Barré : Seguins Barrez gSob (s.), Stgmm
9807 (r.), chevidier de Richard, entre le premier
au Daron le 99 mai 1199.
Sbiht. Voir Sairt.
SéRéGBAL (Le) de Flandres. Voir FuHDtM.
Sbrbs. Voir Saiskbs.
Sbnuz 4i6i (ms. son Ht), Senlis. Le «boateflkr de
SonlisD qui fut pria par les Sarranm le jour du
mariage de Conrad avec Isabel de Jéruatlem était
Gui de Senlis, bouteiller de France (voir Hieêtt*
de France, XVH, 538, 619). Le texte origkMd
portait sans doute de Saint Lit, suivant la
usitée au moyen âge; le latin (p. laS) a d»
Lîcto.
Sbpolcbb {Le saint) 99, 169, 8939, 76&0, 7681
(rime avec nrncrs), 8385 (de m.), 106909 iii77t
1 1789, le Saint Sépulcre â Jérusalem.
Sbtbmbbbsgb {La) 1111, la fête de la Nativité de ta
Vierge, 8 septembre; cf. la /este a Ut ghnom, Lm
mère Deu, la preeiose. Celé que VemfiU m
(6693-6695).
Sbz. Voir Sbbz.
Sbzilli 5i4, 566, 65i, 863, 977, 3t63 (n
partout avec vile), Sicile.
Sioii. Voir MoRTB Sion.
Son. Voir Sor.
Soudan. Voir Salahadir.
SuLiB i3, 56,978,1887, i36i, i38i, 1780* 1899,
94i4, 945o, 9494, 9786, 9810,3199, S8ei,
53o6, 5475, 5565, 6780, 7089, 7377, 7S91,
79^3» 7957, 8871,8494, 8594, 8691, 8781,
8908, 8988, 10970, 19996, 11979, tltflv
19995, 19806, Syrie, région maritime de TAeie»
comprenant la Palestine. La forme avee I te i^
trouve dans beaucoup de textes fraoçaii (Mtas
déjà Roi 3i3i, 8191). La Syrie est ta iMlre dt
presque tout le récit de notre poème.
SuLiBii : SuUen i3i (pi. s.), SuUmu 8096, 8888»
10916, iao5o, 19179, 19177 (pL r.), hftbitanta
chrétiens de la Syrie , distingués des Pranca (8096,
1 9 o5o) ou des Latins (8388, 19171 sa.); iMii
ailleurs le mot semble synonyme de Msms (i81|
109l6).
Son i3o, 1879, 9198, 9587, 9687 (rime avee sar)t
9697, «707» 37*9» a7«9» «77*» ^«7<>» *»«8t
46i4, 5834, 54i5, 5469, 5471, 5488, 7885,
7990 (rime avec asse&r)^ 8991 (rime fcfec Énwit)^
.«
TABLE DES NOMS PROPRES.
567
83o9, 83ii, 8376,8651, 8579, 8661, 8719,
8780, 8861, 8997, 9009, 9090, 90S&, 9071,
9103 (rime avec Àrtur)^ 9198, 11716, 11968,
Sor 93o8, 9767, 9788, 3989, 5o56, Sur,
aujoard^hui Sour, Tandenne Tyr, ville et port de
Syrie. Salahadin Tafiaiège vunement en 1187
(9637 88.), grâce i la vailkoce de Conrad, qui s'y
e^t jeté, et aux secours en argent envoyés par
Henri II (1379); le roi Gai y arrive et se la voit
fermer par Conrad (9697 *-)^ ^ réunit devant
la ville une petite année et va de li aanéger Acre
(9715 fls.), où la flotte, venue de Sur, le rejoint
(3970 8s.). — Plus tard, revenu i Sur, Conrad
y arrête les vivres destinés aux assiégeants d*Acre
(6108 98.); il le fait encore plus tard (6669). —
Richard s'y arrête en venlni. à Acre (93o9); sa
Hotte y est retenue par le vent (&616). — Sur,
dans le partage de 1 199 , est attribuée i Conrad
(5o56); PhiUppe s*y rend arec lui après la prise
d'Acre (5336); les croisés lui envoient deux fois
des uMssages pour le sonomer de rejoindre Tost
(56i5 ss.); beaucoup de Français viennent re-
trouver Conrad i Sur(7855). — Conrad, qui était
à Acre, revient à Sur en apprenant l'arrivée de
Richard (B991; sor le vera 8999,voir Aisua); les
Français y reviennent à sa sommation (83o9 ss.);
ils s'y livrent i la débancfae (865o ss.) ; Conrad y
est SBsaBiiné au moment ou il vient de recevoir la
nouvelle de son élection comme roi ; la population
acclame Henri de Cbampagne, qui épouse i Sur
la veuve de Conrad (8716 ss.); Henri quitte Sur,
la laissant sous bonne garde ( 907 1). Au ven 661 5 .
il faut lire Anur (voir ce mot). — L'archevêque qui
vint de Sur en France , envoyé par les Syriens ( 1 3o) ,
est le célèbre Cuillaume de Tyr, qui mourut peu
après.
Taisso^. Voir Raol.
T«LEBOT. Voir GiSLIBIlT.
Taficarvilk 6716, Tancarville, cant.de Saint-Romain
( Seine- Inférieure). Le «r chambellan de Tancarville»
mentionné comme étant arrivé au siège d'Acre
après les deux rois est Guillaume H* sur lequel
voyez la note de M. Paul Meyer ( Guillaume U Ma-
réchal, t. III, p. i3). Le latin, comme le français,
omet son nom (p. 917). Les seigneure de Tancar-
viljp étaient chambellans héréditaires de Normandie.
'ÏAM.Ki 10671 (r.), l'un des héros de la première
croisade.
Tatiché .')]9, 991, 969 (r.), Taaertt 533, 891 (s.),
Tancré, roi de Sicile, a des dissentiments avec
Richard et finit par conclure un traité avec lui.
Tancré, fils naturel d'un fils du nn Roger, se fit
couronner à la mort de Guillaume 11, malgré les
ilroits de Constance, fille de Guillaume V* et
tcmine de Tempereur Henri VI; il mourut en
i iq'i, avant Texpédilion que fit Henri pour reven-
diquer le royaume.
Tbdbad. Voir Tiebait.
I n >M >. \ oirpAOP.
Temple (Le) 97, 3o99, 3o3i, 6755, 6969, 6698,
7338 , 7769, 9190, 10965 (r.), U TmpUt 9969,
5866, 6o/i(), 6167 (s.), h TmpU 95o9, 6o65,
0899 (s.), le Temple, le Temple de Jérusalem,
perdu en 1187 (97); l'ordre du Temple. Voir
TlHPLIIBS.
TlHPUBBS 7997, 7306, 10199, 109l3, 10769,
iii65, 11733 (pi. r.), TmapUn 7959, 7977
(pL s.), Tmapliêr 7918, 7965, 7691, 10981
(pKs.), TmapUr 9983, 6911, 7957 (pi. s.).
Templiers, frères de Tordre du Temple. Le Temple
perd en 1187 Jaquelin de Mailli, un de ses
meilleurs chevaliers (95o9). — Les Templiers, au
siège d^Acre, campent sur le rivage le 6 octobre
1 189, près des Hospitaliers, et chargent avec eux
(99^9* ^9^3); le maître du Temple (voir Gi-
rard de Ridêford) meurt héroiquement dans ce
combat (3o99 ss.); les Templiers font farrière-
garde au combat du i3 novembre 1190 (6o65);
ils ont une pierrière à eux (6755). — Au départ
de Caïphas, le 97 août 1191, les Templiers font
Tarrière-garde (5866), et de même le 3o août
(5969) et le 3 septembre (6069); le 7 septembre,
lors de la marebe sur Anur, ils font Tavani-garde
(6167); le 8 septembre, ils vont sur le champ de
bataille recberdier le corps de Jacques d'Avesnes
(6698); le 10, ils font Tarrièro-garde (691 1 ). —
Ils rebâtissent le Casai des Plains (7913); le 6 no-
vembre , ils sont surpris par les Turcs et se défendent
vaillamment (7933 ss.) ; dans le conseil tenu en dé-
cembre, ils sont d*avis de renoncer au siège de Jéru-
5t
lit.
568
UHISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
salem (7690, 7769). — lis avaient acheté Chypre
i Richard, mais le marché fut résilié (9120). —
Le it juin 1 199, ils viemient aa secours des Fran-
çais surpris (9899); en juin 1 199 , leurs déliés
opinent de nouveau pour l*abandon de k marche
sur Jénisalem (io9i3 ss.); en juillet, ils sont
chargés avec les Hospitaliers de détruire le Daron
(10769); beaucoup d'entre eux partent avec Ri-
chard, le 1" août, pour secourir Jafie (10981);
Richard, qui avait une première fois pris congé
d'eux (109/15), les adjure, mais aussi inutilement
que les autres, d'aHer défendre Escaione (1 1 733).
— lis avaient à Jaffe une maison sur le rempart ,
par où Richard pénétra dans la ville (1 1 1 67 ).
TiSM. Voir Tintai.
TissoR. Voir Raouf.
Tbasabii t536, a538, 9566, 9735, Tkabêm
966 1, Tabariti, l'ancienne Tibériade, aujourd'hui
Tabariéh, ville de Syrie, près de laquelle le roi
Gui fut battu par Salahadin le k juillet 1 1 87.
Thixbadt. Voir Tiibadt.
Thobbi. Voir Tobni.
Thobbl dd M9$ml 3691 (s.), tué le 95 juin 1190.
Thobom, Tkoron, Tkomm, Voir Tobon.
TiiBAUT : T9dbëd 35ii (s.), Tibaud V^ comte de
Blois; il arrive à Acre en aoAt 1190 et meurt
deux mois après.
TiBBAOT : Thitbauz de Trm9ê 10999 (s.), Tibaud de
Troies, hardi et preux, serviteur de père en fils du
comte Henri, est un des otages donnés aux Sarra-
sins en 1 199 par les défenseurs de Jaffe.
TiBis. Voir Hbnbi.
TWrt de MorU/aueon, Voir Bbsbrçob.
TiBBBi ^Orques : Terri 9967, 9997 (r.), chevalier
manceau, combat le 17 juin 1 199 et est renversé.
Voir RicHABT.
TifPAiiiB(La) 7 761, l'Epiphanie ou Théophanie, 6jan-
vier.
TlBBPBBIB. Voir PiBBB.
T01211 6175, Jhmii 4708, Toeniê 10&79 (rime avec
envié), Tosni, cant. de Gaillon (Eure). Voir Rooibb.
ToBHBBu. C'est ainsi qu'il faut lire pour Comebu A709.
H s'agit du château de Tonmebu, com. d'Âubevoie,
cant. de Gaillon (Eure). Les frères de Tomebu
dont parie Ambroise sont peut-être les mêmes que
Jean , Richard et Thomas de Tornebu , mentionn es
au commencement du nu* siècle parmi les vassaux
normands de Philippe H ( Hiêtor, de Fr. , t. XXIII ,
p. 619, 685, 695). n est singulier que la faute
de notre manuscrit se retrouve dans la tradodioii
latine de Richard de ta Sainte -Trimié, qui donne
Conuhu ou Comeôy (p. si 7); mais la eorreetion
. est d'autant moins douteuse qu'il n^existe en France ,
comme l'a constaté M. Longnon , aocmie désigne-
tion toponymiquei^pondant i Cemtim.
T0BNBHA5 8705, Tumham Green, près de Londres.
Voir EsTiBBB.
ToBOR : Torun 9816, TKeron 983i, 9877, eS^o,
9979, 3169, T^ofiMi 9787, TWsM 9786 (rime
avec oitrom), le Toron, éminence derent Acre,
occupée par Gui de Lusignan le 98 aoât 1189» ei
attaquée par les Turcs; les chrétiens en descendent
bientôt, mais le roi Gui y reste campé poidcnl le
siège. Taren est originairement un nom eonnnnn,
encore usité aujourd'hui dans Test de le Franee;
il a servi i désigner en Syrie |dnsieun loealHéB.
ToBON (Le) : Thorwn 4119, 6858, TWimi e4i8,
Tibnin , près de Jérusalem , d'après Stubbe^p. é68).
Salahadin ordonne de le détruire en 119t. «fi
est probable que ce Tonm est le même qne le Te-
ron des Chevaliers : Tibnin est trop loin de Jérn-
salem. — Cl.-G.n Voir Haimfbbi.
Tobon {Le) 10857, ^ Thortm 10868, 10883, 10887,
10915, 10966, iio55, iio58, émineMaprèede
Jaffe.
ToBOii {Le) ae Chevalière, le TVron 7&6S, 755i«
7613,9809, 1 1 909 , LatroÂn on mien Neftieèn
(voir BeeueU JParckéol. w,, p. 877), cfaêtom fret
d*Emmaûs, appartenant autrefois «m Hôapttafiere.
ToBs : flirt 3o3, 394, Tours; Richerd.y s^ewne
avant son départ.
ToBTosB : Tortuee 91 35, Tmiuee 9618, enj. Tv^
tous, ville et port de Syrie, entre Margat el IViple,
«tir mer turmentuee (9i36), et forment «ne le
(Ronad, l'antique Aradus) oà le roi Gni^ t^mt
promis de quitter la terre de Syrie, ee réiqgie en
1187 (9618); Richard passe devant en efiMl i
Acre (9i35).
Toz Sainz (La): la toi eeinz 790e, 7986, ktrfitÊ9
toiemnzZ\%\, Zih^^lafeetê atst fassMSitSn,
la Toussaint (1" novembre).
TozBLBis (Lt) 6796 (pL s.), crehevelîerB hardie ei
courtoisn, arrivent à Acre en juin 1 191. Le lelin
porte (p. 917) militee agwmmeai Tùrelmmê^ Ifois
ne savons identifier ni fun ni l'antre de eee bmmi*
Tbabsignibbs 7991 (rime avec %fifS0), 8658 (ii*)»
Traxignies, en Belgique. Voir Otob.
Tbbibs 10980, Troies en Champagne. VoirTtetftnrl
.iii-'' i^M^
TABLE DES NOMS PROPRES.
569
Trie i i3, Trie-Château (Obe); entre Gison et Trie ,
a lieu en 1187 Tentrevue de Philippe de France
et de Henri d'Angleterre.
TiiPB 9137, 9653, a^Sg, 9507 (rime avec Upe),
95/11, 9693, 9655, 9685, 9709, Triple, auj. Tri-
poli de Syrie, Tanc. Tripolis, ville et port de Syrie;
le roi Gui y retrouve sa femme en 1187 (9693),
y revient plus tard ( 9655), et y est rejoint par son
frère (9709); Richard passe devant en allant i
Acre (9187). Voir Rai mort.
Tristra^ fiiS^ (r.), héros de célèbres romans.
Trossibot. Voir Robkrt.
TtRC 58o9, 6069, 6916, 756s, 9A98, 9991,
10070 (sg. r.), 7iirf ^^967, 6569, 9998, 10^3 1,
11666, Turc 5657, 6^70 (*S* **)• ^^^ ^935,
5i59, ^199* 5911, 59^6, 5566, 56A7, 5895,
6099, 6073, 6919, 6399, 6à90, 65o9, 6755,
7109, 7116, 7195, 7169, 791a, 7991, 7969,
7310, 7686, 7517, 7568, 7618, 7700, 7788,
7809, 7809, 8117, 9016, 9170, 9183, 9916,
9968,9611, 9659, 9789,9983, 10009, io356,
10868, 10886, 10619, to6o8, 10868, ioS5i,
10853, 10888, 11063, 11079, ii65i, ii5o3,
1 1599, 1 1575, 11698, 1 1677, 11790 (pi. s.),
^•*'" 9995 (pi. s.), Turs 6600,6696, 701 3 (pi. s.),
Turt 6978, 5918, 5639, 5539, 5536, 5635,
5796, 5807, ^96^1 60^6 « 6060, 6908, 6363,
6368, 6616, 6696, 6656, 6698, 65i3, 6769,
6898, 7i58, 7171, 7906, 7816, 7681, 7689,
7685, 7697, 7561, 7619, 7789, 7968, 7969,
7961, 8ia6, 8199, 8698, 8969, 9195, 9988,
9966,9357, 9618, 9786, 9889, 10019, 10068,
ioo54, ioo58, 10177, 10891, 10895, 10608,
10Â66, 10660, io5o3, io56i, 10795, 10997,
iii53, 11189, 11866, ii883, 11687, 11698,
ii596, 11536, 11537, ii5A6, ii588, 11587,
1 i6A3, 1 1966 , (pi. r.), Turcê 6963 , 5oi 1, 6996 ,
6558,6689,8698,98^5,11960,11966,11969,
(pi. a.). Turc; la bonne forme est : isg. s. Jtirf ,
r. Ture; pi. s. Turc, r. Tur», Les Turcs dans
notre poème ne sont pas distingués des Sarrasins :
voir par conséquent les remarques faites sur ce mot.
ToBCOPLi : Turcoplêi 1999 (sg. s.), Turcopkê 6699,
10869, io366, 10606, Turcople. On appelait
ainsi originairement les fils d'un père turc et d'une
mère chrétienne, en grec Tovpx^ovAa; ces métis
formaient déjà une classe particulière de la popu-
lation de Syrie au moment de la première croisade
( voir les textes de Raimond d'Aguilhe et d* Albert
d^Aix cités dans Du Gange). Plus tard ils paraissent
avoir spécialement fourni des troupes de cavalerie
légère, combattante la manière des Turcs. Dans
notre poème, ils ont déjà ce rôle (voir 1999,
6699, 10606); deux sergents Turcoples se dé-
guisent en Bédouins pour épier une caravane
(10861 ss.).
TuBQOEMARs 9853, Turcomans, Turcs nomades (voir
Hiêtor. occ, dêê Crùii,,\. Il, p. 685); on prend de
er beaux Turcomans» avec une caravane.
Tuas. Voir Toas, Toac.
TnaTUSi. Voir Toarosa.
Trois. Voir Tins.
Veeir (Bel). Voir Bel Vbiir.
VsiiETiE^iS 5o3 (pi. s.), Venêiziên 9089 (pi. s.), Véni-
tiens. Des Vénitiens font partie de Tarmée du roi
<îiii à la bataille de Tabarie en 1187 (9589);
beaucoup de ci-oisés vont s'embarquer «rau poi*t des
VéiiitiensT» (5o8).
Venise 8169, Venise.
Vercelai 986, 868, FerM^'867, 365, 876, Vézelai
(Yonne). Les rois de France et d'Angleterre y
tiennent une grande assemblée avant leur départ,
en juin 1 190.
Vebdcïi : Verdon 6796 (rime avec CkatUldon)^ Ver-
dun. Voir Bertra.i.
Veroke 3i3i (rime avec prodom$^^ 6691 (rime avec
corofM ), Vérone. L'évéque de Vérone, qui n'est pas
plus nommé dans le latin (p. 78 , 1 85 ) qu'ici, était
Adelardo Gattaneo, évoque en 1188, qui résigna
en 19 16, devint cardinal et mourut en 1998. Il
arrive à Acre en 1189 (3^3*)* ^ prêche avec élo-
quence lorsde la disette de 1190 (6691).
ViAiBBs i9i6; ce nom, que le latin (p. 177) n'a
pas traduit, semble, d'après le contexte, désigner
le cap Spartivento, à l'extrême pointe orientale de
la Galabre.
ViARi 9953 (rime avec earavmtê), Viennc-le-Ghâ-
teau, cant. de Ville -sur -Tourbe (Marne). Voir
Fiaai.
ViiiL(Ls)dsMoiiM:/tTiis88i6(s.),2iFi(t88i9(s.),
5i.
570
L'HISTOÏKË DE LA GUERRE SAINTE.
h Vieik 883 1, le Vieux de Gadamoûs ou de la
Montagne; il élève des fanatiques qa*il envoie as-
sassiner ceux à qui il en veut (8819); il en en-
voie deux tuer Conrad de Montferrat ^8879 ss.);
on accuse à tort Richard de Tavoir soudoyé pour
cda (8879 ss.). Voir EUusasis. — Le Vieux de la
Montagne qui fit tuer Conrad est le câèbre Ras-
chid-adHlin SinAn, qui s*-était soustrait, en Syrie,
à Tobédience du chef des Ismaéliens établi en Perse ,
et qui mourut lui-même en 1 193. (Voir Tartiele
AêiOênni, par St. Guyaid, dans VEnctfdopédiê d§ê
scienc9» rêligiâuie$ de M. Liditenberger.) Le nom
de Vieux de Mouse pour'Vieux de la Montagne n«
se trouve, à notre eonnaissance, en dehors de notre
texte et de YlUmrarium Bieardi (Smtor de Mmêtê,
p. 339)^ que dans les lettres du roi Henri III d* An-
gleterre, de tt38, citées par Du Cange (s. v. Si-
iMOp) : Velui de Mu$$a.
w
Wakblir. Voir Guauqubliii.
Wasgoil 1 1 66 , Vascœuil (Eure); les formes anciennes
de ce nom ont le plus souvent WouGuk Tinitiale ,
mais à partir du xiv' siècle on ne tronve que F.
Voir GisuBiBT.
WiLUMB. Voir GUILLAUMB.
Ybiur. Voir Ibbun.
Ymbbrt {Casel), Voir Casbl Ymbbrt.
Ypbk 6606, Ypres, dans les Pays-Bas, mentkmité
uniquement pour rimer avec Cypre,
<i
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
TEXTE.
V. 93-96 : maisnëe, raisoée, lire maisnee, raisoee.
V. 1 69 : peise, corriger peisse {voir au Gloêsaire),
Manchette en regard du y. 191 : 3 sept., /. 5 sept.
V. 9â6-9â7 : corr, E de Bretaigne e de Peitou, E de Berri e de Guascoigne. // t'agit en efn ici des
vassaux de Richard, et ta Bourgogne ne dépendait pas de lui, tandis que la Gascogne ne doit pas
être omise.
Manchette en regard du v. â65 : Li<m-8ur-iVfer, /. Lions-la-Forét {voir à la Table des noms propret).
V. 3oâ-393 : marquer im paragraphe.
V. 435 : Tôt, corr, Fet {voir Introd,, p. tv, n.).
\ . 686 , var. : supprimer ourer.
V. 56 1 : Que ii reis, corr. Ki le rei {voir p.3iî,n^.Q)..
V. 599 : corr. Qu itels reis si deveit.
V. 698 : noise, corr. vile {voir p. 3â3 et Introd., p, tr, n.).
V. 698 : jor, /. ior {voir Introd,, p. iv, ».).
V. 779 : ies paleis, corr. le paleis {voir p. Sàà, ». 1).
V. 791 : Lor, /. I^or».
V. 8()6 : suppr. la virg. après comune {voir p, S&5, n, i).
V. 878 : corr. E de mult très grant seignorage {voir Introd., p. w, n.).
V. 918 : ncordee, corr. recordee {voir p. 3i5 , n. a).
V. 975-976 : voir p. 3i6, n., et Introd. , p. f, «. .
V. 1 1 17 : Que, corr. Qui.
V. 1*296 : /. avec le ms. qui i furent.
V . 1 3 1 3 : marquer un paragraphe.
V. i33() : le dota, corr. se dota.
V. 1 6 1 5 : Rodiers , corr. Rogiers ( voir à ia Table des noms propres ).
V. 1699 : grant, corr, granz.
\ . 1593 : la var. porte à tort 1898.
V. 189Q : amont, /. a mont.
V. 1903-1906 : corr. Ne il ne deigoast pas s^emprise Laissier devant qu*il Teust prise, Por ço s'il
hnster le veneient. Qui en grant estai le teneient {voir p. 355, n., et au Glossaire, s. v. Estai).
N . 1 9(>7 : L'une ost ala a Ebetines, corr. I/une ost en ala a Cherines, et à la manchette l. Chmne^
pour Rétines (voir p. 356 , n.).
V. 1977 : atant, /. a tant,
V. ^175 : A lorz, rueles, corr. A ton, a ruele.
572 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
V. a 19a : eorr. Cil distrent qu*erent Geneveis {wirp, 358, «.a.)
V. atgâ : Atant, /. A tant.
V. aa3i : de 80Z, /. desoz.
V. a4a8 : Raimfroiz, cmr. Haiinfroiz {voir à la Table de$ nonu propres).
V. a637-a638 : intervertir ces deux vers,
V. a66o : lor fist beivre, eorr. Tort fist seivre {voir au Glossaire).
V. a666 : de joste , /. dejoste.
V. a68a : presque, /. près que.
V. a 687 : aveir, /. a veîr.
V. 3701 : atant, /. a tant
V. 3716 : noi suffeireit, corr. se sufferreit.
V. 3778 : le pais Candelion, corr. le pas de Gandelion {voir à la Table des noms propres, ok Ufiaâ
corriger a 809 m 3778).
V. a8i6 : marquer un paragraphe et afouter après la manchette : Itiner. Rie., I, ix^n.
V. a8a3 : tierc, /. tierç.
V. a8â5 : manguir unparagraphe et mettre en manchette : Itiner. Rie, I, iirin.
V. 3980 : desfaiz, /• desfraiz {voir Introd. , p. y, m.).
V. 9971 : supprimer la mandtette.
V. 80a a : dans la manchette, supprimer le mot quand.
V. 8071 :1e, /.lé.
V. 8087 : dans la manchette, xxs, /. xuii.
V. 8a 1 3 : tant, eorr. tant {voir Introd., p. xui).
V. SaS6 : à la var,, l. 3^56 pour 3a55.
V. 8389 : qoi, /. qui.
V. 88àa:Desi,/. Desi.
V. 33 i 8 : transporter la manchette en regard du r. 33ù5.
V. 3498 : por, corr. par.
V. 3568 : aval, /. a val.
V. 3574 : Si que oltre lauberc, corr. Si qu*oitre le liauberc (rotr le Glossaire au mot Haoabere).
V. 36aa : i la manchette, 17 b., /. 97 b.
V. 3636 : lire ainsi à la var. pour 8636.
V. 3683-3684 : interrertir {voir p. ^ji, «.).
V. 8704 : desioees, corr. dfdeiees (roîr Introd.. p. un).
V. 3893 : atant, /. a tant.
V. 3897 : Haust, 1. haust
V. 8907 : Octobre, Setenibre, /. octobre, seiembre.
V. 8959 : nou poabies, /. iHwpoables (rotrcM Glossaire).
V. 4o48 : Mai, /. mai.
V. 4 1 1 1 : maniutr un paragraphe,
V. 4i i9-4iat : Raimfrei. corr. Uaiinfirei (ro«r ci^essus au r. ^isS).
V. 4174 : Smppr. la rirg., et au r. suit. corr. Que il foil a Siir de vilaille.
V. 4a34 : /. Si Tacbatoient encor chier.
V. 4a69 : naiot, rorr. noot
V. k'à'jh : ne repassoieiit, corr. ki res|M»oient {roir Introd^ , p. Luiir, m. 9).
V. 4976 : Quant il. corr. E quant.
.if^HiAM
ADDITIONS ET CORRECTIONS.
573
V. 6391 : aj, puis aprh Mais.
V. 66q3 : vii-gule au lieu de point et virgule,
V. 6^j38 : avères, eorr, entières (oorr au GloMaire et à l^Introd., p, xxri ).
V. 6697 : embati, corr. abati (wÀrau Ghseaire),
V. 661 3 : darsur, /. d'Arsur.
V. 6677 : atant, /. a tant.
V. 6709 : Cornebu, eorr, Toraebu {voir â la Table des noms propree),
V. 671*2 : ne m'abroc, /. ne m'atroc {voir au Glouaire).
V. 67 16 : Sez, emr. Seex {voir â la Table des noms propres).
V. /i863 : ie, corr. les.
V. 6966-6966 : abandonorent, trenchierent, eorr. abandonouent, trenchouent {voirintrod, p, ixn).
V. 5o39 : fait, corr, feite.
V. 5i 69 : Tamulaine, /. la Mulaine {voir à la Table des noms propres),
V. 6171 : ferait, /. fereit.
V. bùù^ : à hi fnaiichette, l, 1190 pour 1191.
V. 53o3 : /. ainsi â la var, pour 33o3.
V. 5317 : ainçoïs, /. ainçois.
V. 53q9 : eorr, E li rois fist le serement {voir Introd,, p, xwn, n, 1).
V. 53Go : virgule après cusl.
V. 56 1 5, À /a manchette : Robert de Dreax, /. Robert de Leioester; Préals, /. Prëaux.
V. 55 3 G : des ior, corr, des no2 {cf, la traduction, p, 3g3),
V. 5570 : Aust, /. aust.
V. 5595 : cers, corr, fers {voir Introd,, p. xxiv, n, i).
V. 56si5 : qui, corr. quin.
V. 5690 : une, /. vive.
V. 0760 : Sarazine, /. sarazine.
V. 5776 : s'encombatirent, /. s'escombatireni {voir au Glossaire).
V. 58 1 5 : siippr. le point et virg. etl.au vers suiv. E cisternes pour Es cistemes {(^,la traduction ,p.3g6).
V. 58*j5 : de Ior ^ ruierent, /. del Ior g^aaignierent et suppr. la var, {cf. p. Sg6 , n. 1 ).
V. 590a : s'escrio, /. s'escriot.
V. 5931 : casel, /. Gasei.
V. 6o35 : mort, /. Mort.
V. 6o36 : sarazin, /. Sarazin.
V. 6iq5 : marquer un paragraphe.
V. 61 ^17 : i'anz ^uarde, /. ianzguarde.
V. 617*1 : lerre, corr, guerre {voir Boiaiz « la Table des noms propres).
V. 618.5 ; <U\ corr, des.
V. 6196 : tozjorz, encoste, /. toz jorz, en coste.
V. 6qoi : marquer un paragraphe.
V. 6-J07 : en costë, /. en coste.
V. 6*21 6 : einbraçant, eorr. embraiant {wnr au Glossaire ),
V. 653(» : abaisser le chifre d'une ligne.
V' 661 5 : corr, Jusqu*a Arsnr on desoeadirent, et à la var. a sur {voir â la Table des noms propres),
V. 6677 : corr. Qui en aveit ja esguardë {voir Inirod., p. r, n.).
V. 6680 : corr. Qui! teneit a son, non a nostre (^. Introd., p. w, n.).
574
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
V. 6686
V. 6688
V. 6695
V. 6780
V. 68A9
V. 6870
V. 69^0
V. 6948
V. 6999
V. 7081
V. 7087
V, 7093
V. 7ia3
V. 7t8i
V. 7306
V. 7379
V. 74»»
V. 7*64
V. 7498
V. 7579
V. 7730
V. 773i
V. 7988
V. 7953
V. 7965
V. 8189
V. 83S3
V. 89io
V. 8a53
V. 8971
V. 8399
V. 8495
V. 855o
V. 8559
V. 8799
V. 8866
V. 8909
V. 8969
V. 8971
V. 9197
V. 9901
V. 99i3
V. 9974
V. 9991
V. 9308
se Iraveillerent, corr. traveille erebt, et à la var, traveillerent {voir Introd,, p. iifi),
voldront, /. voldrent
Setembre, /. setembre.
/. ainsi à ta var. pour 6739.
E faites, corr. Faites {voir Fiibs à la Table des noms propres).
aj\ en manchette : Itiner. Rie, IV, xxiv.
écrire ainsi le chiffre pour 3^ho.
a plenle, corr. a plentez {voir Introd. , p. xui).
rovoient, corr. vooient (?) {voir au Glossaire et p. io8). .
Setembre, /. setembre.
à la manchette, L de Préaux pour des Préaux.
Qu*iert alez Solahadin, /. Qui ert alez Sarazins {voir p. iog, n.). '
/. e dist sarrazineis.
casel, /. Casel.
point au lieu de virgule.
suppr. la et la var. {voir Proosemenl au Glossaire).
Sarazine, /. sarazine.
parmi , /. par mi.
suppr. la virgule,
es, corr. el {voir p. 4i4, ». 1).
casel, /. Casel.
casel, /. Casel et suppr. la virgule.
l. ainsi à la var. pour 7898.
-7954 : prendre, esprendre, corr. perdre, esperdi*e {voir au Glossaire).
: Soldan, /. soldan.
: à la manchette, l. Hugues pour Hem*i.
: corr. Que fiid adonc li vens d*Arsur {cf. v. iSiS el p. ù^i, n% t).
: casel, /. Casel.
-8954 : intervertir.
: Tierc, /. Tierç.
: corr. Revint li reis a Tost ariere {voir p. An a, n. î).
: corr. Refii par Godefrei conquise (?).
: /. Que les seremenz del bamage, et â la var. sermenz {voir Introd., p. irii, m. i)«
: â la var. écrire ainsi pour 8859, et placer ce vers avant 855 0.
: Dirent, corr. Dire {voir p. 49 fi, n. î).
: menèrent, corr. merrerènt {voir au Glossaire).
: virgule après envoierent, et au v. suiv. corr. Tant e» Dont.
: Nen, corr. Ne.
-8979 : placer un point après home et suppr. la vhg. après foi.
-9198 : intervertir {voir p. à3t, n. s).
-9909 : intervertir.
: virgule.
: tensant, corr. tesant {voir au Glossaire),
: qu'en, corr. que {voir p. Ù3^ , n. a).
: lierc, /. tierç.
-jrf
r»*.
aMM,
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 575
V. (j3i3 : Esliene, /. L'Estieue {cf, v. gStg).
V. 9609 : à la manchette, L xav pour l\iv.
V. 9536 : Qu'il, corr, QuVIs.
V' 90/16, gSSi, 9696 : tozjorz, /. toz jorz.
V. 961 1 : /. De Haitefort, et à la var, haltfori {voir d la TabU des noms fMtipres).
V. 9693 : barons, corr, p.-é, bailles {voir p, à36, «.).
V. 970a : à la manchette, /. h la Bianch^rde.
V. 9788 : S'eslendi, corr. Se lendî.
V. 9835 : marquer vit paragraphe,
V. 9887 : virgule au lieu de point et virgule.
V. 9837 : ftuftpr, le point,
V. 9880 , 9886 : virgule après chaque vers,
V. ioo44 : eslor, corr, estai (voir au Glossaire),
V. 101ÎÎ7 : i'aubc, corr, Vahé {voir p, àii, n, /).
V. 1019*1 : Qui, corr, ^os{voir p, àiî, «• 3).
V. loaoA : loreie, corr, loereie {voir Introd,, p, iltii),
V. 1 0'i 10-1031 1 : /. Si ne nos descorderons pas C'unqnes geni tant nés descorderenl.
V. 10*119 : /. Qui en lor seremenz {voir Introd,, p, xwn, n. 1).
V. io'j64 : i'ase^issent , corr, iaseissent.
V. iO!>9C : lierc, /. lierc.
V. io3*i9 : inarquer un paragraphe,
V. 10^30 : Teiussenl, corr, Teisent («wrTeserau Glossaire),
V. 10^3 : tozjorz, /. toz jorz.
V. io^i84 : lierr, /. lierç.
V. 101)00- 10601 : mettre après le v, 10601 la virg, qui est apris le v, 10600.
V. 10 6.") 3 : Honri, corr, Hugues {voirp, àà6, n,, et à la Table des noms propres),
V. 10807 : derneinche, corr, dîemeinehe (voir an Glossaire).
V. 10809 ; corr, Fud a Jaffe l'ost atravee {voir Atraver au Glossaire).
V. 108Ô3 : lozjorz, /. loz jorz.
V. 10939 : desfeslivee, corr, desfestuee {voir au Glossaire),
V. 1 0993 : des Oines, corr, de Homez {voir d la Table des noms propres).
V. 11011 : suppr, lor {cf, Salbhadi^ h, la Table des noms propres).
V. 110!^: supiïi\ la virgule,
V. 1 lOQO : /. ainsi pour 100 90.
V. 1 1037-1 io38 : /. Tote la nuit del vendresdi; E al matin del samedi {voirp, fsSo, n,),
V. 1 io54 : osiropz, corr, psiuez {voir au Glossaire),
V. 1 1 \'.Mi : roaus, corr. leaus.
V. 1 1 •i'19 : h.iul estace, corr, haute estrace {voir au Glossaire),
V. 1 iQ7'a : lozjorz, /. toz jorz.
V. I i3oa : aïeules, corr, ententes {voir au Glossaire),
V. 1 1 335 : suppr, le second gent {voir Genve d la Table des nmns propres, et Introd., p. xvi , n. a).
V. 1 1 6 1 9 : su/tpr, E et coir. Bcrtelemeu , etdla var, l, Rertelmeu.
V. 1 i^'jo : lor, corr. les et aj, lor en variante.
V. 1 1 'j 88 : lozjorz, /. lozjorz.
V. 1 1 o 1 G : îidvorse, corr, enj^resse (voir ci-après au mot Engrès du Glossaire).
IJMPRIIiB*lt S4TI«*ALC.
576
L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE.
V. 1 1789 : Qui, corr. Gui.
V. 1 1 855 : virgule,
V. 1 1 9 1 5 : point,
V. 1 1987 : vir/ptle, et point et virgule après 1 1()38,
V. 13091-19099 : corr, leissier, desirier.
V. 19901 : /. losl.
V. 1 9338 : /. adroite.
TRADUCTION.
P. 337, 1. 3o : /. d'Anjou, de Bretagne, de Poitou, de Berri et de Gascogne (voir ci^dittm
V. 99fi).
P. 346, 1. 11 : après montagnes indiquer une lacune.
P. 355, 1. 91 : Dreux, /. Droon.
— 1. 99-30 : /. avant de lavoir prise, quelque presse que vinssent lui bire ces gens (
ci-dessus auv, îgo3),
P. 363 , 1. 9 : qui avait la lippe pendante, /. qui boudait toujours {voir Lipe au Glonairt).
— 1. 17-19 : /. jusqu'à la mer de Galilée, si bien qu'elle lui en interdit Taccès. L'etu eo eil
douce et bonne à boire; mais le traître fit que Tost en fut sevrée; et quand cm ai YnÉ
{voir ci-dessui auv. fiSSo).
P. 366 , 1. 6 : qu'il ne supporterait pas cet outrage, /. qu'il prendrait patience {voir ti dêëmi ov
V. ajt6).
P. 871 , 1. 17 : virgule après les vieux.
P. 379, 1. 6-7 : /. et, depuis qu'il fut à Siu*, il n'envoya plus une denrëe de provimna dans Toal
(voir ci-dessus au v, Aiyâ),
— l. 33 : le morceau, /. la rote {voir au Glossaire).
P. 38o, 1. 19-1 3 : /. Il y en avait qui guérissaient, et quand ils ne trouvaient pas à se procmiw
de nourriture, ils maudissaient {voir ci-dessus au v. à^jô).
P. 386, 1. 36 : Gornebu, /. Tornebu {voir ci-dessus au v. ^7^5).
P. 389, 1. 18 : l'amulaino, /. la Mulaine {voir ci-dessus ctu v. ôtàg).
P. 600, l. 5-H : qui était du pays, /. qui était nourri dans les exercices guerriers (mwr ci-deÊtmmt
V. 6179).
— i. 91 : enveloppèrent, /. harcelèrent {voir ci-dessus au v. 69/4).
P. 6o5 , 1. 19-16 : /. Il servait Dieu sans jamais iaillir, et Dieu avait déjà pourvue son sort : sa place
était marquée au paradis à c6(é de saint Jacques , qui le regardait comme sieii et nott
comme nAtre {voir ci-dessus au v. 66 jj).
P. 609, 1. déni. : /. se mit à dire en sarrasinois : <tJe suis melecl-n {voir ci-dessus au v. jî^S)»
P. 696 , 1. 6 : lut reconquise, /. lut conquise ])ar Godefroi {voir ci-dessus au v. 8âgS)»
P. 669 , l. 6-7 : /. Ainsi nous nous mettrons tous d'accoi*d.9) . . . Gar jamais gens ne fiirent pivs en
désaccord. Enfin on décida, et suppr. la noie {voir ci-dessus auv, îOùio),
P. 45o, L dem. : jetés, /. cachés {voir ci-dessus au v. iioSi).
P. 663, n. : qu'on ne peut combler avec sûreté, /. qu*on peut combler avec probebititë d*aptèi M
latin : rret l'argent qu'on lui demanda en abondance, parce qu*oa le savait très ricbe». *
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 577
GLOSSAIRE.
Admirad, Amibalt : Voir Amiraim /. Voir Amirail.
AsEEiR : après asistrent a4o8, aj, impf. sbj. 6 aseîssent ioa64 {ms. H. as^fissent).
AsEGiR : /. Voir Asebir.
AvER : suppr. f. pi. atjerei 4438 {toir ci-dessus d ce vers).
AviLLiER, /. AviLER, et MorstU pour Marsille.
Barril : barris, L barriz,
CoNTRAiLE : voir Pailb, /. voir Introd,, p. xxii, xxxv.
Desfairb : suppr. p. s. desfaiz 9980 , accable par l'âge.
Aj. après Dbsfire : [Desprait], s. devrait 9980, cassé par Tâge {voir ci-dessus à ce vers).
E>GRBs : aj. Auv. 1 1 5 1 6 adverse doit être corrigé en eogresse : la désignation de gent eogresse pour
les infidèles revient très souvent {voir Sarrazin à la Table des nomê propreê).
ESNEKE, /. Es^lBQOE.
Fklon : tnaleûreus, L meseûreus.
Lkonardie : aj. Il faut sans doute lire la renardie {voir Introd,, p. lxxiu).
Mes : 66q, /. 661.
Neier : suppr. impf. 3 naiot 4369 {voir ci-dessus à ce vers).
.NoER : aj. impf. 3 noot 4369 {voir ci-dessus à ce vers).
Après Plusor nj. Poablb. Voir .Nonpoablb.
PoRVEEiR : aj. impf. 6 porveouent 8070.
RoKLE : uj. ruele 2173, et suppr. pi. rueles 3173 {voir ci-dessus à ce vers).
Sairement : /. serement 5333, 85io, pi. sairemenz 5894, seremenz 855o, 10319 (^'^^ Introd.,
p. XVII, n. 1, et ci-dessus aux vers 5333, 855o, 10319).
Si , /. 5 : nj. si qu'as point 9774 , jusqu'aux poings.
Tendre : aj. après sa tente : se tendi 9788, campa.
ÏE'iT : aj. Cf. V. 1 1 1 4o.
Travaillier : aj. traveillié 66S^ y fatigué {voir ci-dessus à ce vers).
TABLE DES NOMS PROPRES.
Après Aleman aj. Alençon. Voir Johan.
Bertrw : (S.), /. (s.).
BoRGoiGME : Suppr. Il vionl de Bourgogne l>eaucoup de rroisét (337) {voir ci-dessus à ce vers).
Candalion, 1. 4 : 3809, /. 3778.
CvPRE, 1. 9 : [(xaix, l. '[(xoLàx.
Flandres. 1. 9-10 : /. Le sënëchal de Flandres mentionne au v. 3935 est Hellin de Wa>rin.
Gevffroi : \. Voir Gibfrei, Pbbchb.
Girard de Hideford : aj. Cf. Introd., p. lixiz, n,
GlABLANDE : aj. Volr GriLLAOMB.
GuioN, p. 546, coi. 1, 1. 8 : 36o5, /. 3617; I. 9, 36o5, /. 91 15; col. 3, 1. 1, 3606, /. 3618:
I. 4, roilatin, /. roi latin. *
5s.
578 L'HISTOIRE DE LA GUERRE SAINTE. .
Après Halapë : aj. Haltfobt. Voir Hadtefobt.
Hardbncort : aj\ Un Roger de Hardeiacort est mentionne dans GuUiaume le Maréchal (v. à&^g)
parmi les chevaliers flamands, ce qoi me semble devoir empêcher de Fideutifier au nôtre.
Après Hbleinb : aj. Hellin de Wavrtn, Voir Flandres.
Hbnbi de Graié : Graye, /. Graïe.
Henri de MaiUoe : aj. Henri de Mailloc est mentionne dans Stapleton, Rotuli seaee. iVonn., II, ocltui.
Après JoHAN : aj. Johan d^Alençon, gMiOj envoyé d'Angleterre à Richard. Il ëtait archidiacre de Lisieax
et vice-chancelier (Stnbbe).
Lbons : les manchettes, /. la manchette.
MoRTBHBB : siippr. Morthemer, cant. de Lussac-le-Château (Vienne), ou; (Eure), /. (Seine-Infi^rieure),
et aj. : ou peut-être Mortemer près de Gisors (Eure).
RiGHART, 1. 5-6 : /. Il est très souvent appelé le preux, le vaillant, le non per (aSâo), somomiiië
le magne.
RooiBR de Toeni : aj. La famille de Toeni , établie en Angleterre depuis la conquête , y était devenue
très puissante, et Roger de Toeni est plus d'une fois mentionné panni les barons anglais de
son temps, en sorte qu'on ne peut légitimement le qualifier de rr chevalier normand*.
RoTREi : aj. Voir Raodf.
I
TABLE DES MATIÈRES.
AvAM-PROPOS.
Pages.
Introduction i-xcii
I. Le manuscrit i
II. Lauteur vi
IH. La langue xiii
IV. Le poème l
V. La traduction latine ux
VI. L'histoire du siège d'Acre jusqu'à Tarrivëe des rois de France et
d'Angleterre lxxvi
VII. L'Estoire de la guerre sainte dans la littérature lxxxv
L'EsTOIRB DE LA GUBRRB SilNTR 1-339
Traduction 333-/i6/i
(tlossairb /i65-59r
>
Table des noms propres 527-670
Additions et corrections '. 571-678
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«3 o^vm U^y ^^
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